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REVUE
ENCYCLOPEDIQUE
« Toutes les sciences sont les rameaux d'uue même lige, m
Bacon.
« L'Anr nVst aulic chose que le contrôle et le registre des
u meilleures j>ro(hictions A contrôler les produc-
)) tions (et les actions) d'un chacun, il s'engendre envie
» des bonnes, et mépris des mauvaises. »
MONTAIOKE.
<( Les hcllj'S- lettres et les sciences, bien étudiées et bfen
» comprises, sont des insiruniens universels île raison,
w de veitu, de bonheur. »
(M. A. J.)
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
ou
ANALYSE RAISONlSfÉE
DES PRODUCTIONS LES PLUS REMARQUABLES
DANS LA. LITTÉRATURE , LES SCIENCES ET LES ARTS ;
PAR UKE RÉUNION
DE MEMBRES DE L'INSTITUT,
ET d'a.UTRES hommes DE LETTRES.
TOME VIIL
PARIS,
AU BUREAU CENTRAL DE LA RETUE ENCYCLOPEDIQUE,
Rue d'Enfer-Saint-Michel, n° i8,
îiT CHEZ ARTHUS BERTRAND, RUE HAUTEFEUILLE , N° 23.
LONDRES. TREUTTEL ET wiÏRTZ, ET DULAU ET C»
OCTOBRE 1820.
X^'^Al'p-^.
REVUE
ENCYCLOPEDIQUE,
ou
ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES
Des productions les plus remarquables dans la
Littérature , les Sciences et les Arts.
%VVVV\'VV\'VV\'VVVW/\VV>'V\VVV\'\/VV'V'V\'VV\VV\VV\VVN'V\A'VV\^A^^/VVVV'\'V\A'VV\^AA^/V^\\^V'V\AA,%
I. MÉMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MELANGES.
NOTICE
Sur tes principaux auteurs qui ont écrit sur /'Histoire
NATURELLE DE LA SiCILE (l).
La variété et la richesse des productions de la
Sicile , et les terribles explosions de l'Etna, ont, dans
tous les tetns , attiré l'attention des naturalistes sur
cette ile. Il suffit de jeter un coup-d'oeil sur la my-
thologie , pour voir , dans Cérès qui apprend aux
Siciliens à cultiver le lioment \ dans Aristée qui
leur fait connaître l'usage du lait , du miel , des
olives j dans les (>^x/o/?e5 qui élèvent de riches trou-
peaux ou qui fabriquent dans les cavernes de Vul-
cain la foudre de Jupiter ; dans les Nymphes Sici-
liennes qui font naître des sources chaudes sous les
(i) Cette notice a étc tirée, en grande partie, des ouvrages de
M. Ferrara, naturaliste sicilien, dont nous avons de'jà parle' dàiïs
nalrc cahier du m<Jis de^évrier 1820 ( T. V, p. 298 ).
6 NOTICE SLK Li:S PRINCIPALX ALTEURS
pieds d'Hercule pour ranimer ses forces, etc., des al-
légories ingénieuses qui nionlrent les premiers pas
que les Siciliens ont faits dans la carrière de la civili-
salioUj Cl qui indiquent en môme temps les premièics
traces de l'Iiistoirc naturelle de la Sicile. L histoire
ancienne rappelle à notre mémoire les noms
à'Acron ei (ï Empedoclc , naturalistes d'Agrigente.
Plus tard , Lycus , Jheophilc , Silcmis et ylthcnée
écrivirent sur les diflérens produits de la Sicile ; les
ouvrage àa Iliéron^ sur l'agriculture, furent loués
par Varron , par Columellc et par Pline -, et nous
]>ourrions ajouter à ces noms célèbres ceux à'Epi-
carnie, d'yhialus , de Phiïemaior , de Cornélius
Severus qui composa un poème sur TEtna -, ceux
de Srnèque, de Pline, et beaucoup d'autres.
Les lettres et les sciences , ensevelies sous les
mines de l'empire romain , furent rappelées en Si-
cile par l'empereur Frédéric II. Ce prince, l'émule
ly/Iicron , écrivit lui-même un ouvrage sur la na-
ture des oiseaux et sur les soins qu'exige leur éduca-
tion. Sous le roi Alphonse , le bénédictin de Primis,
dont la mémoire sera toujours chère aux Siciliens ,
établit, en i^'l h l'université de Catane. On sait qu'à
la clmte (Je l'enipire d'Orient, Lnscanis fixa sa rési-
dence à Messine, et que la réputation immense dont il
jouissait attira dans cette ville un grand nombre de
«avans , parmi lesquels on doit distinguer le cardi-
nal Bruiho. l^iofitant de son séjour dans la Sicile,
rcf hoiiiinr érudit visita l'Etna , et composa le dia-
logue fju'il iiitiiula du num do celte montagne.
QUI OINT ÉCRIT SUR L'HIST. NATUR. DE SICILE. 7
Dans le seizième siècle , Gérard Nocito et FazelJo
illustrèrent la Sicile , l'un par son ouvrage de Tem-
pore colligendi plantas , publié vers le commence-
ment de ce siècle • l'autre , par ses Décades sur la
Sicile, imprimées à Palerme, en i558. Peu de
tems après, en 1591 , on publia, à Venise, une
■Topographie de F Etna et l'histoire de ses incen-
dies •, l'auteur de cet ouvrage est connu soùs le nom
de Philotée. Les deux pharmaciens Motta^ de Pa-
lerme , et Dragonetto, de Catane , se firent une
grande réputation par leurs écrits sur la botanique et
sur les propriétés des médicamens. Pierre Carrera^
de Mélitello , publia, en i635, à Catane, ses Obser-
vations sur V Eruption de ÏEtna de celte année, avec
une longue description topographique de cette mon-
tagne et de ses précédentes éruptions^ et , en i638 ,
il publia de nouveau les mêmes observations, avec
des additions dans ses Mémoires historiques sur Ca-
tane. Ce fut probablement cette éruption qui enga-
gea le P. Kircher à faire , dans cette même année ,
le voyage de la Sicile-, ses observations sur la miné-
ralogie ont été insérées dans son Mundus subterra^
neus.
La célébrité dont jouissait à TiomePierreCastelli^
engagea les Messinais à l'appeler parmi eux , comme
professeur de médecine pratique. Il établit à Messine
un jardin botanique , qui fut bientôt enrichi des
plantes récoltées sur l'Etna et dans d'autres endroits
de la Sicile, et dont il donna la description dans
son ouvrage , intitulé : Hortus Messanensis ^ publié
8 KOTICE SUR LES PRITSCIPALiX AUTEURS
h Messine, en iG4o. Nicole Catanuto^ pharn)acîenà
Calane , et Nicole Gen'a\i ^ qui exerçait à Palermc
Ja mémo profession , se distinguèrent en mémo tems
par lenrs connaissances sur les plantes et sur la
pharmacie -, leurs ouvrages sont encore consultés par
les personnes qui riillivcnt en Sicile les sciences mé-
dicales. En iG53 , on imprima, à Venise , X Histoire
naturelle du Sicilien Serpetro ^ élève du trop cé-
lèbre CaJ7ipnneUa\ et, peu après, le s^\?iu\. Alphonse
Borelli , (jui professait les mathématiques à Mes-
sine, fit paraître, en 1669 , un Mémoire sur ï Érup-
tion mémorable de l'Etna de cette même année 5
cet ouvrage est remarquable par Texactilude et par
le choix des observations. I/histoire naturelle compte
parmi les écrivains les pins distingués Jean-Baptiste
Odierna ^ l'émule de Kepler et de Galilée dans Tas-
tronomie -, ses cendres reposent modestement dans
le village de Palma , aux environs de Licata. Outre
ses Èphémérides des satellites de Jupiter ( Palerme ,
i656), il publia son Anatomie de Tœil de la mou-
che et autres z>;\ec/e5( Palerme , iG/j/j )i Vy/natnmie
de la dent de la vipère (Palermc, i6/|6 ) , ouvrage
cité avec éloge par Redi et par EtmuUer ; enfin ^
un mémoire sur les Tuniques des plantes et des
fruits , (jui se trouve pnrmi les opuscules des aiitcurs
siciliens. Scilla , peintre fort estimé , se fit, en itJ70,
une réputation , comme naturaliste , par sa Notice
sur les corps marins pétrifiés qui se rencontrent aux
environs de Messine ,• cet ouvrage , orné de planches
qui en font le plus grand méiiie , foni nil à VVood-
QUI OKT ÉCRIT SUR L'HIST. NATUR. DE SICILE. 9
tvard la plus grande partie des observations qu'il
ajouta à sa Théorie de la terre. En 1692 , parut la
Pyrologîe topogvaphique , ou la dissertation De ignc
juxtà loca, par Dominique Bolonne , de la ville de
Lentini, et membre de la société royale de Londres.
En 1698, le même savant publia sa Relation histO'
rico-physique du grand tjemblement de terre qui
avait désolé la Sicile en iGyS. Son contemporain
Paul Boccone , de Palerme , se distingua par son
Musée des plantes rares de Sicile, de Malie , de
France et d'Italie ( Lyon , 1674 ), auquel il ajouta
ensuite les Plantes delà Corse et de l'Allemagne
(Venise , 1694 )• On doit aussi à ce savant Sicilien
un Traité sur le Bézoard fossile ( chaux carbonatée
globuliforme ) de la Sicile ( Monte-Leone , 1669 ) ,
et des Recherches et observations naturelles touchant
le corail ( Paris, 169-2 ) -, outre son Muséum expe-
rimentale-phjsicum (Francfort, 1697)- Ces dif-
fériîis ouvrages sont remplis d'observations judi-
cieuses , et annoncent à chaque page que Boccone
avait le coup-d'œil juste , et même un vaste génie.
François Cupnni , élève de Gervasi , fit des recher-
ches sur toutes les plantes de la Sicile, et il établit à
Mésilméri un jardin botanique , dont il publia la
description , en 1696 , sous le nom â^Hortus Catho-
licus , en l'honneur du prince de Cattolica son Mé-
cène, et auquel il ajouta ensuite quelques articles
sur les fossiles. Il avait déjà publié , à Palerme , en
1672, son Catalogue des plantes de la Sicile , nouvel-
lement découvertes -, et il parut, en J'jJ^-, après
,«. NOTICK SLR LES PRINCIPAUX ALTEUKS
sa mort, son Pamphyton Simluni , ou Jiaitc des ani-
ntaïuc , des végêlaiLr et des fossiles i[u on rcucouirc
en Sicile et dans les îles et les mers qui l'environiK nt.
Les malheurs occasionnés en Sitile par le iremblc-
nu'iU (le terre de 169^, qui ensevelit sous les ruines
<run grand nombre de villes et de Nillages , 60 mille
liahit.ms, devaient retarder les progrès des sciences
naturelles, dans un pays où ceux qui les cultivaient
étaient abandonnés à leurs propres ressources ^ et
c'est précisément ce qui arriva. Forcés de réparer
les maux qu'ils venaient d'éprouver , les Siciliens ne
purent plus se livrer avec ardeur à l'étude des
sciences qui exigent une édiication spéciale, et des
dépenses considérables pour faire des observations et
des expériences. Le peu de succès «[u'avaieut obtenu
les naturalistes leurs devanciers , ne les encoura-
geaient pas à suivre les progrès que les sciences
faisaient dans les pays les plus éclairés de l'Europe -,
plusieurs de leurs prédécesseurs , après avoir sq^i-
fié leur vie à ces éludes , furent obligés de s'enfer-
mer dans des cloîtres pour jouir de la tranquillité et
du repos que réclame la vieillesse ^ et Pierre
Carrera fut même contraint de terminer ses jours à
riiôpital de Messine. On ne doit donc pas s'éton-
ner , si , depuis l'événement désastreux de 169!:^,
on ne stiivit presque plus en Sicile que les profes-
sions susceptibles d'oflVir qui-bjues avantages à ceux
i\\ù le-, («ndirassaient , et si l'on négligea les études
rjui ne présentaient aucune perspective d'ulililé
dans l'avenir. Mais, à mesure que les Siciliens répa- ,
QUI ONT ÉCRIT SUR L'HIST. NATUR. DE SICILE, u
raient leurs pertes , les amis des sciences faisaient des
efï'ortspour ranimer le courage de leurs concitoyens.
Le P. SalnUro , jésuite, établit en 17^0 , à Palerrae
sa patrie, et dans le collège- de son ordre, un musée
d'histoire naturelle, auquel la reconnaissance publi-
que donna le nom de Musée SalniUano. Cet
«xemple fut suivi par les bénédictins de Palerme,
en 1744» ^^ ensuite par les bénédictins de Catane \
enfin , en 1708 , Ignace Paterno, prince de Biscari,
fit l'ouverlure solennelle du Musée qu'il avait éta-
bli dans celte même ville de Catane. On doit citer
honorablement , parmi ceux qui concoururent à la
restauration des sciences naturelles , à cette époque ,
l'historien Motigitore j Dominique Schiauo ; le
chanoine Récupéro , auteur d'un Mémoire sur VE'
ruption de VEtna^ qui avait ou li-eu en 1765 •, le
botaniste jtrt^u^t, à qui l'on àohV Herbier Italo-si-
cilien , imprimé à Naples en 174^ ; l'abbé Leanti qui
a renfermé dans un article de son ouvrage Sur l'état
de la Sicile , imprimé k Palerme, en 1761 , une
idée générale de tout ce que l'on savait sur l'histoire
naturelle de cette île. Cette notice de Léanti a été
copiée, pendant un demi-siècle, par les écrivains
étrangers et nationaux , et a fourni au comte de
Borch les matériaux les plus intéressans de ses ou-
vrages sur la Sicile.
L'Université de Calaiie ue tarda pas à sortir de
ses ruines , par la nomination de Sahador f^enti-
miglia à l'évèché de cette ville ; les cours de phy-
8i(jue expérimentale qu'on y éfablit , rappelaient
7 3 KOTICE SUR LES PRINCIPAUX AUTEURS
]a jeunesse à rélude de la nature et faisaient oublier
les disputes insignifiantes de l'école, auxquelles suc-
céda l'enseignement des doctrines de Newton , de
Locke et de Condillac. Ventimiglia, ayant renoncé
à son évêchë , se réunit à monseigneur Airoldî ,
philologue d'un grand mérite, et au prince de
Ton emuzza ^ que l'opinion publique plaçait parmi
les antiquaires les plus instruits de l'Europe. Ces
trois savans entreprirent la réforme des études à
Palcrme, et, en i^^c),ils y établirent une Académie.
Le jardin botanique de Palerme, si renommé au-
jourd'hui, fut fondé à celte même époque, ainsi
que le cabinet d'Histoire naturelle , le laboratoire de
chimie de cette ville, et enfin cet observatoire devenu
si célèbre par les brillantes découvertes do Piazzi.
Nous croyons devoir ajouter que les voyageurs
distingués qui ont visité la Sicile, depuis la der-
nière moitié du dix-huitième siècle, ont contribué,
par leurs recherches et par leurs ouvrages , aux
progrès des sciences dans cette île. Nous ne parle-
rons pas de Rietesel , Denon , Stilbergh et Munster ;
res savans ont examiné la Sicile en antiquaires, et
ils ont concouru à son illustration, sous uu point
de vue différent de celui qui fixe maintenant notre
attention. Nous rappellerons à la mémoire du
lecteur les noms de quelques voyagf'urs qui ont
parcouru la Sicile, pour y étudier un autre genre
d'antiquités, celles de la nature, et les phénomènes
toujours curieux du terrible volcan qui élève une
t*tc si majestueuse au-dessus des autres montagnes
QUI ONT ÉCRIT SUR L'HIST. INATUR. DE SICILE. i3
de cette île. Swinburn, Brydorne et quelques autres
ont fait connaître les volcans éteints de la Sicile ;
le P. de la Torre a écrit VHisloite de l'Etna, , et
le chevalier Hamillon s'est aussi occupé de cette
montagne. Mais, c'est à Fauj as - de -Saint- Fond
qu'on doit la première description vraiment instruc-
tive sur les produits de l'Etna , comme on peut le
voir dans ses Recherches sur les F'olcans, impri-
mées à Grenoble , en 1778. Au nom de l'infatigable t
Faujas , nous devons ajouter celui de Dolomieu.
Ce célèbre naturaliste parcourut la Sicile à pied , en
178 1 , et fît connaître les résultats de ses recherches
dans son Mémoire sur les J^olcans éteints du J^al-
dinoto, publié dans \e Journal de Physique , 1734,"
dans son J^oj âge aux îles de Lipari (Paris, 1783),
d^ns lequel on trouve la description des Macalubbi ,
Salse (i) , entre Girgenti et Arragon ; dans sa Miné-
ralogie des F'olcans (Paris, 1784), qui offre le
catalogue des produits de l'Etna , augmenté depuis
dans les Mémoires sur les Isles-P onces ^ par le
même auteur (Paris , 1788). On doit compter
parmi ses découvertes celle de la stronliane sulfatée
des environs de Girgenti.
Tandis que l'on publiait à Paris les Mémoires de
<\) Boiirhiers argileux provenans îles cniptions qui se font
presque continuellement à une profondeur inconnue ; il se dé-
gage orJinairement , pendant les éruptions boueuses, du gnz
liydro^ène carbone' , mêlé de gaz carbonique , et «ne petite
^(uantilc d'eau salce , de pétrole et d'argile ijrise , etc.
i4 MOTICE SUR LES PRINCIPAL X AUTEURS
Doloinieu sur les Islcs-Ponces, Spallanzani parcou-
rait à son tour la Sicile -, ses f^oya^es dans les
deux Siciles , qui parurent en 1791 , obtinrent
une place honorable dans les bibliollièques des na-
turalistes. Nous ajouterons que PSollet, en 17495
et Saussure , en 177-^ , ont été aussi du nombre des
savans qui ont visité TRtna , et que tout récemment
ÎNI. Lucas (ils a fait une excursion en Sicile, d'où il
» est revenu chargé de richesses minéralogiqucs. Il est
à regretter que l'illustre Werner n'ait pas pu réa-
liser le voyage qu'il projetait dans celle île -, quel
pas immense n'auraient pas fait faire à la minera-'
logic sicilienne les vastes connaissances du profes-l
seur de Krevberg ? Mais , les Siciliens se proposenti
d'approfondir eux-mêmes la minéralogie de leuri
terre natale. Elevés, par l'état actuel de leurs éludes, |
à la hauteur des sciences naturelles, ils ont sur lesi
étrangers l'inappréciable avantage de pou voir donner ài
leurs recherches tout le tems nécessaire, et de revenir!
à leur gré sur leurs pas pour rectifier leurs observa-i
lions. L'enthousiasme qu'exige celle élude pénibh
s'est déjà réveillé dans leurs coeurs ; nous avons vu
que l'abbé Ferrara, plein de cette noble ardeur qui
anime la jeunesse, profilant , sans doute , de la belle
collection des produits volcaniques du professeur
Gioeni , avait publié, en 179-5, étant alors âgé
seulement de 19 ans, son Esquisse sur TEtna. Il'
a fait paraîln; , en 1818, un travail complet, sou«|
le tilre dii Description de F Etna ^ (jui offre la lopo-i
ijcaphie de celte montagne , l'hisloire de ses érup-J
QUI ONT ÉCRIT SUR L'HIST. NATUR. DE SICILE. i5
lions, le catalogue de ses pi'oduits, et quelques con-
sidéra lions géoliigiques et physiques sur ce volcan.
Nous avons indiqué , dans notre Revue ( février
i820j, les autres productions de cet infatigable-
naturaliste; son ouvrage Sur les Champs fie gréens
de la Sicile et des îles environnantes , contient la
description physique et minéralogique de ces îles ,
et mérite une attention particulière. On distingue
aujourd'hui, parmi les botanistes de la Sicile, le
savant M. Bivona ; il cultive cette partie des sciences
naturelles avec tout le succès qu'on doit attendre
de ses talens et de son zèle. Nous regrettons qu'un
botaniste si habile n'occupe pas , parmi les profes-
seurs de Palerme , la place que l'opinion générale
des savans lui assigne depuis long-tems.
Enfin , il a paru à Palerme, en 1818, la Topo-
graphie de celte 'ville et de ses environs. Cet ou-
vrage de M. le professeur Scina fournit une nouvelle
preuve des progrès que les sciences naturelles font
tous les jours dans la Sicile. M. Scina n'a pas été
chercher dans les auteurs qui l'ont précédé les faits
qu'il annonce ; il décrit les lieux qu'il a parcourus ;
. il examine soigneusement la nature du sol qui forme
la plaine de Palerme, les montagnes qui l entourent
du sud à l'est, et du sud au nord, la hauteur de
ces montagnes , leurs relations géologiques , leur
structure , leul' formation \ il décrit les minéraux
qu'elles oflrent à la curiosité du naturaliste, ou aux
spéculations du commerce -, il analyse les eaux qui
parcourent la plaine et celles des sources les plus
,(. NOTICE SUR LES PRINCIPAUX AUTEURS, etc.
remarquables de la \ille-, il rend compte des expé'
rienccs qui ont ité faites pour déterminer la lem-
pi'ralurc moyenne de l'atmosphère de Palerme , et
les limites entre lesquelles elle Hotte continuelle-
ment. Les plantes qui croissent sur les montagnes
et dans la plaine, les insectes qui vivent dans les
champs, les productions marines, n'ont point échap-
pé à ses recherches , et il se flatte que les Siciliens,
encouragés par son exemple , ne tarderont pas à
entreprendre des travaux analogues dans les autres
parties principales de Vile, afin d'obtenir, par des
observations pailielles bien dirigées, une topographie
générale et à peu près complète de la Sicile. L ou-
vrage est écrit avec précision et élégance ; lis ma-
tières sont disposées avec ordre -, les explications
qu il donne des phénomènes que lui oflVent les lo-
calités, sont établies sur les principes les plus con-
formes à la raison et à l'expérience -, et, lorsqu'il ne
se croit pas assez, fondé pour hasarder une explica-
tion, il se borne au rôle de simple narrateur , ou il
énonce simplement son opinion , sans y attacher au-
cune importance. Des notes destinées à éclaircir le
texte et une carte topographique sur beau papier ,
exécutée avec goût, terminent l'ouvrage (i).
C. J. L.
fi; Nous ilonncroos Tanaljsc de l;*. J'opogr^iphie Je Païenne ,
daos un de nos prochains cahiers.
^7
t((V\IVVVVWW\'VM'».\\'WV\VWV\'VV\X\\WV>iV%
NOTICE
SUR PARGA ET SUR AUI PACHA.
(SECOND ET DERNIER ARTICLE, l^oy. ci-deSSUS, T. YII, p. 4l8.)
Ce jour-là même ( 17 mars i8i4), la Bacchante -^SlXvX
dans la rade, et le pavillon anglais fut arboré, non
sur les remparts de la citadelle , mais sur une petite
éminence près du rivage. Le commandant de la frégate
ne trouvant pas cet hommage suffisant , ni d'accord
avec le traité , fit dire aux Parganiotes , après quelques
négociations, que, s'ils ne consentaient à placer le pa-
villon anglais sur les murs de la citadelle, il mettrait
à la voile, le lendemain, et les abandonnerait à leur
malheureux sort. D'un autre côté, le commandant des
troupes françaises avait menacé de faire sauter la ville,
en mettant le feu au magasin à poudre , si l'on essaj'ait
de le déloger avec ses soldats. Il était donc urgent de
prendre une résolution décisive. Le lendemain , de fort
bonne heure , une veuve , qui prétendait avoir affaire
au commandant, entra dans la citadelle, avec le pa-
villon caché sous ses vêtemens. Elle étair suivie d'ua
jeune garçon, q^ui avait coutume de vendre des fruits
et des légumes aux soldats , et qui , par conséquent ,
fut admis sans éveiller aucun soupçon. Après s'être
assuré que tout était dans la situation que désiraient
ceux qui l'avaient envoyé , il donna le signal , en pro-
nonçant, comme s'il eût crié sa marchandise, un mot
grec dont ils étaient convenus d'avance. Aussitôt, une
foule de citoyens armés s'élancèrent sur tous les points.
Quelques-uns escaladaient les remparts ; d'autres péné-
traient dans l'intérieur de la forteresse par des passages
TOMB vni. 2
,g ^OllCK
secrets. En peu de minutes, ils se rendirent maîtres de
la place , et le pavillon anglais fui arboré en triomphe
sur le haut du château. La Bacchante s'avança aussi-
tôt vers le fort. On permit à la garnison française de
capituler honor.iblenient ; et, le 22 mars iBi4, sir
Charles Gordon dubar^ua avec son détachement, prit
possession de la citadelle, et envoya les Français à Cor-
fou. Quelque tems après, lord Palhurst exprima, par
ordre du prince- régent , aux commissaires anglais
nommés pour représenter le gouvernement des Iles
Ioniennes , rapprol)ation royale pour la conduite qu'ils
avaient tenue à l'égard de Parga.
Nous arrivons niaintenant au dernier acte de la tra-
gédie. Le Congrès de Vienne était en session, lorsque
les Anglais devinrent maîtres de cette petite républi-
que, et d'une grande partie des Iles Ioniennes. Leur
politique, en i8i4 > étant de fortifier l'Autriche, afin
qu'elle pût servir de contre-poids à la France et à la
Russie, il est probable que toutes ces places auraient
été cédées à cette puissance, en même tems que les
provinces de Venise et de la Dalmatie ; mais, après le
retour de Napoléon , la lenteur de l'Autriche , et la
grande influence qu'exerça la Russie dans le Congrès de
l'aris , par suite de la victoire de \N aterloo , conduisit
à un arrangement différent, et beaucoup plus funeste
que le premier pour les Parganiotes. Les lies furent
laissées aux Anglais ; et l'on convint , sous prétexte de
se conformer au traité de 1800, que les villes ex-véni-
tieuncs du continent seraient réunies sans conditions,
et en pleine souveraineté, à la Porte-Ottomane, ou,
en d'autres termes , à Ali , qui j)rit le titre de son re-
présentant , et qui était déjà en possession de toutes
CCS villes , à l'exception de la seule Parga. En consé-
SLR PARGA ET SUR ALI PACHA. 19
quence de ce traité , l'existence politi.jue de Parga fut
détruite, et ses murs désolés furent rerais au plus cruel
des barbares par les agens d'un gouvernement libre,
qui avait juré de défendre et de proléger le seul asile
cil les Grecs modernes retrouvassent encore les souve-
nirs de leur ancienne gloire et de leur liberté! Il est
difficile d'expliquer les motifs qui ont pu déciderle gou-
vernement anglais à une action non moins inbumaine
qu'injuste. L'opinion accréditée sur le continent, c'est
que les Russes firent tous leurs efforts près de lord Castle-
reagh pour en obtenir ce sacrifice, afin d'avilir le ca-
ractère anglais , et de brouiller l'Angleterre avec les
Turcs, en la forçant de dépendre d'Ali, pour l'ap-
provisionnement de ses troupes dans les Iles. Mais ,
ces raffinemens d'une politique machiavélique nous
semblent peu probables , et nous pensons que la plu-
part des actions des hommes publics , heureuses ou
malheureuses dans leurs résultats, sont p'-is souvent
le fruit de l'ignorance et de l'inattention , q 'e de plans
prémédités , suggérés par l'ambition et la perfidie. Il
est possible que lord Castlereagh eût ignoré le traité
conclu entre les officiers anglais et les Parganiotes , et
nous sommes presque certains qu'il ne savait pas de
quelle importance était Parga pour l'approvisionne-
ment des Iles échues en partage aux Anglais. Quant
au traité de 1800, d'après lequel il a fait profession
d'agir , il semble n'avoir pas connu davantage la te-
neur de ce traité , et les événemens qui l'annulaient.
Une telle ignorance n'est pas moins criminelle dans un
ministre que la violation de ses devoirs avec connais-
sance de caus'' , puisqu'elle conduit aux mêmes résul-
tats ; mais, elle est du moins plus croyable.
On peut difficilement expliquer la conduite de l'An-
al
gleterre dans cette circonstance. D'abord, il était im-
politique, et nuisible à ses intérêts, comme possédant
les Iles Ioniennes , de céder Parga à la Porte , puisqu'elle
se fermait ainsi le seul canal d'approvisionnement resté
libre; et que les Turcs, qui brûlaient de reconquérir
les Iles, auraient par cela m«*me un prodigieux avan-
tage en cas d'hostilité, et ne manqueraient pas de s'en
prévaloir. En second lieu, c'était une violation mani-
feste d'un traité conclu par des officiers anglais , ap-
prouvé par les commissaires des lies Ioniennes , et par
lord Bathurst , au nom du souverain. On peut alléguer,
il est vrai, que ces officiers n'avaient aucun des pou-
voirs convenables pour conclure un pareil traité, et
que l'approbation du prince-régent, exprimée d'une
manière générale , pourrait ne s'appliquer qu'à l'oc-
cupation militaire d'une ville qui venait d'clre oc-
cupée par une garnison française. Mais, lorsque l'on
considère que Parga avait été remise aux Anglais sur
la foi do ce même traité; que, pendant un an, ils
l'avaient observé , sans faire d'objection sur aucun de
ses articles; et, surtout, que la conséquence d'un
tardif désaveu de leur part , était non pas de replacer
les choses i>i statu quo , comme ils y eussent été obligés
suivant les règles de la diplomatie, mais de céder tout
un peuple à son ennemi le plus acharné, comme pro-
priété, ou comme conquête, tandis qu'ils tenaient
uniciucment leurs droits sur cet Etat , du traité même
qu'ils rejetaient : on conviendra qu'il est impossible de
se jouer plus ouvertement de la justice, et des droits des
nations. En troisième lieu , le traité de 1800 , aïKpiel
les agens du gouvernement anglais ont prétendu vou-
loir se conformer, avait été , à plusieurs reprises, an-
nulé, et abandonné par toutes les parties intéressées,
I
SUR PARGA ET SUR ALI PACHA. ?r
et surtout par les Turcs, depuis l'année où il avait été
adopté , jusqu'en i8i5. La principale stipulation de ce
traité était l'établissement des Sept Iles, sous la pro-
tection réunie de la Porte et de la Russie. Mais , dès
l'année 1802, la Porte admit la Grande-Bretagne dans
cette alliance, destinée à garantir l'indépendance des
Iles Ioniennes; et, après la paix de Tilsit, elles devin-
rent toutes des colonies françaises, avec Tassentiment
de la Russie. Il était donc assez manifeste alors que le
premier traité n'existait plus. Si quelque chose man-
quait pour le rendre nul , les événemerts de iSoq ache-
vèrent de l'effacer. Les Turcs , en faisant la paix avec
Bonaparte, lui confirmèrent toutes ces conquêtes , y
compris Parga , dans laquelle il avait placé une gar-
nison. Bientôt après , lord Collingwood lui enleva
Zante et Céphalonie; et les Turcs gardant alors la neu-
tralité , l'ambassadeur anglais à Constantinople dé-
clara solennellement « que, quelques-unes des Iles
Ioniennes ayant été délivrées du joug français par les
armes de l'Angleterre , sans le secours des autres puis-
sances qui s'étaient engagées à les protéger, Sa Majesté
Britannique avait le droit de les soumettre à son pou-
voir , et qu'elle en userait, si la Porte ne voulait pas
renouveler sa garantie en. leur faveur. >» Non-seulement
cette garantie fut refusée ; mais les Turcs violèrent ou-
vertement leur prétendue neutralité , en -fournissant
des munitions aux Français bloqués dans Corfou , et en
permettant aux corsaires de cette natio» d'attaquer
et de prendre des vaisseaux marchands à la vue et pres-
que dans tous les ports de l'empire ottoman. L'Angle-
terre garda ces possessions, sans que les Turcs s'en plai-
gnissent ou les réclamassent. Dans le congrès de l'année
iSig , la base des réactions fut que toutes les conquêtes
aa îvorrrr.
faites sur la France seraient à la disposition des puis-
sances arniros contre elle. Mais, la Porl«' n'était point
(le ce nombre ; elle était demeur«'e en paix avec Napo-
léon , et n'avait aucun intérêt ni ancnn droit à faire
valoir dans le partage de ces conqiiêfrs. En consé-
quence, l'indépendance des Sept-lles , et de ton! rr qui
en flt'urnifaù , fut expressément stipulée par plusieurs
traités signés de la Prusse, de la Russie, de l'Autriche
et de la France. Les Turcs n'avaient, au congrès de
Paris , en i8i5 et en 1816, ni ministre, ni agent plé-
nipotentiaire ; ils ne prirent aucune part à ces mesures
politiques. Il était donc aussi maladroit que perfide de
faire revivre un traité, annulé depuis long-tems par
toutes les parties intéressées ; et cela pour s'appuyer
d'une clause en faveur d'une puissance qui ne récla-
mait ri'^n. Pour admettre que les Anglais eussent le
droit de disposer de Parga , il ei'it fallu supposer (ju'ils
l'avaient enlevée aul. Français par la force des armes ;
et même alors , toutes les conquêtes faites sur la Irance
dev.Tienl être distribuées entre les alliés; et la Porte, ne
se trouxaut point dans leurs rangs, ne pouvait v pré-
tendre. En quatrième lien , si les choses se fussent
passées autrement, si les Anglais n'eussent point eu
d'intérêt à garder Parga , si le traité de 1800 n'eût pas
été annulé par la Tur(|uie , m elle eût été une des puis-
sances armées contre la France, et qu'«'lle eût fait par-
tie du fîongrès qm devait disposer de tout ce qu'on
avait arrache à celte nation, encore ne pourrait -on
justifier la <onduile de l'Angleterre dans cette circons-
tance, qui offre un ex^!nple d'ingratitude et d'oppres-
sion, tel (ju'oii en trouve p«Mj dans l'histoire. Il semble
que la prétendue obligation de se conformer au traité
de 1800, ne fut, de la part des Anglais , qu'un prétexte
SUR PARGA ET SUR ALI PACHA. 20
pour donner à la Porte le droit de violer tous les pri-
vilèges des malheureux Grecs. Ce traite , qui avait pour
but d'assurer l'inde'pendance des Scpt-lles, portait , il
est vrai, que la domination politique, ou la protection
des villes ex-vénitiennes, situées sur la côte, appar-
tiendrait à la Porte ; mais , sous la condition expresse
« qu^ aucun Mahomélan ne pourrait acquérir de propriété,
ni s^ établir dans aucune de ces villes ^ qu'on ne pourrait
bâtir de mosquées sur leur territoire^ ni rien changer aux
lois et à la police intérieure , 7ii lever des taxes et des
impôts plus onéreux que ceux établis par les J^éniliens^
et que le pouvoir et les fonctions du bey ou de Vojjicier
chargé de veiller aux intérêts de la Porte- Ottomane ,
seraient déterminés à l'entière satisfaction de la répu-
blique des Sept-Iles. » Telles étaient les stipulations du
traité de 1800; et, quand l'Angleterre croit devoir faire
revivre ce traité en 181 5, et s'en servir pour désavouer
l'engagement pris avec tout un peuple de le secourir
et de le protéger ( engagement par lequel elle se trouve
maîtresse d'en disposer) , elle ne pense pas à rétablir
les clauses qui conservent au moins quelques avantages
à ses victimes , mais elle abandonne lâchement ceux
qui se sont confiés à son honneur et à son esprit de
justice , sans même les recommander à la clémence de
leur plus cruel ennemi. Il n'eût guère été possible d'es-
pérer que les conditions faites pour toutes les villes
ex - vénitiennes , et si cruellement violées, eussent
été observées pour la seule Parga, à moins (\ne la
force et la crainte n'eussent contraint à les remplir..
Ali s'était emparé de toutes les places mentionnées
dans le traité de 1800, non en vertu de ce traité, mais
par la force des armes. Jl était manifeste qu'il avait
agi en conquérant ; il y avait bâti des mosquées et des
3 4 NOTICE
scrails, change les lois, aliijnc les propriétés, et nu?
le peuple en esclavage. Il essaya, à plusieurs reprises,
<lc réduire Parp-a ; mais, la valeur de ses hahilaiis, et
la force extraordinaire de sa position, enipcchèrent
toujours Ali de triompher. Les plus sages de ses citoyens
comptaient encore sur ces moyens de défense, lorsque
leur patrie fut livrée aux Anglais, d'après leur pro-
messe de protection de i8i4 i et ^ peine deux ans se
sont-ils écoulés, (ju'on la cède sans coiiiiition à Ali j
qui n'avait jamais déguisé son intention de la traiter
en place conquise , et qui foulait aux pieds les clauses
contenues dans le traité de 1800 , en conformité duquel
les Anglais se prétendaient obligés de lui remettre
Parga! Ah! si l'Angleterre redoutait assez la Turquie
pour consentir à lui faire un sacrifice à la fois si dé-
plorable et si honteux , que n'avouait-elle franchement
cette basse condescendance I Cet aveu eiit été moins hu-
miliant, que le vain détour qu'on a osé prendre, pour
justifier une conduite qui ne pouvait l'être chez aucun
peuple, ni dans aucun pays.
Si l'on descend à des considérations secondaires, on
trouvera que cette trahison est peut-être aussi impo-
litique que barbare. La Porte ne peut vouloir sérieu-
sement raugmenlation de puissance d'un sujet déjà si
dangereux. Toute l'histoire d'Ali prouve que les con-
cessions n'ont fait qu'augmenter son insolence , et qu'il
ne laisse en p.tix que ceux dont la fermeté rcffraie. Il
est vrai que, d'aprl's le caractère commun à tous les
sauvages, il hait ceux qu'il est forcé de craindre; mais,
il n'est pas moins vrai que la crainte est le seul sen-
timent qui puisse dompter sa férocité. Les comman-
dans russes l'ont toujours traité d'une manière insul-
tante , et en échange, il les a flattes cl caressés. L'ua
SUR PARGA ET SUR ALI PACHA. aS
d'eux frappa un de ses beys en sa présence , et loin de
demander raison de ce traitement injurieux contre un
de ses oflficiers , le tyran se retira , et tâcha d'apaiser
la colère du Russe par des présens. De même , après
avoir assassiné le général Roze , qui l'avait traité avec
une bonté constante, il se soumit aux reproches et
aux menaces journalières de M. Pouqueville, son suc-
cesseur. Les exemples de son insolence avec les Anglais
sont innombrables. Sir Hudson Lowe lui ayant permis
de faire réparer deux maisons des douanes, bâties en
face de l'île de Ste. -Maure ( appartenant aux Anglais),
il les changea aussitôt en deux forteresses , garnies de
batteries commandant toute l'île , et capables delà ré-
duire en un jour. Dans une autre occasion, il fit saisir
un citoyen de Prévisa, frère d'un fournisseur qui ap-
provisionnait de pain les troupes anglaises cantonnées
à Sainte-Maure, et menaça ce malheureux de le faire
brûler inf ^ si le fournisseur ne lui envoyait son fils
potxr être eunuque de son sérail. Cette brutalité fut
bien connue des Anglais, qui ne jugèrent pas à propos
d'intervenir , et le pauvre homme fut obligé de sacrifier
son enfant, afin de sauver la vie de son frère. Trois des
soldats d'Ali firent feu sur un des officiers anglais, et
le blessèrent grièvement ; on n'en tira d'autre ven-
geance , que celle d'enfermer les assassins à Parga ; ils
furent ensuite rendus à leur maître , qui les garda
parmi ses troupes, et les employa sur la même fron-
tière qu'ils avaient souillée de ce crime.
Celte étrange indulgence des Anglais ; l'afïluence des
voyageurs de cette nation à la cour d'Ali ; les visites
faites à ce barbare par les commissaires de Sa Majesté
Britannique , politesse qu'il ne crut pas de sa dignité
de rendre; tout semble confirmer les bruits honteux
qu'il a fait adroitPinent circuler, sur l'entier dévoue-
ment du gonvenieiiient anglais à ses vues , et sur les
dons par lesquels il s'était assuré les bons offices de
tous les officiers supérieurs employés dans le voisinage
de sesF.lats. Il a poussé l'audace jusqu'à faire impri-
mer , dans ses gazettes , (|ue sir Thomas Maitland de-
vait ù sou influence d'avoir reçu l'ordre du Croissant ,
comme récompense de sou attachement à sa personne
et aux intérêts de la Porte.
Des (jue les Parganiotes commencèrent à prévoir
qu'il serait possible quV)n les remît sous le joug de
leur ancien ennemi , toutes leurs inquiétudes se ré-
veillèrent , et ils adressèrent une pétition très pressante
au commandant de la garnison anglaise, qui répon-
dit , en mars i8i- , par ordre de sir Thomas Maitland,
que , n'ayant pas encore reçu d'instructions précises de
son gouvernement, il ne pouvait leur donner aucune
réponse définitive; mais , qu'il leur promettait formel-
lement de faire tout ce qui dépendrait de lui en leur
faveur, pourvu qu'ils ne perdissent pas leurs droits à
sa protection par la violence et la révolte.
La substance de l'arrangement fut alors générale-
ment connue ; et comme personne ne doutait , ni ne
feignait de douter du sort qu'Ali réservait à Parga ,
quand elle lui appartiendrait ; l'humanité et rhonncur
«les commissaires anglais leur suggérèrent d'offrir aux
citoyens qui voudraient s'expatrier, un asile dans les
îles, et de stipuler qu'Ali , au nom du gouvernement
turc , paierait une certaine somme pour les terres, les
bàtimens et les plantations ajqiartenant aux émigrés.
En coiiséijucnce, sir Thomas Maitland autorisa le com-
mandant anglais à montrer une lettre dans laquelle
« il s'engageait à ne céder la place, que lorsque les
SUR PARGA ET SUR ALI PACHA. 27
propriétés de ceux qui s'exilaient seraient paye'es , et
lorsqu'ils seraient enx-mêmes transportés dans les Iles
Ioniennes. » On publia ensuite à Parga une proclama-
tion , par laquelle le gouvernement anglais prenait les
mêmes engagpmens. Ali n'osa s'opposer ouvertement à
une mesure si juste , et si puissamment soutenue : il
nomma Hamed Bey, pour agir en qualité de commis-
saire , et pour faire l'estimation des biens , de concert
avec M. Cartwright , désigné par l'Angleterre ; mais il
eut recours à toutes les ruses de la chicane , et à tous
les subterfuges , pour empêcher que rien put se con-
clure. M. Cartwright s'adressa au commandant anglais
de la citadelle , pour avoir une idée générale de la va-
leur des possessions qui seraient abandonnées auxTurcs.
Celui-ci répondit , qu'en supposant que le peuple entier
dût émigrer , la somme s'élèverait probablement de
400,000 à 5oo,ooo livres sterling. Le commandant fiten-
suite visiter et estimer les terres, les maisons et les pi anta-
lions: il se trouva que la somme totale surpassaitde beau-
coup le prix qu'il avait d'abord fixé. Cependant, ou
rejeta ces évaluations , comme ayant été faites sans au-
torité directe, et on supprima un peu moins d'un tiers
de la somme totale. Pendant ces négociations , Ali en-
toura la ville de ses troupes, insista pour faire recevoir
dans l'intérieur un commissaire avec cinquante hona-
mes de cavalerie, et fit non-seulement tousses efforts
pour séduire la populace , pour l'engager à se révolter
contre la garnison anglaise , et à l'admettre, sans con-
dition , dans la ville ; mais encore il proposa à quel-
ques-uns des plus vils citoyens d'empoisonner l'eau et
les provisions des troupes; se vantant publiquement
qu'il ne paierait pas un sou de ce qu'on lui demandait,
qu'il saurait bien forcer les habitans à le recevoir , et
a8 noticp:
que le divan élail convenu avec sir Ro])ert T.islon , anr—
bassadour anglais à (lonslaiitiiiople , <1r «loiincr aux
généraux anglais Co,ooo louis, pour arrêter le projet
d'émigration. Ces discours répandirent une iiujnii'lnde
et une terreur si gc-nérales , ((u'à peine se frouvail-il un
Parganiote qui voulût continuer à cultiver ses champs ;
la plupart vendirent leurs biens à d'avides aventuriers,
pour un prix très au-dessous de leur valeur réelle. Les
commissaires se réuiiireut définitivement , en juin i8i(),
ils publièrent , chacun de leur côté , une nouvelle pro-
clamation. Celle des .Vnglais renfermait la promesse
d'un sauf conduit et d'une juste compensation de«i
propriétés qui resteraient aux Turcs , pour ceux qui
voudraient émigrer ; on laissait tous ceux qui se-
raient disposés ù prendre ce parti , parfaitement lilue.'-
de le faire. Celle d'ITamed I^ev pressait, au contraire,
les citoyens de rester dans leur ville natale, et leur ga-
rantissait qu'ils y jouiraient de leur liberté et de leurs
biens, en toute sécurité ; mais , lorsque les ofllciers an-
glais lui demandèrent , ainsi que les Pargaiiiotes , d'aj)-
poserson nom et soil cachet à cette déclaration, il refusa
positivement de le faire , sans vouloir expliquer les
motifs de ce refus. Après que ces proclamations eurent
circulé pendant quelques jours , tous les citoyens de
Parga furent appelés, un à un , à comparaître devant
les commissaires, et on les somma de déclarer solen-
nellement leur dernière résolution : tous répondirent
<< qu'ils étaient résolus à abandonner leur patrie, plutôt
que d'y rester avec déshonneur, et qu'ils allaient dé-
terrer les os de leurs ancêtres, afin de les emporter
avec eux , loin d'un sol qui ne leur appartenait pins. »
Les commissaires continuèrent alors leurs évalua-
lions ; mais ils différèrent bipntôt d'avis entre eux , et
SUR PARGA ET SUR ALI PACHA. -«,
«vec le gouverneur; en conse'quence , ils furent dé-
pouilles de leurs fonctions. Ali et le général Maitland
eurent une conférence , en octobre 1817 , à la suite de
laquelle tout demeura suspendu jusqu'au mois de mai
i8i8. Un nouveau commissaire fut alors nommé par
le gouvernement britannique ; et tous les citoyens
répétèrent devant lui , et devant un agent d'Ali , la
ferme détermination oii ils étaient de laisser leur pa-
trie. De nouvelles discussions s'élevèrent sur la ma-
nière d'évaluer les églises, les édifices publics, et les
propriétés appartenant à des corporations. Les Parga-
niotes , qui se voyaient réduits à la plus grande dé-
tresse, envoyèrent au parlement anglais un exposé de
leur situation, avec tous les renseignemens nécessaires
à l'appui ; mais , comme ils n'avaient point remis ces
pièces à un sujet britannique , la personne chargée de
cette affaire ne se crut pas suffisamment autorisée à
la placer sous les yeux du parlement, quoiqu'il y ait
tout lieu de croire que la pétition en faveur de Parga ,
qui fut lue dans les chambres , provenait de cette
source ; d'autre part , les négociations se ralentissaient
de plus en plus. Enfin, au mois de juin i8rg , le géné-
ral Maitland déclara que , vu la baisse de valeur des
propriétés, par suite de la négligence et du désesj)oir
des propriétaires, la compensation qu'Ali devait payer
au nom du gouvernement turc, serait réduite à la
somme de 142,425 livres sterling; et, bientôt après, il
avertit les citoyens que tout était prêt pour leur trans-
port dans les îles.
Aussitôt que cet avis fut donné , chaque famille sortit
de sa demeure , sans larmes et sans gémissemens ; les
hommes précédés par leurs prêtres, et suivis de leurs
enfans , s'acheminaient lentement vers les sépulcres de
3o KoncF.
leurs pères. Ils délerrcreut eu silence ces ossetuens pré-
cieux , les rassemblèrent tous , et les placèrent sur un
immense bûcher qu'ils avaient élevé devant une de leurs
églises; ils prirent alors leurs armes, et mettant le feu
au bûcher , ils demeurèrent immobiles à contempler ce
lugubre spectacle, jusqu'à ce que tout fut consumé.
Pendant ces tristes funérailles, les troupes d'Ali , impa-
tientes de carnage , s'approchèrent des portes de la
ville : les citoyens envoyèrent aussitôt une dc-putalion
au gouverneur, pour lui dire que , si un seul infidèle
pénétrait dans l'enceinte des murs, avant qu'ils eussent
mis le reste de leurs ancêtres à l'abri d'une odieuse
profanation , et qu'ils se fussent embarqués , eux et
leurs familles , ils poignarderaient à l'instant leurs
enfans et leurs femmes, et mourraient les armes à la
main, non sans s'être cruellement vengés de ceux qui
avaient acheté et vendu leur patrie. Cette menace
effraya les Anglais à qui elle s'adressait, et la dernière
volonté de ce malheureux peuple fut respectée. Le gé-
néral Adam parvint à arrêter la marche des Musul-
mans ; les flammes du bûcher s'éteignirent; le peuple
s'embarqua en silence ; et Parga , libre et chrétienne ,
devint un repaire de brigands, de renégats et d'esclaves.
L. S.
Obsf.rvatiow. — L'esprit d'imp:irtiylif'>' qui prrsulc à la rédaction
clcla Revue EncyrlopiiUque, noii>r;iit undevoirdcparlnr icid'iin ar-
ticle sur le Dit?ai(' sujet, qui a parti dans le cahier du Quarlerly Re-
t'ievv, de mai i8ao. On y cherche à réfuter quelques-uns des faits
rapportes dans la Revue iT Edimbourg; m.iis, une ironie mordante,
d<;s insinuations peu généreuses sujiplécnt trop souvent aux
preuves «ju'on ne peut donner. Les t\irg.iniofes sont représentes
comme uni- poignée «le brigands, d'un raiMCtère inquiet et que-
relleur, ayant tous les vices des sauvages , et possédant à peine
quelqucs-uuea de leurs rertus grossières. Kien n'est oublie' pour
SUR PAKGA F.T SLR ALI PACHA, 3i
.lilaiblir rintérct qu'inspire la situation de ci; n!all,ieureux peuple.
Le traite de 1800, conclu entre la ilussic et la Porte- Ottomane,
annulé à plusieurs époques, par la force des circonstances, est
inis en avant de nouveau pour justifier la cession de Parga aux
Turcs par le gouvernement anglais , tandis que les preuves con-
vaincantes de la nullité de ce traite (i) ne sont pas combattues. Les
ministres , dont ce recueil est Torgane , pre'tendcnt n'avoir jamais
promis aux Parganiotes la protection constante de la Grande-Bre-
tagne , mais seulement l'occupation provisoire de leur ville par
les troupes anglaises, Ils nient également avoir souscrit à la con-
dition demandée par les primats de Parga dans leur déclara-
tion , savoir : «de faire /7a/f(7g-^r à Parga le sort des Iles Ioniennes.»
La destinée de ce petit Etat devait être réglée, à la conclusion
d'une paix générale j et la Porte ajant nommé Ali Pacha pour
en prendre possession, les agens anglais reconnurent ses pouvoirs,
et la lui remirent. Cependant, avant d'en venir là, ils avaient
jugé prudent et juste d'établir des commissaires dont les évalua-
tions différèrent en tièiement de celles qu'avaient faites les commis
saires d'Ali ou de la Porte. Les Parganiotes estimaient que la va -
leur de leurs propriétés se montait à 5oo,ooo louis; les commis-
saires , nommés par le gouvernement anglais , la jugèrent de
280,000 louis; et ceux du sultan réduisirent celte somme à
56,^56 louis. Malgré une telle preuve de mauvaise foi et de cupi-
dité , le Quarterly Reuiew entreprend de justifier le caractère
d'Ali Pacha, en le représentant comme un bon et grand prince,
qui a beaucoup amélioré la situation de ses sujets, dont la ca-
pitale est devenue le lieu de réunion des savans et des Iiommes
éclairés de la Grèce , etc.. Le lieutenant-colonel Bosset, nommé
commandant de Parga, pendant l'occupation provisoire, est ac-
cusé d'avoir, par son incapacité, élevé les espérances des Parga-
niotes au sujet de la somme qu'ils avaient à toucher pour l'aban-
don de leurs propriétés, de leur avoir inspiré de fausses terreurs,
et d'être en partie la cause du départ de ce peuple. La plus
grande faute de M. de Bosset, aux yeux des rédacteurs du Quar-
terly Reuiew , est sans doute d'avoir donné un récit exact et cir-
constancié de cette odieuse transaction politique, sous le titre:
(i) Voy. ci-dessus, pages 20, ai et aa.
3q notice SLR PARGA ET SLR ALI PACHA.
Ji^i'c'nemens qui se sont pam t a Paii^a , < t ditm Us lUs Ionien-
nes, avec une série de lettres, et d'autres pièces justiGcatives. —
Froceedinffs in Pan^n and thc lonian IsLind, nilli à séries ofcor-
respondfnce and olhcr justijicalu'e documents ; ouvrage qui est
dejA à sa seconde édition.
L'article du Quailerly Hcuiew, dicte avec toute Tamertume du
resbintinient que doit inspirer aux ministres la publicité de
toutes les circonstances d'un fait aussi généralement comlamne ,
ne nous a semblé contenir aucune re'futation solide de ce qu'avait
avance la Reuue d'Edimbourg. Wous eussions accueilli la vérité,
de quelque côte qu'elle fût venue j mais, si l'ironie, le ridicule
sont des armes qu'on peut manier avec talent, elles parviennent
rarement à convaincre.'
L'n négociant anglais vient de publier une brochure, intitulée
Estimation des profjiiclts abandonnées par les Parganiotes, ou Ré-
fulalion de l'exposé qu'en a fait le Quarterly Rewiew, dans son
N° XLV (i). Ce petit écrit, d'après le compte qu'en a rendu le
AJonthly jyjagasine , d'août , vient à l'appui de notre jugement ;
I combat avec succès les assertions du Quarlerly Jici'iew , et
prouve que l'estimation des commissaires du gouvernement an-
glais était fausse et partiale; de sorte que chaque individu re-
çut à peine moitié de la somme à laquelle il avait droit, et n'eut
pas même cette faible compensation de ses pertes et de ses sa-
crifices.
On vient de publier à Paris un jietit Précis historique sur Ali
Pacha (in-8", Delaunay, libr. i , qui met dans un nouveau jour la
série des crimes qui ont signalé sa earrière politique. Le moment
approche où ce tyran, i|ui ne dut ses succès qu aux plus noires
perfidies, aura cessé d'eseicer sa funeste influence; et si, à sa
place, il se fût trouvé un prince généreux , d'un noble caractère,
digne de fixer la confiance des Grecs, peut-être il aurait eu la
gloire de présider aux grands év('nenicns qui doivent amener tôt
ou tard la renaissance ft l'indépendance de la Grèce. L. S.
(») An Estima te nflhe propcrty ahnn.tnrci! hy t/ir Pari^aniotes ,
in RciuLition of a sfatenniit , in IN" \lA , <>f llie Qiuirtci!) iie-
vicw. by a Dritish IMerclunt. Londres, ibio. Lougmaa. Prix,
I shcl.
33
SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
POUR L'INDUSTRIE NATIONALE.
SÉANCE PUBLIQUE DU SECOND SEMESTRE 182O.
Observation. — Nous avons annoncé, dans notre dernière li-
vraison , Tom. VII, pag. 636, la séance publique dont nous allons
rendre compte. L'importance des re'sultats obtenus par la Société
d'encouragement , et l'utilité des produits qui ont mérité son ap-
probation, nous ont déterminés à in^liquer à la fois, dans la notice
qui va suivre , les prix proposés pour les années 1821 et 1822 , les
prix décernés cette année , enfin les principaux objets exposés
dernièrement dans le local de la Société , qui attestent les pro-
grès de notre industrie et les nouveaux services qu'elle rend jour-
nellement à toutes les classes de citoyens.
< Le 6 septembre, à 7 heures du soir, la Société cV en-
couragement pour Vindustrie nationale s'est réunie ea
assemblée générale, pour procéder à la distribution
des prix que son conseil d'administration a jugé devoir
être décernés , cette année.
Le rapport sur l'ensemble du concours a été fait par
M. Jo7nard , l'un des secrétaires , niembre de l'Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres.
L'orateur a rappelé tous les sujets de prix que la
Société avait proposés pour 1820, et qui étaient au
nombre de dix-huit. Malgré la grande publicité donnée
aux programmes, grâce ayx soins de S. Exe. le minis-
tre de l'intérieur , secondés par le zèle de MM. les pré-
fets , parmi les questions à traiter, onze seulement ont
été abordées, deux ont été complètement résolues , trois
autres l'ont été en partie. Plusieurs des auteurs même
qui n'ont pas atteint le but, ont envoyé des Mémoires
intéressans, ont fait connaître des machines et des
TOME YUI. 3
34 SOCltrE DKNCOUKAGKMEINT
procédés ingénieux qui ne seront pas sans utilité pour
notre industrie.
D'après les conclusions du rappcirt de M. le sccrclaire,
l'assemblée a délihcré :
1*. De remettre à V anm'e. prochaine les sujets de prix
suivans :
Prix pour la préparation du lin et du chanvre fr.
San- rouissage i,5oo
Pour une niacliinek raser les peaux employées
dans la cliapellerie l,ooo
Pour la fabrication du fil d'acier propre à
faire les aiguilles à coudre 3,ooo
Pour la teinture de la laine en écarlate, sans
cochenille 6,000
Pour la conservation en grand des substances
aliajent.'iires 2,000
Pour la découverte , en France , d'une carrière
de j)ierres propres à la litliogr.nphie 600
Pour un moulin à nétoyer le sarraein .... 600
2°. De remettre à Vanne'f 1822 le prix pour
la fabrication des niguilles G, 000
Pour l'application de la machine à vapeur
aux presses d'imprimerie. . - 2,000
Pour rétamage des glaces à miroirs par de
nouveaux procédés 2,^00
Pour la fabrication <lu charbon animal avec
d'autres matières «jue les os 2,000
Pour la fabrication de la colle de poisson. . 2,000
Pour la conservation des étoffes de laine f
des ])elleteries et des plumes 3,000
Pour la construction d'un moulin à bras
propre à écorcer les légumes secs 1,000
Total 33, 100
POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. 35
3°. De retirer du concours les prix qui avaient été
proposés pour la préparation d'une couleur verte prê-
férabli'. à celle de Schtele , et pour la découverte d'une
boisson saluhre et économique.
Le premier de ces sujets de prix a été supprimé, par
la raison que, depuis sa promulgation, le problème a
été résolu par des personnes étrangères au concours ,
et que nos papeteries sont aujourd'hui pourvues de
très belles couleurs vertes, notamment celles de Paris,
de Strasbourg et de Malhausen.
A l'égard de la deuxième question, la Société a jugé
à propos de la remplacer par une instruction popu-
laire, qui contiendra l'indication des recettes reconnues
les meilleures et les plus praticables, suivant les loca-
lités, pour préparer , à bon marché, des boissons saines
et agréables.
Une médaille d'argent a été décernée à M. Donadci,
D. M. à Grasse fVar), pour avoir préparé plus de 2,000
kilogrammes de lin et de chanvre, sans employer le
rouissage; méthode pernicieuse, surtout dans le can-
ton qu'il habite.
M. Bouriat a lu ensuite , au nom du comité des arts
économiques, un rapport sur le résultat du concours
relatif à la conservation en grand des substances ali-
mentaires^ d'après le procédé de M. Appert.
Deux médailles d'or, de 5oo fr. chacune , ont été dé-
cernées : l'une à M. Appert lui - m.ême , l'autre à
M. Quinton , de Bordeaux.
Le but de la Société, en proposant ce prix , était de
répandre l'usage d'un procédé qui , malgré les en-
couragemens donnés à l'auteur, avait été négligé en
France , et que les Anglais paraissent avoir perfec-
tionné, au grand avantage de leur marine. L'objet
3*
36 SOCIÉTK DENCOURAGEMEKT
principal du concours est rempli ; déjà une masse assez.
considérable de substances alimentaires, rendues , pour
ainsi dire, inaltérables par ce moyen , sort de divers
établisscmens qui se sont formés à cet effet ; la marine
française commence à employer ces productions natio-
nales, et le commerce à les transporter dans toutes
les parties du monde. M. yippert a pl-ouvé par ses
registres, qu'il en fournissait, à lui seul, pour plus
de 3o,ooo fr. par an, tant à la consommalion inté-
rieure (ju'à l'exportation. — Ses ateliers sont établis à
l'hospice des Quinze-Vingts.
Mais la société avait exigé que le pouls des substances
conservées dans un même vase , fût au moins de 8 ou
lo kilogrammes. Les concurrens n'ont pu vaincre cette
dijTiculté; en conséquence, le prix a été ajourné à
l'année 1822.
Sur le rapport fait par 'M. le chevalier Tarbé fie
T'hait x-Clnirs ^ au nom du comité des arts mécaniques,
le prix de 1000 fr. proposé j)Our rinlrodaclion des
noria, dans le centre et dans If nord de la France , a
été adjugé à M. Gâteaux, mécanicien à Paris, rue
Saint-Victor, n° 28. Cet artiste, en multipliant ces
machines hydrauliques, dont l'invention est due aux
Arabes, les a beaucoup perfectionnées; il en varie la
construction suivant les besoins, et les établit à 1res
bon compte.
M. Joniard a fait , au nom d'une commission spé-
ciale , le rapport sur le prix ayant pour objet \ai fabri-
cation des taj)is de pied économiques. Ce prix était
de I ?.oo fr. ; il a été adjugé à M. Chenavard , fabri-
cant de tapis de S. A. R. Madame, boulevard iJ.iint-
Antoine, n" 65.
Une médaille d'argent et une mention houorablc out
POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. 37
elé décernées , pour le même objet; l'une, à M, Jeanm'n,
d'Autun, (Saône-el-Loire) , l'autre à M. Armoîivillc ,
secrétaire du Conservatoire des arts et métiers.
Les tapis pour lesquels M. Clwnavard a mérité le prix
reviennent, au minimum , à 20 centimes le pied carré,
c'est-à-dire , à meilleur marché que les paillassons les
plus grossiers ; ils égalent ces derniers en solidité et
meublent beaucoup mieux.
Quatre nouveaux sujets de prix ont été proposés; nous
ne ferons aujourd'hui qu'en indiquer les titres; plus tard
nous en publierons les 2)rogrammes.
Prix pour une machine à travailler j, Termesju
X oommes. con<-ours.
les verres d'optique 2,5oof. 1821
Pour la recherche des laines les plus
propres à faire des chapeaux communs à
poils 600 1822
Pour le perfectionnement de la fabri-
cation des cuivres en bâtons, en traits et
en lames , à l'usage des tireurs d'or. . . i,5oo Id.
Pour la fabrication du papier de
feuilles de mûrier 3, 000 1827
TOTAL 7,600
Ces prix , et ceux que nous venons de mentionner
plus haut , sont indépendans de ceux que la Société
avait proposés dès l'année dernière , pour 1821 et 1822;
nous croyons devoir les rappeler ici :
Prix proposés pour Vannée 1821.
Pour la construction d'une presse hydrau-
lique , destinée particulièrement à exprimer
l'huile des olives et des graines , à pressurer les fr.
raisins et autres fruits, etc 2,00a
38 SOCII^yrÉ DFNCOURAGKMEINT
Pour le perfecf ioniieine:it des luateriaux em-
ployés dans la gravure en taille-douce i,5o©
Pour la fal)rication du < uir d'œin re, |i" prix. 3,ooo
façon de llussic (a' prix. i,5oo
Pour la découverte d'un métal ou alliage
moins oxidabic que le fer et l'acier, propre à
être employé dans les machines à diviser les
substances molles alimentaires 3,oor»
Pour la découverte d'une matière se moulant
comme le plâtre, et capable de résister à l'air
autant que la pierre ?.,ooo
Pour la dessication des viandes 5i,ooo
Pour la découverte d'une substance végétale,
soit de feuilles naturelles ou préparées , qui
pourrait remplacer complètement les feuilles
de mûrier pour la nourriture des vers à soie. . 2,000
Pour la construction d'un moulin à eau , qui
n'obstrue pas le cours des rivières , et uc nuise
ni à la navigation , ni au flottage , ni à l'irri-
gation 3,000
Pour la meillruro instruction élé-\
mentaire et pratique sur l'art de pcr-ï '" prix. 3, 000
cer et forer, à l'aide de la sonde du j 3, pj.j^ , ^^^
mineur, les puits artésiens j
Pour la culture comparée des plantes oléagi-
neuses 1,200
Pour un semis de pins du Nord, ou de pins
de Corse , connus sous le nom de laricio. . . . i,5oo
Pour un semis de pins d'Ecosse (jpinus rubrà). i ,000
Prix proposés pour Vannée 1822.
pour le perfectionnement de l'art du b<»vaii-
dier K.'io..
POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. 39
Pour un Mémoire sur les avantages de l'é-
lève des moutons à laine superfine , de race
d'Espagne, et sur le métisage des moutons fr.
indigènes de France 3oo
Prime pour la construction d'un mouHn à
moudre et à concasser les grains, qui puisse
être adapté à toutes les exploitations rura-
les 4iO"<'
Total 87,000
Les trois sommes réunies forment un total de 77,700
Une telle munificence, une si constante sollicitude
pour les besoins de notre industrie et les progrès de
nos manufactures, méritent certainement, au plus
haut degré , l'estime et la reconnaissance publiques.
Nous nous félicitons df» pouvoir seconder les vues de
celte Société éminemment utile , en proclamant ici les
noms des fabricans et des artistes qui avaient exposé
leurs produits sous ses yeux, dans la séance dont nous
venons de rendre compte.
MM. Nast frères, fabricans de porcelaine, rue des
Amandiers - Popincourt , n° 8. De grands vases, une
coupe à pied, un appareil pour distiller à froid, et
d'autres objets en porcelaine blanche et dorée , d'une
pfite très mince et très légère. On connaît la pureté des
formes et le bon goût d'ornemens qui distinguent les
produits de leur manufacture.
M. Desprez, sculpteur, rue des Récolets , n" 2. —
Camées à l'instar de ceux de TVedgewood ^ incrusta-
tions en cristal , échantillons de poterie blanche propre
à faire des creusets , des vases de cuisine , etc.
M. Le Grosd' Anizj'^rneân Faubourg Montmartre. — -
Le portrait, ùe grandeur naturelle , d'une jeune per-
4o SOCIÉTÉ DENCOURAGEMENT
sonne , imprimé sur faïence et sous émail. Cet objet
appartient à M. Lcmairc Lizancourt , pharmacien à
Paris, qui avait présenté, en même teius , une fort
belle gravure sur cristal , exécutée chez madame I)e-
sarnaud , au Palais-Royal.
M. Luton, rue du Marché-Neuf, n" i4- — I^ ne ins-
cription sur verre, en caractères inaltérables et mo-
biles. L'auteur propose l'emploi de ce procédé pour
les inscriptions nominatives des rues de Paris. Les ca-
ractères seraient placés dans des cadres en fonte de fer.
M. Hirsch , sculpteur, rue Porte-Foin, n" 3o , au
Marais. — Un grand chapiteau de colonne et des tro-
phées en carton pierre.
M. Ga/'/ierfj", doreur, sculpteur , rue Saint-Thomas ,
n° 123. — Un vase, un cadre, etc. , en cartonnage
doré.
M. Souillard , rue des Vicux-Auguslins , n°.j'- —
Plusieurs camées et bas-reliefs en matière plastique de
son invention , notamment un portrait de Sa Majesté,
ayant l'apparence de l'ivoire , et l'imitation d'une
grande agalhe antique représentant une apothéose.
M. /îe^, marchand de couleurs, rue de l'Arbre-Sec,
n° 4^. — Des échantillons de bitume orlificiel.
M. ffcrncr, ébéniste , rue de Grcnellc-Saint-Ger-
main , n° i?6. — l^n fauteuil doré, un in.ignifique
secrétaire en bois d'if, à trophées militaires, intérieur
en frêne, acacia et prunier; une table à pied, en
frêne, et d'autres meubles en bois indigènes. M. Wcr-
ner est un de nos artistes qui traite le mieux ce genre
d'ouvrages , et (jui a le plus contribué à le faire goûter.
Il a reçu , depuis l'exposition , des commandes consi-
dérables pour l'étranger.
M. Vauchelet e\. sœur, rue Chariot, u" j«), au
POUR L'INDUSTRIE NATIOP^ALE 4i
Marais. — Un grand tableau , des écrans , et divers
échantillons de velours peints. Ces fabricans soutien-
nent la réputation que s'était acquise feu M Vau-
chclet , leur père , inventeur de ce genre de peinture ,
qui s'applique également sur la soie , le colon , la
toile, etc. ; les couleurs en sont très solides, ainsi
qu'on en peut juger par des meubles qui existent, sans
altération, depuis neuf à dix ans , dans les palais du
Luxembourg et de Trianon.
M. Chenavard , déjà cité. — Des tapis de pied et de
table , de grande et de petite dimension , en feutre et
en papier vernissés.
M. Juannin (d'Autun) — D'autres tapis , dits de Mar-
cliaux , fabriqués en poil de bœuf, et la chaîne eu fil ,
au prix de 20 à 5o centimes le pied carré.
M. Annonville, rue de Sèvres, n° 8. — D'autres tapis,
imitant la moquette, à raison de 3o cent, le pied carré.
M. Gatino , rue Saint-Jacques , n° 3o3. — Des tissus,
façon de cachemire , très bien fabriqués.
M. Loiislcau , rue de la Boucherie des Invalides. —
Des chapeaux d'homme et de femme , des shakos en
tissus de soie et coton imperméables.
M. Janetj-, orfèvre , rue du Colombier , no 21. — Vn.
déjeuner, et divers objets de bijouterie en platine,
ornés de ciselures en relief et dorés.
M. Lelong , bijoutier, rue des Colonnes, n" 12. ^
Colliers et chaînes dites du Mexique , en or et en ar-
gent ; camées en pâte colorée , de son invention.
M. Tourrol aîné, rue Sainte-Avoie , i\° 53. — Une
superbe collection d'objets eu doublé , d'or et d'argent,
tels que lampes d'église , soleils, crucifix,- calices, ai-
guières, vases, giraudolles, seaux à rafraîchir , porte-
liqueurs , etc.
4^ SOCIÉTÉ D'KNCOURAGEMENT, etc.
j\I. Pradirr , bijoutier et coutelier, rue Rourg-
l'Abbé, n° ?.?.. — Une très l)ellc collection d'ouvrages eu
nacre do perles , en Ire autres un nécessaire de toilette,
morceau précieux et le plus cousidéral)le peut -être
qu'on ait jamais exécuté a\ec cette matière. M. Pra-
dier est le premier qui ait fait du travail de la nacre
lin ob;et de mamifacturc. 11 a joint à celte branche
d'industrie une fabrique de rasoirs , qui a déjà pris une
grande extension ; le prix et la qualité de ses lames
sont les mêmes , quelle ([ue soit la richesse de la mon-
ture.
M. GoK'et , coutelier du Roi, rue Saint - Honore ,
Do i38. — Coutellerie de table , perfectionnée , rasoirs
à trempe dite pyromvlrique invariahh' ^ un nécessaire
dit cosmopode , etc.
M. Lagesse , serrurier, Marché-d'Aguesseau , no 5.
— Sculptures en fer, annonçant une njain très exercée.
M. EngelnuiDU , rue Louis-le-Grand , n» 5^. — Ihi
album lithographique , exécuté parles artistes de Sè-
vres ; souvenirs pittoresques du général Bâcler d'All)e ;
deux livraisons du voyage pittoresque ct romantique de
l'ancienne France.
M. yilnys Sciicfcldor , rue Servandoni. — Cartons
lithographfqidc.i , diverses épreuves de ce nouveau pro-
cédé de gravure; presse portative , du même.
M. Dcgcrnon , professeur d'écriture , rue Si.-André-
des-Arts , n" i?.. — I n modèle de pupitre dit in t ifio-
grajthc , ;i l'usage des coiiimençaus, des aveugles, et
des personnes qui veulent écrire la nuit. Cet inslrunjent
est très propre à faciliter renseignement de l'écriture.
M. Godi'n , mécanicien et fabricant , rue Poliveau.
— Modèles 'l'une machine dite l.i'irr hydrnulifjiie y
propre il clevcr le* eaux , à dessécher les marais, etc.
L'EGYPTE, DITHYRAMBE. 43
-^ Pain fie sucre de betterave , raffiné dans son éta-
blissement situé à Chalot-Saint-Marc , près Etampes.
M. Bordier-Marcet. — Un nouveau fanal portatif,
nommé par l'auteur , sj'dus Tiaval , et applicable au
svstcme de télégraphie nocturne et diurne. M. Bor-
dier vient d'obtenir un brevet d'invention pour cet
appareil.
M. Picard^ de Piouen. — Un scaphandre en liège,
dont le mérite consiste dans sa simplicité , et dans la
modicité de son prix (6 fr. ) qui permet de multiplier
l'usage, jusqu'à présent peu répandu , de ce moyen de
sauvetage.
Cette exposition, où l'utile et l'agréable se trou-
vaient réunis, a eu des résultats très avantageux pour
la plupart des fabricans et des artistes qui l'ont em-
bellie de leurs produits.
b
'vv^'W\'vv\tw\'VV^'W\'VV\vv\'W\/\/V\'VV\'W\^**
POESIE.
L'EGYPTE, DITHYRAMBE,
Par M. Joseph Agoub , jeune Égyptien (i).
Saint auT plus anciens monurafns qui soient
sortis de la main des liommesl
Satart; Lettres sur l'Egypte.
Eh quoi! j'ai vu les enfans de Lutèce
Exiiiimer du sol de la Grèce
Ses dieux et ses arts c'clipse'sî
" (t) Quoique fe'tendue do notre plau , l'al)ondanc'! toujours
croissante des articles et des matériaux de tout ginre, fournis
par nos collaborateurs et nos corrf'spoodans, et le caractère ne-
cessMircmcnt un peu e;rave de ce recueil, nous aient fait c'carler
jusfju'à présent de uotre section Ae,<i Mémoires , JYotires et A/é-
fani/es!, difl'erentes pièces de yers qui nous avaient c'te adressées.
le Ùithjrambe sur U Egypte nous a semble, par deu.x mo'ifs,
44 L'r;G\TTE .
Je les ai tus , avides d'harmonie.
De la Ij le de Polj mnie
Rassembler sous leurs doigts les débris dispersas.
Et rappeler aux vierges d'Aonic
Les plus beaux jours de leurs règnes passés!...
Et moi! moi, qui naipiis sur des rives brillantes,
Enfant du INil , quand je sens daBS mon sein
Circuler tous les feux du soleil africain!...
Quand mon sang boi^t dans mes veines ardentes ,
Je me tairais!... Esclave des loisirs,
Je n'aurais, hôte ingrat, porte sur ces rivages
Qu'une vie indolente et de l.lciies désirs?...
INon, non! «l'un .•^oit plus noble affrontons les orages:
O loi, qui, de'G.int les destins et les âges.
De tant d'empires écroulds,
Seule debout, as compté les naufrages!
Mère des dieux , des héros et des sages,
Ét.TPTEÎ... à ton nom seul, tous mes sens sont troublés,
ïu remplis mon esprit de sublimes images:
Le passé se réveille ; et des tems écoulés
Se dressent devant moi les ombres mémorables....
Je vois sur le sommet de tes tours vénérables,
Quarante siècles assemblés !
Mon ame, à cet aspect , soudain s'est agrandie....
Eh bien! puisqu'il est vrai que tu fus ma patrie.
Egypte, inspire-moi! Dans l'un de tes eufaus .
Viens attester ton antique génie!
Viens de tes souvenirs me prêter l'énergie..-
Reprends ton sceptre, Egjptc, et règne dans mes chants!
nuTitrr luic exrp|ition. n'a!i«i<l, l;mlcur, M. Josmi Ar.orn ,
est lin jeun»' l"'i;> plicn , natif du (îianH-liaire venu à ^Marseille
avec sa famille, à la suite de l'f\péililion Irançai e; il est frèrr
d'un «les bi uvi's «pii ont sev\ i «lans nos arm«-es , et le jonchant «|ui
le poilc ;'i ruitivi^r notre littérature, mérite des «•nrouiagi'ra«'n'. ;
en •-(.(•i.ntl lnu, nous avons citi renian)uer , dans c«'tle produc-
tion di; '8 niuNi* , la prcniière <(ui soii soumise a re\anien iniblie ,
biaiiciHip ,de vers heureu.'; . qui sont le fruit «le nobles luspua-
tious. M. A. J.
DITHYRAMBE. 45
Jadis, par ses beaux-arts, son exemple et sa gloire,
La Grèce instruisit Rome, et Rome l'univers;
Mais qu'eût été, sans toi, la Grèce et sa mémoire?
Elle dormait encore au fond de ses déserts :
L'obscurité , l'ignorance profonde
L'enveloppaient. Tu parles — à ta voix
Paraît Cécrops , sortant du sein de l'onde j
Il lui porte tes dieux , ta sagesse et tes lois :
La Grèce alors naquit ; et tu fus à la fois
La mère de l'Attique et l'école du monde.
Sous ton char triomphal , que de sceptres brisés!
Tu foulais, en marchant, les trônes écrasés;
Et quand de l'orgueilleuse Athènes
Humble et fragile encor s'élevait le berceau.
L'univers admirait tes pompes souveraines ;
A ton front colossal s'attachait le faisceau
De foutes les grandeurs humaines!
Ta gloire luit encore à travers le tombeau :
Sur la plage déserte, où tes sables s'agitent.
Que de peuples évanouis !
Ils passent, ton nom res^'e; ils meurent, tu survis!
Les siècles conjurés en vain se précipitent
Et s'acharnent sur tes débris....
Faibles assauts! rage inutile !
La faulx , la faulx même du tems ,
Qui s'étonne d'être fragile ,
Frappe et se brise : assis sur ses vieux ossemens,
Ton cadavre reste immobile !
De nombreuses cités , des royaumes puissans
Ont péri comme toi; mais d'éternelles ombres
Ont dévoré leur souvenir;
Et leur vaste tombeau n'a pu t'ensevelir!...
Ta tête, soulevant le fardeau des décombres ,
Se dresse et parle encore aux siècles à venir-
Hélas! si de ta gloire absente
Ainsi brille à nos yeux la deraière lueur i
4G LÏCGYPTEi
De celle gloire, aux jours de la granJenr,
Quand lu rj'giiais, Jieurcusc et triompluiite ,
Quelle dul êlrc la splendeur!
Jadis , sous tes temples antiques ,
Les Rois venaient s'asseoir à les solennités;
On nVnlrnl plus la voix de tes ftUes publiques ;
El la fange a couvert tes muettes cites!
Ali! sur le front de tes portiques ,
Quand tes prêtres {jravaicnf des emblèmes magiques ,
Durant ces premiers jours de 'es prospérités ,
Ils confi.iient sans doute aux burins prophétiques
Tes futures calamités!
C'en est fait : de leurs mains barbares,
Une horde de vils Tartaies
Ont mufilc tes immortels débiis.
Le Kil, sous le croissant, roule une onde servile!
Frappés de leur sceptre stérile,
Tes ombrages se sont flétris;
Ta sur tes murs insolemment assis,
Ils outragent encor, dans son dernier asile,
La cendre éteinte de Mcmphis (i).
Ég)'pte ! ô reine infortunée!
Pleure, i)leure à jamais tes cnfans au cercueil :
Tes cnfans ne sont plus; ta gloire est détrônée;
Et la pourpre des Rois, dans ta main consternée,
Se change en funèbre linceuil!
Hélas! qii'as-tu fait de tes charmes?
Où sont ces mille amans, qui flattaient ton orgueil?
A ton chant nuptial succède un chant de deuil ;
Et tes ris passager.^ ont fait ]dacc à tes larmes.
,i)On raconte que les 'l'urcs ont fait f.iire des fouilles dans
quelques-unes des pyramides, croyant y trouver des trésois
i.achés.
DITHYRAMBE. 4,
Partout, autour de toi, s'élève un cri de mort-
Contre tes ravisseurs vainement tu uiurmures :
Veuve de tes liëros et victime du sort ,
Qui désormais vengera tes injures?
Qui te rendra Tempire, à ton berceau promis.
Et ce règne des dieux, fonde' par Osiris?,... (i^
Ton sein, depuis long-teras flétri par ses blessures,
Ne produit que d'indignes fils
Sortez de la tombe poudreuse,
Réveillez-vous , mânes de Sésostris!
Secouez du trépas la nuit injuriruse;
Et montant du cercueil jusqu'au trône des airs,
Que votre ombre majestueuse
Plane encore, victorieuse,
Sur les cités et les déserts!
Du Musulman les cohortes avides
Au INil esclave ont imposé des fers!
Mânes libérateurs , tonnez sur ces pervers !
D'un souffle renversez leurs phalanges timides;
Et, debout sur les pyramides,
Dictez des lois à l'univers!....
Mais hélas ! en quels vœux mon ivresse s'égare?
Dans l'étemelle nuit les héros descendus
A la patrie en pleurs sont-ils jamais rendus?
De leurs mânes conquis l'Erèbe est trop avare ;
Et les cris des vivans n'y sont point entendus!
Joseph Agoub.
»
(i) Ce vers fait allusion à l'époque où , selon d'anciennes tra-
ditions , l'Egypte fut gouvernée par des dieux.
IL ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
Voyages paws la Guamje - Bretaoe , entrepris
relativement aux services publics de la i^uerre ,
de la marine et des ponts-et-chaussées ^ etc. ; par
M. Ch. Dlpin, membre de f Institut, elc.
Prcwii^rc punie. — 1 okck mii.itaike.
(«ECoitD Anxicn lAmles et trawaux militaires. — Voy. ci-dessus,
T. VII , pag. 69. )
L'ÉTAT (l'un art , au inoment où on l'observe, est
l'ensemble des connaissances accjuises sur cet art , et
de leurs applications. Ces connaissances ne sont pas
reparties également entre les peuple» ; tous les arts
peuvent s'enrichir par des importations aussi bien que
par des découvertes ou des inventions. Réunir leurs
élémens épars , surmonter les obstacles que les dis-
tances et quelques intérêts opposent ù la formation
de l'ensemble , c'est à coup sûr un travail bien digne
de l'estime et de la leconnaissance publi(|ues.
Un art ne peut atteindre sa perfection , (|n'en Aclic-
vanl la découverte de ses principes et de ses procé-
dés. Si des circonstances heureuses l'ont porté jus([u'à
celte limite de ses progrès , il faudra , ])our l'y main-
tenir, que toutes les connaissances ac(juises soient
rédigées et transmises par l'enseignement. Celle con-
dition , rigoureusement nécessaire pour ne p.'is des-
<:ondre , ne l'est peut-être pas moins pour s'élever jus-
qu'au sommet.
SCIHNCES PHYSIQUES. 49
tn tout ce qui est du ressort de l'intelligence et
<3e l'industrie, nous sommes encore bien éloignés de
la perfection. Il suffit, pour s'en convaincre, de re-
marquer l'influence prodigieuse de chaque décou-
verte, les changemeus qu'elle opère dans l'art qu'elle
enrichit , et dans la situation de ceux qui l'exercent.
Ou voit, par exemple, que les fabricans assez heu-
reux pour s'assurer, durant quel (ue tems, la possession
exclusive de quelques procédés nouveaux et moins
imparfaits , laissent bien loin derrière eux tous ceux
qui sont réduits aux procédés vulgaires. Or , à mesure
qu'un art approche de sa perfection , ses progrès ulté-
rieurs sont de moins en moins importans, et finissent
par ne produire aucun eftet sensible. Alors, les prati-
ques des manufactures peuvent varier dans une cer-
taine latitude, sans que l'on aperçoive aucune diffé-
rence entre les ouvrages fabriqués. Telle est Ja pro-
priété caractéristique des limites , et la perfection est
incontestablement une limite. Jusqu'à présent, cette
méthode de raisonnement paraît confinée dans les
écrits des géomètres ; il serait tems de l'introduire
dans les recherches sur l'économie politique.
Faut-il désirer que l'art de la guerre se perfectionne?
Quels que soient les progrès qu'il aurait faits , ses ré-
sultats n'en seront pas moins un malheur pour les
vaincus , et produiront rarement quelque bien réel
pour les vainqueurs. Mais, comme ces progrès , utile*
ou funestes, sont l'effet inévitable de la marche du
tems et «'e l'activité de l'esprit humain , il ne serait ni
honorable, ni siir de les négliger. Chaque peuple a donc
le plus grand intérêt à compléter ses connaissances
sur l'art de la guerre, à chercher au-dehors celles qui
lui manquent , à ne se laisser devancer dans aucune
TOME viii. 4
r* SUEKCES PIlYSIQL'Kb
des parties de cet art , sur Irquel se fonilent essentiel-
lement l'honneur, rindependanre , et , par conséquent,
la prospérité des nations.
TeTs sont 1rs motifs qui conduisirent INF. Charles
Dupiii en Angleterre ; tel est le service qu'il a voulu
rendre à sa patrie, en recueillant chez l'étranger des
moyens do force et de sécurité pour la France , depuis
une époque désastreuse , et dans des tcms qui n'ont
pas toujours été prospères. M. Dupin n'a donc pas cessé
de croire à un meilleur avenir I II est du nombre des
savans qui honorent les sciences par le noble usage
qu'ils en font , et des Français qui consolent la patrie ,
en luttant avec courage, sans jamais désespérer d'elle.
Suivant ce que M. 1). nous apprend sur les écoles
militaires de la Grande-Bretagne, l'instruction des
soldats de toutes les armes y est très bonne ; mais
celle des olficiers n'y est pas encore poussée aussi loin
qu'en France. Pour assigner les causes de cette diffé-
rence , il faudrait suivre chez les deux peuples l'histoire
3es institutions militaires. Les nôtres se ressentent en-
core du tems oii l'on surmontait tous les obstacles,
soit à force de talens , soit ù force d'hommes : à cette
époque, il eût été fort inutile de préparer pour les
jeunes soldats, une éducation dont ils n'avaient jamais
le tems de profiler. Quant aux emplois d'olliciers ,
on lc6 obtenait par des études profondes , ou par des
jetions d'éclat. Aujourd'hui , les programmes de nos
écoles ne sont pas changés ; oti pourrait mémo y ajou-
ter encore, s.ins rebuter la jeunesse qui se destine à
la carrière des armes. Il nous reste donc à profiter de
la paix durnblc dont noi'S jouissons , pour donner aux
soldats une éducation plus complète , cflacer toutes les
traces de celle ignorance que nos longues guerres y
SCIENCES PHYSIQUES. Si
ont introduites, en conservant cependant avec soin les
sources abondantes d'instruction que ces guerres nous
ont fait de'couvrir.
Ou lit avec intérêt les notions étendues que M. D.
nous donne sur les exercices de la cavalerie et de l'in-
fanterie , sur les armes portatives, sur leur fabrication
et leurs épreuves. Au sujet du fusil anglais , il joint à
ses propres observations celles d'un excellent juge,
M. le colonel d'artillerie Cotty. Les articles sur la
poudre de guerre et sur les fusées à la Congrève atti-
reront puissamment l'attention des lecteurs , militaires
ou non. L'expérience n'a pas encore prononcé défini-
tivement sur les effets de ce projectile : peut-être faut-il
en dire ce que Franklin disait des aérostats , lors des
premières expériences : C'est V enfant qui vient de naître.
L'auteur a consacré un livre tout entier aux bouches
à feu, et personne ne pensera que ce soit trop. On
regrettera, au contraire , qu'il n'ait pas eu l'occasion
d'étendre encore davantage ses observations sur un
sujet aussi important et aussi difficile. Jusqu'à présent ,
les militaires artistes , qui en ont fait l'objet de leurs
méditations , n'ont trouvé que peu de secours dans les
théories mathématiques ; et , d'un autre côté , les ex-
périences ne fournissent pas encore assez de faits bien
constatés , assez de données certaines. Les progrès de
l'art dépendent donc encore , au moins en partie , du
génie inventif des artistes. On peut bien résoudre les
questions relatives à la forme , aux dimensions et à la
.matière des bouches à feu : mais les recherches sur le
poids de ces armes, sur les affûts, sur les attelages , etc. ,
' ne sont pas encore éclairée» par des connaissances
aussi positives. M. D. recueille avec soin celles qui sont
le fruit de ses travaux et de ses voj'ages, et celles cpn
4*
52 SCIENCKS PHYSIQUKS.
lui ont été communiquées par des officiers d'arlilleric
dont le nom suffit pour inspirer la confiance , MM. les
chefs de bataillon Forceville et Parizot.
Les trois derniers chapitres de ce livre sont un traité
complet sur la mesure de la vitesse initiale des projec-
tiles par le pendule hallistique, et par un appareil à
disques tournans. M. D. rapporte que les expériences
laites à Wolwich , avec ces deux instrumens , se sont
montrées d'accord : il en conclut que , lorsque l'appa-
reil des disques sera parfaitement régularisé, en fai-
sant, dans le même tems et dans le même lieu, les
épreuves du tir avec cet appareil et avec le pendule
ballistique, les résultats observés avec l'un serviront
de preuve aux expériences de l'autre. Peut-être serait-il
encore plus utile d'adopter pour ces expériences deux
instrumens dont les erreurs pussent être en sens con-
traire, et se compenser réciproquement; ce qui ne
peut arriver avec les appareils dont il s'agit, parce
qu'ils indiquent l'un et l'autre des vitesses un peu trop
petites.
M. D. décrit ensuite les travaux des parcs et des
arsenaux d'artillerie. Cette partie de son ouvrage doit
l'Ire lue et méditée par tous ceux qui construisent ou
qui emploient des machines. Ne craignons pas de l'a-
vouer: dans quelques arts, et dans quelques parties de
la France, les progri-'s sont beaucoup trop lents. Pour-
quoi, par exemple , les scieries des Vosges sont -elles
encore dans un état d'imperfection qu'on ne trouve
plus ailleurs? Nulle proportion entre la force motrice
et l'effet utile; une voie de scie d'une largeur déme-
surée ; une destruction txcessive de bois que la ma-
cliinc réduit en poussière, etc. Nous ne manquons re-
pendanl ni de bons écrits sur les scieries , ni de modèles
SCIENCES PHYSIQUES. 53
ie bonnes machines de cette espèce. Espérons que le
livre de M. Dupin ne sera pas ajouté à la masse de ces
richesses trop souvent enfouies pour nous , mais non
pas pour nos voisins^, qui savent fort bien les exploi-
ter à leur profit. Nous en avons la preuve sous les yeux,
dans l'ouvrage de M. Dupin : les scies circulaires et la
presse hydraulique sont incontestablement d'origine
française. La première machine pour dresser des sur-
faces planes, par le mouvement de rotation , est aussi
de l'invention d'un Français.
M. D. termine son ouvrage par la description des
travaux du génie militaire de la Grande-Bretagne. Il
nous fait connaître les fortifications de Douvres , de
Chattam, de Portsmouth, les ouvrages pour la défense
des côtes, la construction des casemates et des maga-
sins à poudre. D'après ces détails sur l'état de l'art de
la fortification en Angleterre, on voit pourquoi les
Anglais ont confié à des Français l'enseignement de cet
art dans leurs Ecoles militaires.
Le dernier chapitre traite des pontons anglais. On y
remarquera la description des ponts de tonneaux, dont
l'invention n'est pas nouvelle, mais qui a reçu en An-
gleterre quelques perfectionnemens assez importans.
Un atlas de planches très bien faites, et clairement
expliquées , complète le travail de M. Dupin , et ne
laisse rien à désirer, soit pour la satisfaction, soit
pour le profit du lecteur.
Revenons un moment sur l'ensemble de ce travail.
L'auteur nous a promis de mettre sous nos yeux tout
ce qu'il a recueilli sur les services publics de la guerre,
de la marine et des ponts-et-chaussées, et il commence
par ce qui est relatif à la force militaire ; il traitera
ensuite de la force navale, et finira par les services ci-
54 SCIENCES PHYSIQUES.
\ils. Mais celte distribution des matières ne lui fait
jamais perdre de vue les relations de ces services entre
eux, et il nous fait roniarqucr ces relations dans tous
les sujets qui peuvent les manifester. Cette extelleute
méthode d'observation n'cst-elle pas , au moins en par-
tie , le résultat de l'éducation scientifique que M. D.
reçut à l'Kcole polytechnique? A l'époque oii cette
belle institution forma ce grand nombre d'hommes
remarquables qui consacrent aujourd'hui leurs talens,
soit à la France dans les services publics, suit à toute
la société humaine , en reculant les bornes de nos con-
naissances , on ne se contentait pas d'enseif^ner des théo-
ries ; on y joignait aussi des applications à tous les ser-
A ices publics ; et, pour entrer dans l'un de ces services,
chaque élève devait faire preuve de connaissances sufh-
santes sur l'ensemble des travaux publics. Ou accou-
tumait les esprits à passer des considérations générales
à des objets de détail , des formules mathématiques
aux procédés d'un art, et d'un art à nu autre tout
dill'érent. Cet exercice était d'autant plus utile aux.
élèves, qu'ils s'y livraient à l'époque de la vie -oli
l'homme tout entier prend de la consistance, et reçoit
la dernière forme que l'éducation puisse lui donner. Les
ingénieurs qui profitèrent de cette éducation, se font
remarquer aujourd'hui par des vues d'autant plus
justes, qu'elles sont plus étendues; par des projets mieux
coordonnés, parce que leurs auteurs ont vu les objets
à leur place , et dans leurs relations avec les objets cn-
vironnans. Depuis (|ue l'Ecole polytechnitjue a cessé
d'être technique, le passage des théories aux applica-
tions se fait plus tard, plus difficilement, et avec moins
de sucris ; l'influence de rps|irit de corps devient ])Iub
puibsauto : et, s-i l'on continue sur ce j'Ian , chacjue
SCIENCES PHYSIQUES. 5-;
âervice public sera bientôt rendu à son ancien isole-
ment. Dans cette situation nouvelle ou renouvelée,
l'instruction s'affaiblira dans tous les services , l'acti-
vité des esprits et les nobles ambitions seront contenues
par des barrières plus rapprochées : alors , on ne
verra plus paraître d'ouvrages comparables à celui de
M. Dupin.
L'ancienne organisation de l'École avait été conser-
vée par Bonaparte : elle n'était donc pas opposée aux
maximes de la science du pouvoir. L'expérience a
prouvé qu'elle s'accordait à merveille avec une autre
science, celle du bien public : on la regrettera. Mais
sera-t-elle rétablie? Osons l'espérer.
Le livre de M. Dupin convient à deux sortes de lec-
teurs ; ceux qui apprennent, et ceux qui savent. Les
premiers y trouveront une instruction positive, et les
autres des pensées qui provoquent et dirigent les médi-
tations. Les livres de cette espèce occupent peu de
place dans la bibliothèque de l'homme de guerre ;
mais nous sommes dans un temps favorable pour rem-
plir celte lacune. Certes, nous ne manquons pas d'of-
ficiers capables d'écrire sur l'art qu'ils ont exercé avec
tant de succès et de gloire. Qu'ils ne laissent pas perdre
les fruits d'une expérience acquise à si haut prix! Elle
leur appartient , sans doute ; ils l'ont payée de leur
?ang ; mais elle appartient aussi à la patrie, dont les
blessures ne {lêuvent être cicatrisées qàe par une gloire
nouvelle. Qu'ils montrent le but! qu'ils éclairent la
route ! ils auront des successeurs dignes d'eux.
Lorsque la bibliothèque de l'homme de guerre aura
fait ces précieuses acquisitions, pour la rendre tout-à-
fait bonne , il ne s'agira plus que de la diminuer. Ou
po'jrra la débarrasser doi fausses richesses qui î'enconi-
56 SCIFÎVCRS PHYSIQUES
brent, et l'on prononcera peut-tirc des exclusions très
singulières , presque choi^nanles.
Consrr\era-t-oii Gnihert? Tout en reconnaissant que
cet auteur fut bon ofîicier et bon écrivain, on deman-
dera si, depuis que ses ouvrages sont entre les mains
des militaires, ils ont inculqué ou fait naître quplrjne
idée dans quelque tète (i). On sera peut-être amené à
conclure que, pour écrire utilement sur la guerre, il
faut l'avoir faite.
On n'admettra qu'un petit nombre d'historiens , et
ce ne seront pas les plus illustres. Remarquons, à ce
sujet , qu'on a reproché ma! à propos à Bonaparte le
peu d'estime qu'il avait pour Tacile. C'était le général
qui jugeait ainsi l'historien, et le général n'avait pas
tort. Ln militaire s'inslruira-t-il par la lecture de
Tacite, le plus ignorant des hommes en tout ce qui a
quelque rapport avec la géographie? Folard ne pensait
pas mieux d'un autre historien non moins célèbre,
de Tite-Live, qu'il accuse d'être L plus grand embal-
leur df balivernes el de contes de vieilles qui jamais ait
manié plume. Et, de nos jours, nos meilleurs officiers
ne par eraient pas avec plus de respect du président de
Thou , s'il était question de la manière dont il a écrit
l'histoire militaire de son tems.
On ferait un choix dans les OEuvres de Machiavel,
en regrettant que cet homme extraordinaire ait été
(i) Mou» 6omm»-.<( loin <lc partager le )U{;caii-nt hcaiicoiip trop
sëvérc, et même à notre avis injuste, de rauliur de cet extrait
sur l'nn îles pcriv;iin» militaires qui a le plus contribue à inlro-
duirr la pliiJosnpliie <l:ins la manière de considérer l'cfat d(> la
gacrir, (t dont Ks écrit?, toujours inspires |>ar l'amour de sa
patrie et de 1 humanité , ont suitout le mérite de faire penser les
lecteurs. ( >. n. R. )
SCIENCES PHYSIQUES. 5;
réduit, faute d'expérience, à écrire d'après les idées
d'autrui, plutôt que suivant les siennes. Si les circons-
tances l'avaient placé à la tête des armées, il n'eût
peut-être été qu'un mauvais général; mais, il n'eût
pas manqué de s'élever au premier rang parmi les
écrivains militaires. On peut affirmer, du moins , que
nul autre que lui n'eût su mieux découvrir et déve-
lopper certaines vérités affligeantes , et en déduire cer-
taines maximes funestes , qui font une partie essentielle
de la science du général. Il faut bien en convenir :
les facultés intellectuelles et morales qui caractérisent
le grand capitaine, n'ont que trop d'analogie avec celles
qtfi font le politique habile, dans le sens de Machiavel.
S'il fallait prouver que l'art de la guerre est fondé
sur quelques vérités affligeantes, on demanderait si la
supériorité de l'attaque sur la défense ne mérite pas
cette épithète? et, pour exemple de maximes funestes,
on citerait celle que Virgile met dans la bouche de
son héros : Dolus an virtus , qui in hoste requirat? Ce
peu de mots renferme presque toute la doctrine de
certaine partie de la science du pouvoir , dont les
armées . pour être sûres de vaincre , n'ont besoin que
d'être bien exercées à ne pas rougir de la victoire.
F.
SCIEINCES MORALES ET POLITIQUES.
HiSTORY ofthehrilisliandforeign BibleSociety^ etc. •,
Histoire de la Société hiblùfiie an falaise et étraii'
gère, par M. Jean 0\ve> , pasteur ^ et Tun dcS
secrétaires de cette Société ( i ).
Ce volume contient l'histoire générale des Sociétés
bibliques, et particulièrement l'histoire de la Société
mère, qui est celle de Londres , depuis 181 3 , jusqires et
y compris 1819.
Les deux tomes précédens comprennent les faits rela-
tifs à ces Sociétés , de 180^ à i8i:î. Des pasteurs de
Genève en ont publié à Paris une traduction française ,
avec une préface qui est de M. Peschior, pasteur dans
cette ville. Probablement ce troisième volume paraîtra
bientôt dans notre langue. Il est encore plus intéres-
sant que les deux premiers, parce qu'il contient le
récit des grands succès nouvellement obtenus par ces
Sociétés , et celui des oppositions très vives qu'elles
ont éprouvées de la part de quantité d'ecclésiastiques
et de plusieurs gouvernemcns du midi de l'Europe,
qui ont montré , sur cet objet , des sentimens bien con-
traires auxsentimens et à la conduite des gouvernemenà
septentrionaux de celte même partie du monde.
Dans les seuls pays de la dounnation anglaise, dis-
séminés sur tout le globe, on comptait déjà, l'an dernier,
sixcent vingt-neuf Sociétés bibliques très actives. Elles
ont distribué aux chrétiens de toute secte, aux juifs,
aux musulmans, aux idolâtres de toute couleur, aux
brahmanistes , aux bouddhistes , aux shamanisles , aux
(0 I vol. ia-go «i'caviroQ Goo i^ag. 'l'om. 111. LoaJres, 1820
SCIE^TKS MORALES ET POLITIQUES. Sy
adorateurs du lalima, aux simples déistes, aux sau-
vages niême , plus de |trois millions d'exemplaires de
la bibleoude quelques-unes de ses parties. Ces livres ont
été reçus en général avec eziipressement ; on les lit pres-
que partout; leur lecture éclaire les esprits, adoucit
les mœurs , en même tems qu'elle dispose les hommes
en faveur du christianisme.
Les Sociétés bibliques , indifféremment composées de
catholiques et de non-catholiques, et plus de ceux-ci
que des premiers , travaillent pour les communions
chrétiennes avec zèle et impartialité. Afin de les servir
toutes , et surtout de n'en contrarier aucune , elles n'oi-
frent aux membres de ces communions que les ver5ioii>5
pures et simples, respectivement approuvées , et .ci-
devant répandues avec l'agrément des divers supérieurs
ecclésiastiques.
Cette modération, ces précautions si louables n'ont
pu satisfaire trois ou quatre évêques anglicans, ni les
nombreux avocats des prétentions exagérées de la
cour de Rome , ni particulièrement ces rameurs vigou-
reux, très nuisibles à l'église et à l'Etat, selon Clé-
ment XIV , et très nécessaires à V Eglise et à l'Etal ,
suivant Pie VII. Elles n'ont pu désarmer le zèle om-
brageux de la foule des ultram«ntains , maintenant
rares, il est vrai, dans la docte Italie , et même en Es-
pagne, mais redevenus très communs en France et
en d'autres Étals, oii l'engouement aveugle pour les
abus de Rome , se renforce, à mesure qu'un parti se
passionne davantage pour les maximes et les formes
du gouvernement absolu. Ce parti s'est déclaré, eu
masse , contre les facilités nouvellement offertes à tous
les chrétiens , à tous les hommes , de lire et de méditer
la parole de Dieu. On verra, dans la suite de cet ar-
Go SCŒIVCES IVIORALKS
ticle, que, même entre les amis des idées libérales, il
en est qui se sont élevés d'une manière indirecte, ou
très spécialement et très amèrement , contre la lecture
et la multiplication des Kibles chrétiennes, quelque
favorable qu'elle soit, en réalité, au succès des ins-
titutions politiques modernes. Cette inconséquence
prétendue philosophique est remarquable. Suivons les
faits.
Trois ou quatre évêques anglicans se sont, les pre-
miers, déclarés par des lettres pastorales, prétendant
que les travaux des Sociétés bibliques sont dangereux
à la religion établie. C'est ainsi qu'au milieu des té-
nèbres de l'ignorance, en i22f), un concile de Tou-
louse , pour convertir les Albigeois et en faire de bons
clirétiens , défendait la lecture de la Bible en langue
vulgaire , en même tems qu'il renforçait les horribles
mesurcsde l'inquisition. On a combattu, dans plusieurs
écrits, les raisonnemens de ces prélats ; et le concours
empressé du plus grand nombre de leurs confrères, aux
travaux des Sociétés bibliques , et aux contributions
volontaires qni soutiennent ces travaux, a rendu les
dissentimens inutiles dans toute l'étendue de la domi-
nation britannique. Le patriarche de Conslantinople ,
des évêques et des prêtres catholiques d'Irlande, de
Pologne, d'Allemagne , de Suisse , etc. , ont formel-
lement approuvé la distribution des livres de rKcrilure
sainte en langue vulgaire , selon les versions catho-
li(|ucs, par les Sociétés de la bible. Beaucoup de pas-
teurs catholiques ont pris part aux travaux de ces
Sociétés dans les pays continentaux et insulaires des
dominations russe , suédoise , danoise , belgiquo, etc.
Un prêtre catholique , M, Van-Ess , curé et professeur
de lliéologieà l'Univcrsilé de Marbourg ,dans laHesse
ET POLITIQUES. 6i
plectorale , soutenu des libéralités de la Société bibli-
«|iie de Londres, a , lui seul, fait imprimer et dis-
tribuer dans l'Allemagne méridionale , depuis i8i8
jusqu'à présent, 3oo,ooo exemplaires de sa propre tra-
duction du Nouveau Testament.
L'archevêque catholique de Mohilef et celui de
Gnesne , également catholique, ont été, en juin et
en septembre 1 8 16 , repris sévèrement par des lettres
du pape ; l'un , pour avoir coopéré aux travaux de la
Société biblique de Pétersbourg, et l'autre, pour avoir
eu le désir et le dessein d'y concourir.
Il leur a été reproché , par ces lettres , d'avoir ainsi
contrevenu à une règle de V Eglise catholique. Mais
il est démontré que cette prétendue règle de l'Église^
n'est qu'un règlement de police, publié dans le diocèse
de Rome; c'est-à-dire, une décision de la congrégation
de l'index ou d'une commission papale povirla censure
des livres , et interprétée , étendue ou modifiée par
des déclarations du pape. Il s'ensuivrait qu'il serait
défendu à tous archevêques et évêques, à tous réguliers
et laïques , excepté au chef de l'Eglise , de lire les livres
de la Bible imprimés par l'intermédiaire des hérétiques
( Biblia impressa opéra hœrelicorum ) , et même de
lire en langue vulgaire aucuns livres, ou extraits, ou
Y^hrases , ou abrégés de la Bible , à moins qu'ils n'en
eussent obtenu la permission très spéciale du pape
même, et que la version, la phrase ou l'extrait ne fussent
accompagnés de notes rédigées par des écrivains ca-
tholiques. La violation de cette défense emporterait,
parle seul fait, la peine d'excommunication; mais il
serait sans doute fort difficile que cette règle pût être
observée généralement , à moins que la terre ne fût
couverte de permissions pour la lecture des livres saints
6fe SCJETS'CF^ MORALKS
en langue vulgaire. Et , comme il p>l rarement demoD-
trahie qu'une version de iT-criluro, surtout quand clic
vient d'un auteur catholique , soit physiquement une
œuvre d'hérétiques , sans chercher d'autres raisons qui
sont encore plus fortes, on comprend assez que la rè-
gle de ï' index , règle de la congrégation de ce nom ,
etsnpposée règle de l'Kglise, aurait, même à Rome, peu
d'exécution. Quant aux inlerprétalions dont nous
venonS'de parler, il serait trop dilllcile d'en justifier
la légitimité , de les concilier avec la doctrine de l'L-
vangile , avec l'enseignement des apotrcs, avec la tra-
dition universelle de l'Église jusqu'au seizième siècle.
On sait que toutes ces maximes nouvelles sont, même
à Rome , ou peu ou point suivies. Elles sont absolument
rejetées, ou inconnues, dans presque tous les Etals ca-
tholiques du monde; surtout, elles le sont en Russie
et dans la Pologne, oii se trouvent situés les archevêchés
de Mohilef et de Gnesne.
Or , voici ce qui est arrivé à l'archevêque de Mohile f.
La société biblique de Pétersbourg l'avait prié d'indi-
quer l'une des nombreuses versions polonaises et catho-
liques de la P>ible, à son choix, avec oflre de lui en
fournir gratuitement toute une édition , qui serait par
lui vérifiée, approuvée, et distribuée de son consente-
nient, aux catholirjues de son diocèse. Il avait agréé
l'ofiVe, en indiquant la \ersion d'un jésuite, souvent
imprimée et réimprimée sans notes en Pologne , depuis
deux cents ans , et d'ailleurs munie d'une approbation
papale. L'édition avait été, avant la distribution, véri-
fiée et approuvée ensuite par l'archevêque , dont l'ap-
probation se trouvait insérée danî tous les exemplaires.
Tel fut le crime de l'archevêque de 'Mohilef. Olui do
Gnesne avait déêiré, comme on l'a dit, de former dans
ET POLITIQUES. 63
sou diocèse une Société biblique correspondante avec
celle de Pétersbourg , et il avait manifesté ce désir au
Pape , en lui demandant des instructions à cet égard.
C'est là (i) ce qui a mérité à ces deux prélats des brefs
monitoriaux, oii le travail des Sociétés bibliques est
qualifié àe ruse la plus profonde , renversant lesfonde-
mens de la religion , de machination impie , et de peste
qu il faut anéantir.
On sait qu'uue lettre du Pape n'est, en elle-même , ni
une règle de l'Eglise catholique , ni même une règle du
Saint-Siège (2). On sait qu'elle est censée non avenue,
dans un pays oii elle n'est pas acceptée ; et , faute de
placet impérial et royal , et d'acceptation des évéques,
en un mot de publication légitime, les deux brefs mo-
nitoriaux sont restés comme non avenus à Mohilef et à
Gnesne. Le Pape , mieux instruit des faits , probable-
ment n'a pas donné de suites à cette affaire.
Mais les jésuites , et généralement les curialistes ,
comme on dit, ont beaucoup intrigué et troublé sur
(i) Ces faits ne sont qu'indiqués dans l'histoire de M. Owen,
mais je les trouve développés et appréciés, comme des fruits de
l'erreur, dans deux savans ouvrages du charitable et savant pro-
fesseur et curé de Marbourg , M. Van Ess. : Auszuge uber das not-
vi'enclige und nutzlicJie Blbel-lesen , etc. ; c'est-à-dire : Extraits tirés
des SS. Pères et des écrivains catholiques , en preuve de la néces-
sité et de l'utilité de la lecture de la Bible. Sulzbach, in-8°, i8i6j
et ûie Bihel nicht wie wiel wollen ein huch fur priester nur, etc. j
c'est-à-dire : La lecture de la Bible nécessaire, non-seulement au
prêtre , mais au prince et au peuple , avec cette épigraphe tirée de
saint Paul : La parole de Dieu n'est point captive. 2<^ à Tien., ch. 2 ,
v. 9. In-8°, à Vienne, Munich, Breslaw, Francfort et Leipsick,
1818.
(a) Voy. F'raie idée du Saint-Siège , par l'abbé Tambufini, de
Btescjaj in-S*'. Pfiris, i8ig. Mongie,
64 SCIEINCES MORALES
ce sujet. Ils ont eu grand soin tl'inipiinier , de réim-
primer, de vanter ces mêmes brefs dans des gazettes ,
et la doctrine en a été soutenue dans des pamphlets ,
avec une grande exagération, par les partisans des doc-
trines ultraniontaines , en même teras qu'ils faisaient
la guerre à outrance aux idées libérales. Dans l'une
des dernières livraisons du Conservateur , M. l'abbé de
la M. (i) a dit que , depuis i8i i , qu'on a répandu des
milliers d'exemplaires de la Bible , les crimes ont qua-
druplé sur la terre } et , dans le Défenseur^ en avril der-
nier , il a établi , comme principe, V inutilité et le
danger àe mettre l'Écriture sainte entre les mains du
peuple ; principe néanmoins condamné comme sata-
nique par les plus illustres pères de l'Église.
Les sociétés bibliques sont libérales sans doute, et
ce n'est pas leur moindre tort ; mais n'est-il pas singu-
lier que deux écrivains libéraux, antichrétiens, il est
vrai , s'accordent avec le Pape et avec M. l'abbé de
La M... , pour détourner les peuples de la lecture des
livres saints? L'un (je dois m'abstenir de le nommer,
parce qu'il est vivant) a proclamé dans un livre, que
moins les idées religieuses ont de force dans un pays ^
plus on j- est Vertueux , heureux, libre et paisible. Ce
sont là des paroles bonnes à rappeler aux zélateurs si-
multanés de l'ultramontanisme et du pouvoir absolu ,
afin qu'ils tikchent, par intérêt même pour leur double
système, de modérer, s'il se peut, les excès de leur pra-
tique et de leur théorie. L'autre est M. le comte de
Voluey , dont nous déplorons encore la perte. Il a eu
(i) Voy. Du Système de M. de la M. .sur les traductions de la
Bible, et sur la lecture deTEcrilure sainte, pag. 4/— *56 du T. V
de la Chronique religieust. Chez Baudouin frères
ET POLITIQUES. 65
ie malheur de consigner dans son livre posthume ,
VHthreu simplifié ^ une improbation violente de l'œu-
vre des sociéte's bibliques, auxquelles , dans sa haine
superbe, il reproche , comme un vrai crime d'empoi-
sonnement . comme un fait d'ambition et d'hypocrite
perfidie , de répandre les livres de la religion chrétienne
parmi les hommes ; et nous terminerons cet article en
rappelant qu'un écrivaiia le plus justement célèbre ,
un critique reconnu comme l'un des plus habiles et
des plus zélés catholiques du globe, M. de Sacy, a
plus d'une fois , dans le Journal des savans , témoigné
son estime et son intérêt à la société biblique de Lon-
dres, et qu'il a exprimé les mêmes sentimens dans une
lettre à M. Owen , en date du 1 1 mars 1816. Cette lettre
est insérée en anglais dans le volume qui fait le sujet
de cet article. Nous la trouvons assez remarquable pour
en donner ici la traduction :
« Il est impossible de ne pas admirer les rapides pro-
grès de la société , dans son entreprise de répandre la
parole divine, par des traductions en toutes les lan-
gues , dans un siècle où les hommes, fiers d'une civi-
lisation qu'ils doivent à l'Évangile, s'efforcent de jeter
des ridicules sur les vérités fondamentales du christia-
nisme. Ici , encore , se vérifie la parabole du grain de
moutarde. Je ne doute pas que son plan , dans les vues
de la Providence , ne soit un des moyens qui préparent
de grands événemens , dont le présent âge , ou un âge
suivant, sera témoin. Le christianisme est menacé de
toutes parts. Mais prenons courage ; le maître de la
barque s'éveillera quand son heure sera venue, et les
puissances de l'enfer ne prévaudront point. »
Les philologues mettent, avec raison, un grand intérêt
à l'étude du samserit, oii se trouve l'origine du grec ,
TOME vur. 5
GG SCIENCES MORALES
ilu latin, (le rallemand, en un mol, des langues de
l'Europe. Ils apprendront avec plaisir, dans ce troi-
sième tome , que, d'environ (juarante langues aclui-lle-
ment vivantes dans Tlnde, et toutes évidemment nées
du saniscrit , au moins pour neuf dixi(?mes des mots
dont elles se composent, il y a trentedeces langues dans
lcs(|nclles, par les soins assidus des sociétés bibliques
de Londres , de Calcutta et de Bombay, dos traductions
OLi partielles , ou complètes, de l'ancien cl du nou\eau
ïeslainent , sont déjà publiées.
M. Owen termine ce volume en indiquant les résul-
tats généraux des sociétés bibliques. On y voit que
celle de Londres, depuis quinze ans qu'elle existe, a
dépensé pour ses nobles travaux, sept cent quatre
mille huit cent (|iiarante livres sterlings. On regrette
qu'il n'ait pas donné les noms des sociétés bibliques
existantes au dedans et au dehors de la domination
anglaise , et surtout une bibliographie exacte des tra-
ductions de la Bible , anciennes ou nouvelles , que les
dilléreutes sociétés ont répandues. L.^njli.nais.
Sommaire iVcn Couks de Puilosophie ouvert à
la Faculté des Lettres de l\îcadcrnie de Paris,
le G décembre 1819; par M. /'a^Z»e DELAr.ivjiERE ,
nommé depuis proviseur au Collège royal d Or-
léans (i).
L'auteub de cet écrit s'est déjà fait counaître avanta-
geusement par la publication de deux ouvrages qui
annoncent un esprit juste et étendu , capable d'nppro-
(1) l'niis, iiSîo. L'n vol. in-ia i\c loa pag. Chez madame veuve
K^OD, libraire, quai de Couty, Dq i3.
ET POLITIQUES. 67
fondir les sujets qui exigent le plus de sagacité et de
méditation , et a3'aut l'habitude de présenter ses idée»
avec cet ordre et cette méthode si favorables à leur en-
chaînement , eu même teras qu'ils donnent à un livre
plus de clarté, et aux lecteurs plus de facilité pour eu
saisir l'ensemble et les détails.
M. L'abbé Delariviëre , étant professeur de philoso-
phie a u collège royal de Clermont , a publié , en 1 8 1 '^ ,
une Grammaire française classique , dans laquelle on
remarque des vues neuves, des aperçus ingénieux et
propres à jeter un nouveau jour sur cette science , si
étroitement liée à l'objet spécial de ces études , et qu'on
ne peut , en effet , traiter avec quelque succès , qu'au-
tant que l'on a approfondi la philosophie de l'esprit
humain. Enfin, le même écrivain a fait imprimer, en
181g, une Logique classique {i)^ où l'on trouve exposé ,
avec netteté et précision , tout ce qu'offre d'utile la
science qui, depuis le tems d'Aristote, a été enseignée
sous ce nom, et quia régné si long-terasdans les écoles
de l'Europe avec les études théologiques , dont elle est
l'instrument spécial.
Sans doute, on s'est trop long-tems exagéré l'impor-
tance et l'utilité de cet ensemble d'observations rela-
tives à la nature des propositions, à leurs espèces di-
verses, et à leur combinaison dans le raisonnement;
et c'est avec raison qu'on a renoncé , de nos jours , à
cet exercice de l'argumentation, plus propre à faus-
ser les esprits , et à leur faire contracter l'habitude et
le goût des subtilités contentieuses, qu'à les enrichir
de connaissances solides, et à les pénétrer d'un amour
(i)Ces deux ouvrages se trouvent à la naême adresse que le
Sommaire, etc.
5*
C8 SCIENCES MOU A LES
sincère pour la vcrilé : toutefois, on iloit avouer aiissî
une, par cela seul qu'elle forme un syslènie Lien lié
dans toutes ses parties , et qu'elle familiarise celui qui
l'étudié, avec un langage et avec des conceptions qui
se retrouvent , plus ou moins fréquemment , dans les
écrits des plus illustres philosophes, même de ceux
qui ont le plus contribué aux progrès de la science ,
tels que Descartes, Malebranche , Locke, Leibnitz , etc.,
la logique, qu'on appelle scholastique, est une acqui-
sition à peu près indispensable pour <|uiconque aspire
à de véritables connaissances en philosophie.
On trouvera dans l'écrit que nous annonçons, une
exposition plus complète et plus détaillée des vues
de l'auteur sur les deux sciences dont il a donné pré-
cédemment des traités spéciaux, et sur la nature des
rapports qu'elles ont avec la philosophie en général.
Le reste du volume contient des réflexions fort judi-
cieuses sur les autres parties de celte branche des con-
naissances humaines , sur la manière de les considérer,
soit en elles-mêmes , soit à l'égard les unes des autres ,
et enfin , les motifs qui ont déterminé l'auleilr à adop-
ter l'ordre dans lequel sont classés les objets qui com-
j)osent son cours tout entier. On sent assez qu'il est
impossible, dans nn simple extrait, de discuter le.»
articles les plus importans d'une science qui peut, à
juste titre, être regardée comn)e le fotidement ou la
base de toutes les autres : il n'est guère plus facile
d'oflrir une analyse satisfaisante d'un écrit de cette
nature ; ce serait faire l'abrégé d'un abrégé déjà extrê-
mement concis, et par conséquent ne donner qu'une
idée très imparfaite de l'ouvrage de M. Delarivière.
Nous nous bornerons donc à indi(|uer l'utilité dont il
peul être aux diflcrentes classes de lecteurs, et à citer
I ET POLITIQUES. .69
quelques passages qui nous ont paru remarquables par
la justesse des idées, et propres à faire connaître les
vues et la manière de l'auteur.
Il nous semble , en effet , que rien ne peut être plus
utile, soit pour ceux qui sont appelés à enseigner la
pliilosophie , soit pour ceux qui veulent l'étudier avec
quelque succès , que la publication d'un livre qui con-
tient, dans un petit nombre de pages , tout l'ensemble
des objets qui composent cette science : car, comme il
s'en faut beaucoup que l'on soit encore fixé sur les
<|uestions principales dont elle s'occupe, et cofgMne le
langage ou la phraséologie des écrivains les plus cé-
lèbres , sont loin d'être uniformes , en sorte que les
mêmes mots n'expriment pas, à beaucoup près, les
; mêmes idées, ou collections d'idées, dans les dilFérens
écrits, et dans les leçons des différens professeurs ; il y
a toujours un avantage réel à pouvoir comparer ces
différens langages, et à pouvoir apprécier les motifs
qui ont déterminé un écrivain à employer telle ex-
pression plutôt que telle autre, à lui donner une ac-
ception plus ou moins étendue. On peut même assurer
que c'est seulement par ce moyen , que l'on parviendra
au but le plus désirable en ce genre ; je veux dire
l'uniformité du langage, s'il est vrai, comme le croient
tous ceux qui se sont sérieusement occupés de cette
question, que la science n'existera réellement, ou que
la philosophie ne sera véritablement une science, que
lorsque la langue qui lui est propre sera fixée , au
moins en grande partie.
D'un autre côté, l'écrivain qui a long-tems pro-
fessé cette science , et que son expérience et ses ré-
flexions ont mis à même de l'envisager sous tous ses
aspects, s'attache à en présenter les diverses parties
70 SCIENCES MORALES
<lans un ordre jilus lumineux; les observations qu'il
présente sur chacune d'elles , devant naturellement
être celles qui lui sont plus sp;^cialcnicnt propres, et
qu'il a jugées les plus importantes , donnent encore un
plus haut degré d'intérêt à ces sommaires, et en rendent
la lecture à la fois plus attachante et plus instructive.
Là, le lecteur, même le plus instruit , ou le plus ca-
pable de se faire à lui-même son système ou sa tliéori*i\
retrouve souvent plusieurs des opinions qu'il avait
adoptées, les unes cond)attiies par des argnmcns qui
ne SCTaient point présentés à sa pensée , et elles de-
viennent pour lui l'objet d'un nouvel examen; les
autres, appuyées par des raisonnemens nouveaux , cl il
y prend plus de confiance.
M. Delarivicre a donc fait tine chose fort utile en
publiant ce sommaire de son cours : les jeunes profes-
seurs y trouveront un guide sûr ])our leurs travaux ;
les élèves, un précis de la science, accompagné de ré-
flexions justes, claires, et quelquefois de vues neuves et
r)riginales ; ils y trouveront une appréciation exacte
du degré de mérite ou d'importance des dilTérenlcs
parties, ou sciences qu'embrasse la philosophie. Voici ,
par exemple, comment il s'exprime en parlant de relie
qu'on a long-lems désignée sous les noms de mctaphy-
siqiie ou àc philosophie première. « On enseignait dans
les anciennes écoles , sous ce titre , une science spé-
cialement désignée par le nom tVOrUologie , qui ne sau-
rait peut-être cesser d'être obscure et lont-à-fait inin-
telligible, que pour se montrer vaine et chiméri((ue;
quoique des philosophes célèbres , qui , même dans
les tems modernes, ont traité avec \in intérêt sérieux
cette prétendue science première , aient paru relever
son crédit , en lui prêtant celui de leur génie C'est
ET POLITIQUES ^i
dans la collection nombreuse des idées qui ne désignent
que les modes des substances, et qui n'ont de réalité
extérieure que dans des êtres individuels réellement
existans , que les ontologistes ont choisi les matériaux
de leur théorie, V existence, V essence ^ la possibilité ,
le tems , l'espace , la cause , V effet , etc. , sans donner la
raison de leur choix, et sans même s'accorder entre
eux, soit sur le nombre, soit sur l'ordre de leurs élé-
mens. Il suffit, ajoute notre auteur, pour ruiner tout
cet édifice , de reconnaître qu'il n'y a dans les termes
dont il se compose, que des modes et des rapports;
que les uns et les autres proviennent de l'observation
immédiate des substances, s'ils sont simples, et ne
contiennent que des réunions de ceux-ci , s'ils sont
complexes , etc. »
D'après cette observation , M. Delarivièro réduit
toute la métaphysique à deux parties : La "^Théodicée ^
appelée aussi "Jlii-ologie naturelle par les auteurs des
anciens cours de philosophie, et \ai Psjcholoi^ie , ou
J'iiistoire naturelle de l'ame et des idées , qu'on a plus
particulièrement appelée Idéologie ààns ces derniers
tems. Nous n'en [reprendrons point, comme nous l'avons
dit, d'analyser et de discuter la théorie particulière de
l'auteur sur cet important sujet. Nous ne pourrions , eu
nous engageant dans celte discussion, qu'être entraîné-i
fort au-delà des bornes que nous avons dû nous pres-
crire ; nous avons voulu seulement donner aux Iccleurs
une idée avantageuse des lumières et du talent de l'au-
teur, telle que nous l'avons conçue nous-mêmes eu
méditant ses ouvrages ; et nous croirions avoir fait une
chose utile au public, si nous avions réussi dans ce
dessein.
T.
LITTERATURE. ' ^
Méditatioics FOÉTiQi-ES, par M. Alpiïo>se de la
Martipie (i).
La prose et la poésie, considéréps comme genres de
stvle , ne peuvent être que des formes données à la
pensée. On n'écrit pas en vers pour rassembler des
mots et des phrases , selon certaines conditions , en
ol)sorvant certains principes de mesure , «le conson-
iiances, de rliytlime et d'harmonie. On écrit en vers,
comme on c< ril en prose, pour exprimer sa pensée,
pour enseigner la vérité aux hommes , pour les rendre
meilleurs. Les formes ne sont que des moyens d'arriver
à ce but , que doivent se proposer les prosateurs et les
poètes. Les uns et les autres doivent parler à la raison;
mais ils ne l'attaquent pas de même. Ceux-ci emploient
des t'ormes plus didactiques ; ils procèdent plus simple-
ment, et présentent une série de développemens plus
étendus et plus complets ; ceux-là saisissent plutôt le
creur et l'imagination-, c'est en p'nisant qu'ils instrui-
sent, c'est par des fictions qu'il» font triompher la vé-
rité ; ils substituent des figures et dos niétapliores à
l'expression simple et toute nue de la nature. Mais tous
deux ne peuvent avoir qu'un but , éclairer l'humanité.
S'ils en jjouvaient avoir quelque autre, jl faudrait
leur interdire un art funeste; si la poé.>.ie était un lan-
gage de mensonge et d'erreur, il faudrait confirmer
l'arrêt de Platon contre 1rs poètes ; il faudrait les ban-
Tiir comme des empoisojiueurs publics.
;t) \ vol. in-o". Paris, 1820, au dépôt do l.i libi;iirir grcnjiii» .
l.itiiic, jllcinaD<i(' . riir t\c .Sniii'. no \i.
LITTERATURE. ;3
Le simple exposé de cette doctrine incontestable rë-
pond assez à certains écrivains qui s'accoutument à re-
garder la poésie comme un art exclusivement destiné à
procurer des éinotions , et qui ne se montrent pas
scrupuleux sur le choix de leurs sujets, pourvu que
ceux-ci prêtent à des développemens poétiques et à des
[ images éclatantes. Il répond à tels poètes qui soutien-
nent que l'erreur peut élre mise ea vers, pourvu qu'elle
soit poétique ; qu'un versificateur est dispensé de
croire les choses qu'il avance ; qu'il importe peu qu'il
chante tour à tour Baal et le dieu d'Israël , pourvu
que ces chants soient littéralement dignes d'éloges ;
de telle sorte qu'un poëte ne serait qu'une machine à
îiémistiches, et que le dernier écrivain en prose, pourvu
qu'il fût de bonne foi , serait dans la réalité plus
utile aux hommes que le meilleur écrivain en vers.
Les anciens étaient-ils de cet avis , eux qui consa-
craient la poésie à l'éloge des dieux , à la célébration
des hércs , à l'apologie de la liberté? Lisez les poêles
de l'antiquité ; partout vous verrez la vérité embellie
des charmes de la poésie ; vous verrez les tragiques
grecs offrir sur le théâtre un cours de philosophie , en-
seigner au spectalaur l'amour de la patrie et le respect
de la divinité. Homère vous apprendra à dompter la
colère , à éviter les discordes cruelles ; Pindare décer-
nera un prix honorable à la vertu et au courage; Hé-
siode instruira l'homme des lois de la nature; Mé-
nandre purgera le vice par le ridicule; et §i la morale
doit gémir trop souvent des écarts d'Aristophane,
cette exception déplorable, condamnée par de justes
censeurs, sera punie par l'équitable postérité.
La littérature française , parfois éloîgnée de -ces
principes pendant le règne de Louis XIV, a trouvé, au
:4 LlTTEllAlUHE.
dix-huitièra« siècle , des poêles qui l'ont remise à son
véritable rang, lui ont assigné des devoirs rigoureux ,
et l'ont replacée sous le joug de la vérité et de l'utilité.
Voltaire surtout a prêché d'exemple. Presque tous ses
ouvrages en vers tendent à l'inslruclion des hommes.
De notre tcnis, l'attachement à certaines doctrines
usées a rappelé quelques préjugés à cet égard. Nous
avons vu des vers pieux écrit» par des hommes que i'ou
peut justement soupçonner de ne pas croire en Dieu.
La poésie et la prose poétique se sont rirorct es o\ sVf-
fjprcent encore de servir d'antiques préjugés , <^e com-
battre les nouvelles conquêtes de la raison , de vniifcr
Je despotisme, et d'encourager la superstition. Plus
d'un talent distingué nous laisse à regretter son exis-
tence même, plus funeste qu'utile aux hommes. Enfin,
la littérature actuelle s'est séparée en deux classes,
dont l'une veut seulement produire de l'effet, tandis
que l'autre veut répandre des lumières; dont l'une
veut se borner au mérite littéraire, tandis que l'autre
veut ajouter à ce mérite celui de l'utilité cl du patrio-
tisme.
A laquelle de ces deux classes appartient 1\I. de la
Martine, dont nous voulons entretenir nos lecteurs?
Nous craignons, à vrai dire, que ce ne soit à la pre-
mière. Ce n'est pas que son volume de poésies ne pa-
raisse inspiré par une grande idée fondamentale , l'exis-
tence de Dieu. Mais, je vois avec peine (|ue de cette
idée si féconde en instructions utiles , si propre à diri-
ger l'homme dans la route «le la vie, M. de la IMarfitte
lie fasse,sortir aucunes leçons dont on puisse faire usage,
et dont la religion véritable et la patrie puissent profi-
ter. Ses réflexions sur l'existence do Dieu no sont , en
géucral , que des excursions vagues et indéterminées
LITTÈÏL\TURE. ^5
iîans le dornaine de l'imagination. Il traduit et imilc
David et les prophètes ; mais il ne choisit dans ces
écrivains mystiques, que des images orientales et des
développemens poétiques. On dirait que M. de la IWar-
line a voulu seulement nous montrer qu'il possédait un
instrument assez harmonieux; les sujets qu'il a choisis
semblent ne s'èlre offerts à sa plume que comme plus
propres que d'aulres à l'exercice de cet instrument. Il
n'y a dans tout son recueil que deux ou trois idées , les
contrastes et les contradictions de la nature humaine,
l'immortalité de l'ame, l'existence de Dieu, l'amour
de la retraite. Mais il n'a su tirer qu'un faible parti de
ces idées si belles el si fécondes. Pascal semble avoir été
son guide dans la description des contradictions de
l'homme, et il a gâté Pascal dont la prose énergique
est très supérieure à ses vers. Pour l'immortalité de
l'ame et pour l'existence de Dieu, il a suivi de très loin
fîacinele fils et nos grands prosateurs; et, pour l'amour
de la retraite, il est loin d'avoir approché de La Fou-
laine , de Chaulieu et de tant d'autres poêles français.
Le retour continuel des mêmes idées a jeté de plus sur
tous ses vers une couleur uniforme , et de cette unifor-
mité il est résulté quelque monotonie.
Nous avons dit qu'à défaut de pensées, M. de la
Martine était possesseur d'un instrument assez juste.
C'est en effet là qu'est le mérite de ses poésies. Consi-
dérées comme l'essai d'un jeune homme , elles pro-
mettent sans doute des ouvrages H islingués, si l'auteur
peut s'habituer à penser. La facture des vers de M. de la
Martine est en général heureuse et facile. Il ne man-
que point d'élégance et de poésie ; mais, comme il pa-
raît s'abandonner à son imagination un peu vagabonde,
il manque souvent de précision et de logique. On peut
^6 LITTÉRAIURE.
dire qu'il ne sait pas ooinposer , qup l'art de distribuer
le» idées ila:is l'ordre le plus avantageux et selon les
règles d'une juste gradation , n'est point encore connu
de lui. On ne saurait lire aucune de sesépîtres sans en
chercher le plan, et sans être obligé de renoncer à le
suivre dans un dédale de niots qui ne se rapportent pas
à des idées suivies et à un but arrêté. Souvent les mé-
ditations de M. de la Martine peuvent être comparées
à des airs d'une mu:>iquc harmonieuse à laquelle il
manque des paroles.
ÎM. de la Martine n'a rien fuil encore qui ne porte
l'empreinte de la jeunesse. L'int'galité parait être son
principal défaut : à côlé de beautés d'un ordre éle\é,
il oflTre des fautes grossières; mais ces fautes ne j)rou-
veul rien contre sou talent, parce que, dans un jeune
écrivain , le plus grand malheur, ce n'est pas la pré-
sence de certaine'* fautes plus ou moins repréhensibles,
mais l'absence des beautés. Vn jeune écrivain qui dé-
bute par des choses médiocres, inenace de rester mé-
diocre toute sa vie. Pour celui-ci , c'est une entreprise
vaine et fatigante de le soumettre m la critique ; il faut
le laisser mourir de sa mort naturelle. Quant à l'autre,
on doit l'éclairer, l'encourager par le mélange de la
critique et de l'éloge ; et s'il sait entendre l'un et l'au-
tre , il est sauvé.
!Nous avons conseillé à M. de la Martine de donnera
ses ouvrages des fondemens plus solides , d'apprendre à
penser avant que d'écrire , suivant le précepte de Boi-
leau. Nous lui conseil'erons aussi dese f.iire, avant tout,
des principes sûrs, et de suivre une bonne école. Il lui
arrive souvent de donner dans des fautes de goût, qui
pourraient déceler en lui du penchant pour le genre
romantique , c'est un tort auquel i^ faut (|u'il réilé-
LITTERATURE. ^,
chisse , avant que le mal ne devienne irrémédiable. Il
connaît assez bien les ressources de sa langue , et paraît
assez familiarisé avec lerhythme poétique, pour n'avoir
pas besoin de recourir à ces formes étranges et in-
solites qui sont en général le caractère de la médiocrité,
et qui ne prouvent ordinairement que l'impuissance.
M. de la Martine est doué d'un talent assez distingué
pour devenir classique. Use perdra, s'il imite beaucoup
d'écrivains qui ont voulu paraître neufs, et qui n'ont été
trouvés que singuliers.
Je ne voudrais point, par exemple , pour l'honneur
de M. de la Martine , qu'il fît souvent des vers tels que
ceux-ci :
De ses paissantes mains
11 ("Dieu) a laissé tomber le monde et les humains....
Du nectar idc'al sitôt qu'elle a goûte',
Ijh nature re'pugoe à la réalite'.
Dans le sein du possible en songe elle s'élance,
Le réel est étroit, le possible est immense;
L'ame avec ses désirs s'y bâtit un séjour....
Je marche dans la nuit par un chemin mauvais
Gloire à toi ( Dieu ) , le malheur en naissant m'a choisi :
Comme un jouet vivant ta droite m'a saisi.
Pour dédommager le lecteur de ces mauvais vers ,
j'en citerai d'autres qui sont fort beaux. En voici qui
caractérisent bien le talent sauvage de lord Byron , au-
quel l'auteur adresse une épîtrc pour lui prouver qu'il
existe un Dieu ; vérité que , du reste, je ne crois point
lord Byron disposé à rejeter:
Qui que tu sois, Byron, bon ou fatal génie,
J'aime de tes concerts la sauvage harmonie,
Comme j'aime le bruit de la foudre et des vents
Se mêlaat dans l'orage à la voix des torrens.'
:8 LITTERATURF.
l.a nuit est Ion st-joiir j l'iiorreur est ton domaine.
1/aiglc, roi Jus déserts, dtidaigne aio^i la plaine.
Il ue veut comaïc toi que des rocs escarpes ,
(.^uc riiivcr A blanchis, que la tbudi'e a frappes ^
Des rivaj;es couv«'rts des débris du naufrage ,
Ou des champs tout noircis des restes du earnagc
Et tandis ({ue l'uiseau qui ch;infc ses douleurs,
BJtil au bord des e.iux son niJ parmi les (leurs,
l>ui , des Sommets d'Athos franchit l'horrible cime,
Suspend nu flanc des monts son aire sur Tabîme,
Et là , seul , entouré de membres puljiilans ,
Hc rochers d'un sang noir sans cesse d<-gorttans ,
i'rouvant sa volupté dans les cris de sa proie,
Berce par la tempête , il s endort dans sa joie.
Ces vers sont bjeaux, à quelques taches près.
L'auteur réussit inoins en général dans les grands
vers que dans les strophes. Il ne semble pas encore as-
sez familier avec la période poétique, et l'espèce de dé-
sordre qui règne toujours dans ses idées convient mieux
à l'ode qu'à l'épître qui demande plus de liaison et de
logique. Mais, avec tout cela , ses odes mêmes ne mon-
trent pas assez un sujet fixe et un but certain. La meil-
leure de toutes est , sans contredit , celle qu'il adresse à
un poëte portugais exilé de sa patrie. Cette pièce con-
tient , sur le sort réservé aux poètes , des strophes d'une
grande beauté.
Ton soit, ù Manoel, suivit la loi commune ,
La musc t'enivra de précoces faveurs;
Tes jours furent tissus de gloire et d infortune
Et lu verses des pleurs!
Bougis plutôt , loiijjis d'envier au vidpaire
Le stérile repos ihmt son coeur est jaloux.
Les dieux ont fait pour lui ti)us les bieus de la k'i re,
M.ii' la K rç eit \ non?.
LITTERATUPvE. 5g
Lc5 siècles sont à toi; le moude est ta palrift
Quand nous ne sommes plus, notre ombre a des autels.
Où le juste avenir pre'pare à ton génie
Des honneurs immortels.
Ainsi, l'aigle superbe au se'jour du tonnene
S'élance; et , soutenant son vol audacieux,
Semble dire aux mortels : Je suis ojé sur la terre ,
Mais je vis dans les cieux.
Oui, la gloire t'attend; mais arrête, et contemple
A quel prix on pénèlre en ces parvis sacrés.
Vois : l'infortune , assise à la porte du temple ,
En garde les degrés.
Ici , c'est le vieillard que l'ingrate lonie
A vu de mers en mers promener ses malheurs j
Aveugle , il mendiait , au prix de son génie.
Un pain mouillé de pleurs.
Là, le Tasse, brûlé d'une flamme fatale.
Expiant dans les fers sa gloire et son amour,
Quand il va recueillir la palme triomphale ,
Descend au noir séjour.
Ces strophes sont harmonieuses , et d'un tour heu-
i reux. Je n'en dirai pas autant d'une ode à M. de Bo-
nald, qui rappelle trop, sans l'égaler, l'ode admirable de
Lebrun à Bujjfon sur ses détracteurs. Les licences de la
poésie vont aussi loin qu'il est possible dans cette
pièce , oii M. de Bonald n'a , j'en suis sûr , rien trouvé
à reprendre. Elle est, au reste , fort supérieure à une
Epttre sur Dieu, adressée à M. de La Mennais , et qui
est beaucoup plus digne du patron que du sujet. Je
ne porterai pas le même jugement sur la méditation
17' , intitulée Le Golfe de Baja , près de Naples. Cette
pièce est pleine de grâce et d'élégance.
M. de la Martine a donné contre un écueil qu'il
faut lui conseiller d'éviter désormais. C'est la facilité
I
8o r.llTÉRATlKt.
des réminiscences. On trouve dnns son mince volume
un nombre trop grand de larcins mal déguisés , de
passages évidemment pris, soit à tel ou tel poêle peu
connu, soit même à des écrivains célcbrrs. Il s'avise
{|uel({uefois de refaire des vers (jui ont été très bien
faits, et en général il est malheureux dans ces imita-
tions. C'est ainsi (jue, dans une pièce sur le Soleil, dans
celle dont nous avons déjà parlé sur Dieu , et dans
une ode sur U Enthousiasme , il emprunte des idées et
des vers à diflercus poètes. On lit dans cette dernière ,
ce vers , qu'on pourrait citer à sa louange, s'il en éta;t
l'auteur :
La gloire est le rêve d'une ombre.
Dans un poème de M. Chènedollé, sur le (jénie de
riionimc, poèiue moins connu qu'il ne mérite, ou
lit cet autre, on plutôt ce même vers:
Al»! cette triste vie est le rêve d'uue ombre.
Une foule d'exemjjlcspareilspourraient être cités. Les
vers suivans sur la mélancolie ne sont pas sans mérite :
iMais dqà l'oinhre plus tpaiose
Toiubo ft !>i unit les vaslea mère j
Le bord s'ertace, le l)ruil cesse;
4.<; silence ocriipe les aiis.
C'est l'heure on la Me'laucolie
S'asseoit pensi\x et recueillie
Aux bonis sikacieux des mers,
iùt, méditant sur le» ruines,
ConteBtple , au penchaut d»"S roIlKies,
Ces palais, ces temples déserts.
^lais , pourquoi faut-il que nous connaissionsce moc- I
ceau admirable de Laharpe sur le même sujet :
Cist là , <'>»t dans l'obsowrit*'
Queiuvaot l^ Inmulte, et«i«i$ soi recueillie,
I
LITTÉRATURE. 8«
Vient s'asseoir la Mélancolie
Pour y rêver en liberté.
Ses maux et ses plaisirs ne sont connus que d'eUe.
A ses chagrins qu'elle aime elle est toujours fîdelle ,
Ne se plaît que dans l'ombre , et dans les lieux déserts ;
Elle verse des pleurs qui ne sont point anaers.
Tout entière à l'objet dont elle est possédée,
IVe redit qu'un seul nom, n'entretient qu'une idée.
Et chérit son secret qui s'échappe à moitié.
Son regard triste et doux inspire la pitiéj
Elle étouffe sa plainte , et soupire en silence ;
Elle n'ose qu'à peine embrasser l'espérance.
Et tremble, en adressant un timide désir.
Vers un bonheur lointain qui toujours semble fuir.
M. de la Martine caractérise ainsi l'automne :-
C'est l'adieu d*un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.
Tout le monde connaît ce vers de Delille sur l'au-
tomne :
C'est le dernier adieu d'un ami qui nous quitte.
Cet autre passage, tiré d'une pièce qui est un centon
continuel de Millevoye', de Chénier, et de quelques au-
tres poètes , est encore une faible imitation d'un beau
morceau de Delille :
Tel un pilote octogénaire
Du haut d'un rocher solitaire ,
Le soir, tranquillement assis ,
Laisse au loin égarer sa vue.
Et contemple encor l'étendue
Des mers qu'il sillonna jadis.
Delille a dit , dans le Poème de l' Imagination , ch. vi i
Ne vîtes-vous jamais , aux bords de la Tamise ,
Cette noble retraite aux vieux guerriers promise?
TOME vm. 6
8a LM'IKKAÏURE.
La jeunesse à ses yeux part , navigue et revient
Qui- fait le vieux no<hcr? il voit , il se souvient,
Se rappelle les mers , les nations lointaines ,
Ses dangers, ses combats, se*: plai&iis et ses peines-
Il recommande aux vents les jeunes matelots,
Se rembarque en iile'e, cl les suit sur les Ilots.
M. de la Martine s'adresse ainsi au Soleil :
liVclat de tes rayons ne s'est point affaibli,
Kt sous la marn du tems ton front n'a pninl pâli.
Ces deux vers assez faiMes rappellent cvidenimeiil les
suivans , de Rouchcr, dans le Poème des Mois :
Pour toi , rien ne tcruit ton antique splendeur,
'l'u ne vieillis jamais j non, soleil, ton ardeur
Pu fems , qui détruit tout, n'a point senti l'atteinte.
Cent trônes renver.sés pleurent leur gloire éteinte^
Là , tu vis dans la flamme Ilion s'engloutir j
Ici , gît au tombeau le cadavre de i'yr ;
La Rome des Césars a passé comme une ombre j
Les peuples et les jours s'écouleront sans nombre;
Toi seul, au haut des airs, victorieux du tems,
Tu contemples en paix ces débris éclatans.
Tes temples sont tombés , et le dieu vit encore f..
Ils rappellent également ceux qui suivent , et qui sont
tirés du Génie de V Homme ^ de M. Chênedollé :
Notre terre à tes yeux sans fin se renouvelle.
Et , roulant nos débris sur sa route éternelle.
Le tems rcnver.se tout , mais il ne l'atteint pas.
Les révolutions, longs tourmens des Ktats,
Ebranlent notre globe , et te spnt étrangères.
'lu n'es jamais cmu «lu bruit de nos misères ,
Et ton front toujours calme c'clâirc,les tombeaux
Des peuples dont tu vis s'élever les hcrceàux.
Ces deux morceaux me semblent supérieurs à toute la
pièce de M. de la Martine, sur le Soleil'.'
\jr morceau qui termine son recueil est un dilliy-
rambe imite des prophètes, et adressé à IM. Eugène
LITTÉRATURE. 83
Genoude, jeune écrivain qui fait une traduction de
la Bible , et qui vient d'en publier une de l'Imitation de
J.-C. , et qui est encore connu par quelques articles peu
remarquables du Conservateur. Ce dithyrambe se com-
pose d'une suite d'imitations paraphrase'es de Job ,
d'Isaïe , d'Ezéchiel et de Jérémie. On trouve du feu et
de l'enthousiasme dans ces imitations ; mais j'avoue
que je crains , pour le goût de l'auteur, l'amour qu'il
montre pour les figures orientales : telle chose est fort
belle dans la Bible , qui peut paraître fort déplacée et
même ridicule en vers français. Le génie des langues
ne se ressemble pas. Une magnifique image en hé-
breu, peut être une niaiserie dans notre langue. Nous
ne sommes pas encore accoutumés à voir bondir les
collines comme des chevreaux , et les montagnes comme
des brebis.
On trouve , par exemple , dans Job cette image
étrange , que notre auteur traduit littéralement :
O tombeau! vous êtes mon père,
Et je dis aux vers de la terre ;
Vous êtes ma mère et mes sœurs.
Cela me paraît fort contraire à la délicatesse du goût
français.
Pour nous résumer sur M. de la Martine , nous di-
rons que ses poésies sont un essai estimable que l'on
doit accueillir avec indulgence , et que le gouverne-
ment a bien fait d'encourager ; mais nous ajouterons/
que l'absence continuelle de variété et de pensées fait
craindre que l'auteur n'attache pas assez de prix à ce
fondement de tout ouvrage littéraire. Ce sont des vers
en général élégans , des strophes bien faites ; mais ce
ne sont que des vers et des strophes. Le lecteur exige
quelque chose de plus. L. Thiessé.
6*
Si LITTÉRATURE.
%\*w^'Www\w^v\%^v^^h^^w'*^**^*'v^^vw»
Les Quatre Ages, ^«r Ch/lrles Pougens, auteur
du Trésor des Origines, et du Dictionnaire gram-
matical raisonné de la langue française, 'z' édit.'^
suwis du portrait d'une jeune Jille par un papil'
lon(ï).
Lettre d'un CHâRT»Kcx,^arCHARLEsPouoEriS (2).
Abel ou les Trois Pères, ;;arCHARLES PoocE^s (3).
Voici trois romans du môme auteur qui paraissent
à la fois; et ce romancier est un érudit, un membre
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres! Pour
faire cesser la surprise que ce début pourrait exciter,
hâtons-nous d'avertir les lecteurs que ces trois nouvelles
productions de M. Pougens ont chacune un but moral ;
qu'elles sont enfin de ce genre qu'on est convenu à^ap-
fe]er philosophique y et dans lequel Voltaire a excellé.
Certes , c'est faire un usage utile et louable de ses loi-
sirs que de chercher à démontrer , par des faits ou réels
ou inventés, par quelque fable intéressante, une im-
portante vérité. Un roman philosophique n'est guère
qu'un long apologue.
Nous avons déjà fait connaître l'un de ces romans,
(i) Paris , i8ao. i vol. in-8*. Imprimerie de Didot a!në. Papier
fin satin»?. Prix, a fr. , ei a fr. Ji5 c. par la posfn.
(a) Paris, iSao. i vol. in-i8. Imprimerie du Didot atné. Figure;
papier iin satine. Prix, i fr. 80 c. , et a ïf. par la post«.
(3) Paris, i8io. i vol. in-ia. Prix, 3 fr. , et 3 fr. 5o c. par la
poste.
Ces trois ouvrages sc trouvent chez P. Moogie aSaé, bouierarJ
Poisïuuoiùre . n° i8.
UTI'ÉRA'IURE. 85
Zics Quatre Ages (i) : c'est une seconde e'dflion que
l'auteur en publie ; le succès de l'ouvrage a justifié nos
éloges. Des occupations champêtres , une compagne
qu'on aime , des enfans qui croissent dans la paix et
dans la vertu , des goûts purs et simples, voilà le bon-
heur , d'après le roman des Quatre Ages. Horace
l'avait dit en cent endroits; il l'avait dit, quoiqu'il
vécût, ou peut-être parce qu'il vivait au milieu d'une
cour brillante. M. Pougens l'a prouvé par un exemple;
il a mis le précepte en action. En faisant réimprimer
son opuscule, il s'est bien gardé de l'étendre, de l'aug-
menter : dans cette série de tableaux frais, doux, vo-
luptueux, qu'il fait passer l'un après l'autre sous les
yeux du lecteur, l'idée principale avait été suffisam-
ment développée. Le goût indique aux bons auteurs
les bornes qu'ils doivent se prescrire.
On trouve, il est vrai, dans cette seconde édition des
Quatre Ages , une pièce assez longue en vers ; mais
elle ne tient nullement au sujet. Elle finit agréable^
ment le volume , et n'allouge pas le roman. C'est le
portrait à' Une jeune Jîlle , tracé en vers assez faciles,
et qui prouvent que la langue de la poésie n'est pas
plus étrangère à notre savant académicien, que celle du
raisonnement et de l'érudition. Le style, le ton de
cette pièce rappellera à ceux qui ont vécu à cette
époque du dix-huitième siècle oii la poésie légère était
cultivée , tous ces jolis riens qui , des salons de Paris où
ils étaient vivement applaudis , passaient dans les
mille et un recueils de vers qui paraissaient alors tous
les mois, et surtout dans cet Almanach des Muses,
berceau de tant de réputations poétiques ; de cet
(i) Voy. Tome II de la P£vue, pag. 492.
86 LITTÉRATURE.
Almanach ou débutèrent les Parny , les Berlin , et oà
Voltaire ne dédaigna pas de consigner les derniers
accens de sa muse. Les temps sont bien changés I les
petits vers n'ont plus de vogue ; et si l'on en lit encore ,
on veut qu'ils présentent d'autres images, qu'ils aient,
en un mot, une toute autre couleur que celle de la
plupart des productions poétiques de la période que
nous venons d'indiquer ; période assez récente , mais
que le changement dans les goûts comme dans les
mœurs nous fait paraître singulièrement éloignée de
notre tems.
Kien ne ressemble moins au roman des Quatre y4geSy
à cette espèce de pastorale que Gesner n'eût peut-être
pas désavouée , que cette autre production à laquelle
l'auteur a donné pour titre, Lettres d'un Chartreux.
Celle-ci offre, dans l'espace de quatre-vingts pages au
plus, d'un très petit format, le tableau déchirant des
ravages que fait, dans le cœur d'un être isolé de la
société entière , cette passion de l'amour que pourtant
Dieu donna aux hommes pour les dédommager du
malheur d'exister. Cette passion n'a , pour le solitaire,
ni charmes, ni délipes ; c'est un poison lent qui coule
dans SCS veines , trouble son cerveau, le remplit
d'images fantastiques. Sans avoir commis de crime, le
solitaire amoureux sent tous les tourmcns du remords.
Pour peindre cet état de souffrance et d'angoisse,
Laharpe, le sec et froid Laharpe trouva, une fois dans
sa vie , quelque seu timent dans son ame , quelque cha-
leur, des larmes mêmes sous sa plume; ce fut lors-
qu'il entreprit d'écrire lesdouloureuses confidences d'un
malheureux qui avait trompé le vœu de la nature en
se faisant moine, et dont elle se vengeait, comme il
arrive toujours, en le condamnant à souffrir d'avance
LITTÉRATURE. 85
dans ce monde tous les tourmens de l'enfer (1). Cet i
.écrit, oii l'on trouve un mérite que l'on ne connaissait
point à Laharpe , beaucoup de sensibilité , on est fondé
à croire qu'il n'osa plus l'avouer dans sa vieillesse ,
Jorsqu'il eut abjuré la philosophie.
Quant à M. Pougens, il ne se repentira jamais,
nous en serions garans, d'avoir démontré, non par de
froids raisonnemens, mais par le récit d'une anecdote
qui n'a rien que de très vraisemblable, combien se
trompent ces âmes faibles et tendres, qui, pour se
soustraire à une passion que, dans l'aveuglement d'une
dévotion excessive , elles nomment criminelle , s'en-
ferment dans lia solitude Jes cloîtres, se vouent à
toutes les privations , croient acheter le ciel en renon-
çant aux plaisirs de la terre. L'ennemi qu'elles fuyaient,
elles le trouvent au fond de leur cellule, plus puis-
sant, plus formidable , entouré de fantômes efFrayans,
armé du remords. ■'-'
Le jeune chartreux Anatole n'a jamais connu l'a-
mour. Une fois, une seule fois, il entrevoit une femme
dans les jardins de son couvent : elle n'a jeté qu'un
regard sur lui, ne lui a dit que ces deux inots : pauvre
infortuné! et voilà son esprit qui s'égare , qui se rem-
plit de chimères. Il aime , il adore celle qu'il ne verra
jamais, et qui même ignorera toujours qu'elle est
aimée; il lui écrit des lettres brûlantes qu'elle ne lira
point : dévoré par une passion qui jamais ne sera satis-
faite , qui n'est pas même soulagée, calmée par l'espé-
rance, il sent son corps se dessécher, s'affaiblir, à
(0 Voy. le CaiiiaUIiile , petit roman philosophique en prose. Ou
le trouve dans quelques e'ditions de JJclanie, à la suite de cette
pièce. "^
as LITTÉRATURE.
mesure que 6a raison s'altère; il ne trouvera de repofr
que dans la tombe.
Ce sont les lettres de ce malheureux que M. Pougens
a recueillies, et qu'il donne au public. Quiconque a lu
dans les écrits qui nous restent de ces hommes qui,
dans les premiers tems du christianisme, s'enfonçaient
dans les déserts pour prier et méditer ; quiconque a lu ,
disons-nous , même dans les légendes , les combats que
livraient à la plus indomptable des passions tous ces
pieux personnages, leurs délires, leurs visions, sentira
beaucoup mieux le mérite des Lettres du Chartreux ;
il verra combien l'auteur est peintre fidèle des troubles ,
des déchiremens d'une ame secrètement blessée , et qui
ne peut trouver autour d'elle ni remède à ses maux ^
ni même la plus légère distraction. Anatole aussi ,
comme tous les êtres placés dans cette situation déses-
pérante, avait des visions. Voici comme il raconte à
l'unique objet de ses pensées , ce qui lui arriva une nuit
qu'il était allé méditer sur le tombeau d'un jeune
moine, autrefois son ami:
« La lune m'inondait de sa douce lumière; les mo-
biles reflets de ses rayons argentés glissaient sur ma
robe blanche : de grandes masses d'ombres épaisses et
vacillantes fuyaient majestueusement vers l'extrémité
de l'enceinte funèbre; l'auguste silence de la nuit,
joint au calme sacré des tombeaux, imprimaient à
cette scène un caractère solennel. 1 out-à-coup le ciel
3'obscurcit , un éclair sillonne la nue, le tonnerre
gronde et tombe en éclats. Mes yeux se ferment un
instnnt, je les rouvre; une foule vague et confuse de
fantômes d'une taille gigantesque m'environne : au
milieu d'eux, je crois reconnaître mon ami; ses traits
brillaient d'un feu divin. Je m'écrie, je m'élance^
LITTÉRATURE. 89
j'ecarté le pâle linceul , et je n'aperçois qu'un afFreux
squelette : d'horribles sifflernens frappent mon oreillc-
Bientôt succède un morne silence , et l'e'pouvantable
spectre prononça d'une voix lugubre ces deux mots
qu'une fois j'entendis de votre bouche, et dont la cé-
leste mélodie enivra tous mes sens : « Pauvre infor-
tuné !.... » Le chœur des spectres répéta à voix basse :
« Pauvre infortuné ! « Puis , tous jetèrent à mes pieds
leurs blancs linceuls, et la sombre harmonie se perdit
dans l'abîme.
« J'étais debout, et je considérais d'un œil ferme
cette scène de terreur : cependant, une sueur froide
coulait sur mon front et sur tous mes membres , l'émo-
tion pénétrait jusqu'à mon cœur. Alors , j'ai eu recours
à mon talisman ordinaire ; j'ai invoqué votre souvenir ,
et l'affreuse vision a disparu.
M Je viens de regagner ma cellule; je vous écris, et
bientôt je vais chercher sur la cendre et sur ma haire ,
non le repos dans le sommeil , mais une nouvelle vie ,
en pensant à vous. »
Les dernières lettres du chartreux , celles qu'il trace
d'une main mourante, sont et devaient être en effet
les plus douloureuses , les plus déchirantes. Mais, ni
le caractère grave de la Revue , ni l'espace qui nous est
réservé, ne nous permettent de les citer entières; et
morcelées , elles perdraient beaucoup de leur intérêt.
Que résulte-t-il de cette lecture? Une aversion bien
juste pour toutes ces institutions qui tendaient à sé-
parer l'homme de ses semblables. Les couvens n'étaient
et ne peuvent être que le séjour de l'oisiveté, de l'hy-
pocrisie ; quelquefois, l'asile du crime ; plus souvent,
celui du malheur et du désespoir. Les âmes fortes
savent bien s'y débarrasser des entraves rigoureuses de
90 LITTÉRATURE
la règle ; elles trouvent des moyens de satisfaire avec
fureur des passions devenues plus ardentes par la con-
trainte et la solitude : les aines faibles et timorées y
souffrent, y pleurent. Là sont des moines tels que les
ont peints Bocace et La Fontaine, ou Ae j}auvre$ infor-
tunés tels que l'Anatole de M. Pougens. lit voilà jiour-
tanl les institutions que voudrait rappeler en France
une faction insensée , en dépit des lois solennelles qui
les ont proscrites , et malgré les sages conseils de la
philosophie et de l'humanité.
Passons à la plus importante de ces ijouvelles produc-
tions de M. Pougens , à son Abtl.
C'est encore un roman; mais, sous une forme frivole ,
il cache d'utiles vérités. L'auteur s'y propose deprouver:
i". Qu'une éducation trop rigide a rarement d'heu-
reux résultats ;
2°. Qu'en punissant, comme des crimes, de simples
erreurs de jeunesse, on aigrit les caractères plutôt
qu'on ne les corrige ;
3°. Enfin , que notre jurisprudence est impré-
voyante et barbare ; que les peines qu'elle inflige pour
des délits qui ne méritent pas la mort ( celle de la ré-
clusion, par exemple, ou celle de la flétrissure) , doi-
vent nécessairement transformer en scélérats di'>
hommes que peu t-être il eût été facile de ramener à la
vertu.
Voila ce que démontre l'histoire à^Abcl et de ses
frères. Nous laisserons de côté ses frères qui , dans le
roman , ne jouent qu'un rôle très-secondaire, pour ne
nous occuper que du principal héros.
Quoi(|u'il eût été élevé avec la plus grande rigueur
• par un père très-dévot calviniste, Abel , à dix-huit
ans , a déjà commis deux fautes assez graves : il s'est
LITTÉRATURE. 91
•laissé séduire par la gouvernante d'un curé , et a séduit
à son tour une jeune fille. Pour ces deux petites fre-
daines, on le renferme pour quelque tems à St. -Lazare ;
et il perd un emploi subalterne qui le faisait exister.
Il sort de sa retraite , moins bon qu'il n'y était entré,
mais pas encore coupable ; il va le devenir. Manette ,
la malheureuse victime de sa passion , a été rejetée de
sa famille, s'est réfugiée dans un galetas oii elle a mis au
inonde une fille. C'est là qu'Abel la retrouve , au mo-
ment même oii elle allait expirer de misère , ainsi
que son enfant. Mais que fera-t-il ? Lui-même ne
possède rien. Son premier mouvement est d'aller se
proposer à un recruteur, et de porter aussitôt à sa
malheureuse famille le prix de sa liberté ; mais il ne
peut réussir dans ce noble projet. Le hasard le conduit
près d'un hôtel ; il a autrefois connu la dame qui
l'habite ; il entre pour implorer quelques secours, et
n'en peut obtenir. Un moment il reste seul ; une bague
de peu de valeur est sous ses yeux : la prendra-t-il ? il
hésite; mais Manette meurt de faim. Il emporte la
bague, et va l'engager dans un bureau du Mont-de-
Piété. Son espoir est de la retirer bientôt; mais son vol
a été découvert y il est arrêté , jugé , condamné aux ga-
lères pour trois ans.
Ces trois cruelles années s'écoulent lentement au
milieu de bandits de toute espèce. Enfin , le terme du
châtiment est arrivé ; on lui ôte ses chaînes , il recouvre
sa liberté. Mais quel don funeste !/on a rendu à la so-
ciété un homme qu'un barbare préjugé va poursuivre
partout , que l'on n'y verra qu'avec uue espèce d'effroi.
Partout , il entendra résonner à son oreille ces mots
terribles : Il fut galérien.
Répétons ici quel»[ues réflexions très justes et bien
93 LITTÉRATURE,
exprimées, qui se trouvent dans une cîe nos feuilles
quotidiennes, au sujet de l'injuste opinion qui punit ,
pour toute sa vie, l'horame que la loi n'avait puni que
pour un tems : « Trois années de remords , d'esclavage ,
de misère, dit l'auteur de l'article, n'ont-elles donc
point assez expié sa faute? Et, quand le besoin de la
faire oublier le tourmente et le rend capable des plus
nobles efforts, n'y a- t- il point de la barbarie à dé-
concerter sa généreuse ambition, à le âégrader sans
cesse par vos outrages I Vous prétendez puiser dans la
morale votre inflexible rigueur ; osez donc mépriser
Rousseau, dont l'éloquence fut profitable à l'huma-
nité. Rousseau n'a point été frappé par la loi ; mais il
s'est rendu coupable d'un crime ; il a manqué à l'hon-
neur , il a volé ; lui-même en a tracé l'aveu déchirant,
et tous ceux qui ont lu ses remords , lui ont pardon-
né sa coupable erreur. On ne peut se défendre d'une
sorte d'elTroi, en songeant qu'il s'en est bien peu fallu
que la main qui a écrit le Contrat Social ne fût chargée
de fers et forcée de manier la rame. Flétri à vingt
ans , fatigué par le malheur , enchaîné avec des crimi-
nels, Rousseau leur eût peut-être ressemblé un jour :
le feu du génie qui couvait dans son ame se fût éteint,
son cœur, doué d'une si grande sensibilité , se fût en-
durci ; son imagination , si elle n'eût point disparu , se
fût portée vers le vice, et la société qu'il devait éclairer
par des chefs-d'œuvre, n'eût entendu parler que de
ses crimes. — Ah ! s'il se peut , que la j ustice soit moins
impitoyable, qu'elle pardonne quelquefois à la jeu-
nesse, à la misère, qu'elle réserve l'iufamie aux véri-
tables criminels; et nous, n'en augmentons point le
nombre par une injuste rigueur; ne repoussons point
le coupable qui se repent. ><
LITTÉRATURE. 93
Abel fut repoussé. La loi avait été impitoyable ; les
hommes furent injustes : ils ne pardonnèrent point ,
quand elle avait pardonné. Après bien des aventures
funestes qu'il faut lire dans le roman même , la vic-
time des trop rigoureuses lois et des préjugés meurt
sur un échafaud. La catastrophe était inévitable.
Dans ce roman , les événemens sont pressés et accu-
mulés. Du petit livre de M. Pougens , l'abbé Prévôt eut
fait sans peine six gros volumes au moins, et n'eût pas
mieux atteint le but moral et philosophique de l'ou-
vrage.
C'est un spectacle qui n'est pas sans intérêt, que de
voir un savant plus que sexagénaire se livrer avec tant
d'ardeur, malgré sa cécité, à un si grand nombre de
travaux littéraires. Tandis qu'il s'occupe à finir un im-
mense dictionnaire étymologique , dont il a déjà publié
un Spécimen qui a fait juger favorablement de l'ou-
vrage, il fait imprimer une Archœologie française {i) ,
ouvrage qui a exigé de longues et pénibles recherches.
Et c'est en même tems encore qu'il nous gratifie des
trois productions philosophiques dont nous avons es-
sayé , dans cet article , de donner une idée.
Amaury DrvAL.
(i) Archœologie française, ou Vocabulaire des mots anciens
tombes en désuétude, et qu'il serait bon de restituer au langage
moderne, accompagné d'exemples tirés des écrivains français des
douzième, treizième, quatorzième, quinzième et seizième siècles-
L'ouvrage est sous presse \ il formera 3 vol. in-8°. Prix de chaque
vol., jfr., pour les souscripteurs. On souscrit chez MM. Re-
nouard et Treuttel et Wiirtz, libraires à Paris.
BEAUX-AllTS.
TnÉoniE DU Paysage , ou Considérafions générales
sur les beautés de la nature que Fart peut imiter,
et sur les moyeris quil doit employer pour réussir
dans celle imitation^ pari.-\j. Depebtiies (i).
La. nature ofTre à nos yeux une succession infinie de
spectacles ; mais cette succession su])poso nécessaire-
ment le peu de durée des objets de nos plaisirs; et, quel-
quefois , à peine avons-nous le tenisde les contempler et
d'en jouir. La peinture arrête, en quelque sorte, la
marche rapide de la destruction ; elle fixe sur la toile
ces scènes si belles et si courtes ; et, sous le toit cou-
vert de neige , elle étale les images du bos([uet odorant
et de la rivière qui serpente à travers les prairies émail-
lées de fleurs.
Les études du paysagiste sont presque aussi agréables
que leur résultat est séduisant. C'est en contemplant la
nature champêtre que riioninic apprend à l'iniitor;
mais, avant de l'imiter, il l'admire, il l'aime, il en
apprécie toutes les beautés ; et c'est ainsi que les études
deviennent une sorte de culte rendu à la nature. La
Théorie du Pajsoge ^ par M. Drpcrlhcs , est une nou-
velle preuve de celte vérité. Si les beaux-arts ont pour
but d'augmenter lo bonheur de l'homme, c'est sans
doute lorsqu'ils peuvent présenter une théorie sem-
blable à celle-là.
(i) Paris, 1818. I vol. in-H". Le INormant , lihnnrc , rue de
Seine, n*8, et quai Conti, n*>5, entre le Pont-Neuf et la
i^Tonnaic. Prix , fi fr.
BEAUX-ARTS. g5
; M. DepenJies pense que , lorsque le jeune artiste a
fait les études préliminaires du dessin et de la couleur,
iJ ne doit plus mettre les murs d'un atelier entre lui et
la nature : elle seule peut dévoiler au peintre les mys-
tères de sa beauté, et lui apprendre à en reproduire
les caractères ; et si les poètes ont eu raison de dire :
res rapiunt 7ierha , le paysagiste éprouve , à son tour,
que les objets arrachent , pour ainsi dire , à la palette,
le& tons et les couleurs qui leur sont propres.
La première partie de la Tliéorie du Paysage est
consacrée à l'examen successif des phénomènes de la
nature. En retraçant les caractères principaux des
quatre parties du jour et des quatre saisons , l'auteur
veut exciter l'imagination des artistes ; il veut allu-
mer, attiser ce feu sacré qui anime tout ce que les
arts produisent d'excellent. Le peintre, en lisant ces
descriptions, brûle de parcourir les forêts, d'enrichir
ses cartons de tant d'objets ravissans , et de les fixer sur
la toile.
Parmi les descriptions des phases diverses des quatre
saisons , nous avons remarqué celle de l'automne , épo-
que oii la nature ,
« Tout près de l'effeuiller embellit sa couronne j n
Delille. Les Jard. j ch. 9.
qu'Horace désigne par l'épithète de varius ( aulumnus
varius)y et qu'on appelle avec raison la saison des
peintres. Voici un passage qui présente, d'une manière
exacte, celle série de phénomènes qui se succèdent
aTCC tant de rapidité, à la fin du mois d'octobre :
'< Pendant qu'il ( le peintre) s'occupe sans relâche à
^ BEAUX-ARTS,
imiter le feuillage panaché de raille couleurs, dont
l'éclat se ternit à mesure que la saison s'écoule , les
vapeurs que la terre exhale de son sein se trouvent
condensées dans l'atinosphère par les premiers froids
qui commencent à se faire sentir. D'abord légères et
presque invisibles, peu à peu elles deviennent opaques;
elles s'abaissent et s'accumulent sur le flanc des colli-
nes ; on les voit , comme une espèce de fumée , s'épais-
sir au-dessus des eaux, et s'étendre graduellement sur
les plaines etsur les forêts. La nature entière s'enveloppe
d'un voile grisâtre qui éteint la couleur des objet»,
selon leurs distances , et qui efface totalement ceux qui
sont plus éloignés ; la cime des montagnes qui se dessi-
naient sur le ciel , disparaît sous l'épaisseur d'un brouil-
lard impénétrable; l'azurde la voûteétbérée est éclipsé ;
le soleil lui-même a perdu son éclat éblouissant; ses
rayons, brisés au travers de la brume, ne peuvent ar-
river jusqu'à la surface de la terre, et son disque ne
se fait plus voir étincelant de lumière et lançant des
torrensde feu, mais sous la forme d'un globe rougeâtre,
dont la chaleur et la clarté sont presque entièrement
amorties. »
Nous aurions désiré trouver, dans la première par-
tie de cet ouvrage , des détails sur la variété dans la
nature des terrains. Les formes et les couleurs des dif-
férentes classes de roches auraient pu fourair un ar-
ticle curieux et utile. N'est-il pas, en effet , nécewaire
d'appeler l'attentiou du peintre sur les caractères mi-
néralogiques des terrains, qui influent d'une manière
;si rcmanjuable sur la ph\ siouomie du paysage? Là, un
rouge sombre indique les sommets des roches porphy-
TiEAL'X-ARTS. 97
riliques ; ici, de vastes masses biancliàtres appartien-'
nent à un terrain calcaire. Plus loin, l'argile, variant
ses formes et ses couleurs, s'étend en couches tantôt
horizontales, tantôt ob!i'[nes, tantôt perpendfculaires.
Ailleurs , des roches trapéennes , volcaniques , les
schistes , les pouddings, présentent un spectacle plus ou
moins varié, et presque toujours pittoresque. Trop sou-
vent, dans les tableaux, faute d'observations appro-
fondies sur cette luatiL-re , les couleurs des terrains ne
sont pas en harmonie avec leurs formes. Une roche
calcaire aura les teintes sombres du granit, et réci-
proquement. Le jîaysagiste doit donc être initié dans
la cristallographie des grandes masses, et dans les
principes généraux de la géologie.
Nous aurions également désiré que M. Deperthes eût
présenté au paysagiste les caractères principaux qui*
distinguent les quatre parties du monde, sous le rap-
port de leur aspect pittoresque , et surtout de leur vé-
gétation. Une Botanique pittoresque est nécessaire
pour compléter la théorie du paysage. Nous croyons
devoir engager les artistes qui voudraient étudier les
deux continens sous le point de vue pittoresque ,
à lire quelques chapitres des Harmonies de la nature,
par Bernardin de Saint-Pierre, où cette matière est
traitée avec autant d'agrément que de sagacité.
La seconde partie de la Théorie du paysage s'oc-
cupe des différens styles de paysages, que l'auteur
comprend dans deux classes : le champêtre et Vhis-
lorique. Peut - être , dans un ouvrage entièrement
consacré au paysage, pourrait-on désirer de trou-
TOTE viir. 7
gS BEAUX-ARTS.
ver une classification plus délaillée des genres (i).
C'est dans celle partie de son ouvrage que M. Dcfjcn-
thes paie aux paysagistes des différentes Ecoles son
tribut d'admiration, eu faisant l'analyse de leurs ou-
(Ti Aous croyons devoir priiscntcr ici l'esquisse ilun travail sur
cette matière.
I'ableao analytique des differens genres de paysages.
ORDINAIRE.
HISTORIQUE.
3°
IDÉAL
Sauvage.
1 l'.liatnpt'tre.
1 VillagroU , ou aax environs
I des villages,
f De mnnfagnes.
Dr plaioes.
Am environs des villes.
I Jardins.
' Promenades publi({iies.
^'imetièrcï.
Ruines.
["Marines.
I Tempf les.
Lacs et étangs.
Rivières, cascades, maxais.{
I Inondations.
[ Antique.
r.otlii<|ue et arabesque.
[ Moderne.
Mêmes genres que pou
première clas.se.
SAcaux antiques
D EAU. < H'«^"
j Fanau
/ Vai5^c
I Mytiiologie.
I Pa.Moral.
Di TtaKE.-^ .lardiiis ile« (f
rées
P.rAis.ri.amps-Elysces.
.Sites bizarres.
Mûmes genres que ponrle*
deux autres classes
HarqueA élégante».
Palais il'Ampb} trite, des
Nayades.
Déluge.
ClOCOniTiNCES QCI
StXtPFoaTtKT ACl
3 CLA.SSIl , tT QUI
rOIIT LES aOCi-GLH
lis.
Crépuscule.
Lever du soleil.
Coucher du soleil.
Pluie
Neige.
Rrcuillard.
Orage.
Clair de lune.
Incendie.
F ruption des Tolcans
Vent.
Nature des terrains.
Climatologie , ou en-
semble des phcno-
mènea .
r
LE AUX- ARTS. 99
VTagçs et en appréciant leurs divers degrés de mérite.
Il admire en homme rempli d'enthousiasme ; il juge
en connaisseur habile , qui a recueilli le sufifrage d'ar-
tistes célèbres. En traitant du paj-sage historique , il
fait sentir l'utilité du concours établi depuis quelques
années relativement à ce genre de peinture , pour
l'admission à l'Ecole française de Rome , et dont
M. Michallon vient de montrer les heureux résultats
dans son beau tableau de la mort de Roland.
La ^rhéorie du paysage est écrite avec une noble
élégance ; le style en est toujours pittoresque et varié,
comme les sujets auxquels il s'applique. Souvent ,
l'auteur propose des sujets aux peintres ; il leur pré-
sente des scènes ; son style réveille les idées accessoires,
et place le jeune artiste sur le trépied sacré. Fénélon
.s*est plu à faire la description de quelques paysages
des grands-maîtres : celle surtout des Funérailles de
Phocion (dans ses Dialogues des Morts) est digne de
l'auteur du Télémaque , qui, sur ces toiles animées
par le Poussin , aimait à voir les sites qu'il voulait re-
tracer, et dans lesquels son imagination le conduisait
sur les traces des Homère, des Platon et des Soçrate.
Bernardin de Saint-Pierre et Delille ont employé le
charme de leur style à reproduire les chefs-d'œuvre
des paysagistes célèbres. M. Deperthes marche avec
succès sur leurs traces : voici comment il décrit le ta-
bleau du Phocion , par notre illustre Poussin :
« Deux esclaves , profondément a/fligés, emportent
hors des murs d'Athènes le corps de Phocion, enve-
loppé d'une draperie , dont le tissu grossier annonce
l'état de dénuement dans lequel cette illustre victime
a expiré ; et pas un ami n'accompagne ses restes ! Les
7*
10* BF.AUX-ART5
dfiix PsrIavM suivent tm faraud chemin horclé de pier-
res i^iii, par leur svnjt'hic et leurs dimensions, pa-
raissent être les débris d'un édifice maiestueui. Une
niulliindc de figures, distribuées sur divers plans, ré-
pandent du ninuvenient au uiilieu du site, dans leqiel
on aperçoit un tonibeau dont l'architecture , d'un
stvle noble, semble iiidi(]uer la sépulture d'un riche
Athénien ; et cette apparence de somptuosité , qui con-
traste avec la simplicité des funérailles de Phocion ,
contribue à mettre dans un |)lus grand jour et la pau-
■vreté de cet homme vertueux, et l'ingratitude de se»
concitoyens. Près du tombeau , coule la rivière d'ilis-
sus : plus loin s'élève '^n aniphithc'ntre la ville d'Athè-
nes ; et , parmi le grand nonjbre d'édifices imposans,
qui décorent cette métropoledes arts , on distingue, suf
la droit*', un temple orné de colonnes corinthiennes,
surmontées d'un fronton et de statues. Vers ce temp'e,
où I on voit des guirlandes suspendues , se dirige ua
concours de peuple rassemblé pour la fête de Jupiter,
dont, suivant l'histoire, on célébrait tons les ans la
solennité , le iq mars, date précise de la mort de l ho—
cinn. A l'extrémité de !a ville, sur le sommet d'une
colline, s'élève r\cropoIis, q''i domine tous les édi-
fices ; et , par-delà , ou aperçoit des montagnes escar-
pées, dont l'aridité contribue à rehaus.yer la somptuo-
sité des monumens , \9fr11u l'euri\e^ bocages et la \er-
dure des bois sacrés qui ombragent les temples el les
gymnases. »
(i'est ainsi que M. Drprrthes donne à sa thcorie du
pnysaue \o\\s les attraits d'un ou\ rage d'imagination.
S.TUalor-Rosa , Alphonse Dufresnoy , Gessner , ont
ioint l'art de peiudre à celui d'écrire. Cette réunion
ARCaÉOLOrxlE. lOf
êe talens est rare ; M. Deperthes la pnss'pfle. Son ou-
vrage était attendu des artis es qui , dans les traités
déjà publiés, n'avaient pu trouver une théorie roui-
p'ète de l'art du paysagiste , et, surtout, ne l'avaient
point trouvée revêtue du cliarme du style , qui fut
aimer les préceptes. Le ministre de l'inti rieur a fait
acheter cinquante exemplaires de ce trailé, pour être
déposés dans les bib'iothèques de> collèges royaux.
Peu d'ouvrages sont aussi propres à répandre i'amonr
et l'enthousiasme pour l'art de retracer la nature , et
à faire chérir ces vertus pacifiqnes qui fixent le bon-
heur dans les ateliei's des beaux-arts.
J. P. BhÈs.
ARCHEOLOGIE.
Antiquités de la, ville df. Saintfs, et du dépar-
tement de la Charente- Inférieure , inédiles ou
nouvellement expliquées ^ avec Jigures \ par M.
le haron Chai duuc oe Crazvmses, inspecteur-
cunsi'rvateur des monuniens ti' antiquité de Cf dé-
partement \ de t Académie royale des BelleS'
Lettres de la Rochelle , fie. , etc. (i).
0\ va souvent chercher bien loin un aliment à ses
études ou à sa curiosité, lorsqu'on le trouverait faci-
lement sur le sol qu'où foule avec indifférence. Sans
contredit, l'Italie, terre classique de-s monuiuens, offre
(i) Paris, iSio. i vol. in- 4", ave 7 plan^'hes et 3 vii^n^Mes.
Debui c frères , rue iser^icute , et à .baiutei» , Llianier , Grauue-iiue-
,oi AKCIIÉOLOGIE.
à l'œil du voyageur un magnifique et imposant spe<?-
tacle , par la réunion de tant de chefs- d'œuvre que le
tems a respectés : mais , sans sortir de la France, on
peut trouver de belles ruines , de superbes fragment,
et même des édifices encore debout qui ont résisté à
la destruction du tems et à celle des hommes ; et si
les beaux ouvrages de l'antiquité sont d'un intérêt gé-
néral, ceux de notre pays ont pour nous un intérêt
particulier, qui doit nous engager à les connaître et
à les conserver.
Depuis quelques années, l'attention et la sollicitude
des autorités et des citoyens a été appelée sur la con-
servation et la restauration des antiquités de nos dé-
partcmcns. Plusieurs hommes de lettres ont donné
cette direction à leurs travaux , et chaque ville un peu
importante a maintenant son antiquaire.
On ne peut qiie louer ce zèle, qui est dû aux encou-
ragemens du ministère et à ceux de l'Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres, dont plusieurs membres
ont réveillé, avec l'amour de l'archéologie, le désir
d'illustrer îa France par des découvertes intéressantes
pour son histoire, et pour celle des arts dans cette
contrée. En effet , les différentes époques de l'art , son
enfance, sa marche , ses stagnsfions et sn renaissance
se trouvent retracées dans les monumens, dont la date
ne peut cire incertaine; et ces monumens long-tems
négligés, sont au milieu de nous. La commission des
métnoires et des anliquifés de l'Académie des Ins-
criptions et Belles-Lettre'; fit, en 1818, un rapport,
adressé, au ministre de l'Intérieur, et qui fut publié
par ordre de S. E. , avec une lettre circulaire aux
préfets, à la suite de laquelle se trouvait une série
ARCHÉOLOGIE. io3
cle questions proposées pour chaque département. Les
encouragemens du ministère produisirent l'effet que
l'on en attendait; des fouilles fructueuses furent exé-
cutées dans plusieurs départeuiens ; et, de tous côtés,
des préfets , des académies , des gens de lettres ont
transmis au ministre de l'Intérieur, et à l'Acadéiiiie
desinscriptionset Belles-Lettres, des observations et des
renseignemens sur les monumens qu'ils avaient sous
les yeux. La publicité donnée à ces travaux est le plus
sur moyen d'arriver au but que s'est proposé le gou-
vernement. M. Chaudruc de Crazannes est un des pre-
miers qui se soient occupés avec zèle de ce genre de re-
cherches, et qui les aient rendues publiques. Il vient
de réunir les diverses notices qu'il avait publiées sé-
parément , en un volume destiné à faire connaître les
antiquités de la ville de Saintes et de son territoire ,
qui étaient demeurées inédites jusqu'à ce jour.
Beaucoup d'auteurs ont donné des descriptions des
antiquités de Saintes , qui étaient connues au moment
oii ils ont écrit : les derniers sont MM. Millin et Dela-
borde ; l'ouvrage de M. de Crazannes fait suite à ceux
de ces savans , et, sous ce point de vue , il ne peut être
indifférent aux amis des beaux-arts et de rarchéolf)gie.
Presque tous les monumens inédits qu'il publie ont été
découverts sous ses 3'^eux ; et , pour assurer leur conser-
vation , il a obtenu la formation d'un Musée , oii sont
réunis tous les morceaux d'architecture, de sculpture ,
les médailles , et les autres antiques que la fouille a mis
au jour , et qui ont appartenu à l'ancienne ville romaine
de Mediolanum Santonum , qui est maintenant la ville
de Saintes.
Il serait à désirer que la même opération se fit avec
io4 ARCHÉOLOGIE,
soin clans chaque clépartcmenl. Toi fraf^iuent de l'an-
tiquité qui n'eAl offert (ju'un niédiocre intérêt, étant
isolé, devient précieux dans une collection oii il fait
partie d'un ensetuMe (ju'il sert à compléter, et oii il
devient souvent ntile comme nhjet de comparaison.
La rémion de tous ces matériaux pourrait former la
Ijase d'un monument vraiment national , qui serait la
Stalisliqur antique des villes et des provinces des Gau-
les. Cette idée , déjà émise dans ce recueil (i) par un
de nos plus estimables puhlicistes , mérite dV-tre dé-
veloppée. Son exécution serait facile , si ])lusieurs
mains habiles y concouraient ; et l'auteur de l'ou-
vrage que nous annonçons paraît s'être pénétré de
l'importance et de la variété des études qu'il est né-
cessaire de réunir pour élever cet édifice. Sa construc-
tion ne serait pourtant qu'un rassemblement de rui-
nes ; mais les lacunes qu'elles laissent, remplies d'a-
bord par l'imagination , le seraient ensuite plus sûre-
ment par la science aidée des lumières de l'expérience.
L'ouvrage de M. de Crazannes ne peut avoir nue
marche méthodique, puisque ce n'est que la réunion
de plusieurs dissertations, faites séparément sur des dé-
couvertes successives. C'est donc simplement un recueil
de Mémoires sur divers sujets d'anliquités , mais qui
se lient entre eux, parce que les raonumens appartien-
nent à la même ville et à la même contrée. Les plus
importantes de ces dissertations traitent des objets
suivans : d'un temple de Jupiter; d'un autre temple
de con'.truction romaine, découvert à Saintes en 1816, ■
de ranij)liithéàlre et de l'arc de triomphe de Saintes;
(1) Tom. VI , Y'-iç,- 192.
ARCHÉOLOGIE. io5
des bains romains ; de la position de Noverus , maison
de campagne du consul Ausone.
L'existence d'un temple de Jupiter dans la capitale
des Santones est attestée par les actes de l'e'glise de
Saintes, par une tradition perpétuée jusqu'à nos jours,
et j^ar divers monumens et inscriptions relatifs au
culte de Jupiter, découverts dans cette ville en différens
lems. M. de Crâzannes croit avoir retrouvé les restes
de cet édifice dans une ruine antique, au nord de la
ville romaine : malheureusement, ce monument est
dans un grand état de dégradation ; il n'en existe plus
que quelques pans de murs sans ornemens extérieurs
ni intérieurs.
L'autre temple, découvert en 1816, était un peu
m,ieux conservé. Il était d'ordre dorique , de trente-
cinq pieds de largeur sur cinquante de longueur. Les
colonnes , les pilastres et les murs existaient encore jus-
qu'à la hauteur de quatre ou cinq pieds ; mais ces
ruines ont été entièrement détruites.
L'arc de triomphe et les bains , qui sont moins dé-
gradés, avaient déjà été décrits et expliqués par plu-
sieurs auteurs (MM. de la Sauvagère, Bourignon, Mil-
lin) ; mais ils devaient trouver une nouvelle place dans
un ouvrage spécialement consacré aux antiquités de la
ville de Saintes, et les personnes qui voudraient en
connaître tous les détails , les trouveront donnés avec
beaucoup d'exactitude dans l'ouvrage de M. de Cra-
zannes.
Nous ne devons pas donner ici la mesure exacte de
ces édifices ruinés, décrire leur état de dégradation,
ni discuter la manière dont l'auteur explique et rectifie
les fragmens d'inscriptions trouvés dans ces ruines. Ce
!o6 ARCHÉOLOGIE,
sont les vues générales , rintérèt de l'art et de la science
qui doivent être notre but, et il nous suffira d'encou-
rager des travaux utiles, et de faire savoir qu'ils ont eu
un résultat intéressant par la conservation de quelques
monuniens de l'antiquité, et par l'espoir que d'autre*
seront de même retrouvés et conservés.
On lira sans doute avec plaisir, dans l'ouvrage que
nous annonçons, la dissertation sur la position de No-
vERLS, maison de campagne du poëte Ausone , ainsi
que les discussions géographiques qui s'y rapportent ; et
Ton ne trouvera pas sans intérêt le Mémoire sur quel-
ques uionumens , croyances et usages du pays des Sav-
TONF.S , attribués aux Celtes.
Sept planches , et deux vignettes au simple Irait , re-
produisent les monumens et en donnent une idée suffi-
sante.
Quelques médailles trouvées dans les fouilles , et dont
plusieurs ont é-té frappées dans le pays des Santones ,
nous offrent des noms de chefs et de monétaires encore
inédits. Les diverses explications et les discussions
érudites dont M. de Crazanncs a accompagné la des-
cription de ces monumens , attestent la variété de ses
connaissances, auxquelles il joint un goût pur et une
saine critique.
Il est à désirer qu'en attendant un ouvrage complet
sur les antiquités de la France, chaque département
en fournisse ainsi les matériaux, et qu'il trouve un
homme qui joigne à la science autant de zèle pour son
pays, que le nouvel historien des antiquités de la ville
de Saintes.
Dlmf.rs.vn*
X\^*AAA.VVVVVVV'VVVVVVVVV\\'VV\*VVV\*VVVVV\(VV\A^^\Vl'VVV\VVVVVV\'\\'VVi\\VV^
ÎII. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMERIQUE.
ÉTATS-UNIS.
I. — An Essay on the geology of Rudson Rit^er and adjacent
régions 5 illustrated by a map of the geological section of the sa-
mc, etc. — Essai sur la géologie de la rivière Hudson et des con-
trées adjacentes , accompagné d^une carte explicative de leur
section géologique; ouvrage dédié à Samuel L. Mitchill, M. D.,
président du Lycée d'Histoire naturelle de New-York, par iS'a-
7?tMe/ Akerly, un des vice-présidens du même Lycée. New-York,
1820. I vol. in-8°.
Ce nouvel ouvrage scientifique a pour objet d'éclairer l'histoire
de la terre; c'est-à-dire, de rendre raison des nouvelles formes et
des agrégations multipliées qu'a dû éprouver notre planète, par
suite de divers chocs ou convulsions externes et internes. C'est le
premier traité de ce genre que cette partie du monde ait produit;
et l'on ne fait que rendre justice à l'auteur, en déclarant que la
lecture de son livre intéresse encore le géologue qui vient de mé-
diter les savans ouvrages des Cuvier, des Werner, etc.
2. — Map oj' the Hudson between Sandjr Hook and Sandy Hill,
■with the post rond between IVew-York and Albany, etc.— Carte
de l'Hudson entre Sandy Hook et Sandy Hill , figurant la route
de poste entre New-York et Albany; par A. T. Gcodrick. New-
York, 1820.
On y représente le cours de cette rivière depuis sa source, par
le 44 deg. 5 min. de latitude nord, jusqu'à son embouchure dis-
tante de 3oo milles.
3. — A Memnir on the suhject oj' the wheat and JUiur qf the
State of New-York, eic. — Mémoire concernant le froment et
(i) Nous indiquerons, par un astérisque (*) placé à côté du titre
de chaque ouvrage , ceux des livres étrangers ou français qui
paraîtront dignes d'une atfrntion piu ticulière, et dont nous
rendrons quelquefois comple dans la section des sn.'^lyses.
io8 1 ivRFS F.'i'P N'crns.
la farîno di' l'F.tat ^\e P\iw-\oik., |>ublif par onlrc du conseil de*
dii<'< t iirs. rs<w-\nik. iSjn.
4 — Tlie si-cn .il annuiil IV nit nf the mannqe's rtf the Soriety
for the iirc-i'eiiiirn nj' pi-upi ri.:,iu , e\c. — SecontI ra|H)<)rt iiniiucl
des ailiniiii-tratriir'i «le la «ociete in^titui-e |>our prev nir la ni'n-
dirile d.in la ville de Ntw-York; Im ef a]iproiive le if) décem-
bre 1819, a>tc un ;j'|.(ndicc lelatil à la mendicité. ISew Yoik^
iSuo.
5. — 7 h:r.l repr<rt if th ■ ytmenran Bible A'nciety , presmicd ,
Tuay i3, 1819, etc. — Troisitme rappori de la horiéfc hibli(|m
araeiicaine, pre'sente' le i3 mai 1819, jlscc un appendire conte-
nant des extraits de correspondance , etc. ^t v-\ork , 1819.
6. — /f'^estrrn Rri/iew ami mUcellaneoui m gatinc. — Kevue de
l'Ouest et melangi's litte'raires.
Recueil ronsacré spe'rialtment à la litt-Talure et aux srirnces
naturelles. Kous en avons reçu qu( Icpies numéros du second vo-
lume. Les éditeurs obtiendront sans doute, dans un pays où Ton
se montre avide d'instruction, fous les encouragemens <|u'ils nous
paraissent mériter. Ce journal est publie à LeTin^toti, dans le
Kenfurky, par William Gibb s Hunt, sons la direction de
C S. Rafinesoue, professeur de botanique et d'iiistoire naturelle
à rUniversité de Transylvanie.
^. — IVni-th yfmerican Rei>iew ami miscellnneous jnurnnl.
K" XXVI. January , i8uo. Boston. University Press. Hilliaid et
Mclcalf. — Revue de rAmeriqu-'dii Nord, et mélanges littéraires.
Cet ouvrage periodicjue, l'un des premiers de ce g4-nre i]ui ail
e'te public' dans les Kt.its Luis d'Amérique , justifie lese<( eranrcs
qu'en avaient ci'ncues les amis delà saine littérature et de la vraie
philosophie. Le cahier rpie nous annonçons contient , entre autres
articles d'un };rand inte'r/'t , et sur lesquels nous aimerons à reve-
nir , des détails sur le plan d'études proposé pour rL'nivei site de
• la Virginie. Les diverses br.mches de l'enseignement seront :
10. Li'fii^urs mcicri'ies : le laMn, le grec, l'Iiébreu. a**. L niques
77?or/errt« ; le français , l'espagnol, l'italien , l'allemand, langlo-
laxon. 3". Aluthimnliquei lures ; Talgèbre, la méthode des
fluiions, la géomc'trie élémentaire — transcendante, l'arcliltj-c-
turc militaire — navale. 4"- Sciences physicn-m >thimuliqucs :
la niucaniquc, la &tatique , la dynamique , la pneumatique , Ta-
LIVRF-S ETRATVGERS. rog
càii«<iqne, l'optique, rastronoinie, et la géographie. 5o. T a phy-
sique , ou ia pliilosoj.hie uatiiri lie, la chimie, la mineialoj^ie.
6". La holaniqnf, ia zoologie. 7". L'anatoraie, la médecine.
8n L'administration , IVcononiie politique, la loi naturelle et le
di lit des gens, fhistoire (dans ses rapports avec la polititjiie et
les lois). 9". La li'gisjati'in muniripale. 10°. Knfin, Tid. ologii , la
gra.tiaiaire géné'.ak-, ia morale, la rliëiorique, les belles- lettres
et les beans-ai ts.
8- — Annual phllos'^plilcal mngnzine corttrrirting th.p laJié's and
genlle :'e.i''s DiwY-, anJ rcfository nf acience and omusenipnt, etc.
•—Magasin philosophique annuel , contenant le Journal des dames
et di-s messieins , et des matières scientili(iu''s et amusautes.
K° I. Année 1820. Pstw-\'ork. Publié par JNl. JNash.
RÉPUBLIQUE d'hAÏTT.
^. — Kéflexions sur le mt irnre qui a paru le i3 novembre i8ig,
à 5 heures du soir ; demi-feuille d'impression. Port-au-Prince,
1820.
Dès l'antiquité la plus reculc'e, les peuples ont cru voir des ca-
lamités imminentes dans de certains astres. Les habitans d'Haïti,
dont l'ame est remplie des plus sanglans souvenirs, ont été cons-
ternés à l'apparition d'un météore; ils ont cru (jue leur patrie
^tait menacée d'étranges malheurs, et leur imagination s'est repré-
senté les villes et les campagnes misss en cendres , la terre baignée
de sang, les femmes et les enfans égorgés. M. Colombel détourne
les esprits faibles et exaltés de ces sombres frayeurs, en démon-
trant que l'apparition d'un météore n'est qu un phénomène et ua
accident naturel. — Voici comme il en fait le récit: « J'étais, dit-
il , assis dans la cour de ma maison , la tête baissée et l'esprit libre
de toute préoccupation, rout-à-coup, une lumière vive et écla-
tante apparaît, et remplit la cour d'une clarté semblable à celle
de la lune dans une belle nuit; je me lève avec précipitation,
saisi de crainte; et, croyant que celte lumière ,qui venait de fiap-
per ma vue, était produite par la flamme de quelque amas de
matières combustibles, je porte les yeux au ciel, et j'aperçois, à
peu près aux deux tiers de l'arc céleste , compris t nlre l'horizon
4t le zénith du Port-au-Prince , un corps enflamme représentant
it« LJVRES ETRANGERS.
un cône allongé descendant par sa base. La marche de ce corps .
resplendissant de lumière, ëtaitassez ralentie pour qu'on pût bien
l'observer. Sa direction était du nord-est au sud-ouest, et suivant
une ligne n peu près correspondante à la voie lactée. J'estime que
la durée de son apparition a été de lo à rj secondes. Dans la route
qu'il a parcourue , il a laissé une longue tminée de lumière. Arrivé
au point où se bornait mon horizon visuel, je l'ai vu subitement
disparaître; mais, an point de sa disparition , j'ai remarqué une
grande gerbe de feu, qui, après deux ou trois minutes, s'est for-
mée en deux globes, laissant dans l'intervalle Jes deux une trace
scintillante. Bientôt ces deux globes sp sont réunis pour n'en former
qu'un. Ce dernier globe, dont la lumière a diminué progressive-
ment, a été visible pendant 18 minutes , et n'a pas changé sensi-
blement de place. »
ASIE.
CHINE.
10. — 'T'a che leuli leih yuen yuen. — Sources profondes de la
science des nombres et de la musique ; composé sous l'inspection
de l'autorité ivpériale de Pékin.
Cet ouvrage consiste en cent volumes qui traitent de la trigo-
nométrie spbérique , de la géométrie , de l'astronomie et de la
musique. On y a joint des logarithmes, et d'autres tables com-
posées sous le règne de Kang-he, par les missionnaires euro-
péens , le père Ricci et autres , résidant alors à la cour de Pékin.
Les figures géométriques sont bien dessinées, et il y a plusieurs
modèles des notes de la musique européenne. L'ouvrage entier
est d'une belle exécution , et se vend fort cher ( environ i5 à iG
louis). Il a étépul)lié dans la première année du règne de Yung-
Ching, successeur de Kang-he (en i^aS V La préface renferme
un grand éloge des talons naturels de Kang-he, de son applica-
tion à l'étude, dès qu'il pouvait se dérober aux soins de l'empire.
On y dit qu'il étudia les mathématiques « pendant plusieurs fois
dix ans », et qu'il relisait chaque jour les pages manuscrites de ce
livre, écrit sous l'inspection li'un des rois, s«s ancêtres. Cette in-
troduction est terminée par un discours pompeux sur la dynastie
tartare alors régnant en (>hine , dont la réputation de gloire et de
«agesse t'est étendue jusqu'aux parties du monde les plus éloi-
LlVKES ÉTRANGERS. m
gnt'os; et toutes les nations de (Gow-lo-pa) l'Europe sont venues
ofl'rir eu tribut aux portes du palais leurs arts et leurs sciences.
Selon les éditeurs, l'intelligence des nombres était, depuis
long-tems, perdue en Chine ; et le jargon inintelligible des Euro-
j)ëens empêchait qu'on pût l'acquérir de nouveau à leur e'cole.
Cet ouvrage était donc indispensable pour faciliter l'étude d'une
science si profonde et si compliquée , qu'ils avouent n'en con-
naître encore que la dix-millième partie.
Comme ce livre n'est que la traduction chinoise des connais-
sances qui furent apportées en Chine par les Européens, on ne
peut y juger le génie de ce peuple. Il n'est guère lu d'ailleurs que
par les membres du Conseil des mathématiques établi à Pékin.
On ne l'a pas encore reçu à Malacca ; mais il a été offert au
Collège anglo-chinois, et il est probable que les élèves le trouve-
ront intéressant et utile à leurs travaux. L. S.
EUROPE.
ANGLETERRE.
II. — A Treatise on heat , flame . and combustion; etc. —
Traité sur la chaleur, la flamme, et l'incendicj par T. H. Paslev.
Londres , 1820. Colman. i vol. Prix, 2 sbellings 6 pences.
12. — A Treatise on infl'imitiation ofthe mncous membrane of
the lungs; etc. — Traité sur l'inflammation de la meml)rane mu-
<[ueuse des poumons; par Charles Hastings, docteur médecin
Londres, 1820. i vol. in-8°. Prix 10 shellings G pences.
i3. — An historic sketch ofthe causes , progress , ejtenl, and
mnrtatity ofthe contagious fever épidémie in Ireland , etc. — • Re-
cherche historique sur les causes, les progrès, la durée, et la
mortalité delà fièvre contagieuse épidémique en Irlande, pen-
dant les années 1817, 1818, 1819. avec plusieurs tableaux et un
appendice contenant des documens pour éclaircir 1 histoire géné-
rale de cette maladie, et le système de conduite adopté pour l'é-
teindre entièrement j par William Habtz , docteur médecin.
i^, — A Report made to the ff^orkington agricuUural societjf ,
etc. — Rapport fait à la Société d'agriculture de Workington,
par J. C. CuRWEiv, membre du parlement. Londres, 1820. Long,
man Brochure in-S". Pris, 5 shellings
) I j LIVKES ETKA.NGEKS
i5. — 'J lie liaiiitictions ofthe horticultural Society of London.
— '1 ransarlions d(.' la Societg du jar(ltn;igc, do Londres. 1820.
Colm<in. Picniicrc partie du quatrième volume. Prix, i louis
i3 slirilings.
16. — A i^fogrnpldcal , slalisticaland historicol ilescriplion, etc. —
Description f^eographiquc, statistique et liistori({ue de flndos-
tan et des contrées environnantes; par Walter Hamiltox. Lon-
dres, 18.10. u vol in-.j°.
i^. — j4 nnrratii'e oj pnlilical nnd mililary transactions , etc. —
Ue la situation politique et militaire des possessions britanniques
dans l'Inde sous le commandement du marquis de Hastings, de-
puis 181.^ jusqu'en 1818; par Henhy PitiRStP. Londres, 1820.
■2 vol. in-.-}*.
18. — Memoiroj'the ionian islands, considérer! in a commercial,
politicid, and mihhiry ftoint of view. — • Mémoire sur les îles
ioniennes, considérées sous un point de vue commercial , politi-
que et militaire: dans Iccfuel sont dcciits les avantages de leur
position , ainsi que leurs relations avec le continent de la Grèce ;
renfermant aussi la vie d'Ali Paclia, gouverneur de toute l'Alba-
nie, etc. Londres, 1820. Colman. 1 volume in -8°. Prix, i5 shel-
lings, relie.
ig. — Trauels in Sicify, Grecce , and Albcnia, ou ('''nyoges en
Sicile, en Grèce et en Albanie-^ par F. S. Hugues. Londres, 1820.
2 volumes \xi-\° , avec un grand nombre de planches. ÏNIawman,
libraire. Prix, 5 livres 5 shcl.
Le premier volume contient la relation d'une tournée dansquel-
qnes-unesd<>spliisintcressantes partiesdela Grèce, avec une des-
cription plusiletaillce (|uo celles (jui ont été faites jusqu'à ce jour
des grandes villes d'Agrigente , Svraruse, Delphi et ÎNicopolis, de
l'île lie Zante , et de la plaine d'Argos. Le second volume traite
particulièrement de l'Albanie, et renferme l'histoire dt'taîlbie de
la vie privée et publique tlu féroce fyr:tu de TKpire, de ses guerres,
de son caractère et di' son aliorc polititjue. Ces détails sont tirés
des sources les plus aullientiques. Des cartes géogr.Tpliiques , des
vues pittoresques et des plans, la plupart dessinés par M. Coc-
kerell, compagnon de M. Hughes, ajoutent au mérite de ce bel
ouvrage. Ln appendice contient deux dissertations du docteur
Butlkr sur la situation de Codons et de Delphi.
LIVRES ETRANGERS. i ,3
zo: — Reflections on the nature and tendencyofthe présent Spirit
of ihe limes, etc. — Réflexions sur la nature et la direction de
Tesprit actuel des temsj parle re've'rendG. Burges. Londres, 1820.
LoDgiuan. Brochure in-8°. Prix 6 shellings.
21. (*) — True british System of éducation, etc. — Véritable
système d'e'ducation britannique , fonde sur le principe d'e'conq-
miserletems etle travail, par des moyens scientifiques appliqués
au perfectionnement de l'e'ducation et de Tesprit humain. 4* édi-
tion, augmentée d'une nouvelle méthode pour enseigner les lan-
gues étrangères avec la plus grande rapidité. Par N. G. Dcfief,
auteur de la Philosophie du langage et d'un nouveau diction-
naire sur la prononciation des langues anglaise et française. Lon-
dres, 1820. Longman, Treuttel et AViirtz. 2 vol in-80 ; prix,
I 1. 8 shellings, cartonné.
22. — lÀternry essays. — Essay \. The influence of poltical
révolutions on the progress nf religion andlearning. 11 The aduan-
tages of classical éducation. — Essais littéraires : 1°. De l'influence
des révolutions politiques sur les progrès de la religion et des
cciences; 2* des avantages de Téducalion classique. Par le révé-
rend William Brdce , membre de la Société littéraire de Bel-
fest, etc. Belfast, 1820. i vol. in-^**, Sa pages. Prix, 7 shellings.
L'auteur de ces essais a étudié l'histoire sous un point de vue
philosophique j il a remonté aux causes premières des événemens
politiques qui se sont passés sur notre globe, en considérant plu-
tôt leur efl'et générai sur l'homme, que leur influence particu-
lière sur les gouvernemens contemporains. Ces études l'ont con-
duit à un système qu'il développe dans l'écrit que nous annon-
çons. Selon .M. Bruce, l'histoire universelle prouve jusqu'à l'évi-
dence l'intervention d'une providence divine. 11 pense que chaque
nation fait partie du grand tout, et tend, d'une manière plus ou
moins directe, à un grand résultat moral et politique. De ces grave»
considérations, passant aux événemens historiques des premiers
âges (lu monde , il explique comment ils ont contribué à répandre
les sciences, la littérature et la religion : non pas qu'il attribue
des vues aussi étendues aux agens des révolutions des empires ,
ou qu'il nie qu'elles aient produit des résultats secondaires ; mais
parce qu'il y voit la volonté et la sagesse d'un Dieu tout-puissant.
Pour mieux exécuter le plan qu'il s'est tracé, l'auteur com-
TOME Viir. iJ
ii4 LIVRRS ETRANGFRS.
menccpar faire une revue chronologique dps rérolutions les plus
memofubles , des guerres et des migrations du genre humain,
depuis Abrahum jusqu'à nos jours. 11 s'arri^te quelquefois dans sm
marche, pour fdire observer les progrés de la religion et de la
littérature.
,Cel essai , remarquable par Tinstruction qu'on y trouve, l'est
aussi par le but que IM. Bruce s'est pioposd. Le style en est pur,
rapide , et concis; l'ctendue d'un si vaste sujet ne nuit point à la
clarté des détails.
Le traite sur les avantages de l'éducation classique est pres-
<)u*cntièrement local, il renferme ce])endant un aperçu intéres-
sant de la naissance de la littérature ancienne dan<i les ties britan-
niques. 11 est singulier que l'auteur n'ait jias fait mention des an-
nales conservées thms les monastères, fruit des loisirs studieui
des moines du premier âge. Les connaissances qu'ils possédaient ,
leurs recherches , leurs travaux, lient incontestablement le son-
venir de leur existence aux progrès des atts et de la littérature
dan» plusieurs Etats de l'Europe. L. S.
23. — ylncssayon the natuiv aiid genius nfllic germon language.
— Essai sur la nature et le génie de la langue allemande ; par
D. BoiLEAU. Londres, i8io. Coibuin. i vol. in-8°. (Jet ouvrage
iDtcres.scra également les hommes de lettres et les jeunes littéra-
teurs. Il contient des idées justes et bien développées. On y re-
marque one connaissance approfondie île la littérature allemande.
24- — AJemoirs nf John Duke of fliar'horoiigh wilh fiis original
corresponJcncc; collecte J front thc Jh'iri/y records ni lileinheim ,
and other outluntic sources , et;. — Mémoires de Jean, duc de
Mariborough , suivis de sa correspondance j tirés des registres de
famille déposés à lilcinhcira, «t d'autres sources authentiques;
ornés de portraits, de cartes, et de )>laos militaires; par Wil-
UAM CoxE , membre de la société royale, etc., archidiacre de
Wilts. ï' édition. Londres, i8io. Murray. 6 vol. in-S".
Ces Mémoires se compos<'nt de pièces tr«'s importantes. On v
trouve la correspondance entière du duc de IMarlborough , tant
particulière, qu'oflicielle et diplnm:i tique; des lettre» de Go-
dolphin , de plusieurs souverains de l'Kuropc , et de leurs prin-
cipaux miuit'tres; enfin les papiers recueillis par Sara, duchesse
de Mariborough. Jean Churchill, créé duc de IMarlborough par
LIVRES ÉTRANGF.RS. ii5
la reine Anoe, naquit en ifijo, sous (>liarles ii. H fut fait page
de la duchesse d'York, mais, ayant déclavi' au duc son penciiant
pour Jes armes, un jour que te prinre passait tine revue, il eu
obtint un brevet, il débuta dans la carrière militaire à Tanger et
fit sa seconde campagne en 16^2, pcndanf l'alliaftcede la trance
avec l'Angleterre. Il servit alors avec les troupes anglaises auxi-
liaires sous !Monmouth, dans Tarmée que Louis xiv ( ommamlait
en personne, et où se trouvaient Coriiié cl Turcnne : ce dernier
le remarqua. Jusqu'en i6r^, il servit avec les Iraoçâis, sous lés
ordres de Turenne et des autres grands gcnt'r<iux de cette époque.
Ce fut à leur école qu'il acquit c«^tfe science de la guerre qu'il
tourna plus tard contre la France. A vingt-huit arts, il épousa
barah Jennings, fille d'honneur de la duchesse d'York'. Elle s'était
conservée pure au milieu des mœurs dissolues de la cour de
Charles iij elle était spirituelle, impérieuse et intrigante, comme
l'ont prouvé les événcmens qui se sont passés sous le règne de
te reine Anne. La guerif de l'Angleterre avec la France et l'Es-
pagne valut à IVlarIborough le commandement des troupes des
Pays-Bas. Guillaume le chargea de négocier les traités pour le
renouvellemeril de la grande alliance, il déploya dans cette occa-
sion de beaux lalens, comme général et cotume diplomate.
Sans nous étendre da%'antage sur le contenu de ces Mémoires,
nous y renvoyons le lecteur. Les détails historiques qu'ils ren-
ferment sont d'un grand intérêt; mais nous reprocherons à l'au-
teur de manquer quelquefois de justice envers la France, et d'a-
baisser la gloire de ses armes pour relever celle de son héros.
25. — Anecdntei, nf criptiuitr ■ — Anecdotes sur la captivité; par
.Sholto et RrrcREîi Perct, frères b-nédictins du monastère du
Hlont Benger. Londres, 1820. 1 homas Boys, i vol. in-iH, 174
pages. Orné d'un portrait de l'amiral sir Sidney Smith. Prix,
3 shellings 6 pences.
Ce volume fuit partie d'un recueil d'anecdotes sur différens
sujets. C'est une compilation de faits tirés de l'histoire ancienne et
moderne, rangés sans onlre et sans date; plusieurs sont raconte'*
d'une manière inexacte, entre autres celui de la captivité de sir
Sidni'y Smith. Kn général, cet ouvrage ne nous a pas paru mé-
riler les éloges que lui ont donnés qui-iques journaux anglais. Le
fityle en est médiocre. Presque tous les événemens qu'il rapporte
8*
ii6 LIVRES ETRAKGFRS.
sont dcjà connus de Ja plupart des lecteurs. En adoptant une
luarrlie progressive, en suivjnt l'ordre clirouolot;ique des tems,
et en rapprocli;int les faits qui se sont passes aux mêmes époques,
ou sous les niênirs gouvernemens , on aurait pu en faire un livre
instructif et utile à la jeunesse. Mais, tel qu'il est, le plan nous
paraît manqué. Les mêmes auteurs ont aussi publie Acsy4necdotes
J hrwanité. A'' éloquence , iVentœprises , de sciences, à^ héroïsme,
de justice ; des yinecdotes sur Georges m et sa famille. Ils feront
paraître incessamment les Anecdotes d\nstinct, et celles d'jW6(-
ginotinn L. S.
aG. — Thrce tuonths passai in tlie mountains east of Ronie durine
theyear }8ig, etc. — Trois mois passés dans les montagnes à Test
de Rome, ])endant l'année iSigj par Maria. Graham. Londres,
1820. Colburn. i vol. in-8°. 3oi pag. Prix, loslieliings 6 pences.
L'auteur, dont nous avons annoncé le voyage en Italie ( Voy.
Tom. V, pag. 3^6), donne au public, dans cet ouvrage, le résul-
tat de ses recherches et de ses observations. Les descriptions sont
monotones; mais les détails sur les bandits italiens ofl'rent de
l'intérêt. La peinture de leurs mœurs, de leur vie, de leur disci-
pline , est neuve et piquante. Ils sont organisés par bandes,
obéissent à des chefs renommés pour leur intrépidité; alliant la
plus grossière superstition à la férocité et au brigandage, ils por-
tent Timage de la Vierge suspendue autour de leur cou , l'invo-
quent dans leurs crimes, et croient qu'elle adoucira pour eux les
terreurs de la mort. Cet affreux mélange de cruauté et de fana-
tisme ajoute à la terreur qu'ils inspirent. Madame Graham rap-
porte le» aventures d'un pauvre chirurgien de Castel Madama ,
prèsde'l'ivoli.qui tomba entre leurs mains, ety demeura plusd'un
mois; il s'en lira , eu |>ayant une rançon de 600 écus. Le tableau
de la situation ]iolitique de ces brigands, tracé par un de leurs
chefs, est assez curieux. «Le gouvernement , dit-il , ne réussira
jamais à nous exterminer par la force. Au lieu d'être enfermés
dans une forteresse qu'on peut réduire avec du canon , nous
n'avons pas une demeure fixe : semblables aux oiseaux qui volti-
gent aiit'nn- des vorhers les plus élevés, nous avons des ntniifes
inaccessibles. Si , par malbeur, sept de nos eompagnons périssent,
nous )i«»mmes si^rs d'avoir dix recrues à leur jiiace; car il ne
man(]uc point de criminels <|ui désirent se réfugier parmi nous.
LIVRES ETRANGERS. 117
Notre troupe se compose aujourd'hui de cent trente ii|f3ividus.
Nous pensons à entreprendre quelque grand exploit j peut-être
ii'ons-nous jusqu'à menacer Rome. » Il prétend que le seul moyen
de mettre un terme à leurs de'prédations, serait de leur accorder
un pardon gene'ral, sans réserve, ni limites, afin qu'ils pussent tous
regagner leurs demeures, ety vivre en sùreté^qu'ils ne traiteraient
qu'à cette seule condition, et que, par ce motif, ils n'avaient rien
voulu conclure avec le prélat envoyé à Frosinone pour leur faire
des propositions. 11 ajoute que toute la bande était résolue à ne
s'en fier qu'au pardon du pape lui-même, et à rejeter tout inter-
médiaire. 11 avait exprimé plusieurs fois les mêmes sentimens en
présence du chirurgien , et de plusieurs autres voyageurs que sa
bande avait faits prisonniers. L. S.
27. — Journal of an il/ustrious traueller, etc. — Journal de
voyage d'une illustre princesse, renfermant des 3Iémoires et des
anecdotes sur sa cour, une correspondance avec le cbmte de Li-
verpool , etc. , etc. Londres, 1820. Longman. i vol. in-80. Prix,
4 shelliugs 6 pences.
28. — ^ fKordJ'or Lhe King and a M^orcl to the Queen , etc. —
Un mot pour le roi, et un mot à la reine , ou Examen impartial
des causes de la séparation de Leurs Majestés , tendant à rappro-
cher les deux parties, et à rendre possible un arrangement à l'a-
miable, plutôt que d'avoir recours au jjénible moyen d'une dis-
cussion publique. Londres, 1820. Longmnn. Brochure in-8o. Prix,
2 shellings.
29. — The Annunl Register, or a Vie-wnfihe hislory, politics,
and literatuie , for the year 1819. — Registre annuel , ou Revue
de l'histoire, de la politique et de la littérature pendant l'année
1819. Londres, 1820. Colman, 1 vol. in-S». Prix, 16 shellings.
30. — Rivington's annual he^ister, or a f^iew of the history ,
politics and literulure ,for the year 1809, etc. — Registre annuel
de RiviNGTON , ou Revue de l'histoire , de la politique et de la lit-
térature , pendant l'année 1809, formant le 9*= volume de la nou-
yelle série du dix-neuvième siècle. Londres, 1820. Colman. i
vol. in-80. Prix , I louis.
'3i. — ^'apffho , a tragedy, injii^e acts , translatedfrom the Ger-
man , etc. — Sapho , trage'die en cinq actes , traduite de l'alle-
mand envers anglais, del'\ Grillparzf.r. Londres, i82o.Colburn.
JiP UVRFS ETRANGFKS
il panift, d'aprr$ J.i préface du tradnrleur onglais, que rcftf
tragédie a eu le plus grand succès à \ itnnc. L'uuieur, qui est un
tJtb jeune ImmoiP , a été couronné de laiiiiers sur Ir tiitâti-c, cl
reconduit «biz lui en liiouplte. Lciiipereur d'Auliiclie a honoré
la pièce de s«>u Miflraçr ; elle a eu près de cent représentations de
juile. Le {;enri- de cflle tia^éilie s'écarte cependant de r<cole de
îscliiller, de >ldegrl , et des autres cèlèiires auteurs dramati(jue»
ia l'AlIt aia^nc File est imitée du français et du grec. Les dis-
cours , quoique trop longs , sont remplis de belles imagrs et d'eX'
pressions lienreuses. L'intc'r^t principal est fou.lé sur l'amour de
Sapho pour l'haon , et sur rin(i<lf'lité de rc dernier en faveur
d'une esclave, nommée Mélilla. Les amans prennent la l'uitcj
maris ils sont atteints et ramenés devant Sapho, <pii , après une
lutte de'ciiirante, se résout à leur pardonner, et à terminer sa vie
et ses douleurs. Elle se revêt d'un brillant manteau de pourpre ,
orne sa tête d'une couronne de myrt« et de laurier, prend sa lyre
d'or, et adresse à Phaon ses derniers adieux. Le feu s'allume sur
l'anti 1 (!e \ énus j «-lli remeicie les immortels de lui avoir accorde
les dons divins de la j.ot^sie. Klle -"avance vers le rivaç^e , étend ses
mains sur les amans , et se précipite du rocher dans In mer. (]ctte
pièce est remarquable surtout par Pharmonie des ver». L'action
est lente et peu variée ^ mais elle fait espérer à l'Allemagne de
voir un jioë'- distingué augm^'Ulrr h- nombre de ceux qu'elle pos-
sède déjà. La traduction an^^lai c est à la fois élégante et fWèle.
P OLOGNE.
3a. — Dissrrtnlio innui^iir.tlii malhenuilico-pJtilosnphica dr
mottt pli-teUiruni civcn in/t-m, quod ad suramos in philosophia
honores rite consequendos ex auctoritate illiistris pbilo^opbnrum
orilinis in L niversi'ale re;;iâ Varsaviensi jiubiico virorum doeto-
rum ex.iMiini siibiuittit aucfor liapliacJ Skoi.imowsk) , professer
extraordinarlus. Var«aviap typis IN. Gliirksbergii. — 'l'Iièse ma-
thématiro-philoso]>hiquc , sur le mouvement des planète- autour
du soled , soutenue «lans TLiiiversité tie Varsovie par R. Skol»-
MOwsKi. — Varsovie, i8ao. Glucksberg.
DANEMÀRCK.
3.^. — f>en hemrieliifti SI in'fknwi — [<» cryptographie, on
LIVRES ÉTRAKGERS. 119
Tart de chiffrer et de déchiffrer, avec plusieurs planches j par
M. LiNDENFELS. Copenhague, 1819. i vol. in-8°.
34. — Robinson i Engetland. — Robinson en Angleterre,
comédie j par iM. A. OEhlexschlaeger. Copenhague, 1819.
i vol. in-S'^.
35. — Digle, — Poésiei de C. J. Iîoye. i^"" vol. Copenhague ,
1819. In-8°.
36. — Danshe folhesagn. — Contes populaires danois, recueil-
lis par M. Thiéle. a cahiers. Copenhague, 1818, 1819. In-8".
3j. — JVoueUer. — Contes et nouvelles traduits de difiérentes
langues, par M. J. L. Heibebg. ï8i8et 1819. 2 vol. in-8°.
38. — Shakespeares tragiske f^erher. — 'IVagédies de Shakes-
peare, traduites par !M. P. F. Wclff. '/ volume. Copenhague,
1819. I vol. in-8°.
ALLEMAGNE.
39. — U. Bremser, Ueber lebende IF Uriner im lebemlen Mens-
chen. — Sur les vers dans les intestins de riiomme, par le doc-
teur Bkemser. I vol. in-j" de 284 pag-, avec quatre gravures.
Vienne, 1819. Schaumburg.
Les ancieDs n'eurent qu'une connaissance imparfaite des ascari-
des et autres vers existiint dans les intestins de Thomme, et ce n'est
que dans les lems modernes qu'ils ont fixé l'attention des natura-
listes. Redi, médecin du grand-duc tie Florence, Cosiiie III, est le
premier qTii en ait fait une étude particulière. Après lui , le grand
Linnée a classé ces vers sysféM|tiquement. O. F. Millier, O. Fa-
bricius, Bloch, Goeze ont marché sur ses traces j et, par leurs
nombreuses observations et leurs découvertes, ils ont fourni an
célèbre Zeder des matériaux précieux pour en composer un ou-
vrage qui jouit d'une réputation méritée. De nos jours , lés deut
médecins Iludolplii et Bremser, cultivant la même science, se
sont distingués eu Allemagne par des recherches vraiment éton-
nantes. Le premier établit , dans so>o Syriofixis entozoar ( Berol. ,
1619), flu-delà de 1100 espèces de vers , tandis que Linnée n'en
conmit que 1 1. Mais cet ouvrage, comme tous les précédens, n'offre
guère d'intérêt qu'au naturaliste, tandis cjue le médecin y trouve
peu de ressources pour trait«:r un malade incommodé de vers.
C«st cette lacune qui existait dnns la patiiologie aiiemaude, que
I20 LIVRES F'mANGFRS.
JM. Rrrmser a clirrrlic à remplir, bon livre est ilivisë en il«DZf
chapitres. Le premier traite ileTorij^ine de cesvers dans lescorps
organiqtii's. Il y combat ri->|>inion il'aulres naturalistes ({iii ont
attribue <ette origine à la nourriture îles ^Ircs oriianiquesj ce
qui est irantaiil moins pi-oliablc . que l'on trnu\ e di'jà des vers
dans un fœtus : d'où M. Bremser conclut qu'ils doivent être he'-
reititaires. Dans le second chapitre, il examine le sjstcme de Ru-
dolphi , et il expose celui qu'il a adopte de prëf»?rence pour cet
ouvrage. Dans les chapitres suivans, on trouve ce système plus
de'veloppe; mais, quittant aussitôt la route du naturaliste, il
s'exprime, définis le cincjuirme chapitre, seulement comme mc'-
decin. Jl fait connaître les signes de la pri-scnce de ces vers dans
le corps humain , cl il inili(]ue les moyens de les en chasser. L'ou-
vrage est termine par une table alphabe'tique, remplissant 14 pa-
ges , des auteurs qui ont e'cril sur le même sujet, et que IVl. Brem-
ser a consulte!s. Les quatre gravures qui représentent diflerente.s
espèces de ces vers ont e'té exécutées avec une grande per-
fection.
40. — Dnrstt-Uun^ des t'ahrihs iind Gnwerhsweiens im ôileirei-
chisrhe" Kaisent lal. — Tableau fcchuologiquc de l'industrie na-
tion:iie dans les Ltats autrichiens; par Etienne de Reess. 3 vol.
in-8°. Vienne, Strauss.
Le premier volume de cet ouvrage parut l'annt'e dernière. Les
deux autres, (|ui devaii-nt le suivre de près, ne nous sont jias en-
core parvenus. Celui-là contient une description détaillée des
matières premières qui sont con|^miées dans les manufactures
et fabriques, ou qui sont généralement emplojées dans l'indus-
trie des htats autrichiens. L^auteur traite son sujet sous les deux
points lie vui- scir^ntifujuc et mercantile , et son ouvrage est aussi
important à l'homme de lettres versé dans le» matières de l'éco-
nomie politique et tic la statistique, qu'au f.ibricant et au
négociant.
41 • — /idsfnwa/fs liehe diiich HollunJ , etc. — Voyage en
Hollande, dans les pays du Rhin , en Suisse et en Wurtemberg;
par Roscnwall. 1" partie, in-8", 3.So pag. Mayence, chez Kup-
ferberg. 1818.
Ce voyage eut lieu en iSi.'i. La relation <|ue l'.Tutcur en fait est
tous la forme de IcUrcs adrcssJcs ;i un ^\\\\. Il y rend compte non-
LIVRES ETRANGERS. l2^
seulement des pays qu'il a parcourus, mais des e'vcnemens du
tem* et de Timpression qu'ils ont pro<luite, tant sur lui que sur
les personnes avec lesquelles il se trouvait. Sept lettres de ce pre-
mier volume concernent la Hollande, où le caractère des habi-
tans , le muse'e d'Amsterdam , et les principaux tableaux qui s'y
trouvent , occupent principalement la plume de l'auteur. Quatre
autres lettres ont pour objet les environs du Rhin, Dusseldorf ,
Cologne, Bonn, l'rancfort-sur-Mein , Durmstadt, etc.
• ^2. — Ueberdas Retorsions Prinzip cils Grundlnc^e eines deut-
scJien Handels Systems. — Sur le principe de rc'ciprocité conside'ré
comme base d'un système de commerce pour l'Allemagne, i vol.
Jn-S". Leipsick, 1820. Kummer.
Les plaintes sur la stagnation du commerco, qui, depuis la
paix, se renouvellent dans pres(|ue tous les pays, ont particuliè-
rement lieu en Allemagne. Pour y reme'dier, il s'est forme' à
Francfort-sur-Meiu une société occupée à en chercher la cause,
et à trouver le moyen de faire disparaître les funestes effets qu'elle
produit. Cette société pense que l'Alleniagne n«' saurait être sau-
vée d'une ruine inévitable, à moins que l'on n'abolisse Its douanes
intérieures,' en conservant seulemi'nt une ligne de douanes sur
les frontières, et que l'on n'établisse un système de représailles, en
prohibant l'introduction des marchandises des pays qui ne per-
mettent pas chez eux Teutrée des marchandises allemandes. L'ou-
vrage que nous annonçons est principalement dirigé contre ce
système. L'auteur anonyme prouve qu'une ligne de douanes sur
les frontières serait un expédient illusoiie , et que l'exécution du
principe de représailles porterait un coup mortel au commerce
de transit et des grandes foires, et , par conséquent , détruirait la
branche principale du commerce allemand. Kous regrettons que
J'espace nous manque pour suivre l'auteur dans ses raisonnemens,
(jui présentent plusieurs parties de l'économie politique sous un
nouveau point de vue, et donnent une notion exacte des res-
sources industrielles et commerciales de l'Allemagne.
/}3. — Das Staatsrecht des Koenii^ieichs Baierii. — Lie droit
public du royaume de Bavière • par Jules Schmelzing. a vol.
iu-So, chacun de 5oo pages. Leipsick, 1820. Chez Brockhaus.
Le premier volume de cet ouvrage contient, outre la consti-
tution du a6*mai i8i8, et les édits qui en forment les parties
lai LIVRES ETRANGERS,
intt-^rantes , toupies aiitrrs cdits organiques, anteriiMirs on pos-
térieurs, qui s'y rapporlciil , a.n^i rju»- les onlonnances sii]>plé-
mentaires. Le seron»! volume embrasse toiiti; la partie adminis-
trative - il oli're un intérêt il'uulant plus giiiod, qu'aurun auteur
n^avait encore traite' cette partie avec précision et dans toute son
étendue. M. Schmelzin;;, déjà connu par d'autres ouvra;;es de ce
geore , n^a rien ne^li;;(> pour rendre celui-ci recommandable aui
jeux du publiciste et du diphimate.
4|- — Tttschenbnchjur fhe X'ùleilàniliiche Geschichte. — Por-
teftuiile pour Pilistoire de l'Autrirlie , pnblir parles barons Hok-
MATR et Mf.unyawskt. V'unne. i8io. A. Strauss. 33G pages in-ia.
Il existe en Allemaan" un ;;enre particulier de publication pé-
riodif^ue, que Ton n<' conn.tît ,^uéres dans d'autres yays : ce sont
\es ^îi'miiniK hi ou Purtc-Je-.iUa , qui, à Tapprocbede la nouvelle
année, p;Mai«s( nt sous dilli-rintes formes, et contribuent à re-
pan Ire des connaissances utiles. Comme ils sont destinés à être
(tfl'erfc pour ^trennes , on fi»if en sorte «le leur donner une forme
extérieure a£;rpable à Ta-il , et de rcn.'lre la matière qu'ils ren-
ferm nt digne de l'att ntion des esprits cultivés. 11 y a trente ou
«|navante ans que l'on oe connaissait , < n Allemagne , que deux ou
trois Alniaunchs des flj lises-, aujourd'hui, l'on in compte an-delà
de crut (jui crabra«s(nt toutes les brandies de hi littérature. Pour
les varier, on a même recours à 1 étran;.;er ^ et c'est depuis i.Soaque,
tous les ans , M. Cotta, de Stultgard, fait rédiger et imprimera
Paris V^lmanach des /)iimes, qui n'a pas eu moins de succès en
France qu'en Allema;np. il y a des .-ilintiniichs û' Anecdotes ,
«Je Théâtres , «le (^ayiiges , de liot'inique , de fllint-rnlngic , de
Jardinage , (VAgncu'turc . île Chasse , de A/ngnelisrne . et même
de VArt vclrrin-iire ^ des Afmanachs milttuires , statistiques , geo-
grayhiques , hiogrnphiquKs et lust-triques. Parmi ces derniers, le
Porte-fenille pnur P Uistmre de l'Autrirhe occupe le ran^; distingué
auquel la ce'lt-briti; de .ses .-luteiirs lui «lonne des droits assurés.
Le baron de Hormavr est un «les premiers historiens de l'Alle-
magne, et le baron df VIedn\ansliv est rnnnti jiar des recherches
précieuses sur Ihisfiiiie dp la H m^rie. Les ilillenns arlirles qui
composent ce Porte-feuille, sont princijialemenl des bioi;ra|'hics
de personnes qui ont re'pandu de I érhit sur l'iiistoirc de lAutri-
rIw , ou des descriptions de monuraens antiques et de cbâteaus
LIVRES ETRANGERS. laS
au souvenir desquels se i-atiache quelque fait historiqne. IVous y
avons encore remarque des e'phéoiërides [lour le royaume de
Hongrie, faites avec beaucoup de soin , et plusieurs morceauv
bien choisis de poe'sie nationale. L'ouvrage est orné d'un grand
nonil)re de belles gravures.
45- — Die kaiserlich honigliche embraser Sammlung. — Des-
criptionMes objets antiques qui composent la collection du châ-
teau impe'rial et royal d'Ambras ; par A. Primrisser. In-S".
Vienne, 1819. Heuber.
Le château d'Ambras renferme des souvenirs précieux du moyen
âge , qui fixent l'attention de tous Us voyageurs , et dont la des-
cription a déjà occupé beaucoup d'écrivains. L'ouvrage de
M. Primrisser en donne la description la [)lus couipli'te. On y
trouve en tête l'histoire du château d'Ambras .; viint ensuite une
liste détaillée et raisonnée des objets curieux qui y sont accumulés
depuis nombre d'années, tels que des cuirasses, des tableaux his-
toriques, des manuscrits, des livres et gravures, etc L'auteur a
placé, à la fin, des notices biographiques sur tous les princes et les
généraux dont les armures ont été conservées dans ce château.
L'ouvrage est orné de deux dessins lithograi>hiés.
.^6. — Spanische Liebe. — L'Amour espagnol. Poème en quatre
chants, par F. MiittEK. iio pages in-12. Vienne, 1820.
La voix <le la muse germanique est devenue depuis quelque tems
singulièrement rauque. Du moins, les échantillons qui nous en
parviennent , ne sont guère de nature à faire concevoir une haute
idée de l'état actuel de la littérature allemande. Hcureusenii nt ,
elle a été trop illustrée par de grands mo lèles, pour avoir jamais
à craindie une décadence complète. L'auteur du poème de Y A-
mour espagnol ne connaît guère la nation dont il voudrait peindre
le cararlère et les sentimcns. On trouve à la vérité beaucoup
dé noms espagnols; mais l'amour , qui est le sujet de l'ouvrage,
conviendrait aussi bien aux Lapons et aux islandais, (|u'à fout
autre peuple. Quant aux vers , ils sont en parfaite harmonie avec
le sujet. Henrichs.
SUISSE.
I
tJ7. — annales de législation et ds jurisprudetnce. Tome i".
Genève, 1820, in-8°.
Ï24 LIVRES ÉTRANGERS.
Ce nouveau recueil s'annonce sous des auspices très favorables,
soit par Tcsjjrif dont il fst anime, soit par le nom, la rt-pntalion et
le merile dt-s re'Jacleurs. On fait observer avec beaucoup de jus-
tesse, dansVa^'a/il-fropoi , qu'à l'e'jjanl delà ZjtUrrtturf qu'on peut
appeler ^jo/</t(/uc, de longs ouvraj|;es qui exigent une c'inde lente
et approfondie, ne paraissent pas suffire aux esprits du moment.
Les liommeset les choses marchent si vite, l'activité de la pense'c
est si rapiile, que l'homme qui emploierait vin^t ans à composer
un excellent livre, pour contribuer à prévenir les dangers d'une
lutte acharnée entre 1 o))iniiltrefe tenace et l'imprévoyante préci-
pitation , risquerait d'arriver vingt ans trop tard. Il devient néces-
saire, parce motif, que plusieurs écrivains politiques se dévouent
un rôle d'cclaireurs et de troupes le'gèrcsj ils se proposent de
faire connaître les progrès que la jurisprudence a faits récem-
ment , surtout en Allemagne, les institutions judiciaires de l'An-
gleterre, et l'état actuel de la science et des législations nouvelles
chez les diverses nations. Les articles contenus dans la première
livraison, sont i° un Mémoire Sur l' étude du droit dans aes rap-
ports avec ta cwilisation et Pctat actuel de la science , par M. Rossi.
2". Un extrait, par M. Magnier, de C Histoire du droit romain au
moyen dgc , par M. de Savigny. 3". F.x;uncn de cette question :
f,e pouvoir de consommer s^accrofi-il toujours dans la socitté avec
le pouvoir de produire ? par M. de Sismondi. 4"- Sur Tongine, le
dt'veloppement et V influence pratique des théories politiques dans
L'Europe moderne , par Heeren ; traduit de l'allemand par
M. Charles Tremblay. M. Rossi, Italien, avocat, après avoir
professé le droit criminel à Bologne avec beaucoup de succès ,
s'est fait de même admirer à Genève par ses cours en ditlërens
genres de littérature. M. de Sismondi et les autres rédacteurs
offrent des noms assez accn-dités pour assurer à ce nouvel ouvrage
périodique l'accueil le plus favorable. A compter ilu mois d'oc-
tobre 1820, il en paraîtra six livraisons par année; deux livraisons
formeront un volume d'environ u6 feuilles d'impression. On
souscrit au bureau de ce journal, à Genève, chez MM. Mangetet
Cherbuliez. imprimeurs-libraires; à Paris, chez MM. Bossange
père et fils; à Londres, chez MM. Martin Bossange et corap'j
on Allemagne, chez M. Loup, à Tubingen.
UVRES ÉTRANGERS. 7 25
ITALIE.
48. — Le t'isiche rei'oluzioni délia natura , etc. — Les Re'volu-
tioDS physiques de la nature, ou !a Palingéne'sie philosophique de
Charles Bonnet, accusée d'erreurj Dissertation fheologique et phi-
losophique du P., M. Philippe Anfossï, etc. Rome, 1820, in-8°.
Ou conDait les époques et les formes que M. Bonnet avait
voulu assigner à la perfectibilité de l'espèce humaine, Dans son
hypothèse, l'homme qui, après avoir subi la forme de ver, se
trouve maintenant sous celle de crysalide, finira aussi par la
forme de papillon, et alors toutes ses facuite's acquerront un
plus haut degré de perfection. Les mêmes mc'tamorphoses pro-
gressives, Bonnet les attribuait aux autres espèces subalternes,
qui toutes suivaient proportionnellement la même progression.
Cette bizarre hypothèse avait servi d'amusement aux lecteurs; elle
fut bientôt oubliée. Le P. Anfossi vient de la tirer de l'oubli
pour la signaler comme une théorie impie , hérétique et sacri-
lège, contenant une fouie de maximes imputées jadis aux anciens
sectateurs d'Origène. L'auteur se fait encore un mérite d'avoir
défendu au professeur Settcle la publication de ses Elémens d'as-
tronomie ^ où celui-ci, au dix-neuvième siècle, a osé reproduire le
système de Copernic et de Gahlée sur le mouvement de la terre
et l'immobilité du soleil. Cette défense ayant été accueillie avec
un ju^te mépris par les étrangers et par les Italiens, le P. Anfossi
a voulu la justifier par les mêmes raisons qui firent condamner
Galilée pendant sa vie, et qui ont fait condamner ses juges par
la postérité. Qui eût dit cependant que le P. Campanella, do-
minicain comme le P. Anfossi , ayant fait l'apologie de Galilée
en 1622, le P. Anfossi, deux siècles aprè*, oserait encore con-
damner Galilée et le pauvre professeur Seltele? C'est soutenir
avec dignité les droits du saint-office et des PP. dominicains!
49- — Ricerche mediche su i bagni a uapore, etc. — Recherches
médicales sur les bains à vapeur, et sur les fumigations de subs-
tances ammoniacales et balsamiques, de soufre et de mercure,
avec une planche qui représente le poile portatif; par le cheva-
lier Puu/ Assalim. INaples , 1820, in-4''.
M. Assalini est aussi l'auteur du Manuel de chirurgie, ou f^ade
mecuni, pour les médecins et chirurgiens attachés au service des
ii6 LIVRES ÉTRANGERS.
armccs, et ùc plusieurs autres ouvrages dcjà publies. Celui que
nous annonçons est divise en cinq parties. Dans la preinicrc,
Tauteur expos»- ce que les anciens et les modernes ont dit de plu.;
intéressant stir les bain"; et sur les fumii;ahons . <l,ins la seronde,
il décrit Tappared pour les poiii s , qu'd a simpidie et rendu por-
tatif i la troisièmi- partie contient les résultais de» essais faits sur
Sept cents militaires atteints de la galle, de rhumatismes et
de la siphiUs. On trouve , dans la quatriènx» partie , cent traite-
mens reniar<|uables, ou cas pratiques de guërisons obtenues avec
des bains à vapeur et avec des fumigation» balsan«i(jue<, snlfu-
re^isfs, mercuriales, etc. L'auteur r*-serve le surplus de ses iv-
ciiercbes pour le second volume (|ui n'a pas encore paru.
5o. ^ Poniona Ualiana , msia tratlato degii alb nJruUiferi, etc.
— La Pomone italienne, ou Traité des arbres fruitiers , par Gior-
gio Gallesio , auteur du Traité du Citrus , et de la Tlicorie de la
reproduction vcgi'tale. Pise , i8ao.
Qtioiqui- la publication de cet ouvrage ait l'tîe annoncée dès
161S , il ne fait cependant que de paniîtrc. L'auteur a divisé son
travail en trois parties • il appelle la première, scientifique., la
seconde, descriptive :^ et lu troisième concerne les beaux-arts. Les
deux premières parties contiendront 36 livraigons , dont il eu
paraîtra quatre par an. C'est dans cette dernière partie qu'on don-
nera un traite élémentaire de pomologie , et un traite' complet de
chacune dos espèces contenues dans 1 ouvrage. Avec les quatre
livraisons publiées jusqu'à prés<nt , on a donné aussi un petit
limité du figuier. L'auteur niontn» I eaucoup de connaissances
botaniques et de méthode, en classiint les espèces diverses de cet te
plante. L'iklition est fort belle.
5». — Osienrazioni critiche sulfa costiluzione delin tnonarchia
iUftagnuoLi, etc. — Observations critiques sur la constitution de la
monarchie d'Kspagne ; par Philippe Pagaro. Salerne, ïSao.
Le jeune auteur est un officier du génie, et neveu du ct'lèbie
et roaliieureux Mario Pagano. Son oncle lui a légué à la fois son
nom et les principes auxquels il dut sa mort et sa renommée.
Cet officier pul)liciste nous prouve <(ue les Napolitains , en adop-
tant par pn-caution et par la nécessité du moment , la constitu-
tion d'Hspjgne, ne sont pas disptisés à se l'appliquer servilement,
et sans en examiner la convenance sous tous les rapports. Les
LIVRES ETRAINGERS. 127
«bservations de M. Pagano tendent à justitier les modifications
qu'il propose sur Je nombre des députés, proportionne' à la po-
pulation du royaume de INaples; sur le moUe des élections, sur
le renouvellement du parlement national j sur l'utilité de d.'ux
chambres j sur la juridiction ecclésiustiquej sur l'adininistratioa
municipale, etc. Il est très important que les cito^rens les plus
e'clairés aident de leurs lumières les députes de la nation, pour
cjue, forts de leurs connaissances réciproques, ils puis ent dé-
terminer dans leur sagesse ce qui convient le mieux aux grands
intérêts de la nation.J.1 semble qu'une foule d'écrits qu'on publie
à JNaples dans ce moment, tendent principalement à ce noble but.
On y trouve des idées justes et lumineuses , exposées avec un
esprit de sagesse et deimodëration propre à détruire toute prë-
Tention défavorable à ieiirs auteurs et à la nation.
5a. — CatechUmo costiluzionale , etc. — Catéchisme constitu"-
linnnel pour le royaume de Sicile. Naples, 1820.
Les amis de la constitution , voulant éclairer toutes les classes
du peuple sur les principes fondamentaux des lois constitution-
nelles, avaient tl'abord traduit et publié un Catéchisme espagnol
sur le même sujet^ mais, ils en ont eu bientôt remarqué les imper-
fections, et ils en ont composé un autre essentiellement national.
On y trouve plus d'ordre et de précision. Ce livre inspire Tamour
le plus pur de la religion , de la patrie, du roi et de la liberté. Il
combat tout esprit de faction ^ il montre les erreurs et les dangers
qu'il faut principalement éviter; il désigne tout ce qui constitue
l'autorité du roi et de ses ministres, la représensafion nationale,
et les institutions consfitutionnelles. On y discute l'hypothèsa
d'une seconde cliambre , que la constitution d'Espagne, adoptée
provisoirement par les N.jpolitains, n'admet point. Kn effet,
une seule chambre , qui ne craint aucune entrave dans sa marche,
pouri-uit d^-passer certnines limites, suitout dans un pays où le
climat et le tempérament des habitans l'exposeraient quelquefois
àla [irécipitation. Maisune chambre de pairs a une apparenced'o-
ligarciiic, et elle pourrait finir par être un auxiliaire du pouvoir
ministériel. Cedan.^erest à craindre ; toutefois on pourrait l'éviter,
moyennant des conditions qui rendraient cette chambre attachée
aux intérêts de la nation, et contiaire à tout esprit oligarchique. Si,
par exemple, les pairs n'étaient pas héréditaires, s'ils étaient élus
io8 LIVRES ÉTRANGERS,
par la chambn; des députes , si les l.ilrns et les vertus patrioti-
ques étaient les premiers titres des élus, etc., sans doute celte nou-
velle chambre pourrait être utile, et sa di'^eneration très diflicilc.
Mais les publiciiites napolitains ont assez de sagesse pour exami-
ner ci-ltc question et d'autres srii:l)lal>li'S , avant île prendre au-
cune délibération sur des ol)|els d'une aussi haute importance.
53. — Su/la crociata conlro Naf>oli, etc. — Sur la croisade
contre le royaume de Napics. ISaples, i8ao.
Cet opuscule montre, avec beaucoup de franchise et de force,
l'injustice et l'incon-tquei.cc des potentats qui voudraient faire
la {guerre aux ?sapolit;iins et à leur roi, pour s ^Ire donné une
constitution appropriée ;i leurs lumières et à leurs besoins. L'au-
teur rappelle les principes et les promesses annonces déjà , à la
face du monde, par les princes confédérés contre l'oppresseur
de l'Europe 11 examine les rapports diplomatiques de leurs
Etats, et les dangers présens et futurs auxquels pourrait les expo-
ser le projet d'invasion du lo^iume de Kaplrs. Il peint la conduite
noble et imposante tlu peuple de ce royaume, qui donne les plus
heureuses espérances pour l'avenir. Il calcule les forces natio-
nales que pourrait fournir une popul.ition de sept millions d'ha-
bitans qui se présentent de toutes parts pour défendre lenrs
foyers, leur constitution et leur roi. L'auteur termine par une
harangue, non moins touchante que solide, adressée aux augustes
princes qui doivent bientôt manifester leurs intentions au sujet
du royaume de Ka})lcs. 11 suppose que le roi de iXaples lui-même,
présent au congrès des souverains, soutient la justice et la sain-
teté de la cause de son peirple, qui est sa propre cause, d'une
manière qui le rend encore plus respectable , plus digne de l'a-
mour de sa nation et de l'admiration des étrangers. « Respectez
donc, conclut-il, l'indéiicndance de mon roy;iume; respectez ces
cheveux blancs qui rendent ma couronne encore plus vénérable.
C'est une entreprise insensée et toujours malheureuse , que de
faire la guerre aux nations pour leur ravir leur liberié; mais vous
me trouverez toujours au milieu de mon peuple, prêt à le dé-
fendre moi même, tant qu'une goutte de sang coulera dans mes
veines. Il vous faudra passer sur mon corps pour aller ariacher
l'étendard national qui flolte sur mon palais. Votre triomphe
même serait peu durable ; car les rois périssent , mais les nations
LIVRES EÏR ANGERS. 129
ne périssent point. Et s'il est prescrit par les destins que des ci-
to3'ens libres, se défendant contre des soldats mercenaires, doi-
vent succomber, ils fuiront une terre profanée par un conquérant;
et, comme les exile's de Parga, emportant avec eux les osse-
mens de leurs pères , ils iront demander une patrie à la terre
hospitalière des Ame'ricains. »
54. — Opère di Aîtcelo Mazza. Parme, 181G — 1820 ; 5 vol.
in-\° et in-8».
Les poésies d'Angelo Mazza ont beaucoup de mérite et d'origi-
nalité :' on le désigne en Italie par les noms de Pindnre italien et
de Chantre de l'harmonie ; tant sont remarquables les vers ana-
logues qu'il a faits sur ce sujet ! II a la gloire d'avoir renouvelé
chez les Italiens la poésie philosophique et théologique, créée par
le Dante , et négligée par ses successeurs.
55. — OpuscoU morali di Plctarco , etc. — Opuscules moraux
de Plularque , traduits en italien par Marcel Adriani , le jeune.
Florence, 1820. Jusqu'à présent, 4 vol. in-8°.
L'édition en est élégante, la traduction fidèle, et le style réunit
le double mérite de la pureté et de la correction.
ESPAGNE.
56. — J^ida polilica y religiosa de los jesuiUis. — La vie politi-
que et religieuse des jésuites. Ouvrage dans lequel on fait voir la
justice des motifs qu'eurent le roi Charles m pour les expulser
du royaume, et le pape Clément xiv pour supprimer leur ordre.
On y a joint des observations critiques soumises au congrès na-
tional des cortès , pour le moment où il s'occupera des jésuites.
Anonyme, i vol. in-8°. Madrid, 1820. Ortcga.
La circonstance prévue par l'auteur est arrivée; car l'assemblée
nationale espagnole, après une discussion et un examen appro-
iondis, a prononcé, le 14 août 1820, la suppression des jésuites
en Espagne.
5^. — yîpendice al dictamen sobre cl tribunal de la inqiiisi-
cion, etc. — ^Appendice au discours sur le tribunal de l'inquisi-
tion, prononcé en 181 3, par don Antoine- Joseph Rniz de Pa-
DFo.'v, député des îles Canaries. Madrid, 1820. In-80. 3e édition.
M. Ruiz de Padron , savant et vertueux ecclésiastique , fut
le premier qui, dans les cortès, éleva la voix contre l'inquisi-
• TOME Ylir. 9
i3o LIVRES KTRA^'GEKS.
lion , (jii'il contribua puissainraiot à faire ahoiiij mais, la cons-
titution espagnole avant ete rejttt'c parle roi Ferdinand, et tous les
membres des corlii disperses, perse'cntt's, inrarcorés, M. huiz
de Pradon 'nt victime comme les autres , et emjiri sonne. Li- détail
dos vexations dirigées contre lui est consigne dans une préface
remplie d'inferOt , plarec au commencement de cette édition nou-
velle de V Appendice. L'ouvrage est curieux, et mérite d'être lu.
L'opinion publique, en i8,!0, désignait au cliois des Espagnols
ce savant estimable , qu'on s'est empresse de reélire pour les
cortès actuelles où il 'iége avec honneur.
58. — Rspaiui venlurnsa par la vitla de , etc. — L'Espagne beu-
reuse par la vie de la consiitulion et la mort de l'inquisition. In-^"
espagnol ou grand in-S^ fiançais. IWadrid, i8'i0.
L'auteur de cet ouvrage est un eccle'siastique respectable .
IVl. Bernabf.u, membre des cortès de i8i3. A celte époque , i'
publia dans sa langue un ouvrage où il établissait les droits de la
nation sur les biens du c'.crgé. L'inquisition, tju'avaienf suppri-
mée les cortès, ayant été rétablie j>ar Ferdinand vu, M. I5er
nabeu , inquiété par le prétendu saint-olfice , s'échappa d'tb-
pagoe , se réfugia en France , et y resta jusqu'à l'importante révo
lutioD de 1820. Retourné dans sa patrie, nomme membre de<
cortès actuelles, il publie sous le titre qu'on vient de lire, nui.
édition nouvelle de son Traité iur les biens du clergé , auquel il
a ajouté une préface intéressante et un récit détaillé des infcrro
gatoires que lui fit subir rincpiisition , avec ses réponses «jui sont
péremptoires et sans réplique.
59. — Mernorias para la vida del sei'ior J ovelUmns. — Mémoire -
pour servir à l'histoire de la vie de monseigneur don G.nspar-Mel
chior <le Jovellanos , avec une analyse tie ses ouvrages; par don
Jean CEAN-BERvunFZ. Madrid , 1810. i vol. in-80. Sojo.
Cet ouvrage , imprimé en 1814 1 fut de suite saisi en vertu d'un
décret prononcé i)ar un juge de première instance de Madrid ; on
le publie aujourd'hui en vertu d'un autre décret rendu , sur li
réclamation de l'auteur, par un autre juge du même tribunal.
La profonde instruction de feu M. Jovellanos; l'importance de>
ouvrages qu'il a écrits sur l'économie politicjuc de l'Espagne,
la nature des fonctions qu'il a remplies, comme ministre et
conseiller dH roi Charles iv, et comme membre de la Junte cen
LIVRES ETRANGERS. i3c
traie; enfin, les vertus civiles et les autres qualités estimables qui
ornaient lame decet Espagnol, nt; pourront que donner un carac-
tère d'intérêt historique à sa biographie. La manière dont elle est
composée doit augmenter le dJsir de la lire, parce que M. Cean-
Bcrmudez est fun des savans membres de Tacadémie de l'histoire,
cl très honorablement connu par son excellent ouvrage intitulé :
Dictinniiaira des l'-spugnols qui se sont distingués dans les arts
delà peinture, delà sculpture, de C architecture , du dessin , et
de la gravure.
6o. — Apuntes para la historin de los arrestos de los diputados
Je cnrtes del ano iSi/j , etc. — ^Mémoires pour servir à l'histoire
des prisons des déi)utés des cortès espagnols de Fan i8i4i par
M. DE ViLLANDEVA. -Madrid, i8'2o. I vol. in-8o. Orca.
Cet ouvrage est fun des plus intéressans pour l'histoire du
règne de Ferdinand vu, pendant les six années écoulées depuis la
fin de sa captivité. L'auteur est l'un des hommes les plus savans
de l'Espagne, membre de l'académie de l'nistoire, et auteur de
plusieurs ouvrages historiques très estimés. Il assure qu'il a écrit ces
Mémoires dans la prison appelée de In Couronne, à Madrid, destinée
aux ecclésiastiques j car il était aumônier du roi Charles iv, et,
plus tard, uiembre des cortès dei8i4' H profite des circonstances
actuelles, pour i)ublier des événemens extraordinaires et des anec-'
dotes singulières, auxquels donna lieu le système politique de
tyrannie et d'oppression adopté par les ministres de Ferdi-
nand contre les illustres et généreux défenseurs du régime cons-
iitutionnel. La lecture de cet ouvrage fournit des r^n^eignemens
précieux sur l'histoire des six dernières années, et il serait même
impossible de la bien connaître, sans les Mémoires de M. Vil-
ianueva. J. A. Llorehte.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
6i . — Geschierlenis der Menschheid , etc. — Histoire de l'espèce
humaine, d'après la Bible ^ par Herman M^J^TINCHE .tome xi- La
Haye, iSrg. Veuve Allartetcompagnie. In-S^de ^^\ pag.
Le premier volume de cet ouvrage a j)aru en 1801. L'auteur,
M. Muntinghe, théologien et orientaliste distingué, professeur à
l'Académie de Groninguc, donne, dans celui-ci, des tables de $r
9*
i33 LIVRES KTR ANGERS.
tinecs à facililcr les reclierclies dans les volumes jire'cedens , et il
inili({iic un en tain nombre de chani^emcns ou de corrections né-
cessaires. Il peut s'appliquer avec raison VJixcty'i nionunicntuni
dHoracc.
Cri. — De /^oor-^verelii , etc. (cnallemand f^/iir/t^; c'est-à-dire,
du Monde pi imitif , ou preuves de Texisfence et de la deslruclion
de plus dune création terrestre, antérieure à la nôtre; d'après
l'allemand de J.-G.-J. /iallcmteiU , pasteur à Falistorf, dans lo
duclic de lîrunswick ; traduit lilirement en hollandais , rédige
dans un nouvel ordre et enrichi d'observations ; par le «locteur
A. MoLL, noembrc de la Société' des Sciences et Artsd'Dtrecht.
Dordrecht , 1819. Elusse et Van Braara. 2 vol. in-8° ; le premier
de 38G , le deuxième de 33; pag.
63. — Sermons de A.-L.-C. Coqdebel, pasteur extraordinaire
de l'église wallonne d'Amsterdam. Amsterdam, i8ao. DeJa( baux.
Deuxième édition. ln-8<>. 197 pag.
Il est quelquefois dangereux d'imprimer ks tiisrours même les
plus dloquens. Rc'duire des sermons à une simple lecture, c'est
les dépouiller du charme de ces impressions profondes qu'excite
dans l'ame le sentiment religieux. L'orateur doit parler du haut
de la tribune, s'il veut que ses harangues produisent tout leur
ert'et; les exhortations du ministre des autels doivent descendre
de la chaire. On ne doit pas les considérer comme une suite de
me'ditations morales ou dogmatiques ; on ne peut en former un
livre ordinaire sur lequel le lecteur ne jettera qu'un rapide coup-
d'œil j ils veulent être prononces, ils exigent la solennité d'un
culte, le recueillement d'une assembl<:e nombreuse , le silence
d'un temple. Ces considérations, qui dérivent en gi-néral de la
nature de rélo(juence sacrée, ne contiennent pas en particulier
aux sermons de M. Coquerrl. Le volume que nous avons sous
les yeux, quoique publié au commencement de sa carrière dans
le ministère sacré, se fait lire avec plaisir, et plusieurs des ser-
mons qu'il renferme oflrent des dévcloppemens fort éloquens.
ISous y avons distingué avec intérêt un discours prêché dans le
tfoiple de l'Oratoire à Paris, le j novembre 1817, premier jour
du quatrième siècle de la réformation. La commémoration de ce
grand événement y csl célébrée d'une manière remarquable, avec
LIVRES ETRANGERS. i33
celte union de force et de toîe'rance dont les ministres de la reli-
gion reformée possèdent si bien le secret. L'orateur s'élève forte-
ment contre la conduite de Calvin, lors Su jugement de Servet:
« Nous, dit-il, ses admirateurs, nous, ses disciples, nous déplo-
rons son erreur, nous poursuivons sa mémoire du desaveu le plus
formel. » M. Coqucrel trace un tableau frappant des excès et de
l'absurdité du fanatisme ; parmi plusieurs traits heureux, nous ne
choisirons que celui-ci : « Qu'ils sont honteux et courts les triom-
phes de l'intolérance j elle ne produit rien que d'involontaire •
c'est un tyran qu'on trahit aussitôt qu'il s'éloigne. » En général ,
ces sermons sont écrits avec élégance : celui qui a pour sujet .
Saint Pauldeuant A grippa, joint au mérite du style, de la hauteur
dans les pensées. Malgré les craintes que M. Coquerel exprime
modestement dans la préface de ses sermons , nous pensons qu'il
a pu en risquer la publication , sans être coupable de témérité et
sans avoir besoin d'indulgence.
64. — Parnassus Lntino-Belgicus , siwe pîericfiie è poetis Bélgii-
lutinis epigramviate atque adnotatione illuitrati, a Jacobo-Henrico
HoE€FFT. Dordraceno. — Parnasse Latino-Belge, etc. , par
Hoeufft, de Dordrecht. Amsterdam, DenHengst et fils; à Breda ,
Van Bergen et compagnie. 1819. In-S** de 378 pages.
En 1818, l'Académie de Bruxelles a promis une médaille d'or
à l'auteur de la meilleure histoire critique et littéiaire des Hol-
landais et des Flamands qui ont cultivé la poésie latine ; et
M. Hoeiiff't , sans se présenter au concours , en a pris occasion de
composer l'ouvrage que nous annonçons, et que, par une épître
ru vers, il a dédié à cette savante Société. Nul n'était plus propre
que lui à réussir dans cette entreprise. Vétéran distingue du Par-
nasse latin, homme de beaucoup d'instruction et de goftt , et
possédant une bibliothèque spécialement riche dans celle branche
de la littérature, il ne pouvait pas manquer, en s'imposant cette
tilche, de mettre au jour une production remarquable. Le Par-
nasse de M. H. est occupé par deux cent trente-deux individus.
M. H. , essentiellement catalogisle et historien , accorde un article
à chacun d'eux , en les appréciant avec plus ou moins de sévérité.
Il n'en est pas un qui n'ait au moins son distique ; et il a fallu une
grande flexibilité de talent pour ne pas rendre trop monotones
tant de mentions obligées. Les notes qui accompagnent chaque
t34 LIVRES ÉTRANGERS.
article Ront inU-rcssantts pour Tliistoirr liltcrairc ; elles renroienl
aux sources à consulter pour des rcnspiv;ni'nifns plu> riendus.
Ceux (le nos Itcleurrf <|ui aiment les iniiscs latines . nous sau-
ront hon f;rc de leur transcrire ici une des epigrammcs de
M. Iloeullt :
llcoo GFOTiuR(pag. 139).
Selgica quem cunctis oppnnit gentibus unum ,
Anle licet nntn dira nocrrcn sun ,
Crotiui hic ille est, eui , quod docuére récentes,
JVottim erat, etprisci quod docuére sophi.
AJeniis inerhauitœ lypu'y ingeniique cupucis ,
Fa ditrtrinarum natns ad omne genus ,
I\'i( intenttilum liquit , nil liquit inainurn,
Incfpta eventu cunctn probnnle bnno.
(^Uivqtte viro modo fusus erat liomnna poèsis ,
SiiJ/icare allerlus laiidibus apta foret.
Hugues Grotius.
«C'est ceGrntiiis que la Relgique oppose seul aux grands hom -
ines des autres nations, quoiqu'elle ail été autrefois une cruelle
marâtre envers son [ils ; ce Grotius , qui connaissait tout ce qu'ont
écrit les jihilosoplies anciens et modernes. Il oflrit le modèle
d'un esprit inépuisable , d'un génie vaste et propre à tout genre
de scieiu'e : il tenta tout, osa tout; un heureux succès cou-
ronna tous ses travaux : son talent pour la poésie latine , qui
n'était qu'un délassement pour lui, aurait sufli pour la gloire de
tout autre. ))
Kous citerons encore un article qui est en l'honneur d'un jé-
suite allemand très obscur, nommé Vierte de Marque {^i. 199).
Auibititui de la palme (\\\ martyre, il avait sollicité du général
de son ordre l.i mission du Japon, par uneépîtn' en quatre cent.q
Vers latins , imprimée à Douai, en 1696, et qui paraît avoir été
couronnée du succès désiré :
Hic est Japonici qui littora , Marca , prnfundi
ylnlctulil ripis , patri>i Acafila , tuis;
Lt PhœUfurias propioris , et œquorts ir.im
Sprevit , et arumnas paupericmquc pâli ;
LIVRES ÉTRANGERS. i35
Christo discipulos , Chriito pariturus alumnos ,
t'orsitan utjlammis membra voranda Jaret.
(J ainorl o ignis ! soiis quifortior cestii ,
l'orlior est bustis, Inde / rafane , tuis !
(f C'est ce Marque qui a pre'fe're' les rivages lointains du Japon
aux bords de sa patrie^ qui dedaii;na les chaleurs du soleil, les
dangers de la merj qui supporta la pauvreté et Tindigence pour
procurer à Jesus-Christ des disciples et des adorateurs , au risque
d'être de'vore' par les flammes ! O amour, feu céleste, plus fort
que les chaleurs de ton soleil et de tes bûchers , Inde profane ! »
INous avons distingue, parmi les notices, celles sur £'rfl«we(pag.
5 et 6) , sur Jean Second (pag. 25 — 'iS) , sur Grntius (pag. 129—
^4 ) > sur Janus f^litius ( pag. 1^3 et 17 4) > sur Gaspar Kinschot
(pag. 181 — 183), sur Levin de Meyer (pag- 197), et sur Ma-
thieu Temminck (pag. aSi — 233). La nature de ce recueil ne nous
permet pas de signaler quelques omissions , peu importantes à la
vérité , comme celle du nie'decin Lsevinius Lemnius. INous ne pou-
vons que recommander cet inle'rcssant recueil à tous les amis
de la poe'sie latine.
65. — iVieuwe f^erJuindelingen , etc ; c'est-à-dire, nouveaux
Me'moires de la Société zélandaise des Sciences, tome lll, par-
ties 4 et ,5. Middelbourg, S. Van Benthem , 1819, in-8°.
La quatrième partie offre nn Mémoire couronné par la Société,
sur une question proposée par elle , et où il s'agit de l'utilité des
têtes de pilotis sciées. Ce Mémoire a pour auteur M. Abraham
Caland , officierdu génie , attaché au H^aterstaat (administration
des digues et écluses) , et aux travaux publics : il est lumineux ,
bien écrit; on y trouvé l'application de la théorie à la pratique,
dans une matière qui intéresse éminemment la province de Zé-
lande , si elle veut continuer à justifier le coin de ses monnaies,
sur lesquelles on voit le lion belgique nageant au milieu deà
flots , avec cette légende : Luctor et cmergn.
La cinquième partie est un très bon Mémoire de M. J. -P. Boiirje,
membre de la Société zélandaise, sur l'éclipsé de soleil qu'on at-
tendait pour le 7 septembre, et qui y est calculée avec précision
pour Middelbourg, Amsterdam, Groningue, Gotlingen etSaint-
fctcrsbourg. P. H. M.
i3G
MVRRS FRANÇAIS.
CtG. — Noui'cUe J\ omcnclaturc mincralctf^iqur -^ pnr I\l . TÎERZE-
Mcs. Paris, 1819-1 vol. Jn-80. Mc'quignon-Marvis , rue de lEcok-
dc-Meik-cinc. Prix, 4 fr-
En même feras que M. Berzclius nous a donne son Traite des
proportions chimiques , il a fait paraître nne Nouvelle nomencla-
ture wincralogique, Mous avons déjà rendu compte du premier de
CCS ouvrages {f^oy- ci-dessus, T. IV , pag. 5 — •i'\\). Kous allons
nous occuper du second , et nous croyons en donner une analyse
claire et succincte , et en démontrer siiflisamment les avanta';es ,
par la simple citation du passat^c suivant des leçons de M. Haiiy :
n Le rôle de la cristallographie, dit le savant professeur, est
limité à la détermination des 1 spèces minëralogiqncs. Les résuf-
taf s de la chimie, relativeme<^t au même objet, s'étendent à la
métliode entière. Ils peuvent seuls être cmploj'e's à la formation
des gfnres ou des familles , et à celle des ordres et des classes. La
chimie plane ainsi sur toute la méthode, et Ton peut même dire
que, sans elle , nous n'aurions pas de vi'ritalile nuMliode.
)i La marche que j'avais suivie pour la distribution des espèces,
était assortie à l'état dans lequel se trouvait alors cette même
science; et^ pour ne parler ici que des genres, j'avais adopté
pour chacun d'eux une base terreuse, aikoline ou mélallifjuc; et
chacune des différentes espèces qui sous-di visaient le genre étaient
caractérisées parla combinaison de la base commune avec un prin-
cipe particulier, tel qu'un acide , 1 oxygène ou un combustible.
Mais les importantes découvertes qui ont fait reconnaître, dans
les corps qur portaient les noms de terres et d'alkali , des subs-
tances métalliques déguisées par leur union avec l'osygène, ne
permettent plus d'employer (jue provisoirement les anciennes
méthodes, en attendant fjue chaque minéralogiste en ait adopté
une qui soit conforme à létat actuel des connaissances. F.t, à cet
égard, nous avons un modèle «ligne de rattenlion de tous les sa-
vans, dans celle qu'a publiée M. Hur/eliiis. Les niini'raux y sont
présentés sous deux points de vue diflciens, dont le premier est
tourné vers la chimie , et le second vers l'élccfricitif galvanicpie,
de manière que toutes les parties de l'iui .<^ont en harmonie avec
celles de raulrc. Ainsi, les mêmes propriétés chimiques, d'oij^gl
LIVRES FRATN'ÇAIS. 187
naît une distioclion entre les métaux qui ont une plus grande
tendance à faire les fondions d'oxydes ou tFacidcs que celles de
I)ases, et ceux dont la tendance est Tinvcrse de la prc'cedente,
sont lieps aux propriétés physiques à l'aide desquelles les pre-
miers viennent se placer parmi les coips électro-résineux, et lis
seconds parmi ceux qui sont électro-vitrés. 11 est aisé de conce-
voir tout l'intérêt que doit exciter cette corrélation entre deux
manières d'envisager les mêmes êtres, dont l'une emprunte tous
ses caractères de l'oxygène , qui est celui de tous les éle'mens chi-
miques dont le domaine est le plus étendu, et l'autre puise les
siens dans la même source d'où sont émanés les phénomènes élec-
triques qui ont servi à dévoiler la vcj'jtable nature d'une grande
partie des substances métalliques. Ce système est encore remarqua-
ble par la manière dont les espèces sont caractérisées. Une bonne
partie des minéraux, ainsi que je l'ai dit, sont des assemblages
de divers composés, parmi lesquels il y en a toujours un qui im-
prime au corps le caractère de sa forme cristalline j et c'est celui-
ci qui doit déterminer l'espèce, puisqu'il faut qu'elle soit repré-
sentée, et qu'elle ne peut l'être que par le concours du type géo-
métrique avec le type chimique. D'après les bcll<:s recherches de
M. Berzelius, le principe des proportions délinies qui a eu lieu à
l'cgard de ce dernier composé, s'applique également à chacun
de ceux qui ne sont qu'accessoires. Le savant auteur du système
se sert ingénieusement de lettres accompagnées d'exposans numé-
riqu, s , pour désigner les quantités relatives des principes de
chaque composé; en sorte que le tout jirésente en raccourci un
tableau fidèle de l'ensemble des éiémens, tracé d'après les ré-
sultats des lois constantes auxquelles ont été soumises las at-
tractions qu'ils ont exerce'es les uns sur les autres , en se réunis-
sant Jeux à Jeuar , trois a trois. Les limites dans lesquelles sont
renfermées mes leçons , ne me permettent de donner qu'une lé-
gère esquisse de ce beau système 5 mais j'en ai dit assez pour
inspirer le désir d'en lire le développement, et de juger combien
il est remarquable par la généralité et par la fécondité des prin-
cipes qui ont dirigé le plan, m
67. — Système, floral par l'auteur du Boston de Flore, ou
Botanique clcnientaire. 3'= et 4" livraisons. Chez l'auteur , rue du
Dragon , n» 22 , 1 1 chez Deiauuay , libraire , au Palais-Royal.
i38 LIVRHS I•RA^ÇAIS.
M. Lofëbnre poursuit avec un surcis decidi' son grand frnvnil
classique annonreanx savans botanistes île FFurope par son Alla»
botanitpie, honore d'un arrneil flafti-ur par Tlnstitut de France.
Cette livraison double contient les (leurs af;};ii'{;ees rangées dans
l'ordre clair, facile, naturel et non contesté, dont il a fourni les
clémens aux personnes le moins familiarisées avec la botanique
dans son Boston de Flore. Et ce qu'il y a d'essentiellement re-
marquable, c'est qu'une fois sa première division établie, les
classes de Linnée, déjà ordonnées en partie par cet illustre savant ,
reçoivent à leur rang les familles de 'l'ournefort; en sortf (|ue ces
groupes naturels se jilacent «l'eux-mémes dans le? trib»is, comme
Icstribus dans les quatre divisions générales créées par I auteur du
Système floral, et ne font qu'un toutdedcuxconccptions admirées,
mais jusqu'à pre'sent regardées comme 'incompatibles- Ln dia-
logue plein d'observations importantes explique ce nouvel ordre
classique, et laisse reconnaître la plume exercée ffui a produit Koii-
vragc intitulé Essai analytique Je Ceturlr de CelnqueiKe , honoré
des suffrages de M. Lava, dans un article du A/oniteur.
Nous aurons occasion de citer, dans un autre cahier, quelques
passages des 5' et 6* livraisons, qui vont paraître incessamment.
C8. — Opuscule sur la f^inijication, tfaitant des vices de«
méthodes usitées pour la fabrication desvins, et des avantages du
])rocédé de mademoiselle Klizabeih Gf.rvais , brevetée du gou-
vernement par ordonnance de S. IM. Louis X\ III , pour la même
fabrication; par7e«n-^/j<oi«e Gebvais. Montpellier, in-S^'de ii {
pages. J.-G. Tournel , imiirimeur.
Cette brochure contient l'analyse et la description d'un pro-
cède imaginé par mademoiselle Elizabeth Gervais, pour obtenir
à la fois une grande amélioration dans la fabrication du vin, et
une plus grande quantité de produit. « Au moyen de mon pro-
cédé , dit-elle, on obtient les deux r(-sidtats suivans : lo. La ven-'
dange, à l'abri, <lans la cuve, de l'influence atmosphérique, subit,
.sans aucundanger d'explosion, une ferm<!nfalion graduelle, régu-
lière, et subordonnée à l'action seule des ma lièresfermentescibles
qu'elle contient^ de sorte que celte fermentation est exempte de
la violence ((lie peut lui causer l'air libre, en ni«'''me feins qu'elle
conserve toute la force nécessaire pour agir utilement sur tous
les raisins, et notamment sur ceux (|ui sont verts ou a<picux
LIVRES FRATNÇAIS. \ic)
a». On recueille, en la dégageant de l'acide carbonique, la
liqueur qui va s'évaporer pendant la fermentation ordinaire, et
qui , ramene'e ainsi dans la cuve vinaire , y rapporte tous les prin-
cipes d'arôme et d'alcool dont elle était charge'e, y soumet à une
nouvelle élaboration et préserve d'acidité , en l'humectant sans
cesse, la vendange qu'elle traverse , et dépouille, sur son pas-
sage, la pellicule dn raisin de sa vive couleur pour en orner le vin. »
Ces résultats paraissent avoir été constatés par un assez grand
nombre d'expériences qu'en ont faites de savans chimistes et des
agronomes éclairés. La Société royale et centrale d'agriculture
étant occupée en ce moment de l'examen de cette importante dé-
couverte, nous nous empresserons de mettre son rapport sous les
yeux de nos lecteurs, aussitôt qu'il nous sera connu.
Mademoiselie Elizabeth Gervais a établi une administration à
Paris, rue de Choiseul , n° ;|.j g"" cédera à des personnes ou mai-
sons de commerce, et à des conditions dont elle donnera connais-
sance, l'exploitation de sa découverte dans les départemens,
autres que ceux du midi, pour lesquels elle a établi à Montpellier
une direction particulière, sous ia gestion de M. J.-A. Gervais,
son frère, à qui l'on peut s'adresser pour tout ce qui y est rela-
tif. (Les lettres non aflranchies ne seront pas reçues.)
69. — Traité ou obseri^ations pratiques et patholoi^iques sur le
<rrtàewie«f des maladies de la glande prostate; par sir'EvERAno
Home, baronnet, vice-président de la Société royale de Londres,
correspondant de l'institut de France, etc., avec quatre plan-
ches; traduit de l'anglais par Léon Marchant , docteur en mé-
decine. Paris, 1820. Baillière , libi'aire , rue de l'Ecole-de- Méde-
cine, n° iG. In-8°. Prix, G fr., et port franc, 7 fr. 3o c.
On appelle glande prostate \\n amas de follicules muqueux,
placé à l'orifice de la vessie, et creusé d'un canal renfermant la
portion correspondante de l'urèthre. On n'avait encore aperçu,
dans cette glande, que deux lobes latéraux séparés par une
échancrure médiane. M. Home y a découvert, le premier, un lobe
moyen ; et c'est aux conséquences pathologiques de cette décou-
verte , qu'est principalement consacré son ouvrage.
La division de la prostate en trois lobes, un moyen et deux la-
téraux, n'est pourtant pas une division constante. Souvent le
moyen lobe n'existe pas, ou du moins est imperceptible, et quel-
i4o LIVRRS FRANÇAIS.
qiicfols, an contraire, il y a de quatre à cinq lobes assczdistincts.
Os modiûcalions dans le groupement des parties constituantes
de la prostate varient surtout selon les 3ges et les espèces.
De la solidité romniuni(|Uc'e par la prostate à Porifice de la
vessie, et de la saillie qu'y fait le vcrum'mtanuin , resuite , en ce
point, un véritable bvatus entre les parois de Vurtlhre : liyatus
semblable à celui que produit la caroncule lacrymale dans Tangle
interne de l'œil , et qui y joue à peu près le même rôle. Cet
usa^e et cette situation de la glande prostate indi({uent déjà toug
les inconvc'niens de son engorgement, et ces incoTivcniens sont
e'videmment tous ceux de robstruclion île l'urithrc.
INI. Home a de'teruiiné, avec une précision rigoureuse, les cau-
ses, les suites , le traitement de cet engorgement et de toutes les
autres maladies de la prostate , de son inflammation , de son ul-
ce'ration, etc., etc. Son ouvr.ige nous paraît à la fois l'un des
plus utiles et l'un des plus remanjuablcs de l'époque. Kous re-
grettons de ne pouvoir oflrir ici les preuves de cette assertion que
le nom seul île M. Home justifie an reste d'avauce.
]\I. iVIarcbiiut à qui nous «levons l'ouvrage ds.-M.Home, est déjà
connu par la traduction de l'excellent ouvrage de M. lîrolie sur
les maladies des articulations. Le choix de ces deux ouwages , et
le soin avec lequel il les a traduits, témoignent assez de tout
le mérite de M. Marchant. Ce mérite paraît surtout dans une in-
troduction oiigiualc où l'on trouve tout :'i la fois de l'érudition
et des vues. Ilouiiexs , D.-!V1.
^o. — • Recherches sur le mécanisme de la respimtion et sur la
circulation du snng ; essais qui ont obtenu une nif ntion honora-
ble auconcoursde l'Académie des scicncesde l'inslitutde Francej
par IsiD. BounDON, interne des hôp. civils «le Paris, élève natura-
liste du gouvernement. Paris. iSiO. Bailiièje, libraire, rue de
l'Ecole-dc-Médccine , n" iG. '
En dt'pit de son titre , cet ouvrage n"a nullement pour objet le
mécanisme juopre de la respiration. Ce mécanisme y est à peine
indique. L'objet spécial de cet ouvrage est le mécanisme des
efTorts , et surtout des efforts auxquels concourt l'action simul-
tanée de la glotte et des muscles abdominaux.
Le mouvcmeiit total de la respiration si: compose de deux mou-
vcmcDS partiels, l'un d' iiupiration et l'autre d^rpiralion. La con-
LIVRES FRANÇAIS, 14 1
Iraction du diaphragme et des muscles inspirateurs, en dilatant
la poitrine , y opère un véritable vide , et l'air s'y introduit aus-
sitôt par la simple pression de l'atmosphère. L'agent principal
de l'inspiration est donc la contraction des muscles inspirateurs
et du diaphragme. Dès que cette contraction cesse, l'air est ex-
pulsé de la poitrine par le retour successif du pouTnon , des bron-
ches et de la trache'e à leur état primitif. L'agent principal
de Yexpiration est donc le ressort élastique des organes respira-
toires.
Les muscles abdominaux sont totalement étrangers au méca-
nisme ordinaire de la respiration. Ils ne participent à ce méca-
nisme que dans les expirations violentes et rapides , c'est-à-dire,
dans les efi'orts. La contraction des muscles abdominaux a pour
efl'et immédiat la diminution de la cavité abdominale, le refoule-
ment des viscères abdominaux et du diaphragme , et , par suite,
la compression des poumons. L'action de ces muscles est donc
nécessairement expiratrice.
ftlais l'expiration ne peut visiblement avoir lieu qu'autant que
la glotte est ouverte. Supposez la glotte fermée, et dès-lors l'ac-
tion des muscles abdominaux , réfléchie en entier sur les viscères
de l'abdomen, concourt à l'expulsion ou de ces viscères eux-
mêmes, et de là les hernies, ou des matières contenues dans ces
viscères , et de là l'émission des urines, des matières fécales, etc.
Le résultat de la contraction des muscles abdominaux est donc
subordonné à l'occlusion ou à l'ouverture de la glotte.
Contraction du diaphragme pour appeler l'air dans la poitrine;
compression des muscles abdominaux pour l'en chasser ; occlu-
sion de la glotte pour l'y retenir : voilà, selon M. Bourdon, le mé-
canisme de tout effort. Il y a conséquerament dans tout effort
tendance à expiration , ou plutôt , tout eflbrt expulsif n'est qu'ua
effort expirateur détourné sur les viscères abdominaux par l'oc-
clusion de la glotte. Tout effort, autre que l'effort expirateur,
suppose donc nécessairement l'occlusion de la glotte.
Le défaut de cette occlusion devrait donc rendre toute expul-
sion impossible. C'est pourtant là ce qui n'a point lieu. M. Bour-
don a donné de l'émétlque à un chien dont il avait préalablement
ouvert la trachée-artère ; et, malgré cette ouverture , ce chien a
vomi. L'occlusion de la glotte n'cit donc pas indispensable pour
i4a LlVKhS FKAÎVrAIS.
le vomissiiiiu'iit , et la ]>^<)(lo^itiun du M. liouixlon n'est pa.s
absolue.
Eu j^eneral , M. Roiiriloii |iartaj;c avec lu plui'aitde ceux qui
ont traitii lia mccanistue des eU'oi-ts, le tort de n'avoir ]>as a&»ex
distingue les ctlorls siiuiilcs dis or^tnes, de leurs etioils compli»
quès. L'estomac vomit seid, «ans le concours ni de l'occlusion de
la glotte , ni de la contraction des muscles ab<lominaui. Le pou-
mon, pour expirer ; la vessie, pour urinr-r, n'ont besoin que de
leurs propres forces. Ce n'est que dans les vomissemens brusques
et violcns , dans les expirations rapides , dans les contractions im-
puissantes d'une vessie atl'aiblic par l^ge, que devient inilispen-
sable le concours des muscles abdominaux et de lu i;lotle.
Mais, un mérite que nul ne partage avec .M. Bourdon, c'est
d'avoir montre la corrélation d'elicts qui lie le jeu de la glotte au
jeu des muscles abdominaux, et d'avoir ainsi démêle toutes les
conséquences de leur action , soit isolée , soit simultanée. Son ou-
vrage a déjà obtenu une mention bonorable au concours del'Aca-
dcmie des sciences. Ln pareil suHVage jusiitierait as>cz nos élo-
ges , s'il ne les rendait inutiles. l'LOUREKS, D.-iM.
"-i. (*) — Monographie historique et médicale de la fièvre jaune
des ylntdlcs ; et Kccherclies j)liysiologiques sur les lois du ilevc-
loppcment et de la propagation de cette maladie prslileulielle j
par Al. Moreau de Jonnès, chevalier de Saint-Louis et de la
Légion d'honneur, correspondant de l'Académie des Sciences ,
de l'Institut de France , etc., etc. Paris, 1830. 1 vol. in-8ode
334 pages, (^hcz Bécliet, libraire , place de l'Lcolc-de-IVlédecine,
et Crévot, libraire, n°* 11 à i3. Prix, 5 fr. 5o cent.
^2. (*) — /^ Guide du Pontonnier, mémoire sur les ))onts mili-
taires, contenant les passages de rivières les plus remarquables
exécutés jusqu'à nos jours, et les principes de l'art du jiontou»
nier^ avec les figures nécessaires à l'intelligence du ti xte, i-t une
carte topograpbique de 1 île de Lobau, représentant les ouvrages
de campagne construits dans cette tic en 1809; par A. F. i-)RiEL,
capitaine au corps royal d'artillerie, chevalier de la Légion d hon-
neur. — Paris, i8«o. Levrault, libraire, rue des Foské»-Mon-
sieur-le-i'rince , n" 35 j un vol. in-8°. Prix, 6 fr. , et 7 fr. franc
d« port.
LIVRES FRANÇAIS. 143
Il n a encore ete publié en France aucun ouvrage sur l'art de
traverser les fleuves qui s'opposent à la marche des arme'es. L'iui-
jiorlance de cette partie de l'art de la guerre est pourtant recon-
nue^ l'on sait combieu de victoires ou de désastres peuvent ré-
sulter de la manière dont un passage de rivière est exécuté. L'au-
teur du Guide du Pontonnier a t'ait précéder les principes relatifs
à la Construction des ponts, d'une notice historique qui retrace
les opérations les plus remarquables faites pour franchir les
fleuves les plus considérables. Son ouvrage sera donc utile non-
seulement aux officiers qui sont dans le cas d'avoir des* pas-
sages de rivières à diriger, mais encore aux personnes qui ne
veulent rester étrangères à aucune partie de l'art militaire : nous
en rendrons compte dans un de nos prochains cahiers.
y 3. — Mémoires sur la digue de Cherbourg, comparée au Breah-
■water, ou Jetée de Plynwulh ; par M. Cacuin , inspecteur général
des ponts-et-chaussées. Paris, 1820J unvol. in-4°, orné de cinq
grandes planches, dessinées et gravées avec beaucoup de soin.
Prix, i5 fr. , et 16 fr. par la poste, h . Didol et fils, libraires, rue
Jacob, n° 24.
L'auteur s'est proposé deux objets : faire connaître les travaux
exécutés pour la construction de la digue de Cherbourg, et com-
parer ces travaux à ceux du Breakwater de Plymoulh. Il annonce
un autre ouvrage , dans lequel il décrira les travaux du vaste port
creusé dans le granit à Cherbourg, et où les plus grands vais-
seaux peuvent être constaqament à flot. Il est superflu d'insister
sur l'utilité des publications de ce genre , surtout quand elles ont
pour objet des constructions aussi importantes et aussi difficiles
que celles-ci.
74- — Observations sur le cadastre, présentées au conseil gé-
néral du département du Uoubs , par M. Désiré Ordxuxire , etc.
Paris, 18205 brochure in-8°. Brunot-Labbe , libraire, quai des
Augustins , n" 33.
Cette brochure est l'ouvrage , non d'un partisan ou d'un détrac-
teur du cadastre, mais d'un observateur éclairé et impartial.
Dans la première partie, où l'auteur traite particulièrement de
l'imperfection des réglcmens du cadastre, après avoir indiqué
plusieurs articles comme très défectueux, il s'attache aux arti-
cles 5i5 et 5iG, concernant les déductions à faire au revenu brut.
^y^ LIVRES raAKÇALS.
dans les diffcTcntes classes de terre, pour en déduire le revenu nel
et imposable. Il montre qtie , pour conserver une matière impo-
sable dans les derniires classes de terre, c'csl-à-dire dans cell. s
où Ton ne tmiivirail point de produit net si Ton tenait compte
de Taugracntation de frais de culture qu'elles exigent, on diminue
l'évaluation de ces frais dans la même proportion selon laquelle
ils augmentent réellement ; puisque , d'après les articles pré-
cités, « si les frais de cultuie sont de ^o fr. par journal ( 35 ares
35 centiares) dans la première classe dont le revenu brut est de
100 fr. , ils seront réduits à lo fr. dans la cinquième classe, si le
revenu brut de celte classe n'est qui; de ao fr. »
L'auteur prouve que ce règlement est injuste, parce que les
frais de culture des mauvaises terres, loin dVtre inférieurs à ceux
des bonnes terres, leur sont au contraire supérieurs, et qu'il est
injuste de leur faire subir un retranchement dans leurs frais , qui
rend leur revenu net , et par consefjuent imposable, proj)or1ion-
nellemcnt beaucoup trop fort. De cette seule inconséquence, il
suit que le propriétaire des mauvaises terres paie beaucoup plus
d'impôts que celui des bonnes terres j et, comme il est des com-
munes, des cantons, des departemens,qui, par l'ingratitude de
leur culture, peuvent être compares aux propriétaires des der-
nières classes de culture, il s'ensuit ((ue ce sont précisément les
communes, les cantons, les dèpartemens les plus pauvres , qui
sont proportionnellement les p'us imposes. L'auteur s'attaciiant
principalement à ce point de vue , le suit dans tous ses détails , et
en fait ressortir jusqu'à la démonstration toutes les suites fatales.
Ce n'est que par l'ouvrage même , que l'on peut juger des déve-
loppcmens lumineux et toujours intèressans qu'il a donne's.
L'auteur traite, dans la seconde partie, des inconvèniens qui
accompagnent rexeciition du cadastre, et de ccu\ <|ui résulte-
raient de son application prcouturce pour une nouvelle réparti-
tion des impôts.
Ici, après avoir fait ressortir les principales irrégularités pro-
duites par le cadastre dans le département du Doubs , il pareoin t
celles ([ui résultent de son application sur tonte la surf;<ce delà
l''ranci-. F.nfin , il termine en indiquant qiiehjues-uns des moyens
cjui pourraient être cmplo^'és pour remédier à ses iiicft>vi'nii.ns cl
assurer ses avantages.
LIVRES FRANÇAIS. ,45
'7 5. C') — De la nc-cexsitc clejîxer et (Tatlopler un corps de doc-
trine pour la gfOi^raphie et lu atatistique , avec un Essai systéma-
tique sur cet objet, et des jMogrymnies pour des cours sur ces
deux sciences, dans leur application à l'art de la guerre j par le ba-
ron DE i'EBi'SSAC , chof de bataillon au corps royal d'état -major,
tt membre de ];lusieurs Sociétés savante^ Paris , 1819. In-S" de
40 pages. Arthus Bertrand , rue Hautefeuille , a° 23.
L'auteur envisage la ge'ographie dans l'ensemble de ses rapports
avec les ronnciissances dont elle dépend , ou avec lesquelles elle
est en contact, et il essaie de la limiter et d'en fixer les divisions
naturelles. Trois tableaux, suivis d'un Programme d'un Cours de
géographie et de statistique, servent à rendre plus sensible la
nieHiode imaginée par M. de Férussac pour l'ctude graduée de
l'une et l'autre science. Son traité , qui contient des aperçus en-
tièrement neufs, est digne de la méditation de toutes les personnes
vouées par état à l'enseignement de la jeunesse.
76. — Collection de machines , d''i/istrumens , ustensiles , cons-
tructions , appareils, etc., employés dans l^ économie rurale , do-
mestique et industrielle , diaprés les dessins faits dans diverses par-
ties de l'Europe; par le comte de liASTETHiE- vi' livraison de
10 planches avec un texte explicatif contenant :y^/A/-jcnfio/j tfu
vin, pi. 34; faulx et fourches , pi. 1,2, 3 j irrigations , pi. 4 > 5;
économie dont- stique , j)l. i. -2. 3. Paris, 1820. A l'établissement
lithographique (!u comtode Lasteyrie, rue du Bac, n" 58. (Vov.
touie V, pag. jfiG. )
Celte coUeclion ( dont le prix est de 3 fr. la livraison ) doit
avoir dix livraisons. Celles qui ont paru jusqu'à la sixième inclu-
sivement , présentent une grande variété d"in-;trumeiis on de ma-
chines applicables aux diverses branches de l'économie rurale et
domestique.
Chaque genre d^. travaux rn agriculture , comme dans tous les
aits, demandedes instromens etdes appareils appropriés aux dif-
férentes opéralionsqu'il s'agit d'exécuter. C'est faute de C(t'e res-
source (|U(j les arts , si imparfaits chez les nations peu civilisées ,
restent stationnains , et, ne parviei.nenf jamais au ilegréde per-
fection dont ils sont susceptib!t;s 11 manqu;; tncoïc à njtr.: agri-
culture , (jui a l'ait de si grautls progrès depuis 3o ans, des ins-
trumcus pour un grand uonibre d'opcralioas , ou de.5 ins^rumens
TOME vm. 10
¥
i46 LIVRES FRANÇAIS,
plus parfaits que ceux dont nous faisons usage. M. le comte de
Lasteyrie rencl donc un sei-vicc im|iortant a notre industrie agri-
cole , en publiuiit la cullcction des meilleurs instrumens qu'il ».
observés dans ses nombreux voyages.
Nous avons vu avec intérêt , dans la deuxième livraison , le
chaniot carthaginois que Vurron , duns la desciiption qu'il cd
donn»', dit avoir été emjiloye de son teras en Espagne, pour sé-
parer le j:;rain de la paille. IVI. de Lasteyrie a retrouve in Anda-
lousie ce même instrument, qui est encore aujourdMiui employ<J
au même usage par les Espagnols modernes. Cette découverte
lui a permis de rectifier le texte de Varron , corrompu, ou mal
interprété, par les commentateurs , qui ne pouvaient le com-
prendre , n^ayant aucune connaissance de ce genre d'instru-
ment.
^^. — Science du publiciste , ou Traité dei principes élémentaires
du droit considéré dans ses principales dwisions ; avec des notes et
des citations tirées des auteurs les plus célèbres j par M. j4lb.
Fritot, avocat. Paris , 1820. In-8°. a' volume de ^^9 pag. Cbex
Bossange.
Sur le sujet et le plan de cet ouvrage vraiment utile , qu'il nous
soit permis de renvoyer au tome IV «le notre Revue, pag. 60^. Le
volume que nous annonçons appartient encore à la première
partie de l'ouvrage; c'est-à-dire , aux principes élémentaires de
toute la législation.
il contient le livre deuxième de cette première partie, consacré
à ce que l'auteur appelle exclusivement le dioit politique; c'est-à-
dire , le droit des nations entre elles. On y trouve aussi le com-
mencement du troisième livre qui traite de ce (|ue l'auteur appelle
droit des gens , ou droit commun par excellence , et où il expose
les principes élémentaires du droit des étrangers dans chaque
État, du droit des ambassadeurs , et de celui de la guerre et de
la paix.
L'auteur est (idèle à suivre , dans les livres a et 3 , l'ordre singu-
lièrement symétrique observé dans le premier livre. C'est toujours
un chapitre /jrc«»;er qui pose une vérité base , et un chapitre ic-
cowf (jui «lonne litre premier ]cs principes fondés sur la base, et
tttrc ileu.ticme les conséquences de ces principes. Même méthode
pour le livre troisième. Tout cela pourra paraître un peu trop
LIVRES FRANÇAIS. 147
compassé; mais on contesterait difOcilement la vérité, la pureté
des doctrines , la richesse des développemens logiques et histori-
ques , ou le choix judicieux des autorités. Lanjdinais.
^8. — Code électoral^ comprenant la Charte, les lois sur les
élections , les ordonnances et les instructions ministérielles, avec
des notes servant de commentaires; par M. Isambeht, avocat aux
Conseils du Roi et à la Cour de Cassation. Paris, 1820. Id-8°.
Chez Décle, libraire, place du Palais de Justice, n* i.
L'auteur de ce recueil, déjà connu par sa collection savante et
critique des lois et des ordonnances, à compter du premier
avril 1814, présente ici, réunie dans un seul cadre, toute la législa-
tion et toute la doctrine réglementaire en vigueur sur le système
électoral. Il renferme plusieurs instructions ministérielles encore
inédites, et particulièrement celles que le ministre actuel de
l'intérieur vient de donner, à l'exemple de son prédécesseur,
M. Laine, en 1817. Elles contiennent la solution de 47 questions.
L'auteur combat , en habile jurisconsulte, quelques-unes des
solutions. Ses notes sur les lois électorales du 5 février et du
29 juin sont très étendues, et seront consultées avec fruit. Dans
une préface de 4 pages , il signale les imperfections de cette lé-
gislation, surtout relativement à la compétence du Conscil-d'Etat.
En regard de la page première, est une note importante sur la
promulgation de la Charte ; enfin, la table est très commode
parce qu'elle est bien rédigée.
L'auteur annonce que ce livre n'est qu'un fragment de son Re-
cueil classique et complet de la législation française , qu'il conti-
nue de publier avec succès. Lanjuinais.
^9. (*) — Histoire de la résolution qui renfersa la république
romaine , et qui amena l'établissement de Pempire ; par M. Nou-
GARÉDE , baron de t'ayet. Paris, 1820. 3 vol. in-8° d'environ 1000
pages. Firmin Didot.
Les faits importans et curieux développés dans cet ouvrage
n'avaient, jusqu'ici, paru qu'esquissés à grands traits , ou disper-
sés, ou rédigés obscurément par les historiens anciens et moder-
nes. M. le B. de Nougaréde , dont le nom est connu par d'autres
productions estimables, aie mérite de les avoir tous recueillis et
présentés dans ses deux volumes, en un français correct, élégant,
«t dans un bel ensemble ; de les avoir aussi quelquefois expliqués
ijS LlVl'.KS IK.\;\(;A1.S.
il"unt' maultic lu-uve, cl iipprcciciiavL'r jiibtosscelsagucile. Quant
ù la chronologie, elle nous paraît ici lef^èrcmeut tracée. Lllc ne
.«emble p;is aussi commode et aussi exacte qu'on pourrait le dé-
sirer. 11 V aura des lecteurs f|iii regretleiont qno fauteur n'ait
pas coni|iiis dans son plan lliistoire des Gracques et celles d«
Marius et ilebylla, et uii}me de Catilina et de Clodios. S'il en
est paf le , c'est, peut-être, un peu surcinctemeni , puisque,
dès les premières pages, on trouve la mort <le César. Au surplus,
cet ouvrage sur une des plus remarquables époques de l'histoire
des hommes , se fait lire avec un vif iiilèrêl, et prend dans notre
littéralnic un rang honorable.
Le tableau circonstancié du renversement «le la rèpublicjue ro-
maine intéressera il'autant plus les hommes tl'Etat , les littéra-
teurs , les gens <lu monde, que c'est précisément un cours expé-
limcntal d'histoire et de politique , démontrant les efléis subver-
s'xis des anti-lois, que uousappelons enFrance, avec politesse, des
lois d'exception. A Rome , ces lois, s'il faut les appeler ainsi, ont
blessé d'abord l'ordre et la justice^ elles ont jiroduit la petite
puis la grande terreur, les conspirations, Us séditions, les julla-
ges, les massacres, les guerres civiles; bientôt, de tond en comble,
elles ont ruiné l'Etat, elles ont renversé pour jamais la constitu-
tion et les libertés nationales. Telles sont, par nature, leurs fu-
nestes suites. C'est là une grande leçon, qui sort de toutes parts
du livre de M. de ÎN. , mais qu'il a soin de laisser déduire à son
lecteur.
L'ne autre conséquence de ce bel ouvrage, est (|ue la liberté la
mieux établie n'est point durable, si la constitution n est pas
écrite, ni garantie par des formes particulières de révision; c'est
ainsi, et seulement ainsi , qu'elle devient pour les chefs et pour
\ei sujets une règle uioilèle toujours pi-i-sente. c t à laquelle ou
peut les i.ij>peler sans ct;sse, l(iri><|u'ds »<■ permettent de IVufrein-
die par omission ou par action, l.e grand vice des Etats libn-l
dans Tantiqnité, chez les Uomaiu<i de même que chez les Grecs,
fut d'avoir une constitution non écrite, par là même incertaine,
et qu'il était toujours permis d'altérer ouvertement ou fraudu-
leusement, sans employer ci'S formes spéciales, lentes et difli-
t.Wei , prescrites aujouriThui par l.i jtlupait des constitutions nio -
<laru< :. ou Europe et en .\iuciiquu Loisquc la •ou^lilutiou e)>t
LIVRES FRAINÇAIS. 149
le secret da gouvernement, elle n'est qu'i» problème irrésolu ; et
quanti elle est écrite, si les formes de la revision ne sont pas
de'terminees, c'est une lacune dangereuse j il faut qu'elle soit
remplie promptement par une loi supplémentaire, et que cette
'loi supplémentaire soit déclarée partie intégrante de la cons-
titution.
Mais, ce qui nous a le plus frappé en lisant l'ouvrage de M. le
B. de N. , et ce que devraient méditer les conspirateurs assassins
les plus intrépides, ce sont les résultats du meurtre de César j
c'est le sort aflVeux de Brutus , de Caton , et des autres conjurés;
c'est l'esclavage public de la nation , après vingt années
des plus épouvantables calamités. Quand on méprise sa pro-
pre vie, il n'est pas impossible de tuer le tyran , ou celui qu'on
appelle de ce nom. Mais qui mettra fin à la tyrannie, si elle
existe? Ce rare bonheur u'est pas réservé aux hommes violens et
sanguinaires ; il ne pourra provenir que d'un excellent esprit pu-
blic, des bonnes mœurs et des lois conformes à la constitution,
'des démarches légales et pacifiques, des lumières etdestalens,
de la patience, de la persévérance , de la prudence et du courage
civil , enfin de toutes les vertus. Lanjdinais.
80. — (*) L'Europe au moyen dsfe , traduit de l'anglais de
M. Henry Hallam, par M. M. P. Dudodit, avocat à la Cour
royale de Paris, et A. R. Borghers. Tome r*', contenant:
1" rhistoire de France, depuis Clovis jusqu'à l'invasion de Wa-
ples par Charles viii; 2° l'exposition du système féodal 5 3" l'his-
toire d'Espagne jusqu'à la concjuête de Grenade. Paris, 1820.
I vol. in-8° de 488 pages. Delestre-Boulage , libraire de l'École
de droit, l'ue des Mathurins St. -Jacques , n** i. Prix, 7 fr. et
8 fr. 5o c. par la poste.
81. — (*) Des mystères cCIsis-^ par T. P. Roulage, avocat à la
tour royale, professeur à la faculté de Droit de Paris, auteur
de la Conclusion sur la loi des xii tables , et des Principes de ju-
risprudence J'rancaise . Ouvrage posthume. Paris, 1820. i volume
in-8" da i55 pag. Delestre-Boulage, libraire de l'Ecole de droit
rue des Mathurins St.-Jacques, b° i. Prix, 2 fr. 5o c, et 3 fr.
franc de port.
82. — Nouvelles recherches sur réfforfue de lu mort d'Alexan-
dre, et sur la chronologie des Plolénices , ou Examen critique de
uvrage de M. Cbampollion-l'igcac, intitulé: Annales des La-
i5o UVRES FRANÇAIS.
gitles ; par M. J. SAirr-MARTiît. Paris, i8ao. De l'imprimene
royale. In-8° de i25 pages.
83. — AnnaUi des Lagides , etc. , par M. Champollioh-Ficeac
Supplément, contenant la défense de lajchronoloj^ic de cet ou-
vrage. Paris, 1830; in-8" de Go pages, lantin , Cliarpenat et
Goujon j
84. — Observations sur un opuscule de M. Champollion-t'igeac ^
intitule : Annales des Lagides; S upplcnient , contenant la dé-
fense, etc.; par M. J. Satst -Mautipi. Paris, 1820; in-8'' de
.fO pages , chez Doublet.
Ces trois ouvrages sont relatifs à une controverse de chrono-
logie, q«ii s^est élevée entre M. ChampoUion-Figeac et M. Saint-
Martin.
Le premier a soutenu , dans ses ytnnales des Lagides , ouvrage
couronné par rAcadéraic des belles-lettres, et publié à Paris, en
1819, in-8°, a vol., qu'Alexandre mourut le 3o mai 3a3 avant
J.-C Or, selon !M. Saint-Martin (i) , ce fut le 11 juin 3«4 ; cVst
ce qu'il a établi dans ses Nouvelles recherches. IM. Ch. F. a com-
mencé à lui répondre dans ses Supplémens ou défense de la chro-
nologie des Lagides, brochure qui promet une suite de plusieurs
chapitres. Aussitôt , M. Saint-Martin a répliqué par ses Obserxa-
tions. Tous ces ouvrages sont, pour les savans, d'un grand intérêt.
11 ne nous conviendrait pas de préfendre juger entre les detix
combattans , et ce recueil n'est point de nature à contenir les dé-
tails nécessaires pour apprécier les deux systèmes.
Nos lecteurs aimeront à savoir que le livre des JVout^ellcs
recherclies ou Examen critique n'est que le précurseur d'un
ouvrage bien plus considérable, dans lequel on trouvera les
preuves et les dévcloppemens de ce qui n'est qn'indiffué ici par
M. Saint-Martin. Cet important ouvr.igeest intitulé Chronologie
de Chiiloire ancienne, et le premier volume sera, dès cette
année, en état d'être imprimé. « Toutes les questions relatives à
la chronologie ancienne y seront traitées , et la science y sera par-
venue à un degré de précision qu'elle n'a jamais eu. Dans le pre-
mier volume sera compris tout ce qui regarde l'histoire grecque,
à remonter jusqu'au i5 aortt 21 3o ans avant J-.C. Des tables com-
parées donneront la chronologie des Sycîonirns, des Argiens, des
(0 Voy. Tome V de cette Revue, pag. 610.
LIVRES FRANÇAIS. i5i
Athéniens, des Delphiens, des Lacédemoniens, des Aehëens, des
Etoliens , ainsi que les diverses olympiades, les pithyades, les
isthmiades et les ne'rae'ades. L'auteur admet tels qu'ils sont tous
les témoignages anciens, quelque contradictoires que soient en
apparence nombre d'entre eux. Aucun n'est resté sans explica-
tion satisfaisante ; et il en résulte que la détermination de beau-
coup de points chronologiques très importans , fort débattus et
depuis long-teras réputés problèmes insolubles, pourront être
désormais regardés comme démontrés mathématiquement. »
Enûn, nous ajouterons que M. Saint-Martin a composé une
Histoire de Palmyre , qui s'imprime en ce moment à l'imprimerie
royale. Lahjuinais.
85. — IVoui'eUes recherches sur la ville gauloise cVUxellodu-
num, assiégée et prise par César; rédigées d'après l'examen des
lieux, accompagnées de plans topographiques et de planches d'an-
tiquités; par M. CiiAMPOLLioN Figeac. Paris, 1820. ln-4° de
1 14 pages. Imprimerie royale. Se trouve chez Goujon et Treultel
et Wiirtz.
Ces recherches doivent irrévocablement terminer les discordes
anciennes de nos antiquaires sur l'emplacement de cette CJxello-
dunum-j car il y avait plusieurs villes de ce nom dans les Gaules.
On reconnaissait que l'Uxellodunum, assiégée et prise par César,
était une ville du Querci , une ville des Cadurci. Mais on a dis-
puté vivement pour savoir si c'était ce qu'on appelle aujourd'hui
Capdenac ou bien Cahors , ou Luzech, ou le terrain appelé
Puy d'Issolu. M. Champollion Figeac apprécie avec beaucoup
de soin, d'intelligence, de talent et d'érudition, ce qu'on a dit et
pu dire en faveur de chacun de ces quatre territoires, d'après
leur état, d'après les désignations tirées du huitième livre des
commentaires de César , toutes comparées avec les quatre lieux
rivaux. 11 démontre (on croit pouvoir le dire) que VUxellodu-
«um prise par César, était précisément la ville appelée aujour-
d'hui Capdenac. 11 n'explique pas assez, peut-être , comment
Capdenac est une synonymie du mot Uxellodunum , qui se tra-
duit par /jam^c ^rteresse. On regrette qu'il n'ait pas approfondi
ce que l'on peut savoir ou conjecturer sur la signification, sur
l'antiquité du nom de Capdenac, et sur les plus anciens monumens
où ce nom est employé. Mais cette réflexion ne diminue en rien
i53 LIVRES FRATVrAIS.
la force Jes r«isonn(*mcns et dps faits indiqués par l'antcnr , rt
qui |>;ir;4iss'-nt coiiviiiiiraiis. Lanjvo aïs.
86. (*■) — Collection des /l/cmoires nl/itiji à lu rct^fution fran-
çaise, fifec ilfs nr'iices sur leurs auteurs et des érUtircissemens
historiques-^ ji;ir MM. Rtryille et Baiiiiière. i" liviaisoDj a fort»
vol. in-S". Prix, ii fr. pour les souscrij>t»*ors. Pans. 1X20. Bau-
douin fri^res, rue de \ augirar<|, n° 36. ( f'^OY T. VI , pap. 6^1 . )
Les deux, prt-miprs volumes de relie iui])orlanlc colkclioa
viennent d être publie'sj ils comprennent les Mémoirts de Ma-
dame Roland , précèdes d'un y/»'ert/iieme;it des rdilcurs et d'une
JVotice sur la vie de Aladaire HoL^nd, ;ivec le ^c i/mj/e d'une
lettre écrite par celte femme célèbre, pendant sa delenlion. La
publication de ces deUT premiers volume^ jusliOe pleinement
l'attente des sousrrijdenrs, et leur fait bien augurer de la suilede
ces ^lf'moi^es, dont nous aurons occasion de rendre conij)le, puis-
qu'ils feront ."-ucccssivement passer en revue les grands événc-
inens et les principaux personnages de noire révolution.
87. — ilislotiedcs ontiquittij Uioqcs, dialectes des Hautes-yllpes,
préctdée ("un fessai sur Li topni^rophic de ce dcjwi Iciiient , etc. j
par un ancien préfet, membre de la hociété ro^ale des antiquaires
de France. Paris, i8jo. 1 vol. iii-S". Fanlin, libraire, rue de
Seine, n" 12.
Ce volume est un recueil intéressant de matériaux, pour servir
à la descrij>lion d'un département de la France peu connu et peu
fréquenté par les voyageurs. I.'auteur, qui a exercé avec dis-
tinction les fonctions de préfet dans ce département, et qui, par
conséquent , est mieux à même que personne d'eu connaître
les particulaiités et les ressources, le décrit sous le triple rap-
port de riii.stoire naturelle, des antiquités et des mœurs, usages
et patois.
Dans la première ))artie, on trouve l'énumération des nom-
Iireuses vallées qui abnutissi-nt aux bassins formés parles rivières
de ce l'ays montagneux. Comme ces vallées forment à j>eu
près tout le déjiarlement , il en résulte qu'après les avoir
successivement ])arcourues avec l'auteur, on connaît presque
toute riiisfoire n;ilurelle, et , poiu- ainsi dire, la physionomie du
sol d< s bas>ins de la Durance , <lu fiiiil, du Buccb, du Drac, etc.
Les sites pittoresques abondent dans un jWTt aussi VHiié , et les
LIVRES FRANÇAIS. i53
richesses végétales et minérales y doivent intéresser vivement le
naturaliste; mais l'auteur s'est attacbé particulii'-reinent.à faire
connaître la surface du département.
Dans la seconde partie , il a recueilli avec soin tous les restes
d'antiquités qu'ont laissés dans ces montagnes les divers peuples
qui les ont traversées en conquérans, ou qui y ont formé des éta-
hlissemens. L'auteur a fait une assez ample provision d'inscrip-
tions romaines ; il croit y reconnaître aussi des traces de peuples
grecs , du moins'à en juger par les noms des localités ; mais, à cet
égard, il est plus prudent de douter, ou du moins de ne rien dé-
cider. Au reste, les Hautes-Alpes renferment une antiquité re-
marquable : le mont Seleurus, que l'auteur a contribué le plus
à faire connaître il y a plusieurs années, puisque c'est lui qui »
fait entreprendre les fouilles de cette ville antique dont l'empla-
cement s'appelle aujourd'hui la Bâtie Mont-Saléon. Le passage
souterrain du mont Viso est aussi une antiquité' remarquable de ce
pays j mais il paraît qu'elle ne remonte pas au-delà du moyen Age;
du moins a-t-elie été réparée à cette époque. Si ce passage a été
j)crc(; dans des tcms plus reculés, on peut, si l'on veut, en faire
honneur aux Sarrasins, aux Romains, ou même à y\nnibal qui,
selon l'opinion d'un grand nombre de savans , a passé par le mont
Viso pour se rendre en Italie, tandis qu'un grand nombre d'autres
savans font prendre une autre route au général carthaginois.
La troisième partie de l'ouvrage de l'ancien préfet des Hautes-
Alpes ofi're des détads iutéressans sur les mœurs et les coutumes
assez singulières des montagnards; sur l'état peu avancé des lu-
mières dans ce pays isolé, sur les émigrations périodiques des
habitans, sur leurs diverlissemens, et enfin sur les patois u.sités
dans les divers arrondissemens. L'auteur a ajouté une notice bio-
graphique sur le docteur Villars, savant botaniste , originaire des
Hautes-Alpes. Plusieurs gravures représentant les plans des an-
tiquités , etc. , ornent cet ouvrag;,' écrit d'un style facile et natu-
rel, et bien propre à captiver l'attention du lecteur, qui ne re-
grettera peut-être que la trop grande concision de l'auteur. Mais,
dans ce siècle, les gros ouvrages font peur, et l'auteur a probable-
ment agi sagement en rétrécissant le cadre de son travail. D.
88. (*) — Renmn/ues critiques sur l'oiiuragc de AJ. le lieutenant
gJiiérnl ^OGV\kT , intitulé : Considéiations sur l'art de la guerre;
«54 UVRES FKAlNÇAlî».
parle colonel Maiibot (IMarrelin ). Paris, i8ao. i ▼cl. in-8'<3«
6J8 pages. Prix , 7 fr. pour Paris, et 9 fr. a5 cent, franc de port
Ancelin et Pochard, successeurs de Magimel , libraires pour
lart militaire , rue Daupbine , no 9.
89. — (*) A/usce lies protestons célèbres qui ont paru depuis Ut
naissance de la n formation jusqu à nos jours. Varis , iS^o. Pre-
mier cahier in-S^dc 104 pag. F. Scherfl', place du LouTrc , n" 12.
( f^ojr. ci-dessus Fannonce de cet ouvraf^e , tome f^I , pag. 43f). )
Ce premier cahier se compose de quatre notices, accompagnée;^
chacune d'un portrait. Elles sont précédées dHme Introduction,
ou tableau rapide des causes qui amenèrent la réformation, de
son esprit et de ses résultats. La première notice concerne Mar-
tin Luther, qui devait paraître en première ligne dans uu ouvra -
gedece genre; la seconde, Jeanlluss , la troisième, Henri /^I II;
et la dernière , yénrw de Boulcn , ou plutôt u4nne de Jioleyn.
90. — Alanuel du libraire et de l'amateur de livres, contenant :
I®. Un nouveau dictionnaire bibliographique, dans lequel sont
indiqués les livres les plus précieux et les ouvrages les plus utiles,
tant anciens que modernes, avec des notes sur les diflérrntes édi-
tions qui en ont été faites, et des reuseigncmens nécessaires pour
reconnaître les contrefaçons, et collalionner les livres anrirns et
les principaux ouvrages à estampes; on y a joint la concordance
des prix auxquels les éditions les plus rares ont été portées dans
les ventes publiques faites depuis cinquante ans, et Tévaluation
approximative des livres anciens qui se rencontrent fréquemment
dans le commerce de la librairie;
1° . L'ne tal)le , en forme de catalogue raisonné, où sont classés
méthodiquement tous les ouvrages indiques dans le dictionnaire,
et un grand nom bre d'autres ouvrages utiles , mais d'un prix or-
dinaire, qui n'ont pas dft ôlre placés au rang des livres précieux:
par Jacques-Charles Brunet. Troisième édition, augmentée de
plus de deux mille articles et d'un grand nombre de notes. Paris,
1820. Chez, l'auteur, rue Gît-le-Cœur, 11° 10. \ vol. in-8». Prix,
jo fr., papier ordinaire, et 5o fr., papier (in.
Un titre aussi détaillé fait suflisamment connaître l'ouvrage de
M. Brunet ; son utilité est prouvée par le succès des deux pre-
mières éditions. Les améliorations de tout genre faites à la troi-
.sièmc assignent à ce manuel une place dans le cabinet des ama-
LIVRES FRANÇAIS. i55
-teurs de tous les pays; car il fait connaître les ouvrages les plus
rares et les plus utiles, e'crits dans les principales langues an-
ciennes et modernes.
M. Brunet a vu la plupart des ouvrages précieux dont il donne
la description; ceux qu'il lui a été impossible de trouver, soit
dans le commerce , soit dans nos grandes bibliothèques , il les
cite d'après les bibliographes les plus dignes de foi. En consul-
tant les trois premiers volumes de son ouvrage, on acquiert,
suivant Tordre alphabétique des auteurs, les renseignemens les
plus satisfaisans sur les premières et sur les meilleures éditions
des écrivains les plus renommés ; en lisant le quatrième , on voit,
dans un ordre systématique, les titres des ouvrages les plus im-
portans à étudier sur toutes sortes de matières. Ce volume forme
un vaste tableau des connaissances humaines, tracé, non d'après
l'imagination, comme l'arbre encyclopédique de Bacon, mais d'a-
près les faits , puisque ce sont des ouvrages rendus publics par la
voie de l'impression , qui ont donné lieu aux divisions et subdi-
visions. L'ordre de ces divisions , placé isolément en tête du vo-
lume , est plus approprié au progrès des sciences , au perfection-
nement de la civilisation, aux découvertes des voyageurs , que
dans la précédente édition. 11 mérite de fixer l'attention des lec-
teurs de la Reuue encyclopédique , par les différens rapports qu'il
peut avoir avec le plan de ce recueil.
On trouve, à la fin du même volume, une notice très étendue
des auteurs lutins , français et italiens , imprimés par les Elzevirs,
sous leur nom , oJi sous des noms empruntés. On n'avait pas en-
core de détails aussiétendus et aussi exacts sur ces élégantes édi-
tions. L'ouvrage entier, sous le rapport de l'exécution typogra-
phique et de la correction, ne laisse rien à désirer.
Le dix-huitième siècle avait produit en France la Bibliographie
de M. Debure le jeune, qui a mérité et obtenu un grand succès.
On devra au dix-neuvième siècle un ouvrage non moins utile ,
plus complet et plus exact dans le même genre: les noms de De-
bure et de Brunet seront également chers aux amateurs de livres.
Barbier.
91 . — Poésies inédites de f^oltaire , imprimées d'après les ma-
nuscrits originaux , pour faire suite aux différentes éditions pu-
làfi LIVRES FRANÇAIS.
blircs jusqu'à ce jour. Paris, i8an. Di.lot atnef. i ▼ol. in-8"* de
404 pag. Prix , (> iV.
S'il esf un nom auquel se rattachent les souvenir": tes plus ira-
posan» de la |iliilosn|iliie et des lettres, s'il cl un homme qui,
en France, et djns ce genre, ait brillé de toutes les gloires , cet
lion)mc est sans contredit Voltaire. Ses ouvrages sont dans fou-
les les mains , comme ses plus belles actions sont gravées dans
tous les cœurs.
On conçoit qu'une telle renommée rend précieux tout ce qui
sortit de la plume d'im eciivain aussi fe'con:! elanssi varié. Atten-
tif, en eflet, au moindre écrit iiiédit qu'on lui attribue, le public
bride de le posséder.
L'ouvraf^cque nous annonçons est un volume in-8°, rempli des
poésies inédites de Celui qui fut à la fois le Sophocle et le \ ir
gile fiançais, et dont le talent universel n'honora pas moins son
siècle que son pays.
M. Jacobsen, éditeur de ce volume, en possédait les matériaux
depuis lonp-lems, et vient cufin de les livrer au public. C'est un
rielange de vers et de prose, de lettres et de fiagmens de poèmes
divers de la jeunesse de l'auteur, de son lige mùr et de sa vieil-
lesse. De même que, dans une galerie de tableaux , contenant
toîîs ceux d'un peintre célèbre, on peut suivre ses éludes nais-
santes, l'acroissement de son talent, son midi et son déclin j de
même, dans cette galerie de poésies, on trouve, pour ainsi dire,
l'histoire du génie de Voltaire.
Dans le nombre de ces pièces qui se font le plus remarquer, on
lira surtout la dédicace du poëmc de la Henriade, que lit l'auteur
a Louis XV .'1 [H'ine ;1gé de onze ans; pièce doublement intéres-
sante, et parr^ que l'auteur , justement indigné que des intrigues
de cour l'empêchassent do faire imprimer son poème en France,
crut devoir supprimer cette dédicace pour la remplacer par une
autre qui fut adressée à la reine d Angleterre , et parce que, re-
gardée depuis long-tems comme perdue, elle était vivement 1 e-
grettée i)ar les ami*; des Icttn's , qui connaissaient les causes tir
cette suppression.
Des fragmens d ime tragédie d'Amulius et ^utnitor . « ompo<ir»
h IMge de douze ans par Voltaire 5 l'KpîIre ou plutôt la satyre
qu'il fit contre un loi fjui, d'abord sou ^mi , devint 'on tyran ; en-
LIVRES FRANÇAIS. 157
lin, nn écrit en prose, que Tauteur de Zyïre ft (1<; Al.iliouiet fit eu
réponse à ses efernels détracteurs, sont les morceaux les plus pi-
quans de ce recueil. Le dernier siu'tout est remaïquable, en ce
qu'il signale l'existence d'une espèce de comité de censure formé
contre ses propres e'crits par Voltaire lui-raènie, et auquel il
avait donne le nom de triumvirat, compose' par trois ^]l•. ses plus
fidèles amis, Tiriot, Pont-de-Ve^'le, etl un des IVères.d'Argental.
Ainsi, cet homme jugésivain , si orgueilleux j)ar ses adversaires,
ce grand homme, si se'vèrement jugé et troj) peu connu, se créa
lui-même dts censeurs sévères qui, examinant tous ses ouvrages,
et les critiquant a chaque page, à chaque ligne, ne les laissaient
sortii' du creuset de la censure, que dégage's de toutes les taches
qui avaient pu lui échapper. La nature de cette production la
rend indispensable à tous ceux qui ont déjà une édition des Uiùi-
vres de Voltaire, atin qu'ils puissent la compléter.
92. — PoL-sies Je madame DesborJes-f^almore. Paris, 1S20
! vol. in-8° avec e5tam])es. François Louis, libraire, rue Haute-
feuiile, n** 10. Prix, 4 fr- 5o c. , et 5 fr. par la poste.
Dans un moment oii les grands intérêts de la patrie; et les petil>
intérêts personnels semblent occuper tous les esprits, on ne peut
guère se flatter de les distraire par la lecture d'une idylle gra-
cieuse, ou d'une élégie touchante. Cependant, s'il se trouvait en-
core parmi les vieux habitués de notre littérature française,
quelques amateurs de ces poésies pastorales dont la grâce en-
chanteresse faisait les délices de nos pères, nous leur recomman-
dons les élégies de madame Desbordes-Valmore comme des mo-
dèles en ce genre.
De tous teras l'Amour a été TApollon des fi-mmes, et, depui.s
Sapho jusqu'à madame Dufresnoy, toutes ont dû leurs succès aux
chants plaintifs de leur muse amoureuse. Ln grand poète l'a dit :
a Pour bien peindre , il faut avoir aimé.... » Aussi le talent de ma-
dame Valmorc cst-il tout entier dans son cœur ; c'est lui qui
se plaint, c'est lui qui raconte , c'est lui qui nous attache , et
nous fait oublier en l'écoutant jusqu'à l'esprit ijui lui sert d'in-
terprète j mais, pour donner une idée du style élégant de ces
plaintives élégies , j'en vais citer le début :
La tristesse est rêveuse.... et je rêve souvent!
La nature m'y porte , on la trompe avec peine ;
»58 LIVRES FRANÇAIS.
Je rCrc au bruit de lean qui se promcDe,
Au murmure du .saule agite par le veot.
J^eroute!... Un souvenir repoud à ma triiitessc!..
Un autre souvenir s'éveille dans mon cœur :
Chaque oiijet me pénètre, etTcpand sa couleur
Sur le sentiment qui m'oppresse.
Ainsi le nuage s'enfuit
Pressé par un autre nuage :
Ainsi le Ilot fuit le rivage,
Cédant au flot qui le poursuit.
Peut-on mieun peindre le charme de cette mélancolie que M. de
Ségur appelait volupté du malheur, et ce besoin de r»?ver qui mèno
si souvent au besoin d'écrire? Comme tous les auteurs d'éir'gie.s ,
madame Valmore soiipire pour un volage; mais paifois échap-
pant à la monotonie du genre, elle sait m61er h ses regrets dou-
loureux une aimable philosophie, et déplorer aussi bien les pré-
jugés du monde , que les perfidies de l'amour. En lisant ses vers
sur le malheur de jouer la comédie , commi nt ne serait-on pas
i;mu du sentiment que lui inspire le préjugé barbare qui condamne
au plus injuste mépris l'objet d'une admiration générale? Quand
donc ce siècle , si fier de ses lumières et du bonheur d'avoir vaincu
tant de préjugés absurdes, triomphera-t-iidu plus cruel de tous?
Quoi , le même philosophe qui rit d'un vain titre lor.sque la yertu
ne le fait pas respecter, pourrait-il dédaigner une profession que
le talent honore î Non , dans un lems où le mérite seul obtient
IVslime, Tinconduite seuledoit subir le mépris. Et, malgré tout le
plaisir que nous avons à citer les vers suivans, nous espérons que
le siècle futur n'en pourra plus inspirer de semblables :
Le monde où vous régnez me repoussa toujours;
Il méconnut mon dme à la fois douce ef fière ;
Et d'un froid préjugé l'invincible barrière
Au froid isolement condamna mes beaux jours.
L'infortune m'ouvrit le temple de Thalie ;
L'espoir m'y prodigua ses riantes erreurs ;
Mais je sentis parfois couler mes pleurs
Sous le bandeau de la folie.
LIVRES FRANÇAIS. ' iSg
Dans ces jeux où Tesprit nous apprend à charmer,
Le cœur doit apprendre à se taire ;
Et, lorsque tout nous ordonne de plaire,
Tout nous de'fend d'aimer.
O des erreurs du monde inexplicable exemple !
Charmante Muse! objet de mépris et d'amour.
Le soir on vous honore au temple,
Et Ton vous dédaigne au grand jour.
A force de nous intéressera ses peines , madame Valmore nous
ferait presque regretter le bonheur qui suspend les accords de sa
lyre, si nous n'avions l'assurance qu'un talent tel que le sien peut
s'adapter à plusieurs genres j le conte d'enfant qui termine cet
intéressant recueil , est une preuve de la facilité de l'auteur à
prendre le ton naïf de notre bon La Fontaine.
Quelle que soit la carrière poétique que madame Valmore
veuille parcourir, elle peut se promettre d'arriver à ce temple où
Voltaire l'eût placée à côté de madame Deshoulières.
S. G.
93. — Lstd Rulhwen, ou les Vampires , roman de C. B. , pu-
blié par l'auteur de Jean Sbogar et de Thérèse Aubert. Deuxième
édition, augmentée de notes sur le vampirisme. Paris, i8ao.
3 vol. in-i2. Ladvocat , libraire, Palais-Royal, galerie de bois ,
nos ,g^ — ig8. Prix , 5 fr. , et 6 fr. par la poste.
Nous traçons à regret une rapide analyse de cette composition,
qui nous a paru à la fois immorale et monstrueuse. Un jeune gon-
dolier de Venise , séparé depuis long-tems d'une jeune fille qu'il
aime, la retrouve, à son retour dans sa patrie, au milieu d'une
fête dont l'harmonie est troublée par un sombre et mystérieux
étranger. Une Tyrolienne, habUe à pénétrer dans les secrets de
l'avenir, prédit à la jeune Vénitienne un horrible destin : elle la
menace de devenir la proie d'un vampire j mais à peine a-t-elle
prononcé ce nom , que le mystérieux étranger , lord Kuthwen ,
qui n'est autre que le vampire lui-même, lui impose silence. La
jeune fille est ramenée chez son père, où son amant et Ruthwen
l'accompagnent. Ce dernier , à l'aide d'un stratagème assez mal
conçu, parvient à les séparer de nouveau , s'empare de la jeune
fdle, et disparaît après s'être abreuvé de son sang. Enflammé du
^6o LIVRES FRAISCAIS.
ile>ir lie vfnpcr son amanfc , Li-onti (ainsi se nommf le pon«Jo-
licr ) se met h la j)Oiirsiiite du vamnire , et rencontre bientôt un
compagnon d infortune: c'est Anbrv, dont le monstre a au<;si dé-
vore la smnr. l'nissant leur courroux et leur chaiirin , ils jurent
de découvrir le traître et de lui faire exjiier ses crimes jiar la
mort. Lu jeune Arabe, qu''ils rencontrent dans leurs voyages, se
joint à eux. Chacun raconte tour à tour une se'rie d'aventurer
dont les ))rinrij>aux acteurs sont toujours des vampires, ou des
victimes de ces spectres devorans. Le récit des amours couj).ihles
d"im frère et d'une sœur, ne fait qu'ajouter au di'£;oiM n.iture!lt>-
nient inspire par ces liideiix fablejuxFnfin .irrivc la terrible ca-
tastrophe : Bettina , amante du goi:«laJier , lui aj^paraît plusieurs
fois, et lui déclare que le vampire, c^use «le sa mort , usurpe à
la cour du duc de Modt^ne un rang distingue, qu"il occupe soirs le
nom de lord Seymour. Abusant de la confiance du prince, il 'H
obtient la main de sa tille : mais, au moment de conclure cette
union, des avis secrets préviennent la pf^n<-esse du danger qu'elle
va courir. L'ne scène concertée entre Bettina et les trois amis, pour
dëma'squer le vampire, n'ouvre pas les yeux au duc. Il les fait
arrêter tous quatre. La princesse consent à épouser lord Sey-
mour, pour sauver la vie à son amant Albin! , condamne' à moi f
en expiation de la dc'claration qu'il lui a faite de son amour; elle
expire victime de son dévouement , le lendemain de ses noces.
Rettina meurt pour la seconde fois. Leouti plonge son poignard
dans le coeur du vampire. Après cette scène de camngc , on as-
siste à de dégoûtantes funérailles , qui terminent cnGn I^ second
volume.
Malgré les biza;^cries du fiiiet et les horrililes détails <[u"il e ■-
traîne , on aurait jui . ce me semble, en tirer un nieilletii- parti que
ne l'a fait l'auteur des Vampires. Ln contraste habile et bien
nuancé dans le caractère de lord Ruthwen edt adouci ce qn'il a
de monstrueux, et l'eût fait ressortir avec plus d'avantage, (^ette
férocité cachée devait être entourée de quelques séductions,
même pour exercer snn en'roval)le empire. INTais il règne dans
tout cet ouvrage une monotonie d'horreur «(ui fatigue et di'goftie
l'esprit. IVailleurs ce genre est si essentiellenienl faux, qu'il serait
très filcbeus qu'il se pr<<j>age:1t en France. H n'est pas même an-
glais , quoifpi'on ait essayé d'y » attacher le nom du cékbre loid
LIVRES FRAKÇAIS. iÇi
Byron. La nouvelle du Vamr.ire, puhliee en Angleterre et anT\'>n-
cée roini.ie une des production; de ce poète , n'e^t j.ointde .^i.
Il Ta désavouée; dans plu^iejrs jo irnaiix ; et il siilKt d ..voir 1 1 -es
œuvre», pour juger combien cettenouv el'c c^t inféiie-ire ;"i toit ce
qu'il a jamais éci'it , et combien pevi elle ra.)pelie tout son taient,
9^. — Etni^edf: Snayt't-sse doyule CharUs t'enhn i :dif ,4ilii- ,
dur de Heriy,Jils de t'rance. Discours tiui a remporta', le '2.5 aoftt
i8jo , le prix du concours extraordinaire ouvert pdi- J"Ac;ideniie
des sciences, arts et b.-llfs-lfttres de Di)on. Dcdi»- à Son Aitesse
Rojale Monsic-iir, par A.-ÎN.-F. M*f;oART, eniploy-'; au nviintère
de la marine , auitur d''un élos^e de Al»» lt. dcc D'h^wt.uiEN , éga-
lement couronoè en 1817 , par 1 académie de nijon. A Paris, c.ie»
IsoztTau , libraire, i[uai Voltaire, no ■j, et chez les libiaires du
Palais-Koyal. Septembre 1820.
L'auteur i.e c. t ouvrage ne laisse échapper aucune occasion de
faire une profession de loi publique du dévouement ardent et dé-
sinterus'^é cjui l'auiuie pour Fauguste famille des Botnbon<;. Déjà
co. ron.if', pour avoir loué dignement la mallicurcuse victime
d'unr poiiliffue aus>i fausse que crtiflie, il vinut de Têtre encor»
par ia même société pour l'élogfe d'un prince qui, à sa mort ,
était, comme le duc d'F.ntjhîon, le dernier rejeton d'une branche
rovale. Vainement , un fanaliqu.; is Je a crt» l'abattre d'un seul
coup, l'svœux f|u<; M, VlaVpiaii exprime d'urte manière si tou-
cbaute, à la G.i df son élog<', ont rté exaucés; l'infortuné duc
de Berry u!est pas mort toit entier : il a laissé à 'son épou'«e dé-
solée un sai;e d'am )ur qui reii.] '••-. Iirin-s moins amc-res, et, à la
Tntivei un àagedesiabdité qui doit rapprocher df s partis divisés
d'opinions. nia.is qiii comptent dans leurs rïini^s un grand noni-
bie-d"liommes animés des mêmes sentim^ns p^mr le bonheur de
1<< p.itrie. Le cuire adopté par M. Aiaquart est aussi simple qu'ia"
géiiieiix. Aprt:s avoir décrit,' (Tune manière éioq'ienle, le coiti'ge
funi'bre dont il fait partie comm • soldat - citoy<'n , : l'auteur sup- ■
pose qu'il se Jrouve placé prés d'un ancien offidifr de l'armée de
tk>ado.'Ctlui-ci,. cédant à ses prières, lui raconte la vie dti prince
qui est l'ofc jet i'e leurs mufuels regrets. Le style de cette narra-
tio 1 e-t rapide, d'une noble simplicité, et d une eléj;ance facile.-
L'auteur a su éviter retiHut«" trop ordinaire dans lés élo;;es acadé-
miques, sans ce|>endant tomber dans la fumili<irité. Ce que nous
T03IE vni. I r
i6i LIVRES FRATNÇAIS.
louerons par -dessus tout , c'est la modération arec Iaqneil«
M. iMaquart fait le récit d'un'evéuenient fiinesie, qui na que
trop servi d'aliment à l'esprit de purti- Son $;oût délicat lui a tait
sentir qu'il devait ecdrier toute exagération, dans l'éloge d'un
prince connu par la modération de ses principes politiques, et
dont la du, vraiment chrétienne, a donné aux hommes un des
plus beaux exemples de grandeur d'ame qu^ils pui.ssent trouver
dans l'histoire. A. Michelot.
g5. — An nascita del tluca di Bordeaux ; Canzone , etc. — La
naissance du Dur de Bordeaux; ode par G. Biacioi.i. Paris, 1820.
In-4o de quinze puges d'impression. De limprimerie de Dondey-
I]^ipré. ( Le texte et la version française se trouvent en regard. )
Il était naturel qu'une muse italique s'associât aux nôtres ,
pour célébrer un événement commun, en quelque sorte, à trois
nations régies par des institutions constitutionnelles, et gouver-
nées par des BoLBCoNs, qui se sont déclarés les protecteurs de»
franchisas et des libertés nationales.
g6. — AlLu univeneL de géographie physique, politique et
historique ancien le et moderne , contenant les cartes générales
et particulières des cinq parties du monde ; dressé conformément
aux progrès de la science ,' pour servir à la lecture des meilleurs
ouvrajjes de géographie et d'histoire; par A. H. Bbcé, géographe
de S. A. K. Monsieur. Cet ouvrage est composé de trente cartes
imprimées sur pajner jésus vélin, et se vend à Paris, chezTauteur,
rue des Maçon&-6orboûue, n<> g, et Charles Simonncau , rue de la
Paix, iw> 6.
Ce nouvel Atlas et destiné à représenter ce <|ue les découvertes
ou rectificatiuns ont réremmenl ajouté aux ronnais.sances géo-
gra)>luqu<:s. Les s'iins que Ton a mis au tracé des eûtes , des mon-
tagnes et des rivières , en indiquant r«;tendne et la forme des bas-
sins, faciliteront IVlude de la partie physique; les mêmes atlen-
tÏDns ont été apportées daus le tracé et le coloris des division»
politiques de rJ>aque Ét^t : si parfois, pour l«s pays peu connus,
on a mis des détails incerlains ou hypothétiques, c'est qu'étant
indiquésdan» des auteurs accrédites, ils peuvent «}tre utiles au
lecteur.
. Toutes les cartes sont de la même grandeur , .')0 centimcti"cs de
longueur ( t (ucd 6 poueos; sur 'i3 cenlimL-tros de hauteur v. i pied
LIVRES FRANÇAIS. ,63
j pouce) j«ce cadre est assez e'tendu pour pouvoir contenir tous
les détails indispensables à l'e'tude, et de manière à les offrir avec
clarté. Elles sont gravées avec le plus grand soin, et coloriées
avec la plus grande netteté.
L'Atlas complet sera composé de trente cartes entièrement
neuves, sur lesquelles cinq sont destinées à représenter la géo-
graphie ancienne, et vingt- cinq la géographie moderne. La
France, par départemens, étant sur deux feuilles, il y aura trèûte-
une planches.
Composition de l'Atlas. Titre et table, i. Monde connu de»
anciens. 2. Grèce, Asie-IVlineure , Egypte et Syrie. 3. Italie an-
cienne. 4* Les Gaules. 5. Empire romain sous Constantin. 6. Map-
pemonde physique (sur la projection de Mercator). 7. Mappé.^
monde en deux hémisphères. 8. Europe. 9. Danemarck, Suéde et
Norwège. 10. Russie d'Europe. 1 1. Iles-Britanniques. 12. Royaume
des Pays-Bas. i3. France. Carte comparative des 82 gouverné-
mens et des départemens actuels. 14. France , par départemens et
divisions militaires (partie occidentale). i5. France, idem (partie
orientale). 16. Suisse. 17. Allemagne, par cercles, 1789. j8. Al-
lemagne en 1820. 19. Espagne et Portugal. 20. Italie. 21. Turquie
d'Europe. 22. Asie. à3. i'urquie d'Asie, Perse et Caboul (i).
24. Inde en-deçà et au-delà du Gange. 25. Empire chinois.
26. Océanie (cinquième partie du monde). 27. Afrique. 28. Amé-
rique septentrionale. 29. Etats-Unis. 3o. Golfe du Mexique, et
îles Antilles. 3i. Amérique méridionale.
Les douze cartes qui viennent de paraître, sont la Mappemonde,
l'Europe, l'Asie, l'Océanie, l'Afrique, l'Amérique septentrio-
nale, l'Amérique méridionale, la France, carte comparative des
trente-deux anciens gouvernemens et des quatre-vingt-six dép'ai-
témen s actuels, la France, sur deux feuilles, divisée en dépar-
temens et divisions militaires , les Iles-Bi4tanniques et l'Italie :
elles offrent déjà, à elles seules, un ensemble complet. On publiera
Successivement les cartes à mesure qu'elles seront achevées j et,
I j(ii mois d'août 182 1, l'Atlas sera entièrement terminé.
,(i) Le cadre de cette carte donnant une étendue suffisante pour
l'Egypte , nous avons cru devoir placer ici le détail de ce pays ,
Quoique appartenant à l'Afrique.
Il*
i64 LIVRES FRANÇAIS.
L'intention de Tauleur ctant de faciliter racquisilion de ses
cartes, elles seront vendues scparcment : le" pris de chacune est
fixe à 2 fr. 5o. c. l'our être souscripteur, on ne paie rien d'a-
vance; il suflit de se faire inscrire.
En annonçant la suite de cet ouvrage, n<iiis donnerons une
analyse succincte de cliaquc carte , en indiquant toutes les par-
ties neuves ou rectitices , et les auteurs dans lesquels on a puise';
en attendant, nous ferons observer que ces cartes sont d'autant
plus précieuses, que la partie physique (findication des eûtes ,
le trace des rivières et la division des continens par les monta-
gnes) y est traitée d'une manière toute particulière. Enlin , nous
dirons que , lors de la publication de la première livraison de cette
production , la commission d'instruction publique Ta recomman-
dée aux recteurs d'académies, et à tous les chefs d établissemens
d'instruction publique, comme la plus propre à être mise entre
les mains dos jeunes gens qui étudient la géographie.
9^. — (*) f'^oyage (lu/is la Grèce, comprenant la description
ancienne et moderne de l'Epire, de rillyrie grecque , de la Macé-
doine cisaxienne, il'unc partie de la Triballie, de la i'hessalie, de
l'Arcananie , de l'Elolic ancienne et épictète, de la Locride hes-
pcrienne, de la Doride et du Péloponèse ; avec des considéra-
tions sur l'archéologie, la numismatique, les mœurs, les arts,
l'industrie et le commerce des habitans du ces provinces; par
F. C. H. L. PoDQLEVii.LF. , ancien consul-général de France près
d'Ali, pacha de Janina ; correspondant de 1" Académie loyale des
Ifiseri]>tions et Belles-Lettres de Tlnstitut de France, de l'Acadé-
mie Ionienne de Corcyre, etc. Ouvrage orné de ligure.*, et enrichi
de cartes géographiques dressées par M. Barbie du Bocage, de
l'Institut de France. Paris, i8ao. 4 f^rts. volumes in-S". Irirmin
Didot, père et lils, libj^ires, rue Jacob , n° a4. IVix , .j6 fr.
98. — Collection de toutes les poésies (C Estelle ( de Florian } .
mises en musique avec accompagnement facile de piano ou harpe,
flUte ou violon it inoloncelle obliges , par J. R. Woëts. A Paris ,
chez Janet et Cotelle, rue St. -Honoré, n" q5 ;
Thème allemand de f^oglcr, varié pour le Jorle- piano , ai-ec
ou sans accompagnement d'' orchestre , par le même. Prix, 9 fr. ,
LIVRES IRAINÇAIS. ,65
<?t 6 fr. la partielle piano sans rorchestre. Paris, cliez mademois.
Erard , rue du Mail , n° 1 3 j
Air écossais, auec 5 variations et rondo, pour le foite-piano,
avecjldte ou violon ad libitum , par le même. Prix, 4 fr. 5o c. Pa-
ris, chezHentz Jouve, Palais-Royal, galerie de pierre, n" 96, du
côte du Perron,
Ces trois ouvrages, dus à la muse facile et gracieuse de
M. Woèts, membre de la Société des enfans d'Apollon , et mem-
bre correspoudanl de la Société royale de Gand, ajouteront sans
doute à la juste réputation de cet artiste distingué. L'élégance de
ses chants, la pureté de son harmonie font reconnaître en lui un
digne élève de l'auteur d'^/tne et de Montano.
Livres élrangers publics en France.
99. — Zur Glockenweihe , etc. L'inauguration delà cloche de
l'Eglise luthérienne de Paris. Paris, 1820. Broch. in-8° de 8 pag.
de l'imprimerie de Smith.
L'occasion qui a faitnaître ce petit poème tn langue allemande,
lui donne un intérêt vraiment historique. Certes , il est rare que
dans un pays où la religion catholique est dominante, les pro-
testans aient joui de la liberté d'annoncer le service de leur église
par le son des cloches. Déjà, à la fondation de cette église, en
1809, la communauté avait manifesté le souhait d'ajouter encore
aux cérémonies publiques de son culte , l'appareil solennel d'une
cloche; mais des dépenses plus urgentes en avaient jusqu'ici re-
tardé l'accomplissement. Enlin , la duchesse de Courlande fit don
à la communauté d'imc belle cloche qui , depuis le 25 août der-
nier, jour de la fête du roi, donne au service des chrétiens de la
confession d'Augsbourg cette publicité et cette indépendance
qu'accorde la Charte à l'exercice de tous les cultes. M. Goeppe,
l'un des pasteurs et des présidens du consistoire de l'église, rue
des Rilleltes, a célébré l'inauguriition de cette cloche, parle
charmant poème que nous annonçons. 11 exprime les sentimens
dont l'homme de bien, ami de la civilisation et des progrès des
lumières, doit être pénétré, en comparant les entraves qu'éprou-
vait jadis la religion protestante , à la liberté dont elle jouit au-
jourd'hui en l'rance.
i66
Livre étranger imprimé en France.
100.— ' Bibliotecn pocltca ilaliana. — T^e Rime di messére fratt-
çtsco Petrarca. Parigi , prcsso Lefevre, libiajo, stradaUe l'Épe-
ron, n°6. 1820. 3 vol.
Nous avons parld dsi mérite et de IVle'gance de rédition de ce
recueil choisi des poètes italiens. ( Voyez ci-<les.«us tom. VI,
pag. 4'^-) Pour ce qui regarde la correction , M. Rutlura s'en est
occupe avec un soin particulier. Mais ce qui ajoute au mérite de
rédition des Poésies de Pétrarque , c'est ce que le commentateur
observe sur la vie de ce poète , et sur son genre lyrique ; ce sont
les argumens de chaque poésie, et les notes choisies dont M. But-
tura les a enrichis. Tout est écrit avec autant de rapidité que de
justesse. On ne peut dire que le commentateur rebute ses lec-
teur» par le genre et le nombre de ses remarques; il excite, au
contraire , le désir d'en savoir davantage; et c'est toujours, je
pense, un mérite des bons écrits, de nous engager encore plus à
connaître la matière qu'ils nous présentent avec un art judicieux
et une sage réserve. Le premier volume contient une préface sur
Pétrarque et sur la poc'sie lyrique. Le deuxième et le troisième
présentent à la fin quelques remarques, la plupart tirées, avec
beaucoup de goût, de celles de Tassoni, deMuralori etdeSoave.
On promet ù la suite la Jérusalem du Tasse.
MWimAMn(VV\WVVVVV«^VV\«VVVM>VMlV«VyMA^VA«MVt/MAVVVM/VVV\MAAIVVVVV\^^
IV. NOUVELLES LITTÉRAIRES
ET SCIENTIFIQUES.
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE.
ÉTATS-UNIS.
Nkw-York.. — r Etablissement cVun bureau d'agriculture. —
L'amëlioration des arts utiles , qui se manifeste chez toutes les
nations civilise'es , donne lieu de penser que notre siècle surpas-
sera de beaucoup tous ceux qui Tont précédé. Nous voyons en
effet de toute part l'industrie qui se crée de nouvelles routes, et
qui , en augmentant ses produits, nous prépare de nouvelles jouis-
sances. Les particuliers, plus éclairés et connaissant mieux leurs
intérêts , ont appris aux gouvememens à prendre une autre di-
rection, et à contribuer d'une manière plus active au bien général
des peuples confiés à leurs soins.
Cette impulsion , que doivent subir les chefs de tout gouver-
nement représentatif, vient de se faire sentir dans l'Etat de New-
York. La législature a voté une somme annuelle de 10,000 dol-
lars, pour des encouragemens à donner à l'agriculture. Un bureau,
composé de cultivateurs expérimentes , doit distiibuer cette
somme entre les comtés de cet Etat. Chaque Société pour l'en-
couragement de l'agriculture et des fabriques domestiques , qui se
formera dans les comtés , recevra utie somme d'argent égale an
montant de ses souscriptions particulières. Les 10,000 dollars se-
ront aussi employés à la publication des bonnes pratiques d'agri-
culture qui seront envoyées au bureau par les Sociétés particuliè-
res, et à l'acquisition des meilleures espèces ou variétés de se-
mences qui seront réparties entre les cultivateurs les plus intel-
ligens.
Les préjugés, et surtout l'appât du gain, avaient porté les Aihé-
ricains à aventurer de grands capitaux dans les entreprises com-
merciales \ les désastres qui sont résultés de ces fausses .spécula-
tions , ont enfin prouvé que la richesse la plus certaine est celle
qui provient de la culture des terres. Cette culture a été généra-
lement msJi entendue en Amérique j on a épuisé un sol fertile en
ifiS /MîHfO'K SFPTf "^TRIONALE.
siii\i:n' en y l»iiu Moi<u\. le iiit j rinfij.al du bn^eau qxii^^nt
de efoiWT est donc de rajîj c'e 1rs / m ' ii..ij'«ati\ vîii^s | -n-
ci f»s de "a;iiir"i'tji'e^ . t île )ëj..iul e los n' l<"n< qui |/i'iivcnt
r'*-'i • o' ' *-'^* 1 !*DLi| L^ dûi.s .„ jMOvipci l'i' ? v-- -Y.ork.
1\ ÉI Ur L IQ lu, I. Il A 'TI.
r^^T- *r-^i 'wr?;. — f^ n es '• --m ir — Le ç^enr-al 1 redcnc,
ur '' (• • f: '• ■'■vt (\\.iré «'r l'rx) Al.tinn de l.i («<; n«'»'- n<c,
a ■ i> . > '■ dj :ùifi de» « <'»'i< .'.'-'« (< nui «mi! •••m u-
pë ■ li. a : I' ^ ,., ,s 4'-'l<< '''i ■>" i(i'iP.(..« fi caiine^. d undiaiiulfe
deiiv"' .n de.ix pr> '.rc«,, eut rUar. ne quitriiate-rinq ni-'id^jla
di laUCv d'un nr-ud ù raij'i<' <• ^ d envi-un dijic joucc- et «Icini:
ainà. liiIoD^ucu; l t^le d uoe cuDiiee:>tdenvii "luoeuf j ied quatre
pouces.
— Coii'.KisATioN nrs NtiiTEs. — Onvicnt d'inivrir. avrc Taii-
torisalicn du )ue .»xiit di:l..ïti, une •' u.^^/•// i o/< d^nt I <■>! -ft est
de fcer vn fonds dcsiint' n payer un a;;ent , qui «e vendra \ lî-s
de ];• J-ocieté de col. ni. ation des Ltuts-Lni*^. Il dnif s\ntendre
avec cette Sorie'té, dont l'influence est bien rrcnnnue pour diri-
ger, à i'aide dis fonds qu'>l'e i ov.-tde, ks dc'SCind;in> des Afri-
cains vers la ic'puhî.qi.e d Haiti. Voici comment s'eTprime, à cette
occasion, M. Siuioni^j . dans une adresse à .ses comi;atiiotcs >
« Hu'itirns! BOUS sommes libres et indt'j end..us; nous ne corniiis-
)i sons au-deî.sus de nous, sur la tene, que n is lois. Jaloux de nos
)i d' 'it^'^i ^c'ireux dans n^tre patrie, qu'un nol le «ntliousiasiae
i> uo'is guide d»n.s la carrière de la bienfai.'-«nce. t ans violer les
» lois fond.iincnt;iles sur lc^qu<'lles reposent nos liljCi lés , nos
» {;;iri.iilii'.>. nous pou\''ns ajj.elci- des frères infortune.- àjartû{^er
» nilrc iionheur et les !)ienfail.^ de nos ia.^titutions. «
— 1:3 iriiit il'iine L tire mJivsme par le /tr- iiilc.'t Jloyer à l'un
des r '.' Il m 4 l'e lu llei'ui: F.iicyi-lnfndi<iue. — « J'aime « ap))lau-
»< di'- à l'idi'e que vous avez eue de remplir la grande lacune qui
>' e.\i>t:iit dans les rnnimiinieati'^ns intelîeeluelles des divers peii-
)' j Içs de la tcr>e, en f nd;int lu Revue Kiu'vclojH'di(|uc. Cet
» imi,nrt;.nt ouvrage, envisa^^é sous tou.> les point.-» de vue, ne
if ,peut manquer de faire t|<oqiie dans le niende littér^^ire et dans
)> lesiè I" dos saines doctrines. Le cadre immense qu'il embrasse;
» la variété des matières qui y sont traitées, l'esprit de critique
AMÉRIQUE MÉRIDIONALE. AFRIQUE. 169
i> cl d'impartialité qui préside à sa rédaction, la supériorité des
K lumiM'es des écrivains qui coopèrent à sa publication , le but
» éminemment philanthropique vers lequel il tend, tout lui assure
« un succès universel et des plus durables, m
AMÉRIQUE MÉRIDIONALE.
PÉROU.
LniA. — Pomme-(le-tene. — Don Joseph Pavon, auteur de la
Flore du Pérou , a trouvé la pomme-de-terre dans l'état sauvage
dan^ la province de Lima et au Chili , où elle est appelée p^pas ;
il i'a é^alera.^nt reconnue dans ce tubercule découvert en 1809,
a .X environs de Santa-Fé de Bogota, et qu'on avait pris pour une
nouvelle espèce. (Voyez %, vu , pag. 623. )
AFRIQUE.
EGYPTE.
— f^oyages scientifiques. — Toujours zélé pour les progrès
des découvertes, M. F. Cailliaud a sollicité et obtenu la protec-
tion d'Ali-Pac'.ia pour profiter de l'expédition dirigée contre la
Nubie par Ismaêl , son fils , dans les premiers jours du mois
d'août 1820(1) : il suivra les deux routes, celle du Nil et celle du
Désert. Dans la première , il fera en sorte de relever exactement
tout le cours du fleuve depuis Siène jusqu'à Dongolah, ce qui
n'a pas encore été fait ; et , dans la seconde , il fixera la placo de
toutes les sfations anciennes et modernes. Ismaè'l-Pacha i'a assuré
de tout son appui.
(i) L'armée égyptienne, sous les ordres d'Ismaël , fils d'Ali-
Pacha , qui est chargée de la conquête d»; la Nubie, est divisée
en d;îux colonnes , dont l'une suit les bords de Nil ; l'autre, com-
posée de 2,oort Arabes etUsmanlis, se dirigi' à travers le désert,
et part de Bérîf, l'un des principaux villages de l'Oasis de'lhèbes.
Il paraît que non-seulement Dongolah , qui sert de rtfuge aux
Mamelouks, est menacé par l'invasion , mais encore Sennâr et
même le Darl'oùr. Celte expédition peut procurer au pacha, entre
autres avantages, celui d'y faire une forte levée d'hommes, qui
formeront de bons soldats, plus fidèles et plus disciplinés que les
Albanais et les Osmanlis.
1^0 AFRIQUE.
La dernicre expédition du pacha à Si^wah a eu tout le succi»
qu'il pouvHit e»pcror. M. Drovetti avait obtenu la faculté de se
joindre » rexpedilion. MM. Frediani (H cl Linan l'accompa-
gnaient. Le hey les a fait escorter jusqu'à J'îlc dWraschic , place'e
dans un lac, à deux lieues de biw.di. On sait que cet endroit est
sacré pour les liabitans de Siwab,r|ui n'en laissent pas approcher.
A sa grande surprise, M. Drovetti n"a vu dans cette île aucun
reste de ruines j on aperçoit seulement quelques rochrrs qui
s'élèvent du lac dans plusieurs endroits. Après avoir visité le lac
et en avoir fait le tour pendant 7 heures , ces voyageurs sont re-
tourués à Oumbide ^ ils ont mesuré cette ruine et en ont pris
des vues, ainsi que du village de Siw«h et d'un petit temple
dorique i au bout de 8 jours de scjour , ils sont revi-nus parle
même chemin à Terracé. .
Il eftt été à désirer que les Européens eussent mis à profit une
occasion si favoral)le d'examiner à fond tout ce pays , qui est
encore peu connu. Ayant une barque , ils pouvaient faire des
sondes, abordera l'île mystérieuse d'Aïaschic, en connaître la na-
ture et la parcourir sur les points. Peut-être Ci-s rochers renfer-
ment-ils dfiS e.ica valions. On sait qu'en 1792, Biown essaya de
^'y rendre à la Qagej mais, que son cheval refusa de s'y transpor-
ter, et que les liabitans opposèrent à !M. Cailliaud des obstacles
insurmontables. Il est également fâcheux (ju"à Siwah nos voya-
geurs n'aient pas fait des iouilles, j»«>ur reconnaîlre les souterrains
qui sont autour du temple , et recueillir les inscriptions <ju'on
croit y exister.
Les diâérens étages des maisons de Siwah sont grouj)é9 sur le
rocher , comme autour d'un noyau ; il y en a 4 et 5 visibles à
rexl<'ri«;ur ; le centre est occupé par la montagne, ce qui élève
beaucoup le milieu du villa^e.
Le ]>acha d'Lj;ypte a fait continuer par des ouvriers turcs,
l'exploitation des carrières d'éméraude ^ ils en ont rapporté en
assez grand nombre; aujourd'hui, onattend ties ouvriers d'I'.urope.
Kiitrc Cosseyr et les mines de Zabarah , les Arabes ont trouvé
deux ûlons de galène ou }>lomb sulfuré.
Ci) Cette relation rectifie ce qu'il y a d'inexact ou d'incomplet
dans le prccedcut cahier de la hcvue ( tom- Vil, pag. 6o'j ).
AFRIQUE. 171
M. C^illiaud écrit qu'il a recueilli, pendant ses courses, des
momies , des coquilles et des plantes. II a établi au Caire, en un
lieu sûr, un de'pôt de toutes ses collections , dessins et journaux.
Il annonce aussi l'envoi de plusieurs échantillons d'eaux sulphu-
reuses-ferrugineuses , et d'autres eaux minérales, dont il a pris
la température, et qu'il a recueillies dans les Oasis, pour les faire
analyser.
A Thèbes, M. Cailliaud a entrepris de nouvelles fouilles dans
la montagne de Gournah, qui renferme les hypogées ou cata-
combes. C'est là qu'il doit attendre les troupes d'ismaël , pour
monter à Dongolah. Ce voyage ne doit pas durer moins d'un an.
Entre autres nouvelles que renferment ses lettres , on apprend
que le consul anglais , M. Sait, connu par son savoir et son ha-
bileté, comme par son zèle ardent pour les découvertes , est dan-
gereusement malade. Jomard.
Antiquités. — Si l'on en doit croire les rapports de quelques
personnes à portée d'être bien informées, les objets d'antiquités
obtenus en Egj'pte, au moyen de.s fouilles, ne seraient encore
que fort peu de chose en comparaison de ce qui reste à trouver.
Il s'est établi, pour les découvertes de ce genre , une heureuse
rivalité entre les naturels du pays et les Kuropécns : aujourd'hui,
c'est à qui réussira le mieux à faire des excavations dans les mon-
tagnes de sable, dont les flancs recèlent, dej)uis des siècles, des
portiques, des édifices, et des galeries souterraines de toute es-
pèce. Les Arabes ayant creusé la terre , à la profondeur de plu-
sieurs brasses, en ont exhumé une quantité considérable de vases,
de momies et d'autres restes de l'antiquité. Quoique très ignorans,
ils savent fort bien distinguer aujourd'hui ce qui est rare et bien
conservé, d'avec les autres objets détériorés ou de moindre va-
leur. Les Arabes do Gournon s'adonnent plus partictdièrement à
cette occupation , et ils y mettent tant de zèle et d'adresse , qu'il
faudra bien que les Européens leur abandonnent tout-à-fait les
soins de l'exploitation , et se bornent désormais à acheter d'eux
le produit des fouilles.
Saint-Louis. — Insectes semant h faire du sauon. — M. Geof-
froy de Villeneuve a dernièrement envoyéà Paris une petite quan-
tité d'insectes, de l'espèce des caraïbes, avec la note suivante :
« Etant dans le village de Postudal , à quelques lieues de Saint-
i
L
17* AIRIQL'E. EUROPE.
Louis, occupe à ramasser des insectes, it ayant engage les nîgrc»
à in'aider dans mes recherches , l'un d'eux m'apporta un vase
conlenaot i)lusieurs milliers de petits inscrlcs , de Pespèce des
r,ar;nl)es. Ils étaient ilejà secs, et la quantité me prouva qu'on
les avait rassembles dans !<• dessein d'en faire un usage particulier.
J'appris , en questionnant le nègre , que cet insecte entrait dans
la composition du savon dont on se sert dans le pays. 11 m'en
montra un morceau qui e'tait d'une couleur ndinltre , mais d'aussi
bonne qualité' que le savon d'Europe. On m'assura , depuis, qu'on
.se sert de ces insectes pour le même usage sur toute la côte du
Se'uegal. (^e caraïbe est noir, avec les bords du corselet, et les
el_\tres d'une nuance rnugeâtre; les pattes et les antennes sont
d'une couleur pâle. »
ECROPE.
GRA.NDE-BRETAGNE.
Lo.ifDKEf. — JVoui'cau métal ressemblant a For. — IVl. Mill a
dernièrement ilècouvert un nouveau métal qui ressemble à l'or,
et possède quelques-unes de ses principales qualite's ■ il le nomme
aurum niillicum. Presqu'aussi pesant que l'or des bijoutiers, il est
malléable, dur, sonore^ il doit être travaillé avec précaution et
il conserve long-t.'ms son éclat.
— Plantes noufcllenient décoiwertcs. — Iq. M. Rn!)prt Rrown
a lu à la Société linnéeune un \l<'moire sur un nouveau genre de
pl.intes, découvert à Sumatra, en 1818, par feu Joseph Arnold ,
et a|ipelé rojjlesia , du nom de sir Stamfo.d Raflles. La Oeursort
directement d'une racine horizontale. Le jet est couvert de
feuilles florales rondes, imbriquées, d'une teinte brune obscure ,
et ressemble assez à un chou. D'après les mesures prises sur les
lieux, la fleur ouverte a trois pieds de diamètre et pèse quinze
livres- son luhe peut contenir douze pintes. ^1. Rrown la com-
pare principalement aux aristoloches et aux passiflores ; il soup-
çonne aussi que la plante est parasite sur la racine qui la porte.
20. On a découvert à Bornoo une plante qui parait être du même
genre que la rajflesia -, comme celle-ci , «-lie sort immétliatement
de terre- mais elle est rouge et travirs(-e par des raies bl.inclies.
Avant la floraison, elle a l'apparence d'un chouj quand elle Qcurit,
elle n'a pas de feuilles, et lorscju'cllc est épanouie . son diamètre
EUROPE. 1-3
a près de deux pieds. Le docteur HorsGcld se propose de publier
la description de ce végétal singulier, dont il a , dit-on, rapporté
quelques pieds.
Cloche des plongeurs. — Extrait d'une note de M. le docteur
Hamel , conseiller de cour de l'empereur de Russie. — Les cloches
de plongeurs, dont on se sert acluellement en Angleterre, ont
été construites par le célèbre ingénieur Kennie, d'après les prin-
cipes de Smealon. Ces machines sont faites d'une seule pièce en
fer fondu; elles ont la forme d'une caisse oblongue, ouverte par
le bas, longue de six pieds, large de quatre, et haute de cinq.
La partie inférieure est plus épaisse , pour lester la machine ,
qui d'ailleurs est assez pesante puur descendre sans addition de
poids. Le plafond est percé de douze trous auxquels sont adaptés
autant de verres plans -convexes, qui donnent passage à la lu-
mière; on y pratique un treizième trou, d'envii'on un pouce de
surface, qui reçoit un tujau de cuir flexible, destiné à introduire
dans la cloche l'air envoyé d'en haut par une pompe foulante, et
qu'une soupape en cuir empêche de ressortir. Dans l'intérieur,
des deux cotés, sont établis de petits bancs à marche-pied, sur
chacun desquels deux personnes peuvent s'asseoir. Du milieu du
plafond descend une chaîne , destinée à porter les pierres q^'on
deàcend dans l'eau ou qu'on en retire. Ces pierres sont placées
un peu au-dessous du bord inférieur de la machine; et les per-
sonnesquidoivent descendre, arrivent dans un bateau, au-dessous
de la cloche, qui est assez élevée pour qu'on puisse y entrer.
M. Himel se plaça , avec deux ouvriers , dans une de ces cloches
qui, au moyen d'un tour mobile, les descendit lentement jus-
qu'au fond de la mer, profonde, en cet endroit , d'environ trente
pieds. Pendant le trajet, il ressentit dans les oreilles une dou-
leur très vive, qu'il ne put faire cesser qu'en introduisant dans
l'extérieur de l'oreille, par la trompe d'tustache, l'air nécessaire
pour faire équilibre à celui qui pressait l'intérieur du timpan ;
ce qui n'eut lieu qu'avec beaucoup d'efiorts, et après qu'il eut eo-
tendu une explosion assez forte. M. Hamel passa près de trois
quarts d'iieure à cette profondeur de trente pieds , ayant assez de
lumière pour lire et prendre des notes. Les ouvriers posaient les
pierresavec autant d'adr^esse et de régularité, que s'ils eussent été
en plein air. Les signaux, pour les mouvemens à faire, se don-
174 EUROPE.
naientpar des coups de marteau , en nombre convenu, contre les
parois de b cloche : le bruit qu'on fait en haut n'empécbe pas
d'eutendrc ces signaux. En remontant, M. Hamel «5prouva de
nouveau dans les oreilles une douleur assez forte, qu'il dissipa
par Taction seule de la déglutition.
Ce savant croit «'tre le premier qui soit descendu dans ces clo-
ches, sans autre motif (jue la curiosité. Depuis, plusieurs per-
Mones ont eu le couraj;e de faire ce voyage sous-marin, et, entre
airtres, lady Hardy, femme de l'aïniral de ce nom, qiri est descendue
dans la rade de Flvmouth , avec trois autres personnes, à la pro-
fomleur de trente-cinq pieds.
Enseignement clemcntaire. — JVombre et nature îles écoles. —
D'après le rapport du premier mai i8iO , il paraît qu'il y a, tant
en Angleterre que dans le pays de Galles, 37,38a écoles de toute
espèce, dans lesquelles sont e'lev(?s 1,571,372 enfans des deux
rtresj ce qui fait environ 4^ élèves pour chaque école. 18,276 de
,ces élablissemens sont préparatoires ou c'coles primaires j et, sur
14, 195 , q*'i sont appelées écoles du commerce, 8376 sont desti-
nées aux jeunes filles. On enseigne le catéchisme de réglisc an-
glicane, dans 23,57 I écoles. Les systèmes de Bell et de Lancaster
ontifté plus ou moins adoptés dans 141 1 ; la méthode d'interro-
gation sans réponse, inventée par M. Phillips, est en usage dans
3673 , et le système d'analyse orale de Pestalozzi, est suivi dans
7 écoles. La langue française fait partie de l'enseignement dans
7520 ^ et les langues mortes dans 3327. Le nombre de personnes
employées à l'éducation, en qualité d'instituteurs, d'institutrices,
de sous-maîtres, sous maîtresses, etc. , et de précepteurs parti-
ciiliers, s'élève à 5(3,33o.
Lors de l'anniversaire de la fondation des écoles du dimanche,
célébrée en Ecosse, en 1818, le nombre des élèves s'élevait à
3i,785.
Socif'te des rcn/cs britanniques et étrangères. — La Société
des écoles britanniques et étrangères vient de concevoir un pro-
jet philantliropiciuc encore plus vaste que ceux auxquels elle s'est
livrée depuis le commencement du siècle, et qu'elle a exécutét
avec autant de gloire pour elle que de profit pour l'espèce hu-
maine. Il s'agit dpfavirà la barbarie où elles sont plongé<'s, trente
i quarante millions de ct^atures, condamnées à l'ignorance par
EUROPE. 1^5
les lois et la religion de leur pays, et privées à jamais de toute
culture intellectuelle. Le précieux document que j'ai reçu à ce
sujet de M. Millar, secrétaire de la Société, est une adresse aux
dames anglaises, pour exciter leur intérêt en faveur des personnes
de leur sexe qui vivent dans l'Inde sous l'empire britannique.
Cette pièce, d'où j'ai extrait ce qu'on va lire, était accompagnée
d'une lettre dans laquelle M. Millar se flatte du succès de l'entre-
prise^ il espère que, par-là, on pourra bientôt répandre les lumiè-
res parmi 60 millions d'individus. On sait que la loi de Menou in-
terdit aux femmes la lecture dts f^édas , et la connaissance d«-
Y alphabet. Celle qui oserait acquérir cette connaissance, encour-
rait des peines terribles. Aussi, depuis des milliers d'années, il
n'existe pas dans ce vaste empire une seule école de filles. Les
femmes n'aperçoivent jamais un livre, si ce n'est dans les mains
d'un homme. Leurs doigts n'ont jamais touché une plume, ni rien
de pareil. Elles sont privées de tout commerce intellectuel avec
l'autre sexe. Leur servitude va encore plus loin j la loi ne permet
pas à une femme de sortir de la maison sans le consentement de
son mari, de parler avec un étranger, de rire sans être voilée, de
se tenir à la porte du logis, de regarder parla fenêtre. Ce pro-
fond abaissement, cetteigoorance absolue ont exerce une influence
funeste sur le caractère et les idées du sexe, et produit d'horri-
bles superstitions. Bien des femmes sacrifient leurs filles dans la
Brum-hu-pootru et dans les autres fleuves sacrés j d'autres s'y
jettent elles-mêmes. A Allahubad , le capitaine ***^ a vu, un ma-
tin , de sa fenêtre , 60 femmes se précipiter volontairement au
confluent du Gange etde iaJumnah. Enfin , pendant l'année 1817,
on a vu jusqu'à ^oS femmes^ se faire enterrer ou brûler vives à
côté du corps de leurs époux. L'histoire de l'homme, même celle
des sauvages, ne présente aucun exemple d'efl'ets aussi affreux de
la superstition, et de l'ignorance qui en est la source.
La Société britannique, après avoir mis ce tableau sous les
yeux des dames anglaises , fait un appel à leur sensibilité : (c Si
notre voix est écoutée, dit le comité des dames, vingt ans ne
s'écouleront pas avant que ces bûchers abominables aient cessé
de s'allumer. » L'on a pensé sagement qu'il fallait d'abord donner
l'instruction nécessaire aux filles des Indiens nés de ptces anglais,
qui, connaissent les langues parlées dans le pays. Répandues en
1-6 KUROPK.
divers licur, comme maUresses , elles peuvent rendre les pli»
granils services pour parvenir à l'amélioration projeté'"-. On ne-
peut songer à faire instruire ce sexe par des maîtres ; les mœurs
s'y opposent. Cependant, les missionnaires anglais ont réussi à
former des écoles de filles à Tamul et à Travancore ,■ avec quel-
que succès. Une souscription est ouverte pour l'exécution de ce
louable dessein, inspiré par le pur amour de l'Iiumanité, et qui
sera poursuivi de concert avec la Société de (.;alculta , l'édiira-
tion des filles ayant déjà fixé l'attention de cette société, ci>mme
on vient de l'apprendre par les nouvelles récentes du Bengale.
Aussitôt que les fonds suilisans seront réunis, on enverra dans
rinde une personne en état de diriger l'école normale qui doit
servir à former des institutrices parmi les naturelles. Tel est le
plan que s'est proposé la société de I/oridres pour avancer le
grand œuvre de la civilisation, dont la Revue Fncyclopéditpie .
«si destinée à marquer les progrès. |
JoMARn , membre de Tinslituf.
PoBLicATTOKs NODVF.MFs ET PROCHAINES. — On remarque par-
mi les ouvrages qui ont été publiés depuis ])eu: i°. Esstii sur les
maux causes piir l'ii^nnrance du peuple; par John t'orstcr. (Je su-
jet si vaste, et d'une si haute importance pour les int<'rt^ls i;éiié-
raux de la société et des gouvernemens, est traité avec talent et
précision. L'auteur le considère sous un point de vue moral et
religieux; il expose les causes et les suites funestes d'une igno-
rance universelle parmi le peuple, qui n'est plus alors que l'ins- '
trument passif des lois et des gouvernemens dcspotifjues , et qui'
travailU- à rall'ermir le joug et l'oppression sons laquille il cémiti
M. Forster démontre clairement que la plus grande calamité qui
puisse accabler une nation, est l'état d'abrutissement et de mi-
sère auquel doit la réduire cette extinction totale de s^s farulti's.
Il s'élève avec force contre cette politi(|uc étroite et vile qui fonde
la sûreté des Etats sur la dégradation intellectuelle , et par con-
séquent morale, des sujets, il demande de quel droit on ose ravir
la liberté de la pensée à cette foule d hommes qui forment la
masse imposante des peuples, et qu'on désix'rite îles nobles fa-
cultés que leur avait transmises le ciel. 11 pense enfin qilé'lBi^j
amis de la religion , de l'humanité, de la morale . duiveottoiis' '
EUROPE. 177
nnir leurs efforts pour contrebalancer ce système destructeur,
pour éclairer le peuple , et re'former ainsi ses mœurs.
2°. Seconde partie de V Histoire de CUniutrsité de Dublin,
par M. Tatlor , ornée de gravures repre'sentant les diffe'rens col-
lèges et bâtimens publics appartenans à l'Université. — Cette his-
toire renferme beaucoup de faits curieux, ainsi que plusieurs
anecdotes qui se lient aux affaires politiques.
3°. Nouveau système de géographie ; par Thomas Mters, dont
il n'a encore paru que deux livraisons in-4°, ornées de cartes , et
d'un grand nombre de gravures servant à expliquer les mœurs et
les coutumes des différens pays. L'ouvrage entier formera 2^ li-
Traisons , ou 2 vol. in-4''- On y trouvera la description syste'ma-
tique des changcmens qui ont eu lieu dans la ge'ographie ge'ne'raie
du monde; et l'étude de l'histoire deviendra plus facile et plus
intéressante , en consultant les cartes et les vues dont cet ouvrage
est enrichi.
— Recueils périodiques. — Un nouveau journal mensuel, inti-
tulé (t Le Bulletin médical, » a paru dernièrement. Le but de ce
Recueil est de donner un aperçu général de tous les articles pu-
bliés dans les diflérens journaux dé médecine , suivis d'articles
originaux sur le même sujet.
" Le 3i* cahier du recueil connu sous le nom du Pamphle-
teer , et spécialement destiné aux lois , contient une analyse de
l'ouvrage de M. le conseiller Cottu, sur U administration de Injus-
tice crinnnelle en Angleterre, et sur Fesprit de la constitution an-
glaise. On y loue beaucoup la manière dont ce magistrat s'est
acquitté de l'importante mission qui lui avait été confiée par le
gouvernement français. L'exactitude de ses recherches et de ses
observations est attestée par le témoignage de presque tous les
journaux anglais qui ont rendu compte de son travail. Les notes et
les observations de M. Gurney, sur la discipline des prisons, forment
I le second article, et présentent plusieurs vues sages et philanthro-
I piques.
— On annonce comme devant paraître incessamment: 1°. Traité
I delà Botanique de V Angleterre , ou A rrangement naturelde.s plantes
de la Grande-Bretagne , selon leurs rapports mutuels, d'après le
système de Jussieu, de Candolle, de Brown, et d'autres savans
botanistes , avec leurs caractères distinctifs , leurs différences ,,
TOME YIII. 12
t:» KUKO'.'K.
Ifiirs descriptions tt Itur usage, précède il"iin<; introduction à la
botanique , uvi-c des ligures servant à expliquer le texte :, par
Siimucl-I'rciUiu G RAY, professeur de botanique et de matière
médicale.
a". /Jiisertdtion i>ui le trailcmcut des of\'ictinns nerveiats ;
par M. Joseph Swan , chirurgien de l'hùpital du comté de Lin-
coln. Cet éc/it a renij)orté le prix fonde par Jackson au collège
des «-birurgiens.
3". (Jbsei-vutions sur le régime et la nourrituie du peuple, sui^
fies df règles el d'ai'is pour la coitseri^alion de la sanlc; par
M. J. ZWEED.
4". /".'i.vrti sur la contagion , par le docteur IMaclçan. Cet
ouvrage est une acqui>.ition fort importante pour les gens de Tarl-
L'auteur est décidément d'avis que la pe>te e^t une maladie épi-
démi({iie , et que les maladies épidéraiques ne sont pas conta-
^enses. Il combat avec succès le préjugé contraire, si funeste à
la santé, au commerce, et propre à briser tous les liens de l'hu-
manité et de la civilisation. Il appuie son opinion de preuTes tirées
de sa propre expérience , et du témoignage de ])resque tous les
auteurs qui ont traité ce sujet, et qui ont eu de fréquentes oc-
casions de s'en érlaircir.
5". Le second volume de X Histoire d^ Augle terre , du dnclenr
IMonELL, qui va jusqu'à la fin du règne de Georges m, et com-
plète la série des études de Chistoire.
(i°. Choix de Lettres écrites pendant un séjour aux F.tuts-l'ms ,
en i8i 1 , .sur les naturels de TAmérique et sur les émigrés qui s")
sont établis : par M. K. Howitt.
•j". Les esifuisses di-s mopi/c» et des costuiTies de la t'rance , de l.,.
Suisse el de l'Italie y ]iar R. RriduEnsj qui continueront de pa
rattre tous les mois. Chaque livraison 10-4° coatiendra cinq gra-
vures coloriées, avec vmc explication en regard.
RUSSIE.
LÉoPoLn. — Pierre meléorii/ue. — Une substance météorique
très singulière a été reconnue dernièrement dans le muséum de
iM. de Grottbuss, dv Courlande. Elle est désignée en Allemagne
sous le nom de papier de deuil; et, suivant les Kphémérides de
l'Acadcuiie de I.,éopold , elle tomba en grande «[liant il é en Cour-
>
EtjROPr:. ,,()
}anâe, le 3 jan\ier i68fl, avec des corps noirs semblables à <ie3
fives. L ëi'hantiilon trouvé dans la coUeclionde M. deGrotlhuss,
quittait étiqueté comme d'origine météorique, consiste en une
masse de fiuilles noires, fragiles, semblables à du papier brtMé,
mais plus dures , et adhérentes les unes aux autres. Soumise aux
réactifs chimiques , cette substance sest trouvée composée de
silice, de magnésie, de fer et de nickel, avec des traces de
clirôme.
POLOGNE.
Varsovie. — Publications noui^elles et prochaines. — Zoologie.
— M. Jarocld, professeur à l'Université de cette ville, se pro-
pose de publier une Zoologie en 5 volumes in-S» , où il a dessein
de renfermer tout ce qu il y a de positif dans cette science chez
Illiger, Linnée, Duméril, t^uvier et Schneider, en se rappro-
chant , autant qu'U sera possible , de Tordre tabulaire de Duméril ,
de la précision d'IUiger dan» Texposition des caractères de chaque
genrç , et de la méthode de Guvier pour les observations anato-
miques. M. Jarocki a déjà publié plusieurs ouvrages : i° en i8i4,
une dissertation sur lu machine de f^itt, et une autre sur /a
correction de la mei>urs du tenis, , et de la hauteur avec la roue de
Borda, è laquelle il a' appliqué Fobservation faite à Cracovie, le
15 avril de la même année j '4° en 181 5, un recueil de fables et de
contes en vers^ 3° en 1819, un catalogue des oiseaux renfermés
dans le cabinet d histoire naturelle de Varsovie , dont RI. Jarocki
est directeur,
— r- Traites sur le Droit romain. — M. Venceslas- Alexandre IM acie-
JQwaki, professeur à rUniversité de Varsovie, avantageusement
connu en Allemagne par son ouvrage de vita et constilnlionibus
Trujiini Decii , imprimé' à Gottingen en 1818, s'est adonné à
l'étude des lois romaines, et poursuit avec succès cette canière,
jusqu'à présent j)eu suivie en Pologne. Da commencé })ar donner
des dis.sertations séparées, où il fait la comparaison des lois de
Sioloo avec celles des Décemvirs , et de la dillerenct- qui existe
entre ce3 lois^ il conclut que les lois des Décemvirs n'étaient pas
tiiées des lois solonieunes. Il a de plus commencé à publier un
ouvrage renfermant l'histoire du Droit romain. L auteur, ennemi
d% la méthode conjecturale , veut qu'on étudie la législation d'à-
i8o EUROPE.
prôs les lois positive* et mises en j ratique. Digne ëmide de l'ëcol*
allemande, après avoir tiaite des écrits et des moniimens relatif}
au Drc't roniiin , il s"attd( hc succissivemrnt aux j^ëi iodes indi-
quées par HtJ^on dans riii*t(.>irf que celui-ci en a donnée. L'ou-
vrage de M. ^^aci»■jo^^ ski peut iHre regardé conuni- un complément
à Y Histoire du Droit mmmn de Bachiut , et à d'autres ouvrages
semblables, publiés en Allemagne. Entre autres choses remar-
quables. I\î .M.iciejowski soutiont que les plébéiens pouvaient de-
venir jiatiicicns; que la loi n-^'iV/ appartient aux tems de Vespa-
sien , que Vcdicluu n jierpeUium n'est autre chose que la rédaction
du Droit en im meilleur ordre , pour faciliter 1 étude des lois ;
qu'il n y pas de dillénnce entrerai ilaliœ et jus Unlicum, etc. , etc. ,
et Riebhur, Ilugo, Savigny, Gibbon, sont les guides de Tauteur,
dont pourtant il conteste quelquefois les opinions. M. IMaciejowski
rend justice à la nation française, en avouant que les travaux des
jurisconsultes français surpassent ceux dt- tous les aufie^. Entin il
raconte les discussions qui ont eu lieu entre quelques-uns de ses
savans compatriotes, relativement à linlluence du Droit romain
sur la PoJoj^ne. Tous les ouvrages de M. Maciejovrski sont écrit»
en latin.
— Economie politique. — M. le comteFrédénc Skarbek, collègue
de M. I*Iariejo\vski, a dcbuU- dimsle monde littéraire, en 1816, par
la traduction polonaise d'Anaciéon. Il a publié vers la m^mtt
époque, une tiaduction de Y Ksaai politique sur le retenu public,
par M. Ganilh j pub en 1820, le premier volume de son traité de
V Economie nationale , où il trace les règles élémentaires de l'éco-
nomie politique, et traite successivement des institutions jiubli-
ques, et de la théorie de l'économie politique, l^ans les volumes
suivans, il doit s'occuper de la science de l'administration, ou
de l'application de l'économie politique aux besoins delà nation,
de la police et des iinances. Ad.im Smith, G. B. Say , et
J. K. Krans, quia exposé la théorie de Smith, sont les guides
de notre auteur, mais spécialement M. Say. L'auteur a placé en
tête de son ouvrage la dissertation cju'il a lue en ouvrant le cours
d'économie politique , qu'il fait à l'Université de V arsovie.
SUÈDE.
Stock HrjLM. — Eclairage yar le gaz hydrogène ci'rLoné. — L»
EUROPE. i8«
4 septembre dernier un brasseur de cette ville a fait Fessai de
Te'clairage par le gaz, qu'il a adopte' pour son établissement.
Laponie. — Instruction publique. — Le gouvernement vient
d'établir des e'coles en Laponie. Comme ces peuples sont pour la
plupart nomades , les e'coles seront ambulantes.
— Décoauerte de plusieurs îles. — Le major sue'dois Graaner,
qui s'était embarque' pour le Chili , a découvert , dans la mer du
Sud, un groupe d'îles dont aucun voyageur n'avait encore parlé.
La plus grande de ces îles a reçu le nom d'Oscar.
DANEMARCK.
Copenhague. — action de la pile voltaïque sur F aiguille aiman-
tée.— M. OErsted, secrétaire de l'Académie des sciences de cette
ville , a de'couvert un phe'nomène qui occupe tous les physiciens.
Il a fait , d'abord seul, puis ensuite en présence de plusieurs sa-
vans distingués, MM. Esmarck, Vlcngel, Hauch, Reinhardt,
Jacobsen et Zeize, une série d'expériences dont voici les princi-
paux résultats : i°. Qu'un fil métallique, en communication avec
les deuK pôles d'une pile voltaïque , agit sur l'aiguille aimantée j
2° que la nature de cette action dépend, sinon de la position de
la pile, du moins de la direction, dans laquelle les fluides positif
et négatif se meuvent dans le fil conducteur, relativement aux
pôles de l'aiguille j 3° que si le fil conducteur est placé au-des»-
sous de l'aiguille, il produira une déviation en sens inverse de
celle qu'il occasionnait, quand il était dessus. — M. OErsted est
parvenu à faire décliner l'aiguille de 45 deg. Cette déclinaison
varie suivant que l'appareil est plus ou moins puissant; l'espèce
de métal qu'on emploie ne change pas l'effet ; mais , elle influe
peut-être sur son étendue. Une circonstance, digne de remarque,
c'est que l'action du fil métallique s'exerce avec la même force
au travers du bois , du verre , des métaux , de l'eau , de la résine,
des vases de terre cuite et des matières pierreuses. M. OErsted a
consigné toutes ses expériences dans un Mémoire écrit en latin ,
et dont on trouve une traduction dans les Annales de physique et
de chimie, par MM. Gay-Lussac et Arago, T. XIV, pag. 4'7i
cahier d'août 1820. (Voy. les articles Suisse et Paris.)
lib FX'ROPK.
ALLEMAGNE.
Hallf. — finaii^rc de bois. — ^1. Sfofzo, apofhicairi* dans rette
ville, a trouve' une manit re dtr purifier le viiiai{;rc de l)ois, en le
dislilhint, aprc^s y avoir in(*le' de l'acide siilfiiriquc, de Toxide de
manganèse et du sel commun. La Société royale de Gottingeri lui
a dëcemë un prix pour la découverte de ce procédé. M. Stotze a
aussi vérifié la méthode proposée par le professeur IMeinike,
en i8i4, pour conserver de la viande au moyen du vinaigre de
bois, il a reconnti qu'en frottant à plusieurs reprises un cadavre
avec cet acide , on parvient à le convertir en momie.
HAMBorBG. — FUihlissemens de bienfaisance. — Le magistrat
et la bourgeoisie d<> la ville de Hambourg se sont '■otisés pour una
somme de 800,000 tlialers ronrant (environ 3, 100,000 fr;mc« ) ,
destinée à la construction d'un nouvel hôpital poiir les pauvres
malades. De tout lems les hal>itans de HamV)otirg se sont distingués
par das preuves de charité vraiment touchantes ; et dans cette
dernière occasion , ils ont montré tant d'empressement, que le
noble exemple de leur» sentimens généreux et hienfaisans mérite
d'être cit»-. Chez eux, on ne trouve guère de pauvres sans pain;
sans vêtemens et sans feu , ni de malades sans secours : la mendi-
cité est inconnue dans la ville et tout homme en état de travailler,
y trouve de quoi s'occuper. Mais peut-^tre rien n'y est plus ji.ir-
fait que l'organisation de la maison des orphelins, où plus de
800 enfans des deux sexes sont élevés et instruits avec tant de
soin, que la meilleure recommandation qu'ils puissent avoir pour
trouver desplaces en sortant de cette institution, c'est d'y avoir c\é
élevés. La plupart dutems, les place qu'ils doivent occuper, sont
arrêtées d'avance, soit dans le bureau d'un négociant, on dans
l'atelier d'un artisan, ou comme domestique cher une famille
respectable ; chacun entre dans sa nouvelle carrière avec un trous-
seau assez complet et une petite somme, fruit des épargnes que
les administrateurs ont faites pour lui. (>eux-ci sont pris dans la
première classe des babitans, et n'ont, pour récompense de leurs
services , que la reconnaissance des orphelins et l'estime rie leur»
ronciloycns ^'t ttc institution bienfaisante <lale déjà de l'an i.'if)^;
mai'^, h maison menaçant ruine après environ «leux siècles d'i-xis
tence. un nouvel «Vlilice plus vaste et plus comn)ode fut construit
EUROPE. i8{
èà t^SS. Depuis ce tems, les Hambourgedis ont redoublé de soins
pour perfectionner de plus en plus un si bel établissement, qui
peut, aujourd'hui, servir de modèle.
Mdnich. — Instruction publique. — Le journal allemand inti-
tule Mnrgenblatt , donne l'aperçu suivant de l'ëtat actuel des
écoles publiques de Munich. Le collège et le lyce'e, tous les deux
consarrés à l'instruction classique , comptaient , au commence-
ment de la présente année, environ mille élèves. Les écoles élé-
mentaires et populaires étaient fréquentées par .'>,20o enfans. Les
écoles gratuites du dimanche et des jours de fête, établies depuis
vingt-cinq ans, pour les ser\ante8 et autres jeunes filles qui n'ont
ni reçu d'instruction élémentaire, ni appris à travailler à l'ai-
guille , ces écoles d'une utilité morale si grande, avaient au-delà
de mille élèves. Les écoles gratuites du même genre, fondées de-
puis vingt ans pour les jeunes gens (|ui y apprennent non-seule-
rjent à lire, à écrire et à calculer, mais aussi les élémens du
dessin et de mécanique pratique, étaient fréquentées par i38o
apprentis et 35o compagnons de toutes les professions. D'après
cet aperçu, il ne reste guère d'individus à Mun'ch qui n'aient reçu
ou ne reçoivent de l'instruction, puisque sur une population d'en-
viron 40,000 individus, près de 9000 suivent les écoles publiques.
PuBUCATlOISS NOUVELLES ET PROCHAINES. — LeIPSICK.. Lcdocteur
Robbi, vient de publier une traduction de l'ouvrage de M. Curtis,
sur la physiologie et les maladies dé l'oreille. Ce sujet n'avait pas
encore été traité psr la faculté allemande; et le traducteur a en-
riclii l'original de plusieurs notes importantes, où il recommande
fortement à ses compatriotes de fonder une institution sur le
modèle du Dispensaire rnyal de Londres, destiné spécialement à
» la cure des maladies de l'ouie.
Fkancfort-sor-le-Mein. — Anthropologie. — Il vient de paraître
dans la liV)rairie de Hermann , un petit ouvrage très recomman-
dable à cause de l'esprit véritablement philosophique qui a con-
duit la plume de son jeune auteur, M. le docteur A. Clemens.
Cet ouvrage, intitulé: Fragmens anMiropologiqiiPS fylnthropoln-
gische Fragrnene), contient des considérations générales surl'in-
Uuence du climat et les caractéi-es qui distinguent les hahitansdes
p.iy,; montagneux.
Ou^'rage contre le duel. — M. Hahrieber ayant adressé à S. M. le
i84 EUROPE.
roi de Prusse un ouvrage contre le duel, S. M. s'est empressée
de rendre justice aux sentimcns développés par l'auteur. Le roi
déclare, dans sa Icllre à M. Hahrieber, qu'il ne peut approuver
le duel sous aucun prétexte, le regardant comme l'effet d'une
passion blâmable et comme une action contraire aux lois.
Heidelberg. — Le libraire Engelmann , à Heidelberg , an-
nonce une tradnclion allemande de la Rioirraphic universelle des
contemporains, par INl.M. Araault, Jay , Jouy, Korvins, etc. Le
premier volume est promis pour cet hiver , et les autres suivront
à mesure que l'original paraîtra ù Paris. L'éditeur rend à son
pays un service d'autant plus grand, qu'on y a publié dans ces
derniers tems des ouvrages du même genre , qui ont répété les
calomnies dont quelcjues biographes, ou plutôt quelques libel-
listes indignes d'être Français, ont chargé la vie dun grand
nombre de leurs compatriotes.
Bonn. — Ouvrage périodique. — M. A. G. Schlegel , célèbre
littérateur, et professeur à l'Université de cette ville, vient de
publier sous le titre de Bibliothèque indienne {Indische Biblio-
tek) , un ouvrage périodique uniquement consacré à recueillir les
trésors philologiques et philosophiques de lanliquité indienne, qui
jusqu'à présent n'était connu que par des fragmens épars. Quatre
cahiers de ce recueil paraîtront dans le courant d'une année ,
à des époques indéterminées. Le premier cahier a tltjà paru, et
il contient : i°. Un aperçu assez étendu de l'état actuel de la phi-
lologie indienne. 20. Des poésies indiennes , qui sont précédées
de trois petits traités : le premier, sur le rhythme épique des
Indiens; le deuxième, sur rhexamètre allemand; et le dernier,
sur l'orthiigraphc et la ^ironouciation des noms indiens. Vient
ensuite l'imitation en quatre cent vingt-cinq hexamètres alle-
mands d'un poëme intitulé : La Descente de la déesse Ganga.
Ce poème , en deux chants , est suivi de notes explicatives sur
l'histoire et la mythologie des Hindous 3o. Critique de Nalus ,
Carmen snnscrituin e f\Iahabharato, cJid. Fr. Bnpp. — Le prix de
chaque cahier, dont (|uatre forment un volume in-80 , est de 3 fr.
/jo cent. A Bonn , librairie de Weber. Henricus.
SUISSE.
GeiiivE. — Action de la pile voltaique sur F aiguille aimante < .
EUROPE. i85
M. le professeur de La Rive, qui a luî-même fait des de'cou-
vertes très importantes avec les puissantes piles voitaïques qu'il
possède, a vérifie, en présence de MM. Arago, Pre'vost, Pictet,
de Saussure , Marcet , de CandoUe , etc. , les belles expe'riences
par lesquelles M. OErsted a constaté raclion de la pile voltaique
sur Taiguille aimantée. Il a reconnu, avec les célèbres physiciens
qu'il avait appelés comme témoins , toute l'exactitude des résul-
tats principaux donnés par le savant danois. ( Voyez articles Da-
nemarck et Paris ). M. de La Rive a fait les expériences tantôt en
tenant Taiguille seule sous le récipient d'une machine pneumati-
que , tantôt en y plaçant à la fois l'aiguille et le conducteur de la
pile : les résultats ont toujours été les mêmes.
— • Histoire naturelle. — La réunion des amateurs d'histoire
naturelle , qui a eu lieu dernièrement , a été aussi nombreuse que
brillante. On y remarquait MM. Escher, de Candolle , le général
Laharpe, Wyttenbach, Trechsel, etc. C'est à Bâle qu'aura lieu
la réunion prochaine.
Canton de Vaud. — Lausanne. — Histoire naturelle. — La
Société d'amateurs d'histoire naturelle et des sciences physiques
continue ses travaux , et les collections s'accroissent. M. le géné-
ral de Laharpe vient d'offrir au Conseil-d'Etat de ce canton , les
cinq caisses de minéraux de Russie et de Sibérie, qu'il a reçues
de l'empereur de Russie.
— Législation. — Notre constitution permet au Conseil-d'Etat
de gouverner provisoirement avec les vieilles ordonnances , jus-
qu'à ce qu'on les ait remplacées. — Le coc/ecit'iV est enfin imprimé,
et l'on va s'occuper de la procédure ciuile , après quoi on révisera
le code pénal et la procédure criminelle. — Le programme relatif
à la question au jury a produit quatre Mémoires, dont deux vont
être imprimés. — .Ce sera seulementaprès avoir terminé ces divers
travaux, que notre nouvel ordre de choses pourra être considéré
cooCime stable. 11 faudra ensuite s'occuper sérieusement des
moyens de mettre en rapport avec les nouveaux principes notre
système d'instruction publique , en lui donnant une direction qui
forme des citoyens et crée un meilleur esprit public.
Le Cercle littéraire se soutient , quoiqu'on n'y joue pas : on y
lit un grand nombre de gazettes, et il est très suivi.
!86 FXiROPK.
ITALIE.
Kaples. — Procédé pour restaurer les médailles antiques. —
Dans Tune «les demiùres séances de V Institut royil de A'aples, le
professeur rrancoisLaticellolti a exposé, dans un savant Mémoire,
un proréJé pour enlever la ruuille <)ui souvent enveloppe et obs-
curcit les mé.Jailles antiques d'argent. 11 a exécuté ses essais aver
beauronp »lc succès, en mettant daliord la médaille dans l'acide
hydro-chlorique; puisdansl'ammoniaque liquide et en la frottant,
quelque tenis après, avec une toile jusqu'à ce qu'elle fût entière-
ment nettojée. Les antiquaires doivent savoir gré à l'auteur d'une
découverte qui leur rend l'usage d'un grand nombre de médailles
devenues tout-à-fait inutiles par la rouille qui en couvrait les ins-
criptions.
Journaux litte'raires, scientifiques et politiques. — Plusieurs nou-
veaux journaux viennent de paraître ou d'être annoncés en Italie.
Leur nature et leur but sont une preuve de la direction ou du degré
d'activité que l'esprit humain semble développer île jilus en plus
dans CCS belles contrées. Il est donc nécessaire d'en donner quel-
que idée dans ce recueil.
Florence. — Dès 180^, on publiait ici une Collection périodique
d'opuscules scientifiques et littéraires et d'extraits d'ourrat^es inte-
ressans Portée au nombre de 11 petits volumes , elle avait été
suspendue en 1818. On vient de la reprendre, sous le titre de
A'ouvelle collection d'opuscules et de notices sur les sciences , les
letlivs et les arts , dont il a déjà paru deux livraisons bien impri-
mées avec des planches. Elle contiendra <lcs productions iné«lite.<.
des écrivains classiques italiens, et mêuic des auteurs vivans; tles
extraits philosophiques et critiques j tles notices bibliograpiii-
ques, des prospectus , des mélanges et des variét<'s , et tout ce
qui a rapport aux beaux-arts. A en juger par ce qui a paru jus-
qu'à présent, ce journal semble destiné principalement A la lit
térature et aux antiquités.
L'n autre journal sous le titre iVÂntliolof^ie , ou Choix d'opus-
cules de tout '^enif de littérature , traduits en italien, vient d être
annoncé. Son objet est de rt-pandre en Italie tout ce que conlieji
nent de plus intéressant lesjournaux les j>lusaccréditésdel'ranoe,
d'Angleterre , d'Allemagne, etc. Le choix est fait par une société
EUROPE. 187
fThommes de lettres qui ont le goût et le jugement nécessaires
pour clotmer un grand intérêt à cette entreprise. Elle pourra,
sans doute, exciter de plus en plus une noble e'mulation et une
réciprocité' de cousmunication entre les nations les plus éclairées.
Ce journal renfermera aussi les notices scientifiques, littéraii-es et
bibliographiques les plus importantes.
Gènes. — Les Annales géographiques des f^oycges , publie'Cs
par Salvatore Bertolotto , contiendront l'analyse des meilleurs
ouvrages de géographie , de statistique et de voyages , avec des
cartes géographiques et d'autres planches qui y seront relatives.
Cet ouvrage périodique est divisé en trois parties : la première
comprend des relations et des mémoires; la seconde, des extraits
et des analyses ; la troisième , des mélanges.
Naples. — On a annoncé un journal sous le titre assez singu-
lier de la Chimie des anciens ressuscitée , appliquée aux trois
règnes de la nature, et opposée à la chimie des modernes. Les
rédacteurs nous promettent que l'ouvrage sera non-seulement
agréable , mais encore utile à tout le monde , surtout aux méde-
cins , pharmaciens , minéralogistes , antiquaires , poètes , et aux
amateurs de la mythologie égyptienne et grecque. Ils semblent se
charger d'expliquer le jargon mystérieux des anciens chimistes,
qu'on regarde comme inintelligibles jusqu'à i)résent, et de donner
le véritable sens de leurs allégories, métaphores, énigmes. fables,
etc. On verra quel sera le succès dç ce genre de recherches, qui,
à dire vrai, n'a jusqu'à présent produit aucun avantage. 11 pa-
raîtra par mois une livraison de 64 pages avec deux planches; le
prix est de i5 francs par semestre.
Les ouvrages périodiques qui dans ce moment se font remar-
quer dans le royaume de Naples , sont les journaux politiques.
Ceux même qui existaient déjà , ont pris la même direction. Dans
le nombre extraordinaire de ces écrits , on remarque i'' Impartial ,
la f^olx du Siècle , VAnù de la Constitution , \e Journal Encyclo-
pédique , la Minerue napoUlaine , la Bibliothèque constitutionnelle,
etc. , etc. Tous ne sont pas écrits avec le même intérêt, mais la
plupart se font distinguer par leurs idées et par leur bon esprit.
On y remarque des opuscules très imporfans ; entre autres , une
circulaire du miniatre des affaires ecclésiastiques ^ M. le comte de
Ricciardi , remarquable j>ar ses prinrij)es et par sa précision ; des
/
i88 EUROPE.
Obseivdtions sur la réiofution Je Naples , etc. , qu'il importe cs-
sentiolleraent ilc se procurer pour bien connaître efpour bii-n ju-
ger cet événement politique. On y rencontre çà et là des pièces
fort curieuses pour l'histoire du tems , telles que la relation du
gênerai Colletta , et une lettre du général F. Pif;natelli Slron-
goli , etc. Si Ion en croit ces personnages, dont Tautorite e.st
très reconimnndable , la rëvoltilion de INapIcs , loin d'être mi-
litaire, est véritablement nationale; elle paraît devenue, en peu
de jours , l'ouvrage du peuple , des grands . des soldats et de leur
roi qui est plus que jamais chéri et respecté. Une disposition
aussi ge'nérale suppose des causes également générales ; ce que
prouve, par les faits eux-mêmes, l'auteur des Ohsenations sur
la réfotuliort de Nuples. On y trouve placées toutes les vicissi-
tudes du royaume de Naples qui avdient précédé et suivi l'épo-
que funeste de 1799 , et les conséquences ultérieures qui se sont
développées après 1808 et jusqu'en 1820. 11 semble que le l'esom,
le désir de l'indépendance et d'une constitution convenable à
l'état de la nation, se soient manifestés sans cesse, et sous la domi-
nation des Français , et après la restauration de l'ancienne dy-
nastie. Cet événement ne serait donc pas un eflet sans cause; il
aurait été , au contraire , préparé et amené par des circonstances
très remarquables. Il semble aussi ijuc les besoins des Napoli-
tains sont réellement en tiarmonietavec leurs lumières, fsi l'on
peut s'en rapporter à ce qu'on dit généralement de leur modé-
ration et de leur s:igessc , dans tm moment où des passions
aveugles et dangereuses ont trop souvent la prépondérance.
Mais , en nous bornant à ce que nous impose la nature et le plan
de notre rerueil , nous ne ])Ouvons nous dispenser «l'observer
qu'en général les rédacteurs de ces feuilles périodiques prou-
vent que les Napolitains sont très vtrsésdans les sciences morales
et i)oliliques. « Naguère, dit-on quelf|ue part, un journaliste it.ilien,
ou plutôt étranger, nous insultait, en nous dépeignant comme des
hommes adonnés à la jiaressi-; «t il débitait que, t.indi- «ju'on pu-
bliait ailleurs beaucoup d'ouvrages, nous ne savions pas même
ce que c'estque de faire un livre. Napolitams, poursuit le jcurnal,
répondez à cet Italien, qui se complaît à se moutr<'r étranger, que
pendant ({u'ailleurs on s'occupait seulement de querelles gramma-
ticales, souveut ridicules et rarement utiles, qui n'ont produit
EUROPE. 189
que le livre 3e Monti, on achevait à Naples le grand 'ouvrage de
l'indépendance et de la constitution, w INous faisons ici cette re-
marque pour de'sabuser les e'trangers qui croiraient que les Ita-
liens ne sauraient s'élever au-delà des études de la grammaire po-
sitive et du vocabulaire; nous avons lieu d'espérer qu'ils n'ou-
blieront pas la gloire de leurs ancêtres , et qu'ils la soutiendront
par de nouvelles productious d'un tout autre intérêt.
Lettres inédiles du Tasse. — On annonce, dans la Bibliothèque
italienne , qu'un recueil de plus de aSo lettres inédites du Tasse
se trouve dans les mains de M. Gio Bernardoni. Il appartenait
auparavant à l'abbé Serassi, qui tâcha de recueillir en Italie,
tout ce qu'il put se procurer de ce grand poète , avant de publier
sa vie. Sérassi a montré de quel intérêt sont ces documens, et il
en a tiré le plus grand parti pour son travail. Il serait bien avan-
tageux que l'on publiât cette nouvelle collection des idées et des
sentimens du Tasse.
Otrante. — Découi^erte d'un ancien zodiaque. — M. Brocchi,
continuant son voyage en Italie,] ne néglige aucun monu-
ment digne de fixer l'attention du voyageur philosophe. Il s'est
arrêté quelques momens pour examiner un ancien zodiaque de
l'église cathédrale d Otrante, dans le royaume de Naples. C'est
une ancienne mosaïque placée sur le pavé de l'église, et repré-
sentant un très grand arbre dont les branches sont destinées à
marquer divers tableaux du vieux et du nouveau Testament. On
y voit disposés à quelque distance et en cercle, les douze mois
de l'année , caractérisés chacun par une constellation zodiacale ,
et par les travaux, réservés ordinairement à chaque mois. Ce
monument date de 1 165. Le savant voyageur fait quelques re-
marques sur les figures de ce zodiaque. Ce qu'on y remarque de
plus curieux, c'est la distribution inusitée des constellations j par
exemple : la constellatien des poissons est exclusivement as-
signée au mois de mars , celle du bélier au mois d'avril , celle de
la vierge au mois de septembre, etc. Celte variation existait
aussi chez les anciens, ce qui a donné lieu de soupçonner une va-
riation correspondante dans l'état du ciel. M. Brocchi cherche à '
prouver que la constellation du bélier dutdépasser,au cinquième
siècle, le mois de mars sur la précession de l'équinoxe, et se pla-
cer dans le mois d'avril. Mais l'usage de celte disposition est biea
190 ELROPK.
plus ancienne que ne l'ioJiqiicDt le zodiaque d'Otrante et le calca-
drier farncsien fait au premier sitcle de l'ère vulgaire j c'est ce
que prouve le zodiaque «rKsueh, ville d'tgypte, qu'on ne con-
naît en Kurope que depuis quarante ans. La disposition de ce»
constellations suppose la précession dr trois xisînes, et par con-
séquent une datcqui précède notre époque de H^^o ans. Mp Testa
a réfuté cette supposition ilans un Mémoire. Il r.ipportc le mo-
numenten question au tiins d'Auguste. M. Brocclii soutient l'opi-
nion de ÎMï' Testa , et la conlirme par plusieurs considérations
très ingénieuses. ^Voy. Bibtioteca ilaltana , K" LIV. Giugno,
i8-!o, page 3.'J8.)
TURQUIE.
CossTAMiNOPLE. — Pn-sert'ittiJ' cnntre la prite. — Le docteui
Strubon , à Constantinoplc, et le docteur Lafond, à Salouique,
ont fait plusieurs expériences , qui tendent à jirouver que la vac-
cine est un excellent préservatif ccmlre la peste.
Chios. — Iiulrucùonpubliqut!. — I..e grand collège grecdeChios
continue de prospérer maigre' fous les olistacles. On y enseigne
avec un grand succès les sciences physiques et mathématiques,
les belles-lettres, les langues grecque, latine et française, la
philosophie morale, le dessin, etc. On va y établir aussi une
cliaire de musique italienne. Le professeur de dessin , «|ui est en
même tems professeur de langue Irancaisir, est M. Man.;ousse ,
jeune Français, profondément instruit et sachant bi( n le grec
ancien : c'est im élève de l'Ecole normale de Paris. A l'ouverture
de Stts cours il a prononcé, devant un nombreux auditoire , un
très beau discours, éirit en grec ancien, sur l'iini>orlanrc <lu des-
sin et sur les avantages (|Ue la juuuesse grecque peut lelin-r de la
lecture des auteurs dont s'honore la Fiance. Par une heureuse
transition, M. Mungousse a fuit , d'une manière touchante, N-
loge des vertus patriotiques des grands homuies de l'ancienne
Grèce. Les auditeurs n'«mt pu retenir leurs larmes lorsque le
professeur s'est écrié avec émotion : n O vous, jeunes et sen-
)) sililes enfans de la malheureuse (îièce ,. honorez toujours de
» vos larme» les tombeaux de vos ancêtres , tombeaux vénérables,
EUROPE. ,9,
y, quelles conqiiérans barbares ont foules avec la plus stupide In-
3< différence. Lçs mihies sacre'es des héros et des grands hommes
t » vous exhortent à faire tous vos efforts pour les consoler. Mais
I j> je vois couler vos pleurs! Ah! quel heureux augure pour l'cn-
)• tiere civilisation de la Grèce! Oui , c'est vous, mes chers amis,
.1 qui la ferez renaître de ses cendres, etc. » Le nombre des étu-
diaos est déjà de 4/^j plusieurs sont du P«;'loponnèse, de Cépha-
lonie et des îles de l'Archipel. Ce qu'd y a de plus remarquable,
|[, c'est que deux jeunes gens sont venus exprès du fond dé l'Amé-
rique , pour étudier la langue d'Homère d^ns la capitale de Chios,
Tune des sept vil 'es qui se disputent la gloire d'avoir vu naître le
j)rince des poètes. M. Varvaki, un des plus riches négocians
grecs, et en même tems un des plus zélés ])atriotes , a doté le
collège de Chios de la somme de trente mille francs, et d'uQ
grand nombre de livres achetés à Paris. Cet homme respectable
est natif d'ispara, île située non loin de Chios, et dont les habi-
fans sont tous des navigateurs intrépides et des commerçans
habiles.
On a établi à Constantiuople une caisse philanthropique pour
les étudians pauvres. Elle est sous la direction immédiate de trois
archevêques grecs et de plusieurs négocians. Le patriarche ac
tuel Grégorios se montre toujours l'ami et le défenseur de l'ins-
truction publique, en luttant avec courage contre l'avarice des
évéques et Je hideux macliiavélisme de la plupart des Phanariofes
( soi-disant Grecs, au service du grand-turc).
ESPAGNE.
IMadiud. — Une compagnie. d'assurance contre, l'incendie s'é-
tablit dans cette ville, sous le nom de Saint-t'erdinand. On aime
1 à voir comment les associations et les établissemens qui assurent
les propriétés particulières contre les fléaux auxquels elles sont
' trop exposées, viennent naturellement à la suite des institutions
■ onstitutionnelles, qui garantissent les libertés et les droits
[lublirs.
— Nouveau journal. — 11 a paru, dans le mois d'août dernier,
un nouveau journal, sous le nom de El Censor, le Censeur, et
formé de 80 pages de rin-8° espagnol, correspondant à l'in-ia
français. Ce recueil, dont ou a déjà publié neuf à dix cahiers , est
iga EUROPE.
fait sur un plan analogue à celui de Pancien Censeur Français.
Les rédacteurs remplissent parfaitement leur tâclic, et donnent
des preuves non équivoques d'érudition , de sagacité et de bonne
foi. On remarque une grande justesse dans leurs jugemens; s''ils
exercent une critique scvirc sur les choses, du moins ils ména-
gent li's personnes; et, quelque sujet qu'ils traitent, leur langage
est toujours pur, leur style toujours correct. Ce sont les pre-
miers journalistes qui aient ose combattre les idées exagérées, et
»is;naler le danger des sociétés i>3rticuliére8 formées, sans autori-
sation légale , sotts le nom de Sociétés patriotiques , mais plus gé-
néralement sous celui de clubs. L'un des clubs qui existaient ù
IVIadrid , lors de la publication du premier numéro du Censeur,
y fit un auto-da-fé tie l'exemplaire qui y avait été lu; (juelque»
membres de ce club se portèrent à des excès honteux contre l'im-
primeriedu Censeur, tandis que d'autres membres publiaientde
TÏrulentes diatribes contre les rédacteurs de cette feuille, à l'oc-
casion de c^uelques articles qui leur uvaicnt déplu. Les rédac-
teurs (qui ont autant de force d'ameque d'instruction littéraire)
s'aperçurent bientôt que ces attaques avaient pour but de les
faire renoncer à leur entreprise ; mais , loin de céder à des consi- •
dérations pusillanimes, non-seulement ils persévérèrent dans leur
plan, mais encore ils firent paraître dans leur second numéro,
une réponse aux diatribes dont ils avaient été l'objet, conçue eo
des termes à la fois fermes et mesurés; puis, dans les numéros
suivans , ils montrèrent tant de sagesse et de modération , que le
Censeur est déjà en possession non-seulement de la primauté sur
tous les journaux, mais encore de quelques avantages particuliers
qui font honneur aux rédacteurs. Les ministres secrétaires d'Etat
ont souscrit au Censeur i^our un grand nombre d'exemplaires; ce
qu'ils n'avaient fait pour aucun des aS journaux existans. Le
comte de Toreno, président des cortès , s'est exprimé, dans l'as-
semblée nationale, iPimc manière très flatteuse pour ces nouveaux
journalistes, en blâmant la conduite du club brûleur, (|ui depuis
a été fermé.
11 est à remarquer que les ministres et le comte ilc Toreno sont
compris dans le nombre de ceux qui ont été et qui sont encore
nommés librraux; mais les rédacteurs du Cens'ur ont été forces
de se réfugier en France comme anciens défcnfcurs de la consti- '
EUROPE. igi
tution es|)agnole faite à Bayonne en 1808; constitution qu'ils ont
défendue jusqu'au moment où la nation toute entière, d'accord
avec le roi, adopta elle de l'an 181 2.
Les l'raucais versés dans la langue espagnole, qui désirent suivre
la marche des afïaires polifiques de l'Espagne, Hi- sauraient mieux
faire que d'accorder la prc'fér- nce au Ctnseur sur tous les autres
journaux. La liberté publique et individuelle y est parfaitement
soutenue j mais la démagogie, l'esprit de parti et la licen.'-e y
sont hautement blâmés, sans cependant sortir des bornes de la
modération.
Les princlpaus rédacteurs sont MM. Amarita, Lista, Gomez
de Hermosilla , et I^îignano. Nous ne doutous pas que leu:s miras
ne passent à la i)ostérité, ce que ne peuvent guère attendre la
plupart des rédacteurs des autres journaux.
J. A. Llorente.
PORTUGAL.
Enseignement mutuel. — M. le comte de Melo , directeur des
écoles militaires d'enseignement mutuel , sachant tout rinférêt
que la Société d'enseignement mutuel de Paris porte à la propa-
gation de la nouvelle méthode, non-seulement en France, mais
dans tous les autres pays, s'est empresse de lui faire connaître
l'étal des écoles confiées à sa direction. (>s écol. s , dont la fon-
dation date seulement du mois d'août 1817, ont n eu des déve-
loppemens successifs, qui honorent également la nation et le
gouvcrnemeiyt. 11 exi^te , depuis cett" éjioque, dans cliac|ue régi-
ment, une école où sont admis indistinctement tous les enlaus
appartenans aux classes pauvres ou peu aisées. On y comptait
déjà, à la fin de juillet 1818, 3843 élèves, dont 1891 soldats ou
fils de soldats, et jgSi fils de particuliers. 11 se trouvait, à lu
même époque, So^ individus dont l'instruction était terminée ,
et qui savaient très bien lire , écrire et calculer. Pour encoura-
ger ces écoles et exciter Témidation , le gouvernement a promu
à des grades supérieurs iSg soldats, et des médailles ont été dis-
tribuées aux autres élèves. Le nombre efléctif d'élcves, au mois
d'aoïht 1818, s'élevait à 2598 , dont i43o soldats et 1 168 autres
individus.. Ces détails prouvent que l'enseignement mutuel, favo-
rablement accueilli en Portugal par le gouvernement et par le pu-
TOME VIII. l3
194 EUUOrE.
blic, ne tardera fus a devenir universel, etqu'il surmontera birn-
tôf , dans d'autres contrées , les obstacles que le despoti^a^e et la
superstition cherchent à lui opposer.
ROYAUME Di:S I'A\S-BAS.
UrRtCBT. — Socicte des ArU et des Sciences de la province
dPCtiecht. — A l'assemblée génerulc du a3 juin, on a décerne une
médaille d^or à l'auteur d'une réponse à la question suivante ,
propose'e en 1818 :
« Y a t-il lieu d'cspcrer qu'un j jur la physique et la psycl.olo-
gie pourront être envisagées comme deux sciences élroilement
lie'es , dont l'idée commune se trouve dans la niétHpiivsi(|ue? —
Dans ce cas, sur quels fondemcns peut-on établir cet espoir?
Dans le cas contraire , pourquoi ces deux sciences ( toutes deux
si Importantes pour les recherches du philosophe ) , doivent-elles '
rester se'pare'es? » L'auteur est M. C. H. Bachman , professeur de
philosopliiijà rUniversitc d'I«'na.
La Société a propose pour la seconile fois les questions sui-
vantes :
Première question. — "Y a-t-il des signes canictérisliques sufll-
sans pour distinguer toujours avec certitude le véritable cancer
des autres maladies qui lui ressemblent? En cas de réponse alUr-
mati vc , quels sont ces signes? — t"aut-il toujours considérer cette
maladie comme reflet d'une indisposition du corjts entier, ou
bien n'esl-elle parlbis que locale? — Si elle doit être considii. ••
comme une indisposition du corps entier, les remèdes extérieur-,
soit l'amputation, soit le remède appliqué par les religieuses au
couvent de Rces, soit les remèdes corrosifs , et spécialement
rar.<:cnic, peurcntrils contribuera la guérison do la maladie ou à
l'allégement de ses accidcns ; ou bien faut-il les considtfrcr tous
comme nuisibles ? — Lorsque le mal n'a pas encore les .signes ca-
ractéristiques du véritable cancer, mais qu'on a raison de craindre
qu'il ne le devienne, et qu'on ne puisse le considérer que comme un
mal local ^ quels remèdes extérieurs peut-on alors a])p1iquer avec
qui Iquc espoir de succès , cl quels sont ceux qu'on doit considé-
rer comme nuisibles? — Une question à peu près semblable ayant
c'Ii- proposée, en 1818, la Société reçut deux réponses , (jni me-
lilèrcut exclusivement ^oo attcalton j mais, comme ces réponses
EUROPE. 195
ae satisfaisaient pas entièrement aux intentions de la Socit-te',
elle a résolu de la proposer de nouveau , et d'en doubler le prix ,
à cause de son extrême importance. La Socie'te' désire surtout
trouver dans la réponse relative à cette question :
1°. Un développement très exact des signes par lesquels on peut
tellement distinguer le squirre du véritaljle cancer, qu'on en
puisse déduire des conséquences importantes pour le traitement.
2°. Un exposé du résultat des essais qu'on a faits dans diflerens
pays , en enlevant ou en amputant le cancer. Et pour bitn faire
cet exposé , il faudrait rassembler tons les cas communiqués par
des hommes célèbres et dignes de foi j comparer et analyser avec
dis cernementles circonstances et les observations, de manière à
pouvoir en conclure avec certitude s'il y a eu ou non des ma-
lades sauvés par les opérations; et, dans le premier cas, si le
cancer est revenu, à quelle époque il a reparu, et si l'opéraliou
a augmenté ou diminué le mal? 3°. Qu'on doit tâcher de se pro-
curer le remède des religieuses de Recs , afin de découvrir l'elfet
qu'il produit, tant sur les parties saines que sur les parties ma-
lades; et surtout, si l'on trouve qu'il est réellement nuisible, de
le démontrer d'après des bases incontestables , de manière qu'on
puisse fixer l'attention du gouvernement sur un charlatanisme
qui trouve un appui extraordinaire dans la superstition du peu-
ple. Qu'on cherche à connaître exactement Teflèt des remèdes
corrosifs , et qu'on développe surtout avec quel succès l'arsenic a.
été appliqué de nos jours. 4°- Enfin, la Société désire qu'on fixe
plus spécialement son attention , dans les cas désespérés , non-
seulement sur les remèdes intérieurs ou extérieurs pour assoupir
ou calmer les soufl'rances, mais aussi sur la manière de gouverner
et de soigner le malade.
Deuxième question. — Peut-on, en considérant une partie quel-
conque du corps d'un animal qu'on ne saurait observer vivant,
conclure avec certitude quel usage il a fait de cette partie; de
manière qu'on puisse regarder ce principe des causes finales,
non-seulement comme un principe utile , mais comme un guide
toujours sûr dans l'histoire naturelle du règne animal?
La Société désire qu'on ne s'occupe pas, dans la réponse à cette
question , à faire voir , d'une manière développée , combien les
organes des animaux sont en général propres à remplir le but
qtif la nature sest propose ; mais qu'on prouve, et qu'on démontre
jusqu^à Tëvidchce, si le principe àa causes (înaivs peut être ap-
pliqué aux organes des animaux^ de sorte que, dans les cas où il
est impossii>le d'ohseiver lamanirrede viyreder;iniiual , ou puisse
aflirmer ipie telle doit avoir élf' la destination des organes qu'on
lui trouve.
Tmiiièmc question. — t^uel rapport y a-t-il entre la j'Iiiloso-
phie spéculative et les lualhéniatiques:* Quelle est Tutilité que
ces deux sciences peuvent tirer de ce rapport':* Pourquoi les raa-
théniatiques sont-elles nécessaires pour le philosojfhe , absti ac-
tion faite de leur application à la ]>li_ysique ; et cpiels moyens la
phiîo>iophie spéculative oH'rr-t-ellepourrextcnsion et la perfection
ultérieures des niatliéniatiques puiYS ?
Qu;estioxf.s litti'.hap.i^-.. — Ouatrième quatinn. — (^ritiea in-
stituatuv dis(|ui-<itio de fide cum Polyltii tuni Livii iu graviori-
bus helloriini l'unicorum rehus rnarrautis.
Cinquiciiif question. — IMemoria Ludovici (iaspari Valckenarii.
Cette question est proposée pour un tems indéiini. •
Les nouvelles questions proposées sont celles-ci :
Première question. — LVqihtahnie, qui depuis quelques annébs
attaque principalement les militaires, et qui a fait beaticoup de
ravages, doit-elle être considérée comme ayant quelque rapport
avec celle dont a soufTert Tarmée française en Egyjitc:' Dans ce
cas, ]>ar quelles causes a-t-elle été entn-tenuc .■' Dans le cas con-
traire, par quelles causes a-t-elle été jiroduite , surtout dans nos
armées':" La projiagation de cette maladie peut-elle faire croire
qu'elle soit contagieuse? Quelles j>récautions peut-on prendre
pour prévenir cette maladie, et pour en diminuer l'extension :'
Son traitement exige-t-il ipielques modifications , qui ne sont pas
nécessaires dans les inAammation». d'veux oïdinaires, et ipielles
sont ces modilications ?
Deuxième question. — Depuis long-tems la langue latine a
cessé d"âtre la si-ulc laugue des savansj ce qui est ajiprouvé pai-
les uns est désapprouvé par les autres. On demande , i" quellii
utilitii, ou quel préjudiet!, est-il résulté jusqu'ici de ce qu'on a
t-nseigné et traité les lettres et les sciences tlaus les langues mo-
dernes? -i" Y a-t-il des brandies de litte'rat iii-eet de sciences j)Our
EUROPE. ICJ7
lesquelles on doive conserver Tusage de la langue latine ?
Dans ce cas, quelles sont ces branches et quels sont les fonde-
mcns de cette distinction?
Troisième queniion. — Un tableau historique des colonies des
Romains. Quelle iniluence ont-elles eue sur Tagriculture de TEii-
ropi-, et sur la civilisation de ses habit ans encore barbares ?
Qutitrième question. — Quelle est TinUuence de la tempe'ra-
ture , delà hauteur barome'trique, en un mot des chatigeillens
de latmosphère sur le magnétisme ? Dans quelles circonstances
la force des aimans artificiels ou naturels est-elle diminuée- ou
augmentée par ces changemens ? — L'on s'attend à une réponse
I foade'e sur des observations et des expériences , et non sur des
' spéculations théoriques.
Cinquième question. — Quelles mesures a-t-on prises dans les
difle'rens pays de l'Europe i)our surmonter Topposition que ren-
contre la vaccine? Quel a été le résultat de ces mesures, et
quelles sont celles qui sont applicables aux Pays-Bas?
Qu/ESTioNEs LiTTERARi*. — N° G. — Vctcris Thessaliœ qua;
fuit cooditio cum physica tum civilis ? Quac fuit imprirais tyran-
norum Thcssalorura et ratio inter se, et cum exteris necessitudo,
quamque in universae Gra-cite historiara vim ha))nerunt?
iV" "j. — Sophistarura, qui Socratis aeiate Athenis floruerunt ,
critica cum diligentia tradantur vita et res gestre , dicendi docen-
dique ratio, turaplacita etiam, qua; in Veterumscriptis, maxime
Socraticorum , memorantur. Quibus rite expositis, eflîciatur tan-
dem, quid de eorum moribus, cloqucntia, philosophia , proba-
biliter existirilandum sit.
IV° 8. — Critica disquisitio de Theramene, Agnonis fîlio,
quâ diversic Veterum de ejus moribus rcbusque in republicà
geslis sententia; tradantur, explicentur, dijudicentur.
N° 9. — Quamnam vim Epicuri philosophia habuit in mores
et ipsam adeo Rempublicam Romanorura.
ISoTA. Nous avons omis six questions qui nous ont jiaru n'in-
téresser que les Hollandais.
Le prix ordinaire est une médaille d'or de la valeur de trente
ducats. Les mémoires seront envoyés, francs de port^ avant
le premier octobre 1821 , à 7. /''. L- AchroJer , secrétaire de
198 rXiROPF..
la Société tt professeur à rUniversilc d'Utrechtj ils peuvent
être écrits en hollandais, français, allemand , anglais ou la-
tin , à rcxcpption des réponses aux questions latines, qui doivent
être en cette lanj;ue. Les auteurs n'écriront jtas leurs mémoires
de leurs propres mains, et ils n'y mettront pas leurs noms, mais
seulement une devise, qu'ils rëjicleront sur un billet cacheté qui
contiendra leur nom et leur adresse. Les billets appartenant à des
repftises non couronnées ne seront pas ouverts, mais brûlés dans
rassemblée. Les me'raoires qui ayront obtenu un prix , devien-
dront la propriété de la Société j elle les fera imprimer parmi
ses ouvrages , et personne ne pourra les publier, en tout ou en
partie, d'une autre manière , sans lavcu des directeurs de la So-
ciété.
FR.\ NCE.
Mecrthe. — Banc de pierres propres à la lithographie. —
M. Mathieu, membre de l'Académie de Nancy, a découvert,
près du village de Ferrièrc , un banc de deux lieues de long, et
formé de pierres qui réunissent toutes les qualités nécessaires à
la litlio£;raphie.
Calvados. — Caex. — ./întiquitcs arabes. — On conserve de-
puis long-tems, dans ie trésor de l'église cathédrale de Bayeux,
un monument arabe, curieux et intéressant j c'est une cassctt«
d'ivoire, de forme oblongue, de 3 pieds 7 pouces de longueur i
10 pouces 5 lignes de largeur, et j pouces 8 lignes de hauteiu' ,
non Compris les quatre supports qui forment une élt'vation diin
pouce. Cette cassette renferme une chasuble , une élole et un
manipule, tous trois très anciens, qu'on dit avoif appartenu a
Siiinl-Jtegnoùert, et dont ils sont considérés comme la relique. Ce
CoflVet est garni, sur tous les côtés, de plaques d'argent doré, qui
contribuent à sa solidité, et cpii sont ornées d'arabesques relevées
tn bosse, d'un travail Uni. Kn relevant un écusson à charnière,
on découvre un disque d'argent dans le centre duquel se trouve
l'entrée de la serrure, entourée d*uuc inscription en caractères
orientaux. Cette inscription n'avait pas été déchiffrée jusqu'en
171 }. Alors on envoya une cojjie des caractères dont elle est for-
mée à M. Pctis de la Croix , interprète du roi et professeur de
langue arabe au collège royal de France, et ce savant eu donna Lk
trtiductioa suivante ■
EUROPE. igg
« Aunomde Dieu', quelqu' honneur que nous rendions h Diett ,
» nous ne pout'ons pas l'honorer autant quil le mérite :j niais noua
3) Chonorons par son saint nom v.
IVI. Spencer Smythe (frère deramiral sir Sydney Smith), connu
par plusieurs missions diplomatiques, et qui a long-tems habité
CoDstantinople, a examiné de nouveau ce monument dans une
dissertation lue à la séance du i4 avril 1820, de l'Académie des
sciences de Caen. Il pense que la traduction de cette inscription,
par Petis de la Croix, est inexacte. Voici celle que M. Smythe
produit à la place , et qui a été faite à Vienne par M. le chevalier
de Hammer , bibliothécaire impérial, d'après \e fac simile do
l'inscription que M. S. Smythe a envoyé à cet habile orientalite '
« Au nom de Dieu clément et miséricordieux ! il a envoyé sa
» honte et sa grâce devant lui (i). »
Par divers rapprochemens faits dans la même dissertation ,
M. Smythe fait remonter l'ancienneté de la cassette aumoj'cn âge
de l'islamisme, entre les troisième et sixième siècles de l'hégire ^
qui répondent aux neuvième et douzième siè<-]cs de notre ère ; ce
qui lui donne 5 à 800 ans d'antiquité. L'espèce d'écriture arabe
avec laquelle l'inscription de Baycux a le plus d'affinité, est celle
dite harniatique, qui succéda (2) au caractère koujîque ou ciijlque.
(i) Il paraît que cette inscription a été mal entendue par fou
M. Petis de la Croix ; M. de Hammer en a mieux saisi le sens, et
l'a traduite plus fidèlement. Mais , comrae il nous semble que ce
savant distingué n'a pas donné toute son attention aux deux der-
nières phrases de cette inscription , nous allons essayer de la
transcrire ici en caractères français , et d'en donner la traduction
entière , mot pour mot :
Bissvi Illah Errahman Errahime ; BeiKhou hantelé oua N é~
jnahou charnclé. — i'raduction : « Au nom de Dieu cltment et
» miséricordieux , dont les bénédictions sont complètes , et dont les
i> faveurs sont générales w.
(Note de M. Ellious Boctkor, professeur d'arabe vulgaire à
l'Ecole spéciale des langues orientales vi\ antes. )
(2) On peut faire remarquer que le caractère cuGquc est encore
employé dans les monumens modernes, selon la volonté du fon-
dateur ou de l'artiste, et qu'il en a été de même dans les siécloi
antérieurs. Ce caractère, à l'égard delà cassette de Bayeux, n'ea
prouverait pas, à lui seul, l'ancienneté ; on doit plutôt consulter
la tradition locale sur l'époque où la cassette est parvenue à.
13.iycux. (INolc duiuême.)
aoo FXiROPE.
M. Smythc termine sa dissertation , en adoptant la tradition qni
place à IVpoque des croisades , rarrivér de cette cassette à
Bayeiix , t-t qui la suppose un don de Saint -Louis.
Isère. — V ir.wF.. — ylntiquiUs. — Lin habitant de cotte ville
découvrit, in fai'-ant di-s fouillis derrière sa aiais'>n , une petite
salle basse , «loat Ks murs et le pave'^ «.talent revêtus des marbres
les plus rares ^ des pildstres pareillement en marbre, places de
distance en distance, formaient des panneaux réguliers Le jaune
antique, le porphyre, et divers.es espèces de brèche dt s plus belles
variétés, avaient été employées à la décoration de cette jolie pièce,
qui a été f ntièrement détruite. d'j)enilant , malgré les soustrac-
tions faites par les ouviirrs, les \ roprii tairas ont < n'-orc conservé
une quantité considérable de ces précieux débris. Kndébia^ant
cette sali.-, qui était encombiéc île terre , de cenilr s et de char-
bon, indices certains d'un inci ndie, on a trouvé Irf tète et le tronc
delà statue d'un jeune fanne, malheureusement très mutilés,
mais qui , dans leur étal de déj,radation , n'en méritent pas moins
de fixer l«-s regards des artistes < t dfs amateurs. La tète surtout
e.«t de la plus grande beauté j elle est pleine <le vie, et le rire
qu'elle en rime est si naluiel, qu'il excite le même mouvement
dans ceux qui la considèrent. On ne peut douter que ce ne soit
\m faune : ses oreilles, nn peu pointues, et approchant de celles du
bouc , la saillie des os du front qui paraissent être des rudimens
de cornes , sont les signes qni caractérisent évidemment ces êtres
fantastiques. On a éj^alemcnt tionvc, ddns le niême local, la tète |
trunc autre petite statue, et une portion du bii'.te qui a été d('ta-
chée. C'est celle «rnn rnlant ciidonipi j liti» branche de lierre ceint
sa chevelure ondoyante. Knfin , celte fouille a pncx)re procuré
plusieurs fraj^iens de pieds , de bras et d'.. ut r< s parties du corps
U|)p.'irti nant à des statues en niaibrc, plus ou moins grandes. Ver»
le milieu du dix-septiimc sièi le , «m avait déjà trouve, en ff^mil-
lant à peu jires dans le même endroit , une chambre dont les
murs étaient incrustés de marl.re vrrt. (^haricr en parle dans se*
ylnliqintci di: f^ieniie, page .'}.J ; mais il conjectui'ait que c'était
»mc chapelle dépendante du Panthéon, parce qu'elle était très
voisine de léglisc de Saint-Sévère, qui avdit été bâtie sur l'em-
plaeem nt qu'avait occupé le temple «-levé à tons les dieux du
paKanisme. On croit plulèit que celait le l.irairc ( cJiapcllc
payi-nni de quelque ririie particulier.
EUROPE. 261
SOCIÉTÉS SAVANTES ET d'uTIUTÉ PUBLIQUE.
Amiens ( Somme ). — ISAcadtimie des Sciences , Agricidtiire,
Cnmnierce f Belles-Lettres et y4rts a tmn sa séance publique, ie
26 août dernier. Les lectures ont eu lieu dans Tordre suivant :
1'*. Discours de M. Petit, remplissant les fonctions de directeur,
sur rinfluence qu^excrcent les savans et les gens de lettres sur
l'opinion; sur les principes qui doivent pre'sider , dans les tems
de discordes civiles et religieuses, aux travaux du publiciste, de
riiistorien , du poëte , et de Torateur sacre' ou profane. — 2". Rap-
port de M. Limon.is, secrétaire perpétuel, sur ie résultat des
concours d'éloquence et de poésie, et proclamation des sujets
proposés pour 1821. — 3". Pièce de vers sur l'institution du jury
en France, par un associé correspondant, lue par M. Machart.
'—^°- Discours de M. Desprez sur les ressources qu'ofl're le com-
merce des muses, dans toutes les conditions et dans toutes les cir-
constances de la vie. — 5°. Elégie sur l'amour maternel; par
M. Hanocq. — 6°. Rapport de M. Delamorlière sur le concours de
poésie. — ^°. Pièce de vers sur un trait de bienfaisance; par
M. Hanocq.
L'Académie propose: i". Pour sujet du prix de discours en
prose, qui doit être donné en 1821 , la question suivante: « Ex-
poser l'état de l'agriculture dans le département de la Somme ,
avant la révolution; démontrer si elle est aujourd'hui plus ou
moins florissante qu'à cette époque; assigner les causes ou de ses
progrés ou de sa décadence; indiquer les moyens d'accroître les
uns ou de remédiera l'autre. » Lesauteursdcs Mémoires appuie-
ront leur opinion sur des faits positifs. 2". Pour sujet du pri^ do
j)oésie, Py^mnur de la patrie, en ne le restreignant pas, comme
l'a fait Gresset , au lieu delà naissance. Chaque prix sera une mé-
daille d'or. I^es académiciens résidens sont seuls exclus du con-
cours. Les Mémoires et les pièces de vers seront adressés , avant
le i3 juillet 1821 , à JH. fAmnnns, secrétaire perpétuel.
Bordeaux ( Gironde). — Société philonintique. — Cette Société
avait proposé pour sujet d'un prix qui devait être décerné dans
sa séance (le ce jour, V Eloge historique du maréchal d'Ornann,
Deux Mémoires lui ayant élé envoyés, elle n'a reconnu dans In
dernier, que le travail à j)einc ébnurbé fl'un jeun); homra" qui.
aoa EUROPE,
sans consullpr ses forrcs, a suivi l'impulsion d'un noble senti-
ment. Le prcmiiT Mémoire est d'une plume plus exercée; mais la
Socic'te aurai! désire trouver dnn s ce travail plus de développe-
ment, et des faits ignores de la génération actuelle, sur la conduite
philanthropiqucdu maréchal d'Ornano .Elle reprctte que Tauteur
ne se soit pas occupe' de faire quelques recherches sur Tadminis-
tralion de cet homme de bien , qui fut , par une exception assez
rare, loèlu en même teras de la charge de gouverneur de la pro-
TÎnce et de celle de maire de Bordeaux. Toutefois, voulant ré-
compenser Tautcur de cet elogc , qui n'a pu mériter le prix , la
Socie'té a arrête': i®. que V Eloge historique du niarechol (TOr-
nano serait retiré du concours; 1° qu'ufte médaille d'encourage-
ment serait donnée à M. Pictry, résidant à Paris, et auteur du
Mémoire cote' n° i. La Société' propose de « Déterminer, sur un
poibt de la Garonne devant Bordeaux, le lieu le plus convenable
pour t'Iablir une école de natation et des bains publics, où la classe
la moins aisée de la société puisse , sans beaucoup de frais et s:ins
dangers, se livrer à un art souvent utile, et à un exercice tou-
jours nécessaire à la santé- » Le prix, qui est une médaille d'or
de la valeur de cent francs, sera décerné dans la séance publique
du mois d'août 1831. L^Sociélé, voulant encourager la propa-
gation des pralifjues utiles, relatives à l'agriculture et à la con-
servation des récoltes, donnera, en 1821, îles méJailles d'encou-
ragement aux personnes du département de la Gironde qui, d'a-
près des attestations authentiques, auront introduit quelque pro-
cédé avantageux dans la grandit et petite culture , ou qui auront
«tahli , sur leurs propriétés, des paragrêles ou autres moyens pré-
servateurs du tL'.iu qui ravage, depuis qu'Mques années, certains
cantons de ce département. Les pièces envojées au concours
doivent être adressées au secrétariat du Muséum , allées de Tour-
ny , n** 4^> avant le 3i juillet i8->i.
Calais {Pas-de-Calais). — T^a Société J^^igricuflure , du Com-
merce et des ytrts de celle ville, instituée le i3 février 1799, a
repris ses travaux que les mallieurs de la patrie avaient inter-
rompus pendant quel<[iies années. Elle a tenu, le 18 octobre i8if),
sous la présidence de M. le souspréfet de Roidognc, une séance
publique qui a l'ié une sorte d'inauguration. Plusieurs disrours y
ont cté proDOQcés, et M. Burgaud , aacicn receveur dcj domaine^,
EUROPE. 2„3
y a lu une pièce devers, de sa composition, sur Torigine Ue la
petite ve'role et de la vaccine, dont Tidoc ingénieuse est em-
pruntée de la fable des amours de Jupiter et d'io. Parmi les
discours, nous devons citer- celui de M. Parent-Re'al (l'un de nos
collaborateurs, dont le sujet est U Utilité morale des Sociétés
d'Agriculture. — Dans son exorde , l'auteur parle des avantages
ge'néraux de l'instruction primaire, et particulièrement de ceux
de l'enseignement mutuel, que repoussent quelques hommes qui
ne le connaissent pas , ou qui sont oppose's par système à tout
moyen de répandie l'instruction promptement et sûrement dans
la classe laborieuse. En parlant des progrès de la vaccine, dans
son département, M. Parent-Réal cite les filles de riches pro-
priétaires de l'arrondissement de Gumes, qui se consacrent per-
sonnellement à l'inoculation de la vaccine. Plus loin, on remar-
que un passage ingénieusement pensé sur le travail, et spéciale-
ment sur celui auquel les femmes peuvent se livrer. Dans un
autre endroit, l'auteur rend hommage à plusieurs membres non
résidens de la Société , aussi distingués par leur patriotisme que
par leurs talens. Nous terminerons cette trop courte analyse, en
citant un passage remarquable par les nobles sentimens qu'il ren-
ferme , et par la manière dont ils sont exprimés. L'auteuf vient de
parler du dévouement d'Eustache de Saint-Pierre. Il poursuit en
ces termes :
. K Cette ville (Calais) a un titre plus moderae de patriotisme ou
plutôt d'humanité, que l'histoire aussi célébrera. Elle a accueilli
de nos jours des naufragés, alors même qu'ils étaient regardes'
comme des ennemis de l'État, car toutes les phases de nos révo-
lutions ont eu leurs proscrits , et malheureusement la proscrip-
tion et le bannissement durent encore après les révolutions. Nous
pouvons saluer ici de nos acclamations reconnaissantes, l'un des
juges qui eurent le courage d'absoudre la tempête, et le malheur
politique, qui est aussi un naufrage. Cette belle action lui fut ins-
pirée par son ame, mais elle honore aussi tous ses concitoyens,
parce qu'il fut en même tems Tinterprèle de leurs sentimens gé-
néreux. Calais continuera d'être la ville patriote et hospitalière.
Elle conliiiuf ra d'accueillir les étrangers , et de leur faire , la pre-
mière et la dernière, les honneurs du royaume; mais elle espère
que les malheurs de la patrie ont cessé pour jamais de lui imposeL'
io/j - KUHOPK.
raflliction ilo voir occuper par eux ses arsenaux , ses citadelles ;
et c^est (lësonnais aux enfans di; la France, et aux Calaisieus, qiir
la parde «le leur vilir sera confiJc. m
Duox {Ci'ilc-ii'(h\ — Uylcndcmie des Scienrcs et Utiles- Lettres
de celle villea rais au concours, pour i8ao, la question suivante:
Qiie/'e est rin/liience des théâtres secondaires sur les mœurs des
peui>les , sur la Itlternlure et le fjoUt ?
Mabskii.lf. ( Jioiit'Iies-du-Rhône ). — Cercle académuiue. — Il
s'est forme dans cette ville une nouvelle socic'té littéraire, sous
le titre de Cercle ncademi(/ue. Elle est composée , en gramlc jiar-
tie, de j<;unes auteurs qui, animes par l'enthousiasme de la litté-
rature et des heaux-arts ,et voulantcidtivertn commun leurs ta-
lens, se sont réunis en corps , sous la présidence «le iM. («range
qui, Tanne'e dernière, a obtenu trois palmes academ.ijnes, dont
deux à Marseille et une à Lyon.
KouEir {Seine- Inférieure). — yicade'mie royale des Sciences ,
Belles-Lettres et Arts. — Prix proposés pour être décernes dans
la séance pul)ii(|uc de i8ji. — i". Sciences. — L'Acailémie pioposc
la questiou suivante :
« l"xistt;-t-il un alcool absolu, c'est-à-dire, tellement pur, qu'il
ne contienne aucune autre substance étrangère à sa nature? l'aiic
connaître ses caractères physiques et chimiques, sa composition
et le procodé qu'il convient d'employer pour l'olitenir. «
L'auteur du mémoire devra y joindre une quantité d'alcojil
absolu , suflisaute pour en ])ouvoir constater les propriett s j'hy-
siques et cliiuii(|ues. Le prix sera une médaille d'or, de la valeur
de 3oo fr. Les académiciens résidans sont seuls exclus du con-
cours. Lés ouvrages devront être adresses à M. Vitali», secrétaire
perpétuel de l'Académie , pour la classe des sciences , avant Ir
1"^ juin iSai. — a". Jielles-f^ttres. — L'Académie propose de faire
un poème, de telle esjjèce (pi'il plaira aux concurrens, sur « L'éta-
blisst ment du christianisme à Uou"n. «
La conversion de Mellon lui-même j le merveilleux qui prérè.h
et accompagne sa mission j la peinture des mœurs gauloises , tris
peu moditiées par le séjour des Romains; leur mythologie, qui
subsistait toujours malgré les édits des empereurs et du st'nat ;
enfin la persécution qui existait alors contre les chrétiens : telle'-
sont les souices principales où les concurrens j>oiMront piUM-r li-.-
EUROPE. ao5
<î(?veloppemens du sujet. Le prix sera une médaille d'or, de la
valeur i\c .;oo fr. Les ouvrages devront être adresses à M. Bigkoit,
secrétaire perpeliul de l'Acadeuiie, pour la classe des Belles-
£et£n.'i, avant le i^'iiilllet i8'2i. — 3" ■ Prir extraordinaire pour 1811 .
— Le Oinscil général du département de la Seine -Inférieure
ayant mis à la di=!positior. do iWcade'mie , des fonds pour un pri:f
estraqrdinaire, elle propose le sujet suivant :
(f Quelle fut , sous les ducs de Normandie , depuis Rollon
jusques et compris Jean-sans Terre, l'admiaislration civile, ju-
«liciaire et militaire de la province? » Le prix, de la valeur de
1000 fr. , siTadeCi^rnedansla sc'ance publi.jUe diimois d'août 1821.
Les ouvrages seront adresse's à M. Bigaojv, secrétaire perpétuel
de l'Académie , pour la classe des Belles - Lettres , avant le
1"' mai i8'2i.
Versailles ( Seine-et-Oise). — Société pour Li propagation de
l'instruction primaire p-ir renseignement mutuel. — Conformé-
ment à l'article 1 de son règlement, les membres de cette iSocitite',
au nombre de quatre-vinj;l-<|uatre, se sont re'unis le -20 juillet
dernier , en assendiléc générale, pour entendre le rapport fait, au
nom du bureau, par M. le clievalicr Jouvencel , président titu-
laire. A cette époque, environ trois cents enfans avaient été reçus
dans l'éf ole-uiodèle de Versailles, depuis le 27 janvier, jour de
son ouverture solendelie ; plus de cent étaient sortis à diverses
époques 5 il en restait donc à peu près deux cents. Après avoir
approuvé le rapport du président , et en avoir ordonné l'impres-
sion, l'assemblée s'est rendue à l'école où le maître, M. Graut, qui
la dirige avec beaucoup de soins et de zèle, a fait travailler les
éjèves, dont l'application, les progrés visibles et la bonne tenue,
ont vivement frappé tous les assistans.
PARIS.
l^sTlTlIT. — Yà' Académie royale des Inscrij^'tions et Belles-Let-
tres vient de nommer M. Saint-Martin, auteur des Mémoires sur
l'Arménie , etc., à la place vacante par la mort de M. Tôcbon
d'Annecy. Le candidat qui a eu le plu.s de voix après lui est
M. Ch.mipoilion-Figeac , auteur des Annales des Lagides, etc.
Au nombre des concurrcns étaient M. Hase, professeur de grec
moderne ; M. l'abbé Halma , traducteur de Ptoléoiccj M. Joliois,
t
2oC iiLiioi'i:.
ingénieur en clicf des pouls-ct-cliaussccs, et membre de la Coin-
mission d'Egypte, etc. , etc.
— L'^-lc ailé mie royale des Beaux- jirtsix tenu sa séance anniielli-
le 7 septembre dernier. On sait qtie l'objet principal de cette
solennité est la distribution des grands prix de Kome , aux élèves
dcs*coles de peinture, de sculpture, d'arcliitecture , de gravure
et de composition mu.>.lcale. On y rend compte en mcm% tems
des succès obtenus par les éli'ves'qiii poursuivent leurs itudcs
classinucs dans la ca[)ita!e des arts. On exécute aussi dans cette
séance Tune des piùces qui ont remporte le prix de musique, et
cette pièce est ime cantate du style dramatique le plus eleve.
Celte fois, Tinterêt du morceau couronne a été partagé par une
symplionie de INI. de Lacépède, et cette innovation a eu le suffrage
du public. A côté d'une vigueur mâle, qui a quel<iuefois rappelé
la couleur d'Haydn, on a découvert cette grAce et cette délica-
tesse qui , d;ms un autre ordre de production , caractérisent aussi
la toucbc de rélignnt continuateur du Pline français Ce qu'on a
surtout remarqué, ce sont des parties d'accompai;nement , d un
cbant agréable, coufiées aux divers instrumens qui les reprodui-
saient, chacun à son tour. Le sujet de la cantate prêtait beaucoup
aux dévelojipcmens de la richesse musicale, et le jeune auteur n'a
sacrifié aucune des inspirations poétiques. La veuve de .Scyphax,
la belle Sophonisbe, vient de s'unira Massinissa. Au moment où
elle attend son époux, Kome trahit ses vœux, et ordonne ([u'ellc
meure. La joie et la tristesse , le triomphe de l'amour et l'abatte-
ment du désespoir , les idées et les sentimens les phis opposés se
succèdent rapidement dans son ame. Pour peindre ces contrastes,
il fallait les sentir vivement, et même savoir s'élever au-dessus
de la poésie.
(^uelrjucs apjdaudissemens qu'ait mérités, soit cette scène vrai-
ment dramatique , soit le tableau très bien fait des élèves de
Rome par I\L Dupaty, il faut avouer que les honneurs de la jour-
née ont été pour M. Quatremèredc Quiucy, secrétaire i>crpéturl de
l'Académie. Son sujet, quoique riche, présentait un écueilj il a
su l'éviter. 11 n'était pas facile de réciter un nouvel éloge «le
M. \'isconti , et de le faire goûter, dans la nu''me enceinte, pres-
que par les mêmes personnes qui, deux mois au]>aravant, avaient
entenilu le brillant panégyrique fait par M. Dacicr. En considé-
EUROPE. 207
rant son sujet de très haut, M. Quatremère lui a donné une phy-
sionomie toute neuve j au lieu d'insister sur la vie et les ouvrages
de l'illustre mort, il a cherche et il a réussi à le placer dans un
grand tableau, celui des progrès des arts pendant un demi-siècle,
en lui faisant occuper le premier plan de cette composition pitto-
resque. Comme un peintre habile ordonne et dispose toutes les
parties pendant l'artion, ainsi M. Quatremère a pre'scute', sur
plusieurs lignes, les branches diverses de la vaste science des an-
tiquite's, et il a montre le principal personnage dominant sur
toutes, à peu près comme on peint Apollon conduisant le chœur
des Muses; car je crois qu'il s'est servi de cette image poe'lique.
Les rapports de ces arts avec les connaissances de l'arche'ologie ,
et l'influence réciproque des unes sur les autres, forment autant
d'aspects variés et neufs, dans ce discours plein d'idées et de choses.
Comme M. Visconti était aussi profond antiquaire qu'hubile ap-
préciateur des raonumens, il a servi plus que personne à montrer
ralliance de l'étude de l'antiquité avec la pratique des arts , et il
a, le premier, fait voir aux artistes et aux érudits les 'ressources
que Tune offre à l'autre. C'est là le cachet du talent supérieur de
IVl. Visconti qu'on louerait faiblement, en ne parlant que de son
habileté à interpréter les monum^ns antiques, ou de sa mémoire
prodigieuse, ou de ses connaisfances philologiques. Mais, ce qui
a surtout frappé, dans le discours de M. le secrétaire perpétuel,
c'est le tableau des vicissitudes qu'ont éprouvées les ouvrages de
l'art des anciens. Attaché à ces productions du génie, comme ces
mêmes anciens à leurs dieux pénates, M. Visconti les suivit dans
leurs voyages. Il ne voulut point s'en séparer; à Piome, il en était
l'interprète; il voulut l'être à Paris et à Londres. On dirait qu'à
cette époque, singulière dans l'histoire de la civilisation, les dieux
de l'antiquité retrouvèrent de nouveaux autels, un nouveau culte,
des prêtres dévoués et de fervens adorateurs. Cette flamme sacrée,
qu'on doit à Winckelman d'avoir allumée dans son Iftstoire de
fart, et à M. Visconti d'avoir fait briller d'un nouvel éclat, con-
tinue et ne cessera de luire en Europe ; elle ne pourrait désormais
s'éteindre qu'avec le retour de la barbarie, Laissons parler un mo-
ment M. Quatremère :
« Ce fut, pendant plusieurs années, un spectacle singulier,
que celui de ces migrations, en sca^divers, des ouvrages d'art et
ïoS KUKOl'L.
d'anliquilë, tantôt suivant la iii:irche d'une armée victorieuse,
tantôt se dérobant à ses approclies ou fn vant avic l'arniée vainruc,
parcourant toutes K-s rouli s, Iraver.siint toutes les luers, allant et
vinant selon l'heure des batailles, aujourdMiui ota^^es de la paix,
demain sujets de représailles , ici , objets d\-clian{;e , là , prix ou
t;aj;e li'une rançon. On vit, par un destin étrange, le };i'nie des
arts à la suite du liieu des combats, mêle aux. intérêts des nations,
entrer ildiis la négociation de la ixilitique, foimeriles traites ou
rompre des alliances, s'int»'rj)Oscr entre les partis, et, pesant
tour à tour dans Tun ou Taulre des plateaux de la b;^ance , in-
demniser les vaincus ou desintéresser les vainqueurs. Ainsi , lE-
gyptc, la Grèce, l'antique Italie devinrent encore, sur leurs an-
ciennes ruines, de nouveaux cliamps de batailles, que se dispu-
tèrent les diverses uations de l'Europe.
» Certes, jamais plus éclatant bouunage ne fut rendu à la puis-
sance du génie des anciens j jamais celui des modernes ne s'eo
reconnut plus hautement tributaire.
)) Car ici ce n'était pas un siaiple biitin convoité i)ar lavariee,
ce n'étaient )ioint de ces dépouilles arrachées par l'orgueil , pour
en faire l'oi nemenld'tui vain triomphe. Ces ouvrages du génie ne
jouaient pas le rôledecaptifs enriiaînés; c'étaient eux, bien plutôt,
q^i triomphaient j et , connue la Grèce jadis avait pour ses aits
conquis ses conquérans, ainsi l'on vojait encore ses chefs-d'œu-
vre, vainqueurs des siècles et de la barbarie, rendre à cette an-
cienne institutrice des nations, un empire plus sur «(ue celui de
la force et des con(]uêtes. Ces dieux, enfans de son génie, n'é-
taient point, comme jadis, traînés en servitude ou cundaumés à
l'exil; ils ne faisaient que changer de temples, d\jutels tt d ado-
rateurs."
» En associant son sort à leurs destinées, INI. \ iseonli ne suivit
pas, mais il protégea leur triomphe. Ce n'était poiut Polvbe ac-
compagnant le cliar de Pa.d Emile avec ses rois prisoimier.s et
ses tlieux asservis, réduit à célébrer les exploits île son vainqueur-
je le comparerais plutôt à nu de ces interprètes des choses sii-
crées , qui , aux tems des anciennes émigrations , compagnons de
leurs dieux voyageurs, initiaient de nouvt-lles contrées au cuite
dont ils étaient les ministres. »
L'auteur oppose la prodigalité avec laquelle M. Viscouti aimait
FUROPF. a4
il répandre son savoir, à l'avarice de ces erudits qui veulent jouir
seuls de leurs trésors. « 11 est de ces savans avares qui, de crainte
qu'on ne leur de'robe ce qu'ils prennent pour leur propriété, se
retranchent, sur toutes les questions, dans un silence mystérieuxj
et, pour cacliir peut-être moins leur riclicsse que leur pauvreté,
s'entourent d'un rempart inipénélrable. M. Visconti, à l'exemple
de l'opulent Cimon, n'avait pas voulu de murailles autour de son
domaine^ il en avait fait , comme l'orateur athénien, un jardin
public, dont les fruits étaient devenus la propriété de tous, et
où chacun pouvait cueillir à son gré. « (]'est avec un autre per-
sonnage de l'antiquité , que M. Qnatrenière lui trouve un trait
plus frappant de ressemblance. A l'exemple du plus savant des
Komaius, M. Visconti entreprit de rassembler les images des
{^ranils hotnmes. Par un rapprochement ingénieux, le panégyriste
luiapplique le passage de Pline sur rentrcprise de Marcus Varron.
tt L'antiquité, dit M. Quatremère, eut aussi son antiquité, et
Rome ancienne avait eu sts antiquaires; elle compta même parmi
eux quelques-uns de ses plus illustres citoyens. A leur tête fut
JMarcus Varron , dont le zèle égala le savoir j qui fut , en fait d'ar-
chéologie, l'oracle de son tems , et dont les historiens parlent
comme nous parlons de M. Visconti. Prétsà faire mention d'un des
plus beaux ouvrages de ce dernier, il était diflîcileque notre pensée»
ne se reportilt point sur la noble entreprise de son prédécesseur
Varron; entreprise céléjjrée par Pline, dans des termes qui sem-
bleraient avoir été prédestinés à vanter l'ouvrage de noire con-
temporain. « Marcus Varron, dit-il, avait trouvé le secret de
j) faire entrer dans sa vaste collection , non-seulement les notices,
» mais les portraits de sept cents hommes célèbres. Invention
j) merveilleuse , ajoute-t-il, et en quelque sorte rivale de la puis-
» sance des dieux, qui fait triompher les hommes de la mort
j) et de l'oubli. Car non-seulement il leur donna l'immortalité,
M mais, en multipliant leurs images dans les recueils qui les ren-
}) ferment, il répandit leurs portraits par toute la terre, et les
» rendit contemporains de tous les âges et concitoyens de tous
« les peuples. »
n We dirait-on pas que Pline a désigné, dans ces mots, et l'art
de notre gravure, et l'iconographie de M. Visconti? Espérons du
motos que cette immortalité, promise aux grands hommes de Var-
TOME Via. l4
ai 3 F.UROrE.
ron, et que le Itms leur a cnvicc, se réalisera Jans l'ouvrage du
Varron luoilerne. «
Tout cetûlogc est parsème Je traits qui décèlent une profonde
observation de la marche des études arciiéolo(;iques , et de leur
influence incontestable sur Télat actuel de la société'. Dans le
passage qui suit, l'auleur montre commint M. ^ isconti contri-
bue puissamment à jiropai;er le f;oùt de l'antiquilé. « C'est à la
propagation de ce goùl,dont il épura et ri'pandit partout les doc-
trines, que les artistes durent, non pas seulement la connaissance
pratique de toutes les foqpcs de costume, que réclament les re-
présentations des sujets antiques, mais encore cette autre fidélité
d'imitation plus précieuse, celle des caractères de chaque pays,
des physionomies de chaque peuple, des expressions commandées
par chaque sorte de convenance, enlin «le ce <(u'on doit appeler le
costume moral. Des arts du dessin, cette influence devait s'éten-
dre à ceux du commerce et de l'industrie , et, comme une sè\c
nouvelle, en vivifier toutes les branches.
« Qui pourrait en avoir méconnu les résultats dans les
plus hautes conceptions, comme dans les régions inférieures, et
ju«que dans les hadinagcsde rimaginaticn .■* Depuis le poète écri-
vant maintenant en présence des héros qu'il fait parler, jusqu'à
l'auteur qui sait mieux composer sur les modèles des personnages
qu'il revêt , son port , ses attitudes et ses gestes ; depuis l'archi-
tecte dans la noble simplicité de ses monumens, jusqu'au déco-
rateur qui en simule les apparences ; depuis l'ordonnance des
temples, jusqu'au contour du vase d'argile; depuis le trône du
souverain , jusqu'aux modestes ustensiles de la vie domesti-
que... »
Nous citerons encore , en terminant cette analyse , un morceau
propre à faire juger de la chaleur du style qui anime tout ce dis-
cours, et de l'enthousiasme qui y respire pour la vénéral^le anti-
quité, qui a aussi été j>our l'auteur, comme pour M. \ isconfi,
l'objet d'tin culte assidu. «Oui, nous sommes, dans l'ordre moral
de la génération des esprits , nous sommes véritablement les des-
cendans des Grecs et des Romains. F.n vain une critique scholas-
tique voudrait contester cette généalogie. Kllc est écrite dans
les productions de notre goût , dans nos théories, dans nos mé-
thodes, dans nos systèmes imifatifs, dans la formation et le géniede
EUROPE. 211
nos langues. Et de fait, ces anciens sont toujours nos instituteurs.
JNous leur devons nos premières leçons. Us furent nos premiers
guides et nos modèles. En poésie, comme en peinture, n'adorons-
nous pas les mêmes dieux? n'avons -nous pas le même Olympe et le
même Parnasse? Leurs he'ros ne sont-ils pas encore ceux de notre
théâtre? JN'est-ce pas toujours au son de leur lyre, que s'allume
notre enthousiasme poe'tique? N'est-ce pas toujours dans leurs
fictions, dans leur histoire, dans leurs usages , que le génie des
arts trouve ses allégories ; l'amour de la patrie, ses dogmes et
ses patrons ; la passion de la gloire, ses exemples, ses trophées
et ses triomphes. ..L'accord qui, de nos jours, s'est de plus en plus
opéré entre les monumens de leurs arts et ceux de leur littéra-
ture, a resserré aussi davantage les nœuds qui nous unissent. Telle
fut, même vers la (in du dernier siècle, l'admiration pour ces
anciens peuples, que l'effet en rejaillit jusque sur , l'opinion poli-
tique des puhlicistes et des philosophes, etc. »
JoMARD, membre de ^Institut.
— Académie d'architecture. •— Cette Académie a porté, le 23
septembre 1820, son jugement sur le concours pour les grands
prix de cette année. Elle a décerné trois prix , un premier et deux
seconds. Le grand prix a été obtenu par M. Villaiiî , élève de
M. Percier. Le" premier des deux seconds , l'a été par M. Qtjan-
TINET, élève de M. Guennepin, et l'autre par M. Gilbert, élève
tle M. Barthélémy Vignon. — Le sujet du concours était une
e'cole de médecine , auec amphithéâtre de dissection , etc. Le pro-
jet du second élève couronné, réunissait beaucoup de suffrages,
et il a long-tems tenu , dit-on, les juges incertains.
Enseignement mutuel. — Le prochain cours de V Ecole IVormale
d'enseignement mutuel s^ouvrha , ie 2 novembre prochain, dan»
la maison affectée à cette école , par monsieur le préfet de la
Seine , rue Carpentier-Saint-Sulpice, no 4- Les pièces nécessaires
pour y faire admettre un candidat, sont un certificat du maire
du lieu de sa résidence , et un certificat du curé ou du ministre ,
ou bien un brevet de capacité délivré par la commission d'ins-
truction publique. On sait que l'instruction y est entièrement
gratuite, et qu'elle comprend la méthode de lecture, d'écriture
et de calcul, ainsi que le dessin linéaire, la calligraphie et le plain-
^chant. Le logement est accordé , par M. le préfet , aux élèves
14*
ai a EUhOPK.
innitresqiii sont rpcommaudes par les autorilfs locales ou par les
fondateurs. IMus «Je trois ceuts uiaîtn-s ont di-j j ctc lornicb ù ct-lle
école.
Hôpital Saiwt-Louis. — Fctairage par le guz hydrogène. —
Bains. — L'hùpitul Suint-Louis, dont la fonddtion rrmonic .lu
rèpne de Henri iv, et où Ton traite spi-cialcuinl le» mahidies de
la ptiui, est, sans contredit, l'un des plus h. aux et peut èlre le
plus saluljre des hôpitaux de Paris, il peut rontenir i Ôoo malades .
il n'y en a dans ce moment quenviron 700 j il est, en outre, liaiiite
par plusdc i5o personnes attachées au service de la maison. Mai.-,
ce qui mt'rite toute Tattention des amis des sciences, ce sont les
magnifiques ap])areils construits en 1817, sur les dessins de
JM. Darci't, pour fournir le {;az hydrogène carbone néces.saire à
l'èclairat^e, non-seulement de l'iiûpital Saint-Louis, mais encore
de riiospice d'^s Incurables ( hommes ^, rue des Kecolltls, de la
IVIaison de .Saute- de la rue Saint-Denis et de la maison de déten-
tion de Saint-Lazare (1).
Les appareils sont places dans trois beaux hangards fermes , et
peuvent alimenter laoo becs de lampe; un seul de ces appareils
est en activité dans ce moment : il suilit à Tentielien de 3oo becs
employés pour Téclairage de Tliûpital bainl-Loiiis. C est par la
di.stillation du cliarbon de terre dans îles cornues en fonte de fer
qu'on obtient le gaz ; à mesure qu'd est produit , d se rend dans
un grand tuyau placé à cinq ou six pieds au-dessus des cornues,
et qui peut, comme les autres parties de Tappareil , être indille-
remment en fonte de fer ou en plomb lamine. (Ou a renonce au
zinc comme trop oxidable , et au cuivre comme trop cher. )
Avant d'ariiver dans le tuyau, le gaz dépose l'huile cn)|iyreuma-
tique dont il est charge, et qui s'écoule par des tuyaux particu-
liers plongeant dans des cuves remplies d'eau. Du gros tuyau , le
gaz passe dans un conduit plus petit qui, après avoii' fait plu-
sieurs circuits , vient aboutir à un reffrigérant , ou réservoir sou-
terrain rempli d'eau , dans lequel le gaz se refroidit et si- purifie
en même tems. Kn sortant de là , le gaz dépose de nouveau l'huile
cm])yreumatique qu'il peut contenir encore, puis il passe succes-
(1) Ces trois dernicf (-tablissemcns n'ont pas encore disposi- les
tuyau\ qui doivent leur amcucr le gaz des réservoirs de St. -Louis.
,1
EUROPE. 2i3
■sÎTCtnent dans deui cuves fermée^, la première remplie dVau de
rhaux, et la seconde d'eau acidulée. Knfin , il arrive parfaitciTiint
pur dans deux grands tonneaux cylindriques de i3 pieds de hau-
. teur, revêtus de toile imperméable et apjielés gazomètres. CVst
de ces re'servolrs que partant les tuya'ixqui con luisenl lci;azdans
les diflerentes parties de l'établissement. La plus grande partie de
ces tuyaux est en fonte ou en ploinhj mais on a employé' avec
avantage le grès pour ceux qui con luisent le gaz au pavillon
GabrieUe , situé à 6on toises des gazomètres : la dépense n'a été
que de 200 fr. , au lieu de 1 100 fr. qu'il en aurait coûté pour des
tuyaux en plomb.
La lumière pro.luite par le gaz est pure, brillante et sans au-
cuntî odeur ^ les robinets adaptés aux tuyaux permettent de la
diminuer à volonté, de manière que Ips malades ne soient point
incommodés la nuit par son éclat, et que les infirmières puissent
faire facilement leur service : avantages qu'on n'avait pu réunir
avec les lampes à bulle. Ce qui surtout est très remarquable, c'est
l'éclairage de l'église , commune aux personnes de l'bôpital et aux
habitans du quartier : la rapidité avec laquelle on allimie les
cierges en tôle vernie qui la décorent, fait qu'on passe tout-à-
coup d'une nuit profonde à un jour éclatant, d'où l'on peut
repasser subitement dans les ténèbres au- moyen de quelques robi-
nets. Il n'est pas jusqu'au pupitre des chantres qui ne soit éclairé
par des becs mobiles^ le surveillant des appareils en a un sem-
blable sur son bureau. On doit conclure de tout ceci, que l'éclai-
rage par le gaz est très bfau, très commode et nullement insa-
lubre. On en a même tiré parti pour augmenter la salubrité des
salles du pavillon Gabrielle , qui sont plus petites et moins hautes
rjue les autres. A chaque extrémité de ces salles , on a construit
une petite cheminée au -dessous de laquelle est placé le bec
d'éclairage : la chaleur, produite par ce moyen dans le tuyau de
cette cheminée, établit un tirage du dedans au dehors; et à me-
sure que l'air de la salle sori par cette voie, il est remplacé par
l'air extérieur qui entre par des vasistas à soufflet, établis dans le
haut des croisées.
La construction des appareils a coûté environ 100,000 fr. ; ils
peuvent, ainsi que nous l'avons flit précédeamient , enfrclenir
1200 becs; rhùpital ibaint- Louis en emploie seulement 3oo : on
3i4 EUROPE.
ne doit donc lui appliquer <]&c le quart de celte somme, c est-à-
dire aS.ooo fr. Un aurait j u arrivir aux mêmes résultats avec
une dejicnRe moins ronsidérable; mais, M. le pn-fet de la Seine,
guide par des tucs élevées , a pense' avec raison qne les appareils
de Saint-Louis pourraient servir de modèle à ceux que l'on cons-
truirait par la suite en France, et il a voulu qu'on n'épargnât
rien pour leur donner toute la pei lection possible. Au reste , celle
dcprnse est plus que conipen.sée par 1 économie qu'on trouve
dans l'emploi de ce mode d'éclairage. Fn eflet , au lieu de 1 5o becs
de lampes à huile, qui n'éclairaient que très imparfaitement, et
dont l'entretien annuel coûtait 8,000 fr, on a aujourd'hui 3oo becs
alimentés par le gaz et qui ne reviennent qu'à 5, 000 fr. : ce qui
donne une économie ab.'olue de 3, 000 fr. Mais , pour avoir un
éclairage équivalant à celui de 3oo becs de gaz, il faudrait au
moins 45o becs d'huile , c'est-à-dire, sans exagération, une dé-
pense de ao,ooo fr. Ainsi, par le nouveau mode, on a pour
5,000 f. par an , ce qui , par l'ancien , coûterait environ 20,000 f. :
l'économie relative est donc de i5,ooo fr. L'n fait, qui n'est pas
généralement connu, explique en partie Tavantage qu'on trouve à
se servir du gaz. Une fois que le charbon de terre a fourni le gaz
par la distillation, il se vend plus cher (|u'il n'a coûté, parce <|uc
l'augmentation de volume c|u"il éprouve par la chaleur, fait
qu'on a une voie et demie de charbon épuré pour nne voie de
charbon brut : or , celui-ci coûte r>5 fr. la voie, et l'autre se vend
aux fondeurs, doreurs, etc.. Sa fr. la voie ou ^8 fr. la voie et
ilemic; le bénéfice est donc de i3 fr. par voie. Ainsi, quoi qu'en
ait dit un chimiste distingué, IVl. Clément, qui pi étend, dans une
brochure publiée dernièrement, que l'éclairage p.ir le gaz doit
être ruineux, celui de l'hùj'ilal Saint-Louis est ;'i la fois plus éco-
nomique et plus beau que l'éclairage par l'huile.
Une autre e'conoroie très importante est celle qui ré^ulte de
l'emploi qu'on fait de la chaleur du gaz, pour chauffer l'eau des
bains. Les chaudières qui la cnntiefinent , sont placées près de»
cornuesdislillaloires ; et, avant de faire passer le gaz par les réfi i-
géians , on fait faire aux tuyaux qui le renferment plusieurs cir-
cuilsautnur de ces chaudières, auxquellesils fournissent le tiers tli;
la chaleur nécessaire pour les bains- les deux autres tiers sont
produils par un foyer particulier. On jugera de réconomic qu'où
EUROPE. 2i5
trouve dans ce procède, quand on saura qu'il se donne graluite-
ment. environ 600 bains par jour, dont 200 aux malades de Thô-
pital , et 400 à ceux qui viennent du dehors avec des billets que
les médecins de l'établissement délivrent dans la salle de consul-
tation extérieure. L'hôpital Saint-Louis est le seul q'ii ait un sys-
tème de bains complets : des bains d'eau ordinaire , des bains
d'eaux minérales, des douches de toute espèce, des bains de va-
peurs et, enfin, des boîtes à fumigations. Ces boîtes remplacent,
depuis le mois d'août 181 4, les moyens incommodes et même
dangereux qu'on avait employés jusqu'alors pour donner les fumi-
gations. Dans les ingénieux appareils actuellement en usage , le
malade a le corps seul exposé à l'action des vapeurs sulfureuses
ou aromatiques , sans qu'il coure le danger d'en respirer la moin-
dre portion (1).
Kous ne pouvons terminer, sans faire mention de l'assainisse-
ment des lieux d'aisance, au moyen de ventilateurs qui en re-
nouvellent l'air continuellement ; on a regagné ainsi dix à douze
places de lits que la mauvaise odeur avait fait abandonner.
Après avoir essayé de faire connaître les tiavaux importans
exécutés depuis quelques années à Thôpital Saint- Louis, qu'il
nous soit permis de rendre hommage au zèle et aux lumières de
M. Péligot, qui, chargé de l'administration de cet hôpital, l'a
rendu un des plus beaux établissemens de l'Europe ; félicitons-le
surtout de l'heureux discernement qui lui-a fait confier la cons-
truction des appareils, objets de celte note, à M. Darcet, l'un de
nos chimistes les plus distingués , et celui, peut-être , qui sait le
mieux faire servir les sciences au soulagement et au bien-être des
hommes (2). Kous ne pouvons non plus passer sous silence l'ex-
trême complaisance de 31. Paupert, surveillant de ces mêmes
ai)pareils, et qui en explique avec la plus grande clarté les difîc-
rentes parties aux personnes qui vont visiter un établissement
(i) Vo3'ez la description des appareils à fumigations , inventés
par M. Darcet , jpubliés en i8iti par Tadministialion des hospices
civils. — Paris, chez mad. veuve Huzard , rue de lEperon , n" 7.
(2) Nous citions, parmi les ouvrages de M. Daicet, le beau
Mémoire !,ur Cari de dorer le bronze , qui a rempoi té le prix fondé
par feu ÎVK Ravrio , et proposé par l'Académie des Sciences. Pa-
ris, 1818. Chez madame veuv» Agassc, rue des Poitevins, n" 6..
i
3x0 r.vv.ovv.
que les hommes instruits ne jicuvcnt se dispenser de voir et d c-
tudier. A. Michelot.
IVoui'ePrsexpirenres faites ai'ecla pile xoUnïqiic. — Les belles ex-
féricncc.s dt M. (t-iNtid, siii l'actiin miitutlle d un courant elec-
triqucetdun aim.'int. ontou>fH aux j.hysiciens une carrière nou-
velle, où toii.^ se sont jirccijiites à Tonvi (/'oy. ci-dessus les articles
Danemanh et Swsu- ). Ceux dont s'honore la France n'ont pas
été les derniers à y entrer, et deux d'entre eux y ont déjà fait
des découvertes dignes de toute l'attention des savans.
M. Ampère qui, dès le i8 septembrf^ dernier, avait pr«-sente à
l'Académie des sciences un travail im))ortant sur les phénomènes
découverts ]>ar le physicien Danois, a lu, le aS du même mois.
un mémoire sur « l'action mutuelle de deux courans électriques,
» sur celle qui existe entre un courant électrique et un aimant .
j» enfin sur l'action réciproque de deux aimans. » Sans nous ar-
rêter à toutes les conclusions de ce mémoire , dont (|uelques-unes
sont peut-être prématurées, nous citerons l'exiérience sur la-
quelle elles s'apj)uient , et qui appartient tout entière à ÎVI. Am-
père. Si Ion met à côté 1 une de l'autre deux piles vollaïques ,
dont les tils conjonctifs , c'est-à-dire ceux qui mettent en com-
munication les pôle'' do chaque pile , soient mobiles sur des tou-
rillons, et que les p<Mes positifs soient placés du même cèté, les
fils conjonctifs s'attireront ; ils se repousseront au contraire, si
les pôles semblables sont à des côtés opposés. !SI. Ampère énonce
refait d'une manière générale, en disant que « deux courans
>) électriques s'attirent, quand ils se meiivent parallèlement «lans
M le même sens ; ils se repoussent, quand ils se meuvent parallè-
)i lement en sens contraire. »
Le phénomène découvii t par M. Ara<3;o , de Tlnsfitut , n'est pas
moins important. i'.<- savant a constaté, par de nombreuses expé-
riences, cpu- non-setilemenf le t"il conjonctif dune pile agit sur
uneaijjuilb'aimantéi' , comme l'a jirouvé M. Ctrstcd , mais encore
tfu'il a la ]>ropnété dainianter une aiguille soumise à Tsou action.
Si l'aiguille est en fer doux, elle perd ses propriété;, magnétiques,
dès qu'elle est hors de l'intluence du fil conjonctif; si elle est en
acier, elle les conserve comme l'aiguille aimantée par les moyens
ordinaires. M» Arago a f.iit encore un gr.uid nombre d expé-
riences curieuses qui seront publiées , ainsi (pie les niémoire.s dr
EL'KOPE. ■2^1
M. Ampère, dans le prochain cahier de l'excellent recueil inti-
tulé Annales de physique et de chimie.
Proced- pour imiter les manuscrits orientaux. — Une décou-
verte , qui doit avoir sur la civilisation de l'Orient la plus grande
influence , vient d'être faite par MM. Demanne et Gauttier , se-
crétaire-adjoint à l'école des langues orientales. Ces messieurs ont
présenté, à la dernière séance de l'Académie des Inscriptions et
Belles-Lettres , les résultats dun procédé , au moyen duquel ils
sont parvenus à imiter les manuscrits orientaux , de manière à
tromper l'œil le ])lus exercé. Ils ont obtenu des certificats, signés
par plusieurs professeurs distingués et par des Orientaux instruits,
qui constatent l'importance de leur invention pour l'étude des
langues et pour le progrès des lumières dans le Levant. Ils vien-
nent de faire j)araître un prospectus, dans lequel ds annoncent les
œuvres choisies du plus ingénieux des j)oëtes persans , de Saadi.
Les amis des lumières ne sauraient trop s'empresser de seconder
une aussi belle entreprise.
f^oyage scientiHijue — M. delà Pdaie .naturaliste distingué,
a envoyé d'Amérique aux professeurs administrateurs du Jardin
du Roi, plusieurs caisses renfermant des oiseaux de Terre-Neuve,
des mollusques et des plantes sèches des mêmes contrées. Parmi
CCS objets , il y en a plusieurs qui manquaient au 3Iusce.
IV Ole fournie par M. Hassuna - Dghiuz , de Tripoli (i), sur
Mohammed Ismael Khan , voyageur persun , qui estpaiti derniè-
rement de_ Paris pour fjondres. ■ — « Vous m'avez demandé , mon-
sieur, quelques détails sur Mohiimm.ed Isntaèl Khan , et sur
l'étendue de .'.on instruction. 'J'out ce que Je pourrais dire de ce
Persan , ne vous ilonnerait qu'une idée imparfaite du mérite émi-
rieiit qui le distiugui.-. J'ai le plaisir de lu fréquenter, depuis deux
ans, et je puis dire que, dans cliaque conversation , je trouve de
nouveaux motifs de l'estimer et de l'admirer. I\éavec un esprit
observateur, il juge très sainement des borumes et des ciioscs. Il
doit avoir un grand fonds d'érudition j car il raisonne pertinem-
ment sur beaucoup de sujets dillerens. On est surpris de rencon-
(i) M. Hassuna Dghiez, beau-frère du pacha de Tripoli , qui
troure maintenant ;'i Paris, est lui-même un voyageur hè-
éclairé et 1res recnrr.mandable
\
ai8 EUROPE.
trer chez cet Asiatique des notions si exactes sur la physique , le»
mathemaliqncs, rasfronomic, la minéralogie, la botanique, et
sur la philosophie et les belles-lettres. Ismaè'l Khan est né à
Schiraz. Son père, grand-seigneur de la Perse , et l'un des plus
riches p.arliculiers de ce pays , fut nomme ambassadeur auprès
du gouverneur de la compagnie des Indes, à Bombay, tn évé-
nement malluurcux Payant surpris au milieu de sa carrière ,
le gouvernement anglais crut devoir assurer à son fils Moliamm<d
Israael ^han , une pension de deux mille roupies par mois (envi-
ron cinq mille francs). Ce dernier commença, il y a deux ans,
SCS voyages en Europe, pour connaître par lui-même les mœurs
de ses habitans , Tetat actuel de kur industrie , leurs monunien': ,
et généralement tout ce que la civilisation europécDne j>etit oflrir
de plus remarquable sous tous 1rs rapports. Avec .«ies qualités na-
turelles et acquises, Ismaël Khan j arvierdra sans doute à obte-
nir un rang distingue' parmi le petit nombre de voyageurs dont les
excursions sont favorables à riiuraanité. 11 rédige et doit publier
les observations recueillies dans ses voyages.
Enielgncinent mutuel, — S. Exe. le ministre de 1 intérieur s"est
rendu, le ig de ce mois, àlEcole St.-Jean-dc-Beauvais, pour cons-
tater les progrès de rétablissement , et les ap|ilications qu'on y a
faites de l'enseignement mutuel au dessin linéaire , à l'étude de la
grammaire et à celle du chant. S. Exe. a été reçue par M . le pré-
fet, fondateur de cette Ecole-modèle, et par M. le duc de la
Vauguynn , pair de France , président de la Société pour l'ensei-
gnement élémentaire , accompagné des autres membres du bureau
et des principaux membres du conseil dadminiNtrafion. Les
exercices de l'Ecole ont commencé jiar les prières accoutumées.
Pendant que les élèves s'occupaient de l'écriture littérale, ceux
de la classe de chant ont écrit de la musique sous la dictée , faite
en trois parties sans intonation , et ils «mt chanté ensuite ces
parties simultanément. Après quoi ils se sont portés aux cercles
pour la lecture vocale sur les tableaux. Comme on ne peut don-
ner ici qu'une idée imparfaite des procédés, on se bornera à din
que les élèves pratiquent successivement les exercices de mesuic
et les exercices d'intervalles , et qu'en séparant l'étude de l'into-
nation de celle de la durée , la diiïiculté est diminuée de bean-
couj) ])our les élèves. Ils se familiariïent avec l'usage des clés et
EUROPE. 219
des différentes gammes , par le moyen d\m insirument inge'nlcux
appelé Yindicateiir vocal, où les cle's et les notes sont mobiles. Ces
exercices divers sont rigoureusement assujettis aux formes de
renseignement mutuel, et aux moyens d'émulation dont refficacité
est connue.
Pendant ce tems , tous les autres élèves s'occupaient de récri-
ture, du dessin linéaire, dans le silence le plus parfait, bien que
l'Ecole compte aujourd'hui 35o enfans.
Aux exercices théoriques ont succédé des morceaux d'ensemble
à deux et trois parties, chantés par les difiérentes classes, avec
chœur général de l'école.
Au signal donné , toute l'Ecole s'est formée en classe de lec-
ture. En se rendant aux cercles et en revenant dans les bancs ,
plus de 120 élèves , formés parla seule audition , ont fait entendre
des cantiques moraux et religieux , dont l'harmonie a causé une
vive émotion à tous les spectateurs. Ces exercices n'enlèvent au-
cun instant aux autres études , puisqu'ils se font pendant les
marches accoutumées. Ils consistent en airs à deux jiarties , canon
à trois parties, et chœur à quatre parties ; ces chants sont exécutés
sans le concours d'aucun accompagnement.
L'excellente tenue , l'ordre et le sUence observés dans l'Ecole ,
la précision des mouvemens, l'habileté des moniteurs , l'assurance
avec laquelle les élèves répondent sur l'orthographe des mots et sur
toutes les interrogations qui leur sont adressées, eniinla connais-
sance complète qu'ils ont âa catéchisme, ont fixé l'attention de
S. Exe. , qui a rcrnarqué aussi avec plaisir la perfection avec la-
quelle ils écrivent sur Pardoise et sur le papier, et leur adresse à
tracer toutes les figures du dessin linéaire. Un enfant a chante
deux airs à première vue et sans faute; trois élèves ont exécuté
tnsiiite un chant à trois voix, d'une manière surprenante pour
d'aussi jeunes enfans , qui ont seulement quelques mois de leçons.
La séance a été terminée par le Dotflne sah>ti;n fac regeniy
chanté par toute l'école avec un ensemble parfait.
M. le préfet a présenté à S. Exe. M. Radoureau, directeur de
l'Ecole, et M. C AVilhem, professeur et compositeur de musi-
que, auteur de l'ingénieuse méthode qui vient d'y être intro-
duite avec un succès complet. Le. même professeur a composé
une collection de tableaux qui doit servir à la répandre promp-
>in KL'ROPK.
tcrarnt dans tontPs les croies de France, et qui sera l)irnlôt pu-
Mie'e^ S. Exe. lui a tcmoignd sa vive satisfaction. Fnfin , M. le
comte Simeon a adresse aux élèves drs paroles ]il('ines de bonté' j
et, après leur avoir recommande' l'attarhnment à leurs devoirs
moraux et reIij;icMx , l'amour du roi «t du prinre noiiveau-ne',
dont ils pouriaienf être un jour les serviteurs utiles, et qui serait
leur père, il a prorais deux places gratuites à TEcole des arts et
métiers de (^hâlons, en faveur des deux élèves les plus distingués.
Il s'est retire' aux cris re'petës de vi>-e le roi! prononcés avec en-
thousiasme par toute D' cole.
KÉcLAVATiox. — J'ai lu, dans le Constituttr^nriel au iC juillet
dernier , une lettre signée II. N. ScIfJJer, relative à sa traduc-
tion des Annales itatisliques des Etats-Unis. Permettez-moi, je
vous prie, d'y répondre par la voie de votre estimable recueil.
M. Schefier admet dans sa lettre, qu'il a aljn^c mon ouvrage;
reste à savoir s'il en a fait un fidèle et utile abrégé? Je n"hé>ite
pas à répondre négativement , «'l à répéter qu'il a altéré, sans le
vouloir, V expression Jf mes sentimens. 11 suflit de comparer les
deux ouvrages pour y trouver la preuve de cette assertion.
M. Sclieffer, dans son livre, pages i3i et suiv. , soutient qu'une
nation peut , sans s'appauvrir, recevoir d'une autre nation pour
plus de valeur que les marchandises qu'elle donne en retour à
cette même nation, et il nie (jue j'aie adopté la même doctrine.
F.n voulant m'attiibiier îles idées depuis long-tems rejetées par
tous ceux qui s'occupent d'économie politique , il retranche
finq pages entières de mon ouvrage, ainsi que plusieurs para-
graphes et passages de paragraphes, et il leur substitue plus de
trois pages de sa composition , pour établir des principes qui
sont développés plus au long dans l'original. On peut même se
convaincre, par la prétendue traduction de M. SchelTer, (|tic les
opinions epTil s'attribue, page \^■>., m'appartiennent rérlleuientj
car, dans les pages liQct i4", •' conserve assez de mes propres
r :isonnemens pour faire connaître mes jnincipes, en ce qui re-
garde la balance du commerce.
Il signe ensuite, comme étant de lui, sans doute ]>ar une mi-'-
prise qui lui est échappée, une note jdace'e au bas Ae la page aS
dans l'original, <t à la page 8» de sa traduction. M. Sclufli r dit
qu'il a « di'i ehiisir ci- qui lui parai'-sait intéresser le public , et
EUKOPE. 22 1
» rejeter ce qui ne pouvait intéresser qu'un citoyen des Etats-
j< Unis. » S'il avait été fidèle à ces principes, je ne m'en serais
paspl.iint j mais M. Scliefl'er ne prétendra sûrement pas que l'iiis-
toire et les cleltiiù du commerce des Etats-Unis avec les pays
étrangers n'intéressent pas le puLUc. Si l'on admet ce principe,
qui me paraît incontestable, il ne s'agira plus que de le comparer
;i vec la manière dont M. Scheflèr a exécuté sa traduction ou plutôt
son abngé. Il a omis : i° les détails et tableaux de toutes les niar -
cliandiseseorporfees, depuis 1789 jusqu'au mois de septembre 1802;
2° les détails et les tableaux de toutes les marchandises étran-
gères réexportées depuis octobre 1802 jusqu'au mois de septem-
bie 1817 j io les détails et les taî)leaux de toutes les marchandises
importées aux Etats L'uis depuis i7<S9 jusqu'au mois de septem-
bre 1800 j 4o enlin , les détails et les tableaux de toutes les mar-
chandises importées aux Etats-Unis, depuis octobre 1800 jus-
qu'en septembre i8i5. lia également omis le Tarif lies États-
Unis, et beaucoup d'autres tableaux d'un grand intérêt pour les
nations qui désirent cultiver des relations amicales avec les Etats-
Unis. 11 est évident, d'après ce qui précède, que le livre de
M. Scheflèr ne fournit point les données ncctjssaires, pour qu'eu
Duisse former un résumé exact et complet du commerce des
Etats-Unis pour « une année, depuis rétablissement du gouver-
}) nemeut fédéral! » M. SchefTer a mutilé la plupart des chapitres
de mon ouvrage, d'une manière semblable à celle dont il a traité
celui du commerce des Etats-Unis j je me dispense donc d'entrer
dans de plus grands détails. J'aime à croire à la sincérité des ex-
pressions d'estime pour mon pays natal, contenues dans la lettre
de M. Scht:flèr. Mais, alors, comment a-t il pu omettre le récit de
nos brillans exploits sur mer, pendant la dernière guerre contre la
6rande-Bretagne ( voyez l'original, page 660 ) ? il aurait pu re-
marquer des résultats dii;nes de son admiration, et une impor-
tante leçon pour toutes les puissances maritimes de l'Europe
continentale. M. Scheflèr assure ne connaîtie que deux articles
qui ont recommandé mon ouvrage avant la publication du sien,
et dont il était l'auteur, comme 00 peut le vérifier dans le Cen-
si-ur Européen, d'après les lettres initiales placées à la fia des
articles. Je n'ai vu qu'une seule annonce de mon ouvrage dans
le Censeur Européen du mercredi 25 aolit 1819, avec la signa-
I
aaa EUllOPK.
tureE. A. L.i Kttre de M. Scljefler, insérée dan'ilcrConstituiionnet
du i6 juillet i8ao, est signée T. N. Srheffer, et la traduction
dont il s'agit porte le nom de C. A. Scliefl'er. Jajouterai qu'il
existe au moins deux autres annonces raisonnces de mon ouvrage
dans les journaux français ( voyez fieme Iincycloprdit/ue , t. III,
août 1819, p. 261 , et septembre 1819, p. ^Si ). M. Schcfler au-
rait pu y voir que les collaborateurs de ce recueil s'étaient pro-
pose de traduire mon ouvrage, s'ils n'avaient pas etc informc-s
qu'une autre personne avait entrepris ce l-.avail; je pense que,
si CCS Messieurs l'eussent fait , ils en auraient donne «ne traduc-
tion plus fidèle, et que je n'aurais pas été foret? de soutenir une
controverse du genre de celle où je me suis trouvé cnlraroe'
malgré moi. Adam Setbert.
PoRLiCATioMS NocvKtLES ET PBOcnAi^Es. — Traduction complète
des OEtivrei de iiV Waltf.r Scott, précédée d'une notice liislo-
rijjue sur cet auteur, et ornée de son portrait. — L'intérêt qui
s'attache à tout ce qui sort de la plume de sir Waltcr Scott,
faisait depuis long-tems désirer la publication complète de ses
œuvres. I^ia traduction que nous annonçons est destinée à remplir
ce vœu. Elle se divise en deux collections indépendantes l'une de
l'autre, celle des poésies et celle dos romans. La j)remière a été
confiée aux soins des traducteurs de lord Byron ; la seconde, \
riiomme de lettres quidéjà nous avait fait connaître quelques-uns
des meilleurs ouvrages de sir "VValter Scott. Les deux collections
s'augmcTiteront au fur et mesure que le romancier écossais don-
nera de nouvelles preuves de l'heureuse fécondité qui le distin-
gue. On vient de publier les tomes V et VI de la première série
des OEuures ; ils contiennent A/arminn et de« ballades. Chaque
livraison de romans , composée de quatre volumes, est du]>rix de
10 francs poiir les souscripteurs Les pocsies paraissent par li-
vraisons de deux volumes , dont le prix est de 5 francs. On sous-
crit, à Paris, chez Ladvocat, au Palais-Royal.
— p^ollaire , édition en i5 volumes t/i-12 , publiée par 3f. Tou-
Cfuet. Prix, 3o fr. — Cette édition contiendra V Hssai sur les
Morurs et r Esprit des Nations , le Siècle de Louis .\If^, le Pré-
cis du Siècle de F.ouis Xf^, Y Histoire de Charles \JI , le Diction-
naire philosophique, des Contes et Uomans , les Poèmes, le Thi'd
tre , des Poésies fugitiues , des J''r,7qmcns , etc., etc., etc. — II en
»
EUROPE. 233
paraît un volume tous les dimaDches, depuis le 24 septembre. L«
i5* et dernier serapublie' le 3i décembre 1820.
On souscrit , en payant ou sans payer , pour tout ou partie de
l'ouvrage, même pour un seul volume, chez Véditeur, rue de la
Huchette, n" 18 j Baudouin frères, rue de Vaugirard, no 36,
moyennant 2 fr. par vol. pour Paris , 3 fr. pour les de'partemens,
et 4 fr. pour Fe'tranger. Les souscripteurs qui auront payé à l'a-
vance , recevront le volume à domicile , au moment de la publi-
cationj ceux qui ne sont qu'inscrits, le prendront au bureau où
ils auront souscrit. La souscription sera fermée, pour chaque vo-
lume, à l'instant de sa publication. Les volumes déjà publiés se-
ront payés 3 fr., et les volumes à publier 2 fr. Au 1"' janvier
1821 , le prix de rédition sera de 5o fr., pour Paris.
— On annonce comme devant paraître incessamment, chez
Barrois l'aîné, libraire, rue de Seine, n" 10, une traduction
française d'un ouvrage intitulé ; Manuel du F histoire politique de
V Europe et de ses colonies , depuis la découverte des deux Indes, par
A. II. L. Heeren, professeur d'histoire à Goltingen. Un homme
de lettres distingue surveille la traduction de cet ouvrage qui a
obtenu en Allemagne un succès général , et dont nous nous pro-
posons de rendre compte , aussitôt que la traduction en aura été'
publiée.
Théâtre français. — Le Paresseux , comédie en trois actes et
en vers. Cette pièce n'a eu que trois ou quatre représentations ,
et l'auteur a gardé l'anonyme. (Cependant son ouvrage est loin
d'être sans mérite : il renferme des scènes agréables et un grand
nombre de vers de bonne comédie ; le rôle du paresseux est tracé
avec art; il y a du comique dans celui de l'oncle, vieux plaideur
normand. Mais , ce qui a indisposé les spectateurs , c'est un rôle
de femme véritablement odieux , et qui de plus nous paraît man-
quer de vérité. Nous avouerons aussi que le choix du sujet ne
paraît pas heureux : l'auteur est tombé dans une erreur trop com-
mune aujourd'hui , celle de prendre pour un caractère , un défaut
qui se trouve dans des hommes, d'ailleurs très difTérens les uns
des autres, et qui pourrait fournir au plus la matière d'un acte.
— Clouis , tragédie en cinq actes , par M. Viennet. Cette pièce
a obtenu un succès complet à la première représentation. Elle le
doit plutôt à un style correct, vigoureux, et parfaitement coove-
aa', tUROPF.
Tiiililr au siijtt, qu'à lies ftildiilions et à des caractères vraiment
dramatiques. La |>remiérc moitié de cette tragédie avait fait con-
cevoir aux sprrtateui". di-s esperancC'î que raulte moitié n'a pas
réalisées. Il ri'^^ne, d<ins les deux derniers actes , une confusiuH
fatigante. On a peine à suivre Ir iil des événe.ni-ns , dont le plus
grand nnudtre se pa'i'e Lors de la scène; et- qui a forcé Tautcur à
uiulliplitr les récits. Le rôle de (Jlovis est tracé d'uni; main ferme 1
et contient des morceaux de la plus grande beauté, ^'ous donne- I
rons aussi dits éloges an personnage de Clodérii;, tlans lequel
r.iuleur a, pour ainsi dire, personiiiOé la barbarie des Francs,
de même ipiil a peint dans celui de Césaire , l'astuce et la perii-
dic de la cour de Rvsan'-,c- l-es aitn-s rô es nous par.iis ent fai-
bles. Le {général gaulois Sia^riiis ni >ntre ilans j>lusieur.> »c«nes si
peu de caractère, quil détruit en partie i'inti rèt qu'inspirait d'a-
bord son courage, tudomire , sœur de (^lovis el amante de Sia-
grius, est, sui»ant nnus, un personnage insij;ni(iant : ses amours
n'ont rien qui intéresse. l'n gén<-riil , les personnages de celle
tragédie se trouvent presque toujours dans la même situation j
ce qui rend l'ensemble de lii repri'Sentation froid et monolnne. F-n
dernier résultat, nous pensons que cet ouvrage fait beaucoup
d'Iionncnr au Uilent poéli({ue de iM. Vicnnet, et peut faire espérer
un auleut* dramatique.
WÉChor-oGiE. — f^insn.i. — !\I. l'abbé Vin^on est mort à Paris,
vers la (in du mois de .siptembre <lerniir, âgé de cinijuante-huit
ans. 11 est connu par louvrage qu'il j>ubha , en 181G, sur le coa-
conliii , et par un opu.scule en vers, intitulé: Lfilre à mon hoii'
Tii.iir. Il a composé aussi un poénie didaeti(|ue sur les Quatre y1^e$
lie l'homme, dont il n'a publii' que les premiers chants. M. L'abbé
Vinson était aussi un liabile astronome. Pendant son «'migralion,
il avait fait construire à Londres un obseivatoire où, à laide
d'une macUine inp;énieuse, il démontrait le système du mouve-
ment tics astres. L.et observatoire a été deux fois vi.sité par
Louis xvm, qui accorda des témoignages flatteurs d'approbation
à son fondateur.
— t'antiu-fJisntlnnis. — M. Antoine Fantin-Dc.sodoars , au-
teiir d'une Contin'ialinn île C Histoire de t'rnncc Je Fely , '/'""«
Hiilniie lie lu ranlution , etc., est mort à Paris, le 37 septembre
i8ao, à l'âge de b-j ans.
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
ou
ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES
Des productions les plus remarquables dans la
Liitérature , les Sciences et les Arts.
XVVVVVVVVVV\VVVVVVVVVVV\'\\VVVVVVV\Vi/V^^«VVVVVV\'VVVW^VV«'VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
I. MÉMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MELANGES.
NOTICE
Sur l'état actuel des bateaux à vapeur aux États-Unis
d' Amérique.
La belle découverte qui met en mouvement de
grands corps flottans par l'action de la vapeur , et
le degré de perfectionnement qu'elle a commencé
d'atteindre, ne sont pas seulement le fruit de quelques
années de recherches et de travaux. Cela prouve
quelle combinaison d'efforts et de connaissances il
a fallu, pour inventer et perfectionner un procédé
qui fait époque dans l'histoire des progrès de notre
siècle.
Le premier qui eut l'idée d'appliquer les vapeurs
raréfiées , comme force motrice , fut le marquis
ÏVorcheslery qui publia , en i663 , sous le titre
TOME vni. 23* Cahier. i5
jiff i\OJlCK
tl'?//i siècle d'itwentîons ( ^ cenlnry of invontions ),
lin ouvrnge rontcnanl l)!'aii(()np de vues originales ,
mais dont la piujtarc sont impiaticables.
Ce fut dans cet ouvrage furcn iCJliç), Savary
puisa la première conception d'une macliinc à va-
jieur , qu'il commença nième à exécuter d'une ma-
nière encore imparfaite; ce fut ensuite en 1^06,
qu'un nommé Newoommen fit Tune des découvertes
les plus essentielles, en inventant le cylindre dans
le(jucl la vapeur élastique agit sous un piston.
Ncwcommen , par le moyen d'un grand levier, ap-
])!iqna celte force à une ponq>e-, (;t, de là , le nom
de pompe à feu rpie reçut cette machine.
En 1717» Heigluorry lit (pielques cliangemens
utiles-, mais il était réservé au génie supérieur de
M. Watts , de Glascow en Ecosse , d'ériger l'art des
machines à vapeur en système théorique. Il prouva
évidemment ([ue l'eau , con\erlie en vapeur, oc-
cupe, sous la pression ordiuaii-e de ratmosphèrc ,
un espace dix-huit cents fois plu$ graud que dans
sou état liquide.
Les expériences faites et les améliorations pro-
gressives obtenues par M. Watts^ depuis l'an 1765,
surpassèrent toutes ses espérances-, mais, ce fut
m 1781 qu'il parvint au faîle de sa gloire , en dé-
couvrant le moyen de produire un mouvemeut cir-
culaire autour d'un essieu fixe, La découverte de
ce niécauisnie donna un nouvel essor aux manufac-
tures de la Grande-Bretagne, qui, par son indus-
trie natioualc , s'éleva bientôt a nu degré de fuice
SUR LES BATEAUX A VAPEUR. 227
et de splendeur dont les annales du monde n'ont
jusqu'ici présenté aucun exefnple.
En 1802, M. Fulton construisit un bateau à
vapeur sur la Seine ^ ce n'était qu'une expérience
bien impaifeile , comparée à celjié du bateau le
Cleimont^ qui fut lancé d<^pnis, en 1808, à New-York.
Fulton, par rexpérience qu'il fit alors , l'éussit enfin
h perfectiounor' cette belle ynVeiitîoTi .
Depuis le niomcnt où l'on s'est aperçu delà forcel
exppnsivc de la vapeur, il sVst écoulé près d'un
siècle et demi , avant qu'on soit parvenu à appli-
quer cette découverte avec succès à la nàvigntion ;
ce qui prouve la lenteur des progrès de l'esprit liu-
niain en tout ^enre. '-
Cette manière de naviguer sur lès lacs , et de re-
monter les grandes rivières , doit'à 'Ift fois faciliter
les cofnmunications , ouvrir de nouvelles routes aux
entreprises commerciales, et répandre partout le
bien-être et les richesses •, mais, c'est surtout dans
de vastes contrées, comme l'Amérique ou la Russie,
qu'elle contribuera puissamment à rapprocher les
liommes , et à resserrer de plus en plus les liens
d'une fraternelle union entre les habitant des con-
trées les plus éloignées.
En Angleterre et en France, les bateaux à va-
peur ne peuvent être qu'un diminutif de ce qu'ils
sont dans le Nouveau-Monde, où ils ont pris des
dimensions analogues au caractère noble et impo-
sant des rivières de ce continent. Aussi, c'est en
Amérique seulemenl qu'on a pu , appliquer avec
i5*
>a8 NOTICE
succès, et perfectionner, un«: invention dont on avait
bien conçu l'iJée avant Fulton , mais qu'il lui était
réservé de rendre essentiellement utile.
En considérant les lacs immenses du Nouveau-
Monde , ainsi que les grands fleuves du ISlississipi ,
du Missouri et de l'OUio , avec leurs rivières tribu-
taires qui parcourent un espace de 5o,ooo milles
ou iG, 666 lieues de contrées différentes, et en cal-
culant que celte découverte influera dans l'avenir
sur le bien-être de tous ces États , on apprécie tout ce
qu'elle a de magnifique et de prodigieux.
Pour montrer la lenteur ordinaire avec laquelle
on adopte, en Europe, des découvertes utiles, et
le peu de confiance qu'elles inspirent, je rappellerai
que le premier bateau à vapeur fut mis en mouve-
ment en Amérique , en 1808 , sur la rivièie d'Hud-
son , et en Ecosse, seulement au mois de mai 181 3.
A New -York, dès l'origine, ce bateau fut continuel-
lement rempli de passagers , et l'on accueillit gé-
néralement la nouvelle invention avec une grande
confiance ; tandis que le nombre des passagers sur
le bateau à vapeur établi sur la Clyde , en Ecosse ,
ne suffisait pas, dans le commencement , pour cou-
vrir les dépenses du chaufiage et de l'entretien jour-
nalier.
Il existe à New-York dix bateaux à vapeur qui ne
sont destinés qu'au transport des passagers et à réta-
blissement de communications promptes, siîres et
commodes entre cette ville et les routes qui vont à
Philadelphie et à Boston. Le voyage de New-York
SUR LES BATEAUX A VAPEURS 229
à Allbany se fait enlièrement sur des bateaux à
vapeur. ludépenJamment de ces dix bateaux , il
existe encore à New-York deux bacs à vapeur , sur
lesquels on passe les chevaux et les voitures pour
aller dans le New-Jersey, à Paurs-Hook , ou sur
Long-Island à Brooklyn*, ces bacs entretiennent une
communication perpétuelle entre la ville et ces
deux endroits qui, par ces ponts flottans , sont de-
venus des faubourgs de New-York. A la Nouvelle-
Orléans , on ne compte pas moins de cinquante
bateaux à vapeur, de différentes grandeurs, qui par-
courent le Mississipi , le Missouri et l'Ohio, jusqu'à
Pittsbourg en Pensylvanie • ces bateaux font le
cabotage et comprennent , ensemble , sept mille trois
cent six tonneaux de port.
Un grand nombre des bateaux du Missis.sipi ont
les roues placées à l'arrière , et le cylindre posé
horizontalement. On a observé cet arrangement
pour ménager la largeur du bâtiment , quand on
rencontre des endroits où le passage se rétrécit, à
cause des arbres enfoncés qu'on trouve quelquefois
dans le Mississipi. Le plan de ces roues (il y en
a une à chaque côté du gouvernail ) est parallèle
à ligne projetée de la quille.
Le gouvernement des Etats-Unis , voulant avoir
un poste avancé sur le Missouri, et faire explorer
tout le pays, jusqu'à la rivière de la Pierre-Jaune
( Yellow-Stone-River ) , vient d'employer deux ba-
teaux à vapeur pour cette expédition importante.
Je n'ai pas eu l'occasion d'entreprendre des voyages
a3o ^OnCF,
sur Iti îac Érié, clans le gran«l baloau TValk in ihr
walrr ^ j'aurais pu alors mieux ol>M-'rvcr, It* lanjçai^c
ol le rouli'i (Je ces bàiiruiins, ci. Te/ret f^u'ils nuraieni
produit sur la macliinij ; cejMii(IiU)l, m .lUuut' tic
iScw-Haven dans le Conneojicut , cl longoaut le dé-
troit de LoDi^-island qui , à rendimichurc àc. la li-
vicrc Conneclicul , a quatre lieues de largeur ,
nous essuyâmes un violent coup de vent d'ouest .
accompagné de gr^-le ; les lan»es étaient asscr
lortes , piincipaleiuent vis-à-vis de retnhourhut e
de la rivière ^ le coulis du Làtinumt était tel,
qu'une des roues sortait bVitiièccment de l'ôau, pen-
dant que l'autre s'y enfonçait dans la même pro-
portion. Malgré cela, je ne pus remanjuer aucune
différence dans le mouvement de la machine, qui
paraissait être toujours le môme.
Si je dois m'^-n rapporter à cr que d autres per-
sonnes m'ont dit à ce sujet, on semble fort peu
^'inquiéter du mouvement du bâtiment •, on m'a
assuré que des bateaux à vnpeur travebiarrnt sans
danger, et presquii en tout lems , les ïjrarid.s lacs,
où cependant la lame est courte, rapide et forte.
A New- York, on construit plusieurs bateaux à;va-
pcur, destinés pour la NouveilerOrléansi, <^ui, dans
leur trajet, sont exposés à une rôle ouverte et non
abritée, pendant au moins deux cjmiLs lieiu's • et l'on
n'a encore ebtehdu pnrlei- (l'aucun nccident {irrivé
à' ce», b^iteaux.. On lança, l'autorfiinO' dlH•r^un^ ^ un
ba*ra»i construit dah.*; le «hanlicr dq M. Efliford,.à
New-^ tu k, desliné-à tï-tvif^uer coirinii' pnqiucboi eiilrc
sur. LES BATEAUX A VAPEUR. 23 r
la Nouvelle-Orléans et cette ville. Ten ai observé la
construcilon. Ce bateau est de la même longueiit'
que le Chancellor Livingston ^ dont le pont est d(^
cent soixante pieds \ il est un peu plus large que
ce dernier \ il lire dix pieds d'eau lorsqu'il est
chargé , et il est du port de sept cent quarante
tonneaux. Les salons en sont vastes et ornés avec
élégance -, il peut contenir environ deux cents pas-
sagers ; la machine est une des plus puissantes, et
fortement construite; le cylindre a quarante- trois
pouces de diamètre. On a nomtué ce bateati le
Robert Fulton. Ses ailes, ou supports, sont ouvertes
en dessous, pour donner moins de prise à la lame,
et n'ont que la longueur nécessaire pour que la
roue puisse tourner librement. Je vis ce beau bâ-
timent, lorsqu'il partit pour la Nouvelle -Orléans ;
et , tel (ju'il était alors , il revenait à 200,000 dollars.
On avait érigé à bord du Robert Fulton trois
mâts très faibles et très peu gréés -, on les destinait
à porter trois voiles carrées , à peu près de la
forme de celles des lougres ou chasse-marées , pour
s'en servir par un beau lems, avec un vent f^v¥>-
rable, en même tems que l'on emploierait la ma-
chine. Mon opinion, cependant, est qu'il ne faudrait
pas se risquer par un gros tems et avec une mer
agitée \ car, dans cette position, la lame pourrait
briser les ailes et les roues , malgré la force ex-
traordinaire qu'on tache de leur donner. La seule
manoeuvre pour conserver les roues, dans ce cas,
serait de présenter la pcoue du bateau droit au vent
aSa NOTICE
et à la Inmc ; faisant toujours travailler la machinp
et ne donnant jias au bateau plus de sillage qu'il
n'en faudrait pour le gouverner et le tenir dans
cette situation, tant que durerait la tempête.
Il est absolument inutile d'appliquer cette inven-
tion aux vaisseaux marchands ordinaires -, d'abord ,
on perdrait l'économie (ju'on fait en épargnant le
gréement sur les bateaux à vapeur -, en seccind lieu,
la maehine avec la chaudière occuperait tant de
place , qu'il y aurait peu d'espace pour la cargai-
son ; enfin, plusieurs marchandises seraient sujettes
;'i se gâter par la chaleur excessive des chaudières.
Le vaisseau à trois maLs le Sahwanna , sur lequel
on installa une machine à vapeur, et qui, pendant
l'année 1819, fut dirigé sur la mer Baltique, n'a
pas répondu aux espérances qu'on en avait conçues.
J'avoue que mes informations , relativement à la
batterie de vapeur à New-York, sont très inconi-
j)!ètes : M. Maresquier , ingénieur-constructeur dis-
tingué, qui vient aussi de voyager en Amérique
pour étudier tout ce (jui a rapport à cet objet, four-
nira sans doute des renseigneniens plus positifs et
plus étendus que les miens.
Pour donner une idée suffisante de la force parti-
culière aux machines à vapeur, je citerai seulement
1(^ fait suivant.
Lorsque la batterie flottante à vapeur le Fulton, dont
la capacité est de deux mille quatre cents tonneaux,
fut lancée à New-York, le bateau à vapeur le Para-
gortj du port de trois cent trente-un tonneaux, ayant
SUR LES BATEAUX A VAPEUR. 233
un cylindre de trente-quatre ou trente-cinq pouces de
diamètre seulement, prit la batterie à la toue et la
remorqua, en filant près de quatre nœuds, jusqu'à
Paul's Hook dans le Jersey, où la batterie reçut sa
machine : ce fait a été attesté par tous les habitans
de New-York.
Quelque lems après que les bateaux à vapeur
eurent été mis en usage , ou imagina qu'il y avait
un grand danger attaché à ces bàtimens; et, parce
qu ilsont été une ou deux fois atteints par le tonnerre,
on a voulu en conclure que , dans un tems d'orage, le
fluide électrique était attiré par la machine en mou-
vement. J'ai, cependant, essayé plusieurs fois de vé-
rifier si les parties de la machine qui sont exposées
au plus grand frottement, étaient sujettes à se ma-
gnétiser , comiue il arrive souvent au fer lorsqu'il
est dans une position verticale ; mais , je n'ai jamais
trouvé que, soit la barre du piston , soit les autres
parties de la machine qui sont dans celte position
et dans un état de frottement perpétuel, aient oflfert
quelque indice de magnétisme : aussi , ne suis-je
nullement porté à croire qu'elles aient pu exclu-
sivement causer l'attraction du fluide électrique.
Le fer est d'ailleurs très bon conducteur de ce fluide,
et l'on a vu la foudre frapper l'embauchure d'un
canon. A moins qu'on ne veuille admettre que la
cheminée dont le tube cylindrique s'élève dans
l'atmosphère , ne devienne propre à attirer la foudre
à la manière des paratonnerres : c'est, au reste, un
fait qui ne peut être décidé que par expérience -, et
o\\ KOTICi; SI T. M;S HAIICAUX a VAPIXK.
la physique ofl'rc des moyens asso/ piiissnns poui- ,
détourner co fluide, vt pour éviter la rrtiastroplK' j
qui serait causée par un aussi tciiihlo évétiemcfil.
Ou a éif:vé uik; aulru objccliou coiilrc les hateanv
à vapeur, et celle-là senihlerait plus sérieuse : la eliau-
dicre peut crever, si l'on for(-e trop rébullilion de
l'eau. Cela est arrivé en Amérique et en Angleterre,
où qiiel(|ues bateaux ont sauté par la négligence d(^ ■.
ceux qui doivent mettre la machine en mouvemertt,
ou parce que la chaudière avait étc' mal construite.
Si, dans la coTistruetion de ces chaudières', on
suit exactement le plaji sur lecpicl Celles du Chnn-
crllor Lh'ingsfon et du bateau le liobert FuUon
ont été faites, et qu'on les munisse d'une soupape
de sûreté, on n'aura point à craindre d'explosion,
lorsfju'elK's sercmt appliquées à une machine à con-
densateur, où la pression ordinaire des vapeurs
excède rarement seize livres par pouce carré de
la surface de la chaudière. Ce ne sont rpie les nia-
chines à haute pression , qui ont généralement été
sujettes à ces accidens ; car, dans ces machines, les
vapeurs pèsebl à raison de cent à cent cinquante livres
par chacjue pouce carré de la chaudière \ ce qui fait
de quatorze mille cin(j cents à vingl-uu mille six
cents livres par chaque pied carré -, tension trop
forte pour les parties d'une rhaudièt'C dont la cons-
truction n'a pas luie extrême solidité.
A. KlinckowstkÔm ,
de rétnl-major du roi de Suède et de Norwége.
r
VX'V W VVWWV VWVWVW VWVW VV\ '
SUR LES COURSES DE CHEVAUX,
El sur les môyeYiséC àmëliorcr les races de ces animaux.
Le Journal de Paris , du i4 octobre flornier , a pu-
])'lié des 6'bseri''atibA:S de M. Armâiid-Seguin sur le sujet
qui va houfe occuper. Apres avoir lu cet article avec
pliiè d'attention ([ii'ou n'en donne conimuncment â une
feaiMé ijiiotidtëîifiiéy'rr'ous aVoûS W-è^rett^'cj-ilë M. Se-
guin li'ail jiàs 'a'npiiy'é de quelques preuves ce qu'il af-
firmé des son début, que l'institution des courses est ,
dan.-; tous les paj^s'^ une des conditions de r amélioration
de la race des chevaux:
Cetle assertion n'est pas évidentepar elle-même : on
peut la révoquer en doute, et même la combattre,
sans tomber dans l'ab-nrdc : mais, si l'on veut la sou-
mettre à un examen attentif et scrupuleux, des diffi-
cultés imprévues rendrotit cette entreprise plus pénible
qu'on ne l'aurait cru. Pour juger une institution, il
faut connaître son effet réel, propre , et sép^aré de ce
îjàî appartient à d'kuti^S catisèS dôilt il faut apprécier
ansii l'influence avec exactitude. Cette sorte d'analyse
«v-f délicate, embarrassante : on â bien rarement lapa-
liehcè dé l'àcHe^-er; oh se décidé , mais alcrfe onncjtige
jpas. Il'ésl à craindre que M. S'eguiti n'ait pa's")(ig^ Pi ris -
tifulion des coiirséS. ' "'
Les progt-ësdferag<-icaltrfré alitaient opéré seuls , et
sans institution spéciale , une amélioration des che-
vaux. Lorsque l'agriculture se perfectionne, les ani-
ma ux domestiqiles ont «ne nôurdtll reôu plus abondante
ou mieux choisie ; ils reçoivent des soins niifeux diriges ',
quel que soit l'usage auquel le cultivateur les destiné.
a3G SLR LES COURSKS
Eclairez , protégez , et laissez faire : vous obliendrpi'
sans peine de nombreuses améliorations , parmi les-
quelles celle des chevaux ne sera pas la dernière. Vous
les obtiendrez coordonnées entre elles , dans Tordre et
dans les proportions convenables pour qu'elles pro-
duisent le plus grand bien ; ce qui est la plus précieuse
de toutes les améliorations. Eu fait d'administration,
les vues étroites sont des erreurs, et, par conséquent ,
les institutions spéciales peuvent être des fautes. Dis-
tribuez des prix ; ordonnez des expériences ; créer des
établissemens , dirigez-les : après avoir prodigué vos
soins et vos finances , vous aurez moins fait pour l'uti-
lité publique, que si vou< vous étiez bornés à suivre
la maxime commode : Eclairez ^ jirotc^ez , et laissez
faire.
Appliquons cesvérités générales aux courses des che-
vaux , considérées comme moyeu de perfectionner la
race de ces animaux. Certes, le premier coup-d'œil ne
fait pas apercevoir la liaison de cette cause avec l'effet
qu'on lui attribue. Comme le cheval doit posséder d'au-
tres qualités non moins précieuses que la vitesse , il
semble qu'on aurait dû s'occuper aussi de chacune de
ces qualités , et les soumettre à quelques épreuves. On
eût pu juger de la force par le dynamomètre , de la
sobriété et de la résistance à la fatigue , par un régime
et des exercices appropriés, etc. 11 est vrai^que cette-
manière de juger et de distribuer des prix serait lente,
qu'elle n'exciterait pas la curiosité , et n'attirerait pas
de spectateurs. Ajoutons encore que l'on n'aurait peut-
être aucun moyen sûr de combiner les jugemens portée
sur chacune des ([vialilés d'un individu , et que le ju-
gement définitif pourrait être indécis ou arbitraire.
Mais on n'évite pas cet inconvénient lorsqu'on se borne
DE CHEVAUX. aS;
à un seul genre d'épreuve , à celle de la vitesse , par
exemple. En effet, est-il certain qu'un cheval , capable
de franchir un myriamètre en un quarl-d'heure , vaille
mieux qu'un autre un peu moins rapide , mais qui four-
nirait une course de trois my riamètres en une heure?
Et celui-ci mériterait-il d'être préféré au coursier déjà
vulgaire qui traînerait un char à huit mjriamètres
en quatre heures ? En continuant ainsi à combiner l'es-
pace avec le tems , quel rang assignerait-on au cheval
qui ferait, sans efforts , vingt myriamètres dans une
journée, sans être cependant capable de disputer un
prix au Champ-de-Mars ?
L'effet certain de l'institution des courses sera de mul-
tiplier en France les chevaux de course , de mettre le
Champ-dé-3Iars au niveau de Hyde-park dans l'estime
des écuyers ; de propager l'éducation propre à donner
aux chevaux une grande vitesse : mais , quand on parle
de V amélioration de la race des chevaux , tout bon
esprit donne à ces mots un sens plus grave, et trouve
la question beaucoup plus compliquée et moins facile
à résoudre.
D'abord , il est plus que douteux que toutes les qua-
lités du cheval se perfectionnent par les moyens qui
tendent directement à augmenter la vitesse de sa course.
Comme il ne s'agit ici que de facultés corporelles , la
dignité humaine ne s'offensera pas d'un rapprochement
entre l'homme et les animaux : nous demanderons donc
si la même éducation physique peut former également
bien des coureurs et des portefaix? ou , pour ennoblir
le sujet , s'il faut le même régime et la même gymnas-
tique , à de jeunes hercules et à de jeunes achilles aux
pieds légers ?
Très fréquemment, les prix des courses sont rem-
a38 SLR I.KS COUrvSKS
lîorles par dos jumens. Ce fait rappelle involontaire-
Tueut à la mémoire les Atalante, les Caniilip el autres
Jiéroïnes à la course légère et rapide. Ces fiction^ de
grands puëles sont luieuxqne des jeux de leur imagi-
nation brillante et gracieuse; elles soûl fondées sur
l'observation très juste , que les formes propres aux
mouvemens rapides sont j)lus féminines que viriles.
Aussi reniarque-1-on que le* femmes peuvent exceller
daus tous les exercices qui cxig-Mit une grande \itessc
de mouvemens, comme nous le voyons dans la danse.
Mais ces formes sveltes et mobiles par excellence
ne constituent pas la force ; e'ics ne conviennent pas
aux travaux pénibles et prolongés. C'est la mâle vi-
gueur qu'on recherche dans le soldat et dans l'ouvrier,
ainsi que dans le cheval employé aux armées, sur les
routes, aux champs et dans les ateliers.
Enfin, si le meilleur cheval n'est pas toujours celui
qui court le plus vile ; si l'individu qui aurait foutes
les boimes qualités de son efpëce , portées au plus haut
degré que permette leur réunion , ne serait jamais
trouvé digne de paraître au Chamj>de-Mars ;si, d'après
la manière de juger , la perfection n'ellc passe toujours
pour médiocrité , tandis qu'une qualité brillante ul -
tient seule toute l'estime et tous les prix; les courses
publiques pourraient devenir un obstacle à l'amélio-
ration n-cllc de la race des chevaux.
Puisqu'il n'est pas certain que nous suivions la bonue
voie , cherchons-en une plus sûre, mieux éclairée , ci
qui laisse juieux apercevoir le but. TAchons d'aboi.i
de bien poser la question ; ce qui , dans quelques su-
jets, est plus diilicilc que de trouver une solution.
Une (jucsliou est mal posée, si l'on ne peut la ré-
soudre (ju'à l'aule d'une ou de plusieurs décou-
DE CHEVALX. 239
vertes ; car le hasard et le génie , qui font toutes les
ilécouvertes , ne consultent pas nos besoins, et n'o-
béissent pas à nos commandeiuens. Il faut donctjue la
réponse exige seulement de nouvelle:^ combinaisons
des connaissances acquises : ainsi, l'état de ces connais-
sances doit prescrire la forme et régler l'étendue de la
question.
Dans l'économie publique , il y a peu d'objets simples
et isolés, et beaucoup de grou|>es ou d'agrégats qui ne se
prêtent que peu ou point à la division- h'A science leur
applique cependant ses méthodes d'analyse, et veut
arriver à la connaissanccdes élémens; mais l'art social ,
<|ui n'opère que sur des composés, profite peu de ces
recherches sur les premiers principes. On le sert plus
utilement, en s'occupant des composés tels qu'ils sont,
des influences qu'ils exercentou qu'ils éprouvent, des
altérations qu'ils peuvent subir. Kn considérant sous
ce point de vue, la question qui nous occupe, on ne
tarde pas à découvrir qu'elle est intimement liée à
plusieurs autres, qu'elle fait ])artie d'un tout dont
on ne peut la détacher pour la traiter isolément. En-
trons dans quelques détails.
L'éducation a plus de pouvoir sur les animaux que
sur les hommes , parce qu'envers les animaux , elle est
moins liniitée dans ses moyens, et moins soumise aux
influencespcriurbatriccs. Mais l'action de l'homme sur
les êtres soumis à son empire varie à quelques égards
comme l'homme même , et subit plus ou moius les
mêmes vicissitudes en bien et en mal. Changez les
mœurs de nos cochers et de nos charretiers , vous chan-
gerez aussi la manière dont ils traitent leurs chevaux ;
et , avec le tems , ces traitemens nouveaux opéreront un
eCFet sensible, même à des yeux j)ou exercés.
2^0 SUR LES COURSF^
Nos arts sont encore loin de leur perfection. Le
charronnage, la sellerie, etc. , attendent encore des dé-
couvertes , et peuvent éprouver des changemens assez
grands pour (ju'ils réagissent sur les chevaux.
Sans pousser cette investigation plus loin , il est assez
évident que nos animaux domestiques sont soumis à
l'action siniullanée d'un grand non)bre de causes : or,
(juand on veut obtenir un rffet déterminé ,1*011 calcule
mal le moteur et la résistance, si on ne tient compte
que de queUjues-unes des forces qui agissent réellement.
Mais, d'un autre côté , si l'on voulait ne rien omettre
dans le calcul , on ne s'en tirerait pas. Admettons donc
des solutions approchées , pourvu que nous ne les re-
gardions que comme approchées, et que nous ne per-
dions pas de vue les méthodes destinées à les rectifier.
Le premier pas que nojis ferons ne peut nous égarer :
nous commencerons par le plus prompt et le plus
facile detouslesperfectionnemeus : l'importation d'une
ou de plusieurs races de chevaux, éminemment pour-
vues des qualités que upus voulons fortider dans les
races indigènes. Imitons , quoiqu'un peu tard , le bon
exemple que l'industrie manufacturière nous a donné.
On ne doute point qu'avec du tems et des soins, on
n'eût perfectionné les laines en France, sans rien em-
prunter à l'Espagne ; que même, avec beaucoup plus
de tems et de recherches , on n'eût trouvé une matière
propre à des tissus que les fabriques de cachemire
n'auraient pas surpassés : mais, nous avons heureuse-
ment épargné ce teins précieux. La victoire a forcé
l'ICspagne à partager avec nous les trésors de ses ber-
geries , et un nouvel argonaute nous a fait présent des
toisons de cachemire. Honneur à de tels citoyens !
honneur à la victoire , quand elle porte de tels fruits !
DE CHEVAUX. aji
L'introduction et la naturalisation en France cie
nouvelles races de chevaux est encore à faire. Jusqu'à
présent , nous n'avons vu que des essais. On n'a jamais
iunoorlé à la fois un assez grand nombre d'iudividiis,
pour que le succès et la durée d'une entreprise fus-
sent garantis : dans le choix des races, on a plus con-
sulté le goût du luxe qu'un bien réel et général. Au-
jourd'hui que de longues et dures épreuves ont du.
nous éclairer sur nos besoins et sur nos ressources, et
que, durant la collision de la France contre toute
l'Europe 5 nous avons eu tant d'occasions d'apprendre
eu quels lieux il faut chercher ce qui nous manque ,
si nos projets étaient mal conçus , ce ne serait pas
faute de données exactes et suffisantes. Pour entre-
prendre avec la certitude de réussir, il ne s'agit plus
que de fixer avec sagesse les limites de l'entreprise , et
d'assurer les moyens d'exécution un peu au-delà de
ces limites.
Un de ces moyens d'exécution , c'est le tems. Selon
toutes les probabilités, une vie entière ne suffirait pas
à l'œuvre dont il s'agit. Bien peu d'amis des arts et
de l'humanité ont eu , comme Duhamel, le bonheur
de consacrer soixante ans à une suite d'expériences.
C'est donc à une association cju'il est réservé de faire
présent à la France de nouvelles et excellentes races
de chevaux.
Une association conduira cette belle entreprise à sa
fin , mieux que le gouvernement même eut pu le faire.
Elle suivra constamment la même voie, et ne ralen-
tira pas sa marche ; au lieu que le gouvernement est
forcé quelquefois àchanger de tendance et de direction,
à négliger quelques-uns de ses projets , afin de donnera
quelques autres plus de développement et de ressources.
T03IE VUI. l6
a4a SLR LES COURSES
L'opération dont il s'agit ne peut être brusquée , ou
précipitée, ou ralentie, au gré de l'impatience; i\
fant savoir altcndre, et laisser aux productions trans-
planlées le terus de croître et de fructifier selon l'ordre
naturel. 11 faut ne pas rechercher le bruit des applau-
disseuiens , se contenter de l'estime publi(|ne , et même
de la conscience du bien qu'on a fait, dette modéra-
tion ne manque jamais à une association nombreuse ;
le gouvernement le plus sage pourrait s'en écarter, au
milieu du tumulte des affaires et des passions dont il
est assiégé.
On snit que les chevaux de certains pavs résistent
mieux à la fatigue que ceux de France ; qu'ils sont
plus robustes, et moins sujets aux maladies causées
par la diset e ou par les mauvais alimens; que, cepen-
dant, ils ne sont pas moins propres (jue les nôtres aux
manœuvres rapides et aux charges impétueuses. Voilà
ce qu'il faut à nos armées. On sait aussi que ces che-
vaux transportés en France y conservent leur vigueur
native jusques dans l'extrême vieillesse.
La culture des champs , les postes , les charrois et
tous les travaux civils s'accommodent fort bien des
chevaux propres à la guerre. On aura donc pourvu ù
tous les besoins, en procurant à la France des chevaux
pour les armées, et c'est l'expérience militaire qu'il
faut consulter.
A quelques égards , la société qui se chargerait de
l'importation des chevaux, serait une extension, un
coiuplément des Sociétés d'agriculture : mais, elle au-
rait sans doute la prudence de ne pas s'étendre au-
delà de son objet, afin de concentrer d'autant mieux
ses forces et ses moyens.
Remarquons , en passant , que les Sociétés de bien
DE CHEVAUX. «43
public , d' encouragement , de bienfaisance ^ etc. , sont
l'effet, le moyen et Ja mesure de la civilisation. Plus
elles se multiplient dans un État , et plus leurs attri-
Lutioas sont divisées , plus l'État s'approche de la
perfection sociale. EflFeclivement, le meilleur ordre
social transformerait une nation tout entière eu une
Société de bienfaisance et d'encouragement, dont tous
lés citoyens seraient membres, et dont les travaux em-
brasseraient tous les besoins sociaux et privés. Cette
Société se diviserait , comme dans une manufacture
bien réglée ; et chaque fraction s'attacherait à faire
de son mieux, sans rivalités ni concurrences, sans
autre subordination que celle qui résulte de l'ordre
successif des travaux.
On ne risquerait guère de se tromper, en prenant
pour mesure ue la civilisation de chaque peuple le
nombre et les attributions de ses Sociétés de bien
piibi'c.
On n'hésite pas à le dire; une Société qui entre-
prendrait de naturaliser sur notre sol les meilleures
races de chevaux réussirait infailliblement , et tout
autre moyen n'offrira'! pas à beaucoup près autant
de garanties du succès Exprimons le vœu de voir réa-
liser cette g nérense entreprise, et d'y contribuer de
nos faibles moyens!
Cette manière de traiter la question est un peu sé-
vère : mais le sujet n'est pas au-dessous de cette gra-
Tité , et l'on ne peut y penser sans examiner ce qu'on
fait, et sans regretter ce qu'on ne fait pas. M. Seguin
et les fondateurs des courses ont su répandre quelques
fleurs sur le même sujet ; les fleurs plaisent à tout le
inonde, au lieu que les vérités ne sont accueillies
que par ceux qui les comprennent et qu'elles ne con-
i6*
an i:xTKArr dln iiAProui
trarlcnt pas. A ceux qui tli'sa])prouYeraipnt ou dédai-
gneraient ces observations , connue trop sérieuses, ou
peut répondre : Kh l)ien ! continuez vos courses, vos
jeux )us(ju'à l'âge viril; mais, pour voire intérêt et
pour le nuire , vous feriez mieux de suivre le conseil
d'Horace :
Dimuliiinifacti , qui corjiit , Jiabct. Sii)>ei'c tiuJc ,
Jiicipc. l'ivcruli reclè qui prorogat horum , t-lc.
FLl.r.V.
\\\\x\\\v\\>\\\x\\\\\x\\xxv\\\\\\\x^a\\
EXTRAIT
IXiiii rapport fait par M. Brougham , membre du Pur-
Icwcnl britannique ^ dans la Chambre des Communes
(séance du 28 juin 1820), sur Vêlai de Vèducalion
des classes inférieures de la sociêlê , en Angleterre ,
et dans quelques autres pajs.
Les renseignemcns transmis par 1 1 ,4oo lettres d'ec-
clésiastiques anglais, écrites en réponse à la circulaire
de M. lirougham , lui fournissent l'occasion de faire
l'éloge du zèle que le clergé déploie , pour l'amélio-
ration de l'enseignement élémentaire , avec autant
d'activité tjue de désintéressement. Il se croit , en con-
séquence , fondé à désirer que l'exécution de son plan
soit confiée principalement aux ])asteurs de l'église
cpiscopale. Ce plan est basé sur des tables dressées
avec beaucoup de soin, et indicjuant l'état de l'éduca-
tion dans toutes les ])aroisses d'Angleterre, les avan-
tages et les défauts <!(■ <etlc éducation, -et la disposi-
tion comparative de cliaijue classe d'iiabifans des dif-
férens <omlés à procurer de riustructinn à leurs en-
fans. Le résultat de ses recherches est op])osé aux
FAIT PAR M. BIIOUGHAM. 2|-,
assertions du docteur Colquhoun , qui, dans un écrit
publié en 1806 , affirme qu'il y a eu Angleterre deux
millions d'enfans pauvres , et, dans la seule ville de
Londres, 5o,ooo qui ne reçoivent poiut d'instruction ;
tandis qu'il n'existe pas dans toute l'Angleterre 2 mil-
lions d'enfans des classes pauvres, qui soient d'âge à
fréquenter des établissemens d'instruction.
En admettant, d'après les calculs des académiciens
français, que la classe de cet âge , c'est-à-dire , les en-
fansdesix à douze ou quatorze ans, forment un dixième
de la population (quoique M. B. soit porté à l'évaluer à
un neuvième), le calcul du docteur Colquhoun élève-
rait à plus de vingt millions la totalité des habitans de
l'Angleterre et du pays de Galles ; nombre qui surpas-
serait la population des trois royaumes. Partant de
cette erreur, ce publiciste demande, pour chaque
paroisse , une école propre à recevoir 800 enfans ;
mais, dans toute l'Angleterre, il n'y a que 5o pa-
roisses qui offrent ce nombre d'enfans , et pas plus de
joo qui en contiennent la moitié.
En appelant basses classes de la société celles qui
comprennent les indigens , M. B. n'entend pas plus
jeter de la défaveur sur ces classes , qu'on ne croit
blesser la dignité d'une des chambres du parlement
britannique, en la désignant par le nom de Chambre
î/asse. Qui nierait que celle-ci forme une partie aussi
précieuse qu'importante de la société? Que serait une
j)yramide qui n'aurait point de base? On a voulu
représenter l'instruction comme nuisible à la moralité
des pauvres. M. B. combat cette doctrine toute nou-
velle, née, dit-il, depuis la révolution française, et
réprouvée, avant cette époque, par tous les pays ci-
vilisés de l'Europe. En i56o . les états-généraux de
«46 EXTRAIT DXN RAPPORT
France avaient statué des peines contre les parons fjni
n'en>erraicnt pa> leurs enfans ;i l'école. A la luênie épo-
que, l'aristocralic «l'Ecosse rendit des lois pareilles. H
y a des chartes anciennes , dont nn«» remonte an roi
David 1", uncau'r*» est de }7/\i , d'autres cï'core de
1162 , 1234 et 1236, qui font mention d'écoles flo-
rissantes dans différer. tes villes de l'Ecosse, Roxborough,
Stir'ing , Avr et Aberdeen.
En .G80 , le P. la Salie ëlaMit en France, sous la
forint'' d'un ordre monastique , une Société pour l'édu-
CHt'on des pauvres. I,es écoles de ces Frères avaient
produit tant do bien à Paris , qu'en i'-i3, le lieute-
nant àe police attesta que, depiii> leur fondation, la
(îé]>pnse «le sou département , dans le faubourg Saint-
Antoine , avaitdiniinué «le 3o,ooo f. par an. .\prrs avoir
rappelé la bulle du pape Benoît , rendue en 1738, pour
inculquer la nécessité de donner de l'insfruction aux
pauvres , M. B. cite le bref de Pie VII , du 29 septembre
dernier , par lequel ce pontife conjure le clergé calho-
h(]ue de la manière la plus touchante, de se charger
lui-même du soin d'instruire le pouple. Au surplus,
M. B. désire que cet enseignement ne sorte pas des
limites tracées aux classes inférieures par leur situa-
tion , et se borne à la religion , l'écriture et l'arithmé-
tique. On pourrait néanmoins ajouter avec succès le des-
sin linéaire on g'^oinétrique , la géométrie élémentaire ,
qui trouverait son application dans foutes les profcs-
sionsmécaniquc» et industrielles, et léchant ([ni adoucit
les moeurs et embellit la condition des classes pauvres
et laborieuses.
IJne des principales objections des adversaires de
Finstruction répandue p.'i 'ini ces classes, étant tirée
du JJgoAl qu'elle est censée leur donner pour leurs
FAIT PAR M. BROUGHAM. ^4,
occupations obligées et iournalières, M. B. y répond
en faisant lecture d'une lettre aJressée au docteur
Currie par un simple paysan , frère de Robert Rurns ,
poëte écossais, dont les dispositions extraordinaires
ont dû leur développement à l'état flgrissant de
l'enseignement populaire dans le pays qu'il a illustré.
« Je puis asurer par expérience , dit ce cultivateur de
la plus humble condition, qu'il n'y a pas un seul des
travaux du fermier , qui ne soit compatible avec les
jouissances d'un esprit cultivé, autant que j'ai pu
les goûter, le battage en grange excepté. Aussi, je
pense que l'inventeur de a machine à battre le blé
mérite unesfatue , à côté de celui qui a porté en Eu-
rope les premières pommes-de-terre. »
Après ces remarques préliminaires, M. B, présente
les résultats des recherches du comité qui l'a chargé
du rapport. Le nombre des enfans qui reçoivent de
l'instruction dans les écoles non dotées est , pour
toute l'Angleterre ,de 5oo,ooo ; celui des enfans qui fré-
quentent le> écoles dotées est de 16'^, 433 ; ce qui forme
un total de 666,433. Le nombre des individus qui re-
çoivent de l'instruction est donc, à la population de
l'Angleterre, dans la proportion d'environ i à i4 ou
i5, au lieu d'être dans celle de i à 10. A cela il faut
ajouter que 53, 000 enfans sont envoyés dans des écoles
tenues par des femmes, à un âge trop précoce pour
que cette instruction puisse être comptée; et, qu'a-
vant i8o3 , époque de l'établissement de renseigne-
ment mutuel , il y avait i5o,ooo enfans de moins dans
les écoles d'instruclion ; ce qui donne, pour 1802, une
proportion d'un vingt-unième seulement de la popu-
lation entière qui reçût alors de l'éducation, tandis
qu'à la même époque, cette proportion, en Ecosse,
3^8 EXTRAIT D'UN RAPPOKT
était d'uu sur neuf; et d'un sur vingt-six, dans le pavs
de Galles, où elle est niaintenaut d'un sur vingt.
A la suite de cr^ détails sur l'cfat df l'instruction du
])ruple dans la (Irande - Bretagne , M. H. offre à la
rliai7il)rp f[nel((ues données relatives à l'enseijjnpineut
éléinetilaire , sur plusieurs points du contiueni , four-
nies à riiouorable njenibre par ]\1M. le dur de Proglie ,
le baron de Staël , Cuvier et le comte de la Porde ;
autorités, dit-il, qui j'espère inspireront toute con-
fiance à la chambre.
Un ùiillion soixante-dix mille individus reçoivent de
rinslruction en France; c'est-à-dire, un vingt-linilième
de la population, si on l'évalue à 3o millions. Il y a
trois ans que le nombre des enfans qu'on instruisait,
n'était quede8("»G,4oo, ou un trentc-cincjuième de la po-
pulation ; proportion aussi affligeante que celle qu'of-
frait le comte de Middlesex, le pays de l'Europe le
plus négligé sous le rapport de l'instruction du peuple.
Te] a été le /Me de quelques amis du bien, assistés du
gouvernement, que 7,i?.o nouvelles écoles, pouvant
contenir 20^,000 enfans, ont été fondées en France
depuis trois ans. Si ces soins charitables continuent
avec le même succès, il n'y aura plus , dans dix ans,
un seul enfant en France privé d'initruction.
Pour la Suisse, M. V>. se borne aux renseignemcns
que lui a transmis son ami M. numonl,dans une lettre
très bien écrite de la mam de son domesti(|ue, jeune
paysan qui n'a reçu d'autre instruction que celle de
l'école de sa paroisse. D'après ces renseignemens , on
ne trouve pas, dans le canton de Vaud, une personne
sur soixante qui ne sache lire et t'crirc.
I>a Hollande ofiVail , en 1812, selon M. Cuvier,
FAIT PAR M. BROUGHAM. a^g
4,45ï écoles, contenant ic)o,ooo enfans ou un dixième
de la population.
Revenant à l'Angleterre, M. B. présente le résultat
des calculs qu'il a établis sur des informations exactes,
prises dans les 12,000 districts ou paroisses qui forment
la division ecclésiastique du royaume. Dans 3,5oo de
ces paroisses , il n'y a pas le moindre vestige d'école ;
elles comprennent une population de i,oc)4»ooo habi-
tans. Trois mille paroisses jouissent d'écoles dotées.
Dans le reste des paroisses , elles ne sont pas dotées ,
et , par conséquent, ce sont des établisseraens entière-
ment précaires.
En Ecosse, l'état de l'instruction est infiniment plus
satisfaisant. Chaque paroisse possède au moins une
école dotée ; beaucoup en ont deux, et même trois,
qui ont servi de base à toutes les autres institutions
scholaires.
Dans le Middlesex (comté qui comprend la partie
de Londres située à l'ouest de la cité), les pavivres
qui reçoivent quelque instruction forment le vingt-
sixième de la population. Avant l'introduction des
écoles à la Lancaster , cette proportion n'était que d'un
quarante-sixième. Dans le Lancashire, elle était d'un
vingt-huitième ; et , maintenant , elle s'élève au vingt-
quatrième. Les comtés du nord offrent vm résultat
plusconsolant. Dans ceuxdeDurliam, de Cumberlandet
do Northumberland , un dixième de la population jouit
des avantages de l'enseignement ; dans le comté de
Westmoreland , c'est un huitième qui les obtient; pro-
portion (|ui s'approche de l'état de l'instruction dans
le pays de Vaud. Dans les six comtés du milieu ( Berks,
Bcdford , Cambridge , Huntington , Ilertford et Nor-
thnmptonshire), les bienfaits de l'éducation ne s'é-
a5o EXTRAIT D'UN RAPPORT
tendent qu'an vingt-(jualrièiiic; dans les comtés d'Esscx,
de Siirtolk et de Norlolk , auvingt-iiiiibme; dansleSoin-
mersetshire et le Wiltsshire, au ?.4' de la population.
De ces détails, arides en apparence, M. B. s'élève à
des considérations d'une haute importance pour tout
homme qui n'est pas indifférent aux grands intérêts de
la vertu et de l'humanité. Partout il aperçoit et il
montre, par des calculs évideus , une corrélation ma-
nifeste entre le manque d'instruction et la (juantitédes
pauvres, entre le défaut d'éducation et la masse des
crimes. Tandis que, dans les quatre comtés du nord ,
le nombre des pauvres ne forme qu'un quatorzième ou
un quinzième de la population, il moule à un dixième en-
viron dans )c reste de l'Angleterre. Dans ce royaume,
en y comprenant la principauté de Galles , sur qua-
torze cents individus, on compte un détenu pour
crime ; dans les quatre comtés du nord , un criminel
sur quatre raille deux cents ; et , dans les six comtés du
milieu , un sur deux mille. Ici , M. H. , certain de l'effet
que devait produire s.ur l'esprit d'homnjes sensibles
au bonheur et à la mora'ité de leurs semblables, des
rapprochemens aussi féconds en leçons salutaires, croit
devoir les mettre en garde contre les mécomptes de
l'impatience et de la précipitation ; il les avertit de n'at-
tendre d'une amélioration de l'instruction des classes
pauvres, quelques chaugemens sensibles dans leur état
physique et moral, qu'au bout d'un certaiu intervalle
«le tenis, et eu récompense d'efforts persévérans.
Une autre circonstance appelle l'attention des amis
du bien public. Dans les comtés du nord , dont le \
bon esprit a déjà été remarqué , le nombre des en-
fans pauvres, instruits gratuitement, ne s'élève pas
à la moitié de celui des enfans pour qui les parons
l'AIT PAR M. BROLGHAM. 25t
paient une rétribution. Un résultat tout opposé s'offre
à l'observateur , dans les comtés du milieu et du sud.
En revanche , l'instruction entièrement gratuite est
une chose à peine connue en Ecosse ; et l'on y voit les
gens les plus pauvres se faire un point d'honneur de
payer les instituteurs de leurs enfans. Le seul moyen ,
dit M. B. , de préparer l'abrogation graduelle de ce
code de lois qui régit et mnllip'ie les pauvres, et qui
désole notre pays, est de faire naître dans les classes
inférieures du peuple anglais le besoin d'imiter , pour
la fondation des écoles, la conduite généreuse de leurs
compatriotes du nord.
Après avoir rapporté des preuves touchantes de l'ijn-
portance que les Écossais , les plus dénués de res-
sources, attachent à l'instruction de leurs enfans, et
cité i|uelques exemples des sacrifices qu'ils s'imposent
dans la vue de leur procurer ce bienfait , il passe à l'ex-
position du plan qu'il croit propre à amener un meil-
leur ordre de choses dans cette partie essentielle des
intérêts moraux de la société. Quoique ce p!an soit
fort sagement conçu, et qu'il paraisse offrir un modèle
de cette prudence qui rattache les essais d'améliora-
tion à ce qui existe, et qui vise à tirer tout le parti
possible des éléinens existans ; nous pouvons d'autant
mieux en supprimer les détails dans cet extrait, qu'il
sera indubitablement, à la prochaine session du parle-
ment, l'objet d'une discussion approfondie et de l'at-
tention de l'Europe éclairée. Il nous suffira de dire que
les membres les plus distingués du parti ministériel et
de l'opposition se sont réunis pour remercier M. H. du
travail auquel il s'est livré, et pour reconnaître la
haute importance des données qu'il a communiquées à
la Chaml)re. Sir James Mackintosh joint à ses remer-
a52 r.XTRAIT D'L :\ RAPPORT, etc.
cimcns quel(|iifis observations re alives à rinfliienc»'
mor;i!e ilo l'inslriiction sur les classes du peuple. « J'ai
eu, (lit-il , pendant ma rcsidenre dans l'Inde , de fré-
quentes occasions de comparer la conduite des per-
soiinesqui avaient eu le malheur de ne recevoir aucun»*
éducation , avec la ronduilc de ccllos qui , ayant appris
à écrire , étaient en état de correspondre avec leurs fa-
iiiilles. Cette seule circonstance contribuait eflicacr-
ment à nourrir dans de sijuples solds^s , dans des ma-
telots grossiers, des sentiniens d'honneur et des dispo-
sitions vertueuses; taudis que ceux qui étaient dans
l'impossibilité de se mettre en communication directe
avec leurs amis abscns , perdaient l'idée de cette sur-
veillance morale, de cette responsabilité imposée par
la présence invisible de personnes chéries , qui sont des
IVeins salutaires, des sources d'ordre, d'économie et
de pudeur, et s'abandonnaient à une insouciance des-
tructive de toute réserve et de tout respect pour cux-
mcmes , ainsi que de tout besoin de se ménager une
bonne renommée. »
_ i
l\\rVVVV\^a\t/V\%VVVVVVVVV\A\V\A>VVVVVVVVV\'\^VVVVVVVVVVVVVVV^A\'VVVVA'VVVVVVV\VVV^
IL ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
Le Globe céleste , cours cP astronomie contem-
pfatwe, par M. H... (i).
Jattique suuin volt^ens audax industria ccelum ,
Gaudet et humand sidéra mente régit.
Claudien , e'ingrartime 26.
Déjà l'audacieuse industrie se plait à faire mouvoir un ciel qui
est son ouvrage, et resprithumainre'git le cours desastres.
Etranger aux connaissances mathématiques, M. H.
accuse les savans d'être trop savans : il les compare aux
prêtres égyptiens qui se plais.ent à se servir de mysté-
rieux hiéroglyplies , et ajoute que , satisfaits de s'en-
tendre entre eux, ils aiment à parler une langue in-
connue aux autres hommes : il déclare n'avoir acquis
son instruction astronomique qu'après de pénibles ef-
forts ; les traités les plus élémentaires étaient trop dif-
ficiles pour lui. Devenu maître de son sujet, il a voulu
épargner aux personnes qui sont dans le même cas où
il se trouvait , les difficultés qu'il a eu le bonheur et la
force de surmonter.
Ce but est louable , et l'auteur mérite des éloges pour
la lanière dont il a su l'atteindre. Son ouvrage est
assez clair pour être lu par tout le monde; il est même
à la portée de la jeunesse , qui peut y trouver le goût
de la plus noble et de la plus sublime des sciences , et
I
(i) Paris, 1820. In-8°. Madame veuve Courcier, rue du Jardi
riet., n" 12 , et Dclamarcho , même rue, n" i3.
a5i SCIENCES PHYSIQUES,
apprendre sans peine à connaître l'état du ciel, les
principaux phénomènes qu'il présente et les mouve-
niens(|ui entraînent les corps célestes dans l'espace.
II est vrai cju'un grand nombre de théories sont ou-
bliées dans cet ouvrage : la réfraction , la précesion des
équinoxes, l'aberration, la nntation , les marées,
la théorie de l'atlraclion , etc. , sont des sujets que
l'an leur n'a pas même abordés ; il ne dit prescjuo
rien des parallaxes, des éclipses, de l'art de prédire
les phénomènes célestes; en un mot la science, dans le
Cours d'astronomie contemplative , n'est traitée que su-
perficiellenienl et par aperçu. Sans doute on ne doit
pas juger avec sévérité un livre decelte nature, ni faire
un reproche à l'auteur d'avoir supprimé des doctrines
d'une si haute importance , puisqu'elles exigent le se-
cours de la géométrie dont son but était d'éviter l'u-
sage. En rejetant tout calcul, il a conlraclé l'obligation
de renoncer à traiter les sujets où le calcul est indis-
pensable ; et le lecteur , qui a d'avance consenti à celte
eondilion , doit s'attendre à en su])porler les con-
séquences.
Malgré ces omissions nécessaires , l'ouvrage de
M. H est un véritable service rendu à l'enseigne-
ment élémentaire , et nous félicitons cet auteur d'avoir
mis à la portée de tous les lecteurs , une belle science
qui devrait être plus répandue. La paresse d'esprit qui
ôte le pouvoir de s'appliquer long-tems sur un sujet ,
ne pourra plus servird'excuse à l'homme du monde qui
sera demeuré étranger à la connaissance du ciel.
Le nioyen principal que M. H emploie pour faire
concevoir le mouvement des astres , est un globe cé-
leste sur lequel il a tracé les principales étoiles , sous
leurs rel.T.ions de grandeurs et de distances, telles que
SCIENCES PHYSIQUES. a55
nous les voyons chaque nuit. Déjà, dans les cartes de
mon Lranographie , j'avais supprimé les figures qu'on
a coutume d'y dessiner ; il m'avait semblé que la
Grande-Ourse , Cassiopée , Orion , etc. , n'étant que des
groupes d'étoiles, qui n'offrent aucune image des êtres
qu'on fait servir à les dénommer, ces figures, loin de fa-
ciliter l'étude , y deviennent un obstacle, parce qu'elles
masquent les véritables contours des constellations,
sous des traits empruntés et trompeurs. L'homme qui
cherche à connaître le ciel, désire y trouver les images
qu'il voit tracées sur la carte , et a besoin de quelque
soin pour se défendre de celte erreur.
M. H a de même supprimé les figures des as.té-
rismes, et sou globe présente le ciel tel qu'on le voit ,
sans images accessoires, sans lignes étrangères, excepté
l'équateur et l'écUptique , qui , ne formant que des cer-
cles très déliés, ne sont visibles qu'autant qu'il le faut
pour se prêter aux usages du globe céleste. L'auteur
n'y ayant marqué que les objets que le ciel nous pré-
sente , l'a rendu très propre à faire connaître les cons-
tellations. J'avoue que j'aurais désiré y voir quelques-
unes de ces lignes qui joignent diverses étoiles et les
assemblent en polygones : ces formes géométriques ,
que nos yeux imposent malgré nous aux astres , sont
d'un grand secours pour l'étude. Le Cygne forme une
grande croix dans la Voie-Lactée; Pégase imite un im-
mense carré ; Orion , la Grande-Ourse, le Lion , etc. ,
sont de même encadrés dans des figures assez régulières
que l'œil suit aisément, qui n'ont pas l'inconvénient
des images mêmes des constellations , et qui servent
à les faire reconnaître au premier aspect.
M. H. , . résout , avec ce globe , les problèmes suîvans :
trouver l'heure et le point de l'horizon oii se fait le le-
•j56 SCIEKCKS PHYSIQLES.
ver ou le couclier du soleil , <Ie la ImiP , d'une (-loile ou
d'une planèle; sa hauteur à midi ou à un instant dé-
signé ; l'.jziniut d'un astre ; la durée de la nuit et du
jour; celle du crépuscule; le teuis (ju'une étoile ou
une planèle est visible pendant une nuit proposée ; les
levers et couchers héliaques , cosmiques et acrony-
«|ues... Enfin, il enseigne à trouver, pour chacjue ins-
tant, la position et les mouvemcns apparens des corps
célestes.
Le procédé dont l'auteur se sert ])our arriver aux so-
lutions de ces pro])lèmes, est simple et ingénieux. Si les
étoiles semblent fixées au firmament qui les entraîne
en apparence, et les force à tourner autour de nous
on vingt-quatre heures, le soleil, la luuc et les pla-
nètes ont un mouvement propre , en sens contraire ,
sur cette sphère iniaginaire ; et, pendant que celle-ci
paraît tourner eu vingt-quatre heures d'orient en occi-
dent, et entraîner tous les corps célestes, quelques-uns
de ces corps ont un mouvement plus ou moins leiil ,
qui les transporte chaque jour d'une certaine <juantitc
vers l'orient.
Pour imiler ces cliangemens , au\(|uoIs les éloiles
fixes ne participent point, M. II... se sert de plusieurs
pelils dis((ues de métal , qu'on peut coller sur le globe
«éleste , à l'aide d'un peu de cire molle : un petit ins-
triiujenl, divisé eu degrés, s'applique sur If globe, se-
lon des règles que l'auteur ex|)lique , et il obtient ainsi
très facilement le point du ciel oii il doit placer ces
petites images de planètes , pour un jour désigné. .Son
globe, ainsi préparé, tourne sur son axe, sous la maiu
de l'observateur , ])récisément comme le ciel tourne
devant nos yeux. Le globe est donc en tout l'inLii^c du
ciel. C'est ce c|uc' M. 11... uoiumc un cùscn'aioirc c'cono-
SCIENCES PHYSIQUES. aôj
mique. Ce globe, dit-il , qui , avec ses petits astres mé-
talliques, ne coûte cjue 3o fr. , le traité qui est du prix
de 5 fr. , et l'annuaire du bureau des longitudes , qu'on
paie I fr. : voilà lout ce c[ui constitue un observatoire
cil l'on peut contempler toutes les merveilles du ciel ,
suivre , prévoir même tous les mouvemens des corps
célestes , et faire seul un cours complet d'astronomie.
Après avoir accordé à M. H... !es éloges qui lui sont
dus , il me reste à remplir une tâche plus difficile : les
expressions obligeantes dont il se sert en parlant de
moi , et pour lesquelles je le prie d'agréer mes remer-
cîmens , ne sont pas un motif pour taire au public ce
que je blâme dans cet ouvrage ; et l'équité m'oblige à
en faire une critique , rendue pénible par ma considé-
ration pour l'auteur , mais que je dois regarder comme
un devoir envers le public.
Je vois avec peine que M. H... ait ressuscité l'opinion
d'Aristote qui voulait que les comètes fussent des as-
tres éphémères , des espèces de météores ultrà-atmos-
phériques , dont l'existence passagère était subordon-
née à des causes inconnues. Ce système est faux , et ,
dans l'état actuel de nos connaissances , on n'aurait
pas dû. le reproduire. Les prétendues preuves qu'on
apporte en sa faveur se réduisent à dire que les retours
des comètes sont fort incertains, et qu'on ne revoit ja-
mais ces corps sous les mêmes apparences ; ce qui per-
met de douter qu'on puisse en effet reconnaître l'astre
dont on a déjà eu le spectacle.
De ce qu'on ne peut prédire le retour que de deux
comètes, sur cinq ou six cents qu'on sait exister, il
ne s'ensuit pas que ces corps n'aient qu'une existence
momentanée ; mais que Ja science n'est pas asse*
avancée, que les instrumens et l'observation ne sontpaj
TOME VIU. 17
aJH SClKlNCtS PllYSlQUKS.
assez parfaits, ]>our que les résultats du calcul soicii!
certains et s'acco(<i«.Mit en tous ])oiuts. On ne peut dou-
ter que CCS corps u'obéissent aux lois générales de l'at-
traction ; ce qui permet d'en attester Tcxistence maté-
rielle. Or, aucun des faits physiques ne laisse croire
que la matière j)uis5e se dissiper, s'anéantir, sans résul-
tats. Les comètes qu'on n'a pas revues aux époques assi-
gnées par les astronomes pour leur retour, ont proba-
blement éprouvé , par l'attraction des planètes , quel-
ques perturbations qui ont troublé les élémcns de leurs
orbites, et les ont rendues méconnaissables lors-
qu'elles se sont présentées à nous. 11 est encore très
vraisemblable que ces corps se sont montrés le jour sur
notre horizon, et nous ont échappé. Le monde civilisé
est si peu étendu , qu'il est croyable que d'autres peu-
ples ont pu avoir sous les ^eux , durant la nuit, sans
les remarquer, ces mêmes astres que nos astronomes
ont vainement cherchés en Europe.
On est certain que , dans l'unde ses voyages visibles ,
la comète de 1811 s'est montrée d'abord petite et sans
échst , et ensuite grande , brillante et suivie d'une
queue immense. Ces ellels , qu'en attribue à la chaleur
plus ou moins grande que l'astre reyoil , à raison de sa
distance variable du soleil , ont accompli sous !ios yeux
leur période ordinaire. Admettez que des astronomes
ne l'aient vu que sous le premier de ces états , taudis
que d'autres l'auraient aperçu sons le second , et jugez
s'il serait possible qu'au simple aspect, on l'eût reconnu
pourunc seulcetmcmccomète. Cette étoilequ'on voyjiit
briller le soir d'un si vif éclat , et qui , bientôt après ,
précédait le lever du soleil , la planète Vénus, fut loug^
lems regardée comme deux corps célestes différens ,
nommés tantôt l'Etoile du soir ou du berger, J'esper ,
SCIKNCES PUÏSJQUES. 259
tantôt Lucifer, Phosphore , et V Etoile du malin. La
<]i(rereiice de forme et d'éclat de cette planète contri-
buait à établir cette erreur : mais la régularité de l'or-
bile qu'elle décrit autour du soleil l'a fait reconnaître
pour un seul et même astre. M. H... a donc tort de
prétendre qu'eu doit reconnaître une comète , comme
un voyageur, à ses traits.
L'opinion dn philosophe de Stagyre n'est donc pas
soutenable, et l'auteur n'aurait pas dû la reproduire,
ni surtout la développer longuement , en l'appuyant
sur des bases aussi peu solides. Celle qui attribue l'in-
vention des cadrans solaires à Anaximènes n'a pas
plus de fondemens. Les hommes de lettres qui ont lu
cette assertion dans les écrits de Pline , l'ont répétée
sans s'informer s'il existait des ouvrages savans oii
cette questio.i était approfondie : ils le rediront sans
doute encore long-tems, et il faut bien leur laisser
cette erreur, ainsi que beaucoup d'autres , puisqu'ils
veulent toujours rester étrangers aux sciences ; mais
un livre d'astronomie ne doit pas les consacrer. Il est
prouvé par les saintes écritures, que, cent cinquante
ans avant Anaximènes, Achaz avait, en Judée, un ca-
dran solaire.
Le style de l'ouvrage est en général clair et facile ;
mais, admirateur de Fontenelle, M. H aime
beaucoup ce genre de plaisanterie fade , si fort à la
mode dans le siècle dernier, et que Voltaire, BufFon
et Montesquieu ont décrédité sans retour. M. Laplace
a montré , dans son Expoxiiion du sj-steme du monde ,
comment on devait écrire sur les sciences; il a laissé
un modèle parfait du genre de style à la fois grave et
élégant qui leur convient, et qu'on doit surtout pré-
férer à celui de la pluralité des mondes.
17*
aêo NCIKPs'CKS l'HYSlQl'l S.
Pi'esl-il pas ridicule eu ofTet de Vire qu il est plus ai\>é
d'aller de la constcllalion du Lion à celle de la Ljrcy
que de la rue du Petit-Lion à la rue de la Harjie ;
qu'une comète qui n'a pas reparu à l'époque prédite
pour son retour, est une infidèle qui a manqué au ren-
dez-vous', que les planètes marchent tantôt à droite,
tantôt à gauche, tandis que le soleil tient sans écart le
haut du pai'é ^ et plusieurs autres locutions aussi bi-
zarres, qu'il est inutile de rappeler?
Le passage suivant est, dans ce genre ridicule , une
sorte de modèle ( page io3) :
« Le soleil , qui n'est réellement qu'une étoile , est
cependant le souverain du plus vaste empire que nous
connaissions; roi par la grâce de Dieu, il règne sur
plusieurs vassaux et arrière- vassaux qu'il éclaire de
sa lumière, qu'il échaufle , vivifie et féconde par sa
chaleur, et qui, par reconnaissance et par intérêt ,
tournent respectueusement autour de leur monarque ,
chacun à la place qui lui est assignée , sans jalousie ,
sans ambition, sans chercher à se supplanter et à se
rapprocher du trône. II faut que le prince et les sujets
soient mutuellement satisfaits de ce gouvernement
féodal , puisque , de mémoire d'homme, il existe de-
puis 5824 ans. 11 est vrai que cet empire si étendu a
trouvé l'art d'être heureux et sage avec un modeste
<'ode de trois lois calculées jjar Kepler, et démontrées
par Newton} tandis que tel autre petit Etat , qui n'en
est pas la ceul-millionième partie, n'a trouvé ni sa-
gesse, ni bonheur, dans (|uel(iues milliers de lois fa-
briquées en trente ans. » Ces vassaux du soleil sont les
planètes.
En ]*arlnnt de la ])lanèlc Mars, l'auteur dit : « Le
«lieu terribh- des batailles, satisfait d'être le quatrième
SCIENCES PH\SIQUES. 261
ties vassaux du soleil, n'a jamais pensé, depuis soixante
siècles, à secouer le joug de son souverain légitime.
Bel exemple qu'il donne à ses favoris les guerriers fran-
çais ! » La page io3, quia pour objet l'exposition de
l'état de notre système planétaire, est encore une que-
relle qu'il intente à la révolution française. Il dit
quelque part: Ne faisons pas du soleil un conquérant }
les conquérahs ne sont bons ni dans le ciel , ni sur la
terre. Sans parler de l'inconvenance de ces sorties ,
dans un livre d'astronomie, de ces traits lancés au
hasard , de ces excursions oiseuses dans le domaine de
la politique, je demanderai s'il est permis d'avancer
les opinions les plus hasardées dans un livre où tout
doit être démontré , et où ce qui ne l'est pas doit être
donné pour ce qu'il vaut. Assurément, les conquêtes
entraînent de grands maux ; mais elles produisent
quelquefois des biens réels. Celles de Sésostris , des
Grecs , des Romains , qui apportaient avec eux la civi-
lisation, les arts et l'industrie à des peuplades bar-
bares , ont mérité la reconnaissance, même des nations
vaincues. La législation, le système administratif des
Français survit à leur puissance en Espagne , en Italie
et en Allemagne. Les croisades même, ces entreprises
folios , désastreuses et injustes, ont eu quelques résul-
tats avantageux. La nation européenne qui ferait la
conquête de l'Afrique , et la délivrerait du joug de ses
mille tyrans barbares qui se font un jeu des traitemens
les plus féroces, et l'affranchirait de l'obéissance stu-
pide qui enchaîne le courage et flétrit l'humanité,
produirait un bien réel , même quand des vues moins
généreuses seraient le but de cette entreprise. Les con-
ffjêtes sontcomuTe les vents impétueux, qui apportent
quelquefois la dévastation, mais qui sont nécessaires à
aCa SCIEIVCES PHYSIQUES.
l'état pliysique du globe, dont ils sont une des cause»
de régénération.
La mauvaise liuinenr de ^f. TI contre les idées
libérales, trouve une compensation dans son penchant
àapprouver l'iutjuisition. On ne ^'attendait pas, en i8?.o,
à lire, dans un traité d'astronnnjio, (jue Calilcf. a
fait r abjuration de ses erreurs sur le woui'ernciil île la
terre. Ainsi, l'opinion du mouvemenl de notre globe
est une erreur, et l'on a eu raison de punir celui qui l'a
adoptée. J'ai jieiuc à eu croire mes yeux , lorscjue je
vois ainsi excuser les persécufeurs d'un grand homme.
Au lieu de livrer à l'exécration de la postérité les
hommes qui ont arrêté, autant qu'il était eu leur pou-
voir , les progrès des lumières ; emprisonné un vieillard
illustré par soixante-dix ans d'études et par des décou-
vertes qui font l'admiration du monde ; épouvanté
par ces persécutions les savans , réduits à ne pas pu-
blier leurs opinions ; M. H décore la prison de (îa-
lilée du nom de palais magnifique , embelli par de
vastes jardins , et la présente comme un heureux asile.
Peu s'en faut qu'il n'approuve l'outrage fait à la vieil-
lesse , à la vérité et aux sciences , comme la peine d'utie
erreur dangereuse, trop doucement punie. 11 serait
superflu d'insister davantage sur ce "^njet, ([ue san>
doute chacun saura apprécier. La vérité est que les
persécutions dont Galilée fut victime, ne furent pas
aussi cruelles qu'on pouvait s'y allcndre, d'après l'es-
prit du siècle oh il vivait ; et que sa captivité , toute
pénible qu'elle était, fut adoucie par des égards qui ,
sans l'excuser , honorent les hommes qui étaient fon.i^
d'exercer ce rigoureux ministère.
L'opinion de M. H.... sur l'origine des constellnlions ,
est que le hasard et la fantaisie pré«.idèrfnl seuls à rçt[é
SCIENCES PHYSIQUES. 263
tlivision du ciel ; et que les étoiles, formant ensemble
<les dessins faciles à retenir dans la mémoire, firent
imaginer d'unir ces astres entre eux, et d'en composer
des familles. Ces deux propositions , qui s'enlredétrui-
sent, sont erronées. Si les traits qui joignent les astres
imitent des figures d'animaux ou de héros, ce n'est
pas le caprice qui les a ainsi rassemblés.
L'auteur avoue lui-même que les étoiles ne se des-
sinent pas de manière à présenter l'image des êtres que
les noms des constellations désignent. Le Sagittaire
même , qui est un des astérismes oii l'on peut avec plus
de raison trouver un arc et sa flèche, en s'exerçant à
cette recherche, offre si peu de ressemblance avec ces
objets , que M. H dit : Ne cherchez rien dans cette
constellation qui ressemble à un centaure armé d'un
arc dont la Jleche va partir : le peintre des anciens
globes aurait pu encadrer de cent autres manières l'amas
d'étoiles qui forme cette constellation. Il fait le même
aveu dans plusieurs autres passages de son livre.
Ce n'est ni l'imitation des traits qu'on voit dans le
ciel, ni le caprice des poètes qui ont créé les constella-
tions. L'imagination la plus complaisante , celle qui
sait apercevoir dans les contours variables des nuages,
des figures de géant, de lion, de harpie et de mille
autres êtres aussi fantastiques, ne peut rien voir dans
le ciel étoile , ([ue des figures géométriques plus ou
moins compliquées ; et le caprice qui aurait décidé les
créateurs de ces groupes célestes dans le clioix des
images , serait trop ridicule pour avoir reçu l'assenti-
ment unanime des nations éclairées. Les constellations
sont venues jusqu'à nous, en traversant la succession
des siècles, sans avoir éprouvé presque aucune altéra-
tion : elles ont été, dans toute l'antiquité, l'objet d'un
a64 SCIKKCES PHYSIQUES,
respect religieux, qui en attoslc la nol)le orij^inr». Lire»
au culte public qui leur a\ait donné naissance, elles
sont rpinljlêine (idiile «les |)i)énoiut'ui'!> physiques (|ui se
succédaient dans l'année solaire, chez le peuple tjui
les a instituées.
Ces faits , qu'il ne nous est pas permis de prouver
ici , sont exposés dans des ouvrages qui oui mérité l'ap-
probation des savans , malgré quelques imperfections,
inséparables de ce qui sort de la main des hommes.
Il est, par exemple, constaté par les écrits de Por-
phyre et de plusieurs auteurs anciens, f|ue les douze
travaux d'Hercule ne sont qu'une interprétation des
passages du soleil à travers les douze signes du Zo-
diaque ; et que plusieurs constellations étaient rela-
tives à celte fable religieuse qu'à Thèbes on honorait
par des fêles sacrées. Lorsqu'une opinion est aussi bieo
établie, celui qui ne la partage pas, doit, ou n'en point
parler, ou, s'il l'attaque, le faire en apportant les
preuves qui renversent le système qu'il combat, et le
rendent douteux. Jl n'est aujourd'hui personne qui
puissç prétendre que les constellations sont les enfans
du hasard, quelque parti qu'on ait pris d'ailleurs sur
le système dominant.
Je terminerai cet extrait en me résumant. M. II... a
fait un ouvrage très utile à l'enseignement élémonlaire
de l'astronomie; il a complètement atteint le but qu'il
se proposait, de mettre celte belle science à la portée
des gens du monde : les légères taches qui déparent
son livre, et qu'il pourra faire disparaître dans une
seconde édition, sont de peu d'importance et n'ôlenl
rien à l'intérêt que ce frailé doit inspirer.
Francxîfub.
SCIENCES xMORALES ET POLITIQUES.
A Keview of THE Colonial Registration Acts,
in a Report of ihe Commuée of tJie board of
Directors of the yJfrican Insiilulion , made on
ihe "iid. offehruary 1820 , and puhlished bj tlie
authority of that Board -,
PlEVUE DES ACTES d'eNREGISTREMEKT DES ESCLAVES
DES Colonies anglaises, dans le Rapport du
Comité du Bureau des Directeurs de /'Institution
AFRICAINE, présenté le l'xfévi^ier 1820 , et publié
par les ordres de ce Bureau (1).
Lorsque le parlement d'Angleterre passa le bill d'abo-
lition de la traite des nègres d'Afrique, (jonnu sons
le nom de Bill de JVilberforce , qui l'avait proposé ,
on crut devoir , par déférence pour l'autorité des as-
semblées législatives des colonies, leur laisser le choix
des mesures d'exécution de cette loi. On n'ignorait pas
cependant qu'elle rencontrerait d'abord une grande
opposition ; mais on se persuada que la volonté pro'
noncée du gouvernement de la mère-patrie vaincrait
toutes les résistances , et que les colonies ne seraient
pas sourdes à la voix de l'humanité et de la raison , qui
réclamaient depuis si long-tems contre cet odieux trafic.
Le gouvernement ne tarda pas à s'apercevoir, par
les remontrances qui lui arrivèrent de toute part, qu'il
avait mal jugé des dispositions des autorités coloniales.
Le bill fut représenté comme une mesure impraticable,
inutile, dangereuse, qui devait entraîner la ruine en-
tière du système colonial, en privant les colons des bras
(i) Londres, 1820. In-S". HatcUarcI, Piccadilly.
3G6 SCIKNCFS MORALES
nécessaires à ia culture, que l'on ne pouvait rem))Iaccr
par des lùiropéenb ; et riniportalion clandestine des
nègres esclaves continua, àpeu près, coinmeavant l'acte
d'abolition. Kn i8i5, on n'avait pas même fait, dans
la jiliiparl des colonies, le receiisenionl de la popula-
tion esclave existante. C'était cependant tirir première
mesure indispensable , pour s'assurer des importations
frauduleuses, si elles avaient lieu.
].cs directeurs de l'iustitution africaine, qui avaient
piis l'initiative dans l'acte d'abolition , instruits de ce
qui se passait dans les colonies, sollicitèrent duGou-
venieuK ut et des (Jliambres, des mesures plus elTicaces
contre la contrebande des esclaves, et le parlement
passa le Bill (Vcnregif^lrevicnt. Cette nouvelle loi ordon-
nait l'établissement, dans cbacune des colonies , d'un
double registre, sur l'un desquels seraient inscrits les
esclaves des plantations , et sur l'autre , les esclaves
personnels , c'est-à-dire , attaches au service des per-
sonnes ; le même bill portait que des copies ou extraits
de ce»| registres seraient transmis à un bureau central
établi à Londres. Des recenseniens périodiques étaient
encore ordonnés pour constater le mouvement, de la
population , par les décès et les naissances. La loi entrait
ensuite dans tous les détails d'exécution confiés aux
autorités locales. On ne pouvait douter (jue la stricte
observation des lormalilés prescrites, n'ôtât aux plan-
teurs récalcitrans tout e>pnir d'éluder à l'avenir l'opé-
ration du bill ; d'.'iulaul mieux qu'il (h'cliuait lilirr
tout nègre ou viuliîtrc «lont le signalement ne se trou-
verait pas enregistré. L'exemple de l'île de la Trinitt* ,
«il des dispositions semblables avaient eu le plus Iumi-
reux succès, devait encore inspirer au (iouvei nement
une entière confiance. Un ordre du conseil y avait éta-
ET POLITIQUES. 267
bli fies registres publics , avec toutes les formalités
qu'après uue longue et mûre délibération l'on avait
jugées les plus propres à prévenir l'introduction furtivc
de nouveaux esclaves ; et l'expérience de plusieurs an-
nées avait déjà Justine la sagesse de ces mesures. C'était
un modèle proposé aux autres autorités coloniales.
Mais le Gouvernement fît encore la faute de leur
confier l'exécution du bill d'enregistrement, quoiqu il
dût présumer qu'il rencontrerait les mêmes obstacles
que V Jcte d'abolition. Cependant les assemblées légis-
latives reconnurent d'abord, assez généralement, l'uti-
lité du recensement de la population esclave et de la
formation des registres publics. Mais , au lieu d'adop-
ter franchement , et dans leur entier, les moyens d'exé-
cution indiqués dans le bill et l'ordre du conseil rela-
tif à l'île de la Trinité , chacune de ces assemblées se
crut en droit de les rejeter, ou de les interpréter et mo-
difier, au gré de son intérêt et de ses vues particulières.
Cette multitude d'actes discordans annonçait plutôt
l'intention d'éluder les dispositions du bill d'enregis-
trement, que de les exécuter. L'expérience des quatre
années qui suivirent sa promulgation en fournit la
preuve ; les bâtimens négriers, saisis sur les côtes d'A-
frique, dans cet intervalle, ne permirent pas d'en
douter. Il fut constaté que les précautions prises par
les colonies étaient insuffisantes, et qu'on devait en
adopter de plus efficaces; mais, pour opérer cette ré-
forme des actes législatifs, relatifs an bill d'enregistre-
ment , il fallait en connaître toutes les dispositions. En
conséquence , il fut enjoint aux autorités coloniales
d'envoyer au Gouvernement les procès -verbaux des
délibérations de chacune des colonies. Ces papiers ayant
été communiqués au parlement , le bureau de VInsli-
468 SCIENCES MORALES
iutionafrirnine, (\onl le zèle pour la causedcriiumaniic
seitihiait devenir plus ardent p.ir les obstacles mêmes
qui auraient dû le ralentir, s'empressa d'en avoir une
copie , et de charger un comité d'en faire l'examen , et
de lui présenter un tipportqui le mît à portée de juger
de ce qu'il y avait de défectueux dans les actes des lé-
gislatures coloniales. C'est ce rapport dont nous allons
rendre compte.
Tous les actes relatifs au bill d'enregistrement des
autorités coloniales de la Jamaïque, d'Antigoa, de
Tabago, de Montfcrrat, de St. -Christophe , des Isles-
^ ierges , de la Dominique, de la Barbade, des Perbices,
de Démérjirj, de la Grenade, etc. , peuvent se réduire
à trois chefs : ceux qui se rapportent à l'organisation
des registres; ceux qui prescrivent et règlent les devoirs
des individus, des employés etofficiers publies, à l'égard
de l'enregistrement ; et les mesures exécutoires adoptées
par chacune d'elles. Nous ne suivrons pas le rapporteur
dans l'examen et la discussion de ces actes ; il suffira ,
pour montrer combien peu ils répondent aux intentions
de la loi, et au but qu'elle se proposait , d'en rappeler
(|ucU[ues dispositions.
Le bill exigeait cju'il y eut deux registres distincts ;
l'un des esclaves des plantations , l'autre des esclaves
ficrsonnelt ; que le signalement inscrit de chaque es-
clave indiquât son nom, son surnom (s'il n'en avait
pas , on devait lui en donner un qui serait à l'avenir le
patronimicjue de sa famille ) , sa couleur , son emploi ,
son âge, sa taille, son pays natal , les marques sur le
corps qui pouvaient le faire reconnaître, et ses réci-
tions de parenté avec d'autres familles ; enfin , que le
nom de l'cciave fût mis en grosses lettres en tète de
l'article qui le concernait , et non en marge. La loi exi-
ET POLITIQUES. 269
geait encore que l'on désignât sur les registres , sous le
nom connu , la plantation à laquelle l'esclave a])parte-
nait, la paroisse ou la division de la colonie oii elle
était située, le nom du propriétaire ou du possesseur
actuel, les noms et qualités de celui qui faisait la décla-
ration. Elle voulait encore que les registres fussent
tenus par un directeur assermenté , dont il serait exigé
nu cautionnement, qui n'aurait aucune propriété
en esclaves , et dont le traitement élevé serait une ga-
rantie de sa fidélité et de son exactitude. Ces directeurs
de l'enregistrement , dans chaque colonie, devaient en-
voyer régulièrement au bureau central d'enregistre-
ment, à Londres, des copies ou extraits de leurs re-
gistres , non-seulement du premier recensement de la
population esclave, mais encore des états périodiques
qui devaient s'en faire , pour constater les changemens
survenus dans les déclarations consignées sur les regis-
tres antérieurs ; et ils devaient joindre à chaque re-
gistre et copie un index général , qui facilitât les re-
cherches.
Ces sages précautions avaient été jugées nécessaires
pour constater légalement le nombre des esclaves de
chaque plantation , et prévenir les substitutions clan-
destines , dans le cas de décès ou de déplacement d'un
nègre. Elles étaient avantageuses au propriétaire ; l'en-
registrement pouvait tenir lieu d'un titre de propriété ,
et lui fournir une garantie de ses droits, qu'il aurait
donnée à l'acheteur , en cas de vente , ou au préteur ,
comme gage hypothécaire. Ces précautions étaient
aussi dans l'intérêt des esclaves des plantations.
L'impossibilité oii les colons allaientsetrouverd'aug->
menter le nombre des esclaves par la contrebande^
devait les forcer à les mieux traiter , sous le rapport
370 SCIENCICS MOllALFS
du travail et do la nourriture , et à encourager la |)Oj»u-
lation. Le sort des esclaves enregistrés devait donc
s'améliorer ; et ceux qui ne l'étaient pas , pouvaient sc
soustraire à une détention injuste, puisque le non-en-
registrenuMit devenait pour eux un litre d'honunes
libres.
Si, dès i8i5, les colonies anglaises eussent adopté
toutes ces dispositions du bill d'enregistrement , on ne
peut guère douter qu'elles n'eussent eu le même ré-
sultat que dans l'île de la Trinité, où elles avaient mis
lin terme à l'importation frauduleuse. IVJais, coramc
nous l'avons observé, aucune des autorités coloniale»
ne jngpa convenable deles sanctionner sans restriction;
et l'île de la Jamaïque , ou l'on compte 345, ooo es-
claves sur vingt-une paroisses , fut la moins exacte à se
conformer aux intentions de la loi.
Le rapporteur du comité de l'institution africaine ,
après avoir passé en revue tous les actes de la police
coloniale , et réfuté en détail les divers prétextes allé-
gués par les autorités pour pallier leur opposition et
leur mauvaise volonté , en conclut que le parlement ne
peut tolérer plus long-tcms une semblable négligence,
et qu'il est urgent de prendre de nouvelles mesures
qui assurent l'exécution permanente , pleine et entière
de la loi d'enrogislreinent. (inmnie il e^t ]irobable (jue
les autorités législatives des colonies pourraient en-
core tenter «le s'y soustraire, par de nouveaux subter-
fuges, le rapporteur pense (|u'on ne doit jilus leur en
confier l'exét.'ution , mais (|u'iiii doit faire du bill d'en-
registrement une loi générale , uniforme et permanente
ptnir toiiAes les colonies anglaises sans exception, et
imposer aux autorités l'obligation de se conformera
toutes ses dispositions, sans y rien clianger sous aucun
i
El' POLITIQUES. 271
prétexte. C'est le seul moyeu, dit. le rapporteur, de
parvenir à raboiitioii de la traite des nègres. La mère-
patrie, quoiqu'elle n'admeltv point d'esclaves chez elle ,
est intéressée à cet ordre de choses. C'est en Angleterre
que se rédigent ia plupart des transactions relatives
aux mutations de propriétés des colonies, et aux em-
prunts que l'on hypothèque sur ces propriétés. Or ,
comment, sans cette uniformité dans les principes , et
sans la garantie de l'exactitude des déclarations con-
signées dans les registres publics des colonies, et des
copies déposées au bureau central de Londres , le né-
gociant, ou l'homme de loi qu'il consulterait, pourrait-
il s'assurer que les biens et les esclaves mis en vente,
ou présentés comme hypothèque d'emprunts, ont été
duement enregistrés? Il faudrait qu'il compulsât tous
les actes particuliers des colonies, relatifs à lexécutiou
dubill.
Dans les Indes occidentales , l'embarras de l'acqué-
reur ou du prêteur serait encore plus grand, parce
qu'il n'existe aucun moyen d'obtenir des informations
légales d'une île à l'autre, ni aucun tribunal d'appel
cil l'on puisse recourir pour les renseignemens désirés
sur les institutions particulières de chaque île. On ne
sait point, à la Jamaïque, quelles sont les modifications
apportées à la loi d'enregistreiiieut à la Dominique, à
Antigoa , etc. ; et, réciproquement, on ne sait point à
Anligoa si les formes voulues par la législation de la
Domini([ue ont été observées. Sans un plan uniforuie
et permanent , l'acheteur ou le prêteur, soit à Londres,
soit aux colonies , n'ont donc aucune garantie légale
assurée.
Les droits des nègres ou desmulâtres libres pourraient
être également compromis. Comment, en effet, ceux
û7a SCIKNCES IMOllALKS
que leurs aftairrs font vovai;er d'une île à l'autre, si-
ronl-ils assurés de conserver leur liberté et de n'être
pas arrêtes coniinc esclaves fugitifs, si les réglemens de
l'île qu'ils habitent ne sont pas connus dans celle oii ils
peuvent aller? Il est donc évident que la grande diversité
des dispositions législatives des (Colonies est un obstacle
insuriuontable à l'exécution pleine et entière du bill
d'enregistrement.
D'ailleurs, on ne doit point perdre de vue cette vé-
rité: que la non-observation stricte de l'acte du parle-
ment, dans une seule île, paralyse tout le système,
puis(|ne cette île peut toujours servir de dépôt pour
les esclaves de contrebande, la loi permettant aux e<;-
claves d'une île de passer dans une autre. Un nioilc
d'enregistrement uniforme et général est nécessaire, et
l'on ne peut raisonnablement charger de l'exécution
treize assemblées différentes , qui n'ont aucune com-
jnunication entre elles, aucune déférence les unes
pour les autres, et qui voudraient s'allVanchir des
obligations qu'on leur impose. Il faut donc en laisser
le soin an parlement et au gouverneiuenl , ])our tontes
les Colonies anglaises.
^'ous avons, les premiers, observe le rapporteur du
comité de l'Institution africaine, pris l'engagement so-
lennel d'abolir la traite des nègres. L'honneur et le
caractère de la nation seraient compromis aux yeux
des ])uissaiices étrangères , si nous négligions d'adopter
les mesures qui peuvent amener cet heureux résultat.
C'est parce que nous avons pris cet engagement, que
le gouvernement français a déclaré, au congrès d'Aix-
la-(]hapelle, son intention d'introduire dans ses propres
Colonies les rCglcmcns de notre bill d'enregistrement ,
et qu'il a témoigné le désir de les voir égalcjncnl adop-
ET POLITIQUES. 2,3
tés par toutes les puissances coloniales. Des actes offi-
ciels de cette nature deviendraient des inonumens
d'une honte éternelle, si nous abandonnions un sys-
tème que la France n'a adopté qu'à notre exemple et
à notre sollicitation , et que plusieurs des Etals-Unis
désirent voir transformé en loi parle congrès américain.
L'expérience des quatre années qui viennent de s'é-
couler, depuis la promulgation du bill d'enregistre-
ment, pendant lesquelles l'odieux trafic des esclaves
n'a pas discontinué, vient enfin de déterminer l'auto-
rité suprême du parlement britannique à prendre des
mesures efficaces. Dans la dernière session, il a passé
un acte qui établit en Angleterre un registre général
des esclaves des Colonies, et qui , pour nnieux assurer
l'exécution du bill d'enregistrement de i8i5, déclare ,
entre autres articles , qu'à partir du i*' janvier 1820,
il ne sera légalement permis à aucun des sujets de
Sa Majesté, dans le Royaume-Uni, d'acheter aucune
propriété à laquelle seraient attachés des esclaves, dans
aucune des colonies de Sa Majesté ; ni de prêter ou
avancer de l'argent, des marchandises ou des effets par
hypothèque sur ces propriétés , à moins qu'il ne soit
constaté par !e registre général que lesdits esclaves ont
été duement enregistrés, suivant les formes voulues par
la loi , dans les bureaux d'enregistrement de la colonie
à laquelle ils appartiennent ; et que tous actes de vente,
d'hypothèque, de transfert, d'assurance ou de garan-
tie, passés en contravention après le i*' janvier 1820,
en faveur d'aucun des sujets de Sa Majesté, seront
nuls et non exécutoires à l'égard des esclaves non enre-
gistrés. L'acte stipule encore qu'aucun esclave ne sera
regardé comme duement enregistré , à moins que la
déclaration qui en aura été faite au bureau d'enregis-
TOWE viir. 18
274 SCIKTNTKS MORALÎÙS
trement de la colonie (pi'il liabitr, parle propriétaire,
ou son chargé de pouvoir, ne soit revêtue des l'irnios
prescrites par la loi ; et que copie on extrait de ladite
déclaration n'en ait été reçu au bureau général de
l'enregistrement, dans l'intervalle des quatre années
antérieures. Enfin, le nouveau bill déclare (j\ie ces
actes de vente , etc. , ne seront valides, «(u'atilant qu'ils
seront accompagnés d'un certificat contenant le signa-
lement de chaque esclave, conforme à celui consigné
dans la dernière déclaration des registres de la colonie.
Telles sont les dernières mesures adoptées par le par-
lenient contre le commerce interlope des esclaves. Mais ,
observe le rapporteur, elles semblant supposer que les
registres , tels qu'ils ont été organisés par les législa-
tures coloniales, sufllsent pour constater le nombre
progressif et l'identité des esclaves de chaque planta-
tion , et que des duplicatas exacts de ces registres ont
été fidèlement transmis, à chaque vérification , au bu-
reau central de Londres. Cependant , l'exposé que nous
venons de faire des actes de ces législatures, prouve
que ces formes de garantie n'ont point été observées,
et que le dernier acte du parlement ne peut avoir son
exécution pleine et entière, tatit qu'elles ne l'auront
pas été. Jusque -l.'i ,1e résultat qu'on peut en attendre,
sera plutôt de suspendre les transactions relatives aux
esclaves, que de les régler. Mais, les colonies ne de-
vront imputer qu'à elles-mêmes ces entraves et ces
incotivéniens , suite d'une négligence ou d'une mau-
vaise volonté , que le parlement ne pouvait ni préve-
nir, ni supposer , sans les olTenser.
Il est encore un cas très important, continue le rap-
porteur, au(}uel ce dernier acte du j)arIoment n'a
point pourvu ; c'est celui oii , sur une j)ropriété colo-
ET POLITIQUES. 2-5
niale mise en vente , il y aurait des esclaves enregistrés
et des esclaves non enregistrés. Le biil annule , à la
vérité, la vente de ces derniers, mais non celle de la
propriété et des esclaves enregistrés. Or, comme un
usurier se contente d'être assuré d'abord de l'intéiêt
légal de l'argent qu'il prête , et se repose sur la parole
d'honneur de l'emprunteur, pour le paiement du sup'
plément usuraire ; de même, l'acqjjéreur d'une plan-
tation coloniale, assuré par la loi de la possession de
la propriété et des esclaves enregistrés , peut avoir la
même confiance pour la remise des esclaves qui ne le
sont pas. Le remède à un pareil abus serait d'annuler
la vente dans ces cas-là (f ),
C'est par ces mesures sévères et permanentes , et en
assurant leur entière exécution, que l'Angleterre mettra
enfin un terme à l'infâme commerce des esclaves d'A-
frique , et prouvera à l'Europe qu'elle veut tenir ses
engagemens, solennellement proclauxés. L' Jnslitiitwn
africaine GS^ere que la publication du rapport de son
coniité en fera sentir la nécessité, et que la traite des
nègres , ce grand obstacle à la civilisation de l'Afrique,
objet de ses travaux depuis son établissement en 1807 ,
géra pour toujours abolie. Babey.
(1) L'abolition de la traite des Nègres n'est qu'une mesure pré-
liminaire. I^e granti objet des travaux de VlnstituLinn "Jricaine
est la civilisati<)o progressive de l'Afrique. C'est j)our arriver
à ce but, (ju'elle s'est occupée d'abord de celles dfs contrées qui
«voisinent les colonies que l'Anj^b terre y j)Osscde. Depuis son
. établissement , elle aclevti des écoles publiques pour les eniansdes
familles indigènes , d'après la mètbode de l'enseignement mutuel.
On y donne, outre l'instruction primaire, des leçons élémentaires
d'agriculture , de commerce, etc. Le zèle de la Sociclé est secondé
par les .Sociétés religieu.ses établies à Londres pour la propagation
delà religion clut-lienne parmi les nations étrangères, surtout
par cf^llex du la lîihle et il<-s Missions ei^angéliques d\JJnque.
La lieviie s'empressera de publier les détails des travaux et de»
ipressera cle p
succès de ces bociétés.
-
a',6 SCIENCES MORALES
w^v\^^\\v^^'V^^^^^v\A^\^v
Choix de Rapports, Opinions et Discours pro-
noncés à la tribune nationale ^ depuis l'^Sc) jus-
qu'à ce jour; recueillis dans un ordre chronolo-
gii/ue et historique; avec cette épigraphe : Vox
populi , vox Dei (i).
Arrivé au sommet d'une montagne escarpée dont
l'accès est défendu par des précipices , le voyageur
qui d'abord avait désespéré de vaincre les obstacles ;
qui , plus d'une fois , avait cru qu'il serait obligé de
rétrograder; heureux d'être parvenu au terme qu'il
brûlait d'atteindre , contemple avec satisfaction l'es-
pace qu'il a franchi , les difficultés qu'il a dû sur-
monter.
Semblables à ce voyageur , lorsque nous sommes près
d'obtenir , enfin , d'une manière complète , l'état légal
pour lequel , depuis trente ans, tant de vœux ont été
formés par les hommes qu'animaient un véritable
amour de la patrie et le sentiment de leur propre
dignité , reportons les yeux sur la route que nous
avons parcourue , et signalons aux autres nations les
écueils et les dangers dont la contemplation de no»
fautes et de nos malheurs peut contribuer à les ga-
rantir.
Obligé déparier, dans cet extrait , d'événemens rc-
(i ) l'ai is, 18190! i8-!o. Eymcry, rue Mazarine, n°3o. L'onvrag»
entier se composera de vingt volumes , f|ui compri-nilront jus-
qu'à Paonrc i8i5 ; il en a déjà ofii publie onze. Prix, par vo-
lume , 5 fr. , et 7 francs , avec G portraits.
ET POLITIQUES. 277
cens , d'hommes qui vivent encore, de principes long-
tems contestés , je le ferai avec une entière impar-
tialité.
On s'est long-tems obstiné à supposer que la révo-
lution française avait été le résultat de quelques in-
trigues particulières , à la tête desquelles on mettait
tel ou tel personnage éminent ; c'est une erreur prou-
vée et reconnue par tous les bons esprits , capables de
juger les homme* et les choses. Il n'existait pas , à
l'époque oii cette révolution a éclaté , de caractère
assez fort parmi les hommes en place, de personnage
assez entouré de l'estime et de la confiance générales ,
pour entraîner la France dans le mouvement qu'elle a
suivi. La révolution française eût été impossible , si
elle n'eût été imminente et inévitable; et, s'il était
vrai qu'elle eût été le résultat d'une conspiration , il
serait également vrai de dire , que ce fut une cons-
piration dans laquelle entrèrent tous les hommes de
bien , qui sentaient la nécessité d'une réforme dans
l'administration des affaires publiques.
Les vœux ou la volonté d'un petit nombre ne suffi-
sent pas pour amener un si grand résultat ; et ,
quel que soit le caractère d'inconstance reproché sou-
vent aux Français , il n'est pas douteux que la révolu-
tion n'aurait pas eu lieu , si elle n'avait pas trouvé la
masse éclairée , favorable aux principes qui la diri-
geaient ; et qu'elle n'a pu s'accomplir que par l'assen-
timent général , ou , au moins, par celui de l'immense
majorité.
Cette disposition delà masse éclairée était le résultat
simultané de plusieurs causes qu'il est bon de rappeler.
Depuis la révolution de 1688, l'Angleterre avait
marché d'un pas ferme et régulier vers une grande
i:S SCIEKCFS 310RALr.S
prosj>erilé nationale et un systJ-nie «le liberté pub Uqn^t^
le plus complet, peut-être, ijuil soit jïossible d'obte-
nir: ce n'est pas que les lois anglaises ne laissent à
désirer dans plusieurs points ; niait je considère ici
l'ensemble et non les dclails.
La ] rance , au contraire, depuis la revnr.ition de
l'édil de Nantes, qui précéda de trois ans la révolu-
tion d'Anf^Ictcrre . avait visiblement suivi une marcbe*
rétrop;rade. Le dix-linitiènie siiclr oftre , dans sa durée,
la réunion de circonstances fort importanleset fort o]>-
posëes entre elles , qui ont eu , sur le sort de In France ,
une influence dont nous ressentons enrore les effets.
Le coniniencenienl est marqué par la vieillesse de
Louis XIV, époque de décrépitude et d'humiliation.
(.e roi , très chrétien , après avoir donné à la nation le
spectacle d'uit prince insultant aux mœurs publi<jues
par une excessive galanterie, achevait sa carrière dans
nneaustérité de pratitjuescjui no l'enipêchaiei!! ]iasd'a-
voir des relations intimes, ni o.steiisibicnient léf»iliinées,
ui ouvertement avouées , avec une femme spirituelle,
adroite , ayant encore de la beauté , et surtout le ta-
lent d'écarter les ennuis qui assiégeaient un monar-
que vieux et chagrin , survivant à sa gloire et à ses
en fans.
Au gouvernement despoJitjue, mais glorieux , à (juel-
qucs égards , de Louis XIV, succèdent la régenre et \c
règne de Louis XV.
Si Louis XIV avait beaucoup trop laissé voir sn pas-
sion pour les femnies , et s'était donné en spectacle
pendant sa jeunesse, au moins il avait conservé quebjue
respect humain dans ses amours ; lunis , sons le régent
«*l ïon» Louis XV , le dérèglement des mfrnrs f'it porté
fti loin que la majesté royale sr* trouva comproniise ,
ET POLrriQLES. U7J
même dégradée ; et la considération publufue, aban-
donnant la couronne, chercha où s'attacher.
A cette même époque , parurent des écrivains cé-
lèbres qui donnèrent une nouvelle direction aux idées
et à l'esprit public. Dans le siècle précédent , des poètes,
dont la France s'honorera toujours, avaient commandé
l'admiration de leurs contemporains ; dans celui-ci ,
on devint attentif aux écrits des philosophes et de^
publici>>tes. Le spectacle de la liberté anglaise rendait
encore plus sensibles les inconyéniens de la forme du
gouvernement; et tous les esprits éclaires, réagissant sur
la multitude par la publication de leurs méditations,
amenèrent l'esprit public au point qu nous l'avons vu ,
à l'ouverture des états-généraux.
Louis XVI , çu montant sur le trône, fit plusieurs actes
d'une bienfaisance et d'une philanthropie éclairées ;
il manifesta des intentions droites et pures ; mais, pour
arrêter la marche de l'opinion , il fallait plus que des
intentions. Bientôt, un grand événement vint donner
une direction au besoin de changement qui, jusque-là,
n'avait pas eu de but fixe. L'émancipation des colonies
anglaises d'Amérique ; la part qu'y prit la France ,
comme puissance ; la gloire qu'y acquirent plusieurs
de ses enfans , ouvrirent une nouvelle carrière à l'am-
bition des grands, dont l'exemple sur les classes infé-
rieures est toujours d'un si grand effet; plusieurs bri-
guèrent la faveur publique, en se juontrant favorables
aux nouvelles idées, aux injérêt^ populaires ; et le
pouvoir fut ébranlé.
On peut élever des doutes sur le résultat des déter-
minations que le pouvoir aurait pu prendre, lorsqu'il
s'aperçut du changement moral qui s'opérait dans la
nation; mais on ne peut douter t{ue , pour comman-
38o sa^:^•CES imorai.es
der l'opinion, ces déterminations ne dussent porter
l'empreinte de la supe'riorité et de l'unité de vues, et
surtout de la fermoli' de celui qui voulait les faire exé-
cuter, ^lalheureusenicnt , Louis XM, qui a montré
dans plusieurs circonstances de sa vie , un si haut
courage de rdsignalion , n'a jamais eu un couragr bien
plus important chez un souverain , et bien plus fer-
tile en résu'tats salutaires : le courage d'action. Doué
d'un bon jugement, il était néanmoins incapable de
se conduire seul , de prendre et de faire exécuter une
résolution qui lui fût propre , parce qu'il avait une mé-
fiance de lui-même qui allait jusqu'à la faiblesse. l)p-là,
le besoin de conseillers qui , dirigeant les affaires dans
le sens de leur intérêt personnel , de leur propre opi-
nion , et non dans le sens de l'intérêt général , de
l'opinion générale, hii faisaient prendre des mesures
aussitôt repoussées qu'elles étaient connues ; de-lh ,
encore, cette marche rétrograde qu'il suivait, dès
qu'il trouvait de l'opposition , ou que sa bonté natu-
relle lui faisait craindre de s'être trompé; de-là, enfin,
ces continuelles tergiversations qui donnèrent le secret
de sa faiblesse, la montrèrent bientôt jusfju'à la der-
nière évidence, et fournirent à ses ennemis dos pré-
textes pour l'accuser de fausseté.
Pour satisfaire l'opinion publique, donner tine
direction utile à l'activité d'esprit qiii se manifestait
de toutes parts, régulariser les mouvemens , il
fallait ne pas attendre , mais prévenir l'événement , et
pour y parvenir, il n'y avait qu'un seul moven, dont
le succès paraissait infaillible ; c'était que les conseillers
du roi l'amenassent à agrandir, de sa propre volonté,
la sphère d'activité légale des citoyens; qu'il intro-
duisit plusieurs institutions nouvelles, propres à ga-
ET POLITIQUES. 281
rantir, à la fois, les droits individuels et les libertés
publiques; enfin, qu'au lieu de se laisser entraîner par
l'opinion publique, il la précédât pour la diriger, et
qu'il lui fit promptement la part nécessaire.
Toutefois , il faut être juste : Louis XVI avait le
bien public pour objet. En convoquant les états-géné-
«raux , il crut faire et il fit réellement une chose agréa-
ble à la nation ; mflis le parlement ayant eu l'initia-
tive , ce n'était dès-lors qu'une mesure suggérée , com-
mandée, pour ainsi dire, dont le mérite n'appartenait
pas en entier à la couronne ; ensuite, les circonstances
même de cette convocation prouvèrent suffisamment la
faiblesse de caractère qu'on reproche au monarque , et
cette malheureuse facilité à se laisser conduire à des
actes entièrement opposés entre eux.
Cette époque étant certainement la plus importante
de notre histoire moderne , je vais en rappeler som-
mairement les traits principaux. Les peuples et les
souverains peuvent y puiser plus d'un genre de leçons.
Le parlement refuse d'enregistrer les édits bursaux
présentés par l'archevêque de Toulouse, successeur de
M. de Galonné , jusqu'à ce qu'il lui soit justifié de la
légitimité des besoins , par la communication de l'état
des finances. Cette communication lui ayant été dé-
niée, il déclare qu'il ne peut enregistrer les impôts,
et reconnaît que les états-généraux seuls sont compé-
tens pour les accorder.
On se rappelle tout ce qui suivit cette déclaration ;
le projet de grands bailliages destinés à réduire les
parlemens à la seule condition de cours de justice;
celui d'une cour plénière , dans laquelle ce coup
d'État devait être annoncé; la séance du parlement
oii ces divers plans furent révélés, et dans laquelle
I
28v» SCIENCES MORALES
d'Espréinesiiil et Monsabert furenl arrêtés ; le lit île
justice tenu à \ crsailles pour l'aire enregistrer les édils
oriloiinaiil ces divers changeuions qui ne rerureul pas
d'exc-riiliuii. On se ra])pelle encore que M. Necker ,
ayant clé remis à la lêle des aflaires , après la retraite
de AJ. de Drieiuie , présenta, le 27 septembre 1788,
à renregistrenieul du parlement, l'édit de convocation
des états-généraux. Le parleineut y mit celle clause :
"Qu'ils seraient assemblés, selon la forme observée
pour les états de iGi4- >»
A cette nouvelle,, l'esprit public se soulève. On n'a-
vait ])as oublié , à la vérité , qu'à l'épocjue de ces étals-
généraux de i6i4, les derniers qui eussent eu lieu eu
France , sous Louis XIII , le parlement avait joué un
rôle important ; qu'il s'était rendu populaire en s'eiu-
paraut de la proposition faite par le tiers-état, et re-
poussée par les deux autres ordres , de recpnnaltre
solennellement l'inviolabilité du souverain (l), et qu'il
avait consacré ce principe par un arrêt dans lequel il
avait rappelé les lois qui assuraient l'indépendance de
la couronne ; mais ou n'avait pas oublié , non plus,
que , les trois ordres délibérant isolément , le tems de
la durée de ces états s'était écoulé en discussions , en
querelles, et sans produire aucun bon résultat. On
n'avait pas oublié, surtout, qu'à la séance d'ouver-
( 1) Les «irconstanccs parliiHilii-res aux assassinats d'HcDri Ijl
•-•l il'ilenri IV, diriges par dis j>r«5lrcs funutiques et séditieux qui
promet tnî en t le ciel aux vils iiKsItuniens de leurs fureurs, enga-
{^(Tont le tiers-i'lat à proposer, cf ce fut en v;iin , tjuil fiît âccu!^
ifitf nulle puissance sjtintuctle n'ii le rhoit de tlrpnser les mis , rt
dti tJi-lirr Us sujets flu leur serment de fi<l<litr. ( Vnver V f/i.ifnir«
d«$ Gtinices de linnie , des l'Uils-iMeneraux de la france et du
JMrlciltctit d''Anfjlt l< ne, ,- lucue .t, p.ig. 1 \i. )
ET POLITIQUES. u8j
tnre , le prc'vôt des marchands , président du tiers-état ,
succédant à ceux du clergé et de la noblesse qui s'é-
taient appuyés sur un accoudoir prép€ivé exprès , pour
répondre , au nom de leur corps , au discours du roi,
avait dû se mettre à genoux pour le haranguer. Enfin ,
il aurait été impossible d'oublier que, dans cette même
séance , le prf^sidentde la noblesse avait dit, dans sou
discours au roi, en parlant du tiers-état : «Qu'ils appren-
nent que , bien que nous soyons tous sujets d'un même
roi, nous ne sommes pas tous également traités. Ils ver-
ront j tantôt , la différence qu'il y a d'eux à nous ; ils
la verront et s'en souviendront, s'il leur plavt. >»
M. Necker , qui sentait bien que de telles formes ne
pouvaient plus convenir aux circonstances dans les-
quelles on se trouvait , proposa au roi de déclarer qu'on
opinerait en commun et par tête , et que le tiers-état
aurait une représentation double de celle de chacun
des deux ordres : ces deux formes n'étaient pas sans
exemple ; mais le roi , ne voulant pas prendre sur lui
celte décision, contraire au dernier modèle, convoqua,
pour la seconde fois, les notables, auxquels il soumit la
question. Le ministre citoyen s'était flatté que celte as-
sembléeprendraitlacouleurdeTopinion générale; mais,
sur cinq bureaux dont elle se composait , uu "^eul , celui
présidé par Monsieur, aujourd'hui le roi régnant , se dé-
clara pour le double vote. Toutes les insinuations furent
inutiles auprès des autres ; l'esprit de corps l'emporta.
Dans cette nouvelle position , M. Necker , qui ne per-
dait pas de vue le but qu'ili||oulait atteindre , adressa
un nouveau rapport au roi , en son conseil , dans lequel
il proposa de porter le nombre total des députés , au
moins à mille ; et de décider qu'il serait, en raison corn-
posée de la population et des cootributions de chaque
•a84 SCIENCKS MORALKS
bailliage, et que celui des rcprcsentans du Ucrs-etaf
serait égal à celui des deux autres ordres réunis. Cet
avis fut adopté. Quant à la question de la délibération
par ordre ou par tête, et, par conséquent, de la division
ou de la réunion des Chambres , le conseil n'osa la dé-
cider. C'était mettre les états-généraux , c'est-à-dire ,
les deux partis, quand ils seraient en présence , dans
la nécessité de combattre. Ainsi, au lieu de régulariser
par avance leurs raouvemens , on les abandonnait au
désordre que devait produire le contact de prétentions,
d'opinions et d'intérêts opposés.
Qu'arriva-t-il ? Fidèle aux souvenirs de i6i4 , on
donna aux deux premiers ordres des costumes brillans ,
et aux députés du tiers celui d'hommes de loi , quoicju'il
dût être porté par des individus de toutes sortes de pro-
fessions. Dans la présentation au roi , l'on ouvrit au
clergé et à la noblesse , les deux battans de la porte de
son cabinet dans lequel il les reçut ; mais on n'ouvrit
qu'un battant de la porte de la chambre de Louis XVI,
oii le roi reçut les députés du tiers , et oii ils défilèrent
avec rapidité. A la procession des états-généraux , le
haut clergé et les grands du royaume étaient pressés
autour du dais ; et les députés du tiers , <jui semblaient
porter le deuil , suivaient en file ; mais ce cortège
d'hommes à grandes cravattes et à manteaux noirs fut
couvert des applaudissernens du peuple, qui voyait en
eux ses défenseurs. Enfin , le jour même de l'ouverture
des états , les députés des deux premiers ordres entrè-
rent avec la cour et le roi |i|)ar rontrée principale, dan<i
la salle de convocation, oit les députés des communes
ne furent admis (jue ])ar une porte de derrière , abritée
par un hangar.
Ainsi, les députés du tiers recevaient dos humilia-
ET POLITIQU-ES. 285
tions de toutes natures ; mais la cour ne tardera pas à
s'en repentir et à connaître oii est la véritable force.
Le soir même , ces députés des communes, rassem-
blés par provinces, convinrent qu'ils se réuniraient dans
la salle des états-généraux, et qu'ils y attendraient les
autres ordres pour délibérer en commun. On sait ce
qui suivit.
Les deux autres ordres ayant refusé de se réunir aux
communes , et voulant cependant paraître disposés à
satisfaire l'esprit public , renoncèrent successivement,
le clergé le premier , à leurs privilèges pécuniaires. C'é-
tait beaucoup , sans doute ; mais , dans la situation des
esprits, ce n'était plus assez. Enfin, après plusieurs
tentatives de conciliation dans lesquelles le clergé pa-
rut disposé à céder, mais oii la noblesse montra, au
contraire , une ténacité extraordinaire dans ses préten-
tions ; au bout de six semaines, perdues en négocia-
tions inutiles avec les deux autres ordres, les commu-
nes , auxquelles plusieurs membres du clergé (des curés)
s'étaient réunis, se constituèrent, le 17 juin 178g, en
Assemblée nationale .
Maintenant, les événemens vont se presser avec une
effrayante rapidité.
Le 19 juin, la majorité du clergé vota pour là réu-
nion ; le 20 , jour oii le clergé devait se joindre aux
communes, les députés , trouvant la salle de l'assem-
blée fermée , après avoir erré quelque tems dans les
rues de Versailles , se rendent au jeu de paume , et ju-
rent de ne se dissoudre qu après avoir donné une consli-^
tulion à la France. Le 23 , séance royale , dans laquelle
le roi casse les arrêtés pris le 17 par les députés des com-
munes , et ordonne aux membres de se retirer et de se.
rendre , le lendemain, chacun dans la chambre affectée
a86 SCIK>CES MORALES
à scJi ordre. Mats, après le cl«^part «lu roi , des Jrpulés
de la noblesse et d'iirîe partie de ceux, du clergé, le
reste de l'assemblée niaintieulses précedens arn'lés , et
déclare les di'piUi-s im-iolablcs. Le 2.^ , la majorité du
clergé se réunit aux communes ; le 25, la minorité do
la noblesse se réunit éj^alement ; et , le 27 , su. l'ordre
formel du roi , la majorité de la noblesse ^'i) et La nii-
uorité du clergé , qui avaient continué à délibérer sé-
parément , vinrent se joindre au reste de l'assemblée.
Que d'événemens eu peu de jours, et quels évéuemeusl
J.a France eu fut é'ieclrisée. I.a presse, libre de lait,
par l'impossibilité oii l'on était de la réprimer, produi-
sait, dans des sens dilTérens, une multitude d'écrits (|ui
portèrent l'agitation, la crainte et l'espérance au plus
liant degré. Si l'on n'a pas vécu à celle é])ocjne, et si .
l'on n'a pas habité la capitale ou Versailles , il est im-
possible de se faire une idée do l'agitation des esprits.
Aucune époque postérieure de la révolution ne peut
rappeler celle-là.
Parmi les circonstances particulières de ces derniers
événemens , il en est deux , surtout , (jue l'on ne peut se
dispenser de rapporter, parce qu'ils mettent, p«)ur
ainsi dire, les événemens m«*iues sons les veux.
Le jour delà séance royale , après le départ du roi
et des députés de la noblesse et du clergé qui obéirent ,
Mirabeau prit la parole (2). Lorsqu'il eût tini di- parler .
(i) Quarimfe-cin»( membres protcsttJrent contre la n-nnion.
(a) Voyez, «!;iiis r(invr;)j;e nirmef|iie )"imnone4-, le Icxli' <lii ^\^-
conrs yi rner;;iqun de iMirabean , «î.ins le(|uel t'oraleiir «lnni.e , û
plusieurs r«-i'rises, au roi , le titre île manjatnire il u peuple . tonif
1", pujeb.
ET POLITIQUES- 2S7
M. lemar([iiîs de Dreux-Brézé , grancî-mnîLrc de* céré-
monies , s'approc'iia du président et dit :
« Messieurs, vous avez entendu les intentions du
roi. '•
«Oui. reprit Mirabeau, nous avons entendu les
intentions qu'on a suggérées au roi ; mais, vous qui ne
sauriez être son organe auprèsde l'Assemblée nationale,
vous qui n'avez ici ni place , ni voix , ni droit de parler ,
vous n'êtes pas fait pour nous rappeler sou discours.
Cependant, pouréviler toute équivoque et tout délai ,
je vous déclare que , si l'on vous a chargé de nous faire
sortir d'ici , vous devez demander des ordres pour em-
ployer la force. Allez dire à votre maître que nous
sommes ici par la puissance du peuple, et qu'on ne nous
en arracbera que p^ir la puissance des baïonnettes. »
L'assemblée applaudit, et plusieurs membres ayant
proposé de persister dans les précédentes résolutions :
« Messieurs , dit l'al^bé Sieyes , nous sommes aujour-
d'hui ce que nous étions hier; délibérons. » Et l'assem-
blée délibéra qu'elle raainlenait ses arrêtés, et déclara
l'inviolabilité de ses membres.
Des-lors, tout était consommé. Les trois ordres aux-
quels le roi ordonnait, le 23, de délibérer en particulier
étant réunis , le 27 , également par son ordre , devaient
arriver promptement à l'omnipotence ; et la lutte entre
le roi et l'assemblée ne pouvait guère être pour le trône
qu'une longue agonie. De ce moment aussi, la révolu-
tion était réellement opérée , puisqu'il y avait dépla-
cement du pouvoir, et l'on pouvait prédire la chute
lin monarque qui ne s'était pas cru ou n'avait pas
été réellement assez fort, ou pour se mettre franche-
ment , avec les députés de la nation , à la tête de la
régénération politique, ou pour dissoudre utilement
I
388 SCIEKCES IV10R.\LKS
une assemblée raanifcslant des intentions contraires â
ses volontés.
Je crois que l'exposé qui précède justifie ce que j'ai
dit de la faible.sse de Louis XVI , et que le simple récit
des faits démontre déjà qu'il n'était malheureusement
pas capable de diriger, et encore moins de maîtriser, les
événemens (i).
Dans un second article , pour mieux faire apprécier
la nature de l'importante collection historique qui nous
fait passer en revue toute notre révolution, j'exami-
nerai rapidement l'ensemble des changemens politiques
survenus depuis l'époque à laquelle je viens de m'ar-
rêter, et le caractère particulier des principaux dis-
cours dans lesquels furent traitées les grandes questions
d'intérêt général et de droit public. Plusieurs de ces
discours ne furent pas seulement des monumens , mais
aussi des événemens politiques, par l'influencesalutaire
ou funeste qu'exercèrent les orateurs qui les avaient
prononcés. Pour fixer l'opinion sur la nature des ré-
formes qui étaient appelées par un vœu presque una-
nime, je consulterai les cahiers des baillages con-
tenant les instructions données aux députés de 178g,
et je les rapprocherai de ceux des députés du tiers aux
états-généraux de i6i4- C.et examen comparatif fera
bien connaître les progrès de l'opinion dans cet inter-
valle de tems. P. A.
(La suite à l'un des prochai/iT cahiers.)
(i) 11 ne faut pas oublier que je ne considère ici l'infortunti
Louis X^'I que comme lion)me public. Oommc bommo prive, il
oflrait le modèle d<'S plus rares vertus, qui lui odI (aif donner,
■ivec raison , le titre du plus honnête homme Je son royaume.
{
ET PULlTiQUEî». 489
*%% VW WV WVV^AA/W wvvwvw vwvw vwvw
ÀNNDAIRE HISTOKIQUE TJMVEUSEL POUR 1819, pUV
C. L. Lesur (i).
Jupiter est quodcumque vides , quocumque niot/eris.
Ce que Caton disait de Jupiter, on peut le dire de
l'histoire. Elle est tout ce que nous voyons, tout ce qui
se meut autour de nous. Il n'y a pas une circonstance'
relative à la législation , ou aux mœurs d'un peuple,
qui ne rentre dans son domaine ; il n'y a pas un évé-
nement, frivole en apparence, qui ne puisse avoir des
résultats dignes d'être recueillis par elle. Dans les mo-
narchies absolues, l'intrigue d'un ministre, le caprice
d'une maîtresse, la jalousie d'un courtisan . ont plus
d'une fois causé des troubles civils ou des guerres étran-
gères. Dans les pays libres, où chaque citoyen peut
veiller sur les intérêts de tous , et oii la publicité révèle
sans cesse les intrigues secrètes, elles sont loin d'avoir
la même puissance. Mais les passions y sont plus vive-
ment excitées par ce qui touche à l'honneur ou au bien
de l'État, et souvent un écrit, un discours, un mou-
vement oratoire, v soulèvent ou y calment les tem-
pêtes. Partout les lois et les institutions contiennent le
germe des plus grands événernens ; et des articles de
code , qui , comme celui qui consacre l'égalité des suc-
cessions , ne semblent destinés qu'à régler les rapports
entre les citoyens , peuvent exercer sur la richesse et
le bonheur des nations une influence plus grande que
des révolutions sanglantes, ou t|ii'une longue suite de
conquêtes. Enfin , les travaux des savans ont quelque-
fois changé la face des États; et, quoiqu'il ne reste
(i) Paris, 1820. Un fort volume in-S» de 7G8 pag. Fanlin et
ÎJicolc, rue de Seine , n» 12. Treuttell et Wiirtz. Prix , 10 fr»
TOME Viir. IQ
aoo SCIETVCKS IMORALFS
])t»ut-êJre plus à faire de decouverles aussi importantes
<|iic celles de la boussole, de la poudre à rauou, de
l'imprimerie, de la vaccine; cependant, il est encore
telle invention nouvelle qui peut transporter, d'une na-
tion à l'autre , la supériorité des armes ou le sceptre
de riridustric.
Long-lems, parmi les modernes, l'histoire a man-
qué de matériaux. Des annales insignifiantes, écrites
sous la dictée des princes ; des légendes superstitieuses,
rédigées par des moines, ne nous apprennent que le$
noms des monarques , leurs conquêtes et leurs revers,
les églises ou les couvens qu'ils ont fondés. Quand les
lumières commencèrent à se répandre, et les gentils-
hommes à savoir écrire , plusieurs de ceux qui •■taieut
admis auprès des rois , appelés à quelque partie de
l'administration, rédigèrent des mémoires qui jettent
quelque clarté sur les mœurs du tems et sur les in-
trigues des cours. C'est surtout depuis le règne de
Louis XIV , que ces Mémoires se sont multipliés ; et,
les moralistes s'étant attachés à peindre la société,
tandis que la plupart des objets relatifs à l'adminis
tratiou des Etats étaient livrés à la discussion des poli-
tiques , ou put réunir tous les élémens de l'histoire,
et en tirer ces grandes leçons, qui, si elles étaient
suivies, feraient tourner les malheurs des générations
passées au profit des générations qui leur succèdent.
Lorsque les révolutions arrivées dans divers pays
vinrent affranchir les esprits de toutes les entraves , et
donner à un grand nombre de citoyens le besoin de
s'intéresser aux affaires publiques, on vit éclore une
foule de gazettes et de brochures, qui, s'cm])arant
de toutes les trompettes de la renommée , devinrent ,
ainsi qu'elle ,
Du \rdi cnumic ilii f.mxics promj)lcs mcssagcrei.
ET POLITIQUES. 2(jt
Maintenant, il paraît, chaque jour, dans tous les
pays et dans toutes les langues, deux ou trois mille
feuilles d'impression, dans lesquelles les écrivains qui
dépeignent les événemens, à mesure qu'ils les observent,
lèguent aux historiens leurs récits et leurs réflexions.
L'embarras de l'abondance a succédé à celui de la
disette , et tant de matériaux rassemblés formeraient
un labyrinthe inextricable, si le fil de la méthode ne
donnait le moyeu de ne pas s'y égarer.
La méthode a ses principes , comme toutes les autres
sciences; et si l'on voulait les établir d'une manière
positive , et en développer toutes les applications ,
l'ordre s'établirait partout , et nulle part la multipli-
cité des faits ne pourrait plus enfanter la confusion.
Mais , soit que les hommes ne veuillent pas s'enchaîner
par une méthode uniforme, soit qu'on n'ait pas su les
convaincre encore de son existence et de son utilité,
les procédés en demeurent épars dans l'administration
publique , dans le commerce, dans l'étude des sciences ,
sans qu'on songe à les réunir pour en composer une
théorie, et pour généraliser les avantages que l'on en
relire.
Cependant, comme les principes sont dictés par le
simple bon sens, ils se présentent naturellement aux
hommes qui , dans leurs travaux , éprouvent le besoin
impérieux de l'ordre; et souvent un d'eux, aperçu et
-appliqué par un écrivain, suffit pour produiredes ou-
vrages pleins d'intérêt et d'utilité.
Ainsi, l'auteur du livre que nous annonçons a été
frappé d'une pensée qui s'était également présentée
aux rédacteurs de la Revue Encjclopédique (i); il a
(i) Voy.la aotc de M. <S\. A. Jiillien.niserL-e clans ce recueil, ca-
'9*
Mj, SCIENCES M0RAL?:S
senti que, toulos Ips fois tju'uii grand noinl)re de fait*
se succédaioiit les uns aux autres, it fallait, à de>
époques fixées , en arrêter, en (juclcjue sorte, le compte,
et les résumer, en ne conservant que ceux qui ont une
importance réelle et durable , et en rejetant tous ces
évéïipiucns , enfaiis morts-nés du tems , qui n'ont offert
quelque intérêt que le jour oii ils sont arrivés.
C'est d'après cette idée , qu'il a tracé le plan de
W4iinu(i!rc historique universel, dont il a successive-
ment publié deux volumes pour les deux années 1818
et 1819 '1).
Il a également suivi les règles de la méthode , en dis-
tribuant les différentes parties de son ouvrage , d'une
manière simple et commode.
Le premier chapitre renferme le précis des débats de
nos Chambres législatives. Il retrace ces discussions |
pleines d'un si puissant intérêt, oii toutes les grandes
(juestions de la politi(jue sont agitées tour à tour, et
oii une lutte s'établit entre le pouvoir qui redoute
d'être envahi par la liberté, et la liberté qui craint
toujours de trop accorfler au pouvoir, de manière que
l'une se trouve arrêtée , dès qu'elle touche à la licence ,
et l'autre, dès qu'il s'approche de l'arbitraire. Tel est
du moins le beau idéal du riouvernrnient représentatif,
et de la balance du pouvoir. Sans doute, nous ne l'a-
vons pas encore atteint. Il existe, de part et d'autre,
hier de novembre i8i9( T. JII, p. •i86},€ll;i Préface de ryfnnuatie
ttii 1819, où l'auteur veut bien se féliciter de s'être rencontre, à
cet (^gard , avec les r('Jactenrs de la lievue.
(1) Voyez l'article de M. Alexandre de la Boi-de sur V j4 nnuaiir
lie 1818, dans te cahier ci-dessus citJ de la Jie^-ue (T. Ili, i>a^
sBo).
f
ET POLITIQUES. ir>:j
des intérêts places hors de la sphère des intérêts natio-
naux, qui ne peuvent produire qu'une opposition irré-
guliëre et fausse. Mais ces intérêts eurent peu d'in-
fluence sur la session de 1819. La durée des lois d'ex-
ception était expirée ; elles ne se renouvelèrent point.
On proposa desubstituer des loisdurablesà des mesures
momentanées. Les lois sur les abus de la presse furent
discutées avec une loyauté de la part des ministres , et
nne confiance de la part des Chambres, qu'on n'avait pas
observées jusqu'alors. Le Gouvernement obîint la ma-
jorité, en s'appuyant tour à tnur sur les deux partis.
D'un côté , il repoussa l'attaque dirigée contre la loi
des élections; de l'autre, il fit rejeter dans la Chambre
des députés les pétitions sur le rappel des bannis ,
dont en même tems le roi autorisait un grand nombre
à rentrer dans leur patrie Les travaux de celte session
sont fidèlement analysés dans V Annuaire historique ,
qui cite avec exactitude les passages les plus importans
des discours prononcés par les orateurs des deux
partis.
Le second chapitre embrasse les divers événemens
qui appartiennent à notre histoire. L'année 1819, heu-
reuse pour la France , ne fut ni souillée par des crimes
funestes , ni agitée par des troubles sérieux. La vo-
lonté prononcée du gouvernement de ne souffrir les
excès d'aucun parti, suffit pour maintenir à Nîmes la
tranquillité qui avait un instant paru menacée. Les
mouvemens qui eurent lieu à l'Ecole de Droit de Paris
furent promptement apaisés, et ne portaient point
un caractère hostile contre le gouvernement. Quel-
ques agitations sont inséparables de la liberté, et de
cet état de civilisation oii l'esprit humain tend sans
cesse à développer toutes ses forces. On doit sans doute
291 ^aE^'CT:s mohalks
y redouter les tcLupcles ; in.iis , il ne faut pas s'y ef-
frayer
Du moini]re vcnl qui «r.'ivdilure
Vient rider la face de Tcau.
Exiger ui\ repos absolu , ce serait risquer de paralyser
le corps politique •; et, à force de donner de l'opiuui
aux peuples pour les endormir, on finit par les Iner.
C'est surtout en lisant la seconde partie de Vjîn-
uuairc , consacrée à l'iiistoire étrangère, qu'on en ap-
précie l'utilité. Lorsqu'on lit les journaux quotidiens,
l'attention est absorbée par ce qui regarde la France ;
cl l'on se contente de parcourir les articles relatifs aux
pays étrangers. Sous ce rapport, la lecture de l'An-
nuaire a, en quel([ue façon, le cbarnie de la nou-
veauté, parce qu'on y trouve, résuujés dans une his-
toire suivie, les événemens dont on n'avait yu que les
sommités, sans descendre dans les détails par lesquels
elles sont liées les unes aux autres.
On ])eMt, en iSig, diviser l'I^urope en trois parties,
suivant la disposition des gouvernemens et des peuples.
Dans la première , le pouvoir absolu existe dans son in-
tégrité , et le cours de la civilisation ne lui a encore porté
aucune atteinte. Dans la seconde , la lutte s'établit ,
cl les peuples s'agitent pour obtenir des constitutions
(ju'on leur a promises , et qu'on tarde le plus possible
à leur accorder. La troisième , enfin, jouit à la fois des
bienfaits d'une monarcbie légitime et d'une liberté
modérée , et ne tend j)lus qu'à défendre et à jierfec-
tionner les inslittitions (ju'elle a concjuises.
Dans la zone du de^polisn]e , se trouvent plan's le
Dancniarck, oii le pouvoir est si paternel (jii'uii ne
songe pas même à lui demander de garantie , et la
ET POLITIQUES. 295
Russie et la Turquie , oii la même nature de gouver-
nement se présente avec des caractères entiëreiueut op-
posés.
A Constantinople , des supplices atroces , des incendies,
des émeutes sanglantes n'ont pour résultat que d'élever
un visir ou un pacha sur les ruines d'un autre. Chaque
révolution nouvelle ne fait que plonger de plus en plus
les peuples dans l'ignorance et dans l'esclavage ; il
semble que , comme le Fréron de la Dunciade , la Tur-
quie a des ailes placées à l'envers. Plus elle s'agite , plus
elle s'enfonce. Un seul événement paraît, dans cette
année, lier ce pays au reste de l'Europe. C'est la ces-
sion de Parga , livrée aux Turcs par les Anglais. La
poésie a célébré le patriotisme des Parganiotes ; leurs
infortunes ont excité l'indignation de l'Europe ; et des
commissaires anglais ont trouvé le moyen de les éva-
luer en argent, à raison de cent francs par tête , qu'a-
près bien des réductions et des retards , ces nobles exilés
ont obtenus « en échange de leurs propriétés, de leur
patrie , de leur existence sociale. » (i)
En Russie, on est frappé des efforts continuels du
gouvernement pour accélérer la marche de la civilisa-
lion. Des ukases qui encouragent l'industrie , l'ensei-
gnement mutuel porté jusqu'en Sibérie, la liberté des
cultes consacrée , l'affranchissement des paysans pré-
paré par des mesures sages et successives, le recrute-
ment des ti*oupes régularisé , le commerce devenu plus
facile et plus avantageux avec la Perse et la Chine, des
établisseraens coloniaux se formant dans l'Océan paci-
(i) Annuaire historu/ue, Voy. ci-dessus , pages 'jg, 3i ,32, les
détails de ce honteux murclie, ve'ritable traite ifes blancs, qui
acciip» le nouvernement d'une nation qui s'honore d'avoir fjit
«esser l'iiorribli; traite tien noirs. N. n. K.
296 SCIFINCFS INÎORAl.ES
fîque : tels sont les cvcncniensqui composent, pendant
181Q, l'histoire de la Russie , et qui , plus que ne pour-
raient le faire des succès guerriers , assurent la gloire
de l'empereur Alexandre.
La Pologne a retrouvé son rang parmi les nations
de rturopc. El!e a une constitution... Cependpnt, les
Polonais semblent trouver que leur liberté se rrssent
encore de l'autocratie qui la leur a donnée. De légers
troubles se sont élevés à Varsovie. La puissance de
l'empereur et quelques mesures répressives les ont fait
cesser. D'un autre coté , les anciens membres de la
confédération polonaise , partagés encore entre la
Prusse, l'Autriche et la Russie, tendent à se réunir
au corps qui vient de se reformer. Les bruits qui se re-
nouvellent sans cesse sur cette réunion semblent pré-
sager qu'elle doit se réaliser un jour, et compléter
l'organisation politique du Nord.
C'est surtout en Allemagne que l'on voit exister ce
malaise qui existe partout oii les lumières ont péné-
tré , et où la puissance des rois et des grands n'a pas
encore su se concilier avec la liberté. Le 7\tffends-
Boitnd , cette association qui a si puissamment con-
tribué à secouer le joug qui pesait sur la 7\'iitonir ^
a répandu dans beaucoup d'esprits « une sorte de pa-
triotisme mystique et libéral , dont plusieurs profes-
seurs célèbres ont été les infatigables apôtres. » Au mi-
lieu de cette fermentation, le fanatisme s'est exalté,
et l'assassinat de Kotzebné par Sand , la tentative faite
par Lœming , sur le président de la régence de Nassau ,
ont jelé l'alarme dans toutes les cours. De-'à les me-
sures prises par la diète de Francfort après le congrès
de Carlsbad , pour diminuer l'espoir qu'avaient les
peuples d'obtenir des constitutions fondées sur lcsidée&
ET POLITIQUES. 295
entièrementlibérales, pour enchaîner la presse, détruire
les sociétés secrètes, rendre plus sévère le régime des
universités, et enfin ranger toute l'Allemagne sous
une police uniforme, dont la tète serait à Mayence ,
et dont les bras s'étendraient à tous les États de la
confédération. Du reste, cette diète s'est montrée pres-
qu'entièrement dominée par l'ascendant de « la dua-
lité i> de l'Aiitriche et de la Prusse ; elle n'a point
osé se prononcer sur les points les plus essentiels de
l'organisation du corps germanique , et n'a guère eu
d'autre résultat que de régler les différens élevés entre
quelques petits princes , et d'abandonner à l'arbitraire
du grand-duc de Hesse les acquéreurs de domaines
nationaux, auxquels on avait enlevé ces biens, qu'ils
regardaient comme légalement acquis.
Des divers pays de l'Allemagne, la Prusse paraissait
la plus exposée aux agitations. L'Autrichey était la plus
étrangère. La douceur du gouvernement , une longue
habitude de soumission, et , dans quelques pays , d'an-
ciennes formalités qui , en prosentant au pcnple l'ombre
de la liberté , lui font supporter le pouvoir absolu , as-
suraient la tranquillité des États héréditaires. Mais il
n'en était pas de même de l'Italie , si souvent conquise
et toujours. ennemie de ses conquérans, à quelque na-
tion qu'ils appartiennent. Elle était sourdement agitée
par les Carbon ari , qui s'engagent, dans leurs réunions
secrètes , « à tout faire pour purger la campagne ( l'Ita-
lie) des loups (les étrangers ).» Une conspiration fut dé-
couverte , ou du moins soupçonnée, pendant le voyage
de l'empereur dans la Lombardie ; et plusieurs de ceux
qu'on en croyait les chefs, furent arrêtés ou s'enfuirent
de leur patrie. En même tems , des brigands impunis
ravageaient les États romains, tandis que des collèges
»g8 5CIENCF.S MORALES
de jésuites se formaient à Rome , et déjà disputaient k
la cour du ^Piémont l'héritage du vieux roi de Sar-
daigne, qui était mort sous leur habit. A ISaples et en
Sicile , les volcans semblaient paisibles ; mais une érup-
tion terrible se préparait
Cependant, l'Espagne était en proie, dans quelques-
unes de SCS provinces , à la fièvre jaune , dans toutes au
despotisme, et aux conspirations saus cesse renaissantes.
Eu vain de sages conseillers demandaient au gouver-
nement de la modération et de la clémence ; en vain
l'arrivée d'une jeune reine faisait espérer qu'on accor-
derait aux délits politiques une amnistie (ju'nn ne re-
fusait pas aux assassins. Le pouvoir ne voulait rien
céder : il se tenaif continuellement dans une défensive
oii il ne pouvait manquer d'être un jour vaincu. H
faisait marcher à l'échafaud des hommes qui , l'année
suivante , devaient être honorés comme des martyrs de
la liberté.
Les Portugais étaient dans la même position que
les Espagnols , et ils se trouvaient , de plus , séparés de
leur roi par l'Océan , et dominés chez eux par de^
étrangers.
Enfin, l'Angleterre, si souvent citée comme la terre
classique de la liberté , voyait ses antiques institutions
menacées par ses propres citoyens et par les fautes de
sou gouvernement (i). « Elle était livrée aux dissen-
sions intestines qui résultent de l'excessive inégalité des
fortunes et du poids des impôts , de la surcharge d'une
population laborieuse sans travail , de l'exagération du
système industriel (2), du découragement de l'agricul-
Cr^ ylunuiiire , p.iges f\\ç) et siiiv:mtcs.
(1) \\\\\.-on iuie pr«uv« ù* r«(lf; txag'-valion pousst;« jn'imrà
ET POLITIQUES. 295
lure qu'on ne pouvait relever que par des lois odieuses
sur les grains , du fardeau d'un papier monnaie dans
le plus riche pays de l'uuivers , et des progrès des
doctrines subversives de la société dans l'Etat qui se
croit le mieux constitué des Etats anciens et mo-
dernes On n'a pas dû s'étonner de l'influence
qu'ont pu prendre des factieux , là oii la misère faisait
chaque jour des mécontens ; car la société doit à tous
ceux qui la composent du travail ou du pain Les
réunions populaires , que la Constitution anglaise
autorise , que des hommes d'État ne regardaient au-
trefois que comme des saturnales dont on faisait cesser
le tumulte par l'apparition d'un constable , étaient
devenues des émeutes légalement organisées, oii il
ne s'agissait plus du redressement de quelques griefs,
mais du renversement de tout l'ordre politique et
social de la Grande-Bretagne. » Des assemblées de
réformateurs eurent lieu dans plusieurs comtés. Bien-
tine incroyable barbarie? Un bill, rendu en i8iy, a ordonné
d'abréger et d'adoucir le travail imposé aux enfans employés dans
les filatures. «On en compte plus de cinquante mille , et nn
petit nombre d'entre eux ne sont pas même âgés de 6 ans. Us
travaillent, "de treize à seize heures par jour, dans des ateliers
écliauffés, où la température est entretenue entre 70 et godtgrc's.
Ils sont obliges de travailler tant que la machine va ; et, pendant
ce tems , il ne Inur est permis ni de s'asseoir , ni do sortir de l'ate-
lier... La maigreur et la difl'ormité sont ordinairement le résultat
de cis travaux^ et, souvent, on est obligé d'avoir recours aux
machin8S de fer ou d'acier , pour redresser les jambes des mai-
iieureux enfans. 'J'cis sont quelques-uns des inconvénieus auxquels
i!s sont exposés ; et , lorsque les forces vicunent à leur manquer,
ils sont renvoyés de l'atelier, et viennent à la charge des com-
mîmes^ ou bien, ils se livrent à des occupations funestes pour la
sftciété. »
f
3oo SCIENCES IMORALES
tôt {)0,ooo liommps se rruniront a î^irminqlinra, 8o,oorv
dar.sunfauboiirgde Londrcs,ur:plusgrancl nombre en-
core à Maiuliester. L'autorité légale, si respectée en An-
gleterre , et (jiii avait pu encore , au milieu des rasscm-
biemensdeSmithfield , arrêter sansobstacle un des chefs
desréforniatenrs , fut enfin méconnue. Les forces mili-
taires furent déployées , et Maucliester vit le sang an-
glais couler sous les baïonnettes anglaises. Le ministère
obtint du parlement des moyens de réprimer ces trou-
bles. Ils lui furent accordés , malgré les protestations
de l'opposition contre les massacres , « qu'elle regardait
comme des infractions des libertés anglaises, et des
violations de la grande Charte. » Quelques orateurs
demandaient qu'on s'occupât d'une réforme modérée ,
et la proposition faite à cet égard par M. Tierney fut
rejetée par 38i voix contre i5o; « minorité assez forte
dans le .système électoral de l'Angleterre , pour être
remarquée. »
Parmi les peuples qui ont su , par dos constitutions
régulières , consacrer et limiter tous les droits , on
remarque la Suède et la Norwège où s'établit tranquil-
lement une dynastie nouvelle, adoptée par les suffrages
de la nation ; la Suisse, oii quelques cantons semblent
rétrograder vers l'aristocratieet l'intolérance religieuse,
et oîi l'émigration augmente à mesure que la liberté
diminue; les Pays-Bas, composés de deux peuples dif-
férens de mœurs et d'intérêts , et qui conservent encore
le souvenir des institutions françaises ; enfin , quelcpies
J^^tats d'Allemagne, qui, prenant poiir niodèlc la
France qu'ils eurent si long-tems pour soutien , ont
reçu des Chartes oii 1rs trois pouvoirssont phis on moins
habilement combinés. Là, aussi , l'autorité éprouve des
résistances ; mais aucune n'est accompagnée de mou-
ET POLITIQUES. 3oi
vemens populaires. Elles sont toutes régulières et lé-
gales. Dans les Pays-Bas , le budget décennal est rejeté
par l'unanimité des députés aux états-généraux. En
Bavière, les dépenses de la guerre sont réduites d'un
million de florins, et le roi se voit forcé de déclarer
que, s'il est nécessaire d'augmenter les dépenses, il im-
putera l'excédant sur la liste civile. A Bade , l'édit qui
maintient une partie des privilèges de la noblesse est
formellement repoussé par la Chambre des députés.
Elle n'adopte que les propositions faites pour l'aboli-
tion des corvées et des peines corporelles en matière
de police ; et son zèle pour l'intérêt des peuples se
montre dans les réductions qu'elle fait subir au budget.
Le Wurtemberg présente un autre spectacle. Le prince
et les communes y sont réunis pour combattre les pré-
tentions de la noblesse. Le système municipal y est
organisé , comme le système politique , de la manière
la plus favorable aux citoyens ; aussi , « il est difficile
de peindre l'enthousiasme avec lequel fut reçue ,
dans tout le Wurtemberg , la nouvelle Charte. On
en célébra la fête le 8 septembre , en même tems que
l'anniversaire du roi , regardé comme le restaurateur
de la liberté wurtembergeoise. Les résolutions de la
diète de Francfort suspendirent un moment l'allé-
gresse publiqne.... \ mais le roi ne différa point pour
cela l'exécution de la Constitution. Il partit inconti-
nent pour Varsovie , oti se trouvait alors l'empereur
de Russie Et, si l'on en croit les bruits qui furent
alors répandus, il quitta cette ville avec la certitude
que rien ne serait changé au pacte sacré qu'il venait
de faire avec son peuple. »
Tel est, en abrégé, le tableau de l'Europe en ï8ig,
tableau où brille une foule de contrastes, et oiiron est
3oa Sl:lE^cT:s :mop.ales
frappé des chaiigcinens «ju'oiit amenés trente années ,
qnand on voit d'un côté l'ancien maître absolu d'un
éleclorat, roi constitutionnel de Paxière, demander
aux électeurs de son royaume des représentans sans
peur et sans reproche; de l'autre, le député d'un des
cantons de la A ieille-Helvétie assurer à la diète fédé-
rale <t qu'on peut féliciter sa patrie de ce que la liberté
de la presse y est encore inconnue. »
Les autres points du globe ont pour nous moins
d'importance. Cependant, on observe avec un vif in-
térêt les ttats-Lnis se préparant à rivaliser sur les mers
leur ancienne métropole, et attendant s'ils tiendront
les Florides du roi d'Espagne, ou s'ils les posséderont
malgré lui ; tandis ([uc les vastes contrées de l'Aniéii-
que méridionale sont le tbéàlre d'une guerre entre-
prise pour l'indépendance, et soutenue par des exjiloits
et des succès presque merveilleux (i).
Nous ajouterons peu de choses sur les autres parties
de Vy/nniiaire, sur les documens ofbciels qu'il contient,
tant pour l'histoire de France que pour l'iiistoire étran-
gère, et parmi lesquels on remarque les notes diplo-
matiques des cabinets de Vieime et de Berlin, et les
2o5 articles de la Constitution du royaume de Wur-
temberg ; sur la Chronique oîi sont relatés, dans de-
espèces d'épliémérides , les anecdotes du jour, les nou-
veautés théâtrales , les cérémonies drs cours , les jugc-
incns qui ont attiré l'attention et quelquefois éveillé
le scandale, enfin tous ces hors-d'œuvre de riiistoire ,
qu'il ne convient pas à sa dignitc' d'admettre, mais (jui
(i) Voyez le récit de lu marche de Bolivar, sur la Mouvelie-
Grcnade , pug. ( i ii.
ET POLITIQUES. 3o5
sont quelquefois plus amusans qu'elle. Nous ne parle-
rous ni du tableau statistique de l'Europe, ni des ta-
l)lettes ne'crologiques des hommes célèbres morts eu
1819, ni des mélanges et des notices qui contiennent
un jugement exprimé en peu de mots sur les ouvrages
littéraires et scientifiques, ou sur les productions les
plus remarquables des beaux-arts et de l'industrie.
Nous nous contenterons de dire que peu d'ouvrages
contiennent plus de matériaux intéressans que V An-
nuaire historique; qu'ils y sont rangés dans l'ordre le
plus favorable aux recherches ; que le style en est pur
et élégant ; qu'enfin , ce que l'Almanach royal est pour
les fonctionnaires publics , ce que celui des 25, 000
adresses est pour les gens d'affaires ou pour les étran-
gers qui arrivent dans Paris , l'Annuaire doit l'être
pour les amis de la philosophie, de la littérature et de
l'histoire, et doit trouver, à ce titre, sa place dans la
plupart des bibliothèques.
E. A.
LITTÉRATURE.
( LITTÉRATURE ANGLAISE. )
La Destruction de Jérlsalfm, poémfl dramatique;
par le révérend II. H. Milman (i).
La terrible catastrophe qui termine la merveilleuse
histoire du peuple juif, la dcslruclion de Ji'ru^oh m
par Titus , est sans contredit un des événemens histo-
riques les plus mémorables. Une nation divisée et peu
nombreuse, sans alliés, sans discipline , presque sans
approvisionnemens militaires, lutte avecénergie contre
un puissantempire , défend chaque village, chaque mur,
avec autant de courage que de résolution , et fait pleu-
rer ses défaites aux vainqueurs par le nombre des morts
couchés sur la poussière; elle est enfin réduite à s'enfer-
mer dans les remparts de la ville sainte, où elle pré-
sente l'étonnant spectacle des contrastes les plus
bizarres : là , le fanatique, le meurtrier, le blasphé-
mateur, foulent aux pieds les lois sacrées, et s'aban-
donnent à leurs passions impétueuses; tantôt ils tour-
nent leurs armes les uns contre les autres ; tantôt ils
unissent leurs fureurs contre l'ennemi commun ; mais,
du milieu de leurs crimes, tous élèvent la voix vers le
Seigneur, et lui demandent de reconnaître son peuple
et de le délivrer. Les prodiges qui précédèrent la chute
de la « cité déicide (2) ; » l'acconiplissemeni des redou-
tables prédictions lancées contre ses habitans, leurs
souflfrances, leur totale dispersion , tout, dans cet im-
(1) Lontires , i8ao. i vol. in-80. Sccoode édition IMiimy. Prix,
8 sliellin^s 6 pence.
(a) Expression de M- de ChateaubriaD(]
LITTÉRATURE. 3o5
nicuse taLleau, prêtait de riches couleurs à la poe'sie ,
et de beaux effets au taleut. M. Milman s'est emparé
de ce vaste sujet, et l'a traité avec beaucoup de supé-
riorité. Les événemens sont resserrés dans un espace de
treute-six heures, et se terminent par l'incendie du
temple. Sans s'astreindre à suivre en tout l'historien
Flavius Josèphe, le poète lui emprunte les faits princi-
paux, et quelques-uns des personnages fameux de cette
époque : tels sont Jean et Simon , chefs des deux fac-
tions qui divisaient alors le peuple Juif. Comme Josèphe
accuse les sectateurs de Jean de débauche et d'impiété ,
M. Milman a donné à ce dernier les dogmes et les so-
phismes communs aux sadducéens, tandis qu'il a fait
de Simon un pharisien zélé et fanatique. L'opposition
de ces deux caractères est bien ménagée, et parfaite-
ment soutenue jusqu'à la fin.
Le premier chant nous transporte sur le mont des
Oliviers , oii Ti|j^s , entouré de ses soldats, contemple ,
pendant le calme d'une belie soirée, la cité superbe
dont la destruction s'approche. Ému de pitié à cet as-
pect, et poussé par une force irrésistible à remplir les
décrets de la Providence , il communique aux Romains
qui l'entourent les seutimens dont il est agité. La des-
cription de la ville et du temple , puisée dans Josèphe ,
est fort belle; l'antique Sion , si long-tems l'orgueil
du peuple de Dieu, et aujourd'hui son dernier refuge,
apparaît aux yeux du lecteur attendri, qui redoute
déjà les affreux malheurs dont elle est menacée. Cette
scène sert , en quelque sorte, d'introduction au poëme ;
il ne s'ouvre qu'au moment oii Javan attend , sur les
bords de la fontaine de Siloé, la vierge timide qui doit
s'y rendre, au péril de ses jours. La lune éclaire de ses
rayons paisibles les eaux de la source , les plaines par-
TOIE VIII. 20
3o6 LITTÉRATL'RK.
semées d'oliviers, les tours de la ville coupable, et le
camp des Romains. Javan a rmlrassé la iloctriiie mé-
prisée de Jt'si'S de Nararclh ; il a quulé S on avec le
reste des fidèles ; mais il aime Miriam , lo filU du cruel
pharisien vSimon ; et , chaque jour, à l'approche ae la
nuit , il brave mille dangers pour 'a revoir et pour lui
porîer les provisions qui soutiennent la %-fe <ïe son père,
au milieu des horreurs de la famine. Miriam appar-
tient aussi à la croyance divine de l'homme de Galilée :
vierge tremblante et sans défense, elle en impose, dans
sa faiblesse , aux farouches ennemis du Dieu qu'elle
adore. Depuis deux nuits, Javan l'a vainement atten-
due : il se plaint de son absence , il craint de nouveaux
malheurs? mais la voix de sa bien-aimée le délivre de
ses inquiétudes ; il la presse de fuir avec lui à Pella , oii
les chrétiens se sont réfugiés; il lui dépeint les scènes
sangla'ites dont Jérusalem va devenir le théâtre. Rien
ne peut ébranler la constance de la iewie chrétienne c
son dévouement filial l'emporte sur tout. Elle veut par-
tager le sort de son père, quel qu'il soit : elle sait que
la haine des hommes le poursuit, et que peut-être il l'a
méritée ; mais elle veut que sa tendresse pour lui rem-
place toutes les affections qu'il a perdues. Touché de
sa vertu , Javan la laisse retourner à Jérusalem , char-
gée du pain et du vin qu'elle destine à Simon. Elle re-
gagne sa demeure par un escalier en mines, dont elle
seule connaît l'issue mystérieuse : c'est là que , dans son
enfance, elle aitnait à se retirer loind* ses jeunes com-
pagnes. La description qu'elle donne de ce lieu, et les
souvenirs qu'elle y rattache, sont remplis de grâce et
de naturel.
•< Dans les jours luniroux de mon enfance, je me
plai»ai^ à p.n courir les détours de cet escalier à demi
LITTÉRATURE. 505
rompu, qui conduit de notre demeure à la vallée. Jadis,
ce passage mystérieux servait aux vierges qui descen-
daient à la fontaine pour s'y rafraîchir dans ses eaux
transparentes , au milieu des brûlantes ardeurs de l'été.
Que de fois, cachée dans le tronc d'un olivier sauvage ,
ou assise à l'ombre du sycomore entouré de lierre, j'ai
tressé en guirlandes les fleurs qui semblaient m'invite!
à les cueillir. J'aimais ce lieu avec une sorte de prédilec-
tion, parce que seule je le connaissais. J'aimais sa soli-
tude , qui n'était troublée que par le gémissement des
tourterelles se jouant aux rayons du soleil du midi.
Mais , hélas I les oiseaux consacrés à la paix et à l'a-
mour n'habitent plus cet asile. Tout à l'heure, comme
je montais d'un pas rapide les marches brisées, uu
noir vautour s'est élevé au-dessus de ma tête ; ivre du
sang des enfans d'Israël , il agitait péniblement ses ailes
pesantes dans les airs. »
Le poète introduit ici un nouveau personnage, Sa-
lomé, sœur de Miriam : enthousiaste de la loi de Moïse,
elle croit encore à la gloire future d'Israël ; les feux de
l'amour et de la religion brûlent à la fois dans son ame,
et en font une prophétesse , inspirée tour à tour par sa
passionet par son zèle. Elle raconte les visions brillantes
qui lui apparaissent pendant son sommeil; et, lorsque
Miriam semble douter de la vérité de ses prédictions , et
qu'elle les attribue à un long jeûne et à l'état d'exalta-
tion de son esprit, Salomé l'accuse d'être chrétienne , et
la menace de la dénoncer à son père. Celui-ci rentre
alors , et raconte l'inutile recherche qu'il vient de faire
pour se procurer des provisions : il termine son triste
récit par la description de deux enfans endormis dans
les bras l'un de l'autre. Cette image rappelle à Salomé
les liens qui l'unissent à Miriam, leur enfance, leurs
k
îoK LlTTÉKATL'KE
jeux et leurs chagrins , si long-leins partages-; elle s'at-
tendrit, elle n'a plus la force de dévoiler son apostasie.
Simon quitte ses filles, et revient bientôt après , ayant
découvert les provisionsqu'ilcrnit être apportéesthaque
nuit par un ange protecteur. Miriam n'ose le désabuser ;
elle craint qu'il ne rejette loin de lui les mets qui lui
sont offerts par un chrétien , et qu'il ne périsse dans sa
faussecroyance. Elle se retire pour éviter de s'unir à ses
aciionsde grâces , et chante seule un hymne sur la nais-
sance et la miséricorde du Dieu qui sou tien t son courage,
en le priant de fléchir l'humeur farouche de son père et
de se manifestera lui.
Le jour commence à poindre; Simon contem])le les
cieux avec une in(|uiétude mêlée d'espoir: il y cherche
le signal de la prochaine délivrance de sa patrie. Ce
qui, dans Salomé, n'est ([ue le rêve d'une imagination
ardente , est en lui le résultat d'une foi ferme et iné-
branlable , mais impure et ambitieuse ; ses méditations
sont interrompues par l'arrivée de Jean , le sadducécn,
d'Amariah son fils , jeune homme bouillant et impé-
tueux, qui , sans s'intéresser aux discussions religieuses,
aime et désire la guerre, et se plaît au milieu des dan-
gers et du carnage : Eléazar et le grand-prêtre les ac-
compagnent. Jean insulte à son rival et l'accable de
reproches ; mais les trompettes qui annoncent un par-
lementaire envoyé par les Romains, font cesser la dis-
cussion. Les chefs s'empressent d'aller sur les murailles,
cil Titus les somme de mettre bas les armes et de s'a-
bandonner usa clémeuce. Jran répond à celte proposi-
tion par de sanglans sarcasmes, et par le tableau des
cruautés exercées contre les Juifs fugitifs. Simon prend
alors la parole et adresse auxCientils un discours plein
d'éloquence et de force. Après avoir dépeint l'immense
LITTÉRATURE. 809
pouvoir de Rome , si faible devant le Seigneur , il s'é-
crie : " Orgueilleux Gentils ! à l'heure où je vous parle,
vous marchez entourés de ruines et de prodiges. L'air
que vous respirez est lourd , sombre et chargé de votre
condamnation. Si notre terre , dans son dédain , sup-
porte encore vos légions années, c'est qu'elle attend,
dans une douloureuse impatience, le signal de votre
dispersion. Voyez ! les montagnes abaissent sur vous
leurs ombres immenses et menaçantes , prêtes à s'élan-
cer de leurs bases pour vous engloutir. Les vents, ar-
rêtés dans leur course, soupirent après la présence
tardive de celui qui doit nous venger: et, du fond de
leurs tombeaux, nos ancêtres se rient de vos efforts;
ils s'indignent à la pensée qu'un conquérant païen as-
pire à régner sur la Jérusalem du Seigneur. L'abîme
profond et ténébreux de l'enfer s'entr'ouvre pour vous
recevoir. C'est là qu'habitent les rois superbes et les chefs
de la terre dont l'orgueilleuse idolâtrie osa s'élever
contre la cité sainte et contre le peuple de Dieu. Ils
t'attendent , ô Titus ! Séduit par leurs folles espérances,
tupartageras leur chute fatale : tu rejoindras l'Egyptien
Pharaon, que la mer Rouge dévora, ainsi que son armée;
les rois de Chanaan ; lesPhilistins, adorateurs de Dagon;
Moab , Edam , le féroce Amalek , et le souverain de
Babylone dont les nombreux soldats couvraient ces
mêmes colline* oii brillent aujourd'hui vos lances. Dans
le court espace d'une nuit , l'ange invisible du Seigneur
'M frappa cette multitude de son aile sombre et muette f
et le camp qui, la veille, retentissait de cris d'allé-
gresse , ne présenta plus, aux premiers rayons de l'au-
rore, qu'une vaste sépulture, semée de cadavres sans
tombeaux : Sennacherib aussi ; tous , tous, ont secoué
la poussière qui couvrait leurs ossemens. Ils s'avan-
I.
3io LITTÉRATURE,
cent ; ils entonnent un hymne pour célébrer l'arrivée
de celui qui, semblable à eux , a tourné ses armes ira-
pies contre les mtirs de Sion, et qui, dans sa misère ,
est tombé devant le Dieu vengeur d'Israël. ••
Ce discours ranime le courage des Juifs ; ils conju-
rent Simon de les mener à la victoire. L'historien Jo-
sèphe , alors captif des Romains, adresse aux habitans
de Jérusalem une exhortation énergique et tendre ,
dans laquelle il essaie de leur montrer leur erreur , et
les conjure de céder à la force. Un javelot , parti de la
main d'Amariah, le blesse et l'oblige à s'arrêter. Cet
outrage achève d'étouffer la pitié dans le cœur de
Titus; il s'abandonne à la terrible impulsion qui le
presse d'exécuter la vengeance du ciel. Salomé, qui
veut être témoin du combat , monte sur les remparts ,
d'oîi elle décrit à sa sœur les progrès des deux armées :
à travers le brouillard sanglant qui s'élève du champ
de bataille, elle suit des yeux Amariah qu'elle aime,
et dont les exploits signalent la valeur. Son langage est
plein de poésie et de passion. Tandis que ce terrible
spectacle captive son ame tout entière, sa sœur se
joint aux filles d'Israël qui vont implorer dans le temple
la protection du Très-Haut, résolue cependant de ne
pas s'unir à leurs prières, mais d'adresser ses vœux au
divin Messie. Un bel hymne, imité du chant de Moïse ,
rappelle alors le passage de la mer Rouge et les mi-
racles que r>ieu fit éclater en faveur de son peuple. Le
^crépuscule du soir lutte avec les dernières lueurs du
jour, lorsque Salomé accourt épouvantée ; son voile est
rejeté en arrière , ses cheveux flottent en désordre ;
elle a vu le triomphe des Gentils, les défenseurs d'Israël
sont repous^sés. La voix courroucée de Simon se fait en-
tendre au loin, ralliant les fugitifs. Il revient , suivi
LITTÉRATURE. 3ii
de Jean qu'il accuse d'avoir attiré par ses crimes les
inaibeurs de la nation. Ce dernier lui reproche à son
tour ses cruautés et son hypocrisie. Cette scène est in-
terrompue par l'entrée du grand-prêtre, qui vient de-
mander justice de l'affront fait à la majesté du temple.
Le nom du « Nazaréen , du prétendu fils de Dieu , >- a re-
tenti sous ces voûtes sacrées : un adorateur de Jésus
s'est mêlé parmi les vierges Israélites. Salomé , cer-
taine que la coupable est Miriam , s'élance pour la
dénoncer; mais seule , sans voile , au milieu d'un cercle
de guerriers dont les regards sont attachés sur elle, sa
fermeté s'ébranle; elle hésite, elle balbutie : elle se
rappelle la prière que sa mère lui fit en mourant, d'ai-
mer, de protéger sa sœur. Tandis qu'elle balance entre
un reste de tendresse et un zèle insensé, le peuple,
frappé de son aspect surnaturel , et poussé par le faux
prophète Abiram , demande à grands cris son mariage
avec Amariah, fils de Jean, afin de faire cesser, par
l'union de leurs enfans , l'animosité des deux chefs.
Simon y consent ; il croit déjà voir sortir de cette
union , formée au milieu des angoisses d'Israël , le
Messie, attendu depuis si long-tems. Pendant qu'ils se
livrent tous aux transports d'une joie effrayante, Mi-
riam profite des ténèbres pour se rendre à la fontaine
de Siloé, malgré les nuées d'orage qui s'amoncèlent à
l'horizon. Javan la presse de nouveau de fuir avec lui ;
il lui rappelle les paroles du Christ à ses disciples:
« Lorsque la désolation habitera dans le lieu saint, que
ceux qui sont dans la Judée s'enfuient sur les mon-
tagnes. » Vainement il l'implore, au nom de sa ten-
dresse; elle résiste, et ils se séparent sans espérance de
se revoir jamais.
Un calme sinistre , avant-coureur de la tempête ,
3ia LI'n'KRATURF..
règne sur la terre et dans le ciel ; les lampes nuptiale»
s'allument ; elles éclairent au loin des ruines, des ca-
davres et la foule airaniée qui se presse dans les rues de
Jérusalem , avide d'apprendre les nouveaux malheurs
qui la menacent. L'un raconte comment un mét«'nre,
suspendu depuis plusieurs mois au-dessus de la ville,
sous la forme d'une épce flamboyante , vient de s'at^iler
dans les airs : un autre rappelle la lumière qui éclata
autour de l'autel et du temple, lors de la fête solennelle
de Pâques. Un troisième dit comment le ciel du nord
parut couvert de chariots de guerre et dlmmmes ar-
més. Tout-à-coup, la musique se fait entendre; des sons
doux et joyeux s'élèvent de la maison de Simon , où
l'on célèbre les rits du mariage. Les chants retracent les
anciennes coutumes de.« Juifs , et leur riche et brillante
harmonie forme un terrible contraste avec les dangers
et la désolation (|ui régnent dans la cité sainte. Nous
regrettons de ne pouvoir donner qu'un extrait de ce
passage.
Des 7wix de jeunes Jîlles chantent en chœur dans le
lointain : «Nous avons porté la vierge jusqu'à son heu-
reuse demeure, au son des tambourins et des har]jes
antiques. Les flambeaux d'ITymen brillaient dans les
ténèbres ; son manteau d'écarlate, agité par les vents,
la voilait à tous les regards , et le dais qui ombr.igeait
sa tête, vacillait dans nos mains tremblantes. 0 vierge I
tu as quitté la fête joyeuse, et les plaisirs se sont en-
fuis. Nous t'avons déposée à la porte de ton époux :
bientôt elle s'ouvrira pour lui ; il calmera tes vaines
frayeurs. Ne crains donc rien, ô fiancée d'Israël! car
des accords plus vifs t'annonceront bientôt la venue de
ton bicn-aimé. »
« Premier juif. — Ces chants d'allégresse célèbrent le
f
LITTERATURE. 3i3
mariage d'Amariah avec la belle Salomé. La jeune
vierge n'a pu quitter la maison de son père, ainsi que
l'ordonnent nos lois ; on a craint les dangers qui nous
entourent; mais l'époux prépare la chambre nuptiale. »
» Une voix se fait entendre .■ — Malheur ! malheur I
malheur !... »
» Second juif . — Hélas! c'est .Tosué, le fils d'Ananus. »
» Troisième juif — Que dit-il ? »
» Second juif . — Es-tu donc si étrangerdans Jérusalem,
que tu ne connaisses pas ce redoutable prophète? >»
Le juif raconte alors comment Josué, fils d'Ananus,
fut saisi d'un esprit prophétique , lors de la fête des Ta-
bernacles , et s'écria : « Malheur à Jérusalem î et mal-
heur à son peuple I » comment , depuis sept ans , il ré-
pète ces sinistres paroles, en dépit des persécutions qu'on
lui a fait subir; comment, enfin, il a cessé son la-
mentable cri , depuis le commencement du Siège, qui
semble devoir confirmer sa triste prédiction. Mais il est
interrompu par le prophète lui-même. « Malheur ! mal-
heur I Une voix s'est élevée du côté de l'Orient! une
voix est sortie de l'Occident ! une voix contre Jérusa-
lem et contre le temple du- Seigneur I une voix a me-
nacé les fiancées, leurs époux, et tout le peuple choisi !
Malheur ! malheur ! »
» Second juif — Ce sont les mêmes paroles que nous
avons entendues si long-tems ; et , cependant , il me
semble distinguer une sorte de triomphe solennel dans
cesaccens, qui, jusqu'à ce jour, m'avaient à peine
ému. Ses yeux, jadis fixés sur la terre, lancent main-
tenant autour de lui des regards inquiets, comme s'il
contemplait, avec un étonnementmêlé d'aflliction , les
progrès de notre ruine. Silence ! j'entends de nouveaux
accords. »
Îi4 UTTÉRATURE.
» Le. chœur des jeunes filles. — Célébrons dans no;»
chants joyeux la fiancée de la race royale de David. Son
sein agité s'élève et s'abaisse avec un doux frémissement ;
ses yeux voilés par ses longues paupières ressemblent
aux violettes , ijuand la rosée du soir brille en gouttes
de perles sur leur calice à demi-fermé: enveloppée de
son voile virginal , elle demeure immobile et si-
lencieuse , jusqu'à ce qu'une auiie de son enfance
venant à entrer , elle se lève et courbe à demi sa
taille flexible et gracieuse , pour lui rendre son ten-
dre salut. Paix!... de qui ces sons vifs et harmonieux
annoncent-ils la présence?.... La porte s'enlr'ouvre....
— C'est lui I c'est lui !. .. Ainsi , nous célébrons la venue
du bien aimé ; ainsi nos luths se marient à ses louanges.
Mais, ô vierge d'Tsraël ! toi seule possèdes l'art de lui
plaire; seule, tn peux lui faire un accueil digne de lui. »
» Josué., Jils d' Ananus. — Malheur I malheur! Vois
du côté de l'Orient! voix du côté de l'Occident! voix
contre Jérusalem et contre le temple du Seigneur! voix
contre les fiancées et leurs époux ! voix contre le peuple
de Dieu î Malheur ! malheur ! »
Bientôt le grand-prêtre s'avance : sou éphode étin-
cèle à travers l'obscurité de la nuit ; sa milre d'or brille
comme une lampe allumée ; et les clochettes , qui gar-
nissent sa longue robe, annoncent au loin son appro-
che. Retiré dans le sanctuaire , il a senti le pavé du
temple s'agiter sous ses pieds. Les colonnes ont trem-
blé sur leurs bases ; l'arche s'est ébranlée ; un bruit
épouvantable a fait retentir le lieu saint ; et une voix
aussi éclatante que le tonnerre a proféré ces terribles
paroles : « Sortons d'ici ! >»
»• Plusieurs juifs : — O douleur I parlez , parlez ! De
quels autres affreux prodiges avez-vousété le témoia.^»
LITTÉRATURE. 3i5
H LiC grand-prêtre : — Hélas I il me sembla que je
venais d'être exilé du temple , et je m'enfuis loin de
son enceinte déserte. »
» Plusieurs juifs : — 0 Dieu d'Israël î père de nos
pères , nous as-tu donc abandonnés ! »
Le chœur des vierges reprend ici ses hymnes de joie :
un guerrier juif arrive sur ce théâtre de désolation. Il
ajoute à l'effroi du peuple par le récit de nouvelles
horreurs. Une mère a plongé le couteau dans le sein
de son enfant ; elle a dévoré ses membres palpitans.
« Le chœur : — Réjouis-toi, belle et modeste fiancée;
réjouis-toi ! l'orgueil et la joie doivent être ton par-
tage. Tu t'élèveras comme une vigne féconde entourée
de nobles rejetons : la malédiction des épouses stériles
ne s'appesantira pas sur ta tête : bientôt un jeune en-
fant , endormi dans tes bras , te fera goûter les douces
joies d'une mère. Une suite d'heures délicieuses effa-
cera le souvenir de quelques instans de douleur et de
peine. Réjouis-toi I fille d'Israël. »
Jean et Simon sortent du banquet nuptial ; ils op-
posent leurs vaines espérances à la consternation du
peuple , et ordonnent aux citoyens de regagner leurs
demeures. Ils se séparent ensuite pour aller rêver aux
honneurs qui attendent leur race. Jérusalem est mainte-
nant silencieuse comme la tombe. Miriam traverse seule
les rues abandonnées. Tout-à-coup, l'orage éclate dans
les cieux : les eraquemens des machines de guerre , la
chute des murs qu'elles renversent , les cris des soldats,
ennemis se mêlent aux éclats de la foudre : les Ro-
mains ont pénétré dans la ville. Les Juifs épouvantés
se précipitent en foule vers le temple , afin d'y cher-
cher un refuge contre le carnage et la mort. Simon
essaie de dissiper leurs terreurs ; il leur promet une
3ie LirrÉRATLiRh;.
délivrance prompte el cerlaiiie. Dieu lni-nu*me se dr-
clare pour eux ; il aiiéanlira de son tonnerre les en-
nemis d'Israël. Tandis que Miriam parcourt d'un pas
cliancelant les avenues qui nicnent au palais de son
père , elle rencontre un vieillard qui a été témoin du
supplice du Christ , et qui s'est écrié : « Que son sang
retombe sur nous et sur nos enfans ! » IJ croit , mais
trop tard, ù la di\iMité de celui qu'il a maudit. Dans son
désespoir, il repousse les consolations et l'espérance de
salut que lui offre la douce Miriam : il la quitte , en
l'accablant de malédictions. Elle aperçoit alors la de-
meure de ses pères consumée par les flammes. Salonié-
s'élance du milieu de l'incendie : la couronne virginale
est suspendue à ses tresses flottantes ; le manteau nup-
tial couvre encore ses épaules, mais ses yeux ont perdu
leur éclat. Elle est pâle , demi-nue , et le sang qui coule
de son sein a souillé ses vêlemens. Réveillé en sursaut
par le tumulte des armes, Amariah s'est jeté hors de
sa couche ; il a vu le triomphe des Gentils , il a en-
tendu les cris de joie des farouches guerriers ; dans son
délire, il est retourné près de sa jeune épouse, et l'a
poignardée pour la mettre à l'abri de la brutale inso-
lence des vainqueurs. Salomé expirante appelle son
bien aimé ; elle meurt entre les bras de Miriam. Tan-
dis que celle-ci s'abandonne à sa douleur, un soldat
romain l'enlève el l'entraîne loin de ce heu d'efl'roi.
La scène change alors , et nous transporte devant le
temple. Jean a été fait prisonnier : son fils Amariah
est tombé sous les glaives ennemis ; mais Simon espère
encore ; il attend le secours céleste. La flamme rou-
geâtre qui s'élève du sanctuaire embrasé , lui paraît le
signal précurseur de la venue du Très- Haut. Iitus
s'avance : vainement il ordonne qu'on épargne le tem-
LirrERATURE. 317
pie. Simon tombe au pouvoir des Gentils ; il reconnaît
enfin, dans l'embrasement du voile qui dérobait aux
regards profanes le Saint des Saints , le symbole de la
colère du Seigneur qui abandonne le peuple rebelle
de Judas. Cependant , le soldat romain conduit Mi-
riara à la fontaine de Siloé , et se découvre à elle, au
moTuent oii elle se jette à ses genoux pour le supplier
de l'immoler à sa vengeance. C'est son fidèle Javan,
qui, à l'aide de ce stratagème, est parvenu à la sauver.
Des torrens de flamme et de fumée couvrent Jérusa-
lem ; le temple apparaît tout en feu , et sa ruine a
quelque chose de divin et de solennel. Entourés de
chrétiens, les amans, frappés de respect et d'épou-
vante, contemplent l'accomplissement des redoutables
prophéties. Un hymne, dans lequel la désolation
du magnifique édifice est dépeinte comme l'emblème
et l'image de celle des mondes , termine majestueu-
sement le poëmc.
Cet ouvrage n'est point exempt de défauts ; niais on
y remarque du génie, et parfois de grandes beautés :
nous n'avons pu que les indiquer dans cette rapide
analyse. Les situations sont tragiques et bien amenées;
les caractères, bien conçus et tracés aveaiénergie ; le
style , quelquefois sublime et toujours harmonieux.
Mais , l'auteur a peut-être trop multiplié les contrastes.
Il laisse voir l'intention de faire effet, et cela nuit
souvent à celui qu'il veut produire. L'accusation
de Miriam , par Salomé , et la promptitude avec la-
quelle le peuple et le grand prêtre adoptent le projet
de mariage proposé par Abiram , sans songer davan-
tage au coupable profanateur du temple, sont deux
circonstances qui manquent de vraisemblance. Mais ,
sans nous arrêter aux critiques , nous aimons mieux
3i8 LITI ÉRATURE.
louer le talent de M. Milman , et montrer comment il
a su vaincre les difliciiltês que lui présentait son sujet.
D'abord, la marche qu'il a suivie, affranchie à
plusieurs e'-gards des règles ordinaires, est celle qui
se prêle le mieux au développement de plu;>ieurs faits
historiques, resserrés dans un court espace de tems: elle
dispense d'une foule de détails qui afl'aiblissent l'inté-
rêt. Tout se passe en action: ce n'est, à bien dire,
ni un poëme , ni une tragédie , mais une histoire ra-
contée en dialogues. Celle manière d'écrire en vers a
été imaginée ])ar Southey , poète lauréat, qui l'a in-
troduite avec succès dans plusieurs de ses ouvrages.
Les L' Itrà-classiqucs s'élevèrent contre une semblable
innovation ; elle triompha , en dépit de leurs censures,
et ouvrit une nouvelle carrière au génie, ennemi des
entraves et de la contrainte. On ne peut nier qu'elle est
d'un effet très dramatique, et qu'elle sauve beaucoup
de longueurs et d'inutilités. La facilité qu'elle donne
de changer la mesure des vers, suivant l'instant et le
personnage qui parle, est un avantage inappréciable.
Ainsi, M. Milman a rimé, en vers alexandrins, les redou-
tables prédictions du prophète, tandis que le chœur
des viergef'chanle , en belle poésie lyrique, les joies qui
attendent la jeune épouse. Cette brusque transition
rend le contraste plus frappant, et ajoute à l'eflroi
qu'on éprouve. Les chœurs d'Eslhor et d'.\thalie
peuvent donner l'idée de ce genre de compositions, et
le plan de ces deux admirables pièces n'est peut-être
pas sans qupl(|ue analogie avec celui que s'est trace
l'auteur de la Destruction de Jérusalem. Les caractères
des (?eux sœurs Salomé et Miriani sont d'heureuses
cr'^ations du poète, et soutiennent merveilleusement
l'iatérêt, lorsque l'absence des jurandes catastrophes
LITTÉRATURE. 3 19
l'exposerait à languir. En tout, ce poërne est une
production fort distinguée, et mérite d'être compté
au nombre des ouvrages qui honorent la littérature
anglaise (1). L.-Sw — n.
»IV\ IVVVVVVW\<VWWVWVW\<VV\ f«*vwwv»<vv\
La DÉr^ENCE DE Charles VI , tragédie en cinq
actes par M. JVépomucèneLi. Lemercier, deTIns-
titut royal de France, et qui défait être repré-
sentée sur le second Théâtre - Français , le
20 septembre 1820. 2* édition (2).
La France vendue à l'Angleterre, sous un roi en dé-
mence , forme le sujet de cette tragédie. Des dissen-
sions sanglantes , des haines invétérées , de noires
perfidies , des vengeances atroces , des guerres souil-
lées par des parricides , la paix ensanglantée , des
princes assassinés , faisaient de la France un théâtre
d'horreur et de carnage. Alors , la politique de Londres,
enorgueillie de quelques triomphes , mais toujours fé-
conde en artifices, conçoit, soutient et accomplit le
dessein de faire passer la France sous son obéissance,
à la faveur de ces calamités, en soufflant de tous côtés
le feu de la discorde. Comme la tragédie vit surtout
des malheurs du genre humain, et que ces malheurs
font une sensation d'autant plus étonnante sur nos
(i) INous possédons , en France , un poème intitule Solyme con-
duise , ou la Dispersion des Juifs , par M. Desqurion de Saint-
Agnan. Il embrasse la seconde et la dernière dispersion du peuple Is-
raélite. Nous renvoyons ie lecteur, curieux de comparer le tra-
vail des deux poètes, au compte quel'on a rendu de Touvrage fran-
çais dans ce recueil. ( Voy. T. V, p. 174O
(2) Paris, i8ao. hi-S". J. W. Barba, libraire au Palais-fiojaL
3aû LITTÉRATURE,
âmes, qu'ils ont clé ceux de notre p^^ic ; on ne pou-
vait choisir un sujet ni plus heureux, ni plus national ;
ruais il prcsenlait des diflicultés à vaincre.
Les évôiieinens , les mœurs, les caraclères de celte
époque désastreuse sont ensevelis dans des histoires in-
formes , encombrées de détails innlilt-s ou puérils , el
couvertes des obscurités de la barbarie ; de manière
qu'avant d'être poète , ranteur doit se livrera des re-
cherches pénibles , comme historien : difliculté qui ne
se rencoiilrc pointdans lessujels tires des lems anciens,
où l'histoire prêle ses couleurs et ses pinceaux à la tra-
gédie. " J'avais copié mes personnages , dit Racine
dans la préface de Brilannicus , d'après le plus grand
peintre de l'antiquité ; je veux dire , Tacite. Et j'étais
alors si rempli de cet excellent historien, iju'il n'y a
presque pas un trait éclatant dans ma tragédie , dont
il ne m'ait donné l'idée. » Les beautés de Tite-Live
revivent dans les Horaccs. On voit aussi la scène tra-
gique occupée par les héros de l'Epopée, qui n'est iju'u ne
histoire d'un ordre plus relevé, embellie par de ma-
giques fictions. Ainsi M. Lemcrcier, sans le secours
d'une histoire bien faite , a été, pour ainsi dire, obligé
de fondre les statues de ses personnages, et de les faire
penser avant de les faire agir.
Mais il s'élevait un autre obstacle, que la seule har-
diesse de l'invention pouvait franchir : c'était de trans-
porter sur la scène un roi insensé. Comment paraîtra
ce roi, dans cet état de dégradation de la nature hu-
maine? Il fallait faire ressortir son caractère de la pro-
fondeur des abîmes de la démence. Quelle sera son
attitude ? Quelle passion se peindra dans son regard
égaré? Quel langage tiendra-t-il ? Sous quel vêtement
se moulrera-t-il aux yeux du spectateur ? Sa démence
LITTERATURE. Bat
sera-t-elle sillonnée de quelque e'clair cle lumière ? La
raison reprendra-t-elle un moment son empire, pour
lui découvrir l'horreur de son infortune , qui entraîne
après elle la ruine de l'Etat? Ces réflexions jiiquent
singulièrement la curiosité. On est avide de savoir
de quoi est capable l'esprit humain dans une entre-
prise si neuve?
Cependant , elle n'était pas sans exemple : les écri-
vains classiques connaissent V Àjax Jlagellateur , pièce
dont le héros est représenté dans les agitations du dé-
lire, et composée par Sophocle, le plus grand modèle
quepuisse suivre l'école de Melponicne Est-ce aujour-
d'hui une singularité, une bizarrerie , que d'imiter So-
phocle ? Un exemple du même genre , plus récent, et
non moins digne d'imitation , se trouve dans l'admi-
rable tragédie de Shakespeare , intitulée : Le roi
Léar.
La tragédie de Charles VI ne paraîtra point avec la
pompe et le prestige de la représentation théâtrale; au
milieu d'un concours de speclatettrs nombreux et éclai-
rés ; dans l'enthousiasme de ces émotions produites
par l'amour du pays ; parmi ces transports animés de
terreur, de pitié et de mélancolie, qui sont une source
féconde d'intérêt, et qui, remuant si puissamment le
cœur, font couler des larmes utiles à la vertu , à l'aspect
de l'infortune des'héros et des catastrophes des Etats. On
conseil de ministres , enveloppé par les pièges de la cen-
sure , a été surpris dans sa sagesse au milieu du tourbil-
lon des affaires publiques ; et l'on a interdit l'entrée de
ia scène à Charles VI. C'est donc privée des charmes de
l'illusion scénique, sans lesquels une pièce perd une
grande partie de sa valeur , et dans le calme de la ré-
(lexion, que se montre celte tragédie. Mais l'opinion,
TOME VUI. 21
3w LITTÉRATURE,
ficvaiit qui s'abaissent les rois et les empires , la releTera
de tcltc injuste proscription dont elle a été frappée.
La preuve de celle injustice Ci>tdans l'examen soigneux
et rigoureux de l'oLivrage nirine ; examen (|ui dr-mon-
trera que la représentation , loin d'avoir aucun danger,
était une grande leçon d'expérience.
La scène s'ouvrepar deux personnages remarquables :
l'un est le duc de Bourgogne , prince dont le caractère
est un mélange de bravoure et de férocité. Sa haine
était pleine de noires perfidies; il assouvissait sa ven-
geance dans le sang ; il avait assassiné le duc d'Orléans,
et rempli Paris de tumulte et de carnage. L'autre est
Warwich , ambassadeur d'Angleterre , politique subtil ,
qui médite la ruine de la France. Il sèmel a discorde parmi
«es princes , et ne flatte tour à tour les partis que pour
mieux exciter leur fureur, dans le dessein de les af-
faiblir, de les comprimer, et d'élever la domination
anglaise sur leurs ruines communes. Ils s'occupent des
malheurs qui désolent laFrance. Le ducde Bourgogne,
long-tems dupe des stratagèmes de la politique d'An-
gleterre , éprouve le repentir de n'avoir pas tourné se<
armes contre cette dangereuse ennemie , et se plaint d<-
ce que Warwich a eu , sans son consentement, une en-
trevue avec le dauphin. Ce dauphin , avec lequel le duc
fait la guerre, est un jeune homme chez qui la bra-
voure est unie à la candeur : ses vertus relèvent l'éclaf
de son courage ; la corruption d'une cour oii régnaient
la perfidie, l'adultèie, le crime, n'a point encore em-
poisonné son amc, trempée de bonne heure dans les
revers ; fils tendre , ami sûr, loyal ennemi , il est l'espoir
de la patrie.
Dans la crainte de l'union du duc de Bourgogne
arec le danphin , l'ambassadeur anglais cherrhc à Ifv
LITTÉRA'IURE. iaS
perdre tous deux, durant une conférence qu'ils doi-
vent avoir pour la paix au portt de Montereau ; et, pour
cet objet, il se sert de la reine Isabelle, prête à marier
sa fille au roi d'Angleterre, qui se montre en appa-
rence un vainqueur plein d'une rare générosité. Cette
reine, instrument de la politique étrangère, est une
femme fière , inconstante , souillée d'adultère , mère
dénaturée , révoltée contre son propre sang, abusant de
la démence de son époux pour perdre l'État. Elle se fait
un jeu des attentats les plus noirs , pour ravir la cou-
ronne à son propre fils et la placer sur la tête d'un
roi étranger et ennemi, en lui donnant sa fille en
mariage.
Après l'effroyable peinture des désordres de la cour,
cil sont représentés les favoris enrichis des dépouilles
des sujets , des princes égorgés sans pitié , des fêtes qui
mettent la France en deuil , le duc de Bourgogne fait
à l'ambassadeur le récit des causes de la démence d'un
roi dont le nom était partout respecté; démence à la-
quelle il a lui-même contribué par un singulier et
infâme stratagème :
Las de tant de licence, il courut la punir :
Ses vassaux le suivaient : sa colère allumée
S'indignait des lenteurs de sa pesante arme'e :
L'éclat le plus brûlant du soleil de Tété
Fit bouillonner l'ardeur de son front irrité;
Et son fougueux, esprit, dont s'animaient les flammes ,
]Ne rêvait qu'attentats, que pièges et que trames.
Tout -à-coup, au détour d'un ravin enfonce,
A travers son cortège un homme s'est lancé ,
Hideux , tout revêtu de lambeaux exécrables ;
Et, pour le consterner d'augures formidables,
Ayant saisi les crins de son noble coursier,
« Arrête! on te trahit, » osa-t-il lui crier.
3i4 LIITÉKATURE.
T'n cl.ir<l tombe avec bruit. Cliarle cmii , plein tralarmc»,
Sur sa lioiipe vl ses chefs luiirrie en fuieur ses armes ,
rrajipe, immole, elles coups de son glaive sanglant
llovanccnt son regard de rage c'tincelant.
On recule : chacun évitant sa poursuite.
Le respect de son rang force tout à la fuite.
La raison, ce flambeau de la carrière humaine^
Dis-lnrs éleiule en lui, se rallumant à peine,
Ne sut plus le conduire , et sa sombre vapeur
Produit tantôt sa rage et tantôt sa stupeur.
Ce récit fait descendre dans le cœur un intérêt puis-
sant, soutenu par une pitié qui va durer dans une
gradation progressive, jusqu'à la fin de la pièce. La
démence , objet de compassion dans le sort com-
mun des hommes , donne au pathétique une force ex-
traordinaire , quand elle frappe une tête couronnée ;
elle prend alors une prodigieuse grandeur , surtout si
de hautes vertus , des actions éclatantes , et la bonté
d'ame forment le caractère du héros tragique : des
larmes vont bientôt couler.
Cependant, de nouveaux malheurs, causés par le
délire du roi, se préparent dans deux scènes opposées
l'une à l'autre , et tracées dans un dialogue énergi(|ue :
une reine doublement perfide va perdre le duc de Bour-
gogne et son propre fils , pour assouvir l'ambition de
l'Angleterre. KUe les entrelient séparément , en fei-
gnant avec tous deux d'abjurer sa haine , de leur
rendre son amitié , de vouloir se soustraire au joug des
Anglais et rétablir la France dans sa splendeur pas-
sée. Le duc, qui connaît la perversité de la reine, de-
mande sa main , par suite d'un divorce avec le roi ,
pour gage de la réconciliation. La perfide reine a l'air
de sacrifier son orgueil à celte indignité ; mais, pour
LITTERATURE. 3 20
prix de ce sacrifice , elle exige que le duc immole le
dauphin à leur vengeance commune ; qu'il lui tende
des pièges dans la conférence du pont de Montereau ,
et qu'il le jette imjîitoyablenient dans les fers. Cette
mère dénaturée oppose aussitôt le crime au crime :
elle voit son fils; la haine et la vengeance sont au fond
de son cœur. Mais l'oubli du passé , la réconciliation ,
une vive tendresse sont sur ses lèvres ; et après avoir
adroitement irrité l'animosité de son fils par le sou-
venir d'outrages et de crimes récens , et par l'effroi de
l'avenir, elle lui propose d'assassiner le duc, dans cette
même conférence. A la vue de cet attentat qui ensan-
glantera la paix , le vertueux dauphin est saisi d'un
trouble extrême. Alors, la reine, pour accomplir son
horrible dessein , jette les yeux sur Duchatel , officier
de la suite du dauphin, et dont l'ardeur pour le crime
ou pour la vertu est égale , selon les circonstances.
Pendant qu'on médite l'exécution de ce double at-
tentat, l'intérêt varie et s'accroît au second acte. Un
chagrin profond agite l'ame du dauphin , qui vient de
voir son père plongé dans un affreux accès de dé-
mence , et qui ne l'a pas même reconnu : situation
neuve et déchirante pour le cœur du fils d'un roi. C'est
à Duchatel qu'il confie sa douleur:
Dans sa chambre introduit , dès que j'osai paraître ,
D'un œil morne et sinistre envisageant mes traits,
Il s'est tu devant moi : tremblant, je soupirais.
11 offrait, demi-nu, l'aspect de l'indigence;
De ses cheveux souilles la triste ne'gligence,
Son immobilité, son maintien, sa pâleur,
Étonnèrent mes yeux Gxes sur son malheur.
J'étends vers lui les mains, et je l'approche à peine
Que , le front colore d'une flamme soudaine ,
Maudissant les argus dont il fut entoure',
il me prend pour l'un d'eux ; moi qui, de'sespére.
336 LITTÉRATURE.
Et d'un cœur filial partageant sa dëtresie.
Ne Tenais qu'e'pier un retour de tendresse.
« Sors d'ici, porte ailirurs ton zèle furieux , »
M'a-t-il dit, trausporlé d'un acct-s curieux.
J'en ai frémi : dts-Iors, en un cruel sourire,
Atroce cliangcment des traits de son délire ,
Sur moi son amertume a paru s'exhaler.
Et par sa Toix terrible il m'a fait reculer.
Combien est touchant le tableau de celle entrevue 1
les couleurs en sont tristes, naturelles et Traies: ce
qu'il offre de sinistre et de noir , est adouci par la douce
espérance que Duchatel apporte au coeur du dauphin ,
en lui disant que l'instant approche , où le roi a cou-
tume de reprendre l'empire de la raison , et qu'il sor-
tira du sommeil de la démence pour voir le retour de
la paix. Mais il lui révèle que cette paix sera achetée
par le meurtre du duc, assassin d'Orléans son maître ;
que la reine l'a choisi pour cet attentat, qui doit as-
souvir son ressentiment, sauver le dauphin, et mettre
un terme à la guerre civile. La vertu du dauphin s'ojî-
pose constamment à cet assassinat, quel que soit le
fruit qu'il en puisse recueillir. II ne veut point souiller
de sang un traité de paix , donner l'exemple du crime ,
troubler sa vie par des remords qui ne s'éteignent ja-
mais. C'est à la vengeance des lois qu'iJ livrera le cou-
pable. Ainsi , le prince demeure étranger au forfait ;
mais la reine n'en poursuit pas moins l'exécution de
son atroce dessein ; elle j)rcle de nouveau ses fureurs
à Duchatel , qui n'est que trop disposé à la servir.
Le roi, qu'on attend avec une curieuse impatience,
paraît. Il est accompagné d'Odelle, femme d'une amc
bonne, sensible, qui lui prodigue les soins les plus
généreux. La pitié , déjà descendue dans le cœur,
produit tout à-coup des sensations nouvelles. On cher-
LITTÉRATURE. 327
che en vain ce prince illustre dans la guerre, plus grand
dans la paix , environné des hommages et des respects
de la terre ; les regards étonnés s'arrêtent sur un fan-
tôme qui sesurvit à lui-même. C'est la démence assise
sur le trône ; mais , cette démence offre les ruines
d'une raison supérieure. Duchatel est la première per-
sonne qui se présente au-devant des pas du roi qui le
reconnaît. Sa présence fait naître dans un cœur en
proie aux égaremens de la folie , des souvenirs tendres ,
mais pleins d'une âpre mélancolie. Les horreurs dont
le duc de Bourgogne se souilla dans le siège de Paris ^
se peignent à son imagination. Il voit Duchatel sau-
vant et emportant son fils dans ses bras. Il lui rappelle
cet héroïque dévouement ; mais, aussitôt , par un con-
traste frappant , sa réflexion se reporte sur son état
d'ignominie, d'indigence, d'ahandon ; et l'on voit un
roi réduit à demander un cercueil à la pitié de celui
qui sauva son fils au berceau ; idée sublime , et admi-
rablement rendue par ces mots :
Ils m'ont prive de tout; vivant, m'ont délaissé :
Mort, aurais-je lenrs pleurs?...
Odelle observe avec attention les mouvemens de
l'ame de sou maître ; elle craint que des émotions
trop violentes ne déchaînent sa fureur; et sa crainte
impose silence à Duchatel, qui maudit le duc de Bour-
gogne, auteur de la démence du roi. Charles épanche
son ame souffrante et égarée auprès de l'amie qui
adoucit son infortune ; et c'est dans ces épanchemens
que le cœur humain se montre sous un aspect aussi
.sombre que nouveau:
Dieu créateur! qui seul nous fais ce que nous sommes^
Dégrades-tu si bas la majesté des hommes .
3a8 UTTÉRATURE.
Pour nous mieux aveclir de ne point l'oublier,
Et sous tes tliâtimens nous mieux Ijumilier?
Rien nV'sl donc sûr pour nous, sous Tcmpire céleste
Ah! fraj;ilcs humains, vous vous opouvanicz
Des prompts rcnvcrsemons de %'os prospérités!
C'est peu de voir tomber vos grandeurs , vos fortunes j
Le courage soutient des pertes si communes :
Mais , déchus de raison , implorez le tombeau ,
Avant qu'ainsi vos pas s'egareul sans (lambeau.
Ces réflexions conduisent sa pensée vers ses enfans ,
il s'afflige de n'avoir pas reconnu son fils , de ne l'avoir
pas accueilli par de tendres cmbrassemens , ce fils à
qui appartient un trône dont un pire a été précipite
par la démence. Le mariage de sa fille vient occupoi
sa tendresse ; il se nourrit de l'espoir (|uc celte union
étouffera le feu de la guerre civile ; mais, aussitôt , par
un retour déchirant sur lui-même , il s'écrie :
Mais , sierait-il qu'un spectre allAt par ses douleurs
Attrister les autels ornes pour toi de fleurs,
Et, sous Iheurcux eclut des flambeaux dhy menée.
Montrât aveuglement sa pilleur couronnée?
Son cœur ne cesse de nourrir de douloureux souve-
nirs. Une princesse qu'il aimait avec passion , Valen-
tine, veuved'OrIcans , égorgé, dans les guerres civiles ,
parmi d'autres princes de la cour , ne fait (ju'accroître
sa languissante et sauvage mélancolie. fJlene s'adoucit
que par les pleurs d'Odelle , dont la touchantr amitié
lui inspire ces vers , oii sont tracés avec tant de déli-
catesse et de charme les vertus des femmes :
Je me perdrais sans toi, guide aimable et fidèle!
O femmes! de vo"; soins adorables effets!
La vin humaine entière est due à vos bienfaits.
A riieiire du déclin, comme dès la naissance,
Votre sexe c^t l'appui de notre double lufaucc ^
LITTERATURE. 329
Et, de nos jours sereins prolongeant le flambeau,
Berce encor nos douleurs aux portes du tombeau :
Vos secours, votre sein et vos bras nous attendent :
Les consolations de vos lèvres descendent.
Quand nous a fui Tamour et même Famitié,
Dieu , pour nous , dans vos cœurs met encor la pitié.
Anges de charité dans les pieux asiles,
Qu'au lit des rois soufl'rans vos vertus sont utiles !
A la vue flu duc de Bourgogne , son indignation se
soulève ; il lui reproche ses crimes , l'accable des noms
les plus odieux , et prédit sa mort. Cette prédiction
épouvante le duc, qui est d'ailleurs averti de son péril
par une lettre. Il ne voit plus dans Charles un prince
qui est privé de la raison ; niais iin organe des enfers. Ce-
pendant, il rappelle son courage accoutumé; sa terreur
s'évanouit. Il se rend au pont de Montereau , pour
perdre le dauphin.
Durant cette conférence, la reine qui les a engagés
à se tendre mutuellement des embûches, est tourmen-
tée d'une inquiétude extrême , ne sachant de que! côté
triomphera la scélératesse. Sa confiance se repose da-
vantage sur Duchatel , dont le bras est exercé au meur-
tre. L'ambassadeur d'Angleterre vient lui annoncer que
l'un des deux a succombé. Après l'affreux récit de la
mort du duc frappé par Duchatel , l'ambassadeur , en
habile politique , saisit cette circonstance , pour qu'elle
rejette la noirceur de cet assassinat sur le dauphin ,
et fasse signer un traité qui l'exclut de la couronne ,
qu'on fera passer à l'enfant qui naîtra du mariage de
sa fille avec le roi d'Angleterre.
L'assassinat du duc ayant causé un tumulte effroya-
ble dans la ville , Charles , abandonné aux soins d'O-
delle , s'échappe dans un accès de fureur; il est errant
sous les murs du château. Son égarement le conduit
33o LITTÉRATL^RE.
près de la reine, qui , pour rester seule avec lui , fait
sortir Odelle. Ici se passe une scène pleine d'effroi. C'est
le comble de l'art d'avoir mis un roi , dont l'aliéna-
tion d'esprit ne dément point le noble caractère , en
présence d'une reine dont rien n'égale la fourberie, si
ce n'est sa cruauté. Le délire du monarque est tel
qu'il se croit seul, quoique la reine réponde à son
discours : invention d'un genre neuf et d'une dif-
ficile exécution. Egaré dans les labyrintljes de la folie,
il s'irrite et s'étonne d'être prisonnier dans son palais ;
inais son étonnement cesse, lorsqu'il songe qu'il est
au milieu d'une cour où régnent l'étranger , la per-
fidie et le crime ; où mille trames sont ourdies pour
son abjection. Son bras désarmé assure l'impunité ; il
se voit en proie à la liaine , à l'insulte , à l'abandon , et
cette terrible vérité sort de sa bouche :
Un roi n'a point d'ami; c'est le malheur tlu trône.
Tout-à-coup , son discours est rompu ; on ne trouve
aucune liaison dans ses idées ; c'est bien la démence
surprise sur le fait :
Aux heures du sommeil pourquoi me re'veille-je?
La nuit couvre ces murs... Quelle est sombre!.. RAve-jci*
Non, j'agis • non, je marche... Ah! j'ignore en «jucls lieux...
Que mon front est pesant? quel voile est sur mes yeux !
Une mélancolie sinistre accable son imagination et
s'exhale dans des paroles entrecoupées, qui partent
d'un cœur rongé par l'amertume. Cependant, il aper-
çoit une personne qui converse avec lui. La démence
le fait tomber dans une étrange méprise. Sous les traits
de la reine, il voit Valentine qu'il aima dan^ les belles
années de sa vie; il oublie qu'elle a expiré, victime
du chagrin ou du poison. La surprise de la reine se
LITTERATURE. 33 r
change bientôt en frayeur ; lorsque son époux lui pré-
dit une mort exécrable, en lui rappelant le supplice de
Brunehaut :
Les grands qu'elle opposait en coupables rivaux.
Unis enfin contre elle , ont, aux pieds des chcTaux,
Sur des ronces, traîné sa dépouille abhorrée.
Qu'en lambeaux tout sanglans le peuple a déchirée...
Noir exemple où du ciel éclate la rigueur!
Cette prédiction la glace* d'horreur , d'autant mieux
que celle de la mort du duc venait de se réaliser sous
ses yeux. Ici la terreur se joint à la pitié ; et cette ter-
reur redouble, lorsque Charles s'assied, et arrête, dans
va moment de calme , des regards immobiles sur une
reine dont le cœur est pétri de fiel et de crime. Ce
calme précède un violent orage, qui s'élève dans son
ame , lorsqu'il appreiid que le duc a été assassiné ,
parce qu'il voulait faire la paix et marier sa fille au
roi d'Angleterre, et que l'assassin est son propre fils.
Des parricides, des trahisons, des princes noyés dans
leur sang , des attentats nouveaux , se mêlant à l'image
charmante de l'innocence de sa fille, environnent la
scène d'affreux nuages. Les tourmens de Charles font
succomber son ame sous la violence d'un accès a? dé-
mence , et le livrent aux perfidies de la reine , qui va
lui faire signer l'acte remis par l'ambassadeur anglais ;
mais il n'a pas plutôt jeté les yeux sur cet acte d'op-
probre et d'infamie , qu'il se réveille de sa stupeur. Sa
fureur est à son comble» Les gouffres de l'enfer appa-
raissent à son imagination frappée de terreur; et, parmi
les ombres infernales , il rencontre Isabelle.
Je dois m'arrêter sur cette rencontre, parce qu'elle
me paraît le dernier effort de l'art : c'est le plus beau
passage de la plus belle scène de la tragédie. Charles
33a LITTÉRATl^RF.
commence par une apostrophe véhémente aux courti-
sans perfides , aux ambitieux qui se tourmentent , s'a-
gitent et s'égorgent pour de vains titres et de vains hon-
neurs ; aux ministres pervers qui se sont enrichis des
dépouilles des citoyens, qui ont proscrit riiomuie juste,
qui ont fait couler les larmes de la veuve et de l'orphe-
lin , qui se sont souillés de trahisons ou de meurtres , et
dont les hurlemens dans les enfers n'apaiseront point
les plaintes de leurs victimes. Le spectateur est ainsi
préparé à l'émotion déchirante produite par tout ce
que Charles va dire à la reine :
Et comment à mes yeux t'oses-tu présenter.
Téméraire Isabelle?.. Est-ce pour m'iosulter?
Est-ce dans le dessein d'arracher aux supplices
Des princes sans honneur, tes féroces complices?..
•Si j'en crois tes discours , mon esprit est blessé...
Examine mes traits... Dis : quai-je d'insensé?
Est-il donc étonnant que mon œil soit farouche,
Voyant un monstre aflreux qu'aucun remords ne touche'
Quel désordre égaré t'efTraie en mon regard?..
Jamais sur les mortels Icvai-jc le poignard?
Si je pleure rn ma cour tout le sang qui l'inonde,
Est-ce un dérèglement, f|ue ma pitié jjrofonde?
Le délire est aux cœurs qui, dans un froid repos,
Excusent l'homicide , et taisent les complots...
Mais, moi, j'ai bien l'horreur de tes lâches maximes,
Bien l'amour des vertus , bien la haine des crimes..
Quelle est ma déraison? Parle... Pourquoi trembler."
C'est toi dont la froideur doit faire reculer...
Toi qui souill.'ts mon lit, {|iii di-giadas mon trône;
Toi qui vendrais l'titat, et jus({u'à ma couronne;
Toi, (Illc de discorde, et qui, par tes forfaits,
Dans l'usage du crime as su trouver la pai\ :
Va l'asseoir aux enfers, nr>uvelle Frédégouilc :
lia , ton arr^l t'attend pour l'exemple du monde.
Energieetprofoudeurdc pensées , beauté des images ,
LITTÉRATURE. 333
«ris de douleur et de frémissement contre le crime,
accens passionnés de la vertu , tendre amour du pays ,
horribles imprécatioos contre l'auteur des calamités
publiques: tout se trouve réuni dans cette scène,
comme dans le foyer d'un vaste embrasement, dont
les flammes répandent au loin la pitié et la terreur.
C'est dans cette situation tragique, oii Charles s'ima-
gine voir Isabelle dans les enfers, que le visage de
Joanny , qui devait remplir le rôle du roi, se couvre
d'une fureur noire: ses traits, de l'état d'immobilité
oii l'enchaîne le courroux comprimé de la démence ,
s'animent tout-à-coup , et avec une telle impétuosité,
que sa voix semble tonner dans les profondes cavernes
de la mort. Son regard est étincelant d'une sombre
rage; il recule épouvanté. Son aspect a je ne sais quoi
de funèbre et de redoutable; au point que , pendant
les répétitions , et sans aucun prestige théâtral , un fré-
missement involontaire s'emparait de toutes les per-
sonnes employées au théâtre. Qu'on se figure l'effet
qu'aurait produit cette situation sur les spectateurs.
Après une pareille scène , l'ame a besoin de repos.
Le voyageur , fatigué des beautés sauvages , terribles
et imposantesde la nature , se plaît dans un tranquille
vallon. Le dauphin conserve toujours la candeur de son
caractère, dans un entretien avec Duchatel sur l'as-
sassinat du duc de Bourgogne ; assassinat qu'il avait vu
et (|u'il voit encore avec horreur. Comme les lois sont
armées pour punir celui qui les outrage, la scélératesse
du duc n'est pas pour lui une excuse ; il exile de sa
présence Duchatel qui n'éprouve aucun remords, et qui
veut servir encore son prince , avant de s'éloigner.
Bientôt il aura la généreuse audace de le justifier, en
prenant sur lui seul tout l'odiçux de son forfait, et en
334 LITTERATURE
disant avec fierté, devant Charles et ses compagnons
d'armes :
La liaine en vain impute un \e\ meurtre à sa gloire :
Moi .seul )t' l'ai commis ; j'en charge ma mrmoire.
Le roi reparaît ; sa raison a repris son empire : ses
vêlemeiis souillés et déchirés sont remplacés par la
pourpre et les ornemens de la royauté ; son regard , son
air , sa démarche , son langage , sont assurés Ainsi ,
Charles est présenté sous ce douhle aspect : d'abord ,
dans un état de démence progressif et traversé de quel-
ques éclairs de lumière ; ensuite , jouissant de toutes ses
facultés intellectuelles, sans que la folie altère la
beauté de son caractère. Amour de la vertu , haine
du crime , tendresse paternelle , horreur pour la domi-
nation étrangère , zèle ardent pour la gloire et le
bonheur de la France: voilà les précieuses qualités ,
ornement de l'ame d'un roi , qui , s'il pouvait renaître ,
s'indignerait encore du dernier outrage qu'on fait à sa
mémoire , en lui défendant l'entrée de la scène. Tou-
jours les maux de l'empire sont présens à sa pensée.
Cette fois , c'est dans le sein d'un fils vertueux appelé
au trône , qu'il dépose ses noires anxiétés. A peine lui
reste-t-il un souvenir confus de tout ce qu'il a dit ou
fait dans les scènes précédentes. Il apprend qu'il a signé
l'arrêt de l'exil de son fils , faussement accusé d'avoir
trempé ses mains dans le sang du due ; c'est alors qu'il
adresse un discours rempli d'une éloquence pathétique,
où se trouve l'épanchcinent du cœur d'un père pro-
fondément malheureux et indignement trompé :
Plains-moi! ne me hais pas ! excuse un triste père .
Demandant ton pardon, démentant sa colère...
Et i)riant ta vertu, mon (ils, de surmonter
■lusqu'aux secrets mépris qu'il a pu mériter.
LITTÉRATURE. 335
Cet entretien du père et du fils est interrompu par
Duchatcl : il vient annoncer que la garde de la reine
assiège l'une des, portes du château, pour surprendre et
arrêter le dauphin , qui court sur-le-champ aux armes.
Duchatel a rassemblé sa garde, et va racheter par la
valeur le crime qu'il vient de commettre.
La reine assemble son conseil. Sa politique artificieuse
représente la France désolée par la guerre civile , vain-
cue par l'Angleterre ; ses princes divisés , assassinés,
tour à four oppresseurs et opprimés ; Bourgogne , l'es-
poir de la patrie, tombé dans une embûche mortelle
dressée par le dauphin : elle ajoute que l'aurore d'une
paix ensanglantée était pire que la guerre ; que la sa-
gesse lui prescrivait d'unir sa fille au roi d'Angleterre,
de placer sur la tête de l'enfant qui naîtra de cette union,
la couronne dont le dauphin s'est rendu indigne. Charles
se montre d'une manière inattendue dans ce conseil ,
et y parle en maître ; il protège l'innocence de son fils ,
qui saura vaincre l'Angleterre. Mais, un nouveau sujet
d'alarme et de désespoir s'empare de cet infortuné mo-
narque , lorsqu'il apprend qu'il a signé l'acte qui
livre la France. C'est dans cette circonstance que l'am-
bassadeur anglais parle plus que jamais de vertu , de
modération, de générosité, pour mieux déguiser la
trahison. Le roi le pénètre, fait éclater sa colère, et
s'abandonne à l'amertume du désespoir. Le dauphin ,
espérant relever la fortune de la France dans les com-
bats , vient adresser des paroles menaçantes au conseil,
et proteste hautement contre son exhérédation. Mais
la raison n'a prêté sa lumière à Charles, que pour lui
faire mesurer avec plus d'effroi l'abîme oii la France
est plongée ; ce qui cause un tel ébranlement dans
son cerveau , que ses forces l'abandonnent , et qu'il
3^6 LU IKRATL'RIÎ.
rentre clans les horribles labyrinthes tic la démence ,
en s'écriant :
Plenrfz !.. non les tourmcns d'un prinre qui succombe,
IVl.iis le jpect.icle afTroux d'un empire «pji tombe.
Ainsi se termine l'action <le la pièce , dont le sujet est
la France vendue à l'Angleterre. C'est parce qu'on n'a
ni soigneusement analyse, ni profondément nMldilé la
tragédie de Charles VI, que l'oti a prétendu que cette
pièce n'avait pas de fin ; et que, d'ailleurs, elle péchait
par défaut d'unité d'action, la mort du duc de Bour-
gogne a^'ant lieu entre le deuxième et le troisième
acte. D'abord , la protestation du dauphin, et l'espé-
rance de le voir un jour couronné, loin de prolonger
l'action, prouve qu'elle est accomplie ; car on ne peut
pas protester contre un événement qui n'est pas arrivé;
et, si cet événement est accompli , le dénouement ne
laisse rien à désirer ; d'autant mieux que la restauration
du dauphin, sur le trône, est un autre événement indé-
pendant, soumis aux hasards de la guerre.
La mort du duc ne forme pas duplicité d'action ,
parce qu'elle n'est qu'un incident: rien no finit après
cette mort. Le roi n'a pas encore signé l'acte de tra-
hison ; et, après avoy signé cet acte, la reine ne l'a
pas encore fait approuver dans le conseil. Cette sanc-
tion était le dénouement naturel de la pièce ; dénoue-
ment (|ui devient une nouvelle source d'intérêt et frappe
l'imagination , parce qu'il est environné des prestigi^s
de la démence d'un roi , qui n'ouvre les veux à la lu-
mière de la raison , que pour voir la France sous In
joug odieux d'une domination ennemie; d'un roi qui
représente, en quelque sorte, la patrie entière victi^ne
dans sa propre personne. A. Métral.
l
LITTÉRATURE. 333
WVVWWVVWVWWVVWVWVWVWVX'VVWIW
ANTHOj.O'iiE ABABE, OU Clioix de poésîes arabes
inédites, Iraduiies en français , avec le texte en
jvgaixî^ et accompagnées d'une version littéiale-^
par J. Hlmbert , de Genève (i).
>< En- publiant ce recueil, dit M. Hunibertdans sa pré-
face , mon but a été d'offrir à ceux qui cominencent
î'étiide de la poésie arabe, des niorcea";xde vers moias
diiïicdes que ceux qu'on a imprimés jusqu'à ce jour
On pourra me reprocher, ajouie-t-il un peu plus loin,
de n'avoir pas fait un choix as>ez sévère ; d'avoir im-
primé plusieurs morc-^aux infectés de ieiix de mots et
d'enflure Mais je voulais faire connaître le govLt des
Arabes, tel qu'il est réellement, et non publier des
]ioemes oii le goût épuré des Européens n'eût rien
a reprendre. »
P"" ' Ces deux passages, réunis, sembleraient atinoncer que
M. Hiimberl , en composant ce recueil , a voulu le faire
servir à deux choses distinctes, bien qu'assez étroite-
ment liées l'une à l'autre: d'abord , à faciliter l'étude
de la poésie arabe, qui a effectivement grand besoin
de l'être ; et, de plus, à donner une idée du goût et du
génie qui caractérisent cette poésie^ et la distinguent
de celle des autres peuples asiatiques, p^esqu'aussi net-
tement que de celle des Européens.'
Mais, il ne faut pas prendre trop à la lettre cette
dernière partie du dessein de M. Flumbert; ou bieri'il
(i) Paris, 1819. I vol. in-S". Imprimerie royale. Treuttel et
Wiirtz, libraires, rue de Bourbon, n" 17.
TOME VUI. 22
338 LITTÉRATUKK.
faudrait avouer qu'il ne l'a pas remplie. Il s'en faut
bien , eu effet , que le choix de poésies arabes publié par
lui soit assez riche et assez varié, qu'il soit conçu comme
il devrait l'être, pour donner une idée générale de la
poésie arabe. Cette poésie a eu, connue le peuple dont
elle est la création , ses époques de vigueur, de jeunesse
et de gloire, oii les jeux d'esprit, qu'on lui rej)roclie
maintenant, lui furent étrangers ; et même à dater
des tems oii le mauvais goût a commencé à s'y intro-
duire , il s'en faut bien que l'enflure et la recherche
soient le caractère dominant de toutes ses productions :
il en est un très grand nombre oii ces défauts ne pa-
raissent que comme des taches accidentelles et locales,
à travers des beautés franches, pures et hardies.
Il faut donc, pour rendre justice au travail de
M. Humbert, se borner à le considérer relativement ;i
son objet évident et principal : celui de rendre plus
agréable, et en même tems plus aisée, l'étude de la
poésie arabe. C'est sous ce rapport qu'il lucnle la re-
connaissance des orientalistes.
L'Anthologie arabe de M. Humbert est divisée en
deux parties distinctes, dont la première renferme le
texte original des morceaux sur lesquels il a travaillé.
Ces morceaux sont au nombre de soixante-cinq , qu'il
a tirés, la plupart, des Mille et une Nuits. Plusieurs
sont, extraits d'une Anthologie poétique compilée par
Soj^outi , et très répandue dans l'Orient. Quelques-uns
ont été fournis par les nombreux recueils des ])oëtes
arabes d'Espagne. D'autres enfin appartiennent à la
précieuse collection, si célèbre parmi les orientalistes,
sous le litre des Ilamasa. Il eût été facile à M. Hum-
bert de mettre plus de variété dans le choix, de ce*
LITTÉRATURE. 389
ïnorceaux , et de le rendre plus piquant ; mais il semble
avoir été gêné, à cet égard, p.ir la crainte de trop mul-
tiplier, dans sa collection , le nombre des pièces difti-
ciles ; ce qui eût été direclemeut contraire à son projet.
Le texte de chaque pièce est accompagné d'une note
qui en indique le laètre, suivant les formules de la
versification arabe , et d'une traduction française , que
les orientalistes eux-mêmes aimeront à rapprocher
de l'original. Cette traduction sera particulièrement
agréable à ceux qui, sans savoir l'arabe , voudraient
néanmoins se faire quelqu'idée du ton et du goût
qui régnent dans une grande multitude de composi-
tions poétiques en cette langue.
La seconde partie du travail deM. Humbert . spéciale-
ment destinée aux orientalistes, en est la plus étendue,
comme la plus importante. Elle renferme une version
latine de chacune des soixante-cinq pièces du recueil ;
version accompagnée de notes de tout genre, principale-
ment destinées à faciliter l'intelligence du texte auquel
elles ont rapport. Crtte simple annonce montre assez ,
ce me semble, que l'auteur n'a négligé aucun moyen
d'étendre ou d'assurer l'utilité de son travail.
Outre l'avantage accessoire d'être imprimé avec beau-
I coup d'élégance, le texte de ce'te anthologie arabe
a le mérite plus important d'être remarquablement
correct. La version latine est ce qu'elle devait être ,
pour répondre aux vues du traducteur, et au besoia
des commençans ; c'est-à-dire, exacte et aussi littérale
que possible. Les notes sont nombreuses, variées et
toutes intéressantes et utiles ; les unes, sous 'e rapport
philologique; les autres, comme renfermant des traits
curieux sur la littérature , l'histoire et les mœurs des
22*
J4o Lin^^.RATLRE.
Aral)es en général. Plusieurs sont agréablement entre-
mêlées de iVagtnrns poéliquos, (|iM forijicnl une sorte de
supplément aux pièces dont se compose le corps même
du recueil. Queîques-uns de ces fragniens , ainsi épars
dans les noies qu'ils enricliissent , sont empruntés de la
lang^ue et de la poésie des Persans , et peuvent donner
lieu à des rapprocliemcns agréables entre le géuic
poélique de ce dernier pepple et celui des Aral>es. Ce
n'est pas tout : cjue'ques-unes des pièces les plus in-
téressantes du recueil ont inspiré à ]\I. Humbert l'idée
de les traduire eu vers grecs. Ces traductions se trouvent
aussi parmi les notes , et font preuve, dans leur auteur,
d'un sentiment délicat et exercé de la langue el du
style d'Anacrcon.
Quant à la version française des textes de cette an-
thologie, elle est élégante, aïiimée, et peut-être aussi
concise que puisse l'êlre une traduction française de
vers arabes. On y trouve bien çà et là quelques passages
qui seraient suscfplib'es d'êlre eutendns autrement
qu'ils ue l'ont été par M. Ilumbcrl ; mais cela était iné-
vitable dans la version de pièces pleines de jeux d'ima-
gination ou d'esprit, si bizarres ou si hardis, (|ue l'on
ne saurait être toujours bien assuré d'avoir rencontré
la véritable pensée de l'auteur, en adoptant celle qui
s'est préseutée comme la plus naturelle ou la moins
obscure.
On pourrait aussi noter , dans la traduction dont il
s'agit , qtielques traits qui ne rendent pas avec toute la
justesse possible , les traits correspondans de l'original ,
lors même que le sens de ceux-ci n'a rien de douteux.
Ainsi, par exemple, M. Iliimbert a compris dans son
choix un fort beau morceau des Uarnasa , dont il Ira-
I LITTÉRATURE. 34i
^uit ainsi le premier vers : « Tai dit à mon ame :
mardi ans au combat; et déjà elle s'envole^ saisie de
■ frayeur ^ à Vidée des héros ennemis. » Pour être exact,
il aurait fallu dire : « Tai dit à mon ame , au moment
oit elle s'envolait, etc., » ou q'ieîque chose d'e'quivalent.
Mais ce sont là des inexactitudes bien légères ; et je
n'en ai point rencontré d'un genre plus grave.
Je présume faire une chose agréable au lecteur , en
le mettant à portée de juger lui-même , au moins par
un esemp'e, du style dans lequel M. Humbert a rendu
des originaux toujours difficiles à traduire , et souvent
intraduisibles. Voici donc une des pièces de son recueil,
qu'il a donnée sous le titre à' Élégie d'un Arabe
d'Espagne. Cet Arabe, revenantde Damas oii il a fait
quelque séjour, adresse aux amis qu'il y a laissés
l'expression des tendres regrets que lui inspirent et le
souvenir de leur amitié , et celui des charmes de leur
pays:
» 0 mesbons amis de Damas , n'aurai-je donc aucune
nouvelle de vos contrées chéries ! car le feu du désir
brûle mon sein et le consume. Un espace immense me
sépare de vous ; mais, j'en atteste Dieu même ! depuis
l'instant oîi je vous ai quittés , mes yeux n'ont eu de
plaisir ni à se fermer au sommeil , ni à s'ouvrir à la
lumière. — Quand je me rappelle ces jours de bonheur
roulés délicieusercent près de vous , mon cœur est sur
le point de se briser Quel n'étais-je pas alors, au
matin, dans le vallon de Niren ; dans ce vallon oii les
fleurs ne cessent de sourire , arrosées des larmes du ciel ;
oîi roucoulent les colombes , où se balancent les ra-
meaux , oii les torrens et les arbres font ouïçsans cesse
un agréable murmure ! Et cette plaine au pied des
343 LinÉRATLRt.
monts ! où sont les soirées de bonheur qu'elle a fait
naîtrepoiir moi et dont une seule valait , à mes yeux ,
une vie tout en'ii're ? P'ainc charmante, que Dieu t'ar-
rose du tribut de mes larmes!... >•
Du reste, en facilitant Tétudc de la poésie arabe,
M. TTumbert a fait.par cela seul, qurl(|ue chose qui doit
contribuera élendreet à perfectionner l'élude de l'arabe
même. L'on ne peut en effet, à ce qu'il me semble, avoir
une idée complète de l'étonnante abondance de cette
langue, de son inimitable énergie, des nuancesaussi pré-
cises que délicates de sentiment et de pensée aux-
quelles elle se prête, si on ne l'a pas étudiée dans les poé-
sies qui en sont la principale richesse, et les monumens
les plus anciens et les plus caractéristiques. Les con-
naissances, l'exactitude et le goût dont M. Humbert a
fait preuve, dans ce premier fruit de son étude des lan-
gues et des lettres orientales, font désirer qu'il y persé-
vère, et autorisent à espérer qu'il s'y distinguera.
F. L.
(
^^*^rt.VVX*VV\^VVVlVV\\\\\\V\^\\\l\VVVVV\\V\VVX\\\Art,XVV\'VV\*VV\'V\\VV\VVVVV\VVVVVW
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMÉRIQUE.
ÉTATS-UNIS.
101. — lYorth American Reflew and Miscellaneous Journal. —
Kevue de TAmérique du Nord , et Journal de Me'langes. Boston ,
1820. Milliard et Metcalf. K" XXVI.
Cette fieuue paraît tous les trois mois, et deux cahiers for-
ment un Tolume de 420 à 45o pages. Elle se recommande par le
bon choix et la sage distribu !ion des matières. Étrangère à toute
secte religieuse exclusive, comme à tout esprit départi politi-
que, elle s'occupe seulement de la discussion des sujets qui sont
d'un intérêt ge'ne'ral , et particulièrement de l'examen des ouvrages
publiés dans les Etats-Unis.
Le N° XXVI contient les articles suivans : Mémoires historiques
des études et des productions du docteur G. Bernardo de Rossi ,
professeur de langues orientales, écrits par lui-même; — Paysages
du Mississipi ; poème descriptif de l'intérieur de l'Anaérique sep-
tentrionale, par Charles Mead , citoyen des États-Unis j — Dis-
cours sur difTérens sujets , par Jeremy Tatlor, chapelain ordi-
naire de Charles I"', et évèque de Down et Connor; — les Aven tures
du capitaine GoLOWNis, de la marine russe impériale, durant
son emprisonnement chez les Japonais, en 1811, 1812 et i8i3;
avec ses observations sur l'empire du Japon et sur ses habi-
tans , etc. ; — les Souvenirs de Curran et de quelques-uns de ses
contemporains , par Charles Phillips, écuyer; — Quelques déci-
sions importantes rendues par des Cours de judicature des États-
Unis ; — Procédés et rapport des commissaires pour l'Université
de Virginie, présentés le 8 décembre i8i8j — Substance de deux
discours prononcés au Sénat des États-Unis, par l'honorable
(il INous indiquerons, par unastérisque {*) placé à côtédutitre
de chaque ouvrage , ceux des livres étrangers ou français qui
paraîtront dignes d'une attention particulière, et dont noua
rendrons quelquefois compte dans la sectioo des analyses.
344 LIVRES LTI\AKGER.S.
Rufii Kiîtc, de New-York , y l'occasioa d'un acte intitulé Mis'-
souri-Bill , relatif à l'esclavage des n lirs dans cet Etat j discours
remarquables par cette profootleurdevues qui caractérise riiomme
d'Etat, et parla saine pliilosopliic sur laquelle elirs s'appuient ; —
Mi-moire sur le cnniniercect la navigation 'iela mer ^oire, et sur le
commerce et la ui-ogr;ipliie maritime de la iurquic et derE£;_vpte ;
par Henry A. S. Deartors; — Mémoires de la vie et des campa-
gnes de riionorablc ^alîianiel Greene, ma)or£;tr.i-rul dans l'ar- I
mée lies Ktat^-Unis, et commandaat du dt^partcment méridional ,
pendant la guerre de \i. révolution; par CAnr/ei Caldwell, D.M.;
professeur dliistoire naturelle dans l'Lniversite de Fensylvanie;
— Sermons du feu révérend /'". J. BucKMiJiSTEP, avec une notice
biogra^'hique le concernant.
Nous espérons pouvoir, dans le cours de l'année prochaine, éta-
blir des relations plus suivies avec l'Amérique du Nord ,et rendre
compte du eonlenu des principaux recueils de littérature et de
scieuces publiés dans ces contrées.
ASIE.
CHINE.
lod. ■ — Snn tsae ton hwuy. — Recueil de {;ravures sur le»
trois départemens des sciences , savoir: le ciel , la terre et riioHt-
me. Pékin, ôj vol. in-8°.
On donne généralement h cet ouvrage , en Europe, lenomd'AT/a-
cyclopJdie chinoise , (|tioi(ju'il ait peu de droit à ce titre, n'étant
qu'im recueil de figures suivies de courtes explications. Jl fut
comj>osé par Wang-Hung-tliow, qui occupait un rang distingué
dans la littérature , sous le règne de AVan-Leih ( en 1600 ). Ce fut
vers cette éj"'que , que les Européens visitèrent la Chine pour la
première fois, depuis la dccouvertedu cap de Bonne-Espérance,
et il est parlé dans ce recueil des fusils d'Europe. L'auteur se (it
aider dans son travail jiar son (ils , qui partageait son goi\t pnur
les lettres. Le but qu'il semble s'être proposé , est de décrire les
objets en présentant à l'œil leur copie exacte. Aussi, Fauteur de
la préface dit-il que le savant Wang-Hung-Chow n a placé les
figures à ^.uiclie cl les livres à droite^ u ce qui signifie que îles
représentulious exactes doivent toujours précéder les explica-
LIVRES ETRAKGEUS. 345
tiens. Il ajoute « que les ^lavures sont Tebseuce et ros2)rit d'un
livre; ce qin lui donue de la vie. »
Les snjfis sont ru\ig<i'5 dans l'ordre suivant: 1° rastronomic j
a" ia ;;L'o„raf'liiv,' ^ S" ;;■). traits d.' personnages éniinens , et des
diflei enlos tribus d'biimnu-Sfle cS.aqae r»'gion; 4° ''^s mystères du
Cycle et de Pa-K-wa: 6° l'arc! iteclure , C° l'araïublement, les
usleusilcs lie me'oaje , ie.^ insfr-inians propres au jardinage, à la
pêclip , à la guerre; les arn:cs, etc.; 7*^ gravures d'anatomie;
8" parties d'îs vêteaiens, rob'^s, inant» aux. , etc.; 9° les échecs ,
et auljes jeux ; 10° anciens caractères chinois; 11° la botanique
et l'histoire nafureLe <lo dillerens pays; lai" l'art de boser et de
faii- . des ann«rs; i j" l'exercice du sabre; uj^la danse du menuet;
ir«° di/1'Jrentes attitudes, et secrets pour fortifier la sanle' et
prolonger la vie; i6" les combats de tatireaux, de coqs, et
auties amusemens du même genre; 17" me'dailles et pièces d'ar-
gent gravées.
Telle est à peu près la division des sujets dont traite le ^San
isae ino hwny. Chaque gravure est accompagnée d'une expli-
cation qui rend 1 ouvrage amusant et instructif. On assure qu«
les planchiîs en sont perdues, et qu'on ne peut s'en procurer
d'exemplaires qu'avec beaucoup de peine et à un prix exorbitant.
Cependant, il en existe quelques exemplaires en Angleterre et
sur le continent.
Er^ROPE.
ANGLETERRE.
To3. — General Zoology; or sysleinatlc natural liistory ; etc.
— Zoologie générale, ou Système d'histoire naturelle; commencée
par feu George.s Shaw, membre de la Société royale de Lon-
dres , et continuée par J. Stephf.ks ; ornée de gravures. Londres ,
1820. Walker Vol. XI; parties i et 2. i vol. in-8°. 686 pages.
Prix, 2 pounds, 12 shellings 6 pence.
L'étendue progressive des découvertes et des observations,
dans l'étude de riiistoire naturelle, a fait scnHr le besoin d'y in-
troduire un sytème d'ordre plus rigoureux que la nomen-
clature de Linnée. Les naturalistes, llliger, 'IVmminck, Vieil^
lot, et autres, ont proposé d'établir un oj'dre systématique pour
ranger les diflerentes classes de l'ornithologie , et en faciliter l'é-
346 LIVRKS ETKA^GEHS.
tilde, en la rt>nd;int pins simple rt plus claire. M. Sfephcnsa
piollte «le leurs travaux , et son ouvrage v a beaucoup pagiid. Le
onzième volume, quil vient de faire paraître, traite Av^ t^nlliiia-
cées , des itruthinnt-i , ties cursoivs et i\c% grnl/œ. 11 y relève plu-
sieurs erreurs importantes ccliappëcs aux savans qui Tout pré-
cède dans cette rarrii're ; mais il ne s'applique pas assez à décrire
rinstinct et les habitudes de chaque espèce. Tout occupe de sa
méthode de classification, il néglige trop souvent les détails.
Quelques fautes de langage ont aussi échappe à son attention. Ce
sont , au reste , de léj^ères imperfections , quand on les com|)are à
rexécution générale de l'ouvrage, qui ne laisse rien à désirer , sous
le rapport des recherches et des détails scientifiques.
io4- — Thecharacters nj'tfie c/utses, onlers, gênera, anctspecies;
or the charactcnstic ofthe natural history System nf minera logy ,
etc. — Caractères des classes , des ordres, des espèces, ou Sys-
tème d'histoire naturelle a|i]ili({ué à la minéralogie, pour appren-
dre aux ctudians à distinguer les minéraux , d'ajirès des principes
semblables à ceux de la bolaiiifjue et de la zoologie ; par I'pf.di';-
RjcMoHs, professeur de minéralogie. Freyberg, i8ao. 1 raduit en
anglais. Londres. Colburn. i vol. in-8°. Prix, G shellings 6 pen-
ce , cartonné.
io5. — • yîduice and maxiins j'or younq studcnts ami praclitio-
ners ofmcdicine , etc. — Avis et maximes pour lesjeunes étudians
en médecine et pour lesjeunes médecins, suivisde remarques sur
le pouls; ])ar le docteur Johnson. Londres, 1820. Colman. IJro-
chure. Prix , i shtUing 6 pence.
106. — ^n Introduction to arithmetic , etc. — Introduction à
rarithmétiquc , dans laquelle les premières règles sont entremê-
lées d'instructions biographiques et historiqties; par Richard
Chambefs. Nouvelle édition, revue et augmentée. Londres, 1820.
Colburn. i vol. Prix, 1 shellings, relié.
107. — An inquiry into t/ie présent stntc of the British
naiy, etc. — Enquête sur l'état présent de la marine anglaise,
contenant des réflexions sur la dernière guerre avec l'Amérique,
etc.; par un capitaine delà marine anglaise. Londres, i83o>
In-S". 6 sbel. 6 pence, cartonné.
108. — ^n yiccounl nf the .drctic Reliions, with a history and des-
cription qf the Northern whalcfisJung , etc. — Description des
LIVRES ETRAINGERS. 347
régions arctiques, suivie d'une relation «les pèches du Nord, et
particulièrement de celle de la baleine 5 par VV. Scoresp.y. Lon-
dres, i8ao. Colman. Edimbourg. Olivier et Boyd. 2 vol. in-8**
oi'nés de 2^ gravures.
L'auteur de cet ouvrage a fait dix-sept voyages au Groenland
et à Spilzherg, pour la pêche de la baleine. Son expérience et les
renseignemens qu'il a lires des meilleurs auteurs, l'ont mis en
état d'ofl'rir au public une description complète de ces intéres-
santes régions. Son premier volume est consacré aux découvertes
faites dans les terres arctiques, et à l'histoire naturelle de Spitz-
berg et de la mer du Groenland. Le second renferme des détails
fort curieux sur la zoologie et les pêches des côtes du Nord.
Dans le grand problème q'ii partage les géographes , celui dt;
l'existence d'un passage de l'Océan - Pacifique à la Mer-du-
Nord, M. b'coresby se range du côté de ceux qui pensent que
ce passage existe au nord-ouest; mais il ne suppose pas que cette
découverte puisse jamais devenir avantageuse au commerce. Il
croit, au contraire, que s'il y a réellement une communication
entre la partie du sud de la baie de Baflîn ou la partie du nord de
la baie d'hudson et le détroit de Behring , elle ne peut être ou-
verte qu'à de longues années d'intervalle, et pendant environ huit
ou dix semaines au plus; ce qui rendrait la navigation d'une
mer à l'autre fort dillicile et souvent impossible. M. Scoresby est
d'avis qu'on parviendrait plutôt à connaître la vériîé par un
voyage sur terre. <( Il y a, dit-il, des hommes qui, étant accou-
tumés à voyager sur la neige pour le service de la Compagnie de
la baie d'Hudson , entreprendraient volontiers le voyage des lacs
intérieurs de l'Amérique septentrionale jusqu'à la Mer-Glaciale;
et , au cas qu'ils trouvassent une continuation de terrain, s'avan-
ceraient jusqu'aux pôles. Les voyages de Mackenzie et deHeame
prouvent clairement que cette manière de faire des découvertes
est praticable. »
Dans son premier chapitre, M. Scoresby discute la grande
question de la jonction des deux mers, l'Océan-Aflantique et l'O-
céan-Pacifique; il passe en revue les différentes excursions faites
dans les régions du INord. Dans son second chapitre , il décrit les
pays septentrionaux qu'il a visités. Ses relations sont fort inté-
ressantes; les détails sur la pèche de la baleine ne le sont pas
348 LIVRES ETRANGeiS.
moins. On Irouvc aussi dans cet ouvra»?? beaucoup d'observation»
curieuses sur les glaces «les pùlis, sur rahnospJnie ilu Groen-
land, sur les vrnt-i qui soullleul dans ces parafées, et inlia siu^lc»
poissons drs mirs du TSord.
jNous renvoyons le lecteur à la relation même de M. Scorcsbv,
dont nous n'avons pu citer tout ce qui mérite d'être rcnurqué.
109. — The Eléments of mudern ireogr'iyhy and ((entrai his-
toiy , etc. — Liéinens de {;eo!;rupliic niod'rne et d'histoire na-
tufille, contenant une dfsrri| tion Jolailleett interessantcde tous
les pays , Ktats , etc., du monde connu, d apris la détermination
«lu Congrès de V'ieine et d"Aix-la Lliajifrllc, suivis de détails sur
les moeurs et coutumes des li.bitins. de notices historiques, et de
questions pour examiner les clives j oroe's de cartes et de |;iaTU-
res^ par G. Roberts. Londres, iSuo. Sheiwood. i vol. in -8*.
Prix, 6 sliell;nj;s 6 pence.
110. — 7 Ae présent state nf Chili , Jroni the report laid before
Congre ss , etc. — i Etat actuel du Chili, d'après le rapport pre'-
ttnié au Congrès ; par Blano , commissaire envo} é dans ce pays
par le gouvernement des États-Unis , en 1818. Londres, 1820.
Longman. Brochure in-8°. Prix , 3 shellings fi pence.
111. — A statistical , hi^torical , and political Dcicription of
the colony nj New South ff^ales, etc. — Description slatiNtique,
historique et politique delà colonie du nouveau pays de Calle»
et des établis.ocmens qui en dépendent ; par W. C. VV'entvortu ,
natif de la colonie. Londres, i8ao. Colhurn. Seconde édition re-
vue et augmentée, i vol. in-8''. Prix , 16 $lulliu;;s.
lia. (*) — Account ofa tour in Nornuindy undirtaktn chiefly
for the purpoie ofini^estig-iting the archiVclunil antii]u:ti: s of thv
Dulchy , wtth obserifati'ins on its history , on the country and nn
ils inhnbitants , etc. — Relation d'un \ovaf;e en Kormani'ie, spé-
cialement entrepris pour examiner les antiquités d'aichitrcture
du Duché, avec des observations sur son histoire , sur le pays et
sur SCS babitans^ oroée de plusieurs gravures. Par D. Jdrner.
Londres, i8ao. a forts volumes in-8°. J. et A. Arrh. Prix. 6.! fr.
L'auteur est un homme de m<Tite. savant botaniste et hou an-
tiquaire. On se projiose de publier bientôt une tiaduction fran-
çaise de cette relation.
Il 3. — The establishments ^fM. T m manuel de t'illcnheig, al
Hoffwyl, considered with référence to iheirclaim upon the alten-
LIVRES ÉTRA'^IGERS. 343
tion rtfmen in public station, etc. — Elublissempns de M. Emma-
nuel île Felleoberg, à Jlollwii , considères sous le rapport de leur
utilité et de leurs titres à rattenliou des hommes publics j par le
comte LoDis de Villevieille. Londres, 1820. Colburn. In-8°.
Prix , 2 shell.ngs.
ix/f.. — Lectures on the philosophy oj'h'story. — Leçons sur la
phi'io oj.hie de l'histoire, enrichies do notes et de gravures; par
le revcicnj L. Bloomfielo. Londres, 1820. Longman. i vol.in-4°.
Prix , 20 shellings'.
11 5. — Lettersjrom Gerniany- and nolland during the yeafs
181 3 — 14; containing a detailed account oj the opérations of the
British army in those cauntiieo, etc. — Lettres écrites de l'Alle-
magne et de la HoUan le , pendant les années i8i3 et i8i4; con-
tenant un récit détaillé des opérations de l'armée anglaise dans ces
deux pays, et de l'at^ujuc d'Anvers el d« Berg-op Zoom, par les
troupes sous les ordres du général Graham. Londres, 1820. Col-
man. i vol. in-12.
1 16. — Exlntcts on éducation, jî-om the mosi popular writers, etc.
— Eïtrait'! rur l'éducation , tirés des meilleurs auteurs. Londres,
1820. Colliurn. 2 vol. in-18. Prix, 7 shellings, 6 pence, cartonnés.
117. — Recollectioiis and reflecli'~'ns , persnnal and poiitical, as
connecicd with public affairs during the reign of Georges III. —
Souvenirs et réflexions, personnels et politiques , liés aux aflaires
publiques sous le règne de Georges 111 j par J. jNichols. Londres,
1820. Colburn. i vol. in-8°de 408 pag.
M. iNiciiols, ancien membre du Parlement, présente, dans cet
ouvrage , une suite d'observations intéressantes , faites pendantle
cours d'une longue carrière politit[ue. Zélé partisan de Fox, il at-
taque impilojablemcnt tous ses adversaires : il ne juge guère avec
moins de sévérité les membres de l'opposition, que ceux du parti
ministériel. Plusieurs des anecdotes qu'il raconte sont intéres-
santes; mais, eu général, elles reposent sur son seul témoignjge,
qu'un esprit de parti très prononcé peut rendre quelquefois
suspect.
118. — Lettersfrom a Mother to her Daughter at school, poin-
tinq out the duties towards hermaker, etc. — Lettres d'une mère
à sa ûlle, pendant son séjour en pension , propres à enseigner à
une jeune personne ses devoirs envers Dieu, envers ses maîtresses,
35o LIVRES ÉTHANGERS.
ses compagnes , et ellc-iuème ; j>ar madame J. A. Sarcaut. Lon-
dres, i8.iO. Colbum. I petit vol. Prix, 'i slitilings.
1 ic). — 'J'aU-s oj ihe Henri. — Contes du cœur, par madame
Oi'iE. Londres, i8io. ColLurn. 4 volin-ia. l'iix 1 1. 8 shcllings,
cartonne.
Déjà connue en France par son ronian du Pciv cl de la tille ,
madame Opie vient d'acquérir de nouveaux titres à la célébrité,
en publiant l'ouvrage que nous annonçons. Il se distingue par une
grande sensibilité, moins profonde toutefois que celle ([ui a dicte'
plusii'urs j>assages de ses premiers écrits. Admiratrice de madame
Incbbald, auteur de Simple histoire , madame Opie a suivi ses
traces avec succès. Elle n'a pas, il est vrai, autant de naturel et
de sensibilité' que son modèle ; mais elle peint les passions avec
énergie , et possède l'art d'en tirer des eflets dramatiques- Les
jdus remarquables de ces contes .sont, selon nous, les Deux /''ils ;
r ylntmir d'une t'eiume ; le Voisin de vis-à-vis : on peut encore
ajouter celui île Jiitnt'eillance el l'.'gotsme.
Les Coules du Cœur méritent de passer dans notre l.mgue, et
le nom de madame Opie assure d'avance au traducteur l'intérêt
du public.
120. — Hot^g's If^inler euening taies. — Contes du coin du feu,
recueillis dans les chaumières dcTEcosse méridionale; par James
Hocc. Londres, i8jo. Whiltakers. Edind)ourg. OliviT et Royd.
a vol. in-8''.
L'auteur est un de ces hommes extraordinaires , dont le génie
perce tous les obstacles qui s'opposent à son développement. Ké
en 177^, il ne reçut d'instruction que jusqu'à l'âge de huit ans.
11 était d'abord vacher, et ensuite berger à Ellrich. 11 cultive ac-
tuellement une modique ferme dans les monlaç,nes de Tl^-osse,
et il est redevable di- ce surcroît d'aisance à M. Waller Scott
qui, s'intéressant au sort de ce poète, formé uniquement par la
nature , fit le premier connaître ses productions , et les vendit
assez avantageusement pour mettre le berger d'Fttricb à ni<''me
d'acheter un petit bien. On connaît de lui cinq ou six ou\ rages,
pour la plupart poétiques, qui ont paru depuis 1807. Lts contes
que nous annonçons renferment im ^rantl nombre de |)assages
d'ime beauté sid)lime. La partie descriptive y est surtout admi-
rable, et peut-être ne truuvc-t-on chez aucun poète modci'nc le
LIVRES ETRANGERS. 35t
tableau de la vie d'un berger tracé avec autant de charmes , au-
tant de perfection que dans ces contes.
I2T. — The Carnage, by Maria Bessox. — La Voiture, par
Maria Benson j conte à Fusage des enfans. i vol. in-12. Londres ,
1820. Colburn.
jVliss Benson a publie' plusieurs ouvrages pour Tinstruction de
la jeunesse. Tous se font remarquer par la pureté' de la morale ,
la justesse des pensées et la douceur des sentimens. Ce petit vo-
lume a le même genre de mérite , uni à beaucoup dïntérêt. L"no
exclamati^m, fort naturelle de la part d'une petite fîUe qui se ré-
crie sur le bonheur de posséder un b;iilant équipage , sert de base
à plusieurs incidens variés et instructifs. Les chagrins que cache
le luse , et dont il est quelquefois la cause , sont mis à découvert
d'une manière ingénieuse . Des leçons salutaires répriment la va-
nité et Tadmiration qu'excite le faste des richesses.
DANEMARCK.
122. — Catalogus nummorum veterum grœcorum et latinorum
Musei régis Daniœ , disposuit, descripsit et œneis tabuhs anec—
dotos illustravit Chriitianus Ramiis , professor et ÎNIusei regii
director. Hafae , 1816, typis orphanotroj>hii regii, excudebat
Carolus-Fridericus Schubart. Trois parties in-quarto, savoir :
Pars prima. IVummi regionum populorum, urbium , regiim.
XVIII et 4^4 P^ges avec 8 planches contenant i55 médailles
que l'auteur croit inédites.
Parssecunda, vol. primum. Cortitinens nummos Roniœ liberœ
etimperatorios usqiie ad iSeptimium Seuerum, imperatorem. Avee
2 planches et 38 médailles. 3 16 pages.
Parstcrtia, vol. secundum. Moneta romanorum continens num-
mos iinperatorios a Septimio Sei^ero iisque ad occasurn imperii ro-
mani orientalis et pseudomonetarn. l^ii pages avec 2 planches et
34 médailles. Se vend chez MM. Debure, libraires, rue Ser-
pente , n° 7. Prix, 5o francs, et sur grand papier , 66 francs.
ALLEMAGNE.
123. — Commentatio pathologico-anatomica deosteogenesieval-
vulnrum cordis prceternaturali , aucVire C. A.Hering, M. et Ch. D,
Leipsick , 1820. Reclam. in-4° de 4^ page$, avec trois gravures.
35a LIVRFS É^RA^GFRS.
Ce Mëmoin- peut <?trcconsiJtMccomnif un sli|i]>lc'mmt aux ou-
vrjipcs de Corvisait, de Tiiiini, d • Ttita rt d<' K.Vfv'iif; , si;r les
Qialudirs du c(vnr. Laiifciir a prfM|;ic entiricmoTit 1»ornë ses ob-
serTations au pliennraine que jinisenJcnl U's T:dvulrs du coeur,
lorsqu'elles s'ossifient. 11 compare, avec l'caiicotip de jtfstesse,
toutes les recherches faites à cp sujet , et déploie des connaissances
fort étendues, résultat d'une grande lectuie.
ta^. — Plaliiern Bcyirni^c ztir KfiilthsdffS Atlischen Rrchts.
Traite du Droit attique, par fùlnnnrtl Platm:ii , profcsspiir de
rCniversité de Marbourg. Marbour^,, i.Sio. Krieger. i vol. in-8"
de 4 j5 pages.
Ce volume renferme rëcUemrnt deux ouvTaç;es. L'un , m langue
allemande , fait connaître le droit attif(ue , dan'* tous ses de'tails j
l'autre , en lanj;ue latine, expose 1 idée du droit et de la justice,
d'après Homère et Hésiode (7Vo»i>/>ti jrris et justiltœ, ex Hn-
meri et Hcsiodi car/rinibus}. Vmn'i l'un et l'autre traité, l'auteur
montre une grande érudition , sans se perdre cej)endant dan> des
discussions oiseuses.
ia5. — Die Conslitutinnen dcreiirojuniehen Stacten scit rfcn fez-
ten 20 Jahren. — Les Constitutions des l't.its européens , do|>(iis
les derniers aS ans. Lcipsick. , 1820. Brockhaus. Troisième to-
lumc in-8° de 678 pages.
La connaissance des constitutions poiiliqncs des nations est de-
Ycnue plus importante à l'homme d'Etat, que la connaissance du
droit romain, du droit canriniqiu- et de tous les autres droits pos-
sibles^ aussi n'a-t-on pas tardé, m Allemagne, d'en publier la
collection que nous annonçons ici. Le premier volume paru» en
1817. Il cnnimence par \a (^onstitulinn iles l-'trts-l^ nis lie 1787.
Quoique ce pays ne fasse point ])artie des F.tals d'F.iirope, sa
constitution devait tiouver place dans cette collection , puis-
qu'elle est. calquée sur celle d'Angleterre, et»p«'flle a servi de mo-
dèle à la première c/>nstitntion franeaisedc 1 7<)i, qui a été siiiriede
cinq autres. Toutes ces constitutions, avec celles des Paj's-Ras,
depuis I7C)8, forment le contenu du premier volume. A la tête
du second volume, également publié en 1817, on trouve la C •m-
tituiton des Payi-Btis, du aj août iSiTi. Elle est suivie des trois
Cr.niliUttions p'-lonoiscs , puis de la Cnnititutwn de la ville lihrc
de Ctncofie. Viennent ensuite les ConsUluuoas allemandes, sa-
LIVRES ETRANGERS. 353
voir : de la Confédération du Rhin , des Etats du Tyrol , du ci-
devant royaume de Westphalie , de la Bavière , du grand-duché
de Francfort, des duchés d'Anhalt-Cœthen, de Waldeck, de
Nassau, de Saxe-Cobourg , deWeimar et de Schwartzbourg-Ru-
dolstadtj la nouvelle constitution de la ville de Francfort et celles
de Suède et de la Nor^vége.
Le troisième volume commence par l'Espagne. Viennent en-
suite la nouvelle constitution de Bavière , celles de Wurtemberg,
de Bade , de Saxe-Hildburghausen , de Lippe-Schaumbourg ,
de Lippe-Detmold, et de' la principauté de Lichtenstein. Les
pays constitutionnels de l'Italie , depuis 1 797 , terminent ce vo-
lume , savoir : Gènes , la république Italienne , le royaume Lom-
bardo-Vénitien , Lucques , Naples et la Sicile.
Quoique plusieurs de ces constitutions ne soient plus en vi-
gueur , elles offrent néanmoins un grand intérêt historique. Le
quatrième volume de cet ouvrage , actuellement sous presse ,
complétera la collection des constitutions qui toutes doivent,
pour ainsi dire , leur origine à la première constitution française
de 1791.
126. — A'ophronizon oder , etc. — Sophronizon, ou Mémoires
impartiaux et libres pour servir à l'histoire de la législation et de
la statistique ecclésiastique et civile , publiés par M. le docteur
Paulus , conseiller intime du grand-duc de Bade, professeur de
philosophie et de théologie à l'université de Heidelberg. Franc-
fort-sur-le-Mein , 1620, in-8°.
Lie Sophronizon , d'après Son étymologie grecque , promet de
la modération et de la prudence. Ce recueil , rédigé par un des
savans les plus distingués de l'Allemagne , est un dépôt qui con-
tient des pièces très curieuses en allemand et en français.
127. — Memmingers Beschreibung von PF'urîemherg. — Des-
cription du royaume de Wurtemberg, parJ,-D.-G. Memminger.
Stuttgard et Tubingen, 1820. Librairie de Cotta. i vol. in-8° de
53o pages.
M. Memminger, déjà connu par d'autres ouvrages du même
genre , est du nombre de ces auteurs qui cultivent une science
sans la professer, qui travaillent par goût et nullement par be-
soin ou par devoir. Cette nouvelle production de ses loisirs offre
«ae description complète du royaume de Wurtemberg , et laisse
TOME VIII. 23
354 LIVRES ÉTRANGERS,
peu à désirer. L'ouvrage est divisé ciï trois parties principales. La
primitTf donne im picris hisfoiique de Wurtcmlicrg. Ce n'est
point 1 bi>toire des princes qui se trouvaient plaecs à lu tête du
gouvernement, mai< l'exposé des causes qui ont concouru au dé-
veloppement de cet Etal, et qui l'ont porté au degré de prospé-
rité dont il jouit aujourd'hui. La seconde partie en donne une
description iiéographique tracée en grand , et d'où l'on a exclu
les ilétiiils minutieux qui trop souvent rendent létude de la gco-
gra|hie aride et rebutante. La troisième partie est consacrée ex-
clusivement à la statistique, et cette partie ebt remarquable par une
rare précision, jointe à des recherches infatigables, dirigées par
un esprit vraiment philosophique.
ia8. — Clironotogiichc (itschichte des Ilcizngtliumt iStryer-
maïk. — Histoire clironologique du tluché de btyrie, par J.-D.
WisKLEnN Gratz , i8jo. lerste.
L'encouragement que r..rebidue Jean a accordé aux recherches
sur l'histoire et la géographie de l'Autriche intérieure, a eu pour
résultat la publication récente de plusieurs ouvrages plus ou
moins importans qui s'y rapportent, et l'histoire chronologique de
M. "Winklcrn est de ce nombre. C'«st un manuel précieux pour
riuicorc|ue n'a pas le loisir ou l'occasion de recourir à des ou-
vrages volumineux , po«Jr chercher un fait historique relatif à la
Styrie. On y trouve, disposés dans un ordre ingénieux, tous ces
faits , ainsi que les pirsoni âges maïquans qui ont figuré dans
l'histoire de ce pays, depuis le tems où il était encore habité par
des peuples sauvages et indépendant, jusqu'à nos jours. La .Styrie
est le berceau de la j>lus ancienne noblesse de la monarchie au-
trichienne, et d'un grand nombre de ses plus illustres guerriers j
elle est proportionnellement riche en littérateurs et ^avaiis dis-
tingués, tels que Sigismond Pusch , Erasme l-iohlich , Aquilin-
Jule Càsar, Popo^itsch, Riwald , Soda et Liesgang, qui ont il-
lustré le 18' siècle j et, parmi les contemporains: François de
Zeiller, à qui l'Autricbc est en grande partie recievable de ses
codes civil et pénal- Joseph de Hammer, l'un des premier'-
orienfalistes de l'I-'uropcj le célèbre métallurgiste Hermann, le
comte Vincent R iltliiany , VS'ilfling, ^Veissegger et lùger;
le chevalier Kalchl)crgi l'Iiabilc typographe Degen ^ l'mfatigablc
ia> ant Wartinger , etc. La \ tupart de ces hommes distingués ool
LIVRES ÉTRANCEÎlS. 355
r^cu le jour dans la ville de Gratz, qui semble avoir e'fc aussi le
temple de Melpomène pt de Tbalie. C'est la ville natale de Brock-
mann, premier trage'dien que l'Allemagne ait posse'dé ; de Ro-
salie INouseiil, deCaliierine et Maiianne Jacquet, et de Frédériqne
Ijcllmiann-Uiizelmann. Tous ces de'tails rendent l'ouvraççe de
M. ^Vlnklt•rn très important, non-seulement à ses compatriotes,
mais à tous les hommes de lettres qui s'occupent de recherches
historiques.
129. — Rom, Rnmerund Ronierinnen. — Rome et ses habitans^
par W. MtJLLER. Berlin, 1820. 2 vol. in-S".
L'auteu»' de cet ouvrage ne s'arrête point aux ruines, aux
églises , aux musées , etc. ; il ne parle point des objets de Tanti-
quité et des arts, dont tant d'autres voyageurs ont fait avant lui
la description^ il préfère introduire le lecteur au milieu du peuple
romain , dont la vie sociale n'est guère connue. Les tableaux ani-
me's de ce peuple, tracés par M. Miiller, attestent l'esprit d'ob-
sei-vation et rimagination féconde qui distinguent l'auteur. On
rencontre , à la vérité , de légers défauts dans la composition ,
quelquefois ime couleur trop fleurie, et peu d'harmonie dans les
détails; mais l'ensemble ne déplaît point. M. Miiller a choisi
pour son ouvrage la forme épistolaii'e : son stvle réunit le double
mérite de 1 élégance et de la pureté. -
i.3o. — Handb'ich (1er schonen Rer}^hiuv.te. — Manuel de Rhé-
torique , par J, H. M. Ernesti. Quatrième édition , entièrement
refondue et très augmentée. Leipsick, 1820. Voss. 1 vol. in-S".
Prix ,11 fr.
Cet ouvrage est un recueil de morceaux choisis des auteurs clas-
siques allemands. Non - seulement l'éditeur a bien mérité de se.s
jeunes compatriotes, en contribuant, par ce moyen, à former
leur j^oùt; mais il a rendu un véritable service aux étrangers qui
s'occupent de l'étude de la langue allemande , en les indemni-
sant de leurs peines, par un choix bien entendu de la littérature
germanique. Le premier volume est consacré à la poésie , et le
second à l'éloquence.
i3i. — DitMusen. — LesMuses, ou Recueil de morceaux choi-
sis des meilleurs poètes et prosateurs allemands , par T. HEiivsins.
Leipsick, 1820. Fleischer. 2 vol in-S". Prix, 6 fr.
Ce Recueil est du même genre que le précédent, quoique plus
23*
356 LIVRES ÉTRANGERS,
particulièrement destine à l'instruction «le la première jeunesse.
Les auteurs que INI. Heinsius a exploités, sont : GcUert , Hage-
dorn . Lichtver, Gleim, Herder , Krummacher, LieheskinJ,
Engcl, H. Picolai, Langbein, Rosegarten, Bijrgcr, Schiller et
A. Sclilegcl.
i3.2. — Komisches Theater von ytdolph Baceble.— Théâtre co-
mique d'Adolphe Balerle. Pesth , i8io. Hartiebcn. i vol. in-S".
L'auteur de ces pièces jouit , en Autrirho, de la faveur du pu-
blic , et sa muse est d'une grande fécondité. Cependant , la col-
lection dont il s'agit ici ne renferme pas tout ce qu'il a écrit , mai*
seulement les pièces qui ont eu un succès non équivoque à la pre-
mière représentation. Cesont des farces, pour la plupart. H. — s.
SUISSE.
i33. — The population and riches oj nations, considered toge-
ther, not onljr with regard to their positive and relative increase,
but with regard to their tendency to marais, prosperity , and
happiness. By «ir Edgerton Brtdges, Bav. K.J. — La popu-
lation et les richesses des nations, considérées dans leur en-
semble , non-seulement sous le rapport de leur augmentation po-
sitive et relative , mais encore dans leur tendance à perfectionner
les mœurs et à augmenter la prospérité et le bonheur. Genève ,
août, 1819 j imprimerie de Luc Sestié. i vol. in-8« de XXIX et
343 pages. Prix , ^ ir.
L'auteur, qui a publié avant celui-ci divers ouvrages de litté-
rature et d'économie politique, paraît s'être plus spécialement
occupé, depuis [quelques années, de celte dernière science , et
avoir combattu , au parlement d'Angleterre , les abus et les er-
reurs <ju'il signale dans l'ouvrage dont nous rendons compte.
Disciple d'Adam Smith, sans approuver sa méthode, qui n'est,
dit-il , destinée qu'à développer les principes de la production des
richesses et les moyens de les porter au plus haut point j>ossible ,
il relève diverses erreurs coniraif es par Say dans son Traite d\co~
noniie politique, ainsi que par Hirardo , qui les a adoptées
dans ses ouvrages. Il entreprend ensuite d'établir les rapports
qui existent entre l'agriculture, les manufactures et le com-
merce , d'une part, et la santé, la moralité et les jouissances d*
toute une nation , de l'autre.
LIVRES ÉTRANGERS. 35?
Ne reconnaissant aucune richesse immate'rielle , et n'admettant
<jue les richesses matérielles qui sont susceptibles d'être e'chan-
ge'cs contre une valeur semblable, consistant soit en une autre
matière, soit en quelque chose d'immate'riel, il soutient la dis-
tinction que fait Adam Smith du travail productif et improduc-
tif, et combat Say etGarnier, qui rangent dans la classe des
producteurs les individus qui contribuent à produire des richesses
immatérielles.
Suivant l'auteur, il est indispensable de maintenir constamment
une certaine proportion entre les produits de l'agriculture et ceux
des manufactures : il démontre qu'en Angleterre les manufacture»
ont dépassé la proportion convenable.
11 combat ensuite les lois sur les pauvres, et surtout la mau-
vaise application qu'on en a faite , à quelques égards. Il défend les
iois sur les blés , par le principe qu'une population agricole est
préférable à une population manufacturière , la première offrant
plus de santé, de moralité et de jouissances que la dernière. En
conséquence , il réprouve la dîme , comme étant une taxe qui re-
pose sur le premier prix des objets de première nécessité; mais ,
il avoue qu'il est très difficile d'en trouver une autre qui puisse
lui être substituée sans inconvénicns. Il établit que les taxes doi-
vent être assises de manière à ne pas diminuer les produits fu-
turs, et qu'elles doivent l'être avec la plus grande égalité pos-
sible ; qu'elles doivent encore avoir pour base le revenu, à moins
que celui-ci ne soit extrêmement modique. Il estime que le com-
merce étranger doit être régi par les mêmes principes que le
commerce intérieur; que la plus grande liberté doit être accordée
à l'un comme à l'autre , et qu'il a tout lieu de douter de la jus-
tesse des anciennes idées sur la balance du commerce.
Finalement , il pose en principe : qu'une grande populatioQ
n'estavantageuse, qu'autant qu'elle est proportionnée aux moyens
de subsistance , et que les richesses sont distribuées dans une
juste proportion et employées d'une manière conservatrice de la
morale ; que les richesses qu'on ne peut se procurer qu'aux dé-
pens de la vertu et d'un travail qui entretient la santé , sont des
maux qu'il faut éviter et non des biens à rechercher j qu'en con-
séquence , prétendre qu'un pays dont les productions ne suffisent
pas à ga consommation , doive se mettre dans le cas d'avoir re-
35S LIVRES ÉTILO^'GERS.
cours à l'étranger, pour y suppléer, en faisant abandonocr L
<harrue au cultivateur jiour le faire passer au tiavail plus piolî-
tablc des manufactures, sous li; prétexte (ju'on olitient par-la
une plus j^rantlt* masse de riclicsses, est une des Joctriues les
plus funestes et les plus aboudantes en conséquences désastreuses,
qu'on ait jamais imaginées pour tromper l'es] rit public.
134. — Berne et Us ilernou. i vol. in-iu de iGy pages. Zurich ,
iSao.Orell, lussli et comp. Avec 5 gravures.
Cet ouvrage est écrit «n langue française. L'auteur, M. Henri
Meister, a publié , l'année dernière, une semblable descrij tion de
Zurich, sa patrie. Voici l'esquisse générale qu"il trace de Berne.
Cette ville lui paraît jouir x d'une richesse solide , d'un bonheur
parfait, d'un luxe simple et commode ^ sa température trop uni-
forme, quelquefois même un peu lourde, ne sert peut-être qu'à
rendre plus sensible encore le caractère de force et de repos, dr
modération et de stabilité, vers lequel tendaient habituellement
toute la sagesse et tout l'orgueil de son ancienne aristocratie. » Il
dit plus loin : « Je ne pense pas qu'il y ait jamais eu dans le
monde aucun pays où la grande masse du peuple ait joui d'un
bien-être plus complet et plus réel ; où les ressources et les tr^
sors amassés par la sage économie du souverain aient été consa-
crés avec plus de probité, plus de désintéressement , jilus de
grandeur même, au maintien de la cho.'e publique , à l'encoura-
gement de l'agriculture et de l'industrie, au soulagement de tous
les besoins, à la subsistance des infortunés de toutes les classes, w
Tout l'ouvrage de M.MeLster ofl're un intérêt soutenu, et fait naître
le désird'aller visiter un pays dont la description a tant d'atiraits.
Mais, on ne peut s'empêcher d'imputer à l'auteur un sentiment
de partialité , souvent aveugle, en faveur du gouvernement ber-
nois. Il n'a voulu voir et présenter qu'un des cùti\s de la mé-
daille j l'autre côté pourrait ofl'rir «m étrange C4>ntrasle.
i35. — jiUemanUc/ie Gedichte jiir l''reun<le Idnillicher N alur unri
Sitlen, etc. — Poésies dédiées aux amis des mœurs chamjtêties et
de la simple nature j par J. F. Hebel. Ciuquièmc édition originale,
comjilèle. Arau, i8uo. 1 vol. in-12 de ^?>G pages, av«c 3 gravuies
et un titre gravé, orné d'une vignette. H. R. i»aucrlan«ler. Prix ,
bit.
Le dialecte dans lequel bont écrites ces )iuctir*( juâtilic le (ilr«
\
LIVRES ETRANGERS. SSg
qu'elles portent : il est en usage dans le \yjys sifiie' sur les bonis
<l;i Rhin , entre le îiickthal et Tanei' n Siin(lj;au ; on le parle aussi ,
mais avec différentes moditlcations, ilans les coutrées a voisinantes
qui s'étehdent jusqu'au pied des Vosfjes et même des Alpes, ainsi
qu'au-delà delà forêt Noire, dans la plus grande partie dt: la
Souabe. On ne saurait nier qu'il ne soit partieulièrcraeiit ps-opre
à des poe'sies d'un ^enre sirapleet naïf. Ci'Ite nouvelle e'dition était
atfenilue depuis long-tcms. 11 y a tout lieu de présumer qu'c lie sera
accueillie aussi favorablement que les précédentes. Elle a été enri-
chie de quelques morceaux qui ont déjà parudans l'y/75, de Jacobi,
ainsi que dans VAlmannch ALucien : ce qui porte à 4^ 'a totalité
des pièces qui y sont contenues. Un avertissemrnt , placé à la lête
de l'ouvrage, renferme quelques observations grammaticales, des-
tinées à faciliter TmleUij^ence de ces poésies aux lecteurs non
encore familiarisés avec cet idiome. Le glossaire, qui ter : ine ce
recueil, fiiit connaître les idiomes et les formes irrégulières du
dialecte employé dans sa composition. Dire que cet ouvrage est
à sa cinquième édition, cVst indiquer suffisamment l'estime dont
il jouit. Indépendamment de son méiite sous le rapport poé-
tique, il ne peut qu'être très utile aux philologues et aux éty-
mo^ogistes qui s'occupent de recherches sur la formation delà
langue allemande. L'ouvrage est orné de jolies gravures , exécu-
tées à Strasbourg; il est, du reste, très bien imprimé, comme
tout ce qui sort des presses de M. Sauerlânder.
ITALIE.
ï3ô. — Isloria Jeli incendio delP Etna, etc Histoire de l'é-
ruption de lEtna, arrivée en mai 1819, par Carmelo Maravigna,
professeur de chimie, etc. Catane, 1819. In -80, avec deux
planches.
L'ouvrage est divisé en sept chapitres. Dans le premier , l'au-
teur donne l'histoire des phénomènes qui eurent lieu pendant
cette éruption ; dans le second, il spécifie ses divers produits;
dans le troisième, il expose et réfute la théorie de Patrin qui at-
tribue la cause des éruptions volcaniques a l'action de l'acide mu-
riatique ; il s'étudie à tout expliquer par le moyen de l'eau de la
mer et de l'hydrogène qu'elle renferme ; ce qui avait été indiqué
par le célèbre M. Davy. En général , l'auteur semble dogmatiser
t
36o LIVRES EIRANGERS.
avec trop d'assurance sur la c;iusu tt le niécanLsme d'un phéno-
mène dont la nature dérobe encore le mystère à nos recherches.
On ne peut cependant lui refuser des connaissances chimique»
qu'il fait servir à appuyer ses conjectures , et par lesquelles il se
distingue parmi tous les écrivains qui se sont occupés du même
objet.
iS^. — t'LxviiCresconii Corippi Johannidos , seudebellis liby-
cis , libri vu, eJiti ex codice mediolanemi musœo operd Tri-
fultii et studio Pétri Mazzcchelli coUegii Ambrosiani doctoris.
Milan, 1820. In-4°, pages Lxxiiet444'
Ce manuscrit, le seul qui se soit conservé parmi quelques
autres, fut fait à Milan, au quatorzième siècle. L'éditeur croit que le
sujet de ce poème est la guerre que Jean , proconsul sous Justinien ,
fit, en Afiique, en 55o, contre Rantala ou Attila, roi des Maures, et
que, par conséquent , l'histoire de cette époque en peut tirer un
grand parti : ce ne serait pas la seule fois que la poésie fût venue
au secours de l'histoire. On ne peut refuser à l'éditeur le mérite
de s'être donné la peine de suppléer aux altérations causées par
le tems et par l'ignorance, et d'avoir éclairci le texte au moyen
de quelques notes critiques , grammaticales et historiques. Ce
poème , en vers hexamètres, est divisé en sept livres. Le septième
livre est parfois mutilé , surtout à la fin. Le public jugera si la dé-
couverte et la publication de ce poème ont réellement 1 impor-
tance qu'on leur attribue.
1 38. — f^alerii Catulli carmina quce extant omnia ex recensione
Guil. DoERiNG. Augustœ Taurinorum, ex tyjiisvidux Pomba et
filiorum. 1820, in-8°, pag. xxxvet 486. Paris, Treuttelet Wùrtz.
C'est le troisième volume de la Collection des classiques latins ,
entreprise à Turin, en 1814 , par la veuve Pomba et fils. L'édi-
teur, dirigé par un professeur très savant , a bien répondu à l'at-
tente du public. Loin d'ent^isser les imes sur les autres des
notes superflues, monotones et ennuyeuses, comme font la plu-
part des commentateurs , qui espèrent rendre leurs éditions inté-
ressantes â force de citations et de volumes , il se contente de
choisir et de publier, avec le texte le plus correct, le commen-
taire le plus judicieux , quelle que soit la nation à laquelle ap-
partienne le commenfbteiir dont il adopte le travail. Catulle a
4oDc paru, suivant la leçon et avec les notes de M. FréUtlriu
LIVRES ÉTRAIXGERS. 36r
Guillaume Doëring , directeur du Collège de Gotha , qui donna
son e'dition à Leipsick, en 1788, et lit oublier tous les commenta-
teurs qui l'avaient devancé. Aucun n avait rectifie et éclairci mieux
que lui le texte de ce poète ; aucun ne l'avait enrichi de notes
aussi justes et aussi concises, et seulement destinées à Tinstruc-
tion des lecteurs. L'éditeur de Turin , aussi savant que mo-
deste, n'ajoute à son édition que deux index, avec une correction
et une élégance typographiques que les éditions précédentes n'a-
vaient pas encore eues. U nous prévient aussi qu'aucune poésie de
Catulle n'a été retranchée, ni mutilée, par un scrupule mal en-
tendu. La langue et le style du poète et du commentateur rassu-
rent assez la délicatesse des lecteurs. Enfin , toutes les qualités et
tous les soins qui distinguent cette édition , doivent sans doute la
rendre préférable à beaucoup d'autres qu'on publie dans l'Italie
et ailleurs.
iSg. — Le Rime del Petrarca . — Les Rimes de Pétrarque. Pa-
doue, i8ig. 2 vol. grand in-4°, avec Ggures.
On doit celte édition , remarquable sous le rapport typogra-
phique, au professeur Antonio Marsand , qui a fidèlement rem-
pli sa promesse. Elle est enrichie des portraits de Pétrarque et de
Laure , et de quelques planches intéressantes par le sujet et Texé-
cution , et très utiles pour l'intelligence du texte. On y remarque
un fac iimile , représentant les huit lignes écrites de la main
du poè'te sur le manuscrit de Virgile , qui existe dans la Biblio-
thèque Ambroisienne. L'éditeur a corrigé plusieurs pages qui
avaient été négligées par ses devanciers , ou qui lui ont paru
mériter quelques corrections. A la tête de chaque sonnet et de
chaque canzone, on trouve un argument très court. La nouvelle
Vie que l'éditeur nous donne de Pétrarque est extraite des prin-
cipaux passages de ses ouvrages latins, où le i>oète parle de lui.
Enfin , on y trouve les diflérentes leçons des trois anciennes édi-
tions des /Unies de Pétrarque, faites en 1472 > 'Soi et j5i3, et
de celles qui furent exécutées par V olpi , Bandini , Scrassi et Mo-
relli^ des catalogues, des appendices et des éclaircissemens plus
ou moins intéressans. L'édition fait beaucoup d'honneur à l'Italie
et au professeur qui l'a si heureusement achevée.
j^o. — Ritratti poetici, etc. — Portraits poétiques d'Agatino
36i LIVRKS É'IRANGERS.
Longo , de Catane .scrondi' pnriic , qui coini-rcnd les orateurs et
le^ ))hilo>ophes. Catane, i8it). In-jn.
La première partie contient les portraits des poètes. Chaque-
portrait est présenté dans un sonot t. Lauteur a suivi la nietliodc
de Tabbtf Bonaftde. On lui a rcproehe de nètic pas souvint
assez exact et caractéristique, dans ses imitations. Ou'lcjucfois .
il semble aussi présenter des auteurs et des sy^tèmes q »"U n a pas
assez connus^ car , il ne sullit pas d'être poëte ou versilicateur
pour apprécier et juger des ]ihilosophes. 11 généralise troj» lé-
gèrement quelques circonstances jvarticulières , pour en déduire le
caractère dominant de cei tains autours tels que Platon . Rousseau ,
Kant , etc. Cela est, peut-être, un des privilèges de la po, -sie.
i4i- — J^'JO.'iumenti etnisc/ii , o li'etrusco non e. — Monumen»
étrusques, etc.; par le ciievalier T'ra/içoù Inghirami. Florence,
i8ao.
Cet ouvrage , qui sort des presses et de la calcographie de l'au-
teur, à Florence, fera époque dans Ihisloire des arts. I,a beauté
et l'exactitude des dessins et des gravures , rimitalicm piirf.iili- des
vases et des médailles, la profonde érudition et le ^oOt de !\1. le
chevalier Inghirami , déjà connu par d autres productions litté-
raires , sont les titres qui rendent cet ouvrage recommandiible
aux savans rt aux amateurs des bonnes études. Il en a déjà paru
deux livraisons.
ESPAGNE.
i4'i- — Dcrrntero de las Islas Antillas. — Roule maritime pour
aller aux Aiitillt's , aux côtes du continent du iVouveau-Monde ,
et à celles du golfe de Mexique; décrite par la direction liy-
drographiqtie de Madrid. Madrid, 1820; 1' édition , corrigée et
augmentée. 1 vol. in-4°. Au bureau de la même direction.
On ne saurait révoquer en doute l'utilité iPun ouvrage de celte
nature, ni le mérite de celui que nous annonçons, parce c|ue la
direction hydrographique tle Madrid est composée des hoiumes
les plus éclairés de TFspagne dans la théorie et la pialujue Je la
navigation en Amérique.
143. — Catccismocomtitucinnnl . — Catéchisme constilutionnc'
I vol. in-i-i, Madrid, i8ao. Ramos.
LIVRES ÉTRANGERS. 363
Ce petit ouvrage sera peut-être, en Espagne, d'une utilité io-
calculuble , parce qu'il est destine à l'usage des écoles primaires,
en conse'quence de l'art. 366 de la Constitution de la monarchie.
Il conlient une explication des devoirs de l'homme en société, et
du citoyen dans une monarchie modérée. La précision et la clarté
qui se font lemarquer dans cet ouvrage correspondent à l'âge et
au degré d'intelligence des enfans. Ce moyen très simple d'ins-
friirtion, analoi^ue au catéchisme en usage pour les enfans qui
sont élevés dans ta religion catholique, doit produire d'excellens
Gilets , non-seulement eu Espagne, où il est d'une nécessité abso-
lue , à cause de l'ignorance du bas-peuple, mais dans beaucoup
d'autres pays.
t4Î. — Memorin snbr^ el sistemn jle contribucinnes . — Mémoire
concernant le système des contributions, i vol. in-8°. Par Don
JosephV ASCOM. Madrid, 1820. Kanz.
L'auteur a divisé son Mémoire en deux parties j la première est
consacrée à l'examen des contributions directes ; il suppose ,
avant tout, que la dîme sera supprimée ou du moins modifiée en
Espagne^ la seconde partie contient beaucoup de controverses
sur différentes espèces des contributions indirectes j l'auteur dis-
cute plusieurs questions concernant le monopole du tabac et
d'autres objets. Il établit aussi des principes économiques pour
conserver et augmenter le crédit; public; principes dignes d'être
médités par tous les créanciers de l'Etat , qui pourront s'en ser-
vir pour calculer la valeur et la force des motifs de crainte ou
d'espérance que leur offre aujourd'hui l'Espagne. M. Vasconi
était administrateur des douanes à Madrid, pendant le règne de
la Constitution de l'an 1808 ; il a été réfugié en France j et il est
généralement reconnu pour l'un des hommes les plus instruits, en
matière de finance, que possède l'Espagne. J. A. Llobente.
RO-ïATTME DES PAYS-BAS.
145. — Biiffoniet Daiihenlonijiguraruin aviunt coloralarum no-
mina systematica. CoUegit H. Kuul , math. raag. Phil. nat.
Doctor. Edidit , prœfatione et indicibus auxit Theod. f'^an
SwriNDEREN , in Academiâ Groninganâ professer ordinarius. Gro-
ningee , iSjo. Apud I. Oomkens, Academù» typographum. In- 4°-
36i LIVRES ÉTRAIVGFRS.
Se trouve aussi à Paris, chez G. Dufoiir, libraire, quai Voltaire,
no i3. Prix, 3 fr. 5o c.
146- — Magasin, etc. — Recueil des découvertes les plus ré-
centes concernant In monde primitif; par une réunion d'hommes
de lettres, et public par J. -G. -J. Rallf.nstedt, etc. Première li-
vraison, avec une représentation du .Mammutii , traduit libre-
ment, et augmenté parle docteur A. Moll , etc. Amsterdam,
i8ao. V' Dicdcrichs et fils. In-S» de 2^5 p.
Il y a prodigieusement de choses dans cet ouvrage, qui suppose
une vaste lecture et de profondes recherches. Kous en citerons
les divisions les plus piquantes : des motifs de croire à l'existence
et à la destruction d'un monde préadamilc; de la création pri-
mitive des corps dans la nature ; des indications prcadaraitiques
dans le règne végétal et dans le règne animal j des restes préada-
mitiques de l'espèce humaine ; des causes probables de la destruc-
tion du monde primitif , autres que le déluge. Ces divisions ap-
partiennent à la première partie , où Ion trouve encore divers
morceaux curieux sur les mines de gypse de ïhiede , sur le INlam-
muth et sur les Antropolites.
La deuxième partie traite de l'antiquité de Pespèce humaine , de
l'analogie des cosmogonies américaines et asiatiques, des zodiaques,
almanachs , traditions et mythes d'une langue primitive univer-
selle ; et l'auteur y présente entin un essai d'explication probable
des mythes bibliques, sur la création et le premier âge du monde.
Malgré les soins du traducteur, qui paraît ne s'être poii t fait
lui-même illusion , il manque beaucoup à cet ouvrage i)Our qu'il
forme un tout systématique, convenablement lié dans toutes ses
parties j mais Salomon l'a déjà dit : Dieu a livré le monde aux
disputes, et du moins celles-ci comportent un haut degré d'inté-
rêt, et provoquent des recherches qui ne peuvent tourner qu'au
profit de la vérité.
i47' — Procve eener geneeskundige heschryvuig , etc. — Essai
d'une topographie médicale de la ville d'Amsterdam ; par C. J.
INiEuvrEHHuis, dorleur en médecine et en chirurgie , membre de
la commission provinciale de médecine de Hollande; tome 3.
Amsterdam, i8qo. J. Vander Hey. In-80.
148. — y1antcheningpn,e\.v . — IVofei tenues pendant le cours de ma
marche , de ma détention et de mon retour, dans la campagne do
4
LIVRES ÉTRANGERS. 365
Russie, en 1812, ï8i3 et i8i4i par C. J. Wacevriek, capitaine
d'infanterie au service de Hollande , chevalier de l'orilre de Guil-
laume. Amsterdam, 1820. J. Van der Hey. In-80.
j^g. _ jyieiiwe Dichtschakeriugen. — Poésies nouvelles de
Guillaume Bilderdyk et de Catherine-Guillelmine Bilderdyk,
son épouse. Rotterdam 1819. C.Immerzeel jeune, 2 volumesin-8''.
On craignait , Tannée dernière , pour les jours du savant cory-
phe'e du Parnasse batave, M. Bilderdyk. Il a été' conservé aux
muses et aux lettres, et il nous offre, dans ces deux nouveaux
volumes , de nouvelles preuves de sa féconde et intarissable verve.
Son épouse se montre digne de s'associer à sa gloire.
i5o. — M. f^alerius , etc. — Marcus Valerius Messala Corvi-
nus esquissé dans quelques tableaux de Thistoire contemporaine
de Rome ; par M. C. Van Hall , chevalier de l'ordre du Lion-Bel-
gique , et membre de l'Institut royal. Tome I. Amsterdam , 1820.
Van der Hey. In-80 de 280 pages.
M. Van Hall , savant jurisconsulte hollandais, a fait preuve ,
par son C. Plinius Secundus , de son talent pour donner une forme
dramatique à l'histoire romaine , dans le genre de l'abbé Barthé-
lémy, de tlorian, de Meisner ; et sa nouvelle production ne peut
que lui assurer un nouveau succès. De grands événemens, de
grands personnages figurent dans cet ouvrage. Horace , Tibulle
y jouent un rôle, et un assez grand nombre de leurs poésies est tra-
duit ou imité avec un véritable talent. La partie typographique est
très soignée, et la gravure concourt encore à l'embellir. — Un
autre jurisconsulte hollandais non moins distingué, M. P^an
Assen, a aussi donné dernièrement, mais dans un genre différent,
Périclès d'Athènes ( La Haye, i8ig- AUart et compagnie. In-S"
de 95 pages ). Ce sont deux discours , l'un sur l'origine , l'éduca-
tion , le caractère et les principaux détails de la vie de ce célèbre
Athénien J l'autre est son apologie contre les accusations de Lacri-
tidés , au tribunal des Héliastes.
i5i. — Dissertation sur Forigine, Pinfention et le perfectionne»
ment de l'imprimerie, par Jacques Koning, commis- greffier au
tribunal de première instance à Amsterdam , membre de la So-
ciété hollandaise des Sciences à Harlem , de celle des Belles-
Lettres des Pays-Bas à Leyde , et de la Société des Sciences de
Zelande j couronnée par la Société hollandaise des Sciences à
w
3r)6 M VUES l'ITR \^GI•Î\S.
Harlem, au mois »Jf in;ii iSi^i ; Ir.tdnife (hi holhmlais. Araslet»
il.im, i8iï). Delaclà;iii\. In-S" de i8o pajçrs.
L'auteur soutient Ifs anricnnes prt'ffnlions ilc la ville de Har-
lem à la deVoiivi'i tf de riraprinicric p;ir Laurent, lils de Ji an
Kosfer , margniilier de la eathcdrale de celle ville, dans Tinter'
valle des années i^ai à i.^33.
^5•2. — liomancen^ etc. — Romances, h:dlades et légendes,
par M. le chevalier TollE>s; 2' cahier. Rotterdam, 1819. J. Im-
merzecl jenne. In-8'de 100 page». '
Le tcms où noii^ vivons est une hclle époque pourla littérature
hollandaise. M. Toli.en.s , jaloux de rcnricliir d'un genre «ju'elle
pouvait enviera la littérature allemande, à celle d'Anj;leterre et
même à celle de France, paraît avoir puisé avec succès dans cha-
cune de ces sources , pour en accroître les richesses nationales-
Nous avons sous les yeux une pièce , traduite de l'anglais , du
sombre auteur du Moine, Lewis: elle est intitulée le bra^>e
yllftnzo et la belle y4: tigone. C'est, selon nous, du talent perdu ,
que du talent employé à de pareilles compositions. Pourquoi res-
susciter, même en beaux vers, les puérilitésqu'accrédita la supers-
tition auprès de nos crédules ancêtres? La pièce, à quclqiics
incorrections près, n'en est pas moins agréablement écrite; le
rhythme cadencé convient parfaitement au genre. M.
LIVRES FRANÇAIS.
i5^. — façons de More, Cours complet de botanique, expli-
cation de tous les .systèmes, introduction à l'étude des plantes,
par J.-L.-M. Poiret, continuateur du Diclionnnire de botanique
de r Encyclopédie mi'lhodiqne ; suivi d'une iconographie vége'talc
en cinquante-six j^lanches coloriées, offrant ])rès de mille objets-
par P.-J.-F. Turpin. Paris. i8c!o. C.-L.-F. Panckoucko, rue des
Poitevins, n" 14. Prix de chaque livraison, a fr. 10 cent, i""', a',
3*, 4* cl J>* livraisons. (L'ouvrage formera 14 livraisons.)
La botanique, quoiqu'assez général rmrnt cultivée aujourd'hui ,
le serait davantage si les charmes en étaient plus connus , et sur-
tout si les livres élémentaires , bien loin d'en rendre l't'tude at-
trayante et facile, n'étaient, au contraire, uniquement rempln
d'idées systématiques, de nomenclatures arbitraires , qui d(-goô-
367 LIVRES FRANÇAIS,
tent dabord le lecteur, et convertissent en une science de mots
rëtude intéressante de la nature. Tel est le de'faut queTon peut
généralement reprocher aux nombreux ouvrages , estimables
d'ailleurs , qui ont été publiés sur la botanique. La plupart, mal-
gré leur titre d'' élémentaires , semblent plutôt destinés aux
jeunes naturalistes apj)elés à faire de cette science une étude
suivie, qu'aux gens du monde qui veulent seulement en faire
Tobjet d'im délassement agréable.
INT. Aimé Martin , dans quelques pages de ses Lettres à Sophie,
avait bien entrepris de présenter renseignement de la botanique
sous ce dernier point de vue; mais son ouvrage, écrit pour les
dames , n'est au fait qu'une suite d'allégories ingénieuses , re-
vêtues du charme des vers , et dans lesquelles il ne fait que
plaire, sans instruire, au lieu de plaire en instruisant ,
Lecloreni deleclundn parittrque moneiido.
Il manquait encore aux amateurs de la botanique un ouvrage
qui leur trajât la route la plus propre à les conduire d'une ma-
nière agréable et facile à la connaissance de cette science j qui pût
les transporter au milieu du grand spectacle de la nature j les
amener ensuite à la considération des plantes prises isolément;
leur apprendre à les placer ou à les reconnaître , d'après leurs
caractères naturels et les méthodes établies pour leur classifica-
tion : tel Cït le but que nous semble avoir atteint l'ouvrage que
nous annon-^ons. Le nom de M. Poiret, à qui le texte en est
confié , est d'ailleurs un garant suiiisant du mérite de la ré-
daction.
jNous recommandons principalement à l'attention des lecteurs
les trois premiers chapitres de ce recueil. Ces trois chapitres , in-
titulés , le 1 "■ , Tableau de la végétation h la surface du globe ; le
2* , J'.tablissemtnl de la végétation a la surface du globe ; le 3« ayant
pour objet Les plantes considérées dans leurs rapports ayedes subs-
tances qui les nourrissent et celles quel/es produisent , renferment
des passages qui rappellent souvent, d'une manière heureuse , le
st^ie des Etudes de la nature.
i54. — (*)• I^Jnnuel (Pornithologie , ou Tableau systématique
des oiseaux qui se trouvent en Europe ; précédé d'une analyse gé-
nérale d^ornithologic , et suivi d'une table alphabétique des es-
368 LIVRES FRANÇAIS.
pèces ; par M. C.-J. Temmixck, membre de plusieurs Académies
et Sociétés savantes, directeur des Musées d'histoire naturelle du
royaume des Pays-Bas. Seconde «'dition , considérablement aug-
mentée et mise au niveau des découvertes nouvelles. Paris , i8ao,
u volumes in-8° de plus de looo pages. Gabriel Dufour, libraire,
f|u.ii \ ollaire. «o i3. Prix, i5 fr. , et i8 fr. , francs de port.
i55. — (*) Obienations anatomiques sur ta structure intt'rieurc'
et le squelette de plusieurs espèces de cétacees; par Pierre Cam-
pée , etc. : publiées par son iils A. -G. Camper , etc. 5 avec des
notes par M. G. Cuvier , l'un des quarante de l'Académie fran-
çaise, secrétaire perpétuel de celle des Sciences, etc. Paris, i8ao.
Lin volume in -4° et i atlas in-folio de 53 jilanches , dont 3 sont
en couleur»;, brochés. Prix, 3o fr. Gabriel Dufour, libraire, quai
Voltaire, n" i3.
i56. — Le magnétisme éclaire , ou Introduction aux archii'es du
magnétisme animal; par M. le baron d'HEmrr de Covillers , ma-
réchal de camp, etc. , etc. Paris, 1820. In-8° de aSa pages. Bar-
rois l'aîné, ïreuttel et Wiiitz , etc.
Cet ouvrage sert dannoncc à la reprise du Journal des archives
du magnétisme animal, auquel on souscrit chez Barroisaîné, li-
braire, rue de Seine, faubourg Saint -Germain, n° 10. Prix,
22 francs pour douze numéros par année. Plusictirs de ces nu-
méros viennent de paraître ; tous seront au moins de six feuille»
d'impression.
L'auteur qui reprend la publication de ce jounial, est 'VI. le ba-
ron d'Hcnin. 11 promet d'y insérer, avec impartialité, les faits , les
expériences, les obsei-valions, les théories pour et contre le ma-
gnétisme animal; car il ne dissimule pas qu'il existe des senti-
mens qui sont tout-à-fait contraires , sur ce sujet , et il avoue
qu'il est de ceux qui , avec l'Académie des Sciences (en 1 784) ,
avec feu M. Faria (i) et ÎNI. de Virey (.>), n'aj)erçoivent rien
de réel dans ce qu'on attribue au magnétisme animal, que les
(i) De la Cause du Sommeil lucide , par l'abbé Faria j in-S".
Tome I". Paris, 1819; chez madame Horiac, libraire.
{•i^ F.xamen impartial du magnétisme nnimal , p.ir IM. Virey,
docteur en médecine à Paris. Tome XXIX du dictionnaire des
sciences médicale». Paris, 1819.
LIVRES FRANÇAIS. 3(jy
effets cle rimagination. Il s'ëlève ici fortement contre les idées de
M. De Leuze, qui croit à Texisterice d'un' fluide électro-magnétique
animal ^ et qui admet la re'alité des connaissances acquises en des
voyages très lointains, qui font, sans sortir d'une chambre , les
somnambules, autrement les liypnocrates ouhypnoscojjes , cupre'-
tendus épnptes , avec lesquels il se met en rapport, en leur lan-
çant du bout de ses doigts uû prétendu fluide (i).
157. (*) — Traité (ï aiiatomie vétérinaire , ou Histoire abriige'e de
l'anatomif et do la physiologie dts principaux animaux domesti-
<[ues- par J. Girard, directeur de l'Ecole royale d'économie ru-
rale et vétérinaire d'Alfort, etc. Paris , 1819. 2 vol. in-8° j 1' édi-
tion. Chez madame Huzard , libraire , rue de l'Eperon-Saint-
André-des-Arts , n** 17.
L'anatomie est proprement l'étude phy-sique des corps organisés,
et des parties constitutives de ces corps. On appelle tissus , les
plus simples de ces parties- organes, la réunion d'un certain
nombre de ces tissus j appareils, la réunion d'un certain nombie
de ces organes, et en corps organisé , la réunion de ces tissus , de
ces organes et de ces appareils.
L'étude des tissus primitifs , abstraction faite des organes , ou
des groupemens variés de ces tissus, se nomme anatomie géné-
rale ; l'étutle des formes diverses de ces oi'ganes , anatomie des-
criptive j et l'étude comparative de ces tissus et de ces organes
dans les divers animaux , anatomie comparée.
Le but final de l'aniitomie est de déterminer tout à la fois les
structures, les formes et les an.dogiesdes corps organisés; l'ana-
tomie est donc tout à la fois générale, descriptive , et compara-
tive. Toutes ces diflérentes anatomies ne sont donc que des ma-
uièris différentes de considérer l'anatomie.
Les anatomies Sfiéciales, l'anatomie humaine, l'anatomie des
animaux domestiques, etc. , ne sont pas moins tenues que l'ana-
(1) Défensedu âJaqnrtiime animal, par J. P. F. DeLcuzo. Paris.
1819. I vol. in-H". M. cle \ irey a ré|ioniiu, tians le ly cahier du
Journal complémentaire du Dictionnaire des Sciences médicales;
Paris, 1819.
TOME VIII. 24
?.;• LIVRES ira?>(;als.
loniie iwoj'i('iiieul Jilc , d'èlre lout à la fois gcndralcs , descrip-
tives cl couiparalivcs. L'analoinie luiinaine u'a long-tcms tilc
qu'une analttiiiic descriptive j Bichat la rendue geoeralej il reste
à la rendre comparative.
Quant aux anatomics dites chirurgicales , physiologiques , des
peintres , etc. , ce ne sont pas preciseuicnt ties anatoniics, mais
des applications di- l'anatomic ù la clrirurgie , à la physiologie, ou
à la peinture, etc. L'anatomic chirai-j^icale n'est jias, comme on le
dit souvent, une simple analomie d<;scriptive. tUe décrit , })Our
j^uiJcr la raain de l'opérateur vers un organe altéré, comme Ta-
natomie pathologique décrit pour connaître les altérations de cet
organe. La description n'est qu'un moyen, et ce moyen sert e'ga-
Icmcnt à ces deux analoniies, ou plutôt à ces deux applications
de l'anatomic.
L'anatomic vétérinaire, «u des animaux domestiques, n'est
encore ni ge'ntfralc, ni pathologique, ni réellement compara-
tive, etc. j elle n'est guère qu'une analomie descriptive. Depuis
Bourgelat, qui, le premier, donna une description à peu près
complète des paities du cheval, cl princijialemcnt des parties
osseuses cl musculaires , on n'a guère fait que reproduire et per-
fectionner Bourgelat. Vitct cl quelques autres, à la vérité, ont
essayé de comparer entre eux certains animaux domestiques;
n)ais, ce ne sont là que des essiiis. Plusieurs points d'anatomic
■vétérinaire se trouvent enûn traités avec une granele habileté dans
Les ^4 nniomics cotnparces iLc Monro , Camper, Daubeuton , et sur-
tout de iNL Cuvier, etc.
M.Girard a eu l'heureuse et ulilc idée d'offrir, dans un livre e'h-
mrntaire , le résumé de ces divers travaux sur l'analomie vétéri-
naire. Ce livre est, sans contredit, ce que nous avons de plus
complet encore en ce genre. La clarté de l'exposition , l'ordre rai-
sonné des matières, l'emploi d'une nomenclature piiilosojihiquo
lui ont déjà valu une seconde édition. (]ellc seconde «Mition est
lout à la fois un succès et un service rendu par M. Girard aux
écoles vétérinaires. Floubens, D.-HI.
i58. — Compte rendu des travaiuv de In Société ixtjrale ifn^ri
cullare , histoire nutuielle il arls utiles de Ly'on , depuis le i''Je-
f/ùr J8if), jusqu'au i'" mars iSio; par L. 1''. Gno(;.tiF.R , profes-
LIVRES FRANÇAIS. 3;i
seur vétérinaire, secrétaire delà Société'. Lyon, 1820. In-80 «ic
2^6 pages. J. 31. Barret.
Ce rapport , fait avec méthode , clarté et concision , sera une
acquisition précieuse pour les personnes qui suivent avec intérêt
les travaux des Sociétés savantes et utiles. On y remarque plu-
sieurs articles de statistique rurale, des recherches importantes
sur les divers genres d'engrais , des observations sur la culture
des végétaux herbacés , sur celle des arbres , sur quelques progrès
de Tart vétérinaire et d'autres arts utiles 5 plusieurs récompenses,
décernées par la Société , à titre d'encouragement 5 la désignation
des agriculteurs les plus recommandahles de Farrondissement de
Lyon; enfin, des notices biographiques sur des hommes qui ont
rendu des services essentiels dans les professions de médecin,
d'artiste vétérinaire et de pharmacien , qu'ils ont exercées avec
autant de désintéressement que de capacité. Au Compte rendu,
est annexé im tableau où sont exposées les expériences faites par
M. de Martinel, célèbre agronome, sur les produits de soixante-
treize variétés de pommes de terre ; tableau également curieux
par les résultats ofiérts, et par les observations dont ils sont ac-
compagnés.
1 09. — Notice des travaux de la Société royale de médecine de
Bordeaux, depuis sa dernière séance publique , jusqu'au 28 août
iSsio; par M. Dupuch-Lapointe , secrétaire général. Bordeaux,
1820. Brochure in-S" de 34 pages. Lawalle jeune et neveu, allées
de Tourny, n° 20.
Cette Notice est divisée en autant d'articles , qu'il y a d'objets
iraportans dont la Société s'est occupée. On remarque avec satis-
faction que la Société Voit , chaque année , le cercle de ses tra-
vaux s'agrandir , et qu'elle ne néglige rien de ce qui peut lui
faire atteindre le noble but de son institution.
160. — L'xamen critique de F Essai sur F indifférence en matière
de religion, de M. F abbé de La Mcnnais; par Le Joyeux de Saint-
Acre. Ouvrage indispensable à tous ceux qui ont lu celui qui y
est examiné , et qui venge les gouvememens , les peuples , les re-
ligionnaires , la philosophie, les sciences, la raison et le goût,
\ outragés par M. l'abbé do La Mennais. Paris, aux archives dcj
Lettres, Sciences et Arts, quai Voltaire, no 3. Prix, 3 fr.
L'Essai sur CindiJJ'érenae en matière de rcliqicn, par M. l'aJibé
2^J*
^r-i Livrj:s i IlA^(;AI.s.
do La .Mennais, a t.iiscit<^ Iteaiicou]) de criliqucs, cl l'écrit dont
(<n vient de lin- le (ilie iiot ui la moins forte, ni la moins dé-
taillée quïl ait fait naître. C'est un examen presque complet de>
opinions et du style de M . de La Mcnnais. L'auteur, M. Le Joyeux
de Saint-Acre , ne j)ardonne à aucune des erreurs que les meil-
leurs esprits, même ceux.- du j)arti de INI. de La Mennais, n'ont
pu s'empêcher de reconnaître dans son ouvraj^e. Peut-être, néan-
moins , doit-on reprocher au censeur la trop j;rande anurtumc
de ses rellexious critiques j il eût été plus convcnalile tjuil se fût
e'carté moins souvent des limites d'une sage modération^ dans
l'intérêt même de la critique , dont Tautorité est d'autant plus
jurande, c[ue ses formes sont moins exagérées et sou ton moins
]>assionné. Certes, il y a, dans l'écrit de M. de La Mennais, une
foule de propositions repréhensihles ; il en est même qui j)euvent
être considérées, à juste titre, comme coupahles , comme subver-
sives de tout ordre social fondé sur la tolérance, de tout état qui
ne se confond j)oint avec l'Église. On s'aperçoit, trop souvent, (|ue
M. de La Mennais n'est point assez fidèle au devoir de ])aix et
de charité que l'Evanj^ile impose à son ministère ; qu'il substitue
au langage calme et simple de la raison et de la vérité, l'empoi-
tcment du fanatisme et la petitesse de la sujierstition ; mais, après
tout , M. de La Mennais est un écrivain de talent; et si , dans ses
éloquentes déclamations, il oublie trop souvent et le caractère
<lont il est revêtu, et la majesté des sujets qu'il traite, il était
digne de son adversaire de s'en souvenir pour lui , et de lui don-
ner encore une leçon de modération. Le rejiroche cpie nous fai-
sons à M. Le Joyeux de Saint-Acre s'adresse i)lus particulièrement!
à l'espèce de caricature qui sert de frontispice à son ouvrage.
Jamais un bon livre ne fut détruit par des épigrammes de dessin,
et par des satires passionnées. Employer de telles armes contre
un livie, médiocre ou mauvais, c'est le recommander auprès de
beaucoup d'esprits qui n'ont j)oint oublié cet axiome du légis-
lateur du Parnasse :
I^j vérité n'a point cet air impétueux.
Au reste, l'écrit de M. ]je Joj'eux de Saint-Acre sera lu avec-
plaisir. Iloflre de la variété, et il intéresse surtout par les citations
miUti|)Iié<1s des passades de l'auteor ({u'il combat. Si l'on est tru]>
LIVRES IRAKÇAIS. S--^
frappé Jj Fabsenre des laisonnemens , on y trouve un vrai pa-
triotisme , un amour ardent pour la liberté et pour les insti-
tutions que M. de La Mennais attaque ^vec une trop grande
inconsidération. Il était utile de rappeler à cet écrivain que TÉ-
vangile ordonne d'obéir aux puissances civiles, et qu'il serait ià-
«■heux, pour la religion elle-même, que des ministres déclarasr-
sent qu'on ne peut être bon catholi([ue saijs être mauvais citoyen.
L. Thiessé.
i6i. — Beautés de Sturm, tirées des Considérations sur les œu-
vres de Dieu dans le règne de la Nature et de la Providence, pouf
les quatre saisons de l'année ; mises a la portée de lu jeunesse , en
forme de leçons; par madame Eliza Andrevts. Traduites de l'an-
glais, sur la sixième édition. Paris, t8'20. Gabriel Dufour, li-
_braire, rne de Vaugirard, n° 34- ln-12 de 4^0 pages. Pris, 3 fr. ,
et 4 ff. franc de port.
H n'est besoin que de parcourir au hasard quelques pages de
cet ouvrage , pour apprécier son utilité , qui ne se borne pas au
premier âge de la vie. L'auteur conduit ses jeunes lecteurs, par
la contemplation des merveilles de la création, à la reconnais-
sance envers l'éternelle Providence. La sage oidonuance de notre
globe, les feux souterrains, les pluies, les brouillards, la merveil-
leuse structure de l'œil, Futilité de nos sens, l'égale distribution
des saisons, les soins paternels du Créateur pour la conservation
de l'homme dans toutes les parties du monde : tels sont les ob-
jets des principales leçons pendant la saison de l'hiver. Le prin-
tems, outre une foule de considérations profondes, nous ofl're le-;
rapports des créatures entre elles, et des réflexions sur la mul-
tiplication des végétaux , sur le retour des oiseaux, la vertu vi-
vifiante du soleil, la rosée, l'utilité des plantes et des bêtes ve-
nimeuses, sur la sagesse qui se remarque dans la structure du
corps des animaux. Dans l'été , les plantes étrangères , l'arc-en-
ciel , les météores , les singularités de la mer , la terre , sa cons-
titution primitive, ses zones, la marche des corps célestes et le<
mœurs, les métamorphoses des insectes, se succèdent pour diri-
ger nos méditations sur les mystères de la nature. L'automne fixe
nos regards sur les pétrifications, les différentes espèces de terre,
la migration des oiseaux, les divers climats et la division du teras,
les besoins et les jouissances de lliomrae, l'origine des fontainfs
3^4 LIVRES rRAÎSTAIS.
et Jcs sources, les rc-volntions accidentelles de la terre, elc- On
peut recommander ce livre aux parens et aux instituteurs qui
eiirouvent .souvent beaucoup d'emharras dans le choix des ou-
vrages à placer sous les yeux de leurs enfans ou de leurs «'lèves.
162. — (*) Levons de philosophie , ou Essai sur les Jacuhcs de.
Famé, par P. La Ro>iicciî:re , professeur de jihilosophie à la
Faculté des Lettres de l'Acade'mie de Paris. Deuxième édition.
Paris, 1820. Brunot-Lahbe, libraire de TUniversite, quai des
Augustins. ûo 33. 2 vol. in-80. Prix, 12 fr. , et i5fr. francs de port.
Idem papier vélin, dont il n'a été tiré que i5 exemplaires,
35 fr. , et 28 fr. francs de port.
i63. — Le Porte -Jcudle vert, ou Recueil de contes et d'entretiens,
à l'usage de la jeunesse j par Campe, traduit de lallcmand. Paris,
1820. I vol. in-i2. Prix, 3 fr. Locard et Davj- , rpiai des Augus-
tins, n" 3.
Ce petit livre , imprime avec soin et orne' de jolies gravures ,
est écrit dans les raeillcurs principes moraux et religieux. Il ofl're
d'ailleurs une instruction réelle et variée sous des formes agréa-
bles j par exemple, au sujet dun chêne, l'auteur s'étend sur tous
les genres d'utilité de cet arbre, sur les divers insectes qui l'ha-
bitent, même sur les diflerens états et métiers qui emploient son
bois, son écorce. La vue d'un vaisseau fournit également l'occa-
sion d'explif[ucr les principaux procédés employés pour sa cons-
truction , etc.
iG'j. — PtlîLs Contes mornnx h Fiisage des enf/ins , en partie
traduits librement ou imités de l'anglais de miss Maria Ldge-
woRTU, par mademoiselle Anna Louise S. — >. , avec gravures.
Paris, 1820. 2 Toi. in-18, xii , 176 et 182 pages. Eymery , rue
Mazarine , n» 3o; Colas, rue Daupbine, n" H2. Prix, 2 fr.
Ce petit ouvrage , publié sous les auspices de la Sociclé établie
a Paris pour fanicliurotion de Renseignement elim''ntaiiv , et
admis jiar elle au nombre doslivrcs qui doivent faire partie d'une
Bibliothèque po; ulairr, spécialt ment deslinécaux élcvesdes écoles
d'enseignement mutuel et à leurs familles, se recommande à la
fois par le nom et l'honorable réputation de la dame anglaise qui
en a coni^u la première idée et les principaux sujets^; parle choix
judicieux, le goAt pur, l'amom- éclairé de l'enfance, rpii ont di-
rigé la dame française, autiur de la Iraductiou ou de rimitatie>n.
LIVRES FRAÎS^ÇAIS. 37^
«£ surtout par le but éminemment moral que Tune et ["autre s»
sont proposé. Les petits contes renfermés dans ces deux volumes,
sont au nombre de quatre. Le premier, intitulé : Suzette ou la
Reine de mai, occupe tout le premier volume : il ofl're un modèle
touchant de piété filiale, et des scènes de famille à la fois gra-
cieuses et attachantes , toujours à la portée des enfaus. Les trois
autres contes : Laureiit-le-Pufesseux , les Orphelins, Pardon tt
Oubli , n'ont pas moins d'intérêt , et font vivement dé.sirer que
mademoiselle A.' L. S. , déjà connue par un très bon Petit ma-
nuel de morale élémentaire, (Voy. tome V, pag. B.jS ) remplisse
bientôt rengagement qu'elle prend avec ses jeunes lecteurs , de-
continuer à faire paraître la suite des Petits contes moraux , dont
la collection entière pourra former six volumes. Elle conseille,
avec raison, d'appliquer à son nouvel ouvrage, comme au Petit
manuel de Morale, la Méthode des questions adressées aux enfans
sur la lecture qii'ils viennent de faire , soit par les instituteurs
ou par les pères et mères de famille, soit par les jeunes moni-
teurs , dans les écoles d'enseignement mutuel. Ces questions ser-
viront à développer les préceptes de morale qui ne peuvent être
qu'indiqués dans le récit, et à faire bien saisir le sens de quelques
mots que les enfans ne comprendraient pas , sans une courte ex-
plication : elles ont aussi pour objet de fixer l'attention des enfans,
d'exercer leur intelligence, d'éveiller leurs réflexions, de former
leur jugement et de fortifier leur mémoire, enmêmetems qu'elles
deviennent pour eux un moyeii d'amusemeutet d'instruction. »
M. A. J.
i65. — Manuel des écoles élémentaires pour les filles , ou Précis
de la méthode d'enseignement mutuel appliquée li la lecture, h-
l'écriture, au calcul et h la couture;- par madame Quignon, di-
rectrice de l'école de la Halle aux draps, chargée du cours normal
des aspirantes maîtiesses. — Paris, 1819. Colas, libraire, rue
Dauphine, n° Sa.
Cet ouvrage, composé par la directrice de Tccole de la Halle
aux draps, l'une des plus belles écoles gratuites de Paris, est très
propre à faire connaître et apprécier les avantages de Venseigne-
mcnt mutuel, appliqué à la lecture, à l'écriture, au calcul et à
la couture. On y retrouve l'esprit d'ordre qui règne dans ce vaste
atelier, où près de 5oo- élèves travailleut à la fois , sans confusion
/
3;ti LIVRFS FRANÇAIS.
et presque sans bruit, tc^laiiuil soi a surtout utile aux maître.sjeî
nommées par le gouvernement pour diriger des e'colcs ëlc'men-
talrcs, et à celles qui voudront fonder des établissemens particu-
liers sur le même m<>dèle. La division du tems, les exereiees ,
les travaux , tout y est explique avec détail et clarté. Il existait
déjà un AJanui-l destiné it rimtruiltdn ih i maîtres, et unx ccolcs
fie garçons -^ mais il n'y en aA'ait point pour les écoles de (lUes,
et personne ne pouvait, mieux que madame Quignon, se charger
d'en composer un , fonde' sur un<; égale connaissance de la théo-
rie et de l'application pratique de la méthode.
166. — Mémoire sur T instruction des sounfs-niuels , lu dans la
séance publique de l'Académie royale des Sciences, Arts et
Belles-Lettres de la ville de (>aen, le jeudi 27 avril i8'2o,pai
IM. l'abbé Jamf.t, membre de la même Académie, et instituteur
des sourds-muets. Caen , i8jo. Brochure in-8" de 28 pages
F. Poisson.
L'auteur rend compte de la méthode qu'il a adoptée jiour l'ins-
truction de ses élèves. 11 ne se borne })oint, dit-il, aies faire
écrire sous la dictée des signes j il ne s'astreint point à rendre
toujours les mots de_notre langue par de longues pantomimes. Il
u'eraploic les scènes mimiques , que lorsqu'il s'agit de faire conce-
voir au sourd-muet , le vrai sens, ou les diverses acceptions d'un
mot 5 mais, une fois qu'il est compris, Tinstituleur n'a plus be-
soin du secours de la ]>antomime. Un sigue unique, simple et con-
cis la remplace. Dans les entretiens «jue ses élèves ont entre eux,
ou avec leur maîtres , ce signe tient lieu du son de la voix.
La publication de cette brochure donnera lieu , sans doute , à
quelques observations de la part d'autres personnes vouées à
l'enseignement des sonrds-muet.s 5 cl ces observations , rappro-
chées de la nouvelle méthode de M. Jamct , pourront répandre
un nouveau jour sur un sujet qui intéresse une classe nombreuse
d'êtres malheureux. IVous ne pouvons qu"aj>plaudir aux généreux
eflbrts de M. Jamet, pourélendre le domaine défriché parl'abbé
del'Epée, et si heureusement exploité au profit do l'humanité jiar
son digne successeur, M. l'abbé Sicard.
1G7. — Damis on VEdur.ition du cœur; jiar lluf^ues ÎMiliot.
Orné de deux jolies gravures. Paris, 1820. L'n vol. in-iu de H70
]^ig. (^bativin.liljiaiiect commisiionnaiie, r^ie de Richelieu, n" uo
LIVRES FRANÇAIS. 377
Ce petit cours Je morale est Touvrage d'un homme de bien ,
qui a employé sept anne'es à en rassembler les diverses parties.
Il a peint les vices de la société , et les causes funestes qui dé-
tournent rhomme des routes de la justice et de la morale, pour
le jeter dans un labyrinthe de fautes qu'ail paie souvent de sa
propre ruine, après avoir travaillé à celle de ses semblables. Si la
voix de la sagesse suflîsait pour faire rentrer dans le devoir ceux que
leurs passions semblent appeler à être les fauteurs de désordi'es so-
ciaux, les conseils que Damis donne à ses enfans pourraient, en
exerçant la plus douce influence sur les mœurs, amener Thu-
inanité à ce point de perfectibilité qui passe pour être une chimère
des belles âmes. Mais un monarque sage et éclairé a donné son
approbation à l'ouvrage de M. H. Millot , et le bien que Fauteur
voudrait oj)érer, pourrait devenir facUe par la volonté forte d'un
gouvernement bienfaisant et éclairé.
168. — L' Art de connaître les femmes ; par le chevalier Plante-
Amoir. Paris, 1820. Brochure in- 12 de 176 pages d'impression.
Delaunay. Prix ,'2 fr. 40 c.
L'auteur, après avoir donné une idée générale des fenmies
(^telle qu'il se t'est formée) , traite des jeunes demoiselles et de
leur éducation j — de l'amour -propre j — de l'état de vie
qu'on choisit; — de la religion et de la dévotion des dames ; ~
de l'amour et des déréglemens dans lesquels cette passion jette
souvent les femmes j — du mariage j — de l'esprit et de la science ;
— du secret j — de la beauté et de la parure , avec des réflexions
sur les modes 5 — du mensonge , de la médisance et de la ca-
lomnie ; — de la flatterie et de la dissimulation : — de l'amitié et
de la haine; — de l'envie ; — de l'avarice et de la prodigalité ; —
de l'orgueil et de l'ostentation, etc. On trouve, dans ce petit
traité, beaucoup d'emprunts faits à divers écrivains; et l'auteur,
bien difle'rent de la plupart de ceux qui ont choisi les femmes
pour sujet de leurs observations et de leurs méditations , se
montre le plus souvent frondeur impitoyable du beau sexe.
169. — Lettres sur l'amour de la patrie , ou Correspondance
d''Annpist€mon et de Phdopatros , par Frédéric 11, roi de Prusse;'
publiées par M. César Gardeton. Paris, 1820. In-80 de3o pages.
Béchct et Mongie.
170. — La Criticomanie (sccnufue) , dernière cause de la dcca-
3;^ LIVRES FRAISTAIS.
ilence de la relif^ion et dts moeurs : en juitijicniirm des lumières dir
dix-huitième siècle -^ pour faire suite an Traite des Causes de
C indigence et de Cimmoralité ; moyens de les détruire; en a vol.
in-i2. par Marc-François Hache. Paris, 1819. Delaunay, et ma-
dame Lrpctit , libraire, rue Pavéc-Saint-Andrc'-des-Arcs, n" 2,,
171. — Discours sur le duel, par J. L. Crivelli, avocat à la
Cour rojale de INîmcs. Paris , i8iO. Pavoux , libraire. ru«
Gît-lo-(J(Tnr , n" 4. ln-8°. Prix, i fr. aS cent.
L'Académie de Dijon avait fait , sur celte matière , un appel
tous les écrivains philosophes. EDe avait annoncé un prix pour
!c meilleur discours qui lui serait envoyé. Le concours a été nom-
breux, et cependant elle a relire le sujet proposé. F.lle a ainsi
trompé les espérances des aspirans à la palme académique.
jVI. Crivelli a voulu, sans doute, se dédommager de ce petit
désappointement, en livrant son ouvrage au jugement du public
qui, à notre avis, doit l'accueillir favorablement. Cet écrivain,
auquel nous devons un volimie de jurisprudence dont la rédac-
tion est très soignée, annonce , dans ce Discours , de l'érudition ,
la connaissance du cœur humain, et des vues philosophiques. Le
style en est correct j il a du mouvem^mt et de lélégance. La
première partie fait connaître l'origine du préjugé barbare qu'il
attaque, les causes qui l'entretiennent encoi-e de nos jours, et fes
vices de la législation faite pour le réprimer. La seconde in-
dique les moyens propres à le combattre avec succès. Nous pen-
sons que cet écrit, peu volimïineux , mais très substantiel, sera
lu avec fruit par nos législateurs, qui pourront en tirer avantage
dans la révision de nos lois criminelles.
172. — Journal de Jurisprudence, ou Recueil des arrêts no-
tables de la Cour royale de Kîmcs; par J. L. Ciiiyelli , avocat à
la même Courj membre (^s Académies d'Avignon et de Nîmes.
Nîmes, 1820. I vol. in-|o de (îoo j'af^es environ, pour les deux
années 1819 et 1820. Prix, iTt fr. Paris. Antoine Uavoux, libraire,
rue Gît-le-Cœur, n» \. On s'abonne à Nîmes, die? l'auteur.
La jurisprudence est, pour ainsi dire, le complément de la
loi, dont elle fournit le commentaire le plus sur : la connaissance
en est indispensable à ceux qui se livrent à l'étude du droit. Les
recueils d'arièts, faits avec choix et avec un esprit de critique ,.
doivent contribuer aux progrès de la science.
LIVRES FRANÇAIS. 3;9
Cet esprit a présidé à la collection des arrêts qui composent le
volume que nous annonçons. Ce n'est point ici une simple com-
pilation, un travail purement mécanique j Fauteur Taccompagne
toujours de réflexions judicieuses ; il fait preuve de beaucoup d'é-
rudition, et d'une grande connaissance du droit. La plupart dos
arrêts qu'il rappoite , sont précédés ou suivis d'observations qui
renferment un traité succinct et substantiel des questions dont ils
donnent la solution. A ce mérite, l'auteur enjoint un assez rare
dans le barreau dé nos provinces , celui d'un style pur et cor-
rect. 11 écrit avec beaucoup de clarté et de méthode. Ce volume
se recommande par lui-même , et fait désirer que l'ouvrage soit
continué.
173. — I. De la Simpfification des {principes constitutifs et ad-
ministratifs , ou Commentaire nouveau sur la Charte constitu-
tionnelle j par M. L. D. D. L. V. Paris, 1820. i vol. in-8° de
120 pages. — 2. Du Système général des finances , par M. L. D.
D. L. V. Paris , 1820. In-8° , 28 pages. Paris. Didotainé. — 3. Du
Droit de cité; des droits d'élection qui en dérivent , ou Recherches
et Propositions sur Toi-ganisation locale, les droits civiques et les
élections, et spécialement sur les fonctionnaires de l'ordi-e admi-
nistratif, juges de paix, gardes nationales et députés; par G. , avec
cette épigraphe : le Roi et la Charte. Paris , octobre , 1820. In-80
de 164 pages. IVlongie aine. — 4- Doctrine sociale, ou Principes
universels des lois et des rapports de peuple à peuple , déduits
delà nature de l'homme et des droits du genre humain; par
C. J. B. BoNNiN. Paris, 1820. Ih-8o de 188 p. Brissot-ïhivars.
Il n'est pas étonnant que , dans la situation où se trouve la
France, on voie se multiplier les écrits sur le gouvernement de
ce royaume ; les uns , au détriment de la Charte , et au proîit
des privilèges ou de la grande propriété; d'autres, au profit de
la toute puissance parlementaire ou ministérielle ; d'autres enfin ,
dans le but de maiutenir les textes et l'esprit de cette même
Charte. A cette dernière classe appartiennent les trois premiers
ouvrages qui font le sujet de cet article; mais , dans le quatrième,
on suppose apparemment que les suspensions et les violations
de la Charte amènent la nécessité d'une constitution nouvelle , cl
l'on s'occupe à l'avance de rédiger une déclaration des di'oits:
celle-ci est tellemeat spéciale et a5>solue , qu'il serait difficile de
^H<s I, IVRES IRA^-rAlS.
l:i concilier avec le .«ystème de la monarrhie. Tant il •**! \rai qn»*
« \c sol politique a clé. fouille , dan< ces derniers tcms , avec uni-
excessive inipriulince (i;! « Tant il e»t manifeste qu'on ne sau
rail trop se h^^fer, pour la justice et pour la paix, de revenir à
la f iliiirte , rt de rt'j^ler un mode particulier pour sa revision
" L opinion (le sfal)iiile une fois ébranlée, les controverses pul-
lulent ; e'.les nous lancent plus loin qu'on ne prévoyait ; elles me-
nacent de tout perdre. »
11 serait peul-»!tre facile, quant au premier et an troisième
écrit, de percer le voile des lettres initiales, et de décou>Tir ,
dans celui-là , un de nos plus illustres et de nos plus habiies ]ier-
sonnapes de Tancien et du nouveau re'gime, l'un de nus meilleurs
citoyens ; et, dans celui-ci, l'un de nos mat^istrats et de nos jiu-
hlicistes les plus éclaires. Mais nous aimons mieux obser^ er <pie
ce voile, mis en avant par des royalistes constitutionnels, purs
et très sincères, qui n'écrivent que pour le maintien et le dr'vr
loppcmcut de la Charte, qui montrent à chaque j^age leur \ :
attachement j)Our le Roi, la dvnastie et nos libertés publiques,
e>l un phénomène digne d'attention. (Jommrnt en sommes -nous
M-nus à ce point , que l'on se dégni<c pour défendre, par le rai-
sonnement, la loi de nos lois ?
Quoi qu'il en soit, M. L. D. D. L. V. ajirès avoir rendu à la
religion de la majorité des Français im éclatant et juste hom-
mage, énonce le va-u bien raisonnable de voir concentrer tous
les missionnaires dans l'intérieur des églises; il demande aussi
l'obsei-valion do la loi , mise en oubli , qui exige , pour 1rs non-
veaux ctablisseniens ecclésiastiques, l'intervention des Chambres;
il vmidrait qu'on ne fît pour le clergé aucune dépense nouvelle,
avant d'avoir pourvu à l'augmentation du traitement des curés
et des vicaires, etc.
Il ne reconnaît de vraies corporations dans l'Etat, que les deu\.
<]hambrcs législatives. 11 «léfen»l, comme sages et cimfornies à l.<
Ch.irtc, les dispositions quant à pi-ésent suspendues de cet te même
loi; et, sans examiner quelle est, en droit . la force obligatoire des lois
rontraircs à la constitution , il recommande pour elles le respect et
'i) Voyez mon F.xnmenilu sjslè-nr dr fll. l'I.iu^eriçucs.'xn-^'' .
jSiq. Baudouin frères. '
t
I
LIVRES l'RAlNÇAIS, 3Si
nirnie le silence. Or, il se déclare partout con>titutionnel, et sare
I I ' i luandation , présentée comme absolue , peut sembler difficile à
«oucilier avec le maintien de la constitution. L'illustre auteur n'a
voulu sans doute, ici, que donner un conseil salutaire qu'on ne ])l\t
lui reprocher, et dont on ne saurait au moins contester la pi'udence
On aime àrentendre, pages 28, 44' ^^^7 se reconnaître « op-
pressé par notre Code pénal, » et demander que ce Code, qui
•est, dit-il, en plusieurs dispositions, « un horrible monument
de despotisme, soit mis en accord avec le système d'une mo-
narchie constitutionnelle , et qu'on nous donne la loi nécessaire
pour prévenir et pour ré[jrimer les arrestations arbitraires, w 11
ose dire, pageag, que « l'arbitraire est le plus grand vice de tout
gouvernement , et la ruine entière du gouvernement monarchique
tempéré! » En conséquence, il présente, pour assurer la respon-
sabilité réelle des ministres et de tous les agens secondaires , un
projet, conforme presqu'en tout, comme il l'observe lui-même,
à un plan déjà proposé par M. le baron de Cormenin , maître des
requêtes. On regrette qu'il veuille fixer définitivement l'organi-
sation et la procédure criminelle des Chambres, par de simples
réglemens , et qu'il ne paraisse point blessé que les pairs , en
Francecommeen Angleterre, demeurent toutà la fois juges d'ins-
ti'uction et d'accusation , jurés et juges, et que leurs actes soient
affranchis de toute révision et cassation, même devant une sec-
tion de leur Chamljre.
Cependant, il sollicite, pages 4o et sviivantes, le rétablissement
du jury d'accusation, et une formation des jurys qui leur ôte le
caractère de commission. Il donne aussi le projet de cette forma-
tion, et un projet qui semble judicieux. Il demande, avec grande
raison, pages 5"/ et 58, un ordre judiciaire légal pour juger le
contentieux de l'administration. Il indi(]ue un moyen d'assurer la
libre délibération des Cliambres , sans rien changer à l'année fi-
nuncière : ce moyen aurait l'avantage d'établir la fixité de la con-
tribution foncière. Il réclame le maintien de la loi du recrute-
ment, et d réprouve tout traité de commerce , comme toujou^is
Illli^ible aux plus précieux intérêts du commerce et de riiidustrie.
Il)>iésente, d'ailleurs, beaucoup d'aperçus politiques et dénotions
oonstitulionnelles qu il faut voir dans l'ouvrage même.
Dans la Ijiociuire intilulée : Système gnuntl des fincinces , le
i
■
38j I.IVIŒS IKANÇAIS.
même auteur «leploic «les vues <jui nous ont semble profondes , et
très dignes de l'attention de nos ministres.
Le livre r/u Droit île f'Uc, etc. , jin-sintc sur ce droit, et sur les
élections, des reclicrchcs historiques, savantes, ingenjeu-:es , et
fort bien rcdif^ces. Quant au choix des membres de la chambre
élective, l'auteur voudrait que, sauf le cas d'exclusion ou de sus-
pension nécessaires, tous les mâles français payant une contri-
bution, ;1gés de 11 ans accomplis, inscrits sur le registre civique,
ayant acquis depuis par inscription un domicile politicpie, con-
courussent à nommer les électeurs. V.n deux mots, il est pour le
siiflVage à peu jiriJs universel des coutribuables , et pour les deux
degrés d'élection. Il est permis de croire que le suHrage univer-
sel, au premier degré, ne serait qu'un avantage très illusoire pour
les petits contribuables, et peut-être quici, comme en autre
chose, le mieux serait l'ennemi du bien.
L'auteur demande que , pour choisir les conseils de municipa-
lités d'arrondissement et de département, les contribuables, ïlgés
de "21 ans , jouissant de leur raison , et liors létal du service do-
mestique, concourent aux élections; il donne de sages moyens
pour obtenir aisément ce concours. Il laisse au roi ou au préfet le
choix de tous les maires, pourvu quïls soient pris dans le conseil
niimifipal.
Relativement aux juges de paix , il vote pourquc le roi les choi-
sisse sur une double jirésentation des citoyens de l'arrondisse-
ment, suivant la dernière loi rendue sur ce sujet; il démontre
qu'il conviendrait, à tous égards, d'en laisser l'élection libre aux
citoyens du ressort de chaque justice de paix.
Quant aux gardes nationales, il ne voudrait tout au plus <|ue
des g.inles municipales , et il demande , pour le pouvoir exécutif,
1<' choix de tous les oflirlcrs : comme si le droit d'ancienneté <|ui
a lieu, même dans la ligne, pouvait paraître ici dangereux ! Si
l'on n'a que des gardes municipales pour escorter la procession ,
et pour faire cortèpe oii parade, comme dit l'auteur, on ne
conçoit pas qu'il y ait de l'inconvénient à laisser choisir tous les
olliciers jiar ceux (pii font le service, comme cela se j^raliquait
eu beaucoup d'endroits, avant la révolution , sans aucun résultat
fJrhcux.
il faut voir, dans le livre de M. Bonnin . ses .'Iphonimes sur
LIVRES FKANÇAIS. 383
les droits de l'homme, et gi articles formant un abrège de ces
mêmes aphorisraes. Parmi des idées, la plupart fort justes, et
d'une ap;)lication ge'nc'rale, il en est qui ne peuvent convenir
pour une vieille civilisation, et surtout pour servir une vieille
monarchie. L'auteur pre'tend, néanmoins, qu'elles doivent servir
de modèle à tous les peuples , sans exception.
Cet ouvrage est terminé par des re'flesions judicieuses sur Mon-
tesquieu, et sur les plus célèbres pliilosoplies et publicisles. Ce-
lui que l'auteur préfère à fous , est Montesquieu. On ne voit pas
bien comment il pourrait s'accorder avec Fobjet de sa prédilection.
Montesquieu était singulièrement frappé des ubus de la correction
même. Il disait que « la plus grande preuve de la bonté des lois
d'un peuple, est qu'elles ne soient applicables à aucun antre », et
il a écrit cette phrase : « Si je pouvais faire en sorte que tout le
monde eût de nouvelles raisons pour aimer son prince et ses lois ,
qu'on put mieux sentir son bonheur dans cli;ique gouvernement,
je me croirais le plus heureux des mortels. » Enfin , IMontesquieu
était bien loin de croire que « l'idée de Dieu doive être totalement
étrangère au gouvernement des hommes. »
L'auteur n'a point rempli ce que son titre annonce. Il promet
les Principes uniuersels des lois et des rapports de peuple à peuple ;
et il n'a traité que du droit public intérieur, des rapports des ci-
toyens avec leurs magistrats , et entre eux. Quelle que soit notre
critique, l'ouvrage de M. Bonnin mérite, à beaucoup d'égards,
l'attention des philosophes , des législateurs et des citoyens
éclairés. Lakjcinais.
1^4' — Examen des lois des 17, 26 mars , Qjuin 1819, et3i mars
1820, relatives a la rc'pression des abus de ta liberté de la presse-,
par M. Caknot, auteur de plusieurs ouvrages sur la législation.
Paris , 1820 ; in-S" de 266 pages. Chez INève.
Les trois premières de ces lois ont, en plus d'un sens, trompé
les vœux des partisans de l'arbitraire, et surtout le juste espoir
des amis d'une sage liberté. La quatrième loi est ouvertement
constitutionnelle j son malheureux titre de loi de passage suffit
pour la faire apprécier : elle a déjà duré long-tcms. Les trois au-
tres sont, à quelques égards, très vicieuses; l'auteur en démontre
ici les graves inconvéniens, et indique les dispositions qu'il fau-
drait admettre; il signak', en attendant, les ybu> d'exécution qui
:W'» LlVllFS FHAlVrAJS.
^onf vfnii* ag£;ravpr encore le joug de ces mj'mrs lois. Cft r-xameii
est un nouveau service que .M. C. a reiulii à la pairie, ^os le{;is-
lalcnrs, comme nos jurisconsultes, trouveront dans son livre des
iloctrines aus>i cxacics qu'utiles, et qu'on ne saurait trop tôt voir
adoptées. Lanjcinais.
!'•;'>.. — In tltfiutr Jnii-.'l accepter des places ? l'ar EusÈrr.
Salverte, du département de TAube. Paris, 18 !0. Brochure
in-H" de i\ pages. Baudouin frères.
On se doute bien que cette que^tion est résolue négativement ;
mais il est bon de suivre l'auteur dans l'exposition des motifs qui
lui semblent commander impérieusement : i" que le députe inde-
j)endant renonce à accepter des j-hiccs; a" que le de'pulé ionc-
lionnaire renonce à ol)tenir son avancement.
l'-G. — L'itat (le la qutstinn. LvUrc a un c!ecteitr; par ErsÈFE
Salverte, du depaitcmeni de l'Aube. Paris, 1820. Brochure
in-S^de 4^ pages. Baudouin frères.
i^iy. — Lettre iur ta censure des journaux et sur tes censeurs,
ou Extrait d'une correspondance inédile , l'efatiue nu.r affaires du
ti-nis ; par Huariite \)vMovi.\y. Paris, i8.>.o. Brocluire in-8° de
100 pages. Baudouin frères.
!•-{>. — IVote sur ta véritable inter-irétation d^une toi ilaticnne.
Paris, 1820 ; in-8°. Ant. Baillcul, rue Thibaut ode', n° 8.
M. le comte Ckarlcs Pasero, né à 'l'urin , étant venu en
l'rancc vers la (in de Tannée 1816, a fait imprimer successive-
ment divers opuscides marqués au sceau de la morale . de la lo-
gique et dune politique sagement libérale. ^laintenant, on lui eu
fait un crime. On l'accuse d'avoir violé une loi du Piémont ,
conçue en ces termes : « On ne pourra faire imprimer à l'étran-
ger aucun écrit, sans l'avoir soumis auparavant à l'approbation
des réviseurs établis par S. M. , sous peine d'une amende de 60
ecus , ou do telle autre plus forte que S. M. pourra infliger, se-
lon les circonstances. »
La Note a pour objet de démontrer f[u'une pareille accusation
reposerait sur une fausse inleri)réfation de la lui cilée, quand
laéme celle loi , qui n'a jamais eu dexécnfion , n'aurait pas «-lé
abrogée par désuétude. L'auteur nous paraît avoir traité la «jurs-
tion sous ses vrais points de vue.
i-n. — Sur la cuisse hypothécaire et ses rcsult>ils , par M. Br.R-
LIVRES FRAISÇAIS. 385
THEviTf. Paris, 1820. Brochure in-S" de 20 pages. Chez Louis,
Pt-licier etJohanneau, libraires.
L'auteur discute les moyens géne'raux à employer pour que
Tapplication des capitaux puisse aider les efforts de l'agriculture.
Puis , il cherche à de'raontrer qu'il n'est pas donné à la caisse hy~
pothécaire de produire un résultat aussi important. En pre'sa-
geant la chute de cette caisse , l'auteur fait ne'anmoins observer
qu'elle aura introduit parmi nous l'esprit de calcul, à la faveur
duquel on pourra bientôt concevoir une banque à la fois foncière
et de circulation : problème dont la solution serait un ve'ritable
bienfait pour la France , à cause <le la réunion des intérêts fon-
ciers et commerciaux.
180. — Des priviléi^es et hypothèques , ou Kxplicntion du titre 18
du litre III du Code cii-il; par M. Cotelle , professeur de la Fa-
culté de droit de Paris, et avocat à la Cour royale. Paris, 1820.
I vol. in-8° de 480 pages.
Nous avons déjà , sur ce sujet difficile et important , plusieurs
traités postérieurs au Code civil , quia établi Tordre hypothécaire
actuel par amalgame des deux systèmes précédemment établis,
l'un par redit de 1771 sur les lettres de ratification , et l'autre
par la loi de messidor an 3, modifiée déjà par la loi de brumaire
an II sur les hj-pothèques.
Ce qui distingue principalement ce nouveau traité, c'est le
chapitre septième et dernier où l'auteur expose quelques incon-
véniens et quelques difficultés graves qui résultent du système
actuel , avec l'indication de plusieurs dispositions qui feraient
disparaître ces vices.
181. — Les OJfîcialités supprimées par la loi, rétablies par des
~ évéques ; ou Examen religieux et politique d'une ordonnance de
Tévêque de Metz, du 28 mars 1820. Par M. Lattiuikais , pair de
France, etc. Paris, 1820 , brochure in -8* de 17 pages. Baudouin
frères , rue de Vaugirard , n° 3G.
182. — Histoire de la ville de Kholan, tirée des Annales de la
Chine et traduite du chinois; suivie de recherches sur la subs-
tance minérale appelée par les Chinois pierre de lu , et sur le
jaspe des anciens. Par M. Abel RÉmusat. In-80 de 288 pages.
Paris, 1820, chez Doublet.
Khotan, dont nos géographes parlent à peine sous le nom de
Coten , est le nom transformé d'une ville et d'un pays de la Tar-
TOME VIII. a5
«6 LIVRES FRANÇAIS,
tarie indépendante , qui formèrent autrefois un assez puissanl
royaunjc, dans la petite Boiikarie, vers le milieu de ce que non»
appelons la Tartarie indépendante, an midi de la rillc et du
royaume de Kashj;ar. Le nom original est le mot sara^icrit Knui-
tana , qui signilie Urre mamelle , excellent jjays , ou Ai nin-
melledela lerre. En eflet, le Khotan donne le mu>c dont le parfum
et le beau uoir sont tant cëlcbrës par les poètes orientaux. Les ri-
Tières du pays charient la précieuse pirrre de cash, ou le jaspe an-
tique, notre jade oriental, autrement la pierre dVii , dontlegisse-
ment est le fabuleux monf y*/erou, l'Olympe des Indous, YNot-moJus
des anciens, en saniscril hinimala, le inonti1ut''mul , ou flimalaYa,
place du Froid (i). Cette pierre est encore aujourd'hui l'objet
d'un commerce dont le pays et la ville de Khotan sont le princi-
pal entrepôt , et dont l'origine paraît remonter aux premiers âgei-
du monde. Dés avant l'ère chrétienne , ce pays était connu
des Chinois ; il servait de passage pour communiquer de l'occi-
dent de l'Asie dans la Chine, et entretenir des rapports de com-
merce. Il était, il y a plus de iGoo ans couvert de monastères,
où les boudhistes des régions orientales allaient chercher les livres
sacrés et les traditions de leur croyance. Il paraît avoir con-
•ervé son indépendance jusqu'à l'invasion de Gengiskan.
Tels sont les faits importans recueillis dans la première parti*
de ce volume. La seconde est une monographie de la pierre d'yu ,
la plus complète qui existe, et l'on y trouve sur la nature des
fameux vases murrhins une excursion très curieuse.
L'auteur nous promet sur Verki/ing, Knshqar , Bishlalick et
autres pays situés entre le Tibet et les limites méridionales d«
l'empire russe actuel, et tous en des contrées qui répondent sur
nos cartes à de grands espaces blancs, des extraits exacts et précis
de ce qu'en disent les livres chinois.
On peut prévoir que ses profondes recherches et son érudition
profonde, le mettront un jour en état de tracer l'histoire du
culte de Boudha dans la Tartarie, et de rédiger le tableau des
révolutions qui ont conduit les antiqiies Samanéens' si loin d*
leur contrée originaire, et étendu dans le nord l'influence des
(i) De hiiita et de hintmala viennent sans doute le mot hicm<
des liittins, ^d'où sort notre mot hn/er), f\\c hinttnvi et se*
analogues, qui désignent le ciel, dans les langues tcutoniques.
LIVRES FRANÇAIS. 387
religions, des institutions et des lan>,xies qui ont tant fleuri dans
la presqu'île de Tlnde, après y avoir été apportées de régions
asiatiques plus occidentales. Lanjcinais.
1 83. — (*) Histoire de la vie et des ouurnges de .1 . de Lnfontaine ,
par C.-A. Walckenaer , membre de Tln'îtitut ; avec cette épi-
graphe : « De ma rêveuse enfance il a fait les délices. )> (Ducis.)
Paris, 1820. I vol. in-S" de 535 pages. Nepveu, libraire, passage
des Panoramas , n° 26.
184. — Essai sur la vie, les opinions et les ouvrai^es de Barthé-
lémy t^aujas de- Saint-Fond, administrateur du Jardin du Roi,
professeur de géologie au Muséum d'histoire naturelle, membre
dediverses Sociétés savantes, et chev;dier de la Légion d'honneur;
par M. DE Fretctnet, propriétaire. Valence, 1820. De l'imprime-
rie de Jacques Montai. 56 pages in-4°.
Le département de la Drome fut le berceau de Barthélémy
Faujas de Saint- Fond , et c'est dans ce même département, au
domaine de Saint-Fond , que repose sa dépouille mortelle. Ce sa-
vant est mort à l'âge de 78 ans, après avoir été l'ami de Bufl'on et
avoir parcouru une carrière aussi brillante dans les lettres, qu'u-
tile dans les hautes sciences : il était attaché au Jardin du Roi
comme administrateur, et, au Muséum de cet c'tablis.sement,
comme professeur chargé de la chaire de géologie. Il laisse de
précieux et nombreux ouvrages. ,
Il eût été pénible pour le département, d'attendre que l'éloge
de ce savant fût publié par des hommes étrangers à la Drôme :
aussi annonçons-nous avec plaisir cet éloge , dû à l'un de ses amis
(M. Freycinet). Comme tribut payé à la mémoire d'un ami, il est
fait pour intéresser : il renferme , en outre, des opuscules inédits
de Barthélémy Faujas , qui consistent en pensées diverses, en un
dernier voyage géologique , suivi d'un discours ex professa, pro-
noncé par Barthélémy Faujas à l'ouverture de son dernier cours de
géologie, en 1818; à la fin, est une notice bibliographique de 48
ouvrages imprimés, et d'autres qui n'ont pointencore paru. L'ou-
vrage de M. Freycinet , imprimé avec soin sur très beau papier
vélin d'Annonay, est destiné par l'auteur aux amis les mieux
connus de Barthélémy Faujas, à qui il en fait hommage. Quant
au reste de l'édition, il n'est plus que d'un petit nombre d'exem-
plaires : on les trouvera chez. MM. Freycinet, à Loriol , et Montai,
2C>
n*
388 LIVRES FKAWÇAIS.
imprimeur du Roi, à Valence. Prix , i francs, si l'ouvrage est
retire ;"i ces deux adresses . et a fr. a5 c. fianc de port.
i85. — ,f^ie (rjJoiitcc .\rhoii, commandant en chef des (lottes
britanniques, baron du JNil, chevalier de l'ordre du Bain , etc.;
traduite de l'anglais, sur la troisiîme édition de Uohert Sodthet,
par M. F.... R....; in-S" de 4î'ipages, avec le portrait de INelson.
Prix, 5 fr., et 6 fr. 5oc. , frauc de port. Scherfl", libraire , rue de
l'Oratoire-St. -Honore , n* 6.
Cet ouvrage, qui est à sa troisième édition, a obtenu un grand
succès en Angleterre. Les Anglais devaient accueillir avec cm-
pres.sement la vie d'un des grands capitaines qui ont honore' leur
marine. L'éditeur français ne doute pas que cette vie n'intéresse
vivement ses comp.ttriotes , (/ue cFanciennes rifaliles n'ont jamais
empêchés de rendre justice au mérite de ceux de leurs ennemis qui
leur ont fait le jdus de mal. Nous devons lui savoir gré de ce
motif <jui r.i décide à publier sa traduction, nous, surtout, qui
aimoiis à faire valoir les hommes et les choses utiles, sans dis-
tinction de pays ni d'opinions.
Celui qui demandait , à l'âge de cinq ans , ce que c'est que la
peur, devait être un jour un héros. Doué d'une ame forte , que
Ton aurait à peine Roupçonnée dans un corps aussi débile que le
sien, il eut à vaincre beaucoup d'obstacles dans le commence-
ment de sa carrière. On aime h recueillir le témoignage qu'il se
rend à lui-m.^mc , dans l'ép.inchcmcnl de l'amiti»'. « J'ai tciminé
cette guerre, dit INelson dans une de ses lettres , sans avoir fait
ma fortune j mais ma réputation est sans tache. La gloire véri-
table, je l'espère, sera toujours d'un plus grand prix , à mes yeux,
que les rlrhcsses. n C'est ainsi que pensait ce grand homme, qui,
mort à ^Hans , avait consacré 3) années à seivir son pays. Il mou-
rut, comme il avait vécu, en triomphant, à la bataille île l'ra-
falgar, le 20 octobre i8o5. « ]Vous avons perdu bien plus ()ue
nous ne pourrions jamais gagner, « dit le monanjuc anglais, en
apprenant la victoire et la mort de l'amiral Nelson.
Le traducteur a rendu fidèlement le texte de l'auteur, en n'y
joign.mt (pic deux ou trois notes, et en se dispensant de relever
jilu'»irurs assertions hasardées, telles (|ue celle-ci: « L'Angleterre
n'a ]viit-«'^tre pas employé assez souvent ce genre «l'artillerie (l'or)
dont la l'rancr a tiré un vi îjrand |>arti pour subjuguer le ronli-
Bcnt. u Nous imiterons ta modération , laissant au lecteur le soi*
LIVRES FRANÇAIS. 389
«le faire justice de ces passages, qui déparent un peu l'ouvrage de
M. Robert Southcy.
186. — Dissertation sur cette question : Cujas fut-il refuse dans
la demande «ju^il fît d'une chaire de professeur à Toulovisu? par
M. Behriat Saint-Prix, ln-8" de 02 pages. Paris , 1820. Baudouin
frères.
Cette dissertation , oii le refus éprouve par Cujas est démontré
par une lettre de lui-même, et dont l'original existe , fait partie d'un
£ssai sur la vie de Cujas, que l'auteur se propose de publier à la
suite d'une Histoire du droit romain.
187. — Eloge historique de Jean-AJaric Cailleau, docteur méde-
cin; parE. B. Revolat, ancien médecin principal des armées, etc.:
lu dans la séance publique de la société royale de médecine de
Bordeaux, le 28 août 1820. Bordeaux, 1820. in-8° de 32 pages.
Lawalle jeune et neveu j Allées de ïourny , n" 20.
188. — Ode hébraïque sur la naissance de Mgr. le duc de Bor-
deaux ; par M. D. Drach, rabbin, docteur de la loi, directeur de
l'école cousistoriale israulite de la Seine , avec la traduction fran-
çaise en regard du texte : présentée à S. M. Louis XVIII , par
l'auteur, d.ms l'audience du 23 octobre 1820. Paris, 1820. Impri-
merie hébraïque de Sétier.
189. — Sur les ai'antages des belles-lettres:, discours prononcé
par M. Mathias , censeur de l'Ecole militaire préparatoire des
BouUais (le 16 octobre 1820, à l'ouverture de cette Ecole royale).
1820. Didot aînéj la pages.
190. — Le vieux Cdi^enol, ou Anecdotes sur Jimbroise Borély.
Paris, 1820, I vol. in-i8. Kleffer, rue d'Enfer, iio 2. Prix, 3 fr.
C'est une jolie réimpression d'un roman contre l'intolérance 5
roman historique , ingénieux , et bien écrit, oh le célèbre et in-
fortuné Rabaut Saint-Etienne mit autrefois en action les lois et
les principales mesures executives dirigées contre les protestans,
sous le règne de Louis siv etdepuis. L'ouvrage eut un assez grand
succès lorsqu'il parut j il est précédé ici d'une intéressante notice
sur l'auteur, par M. le comte Boissy d'Anglas, et d'un éloge de
M. de Bec-de-Lièvre, évoque de Wîiues, prélat qui, pour sa
bienfaisance et sa charité, fut aussi regretté par ses diocésains
protestans , que par les catholiques.
191. (*) — Un An et un Jour, traduit librement de l'anglais,
par madame La ha^xonne Isabelle de montolieu ; 3 volumes in-i2-.
39» LIVRES FKAINÇAIS.
Prix, pour Paris, 7 fr. fîoc. :, parla poste, 9 fr. Paris, 1830.
Arthus Bertrand , rue Hautefeuille , no 23.
19a. — Chamonnier français , ou l'irennes des dames ; rédigé par
quelques convives du Caviau moderne et des Soupers de Mo-
mus. XV'Ili' année. Paris, 1820. t vol. in-i 8. Caillot , lib. , rue
St.-Anilré-des-Arfs, noS;. Prix, j fr. 5o c, et a fr., franc de port,
193. — Chaiisrtnnier det demoiselles , par lés mêmes auteurs , et
chez le même libraire. XVII» année, 1 v. in- 18. 1 fr. et i fr. a5 c.
194. — yfrchn>es des le tire s , sciences et arts ; nouveau journal.
Format in-4*. Paris, quai Voltaire, n'3, au premier. Prix, i5
fr. pour la France, par année, et 17 fr. 5o c. pour l'étranger.
Le premier nunii'ro de ce journal a paru le 7 décembre 1819.
Le 17 septembre dernier, il avait déjà annoncé : 1167 articles de
librairie, 176 de gravure, et iiGdi musique. Les yfrchi^'es ne
EC bornent pas à donner les titres et les prix des ouvrages, et
à n'en présenter ainsi qu'une froide nomenclature^ elles en
font aussi connaître le plan et le but , dans des annonces rai-
sonnces.
Livre étranger imprimé en France.
iq5- — Memorias para la historia de las Constituciones espano-
las, etc. — Mémoires pour servir à l'histoire des Constitutions
espagnoles. — \" 'Vlémoire sur la Constitution gothique-espa-
gnole; par Jean Sfmpere. Paris, i8ao. 1 vol. in-8°. Kodriguez ,
cour des Fontaines , n° 4-
L'ouvrage que nous annonçons, et dont l'auteur est connu par
un grand nombre de productions eslim.<bles, traite de la l.onsti-
tution politique de rh.spagne, pendant les trois siècles de la mo-
narchie gothique. — Il n'existait pas , à proprement (>arler, de
Constitution écrite ; mais l'histoire et les lois publiées sous le roi
£niirk , cinquante ans après la conquête , et sous les successeurs
d'Enrick, offrent «les mnniimens qui constatent l'existence d'une
organisation politique, résultat du mélange des coutumes, des
moeurs et des opinions apportées en Espagne par les conque'ranx,
avec les coutumes, les mœurs et les opinions des Romains, sous
le Ras-Kmpire , et avec celles que les Espagnols avaient pu con-
server des tems antérieurs à la domination romaine. M. Sempcre
pense que la Constitution, depuis Km ick jusqu'.t Recarede , n ad-
mettait pas les Espagnols (appelés /io/nâùw) à l'admiuistratioo
LIVRES FRANÇAIS. îgi
«lu royaume, nia la formation des lois. La conversion «leRecarede
au catholicisme , vers la fia du sixième siècle, fut Forigine du
pouvoir politique des évêques : ils acquirent alors , quoique d'o-
rigine espagnole, une autorité illimitée, et s'érigèrent en législa-
teurs , même dans les Conciles généraux de la nation. La Cou-
ronne des Visigots étant élective , ils participèrent à l'élection
desroisjet, si la force ou l'intrigue en décidaient, l'élu ne se
croyait pas solidement assis sur le trône, à moins que les évêques,
réunis dans un Concile avec les grands, n'eussent approuvé l'élec-
tion.
Le pouvoir exécutif était confondu avec les pouvoirs législatif
«t judiciaire ; car, le roi était à la fois chef du gouvernement ,
président des Conciles , et juge suprême. Aucun impôt n'était
établi. Le souverain soutenait sa maison et sa dignité avec le pro-
duit des terres assignées aux rois , et cultivées par des Espagnols
attachés aux mêmes terres, comme serfs aJscripti glebœ. Outra
cela , le roi s'appropriait les biens confisqués sur ceux qui encou-
raient cette peine, d'après la loi, ou en vertu d'un jugement du
roi. Les Conciles de Tolède nous font connaître que les rois visi-
gots abusaient très souvent de ce droit. La liberté individuelle
n'était pas garantie : il est vrai qu'un jugement inique pouvait
être réformé par une cour supérieure; mais le malheureux qui ne
parvenait pas à constater l'injustice devant le juge d'appel, perdait
son procès , et pouvait être puni corporellement j circonstance qui
faisait trembler tous les pauvres, etceuxmêmequi nel'étaientpas.
M. Sempere s'étonne, avec raison , des éloges que des écrivains
éclairés ont donnés à la Constitution espagnole <ies Visigots j il
avoue franchement que les évêques espagnols ont quelquefois
•tempéré ledespotigme des rois, dans les Conciles de Tolède : mais
il ne dissimule pas les motifs intéressés qui les déterminèrent sou-
vent , dans des occa<iions critiques , à pencher en faveur des
hommes ambitieux qui avaient usurpé le trône. Enfin, l'ou-
vrag" deM. iSempere piésente des aperçus neufs et curieux: ceux
qui cherche t a s'instruire dans l'histoire critique des peuples, y
trouveront un grand nombre de vérités utiles , et penseront peut-
être qu'un travail du même ordre, exe'culé pour la France, r^
pandrait quelques lumières sur les siècles de la première dyaas-
tie. J. A. Llobeitte.
vwwwwwwvww vwvwww \v\xvi\v\\x^ WAWw^ \\v\ \\x\v v\\ www V W\%\ VVWVWI^
IV. NOUVELLES LITTERAIRES
ET SCIENTIFIQUES.
AMERIQUE.
ÉTATS-UNIS.
CoKSECTiCLt. — I\ew-1Iav£.\. — Phy'siquc. — EUclricUè gal-
vanique.— M. Robert Uare, professeur de chimie à Tuniversitë
de Pensylvanie, a proposé, dans The American Journal oj Science
and yirts, une nouv<Uc tlnioric de la pile de f'oha , qu'il a ap-
puyi'e dVxperii uccs intéressantes. Lt- puissant agent dévcloppf
pur l'action galvanique, iii' paraît être une combinaison de calo-
rique et dVK'ctricilé ordinaire. 11 reproclic aux phy-iricns ,
peut-être injustement , d'avoir presque coostainmeot préfùrë des
piles galvaniques ù plaques nombreuses , au lieu d'avoir employ<^
des surfaces i>lus clcnJues,avec un plus petit nombre d'e'lc'mcns.
Au mo^ en dune seule paire de cuivre et de zinc , m.iis de 49 l>icds
carre's, il est parvenu à rougir très fortement un til métalli(|ue.
M. Hare nous semble trop négliger Faction chimique , qui doit
j lucr un rôle inportaot dans la théorie de cet appareil.
P<nu.ùère atmosphérique. — M. fiafinesque a publié , dans le
Journal di'jà cité, un ÎMcmoire sur ce qn il nomme la poussière nt-
m sphcriquc. Il pens" que, sans cesse flottante dans Pair, c'est
elle qui se déposer si abondamment dans nos maisons ; qu'elle
tombe aussi en ia>e campagne , et en égale quantité , par un tems
sec et par un feuis brumeux j qu'elle est principalement composée
d'alumine, et que la chute prof'.ressive de cette poussière , jointe
au détritus des jilantes, pei met do concevoir comment les anciens
édifices de la Grèce et Je Rome ont été presqu'cntièrement en-
sevelis. Jl prt'tcnd enfl'i l'avoir vue en Sicile, sur les Alpes, sur
1rs montagnis de l'Amérique , et même au milieu de l'Océan.
M. R. ne parati pas avoir eu connaissance du fait suivant, dont
sans doute il n'aurait pas manc|uéde tirer parti. Lorsque, vers la
fin de i8ig,lc gouvernement anglais lit ouvrir, dans le ch.ltean
d'Kdinibonrg. la chambre où étaient déjioscs les omemens royaux
des anciens souverains d'Ecosse , on remarqua sur Icpbnclicr une
AMÉRIQUE. 395
couche de poussière de plus de trois pouces d'e'paisseur , qui sV-
tait accumuk'e pendant un siècle dans une salle exactement ferme'e.
Kew-Yoek. — Météorologie. — M. John Bech a présente' au
lyce'e de cette ville un Mémoire sur ce qu'il nomme omges salés.
En i8i5, un violent ouragan , venant de la mer, occasionna d'af-
freux ravages , et de'posa sur les maisons et sur les plantes une
couche cristalline de sel marin. M. J. B. se demande dans quel
état le muriate de soude existe suspendu dans l'atmosphère; et,
quoiqu'il n'entreprenne pas de résoudre cette question, il lui a
paru intéressant de constater de nouveau un fait qu'avaient déjà
remarqué , dans l'Inde et en Egypte , MM. Forbes et de Voluey.
ViRGiME ET Tennessee. — Géologie. — M. Elias Cornélius a fait
plusieurs Observations géologiques importantes, dans ces deux
Etats. Il décrit le célèbre pont naturel de la f^irginie ; les
strates inférieures d'une montagne ayant été emportées dans
quelque grande révolution, les couches supérieures sont restées,
formant une arche magnifique de 214 pieds d'élévation. — Il a
visité dans le Tennessee une grotte calcaire dont les parois offrent
aux habitons une abondante récolte de salpêtre, qu'ils purifient
par des cristallisations successives. L'acide nitrique, nécessaire
à la formation du vitriol de potasse, provient sans doute de la
décomposition des cadavres déposés dans la grotte, qui servit
long-tems de cimetière aux Indiens. Il a observé aussi, chez la
nation Cherokee, un vaste tumulus, ou pyramide conique, de plus
de 1000 pieds de tour. En Amérique, la construction de ces monu-
naens primitifs remonte à une si liante antiquité, que les Indiens
n'ont conservé aucune tradition de leur origine.
Province deTIhactaw. — Zoologie. — Mouche venimeuse. —
A cent milles des Natchez, une grande route a été rendue impra-
ticable pour les chevaux, à cause des attaques d'une mouche veni-
meuse qui les fait périr, trois heures après les avoir piqués : jus-
qu'à 40 chevaux ont été tués dans un seul hiver. M. Elias Corné-
lius n'a pas pu déterminer l'espèce de cet insecte. Ce fait rappelle
que, dans l'Amérique méridionale, M. de Humboldt avait observé
On ruisseau devenu impraticable pour les mulets", parce que les
anguilles électriques ( gymnotus electricus ) les foudroyaient à
leur passage.
394 AMÉRIQUE.
WASHiaCTOH. — Publication nouvelle. — M. Georges Otis, qui
a traduit récemment Touvrage de M. l'abbé de Pradt, intitule' :
De l'Europe, aprci le congres d'Aix-la-Cliapelle, vit-at aussi de
faire passer dans notre langue l'histoire vcritablenn-nt classique
de notre glorieuse Révolution , par M. Botta , céltbre auteur ita-
lien, maintenant citoyen français, et rectiur de TArailcmie de
Rouen, qui semble avoir pris pour modèles les grands historiens
de l'antiquité.
RÉPUBLIQUE d'hA.ÏTI.
Port- au-Pbikce. — Enseignement mutuel. — Des lettres de
cette ville annoncent que l'instituteur désigné par la Société de
Paris, M. Ricatte, a reçu l'accueil le plus favorable; son école
est en pleine activité. Sur cent élèves, il n'y en a qu'un blanc.
M. Pradères, correspondant de la Société pour l'enseignement
ele'mentaire , demande une institutrice pour le même lieu.
NOUVELLE-GRENADE.
Bagota. — Instruction pub'ique. — Le général Bolivar a fait
convertir le couvent des capucins de cette ville en un collège,
pour servir à l'éducatjon i°des enfans des citoyens mis a mort
par les autorités espagnoles; 'x° de tous les autres orphelins ou
enfans dont les parens se trouvent réduits à rin.iigence; 3o enfin
de tous les enfans trouvés. Les dépenses de leur nourriture et de
leur éducation seront supportées par la république. Le? enfans
dont les pères ou les protecteurs sont morts au champ de bataille
ou sur l'ëchafaud , pour la cause de l'indépendance, seront seuls
immédiatemunl ndmisdans ce collège. On y enseignera la langue
espagnole, les' principes de la religion, de la morale, de la logi-
que, des mathématiques, de la philosophie expérimentale, du
dessin, de l'histoire, de la géographie et de la topographie. Les
fonds spéciaux du collège ne consisterdbt , pour le moment , que
dans les i5,ooo dollars (environ 80,000 francs) que le docteur
J. Y. Guitterez a légués par son testament à l'instruction publi-
que, et dans les fonds appartenant au couvent et à la commu-
nauté des capucins qui se sont enfuis de cette ville. Si ces res-
sources ne sont pas suffisantes , le déûcit sera comble par la tiëso-
rerie nationale.
AMÉRIQUE. — ASIE. ogS
>'OUVELLE -ESPAGNE.
Mexico. — Enseignement mutuel. — Extrait (Pune lettre écrite
par M. Alaman. — « J'ai trouve mon frère , qui est chanoii>e, à la
tête d'un de nos collèges , auquel est jointe une e'cole primaire. Je
me suis occupe' d'y introduire Vensrignement mutuel:, et quoique
j'aie commencé depuis peu de tems, on s'aperçoit déjà du succès
de cette métliode. »
PÉROU.
JYécrologie. — M. Thaddée Hœnke , célèbre naturaliste
de la Bohème , vient de mourir au Pérou. 11 se disposait à
revenir en Europe, pour refondre et publier son ouvrage inti-
tulé la Flore d<is yilpes. (]ette perte prive les savans d'une foule
d'observations curieuses sur la vie des plantes et sur l'action inté-
rieure de la nature , et de beaucoup de recherches faites, pendant
unséjour de quinze ans, dans la provincedeCocbabamba, l'une des
plus belles et des plus fertiles contrées du monde. A la nouvelle
de cette mort, le vice -roi adonné ordre qu'on transportât tout ce
qu'avait recueilli M. Hœnke, d'Arica à Lima. Sa collection con-
sistait en extraits de quinquina, et en autres plantes fort esti-
mées. Ce naturaliste était élève de Jacquin.
BRÉSIL.
Rio-J.\NÈiRO. — Enseigiienent mutuel. — M. le comte de Scey,
ancien préfet du Dodbs, a écrit de Kio-Janéiro à la Société pour
l'enseignement élémentaire , afin de la remercier des secours
qu'elle a oiierts « t qui seront très utiles pour la formation des
écoles dans ce pays.
ASIE.
INDES ORIENTALES.
. Calcutta. — .Aéridithe , ou pierre tombée de V atmosphère . —
Tous les 1 hysiciens sont aujourd hui d'accord sur la réalité des
aérolithes. 11 nVn est jjas de même à l'égard de l'origine et de la
formation de ces corps : les uns les regardent comme des débris
de planètes, ou comme des produits des éruptions volcaniques
de la luni! ; d'autres pensent qu'elles se forment de toutes pièces
dans l'atmosphère. D existe, dans le muséum de la compagnie
k
.igfi asip:.
des Indes, une de ces pierres . remarquable par les circonstance*
qui accompaj;nèrcnl «a chute. Los détails que nous alinns donner
sont extraits d'une lettre du capitaine G- Biid au major Pcn-
nington.
Le i8 février iSif), vers raidi, des fjens travaiJliint dans un
champ, à environ im demi-mille du %Ula^edo Dooralla, furent
tont-à-ccup aiai-més par une explosion qu'ils prirent- pour celle
d'un canon de ;;;ros calibre , à laquelle succe'da un bruit pareil au
sifîlcmcnt dun boulet de canon dans sa plus grande v-tesse. Ayant
tourné leurs yeux vers l'endroit d où le bruit venait , ils virent
dano l'air une };rosse masse noire, qui pa!-ai-;sait se diriger vers
eux : elle les dépassa avec une vitesse intonrevablc , rt s'enfonça
dan-i la terre, à la distance d'environ 60 pas du lieu où ils e'taient.
Aussitôt que leur terreur fut dissip«;e, ils coururent au villaf;e. où ils
trouvèrent les habit ans non moins eil'rayes qu'eux-mêmes; comme
on n'avait point vu l'aerolithe, on appréhendait que ce ne fftt un
parti de maraudeurs (jui s'approchait. Les braniincs , ayant ap-
pris ce qui ctait arrive', accoururent sui^TS du peuflt; ; ils ii-
rent creuser à l'endroit où la terre paraissait fraîchement remiiëe,
«t ils trouvèrent la jnerre à environ cinq pieds de juofondeur.
Ils l'emportèrent au village , où ils la couvrirent de fleurs; et
ils ouvrirent une souscription pour e'riger un temple , afin de l'y
placer et de tirer parti de l'dvc'nciTient. L'exp^o^ion fut entendu*
à la distance de 'j5 milles de P '0;;lla. Le major Penningfon,
instruit de cette circonstance , éciivlt au cajiitaine Ri<d d'es-
sayer de se procurer la pierre. Ce dernier , s'ctant adressé au
rajah , obtint sans dillieultë uno'dre pour l'enlever. Le rajah rc-
{;ardait sans doute la pierre comme un p)ë;age de malheur; car
il douna des didres formels pour qu'elle n approchât point de sa
re'sidence. ï.lle fut transjiortée à Lediana,où le capitaine Bird
ctait alors , à 80 milles environ du lieu de sa chute; une troupe
de bramines et des seiks à cheval l'escortèrent, (iclte aèrohthe
pèse plus de 2.5 livres; elle est couverte d'une pellicule mince et
noire, aune forme à peu près triangulaire, et présente à un angle,
d'où un morceau a ëté détaché, des pyrites de fer et du nickel.
Tant qu'elle resta chez le capitaine Bird , elle fut l'objet des
adorations des bramines du voisinage, qui venaient à la tente de
cet olTicier; les Hindous n'osaient point en ap|irorher sans avoir
les mains jointes et dans l'attitude d'une grande dévotion.
ASIE. 397
ïliNDA. — Histoire naturelle. — Eruption volcanique. — M. Baum-
hauer, résident, des Pays-Bas dans cette ville , a transmis des détails
sur réruption volcanique de Goonoug-Ajii , quia eu lieu le 1 1 juin
1820. Ce phénomène s'annonça, à onze heures et demie du matin,
d'une manière efl'rayante. A deux heures , ime masse de pierres
brûlantes s'échappa du volcan avec ime force extraordinaire, et
mit en feu , dans sa chute , tout ce qu'elle put atteindre. Les se-
cousses occasionnées par l'éruption étaient si fortes et se succé-
daient si rapidement , que les maisons et même les vaisseaux qui
se trouvaient à la côte en ressentaient les eiîets. La fumée et les
cendres que vomissait le cratère eurent bientôt obscurci tous les
enviroud de la montagne. Les coups redoublèrent vers le soir, et
les pierres furent lancées à une hauteur double de celle de la
montagne, qui paraissait couverte de torrens de feu. Ce spec-
tacle devint plus effroyable encore par un tremblement de terre
qui eut lieu dans la soiiée, et par un ouragan violent , de sorte
que toute la po])ulation de Banda et des autres îles passa la nuit
dans les plus vives angoisses , et qu'à la pointe du jour tous les
bâtimens qui étaient en rade s'éloignèrent de la côte. L'éruption,
continua pendant toute la journée du 12. La fumée et les cen-
dres couvrirent INeira et Louthoir , jusqu'au milieu du parc de
Bogauw. Les arbres furent comme ensevelis dans le sable, et les
puits que l'on ne put fermer furent entièrement comblés. La
verdure fut brûlée partout, et la terre couverte de cendres grises,
qui étouffèrent dans leur chute plusieurs oiseaux et plusieurs
quadrupèdes. 11 s'était formé , au nord-ouest de la montagne ,
ime nouvelle ouverture, par laquelle s'échappaient des pierres
d'un volume considérable. Néanmoins , l'éruption principale s'est
faite par l'ancien cratère. D'après f^alentin, la montagne a brûlé
pendant cinq années lors de l'éruption de ifigo , et un vieillard
digne de foi assure que la même chose a eu lieu de l'-^Gb à 1775.
Malaca. — Botanique chinoise. — Dans une lettre adressée au
révérend docteur Morison, lésidant à Canton, M. Livingstou
propose de joindre au collège anglo - chinois établi à Malaca
(Voyez ci-dessus, tome iV de la Revue, page 217), une école spc-
ciale pour l'étude de la botanique en Chine. Il a développé son
projet dans un Mémoire présenté à la Société horliculturnle de
Londres. Un habile botaniste, choisi par la Société, pourrait
être envoyé en Chine, où , à l'aide des habitans , il formerait un
39S ASIE.
jardin botanique dont les plante* seraient ensuite transportées ew
Anj;letcrre, suivant leur utilité et le mode de culture qu'elles
cxigerjiei\t. La dilliculte qu'cjirouvent les voyaj;curs à p<netrer
dans l'intéreur du pays, ne serait j)lus un obstacle à rexécution
de ce dessein , si l'on enseignait à quelques- uns des naturels les
principes de la botanique furoi écnni' , par lesquels ils seraient à
même (le jut;er des proprielé-i particulière» à chaqiu- plante, et de
transmettre leurs connaisances au savant cli:ir;;e de dirif;^- leurs
travaux. Le révérend docteur Morrison a icpoi du qu'il approu-
vait \e plan de M. Livingslon j que, dès la fondation du collège
anglo-chinois à Malacd , il était convenu qu'on y joindrait un
jardin botanique j mais que les occupations dont les missionnaires
étaient silrchargés ne leur avai<'nt pas permis de donner suite à
ce projet. Cependant, il j:roniet de rechercher tous les ouvrages
chinois cpii traitent desj)lantes. et de les réunir à la bibliothèque
du collège. Dans le cas où la Société horticuUura/e con--entirait
à seconder leurs eflbrts, il l'engage à envoyer en Chine, sans
perdre du tcms, vm jeune botaniste, atin qu'il puisse étudier la
langue , et revoir la traduction en chinois des meilleurs ouvrages
européens qui traitent de la botanique. Le Mémoin- adressé par
M. Livingston à la Société anglaise contient plusieurs détails inté-
ressans sur les obstacles qui se sont opposés jusqu'ici à l'introduc-
tion des plantes .chinoises en Angleterre, et sur les précautions
à prendre pour remédier à ces inconvéniens.
— Sociétés bibliques. — Le Glaneur indo- chinois donne les
détaUs suivans sur les progrès des missions dans l'Inde. Le 5 jan-
vier 1819, on a célébré à Bellary le premier anniversaire de la
fondation d'une Société biblique dans cette ville. Tout s'y est
passé avec leplus grand ordre : à la lin de la cérémonie , quelques
naturels se sont fait inscrire sur les registres , comme souscrip-
teurs. Les quôtcs de la dernière année se sont élevées â deux
cents louis. Les membres de la Société espèrent pouvoir distri-
buer, sous ])eu, plusieurs exemplaires des saintes écritures tra-
duites en chinois. Le 18 du même mois, le nombre des institu-
tions chrétiennes existant déjà à Beilary a été augmenté par la
formation d'une nouvelle Société biblique parmi les jeunes gens.
Soixante enfans ont voulu concourir à cet établissement , et ont
souscrit pour une certaine somme. Le maître qui dirige l'Ecole
de charité a , le premier, donné l'idée de ce projet, dont l'exécu-
ASIE. 39g
tien est entièrement due à son zèle et à l'activité' d'un des élèves,
auparavant connu par sa méchanceté', et chez lequel une bonne
instruction religieuse a produit le plus heureux changement. De-
puis long-tems, les membres de la grande Société biblique dési-
raient acheter un édifice situé au centre de la ville , afin de pou-
voir s'y rendre de teras en tems , et converser avec les naturels
«ur des sujets religieux. Ils ont enfin , non sans peine , fait Tac-
quisition d\me maison bâtie en pierre , et contenant deux appar-
temens ori ils doivent aller, tous les soirs ; lire et expliquer les dif-
férens passages de la Bible qui ont rapport aux catéchismes et
aux dialogues religieux, etc. ; ils répondront aussi aux questions
qui leur seront adressées. M. Taylor a fait dernièrement, au nom
de la Société, une tournée pour inspecter les écoles. Elles sont
presque toutes fort bien tenues j cependant, les progrès sont géné-
ralement plus rapides dans le calcul, que dans la lecture. L'école
de Boodial est une des plus satisfaisantes. Quoique M. Taylor n'y
fût point attendu , il Ta trouvée dans un ordre parfait : treize des
«lèves ont récité le premier catéchisme ; sept savaient par cœur le
cinquième chapitre de Tévangéliste Mathieu ; enfin , tous mon-
traient de la bonne volonté et de Tapplication. La liste suivante
fera connaître les écoles fondées et soutenues par cette mission ;
le nombre des élèves qu'on y instruit, et les connaissances qu'ils
acquièrent sur la religion.
Nombre des écoles , onze.
■ Enfans qui suivent les classes régulièrement :
L'école de Gentous 5o élèves.
Ecole pour enseigner l'indo-anglais aux naturels. . i^.
Ecole pour les pariahs , ou hors de caste , qui habi-
tent dans le voisinage 24.
A Kowl Bazar 22.
A Seedharaguddy 16.
A Kupgul 24.
A Arsoondy 26.
A Tholamamady 23.
' A Boodial^ 5o.
A Heerial 4°-
A Paltoor 55.
Total 347.
4oo ASIK.
Nombre des enfans qui peuvent réciter le premier
Catéchisme i\[i.
Le second C.ilcrJM-imc ao.
LeSermon sur la montagne '^•^.
Les Ai\ Commandi mens de Dieu i.J.
' Les Prières du 5oii' et du matin à r usage des écoles ... 7.
Le petit Catéchisme sur la création 3.
En général , les élèves sont assez avancés pour la lecture, l'é-
criture et le calcul , etc. lia Société a t'ait écrire une lettre dans
la langue du jiaj's , contenant un exposé de l'état actuel des écoles j
elle en a envoyé des copies à tous les maîtres , afin que les
louanges données à ceux qui s'acquittent bien de leurs impor-
tans devoirs, les encouragent à continuer, et que les plus indo-
lens reconnaissent leurs fautes et s'en corrigent. — Les naturels
commencent à sentir le i)rix de l'éducation : ■?.] d'entre eux sont
dernièreracnt venus ollrir de payer, tous les mois, une somme
d'argent pour renirelien des écoles. 11 est salisfaLsant de les voir
disposésà accueillir 1 instruction et les lumières que s'empressent
de répandre des philanthropes aussi recommandables par leur
piété, que par le zèle avec lequel ils servent la cause de la religion
et de l'humaiiité.
— Bihliothcque du Collège an glo -chinois. — Plusieurs pliilan-
thropes se sont empressés de concourir à rétablissement du Col-
lège nviglo-chinois établi dans cotte ville, en versant des fonds
considérables enlro les mains des respectables fondateurs, et eu
ofliant des ouvrages estimes pour la bibliotlièque de cette insti-
tution. INous donnerons ici l'indication de ceux qui ont déj.i élc
reçus , aiin de faire juger la direction imnrimée à 1 instruction de
jeim<.'> élèves dans ce pays.
M. J. Davis a otJ'ert les ouvrages suivans : Riivhère, i vol. in
folio; les Ambassade^ Imllandaises au Japon, a vol. in-fol. \ l'His
loirede la Chine, jiar Semedo , 1 vol.; l'Histoire du Japon , pai
Rœmpfer, a vol. j l'Histoire universelle de la Chine, par Se-
medo , 1 \o\. in-.îo ; les Voyages par terre de Moscou en Chine
p.ir Ides , I vol. in-4''. >^
Livres ofl'erts par plusieurs Ani;lais, amisdelinsfitntion : Riblial!
sacra, i vol. in-fol. ; Recueil évangélitpie, a} vol. in-S" ; ^ ie di|j'
Joseph AUein, 5 exemplaires , i vol. in-S»; Histoire de l'Europej
ASIE. 4ot
par Bigland, 2 70I. in-8°; Répertoire de l'Evangile, 4 vol. in-8° j
Revue eclectic , pour 1818, i vol. in-80 ; l'Observateur chre'lien,
pour 1817, I vol. in-80 ; le Journal des Missions, pour 1817,
I vol. in-S" \ le modèle d'un chrétien , par Thomas A- Kempis,
I vol. in-12; Traité sur le gouvernement divin, par Williams,
i vol. in-80.
Livres donnés par le docteur Chalmers : la Vie de Calvin ,
I vol. in-8° ; les Observations d'Young, i vol. in-S" ; Essai sur
l'origine et le décUn de la religion chrétienne dans l'Inde, 1 vol.
in-80 .
Le docteur MoiTison a donné les livres ci-après : Traduction
française de l'invariable milieu, par M. AbelRemusat, i vol.
in- 4° '■) (Les originaux de cet ouvrage sont écrits en chinois et en
tartare j la traduction est française et latine , avec des notes. ) Le
Parallèle, par Montucci, i vol. in-jo 5 le Journal desSavans,
cahiers de juin et d'août 1817 ; la Gr;iramaire chinoise de Morri-
son, 4 exemplaires, i vol. in-4°. (En tout, cinquante volumes.)
— Publications nouvelles et prochaines, r— On doit publier in-
cessamment dans cette ville {Malaca) une Revue des tr.wnux de
la mission protestante en Chine, pendant les dix premières années ,
accompagnéi> d'un grand nombre d'observations curieuses sur
le langage, l'histoire , et la mythologie de la Chine 5 sur le carac-
tère moral et intellectuel de quelques-unes des nations in^îo-chi-
noises, et sur les missions chrétiennes; par l'éditeur du Olaneur
indo-chinois, i vol. in-S", en papier indi. n, d'environ 25o pages.
Les souscripteurs paieront 4 sicca roupies (8fr. 20 c. ); on pourra
souscrire chez MM. Alexandre et compagnie, à Calcutta; à Ma-
laca, chez MIVI. H. Kraal et Brooks, et .î Londres, chez M. J.
Nisbet , libraire , n° 1 5 , Castle Street , Oxford Koad.
— Pendant les maladies qui ont régné ici, et qui ont enlevé un
grand nombre de personnes, les missionnaires ont fait paraître
un petit écrit en chinois , intitulé : Dei^nirs de C homme dans les
calamités publiques. Cet ouvrage a pour but d'apprendre aux
payensà se soumettre sans murmure aux tlécrets de Dieu, et de
leur faire admirer et connaître les voies de la Providence. ^1. Tay-
lor a aussi fait imprimer on malai quelques hymnes, et des ré-
â.exioas sur la dépravation humaine.
TO«E VIH. 26
4o2 ASIE. — AFRIQUE. — EUROPE.
CHINE.
Canton. — Publications nouuetlfs. — Le docteur 31orrison u
entièrement terminé sa traduction des prophètes ^'alium, Aggée ,
Uabacuc, E/échiel, Zacharie , et ^lalacliie. 11 a aussi composé
et publié en chinois un ouvrage contenant un f^oyage autour du
monde, qui unitTintérét à rinstruction.
PERSE.
TÉHÉBAH. — P^oyage Scientifique. — Le célèbre philologue et
Toyageur danois , lU. Rask, après avoir traversé l'Astracan, le
Caucase et la Géorgie, est arrivé au mois dernier dans cette ville,
d'où il compte se rendre à Bombay.
AFRIQUE.
SERR A-LEONE.
^vCTTovrif. —Progrès de la civilisation. — Depuis deux ans, «m
journal intitulé : The royal gazette and Serra- Leone aduertisrr ,
se ]iijblie dans cette ville , qui est la capitale de la colonie. — On
ëlèvp aujourd'hui des temples dans cette contrée , où , il y a qua-
rante ans , on trouvait à peine quelques misérables huttes. L'a-
griculture y est dans un état florissant, et les écoles lancasféricn-
nes, qu on y a établies en grand nombre, obtiennent des succès
toujours croissans.
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
LosDRES. — Société royaU. — Géologie. — Le doct. jugent a pré-
senté, à la .Société roj'ale de Londres, des observations curieuses
sur la géologie de Vile d^yintigoa, dans l'archipel des Antilles :
située presqu'au milieu d'un système volcanique, elle ofl're vers
le sud des couches calcaires d une formation très récente, et qui
paraît contemporaine de celle des environs de Paris et de l'île de
Wight. Au-dessous de ces couches, il a trouvé des coquilles céri- ,
thcs dans des bancs siliceux. La riche végétation des tropiques et
des forêts de palmiers ombragent cette formation remarquable.
Écos.'^R. — Glasgow. — Economie rurale. — AInnière de détruira
les clienilles — Un jardinier de cette ville a découvert par basant)
EUROPE. 4o3
•«ne manière simple et certaine de de'truire les chenilles. Un petit
morceau d'étoffe de laine ayant été porté par le vent dans un
buisson de groseillers, il l'y trouva couvert de ces insectes des-
tructeurs. Il mit alors plusieurs morceaux d'étoffes dans différens
arbustes de son jardin, et les chenilles s'y réfugièrent en grand
nombre pendant la nuit. De cette manière , il en a tué plusieurs
milliers, et il est parvenu à les faire disparaître tout-à-fait.
Londres. — ^agriculture. — Pécher-amandier. — M. Andrew
Knight, de Londres, ayant fécondé les fleurs d'ua amandier à
amandes douces avec la poussière fécondante des étamines du
-pécher, réussit à obtenir an Jruit inter-uédiaire , qui semble indi-
-quer entre les deux arbres une analogie que ni leur port , ni leurs
caractères n'auraient fait soupçonner. Il incline à penser que
les deux espèces pourraient bien n'en faire qu'une, et que les
amandes ne sont que des pêches imparfaitement développées. Le
fruit qu'il obtint formait un globe d'à peu près sept pouces de
«irconférence , était très charnu, d'un beau jaune à l'extérieur et
d'-une légère teinte citron en dedans • le goût n'en était pas très
prononcé. 11 espère, à force d'essais, reproduire et répandre cette
variété (i).
— j4rts mécaniques. — Pont en chaînes. — Le capitaine de vais-
seau Brovrn , chargé de diriger les travaux du pont de chaînes
jeté sur la Tweed , vient de le terminer. Il est ouvert au pubhc ;
les voitures et les charriots de toute espècey circulent Hbrement.
Ce pont léger , d'une construction facile et peu coûteuse , est
d'une grande solidité : c'est le premier de ce genre qu'on ait fait
en Angleterre. La rivière a 437 pieds de large, et le pont n'est
soutenu au centre par aucun pilier. Le capitaine Brown, qui eti
«st l'inventeur et le constructeur, s'engage à en garantir la durée.
— Publications prochaines. — Sir Robert Ker Porter doit pu-
blier incessamment des f^oyages en Géorgie , ea Perse , en Ar-
ménie, etc., faits pendant les années 1817, 1818, 1819 et 1820.
Ces voyages embrassent une vaste étendue de pays , et en parti-
culier presque tout ce qui était compris dans les anciens em-
pires assyrien, babylonien et persan j depuis les bords de la ÎMer-
(j) Philosophical Magazine. Mars, 1820. Transactions de la
Société Horticulturale de Londres.
26*
4o4 EUROPi:.
Noire ju'jqu'à rEiiphrate, et <lcp\ùs l'Euphrafo jusqu'à l'embou-
chure du golfe Pcrsique. Les mœurs , les costumes et les cou-
tumes des liabitans de ces régions y seront scruj)uleiisemcnt dé-
crits, et compares aux mœurs des races d'hommes qui les ont pré-
cédés. ITes gravures , faites d'après les dessins de ]M. Porter, re-
présenteront les antiquités curieuses qui subsistent encore au-
jourd'hui dans cette partie de l'Asie.
— PoJsie dramatique. — Hugo Foscolo, l'auteur des Letlret
Je Jacopo Orlis , imituti^m remarqu;J)lc de Werther , a fait im-
primer ici une tragédie italienne dont on parle beaucoup, et c|ui
a pour titre Jîicciarda. Il a cherché à réunir dans cette pièce le
pathétique somlire anglais avec la simplicité d'Alfiéri.
— .M. Kinney , l)octe draniatic|ue estimé «n Angleterre, est ac-
tuellement à Pai"is , où il a traduit les / 'iym* nittiennes. Cette
tragédie sera jouée prochainement à Londres au théâtre de
Drury-Lane.
— AichLoIo^ie. — Verslafin de l'année dernière , M. J. S. Cot-
MAN , ar(i>fe anglais, auteur de Y Architecture ancien ne du comte
de A'orfhfk , a fait paraître le prospectus d'un ourrage intitulé :
L'Architecture du moyen âge en Normandie, d'après les dessins
qu'il a faits pendant les étés de 1817 et 181 8, accompagnée de
notices historiques et descriptives.
L'auteur ayant eu son attention dirigée durant plusieurs an-
nées par l'architecture de sa province natale , il a natui°ellement
porté ses regards vers le rivage opposé du continent. Il ne pou-
vait s'emi èeher de croire que la plupart des édifices curieux
«ju'il rencontrait dans le cours de ses voyages pittoresques en An-
gleterre ;ie tirassent leur origine de la Normandie, quoique at-
tribués communément aux Anglo-Saxons. Vérifier ce point qui,
depuis long-lems, a formé im sujet de recherche parmi les plus
sav'ans antiquaires, et en même tcms tracer les progrès de l'archi-
tecture gothique en Normandie, en mettant des spécimen de se»
))lus beaux restes sous les yeux de ses compatriotes , et en leur
soumettant des détails dont les dates soient irrécusables; voiU
l'entreprise qui lui semblait mériter de l'intérêt , d'autant phu
que tout ce qui est connu à l'égard de ces monumens, du moins
(m Anglctcrr«, sit r«duit à peu de chose. Sen cflorts ont encore
^ EUROPE. 4o3
I iié excités par un motif plus puissant : l'espoir que son travail
pourrait, quelque limite qu'il pût être, jeter quelques traits de
lumière sur Ihistoirc d'un pays intimement lie avec le sien par
le langage , par les coutumes, par les lois, même en quelque
sorte par le sang , et gouverné pendant plus d'un siècle par les
mêmes souverains. Dans ce but, dès que la paix parut afi'ermie,
il traversa la Manche ; et , il se hasarde maintenant à soumettre
le re'sultat de ses recherches au tribunal du public des deux
pays. Une semblable entreprise, INT. Cotman le reconnaît bien ,
aurait pu se faire avec plus de fruit avant Fouragan politique
qui est venu fondre avec une force épouvantable sur les temples
de la- religion , sur les palais des rois et sur les châteaux des ba-
rons 5 et c'est pour lui un sujet de regret que l'entreprise n'ait
pas été faite alors. Cependant , bien des restes précieux ont
échappé à ces ravages : heureusement les deux abbayes royales
de Caen, quoique déchues de leur splendeur primitive, sont en-
core presque entières j les chûteaux de Falaise , d'Arqués et de
Gaillard conservent assez de leur magnificence ancienne, pour at-
tester ce qu'ils pouvaient être dans leurs beaux jours. On re-
trouve les villes et les châteaux qui ont été les berceaux de tant
Ae familles les plus nobles et les plus illustres de l'Angleterre,
telles que les Harcourts, les Vemons, les TancarviUes, les Spen-
cers, les Courtnays , lesTracys, les Montgomerys, etc. , etc. j et
des édifices sans nombre , d'une beauté achevée, qui datent des
tems moins anciens où les Henri et les Edouard se ressaisirent du
sceptre normand , se rencontrent partout. Dans le choix qu'il a
fait parmi tous ces matériaux , et dans la partie descrijitive de
son travail , l'auteur a eu le bonheur d'être dirigé et aidé par
quelques amis instruits, ses compatriotes, ainsi que par quel-
ques savans antiquaires de la INormandie; et, à moins qu'il
ne soit porté à attacher trop d'importance à ses propres re-
cherches, il espère que l'ouvrage dont il s'agit sera jugé digne
d'encouragement et d'approbation. Il sera publié in-folio, en
quatre parties , dont chacune contiendra îS planches , avec des
descriptions. La première partie a déjà paru vers le commence-
ment de cette année , et les autres se suivront par semestre , au
prix de trois guinées par livraison ( ^5 francs 60 centimes). Il
doit y avoir cinquante exerai)laires sur grand papier vélin , avec
4o6 EUROPE.
des épreuves à cinq guindés (lafi francs). On souscrit chei les li-
braires des villes capitales de rEiirope.
J. S. S. , de C Académie de Caen.
Brichton. — Beaux-Arts Galerie de tableaux. — On vient
d'ouvrir au public, dans cette ville , une galerie de tableaux qui
en contient plusieurs d'un très grand pris. Les plus estimes sont :
1** un Moisejrafipnnt le rocher d'où, jaillit une iource d'eau vi^'e 'y
par le Poustin; a" un Mariage de S le. -Catherine, pai Parmigiano,
peint pour le grand-duc de Toscane j les amateurs l'admirent
pour la vigueur du pinceau et la richesse du coloris; 3* un por-
trait de Mengs , d'un ilni admirable , J" Cujndon dans les Jorges
de yufcain\ la tête de l'Amour est charmante; son visage ex-
prime à la fois la grâce et la malignité ; il montre à sa mère la
pointe de la flèche que les Cyclopes ont aiguisée. Ses formes
sont élégantes et légères ; elles se dessinent sur un fond de cou-
leur brune : la lumière , répandue avec art , produit un effet ma-
giqiie. Ce tableau rappelle le Corrégc et ses contours gracieux,
tandis qu'on y retrouve aussi les beautés d'expressions du Domi-
niquio. On l'attribue à l'un de ces grands peintres, sans savoir
avec certitude auquel des deux il appartient. Cette galerie ren-
ferme des productions des écoles italienne, française, hollan-
daise et anglaise ; ainsi qu'une riche collection du peintre fla-
mand Loutherbourg , composée de trente et un tableaux.
Edimbourg. — IVécrologie. — Le docteur John ^lurray , pro-
fesseur de philosophie naturelle, de chimie , de matière médi-
cale et de pharmacie, est mort à Edimbourg, vers la fin du mois
de juillet. Ce savant possédait à un degré éminent les connais-
sances nécessaires à sa profession. Dans ses discours, il unissait à
l'esprit le plus i)hilosophique, la clarté, la précision et l'énergie,
n a publié en 1801 , i" des EUmcns de chimie , a vol. in 80,
réimprimés en 1810; 2° des Elemens de matière médicale elda
phaiTfiacie , 1804, a vol. in-S" ; 3° un Système de chimie , 1806,
4 vol. in-80 ; 4° w Supplément au système de chimu , i8og, i
Tol. ia-80; un Système de matière médicale et de pharmacie ,
1810, a vol. iu-80.
RUSSIE.
Instruction publique. — On compte actuellement , dans les di-
EUROPE. 407
TcrseS parties de l'empire russe , 58 écoles eccle'siastîques , dont /f
académies, 36 séminaires et 18 écoles inférieures , où l'on en-
seigne piincipalement la langue russe , l'arithmétique et la reli-
gion chrétienne. 26,000 jeunes gens y reçoivent actuellement
l'instruction, en grande partie aux frais du gouvernement. Le
nombre de ceux qui font leurs études dans les quatre académies
est d'environ 4000 5 ils ont 5o professeurs. Les 36 séminaires comp-
tent au-delà de 20,000 élèves , avec 207 précepteurs , et les 18
écoles inférieures ont 80 précepteurs et environ ao,ooo écoliers.
Casan. — Littératures tartare , arabe et turque. — L'imprimerie
du Collège ( Gyninasium) de Casan a fait paraître, depuis le
commencement du siècle actuel, plusieurs ouvrages en langue
tartare , et a contribué par-là à propager la culture d'une littéra-
ture qui n'est connue en Europe que d'un petit nombre de per-
sonnes. Ces ouvrages ne sont, à la vérité, qu'au nombre de trois,
et d'une valeur intrinsèque fort médiocre ; mais ils ne sont pas
sans prix aux yeux du philosophe , puisqu'ils prouvent les pro-
grès de la civilisation : car tout peuple qui lit , cesse d'être bar-
bare. Deux de ces ouvrages traitent de la morale, ou plutôt de la
religion, et paraissent avoir été traduits du persan. Le premier,
envers tartares, est intitulé : t'eusun-Redschal , ou le Bonheur
du Salut. Il a été imprimé en 1802, et forme un volume in-4° de
•fjG pages. Peut-être est-ce la traduction d'un ouvrage persan
di Ebi jili Meskuje , sur diverses questions dogmatiques. L'auteur
tartare commence son livre par la division des devoirs en de-
voirs nécessaires , et prescrits par l'exemple du prophète ; en
devoirs requis, volontaires, permis, indifférens et défendus.
Viennent ensuite les devoirs de Tablution et de la prière: mais
la majeure partie de cet ouvrage consiste en préceptes moraux,
entremêlés d'anecdotes. — L'autre ouvrage est intitulé : Sebatul-
Aadschisin; c'est-à-dire, la fermeté des faibles. Il est également
écrit en vers tartares , et a été publié en 1807 ; in-4° de 108 pag.
L'auteur, après avoir chanté les louanges du Seigneur, traite
d'abord des dogmes, mais plus particulièrement des huit qualités
de Dieu , savoir : l'existence ou la vie ( hajat ) , le savoir ( ilm ) ,
la puissance {kudret) ,\ai \ue (bassr), l'ouïe (semi) , la volonté
{fradet), la parole {helam) , la création (teAwi« )• Il parle en-
suite des autres articles de foi, savoir: des anges, des pro-
4o8 EUHOPK.
plii'fcs, des peines du lombrau et de l'enfer, de la resurreclioo,
du jugement (iernu-r, de la balance de la justice, du pont de sé-
paration , dp bassin dVau du paradis , et de l'intercession du pro-
plif'tc. Le reste de ronvrage est consacre à i etliique, et traite du
bonhi-ur, <lu contenttnienl , de Ta varice, de la ferrcur , de la
coniiunce el de Torgucilj puis, de la nécessite de garantir Tcil de
Faspect des choses défendues, des suites funestes du ui»nijiip de
reOexif'n , du monde trompeur et de la vanité de la vie. Le tout
est enimnéléde petites histoires et d'anecdotes sur des personnes
pieuses et sages. Le dernier article traite des mauvaises disposi-
tions de Tame , de Tohligation de tenir sa promesse, dn bonheur
d'avoir un bon guide ; et , ajirès avoir raconte l'histoire de Said et
Saad, l'auteur termine son livre par des observations sur la né-
cessite de se soumettre à son sort. — Le troisième ouvrage est
l'histoire du prince SciJul-AJuH, conte rim»- ; i vol. ii»-4". 1807.
Ce he'ros est le même que celui q u i figure dans /cj Mille et une A'uits.
Cependant , les deux contes diflirent essentiellement (juant au
sujet. Kien de plus absurde que les aventures accumulées dans
ce poé'me. Mais , c'est le seul conte tartarc qui, à l'exception des
poésies romantiques de AJir-yili-Schir, nous soit connu, et,
sous ce rapport, il est précieux. Il fait voir la pauvretd de la^lit-
iérature tarfare, qui n'a ni la couleur fleurie de celle de la Perse,
ni l'exubérance de celle de l'Arabie, et qui, cultivée etir le sol
russe , n'a fait aucun progrès depuis le célèbre Mir-ylliSchir ,
connu comme jwète, sous le nom de IVtwaji, et dont la Riblio-
thiquc royale de Paris possède les œuvres en deux magnifiques
volumes in-folio.
Outre ces ouvrages, l'imprimerie de Casan a fait sortir de ses
presses, en 1H09, les clénieus de la grammaire tartare , à l'usnge
des élèves du collège de cette ville j 1 vol. in-8° de 106 pages.
En y ajoutant une grammaire et un dictionnaire tartare de Jof^epli
Gij;anovy, imprimes à Pètersbourg, et une autre grammaire pu-
bliée dans la même ville, en 1814, par Alexandre Trogansky,
professeur de langue tartare, on connaît tout ce qui a été mis au
jour en Kussie sur cette langue.
Quant aux autres ouvrages en langues orientales, qui ont été'
imprimés ;'i Casan, ils se burnenl aux siiivans: 1" Le livre tVL'stu-
want fllohaimncd l'Jfcndi, sur les préceptes de la purification
EUROPE. 409
selon la loi , et de la prière répe'te'e cinq fois par jour, en langue
turque. 1806 ; in-8° de 168 pag. — 2°. Prissalei /Jergewi, ou Ins-
truction religieuse de Scheich Mohammed Ben yili Bergeli ,
également en langue turque. 1808. \x\-\° de 122 pag. — 3°. Le
même ouvrage en rimes turques; 1807. — 4'*- ^^*^ Koran, en langue
arabe. 1816. Vol. in-folio de 478 pag. — 5°. Enfin, un extrait ou
des fragmens du Koran, en langue arabe. 1816. Vol. in-8° de
238 pages. Un ouvrage sur la vaccine a e'té imprimé à Pe'ters-
bourg, i8o3, en langue turque, in-80 de 73 pages ; et c'est dans
cette coileclion de quatorze ouvrages que consistent toutes les
publications en langues tartare , arabe et turque , qui , depuis
une vingtaine d'années , ont été faites tn Russie , pour la plu-
part aux frais de particuliers.
POLOGNE.
Extrait du rapport fait a la Diète par M. le comte Mottowski
sur la situation actuelle de la Pologne. — Un recensement exact
de la population du royaume, la porte à 3,438,728 individus;
ainsi, la diminution causée par la guerre se trouve déjà à peu
près compensée. Plusieurs causes ont concouru à cet accroisse-
ment, et, entre autres, les nombreux établissemens de colons
étrangers, le retour d'une grande quantité de Polonais dans leur
patrie, la multiplication des mariages, qui suppose plus de bien-
être dans l'état social, et le bienfait de la vaccine qui augmente
les chances de vie dans la classe des enfans, où la petite-vérole
dévouait tant de victimes à la mort. Avec la population et la
paix, l'agriculture s'étend et s'améliore; les races de bestiaux
s'améliorent, en même tenis qu'elles s'augmentent, par les secours
qu'elles tirent des établissemens où le gouvei'nement réunit les
plus belles espèces. Des écoles d'agriculture, des desséchemens
de marais, des constructions de routes, contribuent aussi aux
heureux changemens qui se font sentir dans le pays. — Les villes
ne se ressentent pas moins que les campagnes de l'impulsion vers
Je bien , donnée à toutes les parties de l'administration. Les soins
de l'autorité pour les objets tenant à la salubrité, et notamment
pour le pavage et l'éclairage, ont été couronnés de succès. La
multiplication des briqueteries donne lieu à des constructions
plus solides. Une Compagnie d'assurances contre les incendies
4,0 EUROPE.
garantit les propri^U/s. Le service des hôpitaux et maisons d»
détention est mieux règle. Des manufactures s'établissent , et de»
fabriques de draps commencent à fournir aux besoins communs.
La réduction des droits d'entrée favorise le commerce d'un pay»
que sa position topographique prive de débouches naturels. —
Les travaux des mines et carrières prennent chaque jour de Tacti-
vité. — L'armée polonaise , si distinguée par sa bravoure , a gagns
encore sous les rapports de l'ordre du service et de l'administra-
tion \ elle est presque entièrement habillée avec des draps du
pays, ce qui décharge la nation d'un tribut de deux millions de
florins, qu'elle payait pour cet objet à l'étranger. — Un comité a
été chargé de présenter un projet de banque nationale.
Cracovie. — Nouvelle S Qculéd'' agriculture. — Une société s'est
formée en Pologne, sur la proposition de M. Obrichdc Szanicky,
propriétaire dans cette ville, pour faire l'acquisition de biens-
fonds considérables , dans la vue de multiplier partout les fermes
expérimentales, de fonder des fabriques et des manufactures»
afin de perfectionner l'agriculture, de tirer parti de ses produits
en tous genres, et d'améliorer le sort des paysans-
SUÈDE ET NORWÈGE.
Instruction publique. — Université de Christiania. — Depuis la
fondation de l'Université de Norwége, établie dans la ville de
Christiania, il y a t-té inscrit cent quatre-vingt-dix-neuf étudians.
A la Gn du mois d'aoïU dernier , le nombre de ceux qui y faisaient
leurs études, s'élevait à quatre-vingt-dix-neuf pour toutes les
facultés des sciences. On applaudit généralement à la sévérité
avec laquelle les professeurs attachés à cette Université n'ad-
mettent à faire leurs examens publics de réception, que les étu-
dians qui sont en état de justifier d'études soutenues, tt de la
solidité de leurs connaissances.
DAKEMÀRCK.
Islande. — Sources bouillantes. — Le professeur Mengc, de
Hanau , dans un voyage qu'il a fait en Islande, écrit de sa tente,
en juillet 1819, au pied même du Geyser , la description des phé-
nomènes que lui présentaient ses sources bouillantes. Un entonnou
EUROPE. 4ii
^ '•00 pieds de tour, et d'une profondeur inégale, se vide et se
remplit alternativement d\an ciiaudc. Dans un intervalle ,
M. Menge a eu le courage de pénétrer dans son intérieur et d'y
ramasser quelques pierres du fond, qui n'est que du tuf siliceux,
dont la silice est en véritable dissolution dans les eaux de la
source. Il snfiisait de jeter une pierre dans l'entonnoir, pour de'ter-
miner une explosion. Au milieu d'une des nuits qu'il a passées
auprès du Geyser, le voyageur fut réveille par un fracas sembla-
ble à celui du tonnerre; il s'élança hors de sa tente, et vit les
eaux du Stroch projetées à une telle hauteur, que la fumée de la
colonne d'eau bouUlanle semblait atteindre les étoiles ; tandis
qu'au milieu d'explosions terribles, le grand Geyser étalait magni-
fiquement sa montagne colossale de vapeur. La clarté de la lune
et les premiers rayons de l'aurore éclairaient, de chatpic côté , les
nuages ondoyans formés par ces volcans d'eau. Dans son enthou-
siasme , le professeur Menge se félicite d'avoir été témoin du
plus beau spectacle que, selon lui, la nature puisse olTrir aux
regards d'un mortel.
Copenhague. — Ouverture d'un cours de langue samscritc. —
M. INyerup, professeur et bibliothécaire à l'Lniversité dcCjupcn-
hague, connu par plusieurs ouvrages sur la bibliographie, l'his-
toire et les antiquités du INord, vient d'ouvrir un cours do langue
samscrite. La bibliothèque possède,iainsique l'assure IM. INyerup,
une collection extrêmement précieiised'ouvragt-s samscrits, qu'elle
doit aux soins infatigables de l'estimablo M. Nathanael Wallich,
directeur du jardin botanique à Calcutta , qui ne s'est pas borné à
"obtenir de la bienveillance des deux sociétés littéraires asiatiques
de Calcutta et de Fort- William , une collection considérable de
livres précieux, mais qui s'est même dépouillé de ses propres
richesses en ce genri', pour en faire don à sa patrie. Il est bon
peut-être d'ajouter, pour confondre ceux qui méprisent ou qui
feignent de mépriser les juifs, que M. le dortcur Wallirh pro-
fesse la religion de Moisi-. AI. INyerup attribue à la laniMie sams-
crite une si haute importance , qu'il croit qu'avant un demi-siècle
il sera nécessairement étalili dans toutes les Universités de l'Eu-
rope des chaires pour cttfe langue , ainsi qu'il y en a depuis long-
tems pour l'hébreu, l'arabe et les autres langues oricn'alcs , tant
mortes que vivantes.
4»a EUROPE.
ALLEMAGNE
Tdbihcen. — Chimie, — Imvcs. — Le docteur Gmelin , tle Tu-
bingen , a trouve, dans les Liwes phonolilcs (clinsr.-lcin ou pierre
sonore par le choc), qui ronfeimcnl la natrolite ( mësoty pe de
M. Haiiy ) , une certaine quantité d^amnaoniaque , qu'i.lles laissent
dégager par la distillation. 11 l'a aussi rcncontrc'c dans les basaltes
colonnaircs. 11 serait exirtmement intéressant de démontrer qua
les laves contiennent une substance animale.
— Poison animal dccoin'erl dans les Saucissons fumes. — L«
docteur J. Kerner a découvert que les saucissons fumés, mets fa-
voris des habilans du Wurtemberg , causent souvent dis empoi-
sonnemens mortels. L'eflét du poison se maniftste ordinairement
tous les printems au mois d'avril , d'une manière plus ou moins
alarmante. Déjà, dans une feuille p<'riodique qui paraît à Tubin-
gen , M. Kcrncr a fait connaître plusieurs observations relatives
à ce sujet, et il a actuellemint sous presse un ouvrage qui le
traite plus en détail. Il rapporte que sur 76 personnes, tombées
malades pour avoir mangé de ces saucissons , 3^ sont mortes en
peu de lems, et que d'autres sont restées valétudinaires pen-
dant des années. Les saucissons de foie paraissaiint t'tre les plus
dangereux. En général, le poison qui se forme dans toutes les
chairs crues , hachées et assaisonnées , et passées à la fumée , après
avoir clé renfermées dans des boyaux, ce poison animal, dit
M. Kerner, se distingue de tous les autres , en ce qu'il n'attaijue
point le cerveau et la moelle éjîinière, tandis qu'il ehran'e tout le
système lymphatique. Quelquefois le malade nr si nf (iltis son
cœur battre pendant plusieurs mois , quoique le battement des
artères reste invariable. Toutes les observations de M. Kerner
sont appuyées par des exemples tirés de sa propre expérience.
L'ouvrage paraîtra cliczIM. Osiander, à Tuliin;;en.
Wur-TEMnrnc. — Stuttoarp.— ^■^/■/.v mvcnniqucs- — /lec/nmrlion.
— Il a été question (T. VII, page Sga ) d'une machine inventée à
Vesoul, par un officier du génie, et destinée à faire connaître le
point précis où un incendie vient d'éclater. Le Alori^enblalt
(feuille du matin) réclame la priorité dr l'inviMiliiin on faveur
d'un Danois , l'adjudant général cl chambellan, M. de /lies, qui
EUROPE. 4i3
fit cette de'couverte , il y a plus de vingt ans, à Copenhague , et à
qui l'Académie de cette ville envoya, à cette occasion, une mé-
daille d'honneur. L'instrument de M. Ries sert de plus à déter-
miner la distance des vaisseaux en mer.
Prusse. — Berlin. — Socicté sauauie. — Médecine. — L'Acade'mie
royale a propose un prix de cinc[uante ducats à l'auteur du meil-
leur Mémoire sur l'emploi extérieur de l'eau froide dans le trai-
tement des lièvres.
— L^ Académie germanique, spécialement chargée de veiller
au maintien de la pureté' de la langue allemande, vient de choisir,
pour un de ses membres correspondons, M. le professeur Simon,
de Paris, auteur d'une grammaire allemande très estimée {^oy.
Tom. VI , page 37g) , et qui s'occupe en ce moment d'un nouveau
Dictionnaire allemand-français, et français-allemand, que nous
avons de'jà annoncé (Tome VU, page 4o5 ). Cette Académie ce'-
lèbre , à laquelle M. Simon a soumis ses ouvrages, n'a pas cru
pouvoir mieux témoigner toute l'importance qu'elle y attache ,
qu'en re'compeusant d'une manière aussi honorable , surtout
pour un Français, le succès avec lequel ce | rofesseurest parvenu
à expliquer, d'une manière lumineuse, les dilîiculte's sans nombre
qu'on rencontre dans l'étude de la langue allemande.
Bavière. — > Mcnich. — f^oyage scientijique. — Les docteurs
Spix et IVIartins , tous deux membres de rAcadémie des Sciences
de cette ville, qui sont arrivés, dans les derniers jours du mois
d'août, à Lisbonne, de retour de leur voyage scientifique au
Brésil , ont déjà envoyé une grande quantité de caisses con-
tenant des objets d'histoire naturelle d'un grand prix, et ils en
apportent avec eux qui n'ont pas une moindre valeur. La rela-
tion de leur voyage est attendue avec impatience.
Saxe. — Altemburg. — Publication prochaine. — Dictionnaire
encyclopédique. — Le succès du Dictionnaire encyclopédique ou
de conversation ( Conversations Lexicon ) , publié par M. Brock-
haus, à Leipsick, en dix gros volumes in-8°, au prix modique
de cinquante francs, et dont il a été fait , en dix ans, cinq édi-
tions , formant un ensemble de quarante à cinquante mille
exemplaires, a déterminé M. le docteur L. Hain, l'un des coUa-
borAtejirg de ce Dictionnaire , à publier un ouvrage semblable ,
4i4 EUROPE.
sous le tHre de Dictionnaire encycloprdique des sciences , des arts
et des métiers ( Allgemeincs rnrycloii'àdisrhes Worterburch ). La
librairie de M. Halin vn a distribue lu premirre feuille d"imj)res-
sion , pour servir de jimspectus. V.n la compiiiiint à celle du Dic-
tionnaire de .M. Rrockbaus, on trouve «jue, depuis A jusqu'à
ABUC , l'une contient au-delà de trois cents articles, tandis que
Tautre n'en oflre que cinquante ^ d'où il résulte une {grande diflé-
rcnce entre ces deux Dictionnaires, sous le rapport de Tetendue
des articles. On ne peut guère m^me s'attendre à trouver dans le
Dictionnaire de M. Hain, cju'une simple nouicnclature , aver quel-
ques lignes de rcnseij^ncuiens ou d'explications. Qiioiqu d en soit ,
cette nouvelle entreprise est utile sous tous les rapports, et j)eut
servir à compléter la traduction fiançaise que ^1. nrockli.ius pré-
pare de son Dictionnaire encyclopédique, et à lui donner l'uni-
formité et l'impartialité qui manquent à l'original- L'ouvrage de
IM.Haiu formera huit parties, en quatre volumes. La jm mière li-
vraison par.iîlra encore avant la fin de cette année , et la dernière
est promise pour l'an 182J. Le prix de souscription pour tout
l'ouvrage est de 40 francs.
Prusse. — Berliw. — Journal officiel. — La Rédaction de notre
gazette ofiicielle vient d'être confiée à M. le conseiller aulique
Heun, avantageusement connu, dans le monde littéraire, par des
poésies , des contes et des romans , publiés sous le nom de Clau-
len, et (|ui ont eu plusieurs éditions.
Grand-Ddcué oe Baoe. — Cahlsruue. — Beaux-Arts. — Pein-
ture.— M. Mezler possède un tableau (jue les connaisseurs attri-
buent à Carlo Dolce, et qu'ils considèrent comme le chef-d'œuvre
de cet artiste. En voici le sujet : Dans un paysage d'un grand
style, quoique subordonnéà la figure principale, un jeune iiomme,
d'une beauté remarquable, est à genoux , à moitié penche sur le
bord d'une fontaine , où il contemple son imagej un chien de
chasse est couché à ses pieds et le regarde attentivement. Ce n'est
point un Narcisse ordinaire : aussi dirait-on (jue l'artiste a voulu
exprimer une idée bien diflcrente j qu'il a eu dessein de représen-
ter un jeune homme sortant de l'enfance, et sentant les premières
émotions de l'amour. Il semble sortir d'un profond sommeil, et ne
voir encore qu'imparfaitement les objets. En un mot, l'artiste a
exprimé ici , d'une manière admirable, le sentiment qui anime U
EUROPE. 4i5
tialatfaée de J.-J. Rousseau, lorsqu'elle prononce les premières
paroles : Cest moi !
Hongrie. — Pest. — JYécrologie. — Jean de Bardozzi , ancien
directeur du gymnase royal, et conservateur de la biblothèque
de Leutschau, est mort à Pest, âge' de 8i ans. Il occupait un
ïang distingué parmi les litte'rateurs de la Hongrie. Il a publié
plusieurs écrits intéressans sur l'histoire de ce pays.
SUISSE.
Gewève. — Société heli'étique des sciences naturelles. — Eji
1817 , cette compagnie savante avait mis au concours la question
de savoir : « S'il était vrai que les Hautes-Alpes de la Suisse fus-
sent devenues plus âpres et plus froides, depuis une série
d'années. » Le prix vient d'être donné à M. Charles Kasthofer,
inspecteur des forêts à Unterseen , dont le Mémoire , plein de re-
cherches laborieuses et de vues nouvelles, quoique borné dans
ses applications à l'un des cantons , au lieu de s'étendre à toute la
Suisse comme le voulait le programme , a paru digne de cet en-
couragement.
M. Kasthofer a fixé paiticulièrement son attention sur les ava-
lanches. Il les distingue en quatre espèces : avalanches de neige
en poussière, avalanches en masse, avalanches de glaciers, et
avalanches glissantes. Les premières , dit -il , sont les plus nui-
sibles à la végétation, en raison du courant d'air violent qu'elles
établissent ; réunies aux secondes , elles commencent les glaciers.
Après avoir exposé les divers phénomènes des glaciers, il conclut
qu'il y a d'autres causes de l'accroissement des glaciers, que l'in-
fluence des années froides 5 qu'il n'est point prouvé que la quan-
tité absolue de glace ait augmenté sur les hautes montagnes de-
puis des siècles , mais que c'est un fait que ces glaciers sont des-
cendus plus bas , sans que ce fait cependant prouve rien pour
le refroidissement de la terre ; enfin , qii'on ne peut démontrer
que la limite inférieure des neiges soit plus basse, dans les Alpes,
qu'elle ne l'était il y a plusieurs siècles. Aucune des quatre es-
pèces d'avalanches ne peut avoir lieu là où il y a des bois. Dans les
endroits où la force végétative a diminué , il n'est pas possible,
de prouver que cet effet soit dû au refroidissement du climat.
L'action plus forte des vents et la dimiaution du terrain , dont ellt
4i6 EUROPK.
est la consc'quenc»^, sont lescaiist-s iiuniediatesde ce derroissement ,
qui se fait reiiurqiK'r surtout dans les lieux où les forets ont été
détruites, parce que les courans d'air, plus violens qif ai Heurs ,
emportent la terre végétale dépouillée de gazon par un trop long
séjour de la neige.
Ces faits et ces résultats une fois établis, M. Kasthofer s'oc-
cupe des moyens dy porter remède. Le premier de tous, ù son
avis , est lo rétablissement du gazon , que Ton avivera par des
semis de plantain, plunla^n alfunn , de fenouil des Alpes, phel-
landrium mutrllina, et par des engrais ; surtout, par des arrose-
mens de Teau qui s'ét ouïe des étables. Il veut qu'on ménage plus
particulièrement les bords supérieurs des forêts, et tous les arbres
égrenés qu'on trouve au-dessus de la limite des bois; que, lors-
qu'on doit couper des arbres dans les hautes régions , on laisse au
tronc un mètre au moins hors de terre, pour protcçer les jeunes
plantes et contenir les neiges sur les pentes escarjtëes. 11 conseille,
10 de semer partout de jeunes azaléas, azalea procumbens ; sous
les vieux sapins et sur les pointes les plus élevées , des aulnes des
Alpes , betula viridis , et des sorbiers , sorbus aucuparia ; dans les
lieux escarpés, au midi, le genévrier des Alpes, et iqSo mètres
ou 6000 pieds plus bas , des mélèzes ; 2° d'établir des haies vives
entre ces plantations, principalement du côté du nord et de
l'ouest ; 3" enfin de conserver, avec une religieuse attention, le»
forêts existantes sur les hautes montagnes, et de ménager, dans
leur intérieur, les arbres qui se trouvent sur des rocs proémi-
neus. Tous ces moyens sont d'un^ application difficile, quand on
aà vaincre l'habitude des pilturages communs, la paresse, l'intérêt
personnel et de vieux préjugés ; mais on saura en profiter jiartout
QÎi l'amour de la |>atrie et le bien-ctre de ses enfans seront la pre-
raière loi des citoyens et de l'Etat.
-<- Histoire naturelle. — Musée. — Les salles de cet établisse-
ment national, dû en entier au patriotisme des Genevois , et qui
ne compte qu'une année d'existence, seront bic: tôt insuflisantes
pour contenir tous les dons qui lui sont faits joumellenient. Déjà
on est forcé de construire une salle supplémentaire, destinée i
recevoir l'éléphant noir tué à Genève , au commencement de
celte année.
— Ecoles de mathématiquts pures »l appliquées. — Con-
EUROPE. 4,^
vaincus de la grande importance d'une e'cole où les tnathe'mati-
- ques t)iires el appliquées seraient enseignées suivant les méthodes
modernes , et appuyés de l'approbation de professeurs distin^ue's
MM. Schaub, professeur honoraire de mathématiques à Tacadé-
raie de Genève, et Dtifour, lieutenant colonel da génie fédéral,
ont formé le projet de créer un pareil établissement, où les jeunes
gens d'une certaine force, aussi bien que les commençans, pour-
ront entrer à diflérentes époques de l'année , pour suivre les le-
çons à leur portée.
Cet établissement , ouvert aux jeunes gens de tous les pays,
qui viennent chercher l'instruction à Genève , sera utile en par-
ticulier aux jeunes Fratiçais et aux jeunes Suisses <jui aspirtnt à
l'école polytechnique; ils y puiseront, en peu de tems et à peu
de frais , toutes les connaissances exigées pour l'admission. Enfin,
les militaires suisses, qui en auront suivi les cours, se trouveront
bien préparés pour tirer tout le fruit des exercices -pratiques aux-
quels ils peuvent être appelés dans les nouvelles écoles militaires
fédérales.
Les élèves seront partagés en deux divisions, d'après leur ins-^
truction. Chaque division recevra, chaque jour, une leçon alter-
nativement de M. Sfhaub et de M. Dufour. 11 sera permis, en
outre, aux élèves de la première division , d'assister aux leçons
données aux commençans; ils pourront ainsi repasser farilem<nt
les branches élémentaires, qu'il est si important de se rendre fa-
milières.
Les heures des leçons seront choisies de manière ;"i ne point
empêcher les jeunes gens de suivre les cours publics de phijoso-
pliie ou de belles-lettres. M. Schaub enseignera, à /a deuxième
dwLirtn, première ann.e : L'.irithmétique , l'algèbre, la trigono-
métrie rectiligne, la trigonométrie sphérique , avec ses applica-
tions à l'astronomie-pratique, et l'usage de quelques insl rumens;
a la première division, seconde année : Les élémens du calcul
différentiel, ceux du calcul intégral, la dynamique. M. Dufour, à
la deuxième diuision, première année ; La géométrie, l'applicatioa
de l'algèbre à la géométrie, comprenant les sections coniques,
les applications de la trigonométrie rectiligne à la géodésie, l'u-
sage des instrumcns pour les levers sur le terrain ; a la premièiv
division, seconde année : La statique, la géométrie descriptive
TOME Vllt. 27
4i8 ELKOPt.
avec ses applications à la perspective , à la théorie des ombres , îî
la coupe des pierres , :'i la charpente et aux e'iemens des niacliiiie.<:^
la géométrie analytique supérieure. On suivra dans ces diflërentes
leçons les ouvrages les plus estimés.
Les jeunes gens ne seront pas admis avant liige de douze ans
accomplis, et s'ils ne sont déjà familiarises avec les premiers cal-
culs de rarilhmrtifjuc-praticjuc, si»r lesquels on les examinera
en particulier avant leur entrée. Les paiemens se feront par tri-
mestre , et à l'avance , à raison de cent cintjuante j'rana de France
par trimestre. Celui qui ne voudra suivre (|u'une des deux leçons,
suivant sa convenance , en aura la faculté j il ne paiera alors que
cent francs par trimestre. L'école ne s'ouvrira pas avant que dou/e
personnes ne se soient inscrites, chez MM. Schaubet Uufour , de-
meurant à Genève, rue de la Cité, n" ii\.
SruAFFousE. — Evib lisse metit Je secours pour les aveugles. —
La direction de cet établissement, formé dans cette ville, il v a
neuf ans, a rendu compte de sa gestion pendant l'année révolue
le S juin dernier ( brochure in-8° de i6 pages ). Les dons faits,
tant par des gens du pays que par des bienfaiteurs étrangers et
pai des voyageurs traversant le canton, ont augmenté de prt"»
d'un quart le fonds capital de la société, qui s élève maintenant
à i)lus de 5.000 florins (i i,ooo francs). L'augmentation de revenu
qui es résulte a décidé les directeurs à étendre les bienfaits dv
rinstitwtion. Déjà, dans l'année qui vient de s'écouler, ils ont
augmenté les secours accordés aux aveugles j ils se proposent
maintenant de faire soigner à leurs frais , par des oculistes expc-
rimenté^ , tous les individus appartenant à la bourgeoisie, que }
la ciainte de la dépense pourrait empêcher d'en appeler assez tôt |
pour prévenir cette cruelle inlirmité. Depuis l'année 181 5, épo-
que à laquelle la société a pu , pour la première fois , faire par-
ticiper les aveugles à ses bienfaits, il a été employé plus de
3^00 francs à soulager 26 aveugles , dont 14 ont encore part à ce
secours. Les dons faits à l'établissement , pendant l'année expiré» \
au 8 juin, s'élèvent à environ 2700 francs. On remarque ]iarmi
les donataires la reine de Suède, la duchesse douairière de Bade,
les frères Casa de la Havane, M. Moorat , négociant à Madras ,
et M. Tliomton, trésorier de la société biblique anglaise et 1
étrangère
EUROPE. 4,3
ITALIE.
Enseignement mutuel. — Les progrès des écoles vont toujours
croissant dans ce pays. H s'en e'tablit à Valence sur le Pô , à Ri-
voli, etc. La Société de Florence entretient des relations suivies
avec le conseil de la Société de Paris ; elle a fait exécuter des
porte-crayons solides et économiques, dont elle a envoyé uu
échantillon.
Piémont. — Torin. — Bibliographie. — Découverte de manuscrits
classiques. — L'abbé Amadeus Peyron, professeur de langues orien-
tales à l'université de Turin , a découvert quelques fragmens de
Cicéron dans un manuscrit du monastère de Saint-Co]oml)an du
Bobbio , ville sur la Trebia , dans les Etats du roi de Sardaigne.
Ce manuscrit contient plusieurs fragmens de harangues déjà
connues, telles que celles de pro Scauro, pro M. TuUio, et des
passages entiers de discours qui ne sont malheureusement pas ar-
rivés jusqu'à nous. Quelques-uns de ces fragmens avaient déjà été
publiés par M. Majo, d'après un manuscrit tiré de la même bi-
bliothèque , et déposé ensuite dans la bibliothèque ambrosienne
de ]VIilan. Cette circonstance fera peut-être croire que les deux
manuscrits n'en formaient qu'un 5 mais, en les examinant, il est fa-
cile de reconnaître que cette conjecture n'est point fondée. L'un
€st écrit sur deux colonnes , et l'autre sur trois j les écritures
sont tout-à-fait diilërentes : celui qui a été trouvé par l'abbé
Peyron est beaucoup plus complet , et peut servir à rempUr les
vides et à rectifier les erreurs du premier.
États Vénitiens. — Adria. — Archéologie. — Dans les der-
nières fouilles et recherches d'antiquités qui ont été faites ici , on a
trouvé une pierre gravée d'une grande valeur. C'est une belle
sardoine , de forme ovale , et de grandeur à pouvoir servir de
bague. Elle représente, par de petites Ggures blanches relevées
en bosse sur un fond sombre, la vendange qu'Anacréon décrit
dans sa 17e ode. La partie supérieure est entourée d'un pampre
non-seulement avec ses feuilles , mais avec ses gr^j^pes. Plusieurs
ioUs enfans sont occupés à cueillir les grappes , tandis que d'aiv-
tres se tiennent prêts à les recevoir dan s la cuve, sous laquelle est
placée une cuvette qui doit recevoir la liqueur. La partie inférieure
îcla pierre est occupée par Silène, étejadu à côté de son fldèlç
27*
4io ELROPE.
compagnon, que l'on ne voit cependant pas lout-à-fait. Les Cgnrcs
iont an nombre de six, bien dessinées et exécutées avec une pré-
cision presqu'inconccvable. Ce beau monument de la civilisation
des anciens habitans d'Adria, a été trouve à une profondeur de
huit pieds et ne porte aucune trace des ravages du tems.
LoMBARDir. — MiLAS. — licaux-Arts. — L" Académie des Beaux-
Arts a proposé, le i\ juin dernier, pour l'an i8ji , les prix
•uivans , pour lesquels les artistes étrangers peuvent concourir :
lo. ^architecture. Une médaille d'or de la valeur de 60 ducats
pour le meilleur plan d'un conservatoire de musique, assez spa-
cieux pour renfermer comniodérai-nt 5o demoiselles et 100 gar-
çons comme élèves , et le nombre convenable de professeurs ,
avec chapelle , théâtre, salle de concert, etc. ^o- Peinture. Lno
médaille dor de la valeur de 100 ducat.s, pour le meilleur ta-
bleau représentant n le monument où le duc de Milan , Barnabo
Visconti, égaré au milieu de la nuit , dans les environs du châ-
teau de ^langnano, est rencontré par ses gens qui le cherchent à
la lueur des flambeaux. )) ( D'aj-rès l'Histoire de Milan par Venni,
tome I, chap. i3, et la rhroniqtie d'Azario, page 26g. ) 3°. Sculp-
ture. Une médaille d'or de 60 ducat* }nnir le meilleur croupe en
terre cuite, représentant a l'athlète Entellus au moment où il en-
fonce avec son ceste le crâne d'un taureau, prix de sa victoire
remportée sur Dares. » (D'après l'Enéide de Virgile, liv. 5. ) Le
groupe doit être isole et avoir trois'pieds de hauteur. 4''- Gra-
imrt. Une médaille d'or de 3o ducats pour la meiUeure gravur»
d'un ouvrage quelconque de bon maître, qui n'ait pas encore été
tp-avé. !j«. Dessin tle figure. Une médaille d'or de 3o ducats pour
le meilleur dessin représentant «Gédéon, le libérateur du peuple
d'Israël, observant attentivement ses soldats au moment où ils
boivent dans la fontaine d'Harod. » ( D'après le livre des juges,
rhap. 7.) 6*. Dessin irornemrnl. Une médaille d'or de ao ducaLr
pour le meilleur de«sin de deux omemens riches , élégans, sem-
I)lables , mais non pas égaux: p.ir exemjile, un candélabre, etc.
Les artistes (^ désirent concourir sont invités à faire parvenir
à l'Académie leurs travaux avant la fin du mois dejuin de l'an i8ai.
Vf.mise. — Histoire des Arts. — !M. Antoine de Neumayer,
commissaire impérial ii Mestre, s'orcxipc di- la publication «Fim
Dictionnaire Jet artistes allemands. Le j'remier vuluniu de cet
ELROPE. 4ai
«arrage , écrit en langue italienne , a été imprimé dans cette ville,
ovi U a déjà paru. Ij ne renferme que la lettre A, quoiqu'il con-
tienne des notices biographiques sur environ deux cents artiste>i.
L'auteur e^t déjà connu de; Italiens par sa description historique
et critique du Prado delta valle à Padoue.
Naples. — Sculpture. — Le célèbre Canova a prouvé, en
sculptant les deux Uons qui ornent le mausolée du pape Qémcnt
XIII, dans léglise de Saint- Pie/re , que son talent se prête éga-
lement à tous les genres de composition. Il y a quelques années
qu'il fit le modèle d'un cheval d'une taille colossale. Cet ouvrage,
qui présentait une foule de diOicultés , fu£ fort admiré des con-
naisseurs \ et on !e coula en bronze à Naples, avec beaucoup de
succès. Canova s'occupait alors à faire un second modèle du mêoap
animal dans une autre attitude. Ce modèle, où le sculpteur s'est
sui-passé, doit servir de pendant à celui dont nous avons déjà
parlé. Tous deux orneront la grande place du magnifique temple
de Saint-François-de-Paule , qu'on bâtit à Naples, d'après les
dessins de l'architecte Bianchi.
TURQUIE d'eUROPE.
Moldavie. — Jasst. — Enseignement mutuel. — Extrait d'une
lettre adressée au directeur de la Reuue Encyclopédique. — « L'in-
térêt qui vous anime pour tout ce qui tient au bien de l'humanité,
et la bienveillance particulière dont vous m'honorez , me font
prendre la liberté de vous soumettre le rapport que j'ai l'honneur
de présenter à la Société d'enseignement mutuel de Paris , sur
l'état actuel de cette institution en Moldavie. »
V^oici l'extrait de ce rapport. «La lettre que j'ai eu l'honneur de
vous adresser , au mois d'octobre de l'année dernière , vous pré-
scntait'les difBcultés et les obstacles que pouvait éprouver l'éta-
blissement de la méthode d'enseignement mutuel en Moldavie;
ils ont été successivement aplanis , et j'ai la satisfaction d'y
avoir contribué de tous mes moyens. Cependant, ce n'est qu'au
mois de mars que l'école a été ouverte à Jassy ; mais les progrès
des premiers élèves ont été si rapides , que leur nombre s'est
promptement accru j il est actuellement de cent, et il serait beau-
coup plus considérable, si le local permettait toutes les admis-
sions qui sont sollicitées. Cette iastitution a été bientôt honores
/^22 EUROPE.
de la haute protection de S. A. le prince régnant, et de la bien-
Tcillancc toute partictilitrc du chef de notre sainte religion,
S. Em. le metrojiolifain de Moldavie. Ce vénéiaMe prélat a bien
Toiilu «?f re membre de Y lîpilrofjie , composée de plusieurs des
principaux seigneurs : enlin , linslitution est reconnue, et il y est
pourvu comme aux autres etablissemens d'instruction publique.
u M. le professeur Cleobulos qui , chaque jour, justifie de plus
en plus la confiance que la Société a mise dans son zèle et ses lu-
mières , a ajoute à Técole qu'il dirige une école normale ; plu-
sieurs professeurs, qu'il a déjà formes, sont partis pour Sparte ,
Athènes, Smyrne, (Jhios et divers autres points de la Grèce.
D'autres partiront bientôt encore. Plusieurs se destinent pour la
Crimée, et tous doivent corresjiondre avec nous. Heureux, si
nous pouvions ainsi devenir le centre de l'enseignement dans ces
contrées, et être destines à présenter annuellement à lillustre So-
ciété de Paris , le tribut d'hommages et de reconnaissance que lui
devront toujours les institutions tjui pourront successivement se
former .'
» Les tableaux rédigés en langue grecque sont déjà traduits, en
partie , en langue moldave , et nous espérons voir , sous peu , des
écoles s'établir dans les autres villes et les principaux bourgs de la
Moldavie. L'instruction primaire se répandra ainsi dans toutes
les classes de la population.... » Ns. ueRossetto Roziiovaito.
cnÈcE.
Projqrcs de la littérature — Grâces aux progrés rapides des Grecs
modernes dans la civilisation et dans la lillérature (voy. ci-des-
sus pag. 190, et Tome VII, p.ig. Gjo) , leur langue commencer
se populariser en Europe. Weigel , libraire de Leipsick ,a publié
un excellent Dictinnnuire et une Gratunutire tic i^rec iiioflfrne , par
le professeur Schneider. On a dernièrement fait paraître aussi ,
en Angleterre , une petite Grammaire Je la Lingue grecque
jtioderne , par le docteur Robertson , membre de la Société des
Philomuses d'Athènes, et de l'Académie des Iles Ioniennes. Les
éditions stéréotypes des auteurs grecs , publiées par 'i'aurbnitz,
de Leipsick , circulent dans toute la Grèce , cl .«t'y vendent à un
prix lrè< modéré. A\ eigcl prépare dans ce moment une eiiition
soigneusement corrigée des principaux cchvaios en prose, et
EUROPE. 4^3
des meilleurs poètes grecs, sous le titre ge'ne'ral de Jhhlimhec/i
Grceca. Les observations sur la géogragliie de ce pays acquièrent
chaque jour un nouveau degré de certitude. Les ouvrages topo-
graphiques du .«avant sir William Gell , sur Argos, Ithaque . et la
iVIorée , peuvent passer pour classiques \ son Itinéraire de la Grèce
est aussi une acquisition pre'cieuse,dont nous avons rendu compte
( voy. T. IV, pag. 493). H est maintenant occupé à dresser une
carte de toute la Grèce , sur une échelle d'un pied par degré: le
colonel Leake l'aide dans ce travail. — La Société athénienne des
Philomuses, instituée en i8i5, se propose d'envoyer ((uatre
jeunes Grecs en Ita|ie et en Allemagne, pour achever leur éduca-
tion. Cette Société est composée de 3oo membres , dont la plupart
sont étrangers.
Enseignement mutuel. — Extrait d'une lettre de Corfou, du 20
octobre 1820. — On vient d'établir à l'île de Sainte- Maure (l'an-
cienne Leucade ) une grande école d'enseignement mutuel. Lft
premier professeur est M. Athanasios Politis , natif de Sainte-
Maure , jeune homme plein de talent et de patriotisme. L'arche-
vêque de cette île célèbre a pris sous sa protection spéciale cetim-
portant établissement, dont il est lui-même le directeur-général.
Ce digne prélat vient d'adresser à tous les Grecs de son diocèse
une lettre pastorale , qui i-espire non-seulement la véritable charité
chrétienne, mais encore cette philosophie solide etgénéreuse qui sait
vaincre les plus grands obstacles , quand il s'agit du bien public.
Des lettres de Bukarest et de Constantinople annoncent que
l'école d'enseignement mutuel , établie à Jassy par M. Cléobidos ,
continue à prospérer sous la protection éclairée du prince actuel-
lement régnant en Moldavie , et de l'arclievêque du même pays.
Quatre jeunes Grecs, déjà sortis de cette école , sont arrivés à
Constantinople, où ils ont été bien accueillis par le patriarche,
qui leur adonné toutes les recommandations nécessaires pour aller
fonder des établissemens à Chios , Patmos et Candie.
"Vous apprendrez sans doute a,ycc une vive peine que les deux
grands collèges de Jannina viennent d'être réduits en cendres, à
la suite dun boraliardement dirigé par le féroce Ali Pacha contre
cette malheureuse capitale. Ces deux collèges renfermaient une
multitude de livres grecs , latins , français , italiens, etc. , et plu-
«ieurs manuscrits. Tout a été la proie des flammes. Ou regrette
44( EUROPE.
surtout deux iriîmn'îrrits aiifoprapho'; du célèbre ge'ograjihe Mé-
Ictius, natif de Junnina j savoir, une Histoire fccli^siastique, et un
Traite' d'astronomie, que ce savant avait composés pour l'instruc-
tion de ses rom|iatriotes.
Voici qui'lf|ues de'tails sur cette ville ; il y a pI"'' d"nn siècle
qu'on y trouvait deux écoles . dans lesquelles , outre la langue
grecque anrieiine, on enseignait les mathe'mutiques et la philo-
sophie. Méléfius e'tait dlève de ces écoles , comme beaucoup
d'autres savans grecs du dernier siècle. Les Janniotes voulant
mettre ces établisseracns à l'abri des chances du gouvernement
local , en avaient place' les fonds dans la caisse de la république
vénitienne 5 mais ils furent perdus, lors de la destruction de cette
antique république : les successeurs de la domination vénitienne
n'ayant pas voulu se charger de ses dettes.
Cette cire n -tance filcheusc et la tyrannie d'Ali Pacha auraient
été fatales à ces écoles; mais, grâce au patriotisme et à la libéralité
de MM. les frères Zosima et de M. Picrosoy, émigrés épirotes en
Russie , leur réi,'ime n'a pas cesse de s'améliorer, et l'aflectatioii du
revenu d'un million de roubles , places cnRussic, aurait maintenu
leur ancienne splendeur.
Les géogr;iphes modernes insultent l'Ep ire, en lui donnant le nom
d'Albanie : Jannina est une ville vraiment grecque; et, quoiqu'il s'y
trouve des mahdmctans , des juifs et des bohémien:; , tous ses ha-
bit ms parlent grec: singularité peut-être unique dans toute la
Grèce.
FRANCE.
BoiiCHES-nc-HH(j!\F,. — Ltom. — Physique, — Capneitc (tes gaz
pour le rn/nrufue — .M. J. H. Mallet , secrétaire de l'Aradémic de
Lyon , a publié des expériences intéressantes , et combinées d'une
manière fort judicieuse, sur un des problèmes les plus importans
de la physique, la constitution intime <I es tlit^ers ifnz. et leur ca-
pacit pmtr le calorique. Il peusc avoir démontré qu'à une un'ine
tempériiture les particules des «lillérens gaz sont à des distances
égairs, f|U(' cr'i molécules ont des voluin«-s «li\ers . etquelaquan-
tité de cal.^viquc" qu'un gaz peut admettre, dépend de la grandeur
de l'espace qui sépare les molécules.
SciNE-ST-MÀnMi:. — Zoologie. — Crmlacée. — M. Adolphe
EUROPE. 4a5
Drogniarba découvert, dans les mares de la forêt de Fontainebleau ,
un nouveau crustacée qu'il nomme linmadia, et qui est surtout
remarquable par sa grosseur. Il paraît former une espèce bien
distincte. Tous les individus que M. B- a remarque's, au nombre
de mille, avaient des œufs sur le dos^ ses observations n'ont pas
e'te' assez multipliées pour rendre raison de cette circonstance sin-
gulière.
BoucHES-Du- Rhône. — Arles. — Zoologie. — Sauterelles. —
M. d'Hombres Firmas a donné la description des ravages causés
dans la Camargue, et aux environs d'Arles, par des nuées de
sauterelles, qui rasèrent les champs, comme si les flammes les eus-
sent dévorés. Il ne peut expliquer cette invasion subite, contre
laquelle le maire d'Arles envoya un grand nombre de personnes ,
qui réussirent, au moyen d'une espèce de piège fort simple, à
détruire 35 ou l\o quiataux de sauterelles, pendant six jours con-
sécutifs.
Charente-Inférieure. — Agriculture. — M. Chai fils , proprié-
taire, est parvenu , avec un zèle qui mérite les plus grands élo-
ges, à naturaliser, dans ce département, le hcan peuplier baumier
(paupulus balsamifera ) de la Virginie et de la Caroline. Il serait
à désirer que la culture de cette utile variété se répandît de plus
en plus j elle est aussi remarquable par la délicatesse de son feuil-
lage que par son odeur, qui parfume l'air à l'instant de sa flo-
raison.
Meuse. — Chirurgie. — Surdité. — On avait annoncé que
M. Deleau , médecin dans le département de la Meuse, avait pra-
tiqué avec succès l'opération de la perforation du tympan , qui a
pour but de rendre le sens de l'ouie aux sourds-muets. M. De-
leau n'est point l'inventeur de cette opération , qui est découvei'te
depuis long-tems. Il le reconnaît lui-même, et annonce qu'il va
publier un Mémoire sur un instrument de son invention, dont il
a obtenu d'utiles résultats. M. Deleau n'est point le seul qui ait
tourne ses méditations vers ces utiles perfectionnemens : M. Du-
camp, jeune médecin d'un grand mérite, qui exerce sa profession
à Paris, est aussi l'inventeur d'un instrument qui a également
pour but de faciliter l'opération de la perforation du tympan.
Ille-et-Vilaine. — DoL. — Technologie. — t'ahrication des
huiles. — M. Écouchart, de Dol , est parvenu à introduire, dans
^26 ELlROPh.
les jiioredes ordinaires pour Vcrpression de l'huile cTolii^es , du»
améliora lioDS importantes, cjui ilébariassent entièrement des pi-
lons, et de tous les autres accessoires qui en rendent la fabrication
assez coûteuse. Il extrait Thuile avec sûreté et économie par un
seul cylindre , au moyen de la vapeur dVau.
SEi>E-lNFÉniEURE. — Y.v . — Archeologic. — On a découvert, à
une lieue de cette ville lus restes d'une cité romaine. Les fouilles,
commencées sous la direction de MM. l'.lnnccliii et TrauUe, ont
déjà otlért l'assise d'un temple dont la partie supérieure a été
abattue, ou brûlée sans doute, à Tépoque oîi le christianisme, triom-
phant du paganisme, détruisait les raonumens de ce culte. Des
monnaies {gauloises et romaines, du tcms d'Auguste et de Tibère,
ont été trouvées auprès du péristyle. On aperçoit, sous un ama!<
d'arbres et de broussailles, la forme demi-circulaire de l'enceinte
dun amphithéâtre ou d'une arène. 11 est à délirer que le gouver-
nement prenne en considération cette intéressante découverte,
et fournisse les moyens nécessaires de continuer des travaux, dont
un particulier ne pourrait supporter la dépense sans se ruiner.
Kous reviendrons sur la découverte de MM. Ktancelin et 'J'rauUé
quand ce dernier, avantageusement connu à ylbhevillc par ses
connaissances et ses recherches en antiquités, aura terminé le
travail qu'il se propose de publier sur cet objet.
Allier. — Néris. — Dans les premières fouilles que les ingé-
nieurs ont faites pour placer l'aqueduc du nouvel établissement
thermal de Wéris, on a découvert une piscine d'environ cinquante
pieds de diamètre, sur huit ou neuf de j)rofondeur; elle est di-
visée en plusieurs escaliers circulaires : ces escaliers , ainsi que
le plafond intérieur et les pourtours, sont revêtus du plus beau
marbre, au-dessus duquel est appliquée une couche épaisse de
trois pouces d'un stuc gris, dont la naluie et la fabrication pa-
raissent inconnues dans les arts. A la suite de cette ]iiscine , on en
remarque six autres moins grandes , de formes rondes ou car-
rées , destinées aux étuves • elles sont aussi parquetées et revêtue»
de marbre ; leur partie inférieure est soutenue par des pilastres en
brir{uc , larges de huit pouces , et correspondantes au niveau des
eaux. Les cheminées, de forme nouvelle , étaient traversées par
des trous carrés, et adossées au pourtour des rotondes : elles étaient
masquées par des enduits de bcton, et des applications du pins
EUROPE. 427
beau marbre. Ces découvertes , propres A faciliter Tôfude de Tart
chez les anciens, ne sont qu'un prélude à d'autres plus impor-
tantes et plus nombreuses. Des colonnades de marbre et de £;tanit,
que l'on a trouvées en faisant un fossé à Toiiest du bAtiment ther-
mal projeté, ne laissent pas de doute sur Texistence d'un ancien
temple.
Oise. — jNogent-les-Vierges. — On avait découvert , en 1816,
dans cette commune, une grotte qui renfermait un nombre
considérable d'ossemens humains. En contintiant, cette année,
les fouilles , on est parvenu à déblayer le reste de cette grotte ,
située à gauche de la route de Creil à Clermont , et élevée d'en-
Tiron cinquante pieds au-dessus du niveau du chemin. C'est en
creusant le tuf de la montagne , qu'on a trouvé cette espèce de
galerie , dont la partie supérieure , formée d'un banc de roche ,
ne permettait point de se tenir debout. La longueur, dans la di-
rection du nord au sud, est d'environ trente-six ou trente-sept
pieds, et sa largeur, de sept. Lorsqu'on pénétra dans cette ga-
lerie, elle renfermait des corps qui paraissaient avoir été couchés
par lits , les uns sur les autres , et recouverts d'un sable sec , des-
tiné , sans doute , à les conserver. Le sol était couvert de dalles
brutes , d'un pouce ou deux d'épaisseur, et telles qu'on en trouve
encore à peu de distance de là , dans le lit d'un torrent. Les dif-
férentes aspérités ou concavités que présentait-nt ces dalles, étaient
égalisées au moyen de pierres plus petites. C'était sur cette
couche de dalles , que reposait le premier lit de corps. On n'en a
trouvé aucun entier ; tous les os étaient détachés les uns des
autres, mais on a gardé un certain nombre de têtes restées dans
leur entier. On a remarqué qu'en général elles avaient le nez très
enfoncé et au niveau des yeux , que le menton était très ])ro-
noncé et les dents inférieures presque toutes intactes. Ces têtes
paraissent, en grande partie, avoir appartenu à des hommes
forts et robuftes. Parmi elles, s'est trouvé un criînc dont l'os
pariétal gauche olire une grande ouverture, provenant d'une bles-
sure qui, cependant, n'aurait pas empêché l'individu de vivre en-
core lonj;-tems après cet accident. Au milieu de tous ces corps,
on a rencont) é une petite hache de pierre , d'un silex blanc très
dur, et un autre instrument éjjalementen silex , mais d'un travail
plus grossier. De nouvelles fouilles ont permis d'arriver jusqu'à
4a8 KUROPK.
IVnfreo delà p;alme, dont il ne reste qu'une partie: c'est une
pierre de roche de quatre pieds de largeur, formant une espèce
de marche et deux nionîans, dont le haut a e'tc brisd et emporté
probablement avec les terres qui formaitnt la Toûte de cette
partie. Tout autour de cette pierre rèf;ne um- feuillure, qui semble
indiquer remjilacement de la port»- ; mais il serait diflicile d'aflit--
mer avec quelle espèce d"in->trument cette feuillure a pu êtr«
tracée, car tous ses angles, soit rentrans, soit saillans, sont ar-
rondis, et semblent avoir ctc' foi mes avec beaucoup de difficultés.
J. G. B. no B.
SOCIÉTÉS SAVANTES ET d'uTILITÉ PUBLIQUE.
AwGOULÈME. (Charente. ) — Société d'agriculture. — Dans I«
séance publique du 4 mai i8ai, cette compagnie décernera une
médaille d"or, de la valeur de deux cents francs , à l'auteur du
meilleur jirocédé « pour ôter à Thuile de noix les principes
échauffans et nauséabonds qu'elle contient, alin de la rendre
propre à remplacer Thuile d'olive sur les tables, et à être em-
ployée pour l'éclairage. » Une médaille d'a'-gent sera accordée à
celui qui , sans avoir rempli toutes les conditions du concours ,
aura apporté dans cette partie les améliorations les plus impor-
tantes. En i8j2, cett Société, à l'instar de celle de la Haute-
Garonne , remettra cinq prix , de cent francs chacun , aux cinq
métayers les plus méritans ( un par chaque arrondissement de la
Charente). Les concurrens devront fournir un certilicat du pro-
priétaire au service duquel ils .seront, con.-tatant une résidence
d'au moins dix années dans le domaine , de bonnes meeurs , une
probité à toute épreuve, un grand soin de.> bestiaux , de l'éco-
nomie dans les fourrages, une grande aptitude au labour, et de la
diligence dans les diflérentes farons à donner aux terres, enfin
toutes les qualités qui concourent à former un bon métayer.
Bordeaux ( Gironde). — Société royale de médecine. — Séance
publique du a8 août iSao. — La Société, d'après le vœu que feu
M. le docteur de Ponsard, membre honoraire de la Société, avait
exprimé dans son testament, proposa en 1818, pour sujet d'un
prix de la valeur de 4oo francs, donl!M. de Pon.said avait fait les
fonds, et qui doit être décerné dans la séance de ce jour, la ques-
tion suivante : n Quelle est la méthode la moins coûteuse , et en
EUHOPE. 429
*même tem» la meilleure, d'engraisser les terres à froment? »
Le Mémoire portant pour épigraphe ce vers de Delille :
L'or naît dans ces sillons qu'enrichit la culture,
a paru à la Société' remplir le vœu du donataire.
L'auteur est le docteur Guillon, ancien chirurgien-major des
armées du roi , membre correspondant de plusieurs Sociéte's sa-
vantes , domicilié propriétaire et cultivateur à Rauzan, arron-
dissement de Libourne , département de la Gironde. La conma-
gnis lui a décerné le prix.
La Société avait remis au concours l'année dernière la question
suivante : « Quels son' les résultats d'un accroissemsnt trop rapide?
Quels sont les moyens d'en modérer les progrés , s'ils deviennent
nuisibles , et de remédier aux accidens qui en sont la suite?» Elle
avait promis de décerner , dans la séance de ce jour, un prix de
la valeur de 3oo francs à l'auteur du Mémoire qui aurait le mieux
traité cette question. Parmi les Mémoires que la Société a reçus,
elle a distingué celui qui porte pour éj.igraphe la sentence sui-
vante : « Le devoir du médecin est de se préserver de tout es-
prit de système , de s'appliquer à connaître les cas où il doit
agir, et ceux où il doit être simple spectateur. » (Bordeu , malad.
chrou. , pag. 99. ) Ce Mémoire est l'ouvrage d'un praticien éclairé
et bon observateur j mais il a été composé avec précipitation , et
sans avoir été suffisamment médité. La Société voulant néanmoins
récompenser les efforts de l'auteur , lui accorde une mention ho-
norable. Cette question , qui n'a point encore été traitée d'une
manière satisfaisante, a paru trop importante pour la retirer. La
Société la remet au concours, et elle promet un prix de la valeur
de 3oo francs , avec une médaille d'or de la valeur de 100 francs,
qu'elle décernera dans sa séance publique de 1822. La Société
rappelle aux concurrens qu'ils ne doivent point se livrer à des ré-
flexions tirées d'une subtile idéologie. Elle veut un Mémoire
rempli de faits positifs, que la médecine pratique puisse avouer
sans contestation.
Dans son programme de l'année dernière, elle a proposé un
prix de la valeur de 3oo francs, qui sera décerné dans sa séance
publique de 1821 , à l'auteur du meilleur ouvrage élémentaire sur
f éducation physique des enfans. L'auteur devra se borner à expo-
ser, avec concision et sagesse, les bons principes sur le régime des
43o EUROPE.
fnfans, et toutes les roules qui iloivent diriger ceux qui sonf
tharftes de leur éducation corporelle.
Les relations maritimes que le commerce de Bordeaux entre-
tient avec le uouve;.u mon>le, les Indes et le Levant, exposant
celte ville à recevoir de ces contrée» les maladie!» contaj^ieuves qui
y rc{;nenl presque cnnslammcnt , il a ete reconnu (jue Tilablisse-
uient d'un laztret était indipensable pour le port de Bordeaux,
et qju'il dtvait seul oliVir la sécurité nécessaire contie la traus~
mission des maladies des pays chauiis. Le local le plus propice à
ce lazaret n'étant pas encore choisi, la Société propose un prix
de la valeur de 3oo Irancs, f|ui sera iléccrnc dans la séance pu-
blique de i8ai , à lanlcur du meilleur >Iémoire sur celle ques-
tion: « l)i tf rminer IVndroit le pliis pmpre à 1 el.iblissemtnl d'un
lazaret sur la Gironde j tn donni r It plan le plus avantageux et
le plus économique. »
La Société voulant appeler l'attention des médecins du dépar-
tement vers l'étude de la nature et des causes des maladies qui
régnent dans leS diverses parties du département de la Gironde,
propose pour sujet d'un prix de la valeur de 3oo fr.incs, qui sera
déceipé dans la séance pui)lique de i8j2, la question suivante :
« Quelles sont les maladies qui refînent le plus communément
dans le déparleraent de la Gironde j en établir les causes et les
moyens de les prévenir? »
La Société accorde chaque année une mcdaille d'encourage-
ment à celui <pii lui envoie le meilleur Mémoire (sur un sujet au
choix de l'auteur, et relatif à l'art de guérir ). Depuis .sa dernière
séance publique , elle a reçu plusieurs ouvrages, parmi Ic-quels
elle a ilistin^ué un ÎMéuioire ayant pour titre : n napj)ort sur la
fièvre scarlatine qui a régné dans l'arrondissement de Liboume,
pendant l'année 1819, » dont l'auleur est M. le docteur de Jau-
rias, médecin à Libourne. La Société lui décerne une médaille
d'or.
Elle accorde une mention honorable : i» A M. Guillon, mé-
decin à Rauzan, l'un de ses <orrespondans , auteur d'un ouvrage-
ayant pour litre : « Essai sur les prédictions des crises dans les
maladies aiguës, par le moyen du pouls , et de quelques autres
indices qui peuvent se présenter; extrait en partie des observa-
tions du docteur Solano , célèbre médecin espagnol. » u^. A
EtROPE. 43 1
M. Onnière, médecin à Toulouse, Tun de ses correspondans, auteur
d'un Mcmoire ayant pour titre : « Deux observations d'hydropisie
interne du cerveau, guéries par l'emploi du mercure, administré
jusqu'à la salivation , suivies de réflexions sur cette maladie. »
La Société, votdant encourager les gens de l'art du départe-
ment de la Gironde à répandre les bienfaits de la vaccine, et par-
là faire cesser l'insouciance de ceux qui négligent dVn jouir, a
proînis de décerner, dans la séance publique de ce jour, des mé-
daill' s d'arg'jnt, à litre d'encouragement, à ceux qui lui auraient
fait parvenir les tableaux authentiques les plus complets des
vaccinations faites par eux, ainsi que leurs propres observations
sur les effets particuliers de cette méthode salutaire. Dans le
nombre des ftlémoires qui lui ont été envoyés, la Société a dis-
tingué : 1' a Du tableau des vaccinations pratiquées dans le can-
ton de Sainte-Foy, pendant l'année 1818, avec un rapport his-
torique de la propagation de la vaccine dans ce canton , » par
M. le docteur Broca , médecin à Sainte-Foj- » a<* <c Un tableau des
vaccinations pratiquées à Bordeaux pendant Tannée 1819, » par
M. le docteur Liaubon , médecin à Bordeaux. La Société accorde
à chacun de ces médecins une médaille d'argent. La Compagnie
promet d'autres médailles aux praticiens de ce département qui,
dans le courant de l'année , lui enverront de nouveaux tableaux,
en se conformant aux conditions suivantes : « Les tableaux, dû-
ment légalisés , doivent renfermer le nom, le prénom, l'âge, le
sexe, le domicile, l'état des enfans vaccinés, et les observations
intéressantes à recueillir. » Les Mémoires , écrits en latin ou en
français, doivent être remis chez M. Dupuch-Lapointe, secrétaire-
général de la Société, avant le i5 juin.
CuALONS [Marne). — Société d'.-4gnculture , Commerce,
Sciences et Arts. — Séance du 5 septembre 1820. — M. Gobert-
BoissELLE, président annuel, ouvre la séance par la lecture de
« Considérations sur les avantages des petites propriétés rurales.»
M. CiQUOT , secrétaire , rend sommairement compte des tra-
vaux de la Société, depuis sa dernière séance publique, et du ré-
sultat des concours. M. Vanzut lit un discours sur « l'État com-
paré des sciences et des arts, particulièrement de l'agriculture
chez les anciens et chez les modernes. » M. le docteur Prin ijt un
discours sur a l'Hygiène publique eu général. » M. 1« secrétaire
43a EUROPE.
Jonne lecture du ]irogramine ilcs prix proposes pour. i8ai et i8aa.
M. le préfft, occupjDl li- fjitteuil , aprts avoir adresse à M. Lois-
40n , membre correspondant, d'houor.iblis fclicitalions, lui re-
met, au nom de 5a Majesté, une médaille d'argent qui lui est
décernée pour ses tra\uui agricoles. M. le président annuel pro-
clame, ainsi qu^il suit, les noms des coucurrens que la Société a
cru devoir dislingurr : i°. L'ne mt^ntiou lionurabk à M. A. A. S.
Bedfort , auti'ur du IMémoire sur ci'tte question : « Quels sont ,
sous l't.-mpire de la Cliarle, et dans l'état actuel de la 1 rance, les
niojens les plus propres à déveli>j>per et à fortifier Tesp-rif public ?»
a". Une médaille de première classe à M. P. L. Kemy, chirurgien
il Cliâtillon-sur-iMarne , auteur d'un M< moire sur cette question :
« La «-lôtuie en haies vives des terres arables et des prés , serait-
ellc avafitagcuse à Taf^iicullure du département de la Marne? »
3°. Dne médaille dr prt niiéreclasse à M.CJiaielte, géomi'lreiiu ca-
dastre, auteur d'une « Statistique du cantonde Sooipuis. » \°. Lne
médaille de première classe à M. Franco,» IMandel, dojendes
pharmaciens à INancy, auteur d'un procédé simple etpeuilispen-
dieux , pour préserver les murs de craie des atteintes du salpêtre.
La Société décernera , dans sa séance publique du mois d'août
i8ai :
1°. L'ne médaille d'or de 3oo fr.au meilleur Mémoire sur cette
question : « Quel est, dans l'état artuel de la France , et dans ses
rapports avec les nations étrangères, le degré d'extension que
Tindustrie , dirigée vers l'intérêt national , doit donner aux dillc-
rens genres d'inventions qui suppléent le travail des hommes
par le tiavail des maci.ines?» a". Une médaille d'or de aoo francs
au Mémoire le plus .satisfaisant sur ce suj'-t : « ni'lerininer quelles
sont les maladies qui attaquent ]>arliculièrement les laboureurs ,
les jardiniers et les vignerons du déj)artenient de la Marne j'en re-
chercher les causes ; indiquer les moyens de les prévenir et ceux
de les guérir. » Elle ro.tinuc d'olirirdes prix d'encouragement,
lo à l'auteur d.' la meilleure Statistique d'i;n canton du déjiarte-
ment de la Marne j a" au médecin ou chirurgien de ce départe-
ment , qui aura vacciné le plus grand nonihrc de sujets pendant
l'année i8ai. Le prix sera décerne dans sa .'i-ance publique du
moi.4 d'août i8aa.
Dijon ( Cvte-d'Or ). — Académie des Sciencei , AiU et Belles-
EUROPE. 433
Lentes de Dijon. — Réclamation. — Sur la foi du plusieurs joui'-
U:aix , nous avions annoncé ci-dessus , page 204 , ()uc l'Académie
de Dijon avait mis an concours la question suivante: « Quelle e>t
rinilut'uec des théâtres secondaires sur les mœurs des peuples,
sur ia littérature et le goût? » Le secrétaire de cette Société nou»
éiTÏt qu'elle n'a jamais proposé cette question > et qu'il ignore
quelle est l'Académie à qui elle appartient. — Celle de Dijon a mis
au concours, pour 1821 , la question de physique suivante : «Jus-
qu'à que! jKiinl peut-ou, dans Tétat actuel de la physique, expli-
quer les phénomènes météorologiques aqueux? » Le prix est une
cai'.luiHe d'or de 3oo fV. j Its Mémoires doivent être adressés au
secrétaire de l'Académie , avant le 1'''' mars procliain.
PARIS.
Institut de France. — JYotf sur les dernières décnw-'eites dans
les mers arctiques , lue a V^cadtntie des Sciences , dans sa séance
du 20 novembre 1820, par M. MonEAtJ de JoiVNi:s, correspondant
de C Académie. — Si, dans le petit nomhre de détails publiés jus-
qu'à présent par l'amirauté d'Angleterre, sur l'expédition du com-
raodore Parry , on cherche quels sont les résultats géographiques
donnés par un premier aperçu, il s'en présente déjà plusieurs
<l'un grand intérêt.
On sait q>ie, dans le voyage <le découvertes exécuté en 1818,
sous le commandement du capitaine Ross , lesbâtimens anglais l'A-
lexandre et l'Isabelle s'avancèrent dans l'ouest de la mer de Baffin ,
jusqu'au-delà du 80"^ degré de longitude occidentale , méridien de
Londres, Le commodore Parry ayant pénétré , cette année , par
la passe de Lancastre , jusqu'au méridien de la rivière Mine-de-
Cuivre, découverte par Hearne, il doit avoir atteint le iio* de-
gré de longitude occidentale , et conséquemment être parvenu à
'3o degrés plus à l'ouest , qu'on n'avait encore pu le faire.
Comme il paraît ne s'être pas écarté beaucoup , dans sa route,
■du 736 parallèle , et que, sous cette latitude, le rétrécissement
des degrés de longitude est tel qu'ils ne contiennent j>lus chacun
que quinze mQles et demi, c'est d'environ cent quarante lieues
au-delà du rivage , déjà reconnu, de la mer di; RafGn, que l'ex-
pédition anglaise s'est avancée, vers l'occident, dans l'Océan-Arc-
•tique. Il y a à peu près 20 degrés entre la rivière Mine-de-Cuivre
TOME VIII. 28
41» FX'ROPK.
et ci'lic «le Mackensic ; niaU la rôle tlAme'iifjiie e>l ici iiioin-»
elcvce vers le jiôle , it stinblc avoir pour gissenunl le ^o<^ parai-
li-le, oii les degre'j de loriijitiidc ont vingt milles et demi ^ ce rjui
donne à cette distance iine étendue de i3.( lieues. De la rivière
de iMackensie à Tentrce boréale du détroit de Behring, il n"y a
pas moins de trente -six degrés, qui , étant chacun de vingt- uu
milles et demi, sous le f.ç)' parallèle, font une distance de aSu
lieues. D'où il suit que le point le plus occidental où Texpédition
soit parvenue , est encore au moins à 38G li<'ues du déboucpie-
ment , dans le grand Occan-Bortid ; c'est-à-dire , à une distance
presque triple de celle qui sépare la mer de Railin de la rivière
Mine- de -Cuivre. Le nombre des obstacles qui s'opposent au
passage du nord-ouest, paraissant être proportionnel à l'étendue
de la navigation qu'il exige, il faut reconnaître qu'il y a peu de
chances d'y réussir ; et cette opinion est conlirmée par la lin de
Texpédition du commodore Parry.
(^ucl que soit le succès des tentatives futures de cet intrépide
odicier, on doit déjà à son expédition des connaissances géogra<-
phiques qui assurent à son nom une juste célébrité. De la seule
découverte de la passe de Laucastre, qui a conduit ce navigateur
dans une partie de TOcéan-Arctiquc, où aucun vaisseau n'avait
encore pénétré, il résulte : i" que le continent de l'Amérique n"a
pas l'étendue qu'on lui supposait autrefois vers le jiùle boréal j
•j°que ses côtes septentrionales, quoique jusqu'à présent inabor-
dables, gissent sous des parallèles moins élevés que ceux de la
plupart des côtes de l'Asie , et ne dépassent que de peu de degrés
les latitudes du nord de l'Europe 5 3o que la mer de Raflin n'r<;t
point ime baie, comme on l'a cru j)eiidant si long-tcms; qu'elle
îorme l'une des jiarties de rOcéan-.\rctique , et qu'elle commu-
nique avec lui par le détroit de Lancastre, de même que, par le
détroit de Behring , avec la mer du même nom ; 4'' 4"^ 'c Groen-
land ,(jui n'ajipartient point, ainsi qu'on le croyait, aux contréeh
arctiques de l'Aqiérique septentrionale, forme une île immense,
ou plutôt im continent qu'on i>eut considérer comme une
sixième partie de la terre, puisque, de l'extrémité du grand sail-
lant i)u il projette entre rFurope et rAméri((Uf, jusc(u'à la Mou-
Velle-Siberie qui senilile être sa dernière limite , sous le méridien
ojqtoxt , il n'y 4 pu» niuius de onze à douxe cent» lieues ^ 5° que . «il
EUROPE. 435
«1 eJt ainsi, conmiu on peut raJincltre avec vraisemblance, d'a-
près plusieurs témoignages directs et indirects, c'est une terre
glacée , et non , comme on le sup])Osait , FOcéan-Boreal, qui oc-
cupe l'espace compris entre le 80e degré de latitude et le pôle
arctique j 6° enfin , que , si l'on réunit aux aperçus résultant de
la dernière expédition polaire , les données fournies parles décou-
vertes des Russes, on trouve des motifs de croire que ce continent
arctique a été soumis originairement aux mêmes causes géolo-
giques que les autres grandes divisions du globe, puisqu'il pré-
sente une configuration semblable à la leur 5 que son plus grand
développement en lai'geur est , dans sa partie boi'éale , comme les
cinq autres continens ; qu'il se termine , comme eux , dans sa
partie méridionale , par un vaste saillant dont le cap Farewell est
l'extremité ^ que les mers qui l'environnent sont , comme les
leurs , resserrées par des détroits , et qu'elles sont pareillement
semées d'îles et d'archipels volcaniques , que la même puissance a
projetés au milieu des glaces polaires , comme sous l'équateur.
Il est évident que les noms de buie de Baffîn et iH' entrée de La n-
castre doivent être changés, et qu'on doit leur substituer ceux
de mer de BaJJin et de détroit de Laiiciutre ; peut - être même
faudrait-il ne conserver les noms de Groenland et de Nouvelle-
Sibérie , que comme servant à désigner des parties du continent,
arctique , dont l'ensemble exige une dénomination collective et
nouvelle, analogue à celle dCyluslralasie, adoptée récemment
pour toutes les contrées de la Nouvelle-Hollande. On prévien-
drait, par ce moyen, les longueurs et les ambiguïtés que pro-
duit ce défaut d'une appellation générale, surtout lor«({a'on vient
à s'occuper du sujet intéressant et difliciie des courans de l'Océau-
Boréal. 11 importe assez peu quelle sera cette appellatii-n j)Ourvu
qu'elle soit courte, sonore, significative, et qu'elle puisse être adop-
tée dans la plupart des langues de l'Europe: nous proposerions
conséquemment de donner au continent arctique le nom de
Boréasie , si nous ne croyions que le droit de le nommer appar-
tient au navigateur qui, dans l'exploration de ses côtes , vient de
montrer tant de courage et de persévérance.
— académie des Beaux- Arts. — Les remarques de M. EmÉ-
Ric- David, sur VlJisiuire de la sculpture, ouvrage italien de
M. le comte Cicognara , publiées dans diveis cahiers de la Bet^u*
08*
436 EUROPE.
Encyclopédique ( août , septembre et octobre 1819 , août et oc-
tobre i8ao ), ont été réunies en un seul volume qui se trouve à
Paris, chez MM. Debure frères, Treuttel et Wûrlz, et Delaunay.
Ot ouvrage ayant été présenté à TAcaclémie roj aie des Beaux-
Arts de rin"<titut, relte Académie a pris, dans sa séaiice du 31
octobre dernier, l'an été suivant :
« Il sera adressé à M. F!méric-David des remercîmens particu-
liers pour le zèle avec lequel il a pris , dans l'écrit distribué à la
dernière séance , la défense de la sculpture française , en la ven-
geant des oublis et des critiques de M. Cicognara , auteur d'un»
Histoire de la sculjitnre tr.odernc. L'Académie arrête qu'il s( ra
fait une mention particulière de la présente délibération dans le
procès-verbal de cette séance. »
Gtmsastiqce. — Gymnase civil normrd. — Le ministre del'iu-
térieur vient d'arrêter la création , à Paris , d'un établissement
d'éducation physique et gymnastique , sous la dénomination de
Gynindue cii^d normal. La direction en est confiée à M. Amoros ,
Espagnol naturalisé Français, connu par ses nombreux succès
en ce genre. Lc^ élèves de toutes les écoles royales seront admis
dans cet établissement , qui sera ouvert également aux élèves des
pensions, et aux autres enfans que leurs parcns jugeraient à propos
d'y envoyer. Le Gymnase civil est provisoirement dans le même
local que le Gymnase normal militaire , place Dupleix , entre le
Chanip-dc-Mars et la barrière deGrcnelle.
— licnle spéciale de Commerce. — Nous avons fait connaître
( Tome VI, page 4^î) cet utile établissement, dû, en grande
partie, à la généreuse sollicitude d'un citoyen dont le nom sera
toujours cher à la liberté et à l'industrie j nous attendions, pour
entrer dans k-s détails d'organisation de cette École , et de son
mode d'enseignement , que l'expérience en eût démontré les avan-
tages.
L'enseignement est divisé en trois comptoirs , présidés chacun
par un professeur spécial, et tous surveillés par un censeur gé-
néral des études. Voici la hiérarchie de cet enseignement, telle
que nous avons pu l'observer : i*' et 2' comptoirs. — Ces deux
comj.toirs ou divisions présentent deux degrés distincts de la
»cifn<e élémentaire du commerce, et servent à préjarer les ilèves
I»our outrer dans lu 3' comptoir de pratique simulée, la ligne d<r
EUROPE. 437
démarcation est tellement tracée entre eux , qu'aucun élève ne
peut passer du i'"^ au ae comptoir et de celui-ci au 3«, sans avoir
subi trois examens très rigoureux , d'abord du chef de son comp-
toir , ensuite, du censeur des études, enfin, du directeur.
3« comptoir. — Celui-ci distingue éminemment FEcole spéciale de
commerce de toutes les autres institutions. Qu'on se figure des
jeunes gens installes chacun dans un bureau séparé, où se ras-
semblent leurs livres , leurs cartons , leur caisse, leur porte-feuille ,
etc. , etc. ; qui reçoivent , en y entrant , im fonds capital com-
posé de billets de banque gravés à l'usage de l'Ecole , de monnaies
factices de toutes valeurs pour les appoints, et de lettres-de-
chan^e sur diverses places de l'Europe.
Ces jeunes gens , qui représentent chacun une maison de com-
merce d'une ville de France ou de l'étranger, correspondent
entre eux, comme de vrais négocians, lient des opérations de
commerce de tous les genres , font des recettes et des paiemens,
des achats, des ventes et des livraisons, se transportent à la
l)ourse qui est dans le local, et là, les uns, comme agens de
change, les autres, comme courtiers de commerce 5 ceux-ci,
comme spéculateurs, armateurs ou banquiers ^ ceux-là, comme
simples commissionnaires, négocient leur papier , ou traitent des
marchandises d'après les cours publics qu'ils ont sous leurs yeux,
pour les différentes places de l'Europe.
N'est-il pas vraiment intéressant ce musée commercial , érigé
dans l'établissement oîi ces négocians fictifs apprennent à con-
naître toutes les marchandises et les matières premières, tant in-
digènes qu'exotiques, qui entrent dans la circiUation du com-
merce ; se familiament avec leurs nuances et leurs qualités , avec
leurs avaries , leurs poids , leurs tares , leurs enveloppes , les con-
ditions de vente , d'achat , de livraison , et , à l'aide d'échantillons
qui leur sont fournis, trafiquent aussi réellement qu'ils le fe-
raient dans les ports de Londres ou d'Amsterdam? Le cours d'ins-
truction comprend, d'un côté, les langues vivantes, le français,
l'anglais , l'allemand et l'espagnol , qui sont enseignées par des pro-
fesseurs habiles et versés dans les usages et dans la science du com-
merce ; de l'autre, la législation commerciale , l'économie politique,
la géographie et la statistique commerciale. On nepeut douter que
les jeunes gens qui auront voulu profiter de tous les moyens
438 rUROPK.
d-instrnction qm Iriir sonJ «illi-i ts, ne rlrvirTinrnt dc^ liommof; c.j-
]>abli-s de faire di>fin^ii<'r leurs noms dans 1 h'moralile carrière â
laquelle ils se destinent. U lùofe spéciafe rie commerce est clablicr
rue Saint-Antoine , n° i.j3, dans un fort bel hôtel qui fut autre-
fois occupe par Sri-i-v.
— Cnnsen'atQirc îles nrU et melU-rs. — La nouvelle ecnle fondt'c
dans ce bd etaldisseraent , à l'ancienne abbave Saint-Martin .
rue Saint-Martin , doit s'ouvrir le samedi a décembre, et le»
cours se C'ntinueront ainsi qu'il suit :
CofRS Je mécanique np/ffiquée aux arts; professeur, iM. Char/rt
DcTin, de TAcadémie des Sciences^ le luniii de chaf|iie semaine,
à \ine heure après-midi.
Cours tle chimie oppliqtif'e attr ans ; profcs<ieur, M. CT,ÉMr.^T-
Pesormes; le jeudi de chaque semaine, à deux heures aj>rès-
midi.
Cours tl'éronomie industrielle \ professeur, IM. Jcnn-Jinptiilr
Say ; le samedi de chaque semaine, à deux heures après-midi.
L'objet de cet enseignement est de faire participer les arts in-
dustriels aux derniers progrès des sciences. 11 oflVe cz-ci de parti-
culier , que rèeonomie ])oliti<(ue appliquée aux arts v sera ensei-
gnée par 1 homme à qui cette science a sans contredit le plus
d"oblit;ations. En fondant Tcconomie politique sur les solides
bases de rexpçricncc et de l'observation , M. Say a suivi la mc-
thoile qui a été si favorable , depuis une quarantaine d'an-
ïie'es , à l'avancement des sciences pinsiques; rt cette m^ tliode,
développée par lui, ne peut qu'avoir de très heureux ri'stdtats.
C'e?;t un enseignement que les étrangers envieront à la France, et
auquel, gr.ice à la libéralité de ses institutions, ils pourront
venir prendre part.
Les deux autres professeurs, MM. Dupinvt Clément, offrent
aussi, par leur réputation et leurs ouvrages, des garanties de la
bonté et de la solidité de l'instruction qu'ils sont chargés de
donner.
— yJlhénée royal de Paris. — Nous avons déj.î parlé de ce bel
établissement littéraire, fondé en i^8i , sous le nom de A/usée ,
par l'infoituné Pilatre deRozier, agrandi et amélioré, en i^Sr»,
sous le nom de Lycée , qu'il a porté jusqu'en i8o3, époque où .
le nom de lycée ayant été donné aux anciens collèges, il a prS
rXROPE. 439
r-jlui ôl'yftlienée. L'assemblée générale des fondateurs, présidée
;:ar M. le comte Boissy-d'Anglas , pair de France , vient d'arrêter
tt de publier le programme des cours pour Fan 1821, trente-
sixième année de la fondation de cet établissement.
Ce programme comprend les cours suivans :
Physique expérinientale , M. Pouillet j ^Chimie, M. Robiquet j
Zoologie, M. de Blainville j ylnatomie et Physiologie, M. Ma-
g€ndicj ytslrnnomie , M. Francœur ^ Théorie physiologique fies
sensations , M. Flourens; Théorie de T audition musicale, M. Mo-
rel 5 Histoire , M. Trognon j Littérature cl morale , M. de Jouy.
— Un certain nombre de séances sera réservé pour des lectures
particulières. M. Levasseur se propose d'en faire plusieurs sur
r/iisloire des premiers tems de la monarchie française'^ et
I^I. Alexandre Lenoir, sur les monumens de Fart en France,
pendant le moyen âge. — Les cours de l'Athénée durent six
mois. Plusieurs salons , destint-s à la conversation et à la lecture ,
sont ouverts, pendant toute Tannée, depuis neuf heures du ma-
tin jusqu'à onze heures et demie du soir. Les séances de chaque
cours sont indiquées sur des tableaux placés dans les salles. Les
souscripteurs reçoivent, chaque dimanche, le bulletin des leçons
de la semaine suivante. — Le prix de la souscription est de
120 francs pour les hommes, et de 60 francs pour les dames. —
Le bureau pour les abonnemens est ouvert, tous les jours, au ser-
crétariat de l'Athénée, rue de Valois (ci-devant rue du Lycée) ,
n° 3 , au coin de la rue Saint-Honorë et de la place du Palais^
Royal.
Publications ijouvelles et prochai?.'Es. — Méthode pour Tenr
seignement des langues ; par M. J.-J. ORniNAiRE , recteur de
l'Académie de Besancon. — Tel est le titre d'un ouvrage do plu»
haut intérêt, publié chez Colas, rue Dauj)hine, n^Sa, et qui
est attendu avec la plus vive impatience par les membres du corps
enseignant , et par les pères de fjmille auxquels M. Ordinaire 9.
communiqué ses idées. D'après ce que nous avons pu savoir, cet
ouvrage se divise en deux parties. La première, qui est actuelt-
lement sous presse , comprend : 10 l'exposition des principes de
l'auteur; 2° leur application à la langue latine, avec les tableaux
et le manuel nécessaires tant à l'instituteur qu'aux élèves. Il pa-
yait qu'au moyen de cette méthode , nOn-sculcment les élèvefe ap-
44o EUROPF..
prendraient plus vîlf, mais encore que leurs ronnaissances se-
raient plus étendues , mieux liées et , par conséquent , plus du-
raliîes.
Kous donncron'î, dans notre prochain cahier, l'analyse d'ur»
ouvrage qui «enililc d<\oir ammer d'importantes reformes dans
l'instruction puliliquc et particulière.
— De rorgnnisalion de la puinance civile , dans Finterét mo-
narchique , ou Ve la nécessite d'imtituer les adminislrulinns dé-
partementales et municipales en agences collectives. — L'auteur
s'est proposé de démontrer : i° que l'adraini^tration doit être or-
ganisée comme la justice , l'une et lautie étant des parties de la
même puissance appliquée à des objets diiierensj uotiuelemo-
marcjue doit s'interdire toute juridiction directe, ou censée telle,
dans les contestations administratives et judiciaires j 3o qu'il n'y
a plus d'unité dans le pouvoir, et, par conséquent , point de mo-
narchie, quand le pouvoir ne réside pas entre les mains des mi-
nistres auxquels il est délégué; \'> enfin, qu'on ne peut arii'ter le
cours des délégations subséquentes, fixer invariablement le pou-
voir au pied du trône , étoufl'or le germe sans cesse renaissant des
ambitions et des entreprises polygarchiqucs, qu'en donnant aux
agences inférieures des formes composées, et, au système muni-
cipal, le caractère d'une administration véritablement communale.
Nous ofl'rirons à nos lecteurs, cntims utile, une analvse de
cet ouvrage, dans laquelle on exposera et discutera les principes
qui servent de base aux proi)o.sitions de l'auteur \ principes dé-
duits de l'examen et de la comparaison des divers systèmes judi-
ciaire , administratif et municipal qui se sont succédés depuis le
cinquième siècle jusqu'à nos jours.
M. Denu^on , imprimeur, rue du Pot-de-Fer , n° i.^. fst lédi-
tcwT de cette impoi-tante j)rodurtion , qui sera mise en vente,
dans les premiers jours i^le décembre i8io, chez A. Fymery. rur
Mazarine , n» Jo; Déchet, quai des Augustins, n» 5^ ; et Delau-
nay , Palais-Royal, galeries de bois , n»» 24^ et a44'
— Traite des nullités de tçut genre , de droit et de forme , ad-
mises en matières civiles par les nouveaux Codes et la jurispru-
dence des cours, avec l'esprit de l'ancien droit ; par M. Biret, an-
cien jurisconsulte, juge de paix à la Rochelle, auteur de divcr»
ouvrages de jurisprudence, de morale, etc.
EUROPE. 4jj
Le prix (le ToHvrage sera de lo francs , pour les personnes qui
souscriront avant la mise en vente du second volume. Passé cette
épo((ue, le prix sera de 12 francs. Pour recevoir les deux volumes,
parla poste, on ajoutera 2 fr. 5o cent. Le premier volume sera
en vente le i"' décembre, et le second, le i'' janvier 1821. Pour
être souscripteur, il suffit de se faire inscrire chez Arllius Ber-
trand , libraire-éditeur, rue Hautefeuille, n® 23, à Paris.
— Description de FEgypte, ou Recueil des observations et des
recherches faites ei> F.gypte pendant Texpédition de Tarmée fran-
çaise. Seconde édition , dédiée au roi. Publiée par C. L. F. Panc-
KoccKE ; 25 vol. in-80 de texte et 900 gravures format grand atlas,
grand ai^Ie , grand monde, format dit grand Egypte, etc. Ces
gravures sont imprimées sur les cuivres mêmes de la première
édition, dont il a été tiré peu d'exemplaires.
L'ouvrage paraîtra par livraison de cinq planches, chacune
format grand at!as , imprimé sur papier fin et satine. Ce papier
est aussi beau que celui de la première édition. Le prix sera de 10
francs chaque livraison étiquetée. On paiera en souscrivant deux
livraisons a Vavance, qui seront les deux dernières de l'ouvrage.
Lorsqu'il sera inséré une plancheg-ra«J (7 i^/e ou forma t^rrt/j(^mo«t/e
ou Egypte dans une livraison , cette planche représentera deux
planches du grand atlas pour le prix, et la livraison ne contiendra
alors que quatre planches, dont le prix sera toujours de 10 francs.
Il n'existe que vingt-quatre planches des plus grands formats dits
grand monde et Egypte (i).
Les volumes de texte in-80, imprimés avec des caractères neufs
ricéro, sur très beau papier, sont accompagnés de vingt-huit
planches.
Le prix de chaque volume de texte , y compris ces uingt-huit
planches , sera de 7 francs , et franc de port, de 9 francs. La liste
(1) Ainsi, grâce à la munificence du gouvernement, chaque
planche d'un form.Tt gra.id atlas, sur très beau papi^T satiné,
.sera donnée aux souscripteurs pour 2 francs, et cha({Ui'. planche
gra'id nig'e t:\. grand Egypte , pour 4 francs; les premières vau-
draient dans le commerce 3fî francs : un portrait de ce format a
coiUé Gooo fr. de çjravure; les plus grandes planches vaudraient
dans le commerce 60 à 80 francs: des planches détachées ont ét«
payées dans les ventes 100 à i5o fr.
I
4i3 EUROPE.
«ies souscripteurs sfra imprimci; A la fin de loiiTragc, sous le ixhe
de souscripteurs associes et fondateurs de cette édition. Aiicunr
souscription ne pouvait rire annoncée sous fies auspices plus fa-
vorables. La preniicrc c'ditioQ sera bientôt entièrement achevée.
Les sonscripteurs sont assures que la seconde édition n'attendra .
pour ctrc terminée, que le tenis qu'ils exigertjnt ciix-inémes :
ici la cclc-rilc ne pourra nuire à la perfection. Dans les cinq plan-
ches de ciiaqiic livraison, on placera deux on trois d'aotiriuilés,
une ou deu\ dclat moderne , une dhistoire naturelle ou de géo-
graphie.
li paraîtra une ou deux livraisons tous les vingt >ours , ce qui
fera une dépense de moins de vingt francs par mois. Plus tard,
les liviai.sons se succéderont plus rapidement, selon le désir de»
souscriiili-urs^ et, comme toutes les planches sont gravées, la pu-
blication cnlirre pourra être terminée dans deux ans, ou deux ans
et demi. La souscription est ouverte à Paris , dans les bureaux
lie la secomie édition do la Description de l'Egypte, rue des Poi-
tevins, n" i4, où Ton pourra voir une partie des planciies impri-
mées, et chez tous les libraires de Paris, de la France et de l'é-
1 ranger.
jy. B. Les journaux annonceront la pul)lication de la première
livraison.
— Le libraire Galignani fera paraître, à Paris, dans la jiremicre
quinzaine de décembre , les Voyages, recherches et Jecouuertes
de yV. Belzoni dans l'Egypte et la Nubie , suivis de ses excur-
sions à l'ancienne Bérénice et à l'Oasis d'Ammon j traduits de
l'anglais, et accompagnés de quelques notes, par ]NL DEPri^ir..
•X vol. in-8°. Oii pourr.i joindre à cette relation un allas de gra-
vures coloriées qui se vendra séparément, et qui représentera les
objets découverts par le célèbre vovageur dans les temples, py-
ramides, tombes, etc. , des bords du INil.
— Corps des auteurs latins , ou Collection complète des ccri
vains de l'anciejine Home , avec la traduction française en regard
du texte. —Résolus à profiter des travaux philologiques, qui,
dans les diverses contn'cs de l'Europe , ont si puissamment con-
tribué à l'intelligence do la docte antiquité, les éilileiirs ont en-
trepris d.; assembler, dans une seule el même édition, tout et
«|ui nous reste de la lillirature latine proprCTncnt Uitc , avec mie
EUROPE. 443
'crsîon française placée en regard clu texte. Ce qui n'a pas ete tra-
liiit, le sera avec le plus grand soin; ce qui l'a déjà ete' plus ou
moins heureusement , reparaîtra avec les changemens et les cor-
rections nécessaires; enfin, les auteurs qui ont eu de mauvais
interprètes, seront reproduits d'une manière plus digne du teras
actuel. Ainsi , tout Touvrage aura le même caractère , et semblera
sorti de la même main. Les noms des hommes de. lettres charge's
de tous les travaux relatifs à sa publication, offriront aux sous-
cripteurs une sûre garantie du mérite de cette importante collec-
tion. M. TissoT, successeur de Delille à la chaire de poe'sie latine
du Collège de France, donnera des soins à l'entreprise. M. Aignan,
de l'Académie française, traducteur d'Homère , et connu par des
succès varie's en littérature, a contracté l'engagement de faire,
avaift l'impression, un dernier examen de chaque manuscrit. Les
principaux collaborateurs seront MM. Bariîiir-Vémars , Levée ,
Liez , A. Mahcl, Roqdefort et Victor Verger.
La collection sera divisée en cinq séries, dont la publication
aura lieu séparément. La première série comprendra les iiisto-
j'iens; la deuxième, les orateurs; la troisième, les philosophes,
rhéteurs et grammairiens; la quatrième, les polémiques, poly-
graphes et auteurs qui ont écrit sur diverses matières; et la cin-
quième, les poêles. A mesure qu'une de ces séries sera complète,
on distribuera à chaque souscripteur des frontispices , à l'aide des-
quels la série entière se trouvera rangée dans l'ordre chronolo-
gique. La plupart des auteurs destinés à ftiire partie de la qua-
trième série , n'ayant point été traduits d'une manière satisfaisante,
et plusieurs même ne l'ayant jamais été dans notre langue , nous
croyons faire plaisir au public en publiant cette série d'abord.
Auteurs de la quntrUme série.
AUTEUR.S. OUVRAGES. VOLUMES.
Catox» De l'Economie rurale. — Fragmens. ... 1
Varro.v De l'Economie rurale. — De la Langue la-
tine. — Fragmens 2
ViTRuvE De l'Architecture 2
PomponibsMela. . Cosmographie t
CoLUMELLE .... De l'Economie ruralc. — Des Arbres . . . 2
414 EUHOPE.
fi
Plinf. Histoire naturelle lo
Frojtti!» Des A({ucducs(lc la ville (ie Honu-. — (Qua-
tre Livres deStrata{;èmcs. — Delà Qua-
lité des Terres a
Aulu-Gelle. . . . ÎN'iiits at tiques 3
Apulée L'Ane d"Or. — Discours sur la Magie. —
— Livre du Monde. — Livre du Dieu
de îsocrate. — Trois Livres sur le phi-
losophe Platon. — Floride.s 3
Ampelics Mémorial 1
■Cewsori!» Du Jour Katal > i
JoLiDS Obsequess. Dcs Prodiges .J
Palladics De l'Economie rurale i
SoLiK Livre des choses mémorables du Monde. ^
Apicids Des Mets et Assaisonnemcns \ i
MoDESTOS Sur l'Art militaire )
Sextus RoFDS. . . Appendicedes Victoires et Provinrcs du
Peuple romain. — Livre sur les Difle-
rens Quartiers de la Ville de Rome.
PcBLiDS Victor. . Livre sur les Diflercns Quartiers de lai
Ville de Kome
Stmmaqce Dix Livres de Lettres
VicfecE Appendice de l'Art militaire. — Quatre
Livres sur l'Art ve'térinaire r
IVIacrobe Les Saturnales. — Coranirntairc sur le
Songe de Scipion. — Ditlerences et Rap-
ports lies Langues grecque et latine. 3
Sidoine ApoLiimi«r. Neuf Livres de Lettres. — Discours. —
Vingt-quatre Pièces de Poésie, parmi
lesquelles su trouvent trois pane'gjri-
ques -i
Total 3'>
Chaque livraison sera corapose'e de deux volumes; il en paraîtra
une chujiie mois. I^a souscription est ouverte, pour la quatrième
«ërie sRulitnent, chez Everat, imprimeur-libraire, rue du Ca-
dran, u" iG, à Paris. Prix, 6 fr. le volume, pour Paris, et 7 fr.
EUROPE. 445
5b c. pour les départemens. En recevant la première livraison, on
paiera la première et la deuxième ; en recevant la deuxième , on
paiera la troisième , et ainsi de suite. La souscription, pour cette
quatrième se'rie, devait être fermée au i5 octobre dernier, et le
prix de chaque volume porté à 7 fr. pour Paris, et à 8 fr. 5o c.
pour les départemens.
On pourra souscrire se'pare'ment pour les Saturnales de Ma-
crobe ( qui composeront la première livraison , et dont aucune tra-
duction n'a encore été' publiée jusqu'à ce jour) , à raison de 6 fr.
5o cent, le volume , pour Paris, et de 8 fr. pour les départemens.
Beaux-Abts. — Quatre tableaux de M. Ducis , représentant les
yrincipaux éwe'nemens de la vie du Tasse. ■ — M. Ducis , l'un de
nos plus agréables peintres d'histoire et de genre , neveu de notre
célèbre poète tragique Ducis, et beau-frère de notre grand acteur
tragique Talma, a complété, pour la dernière exposition du Musée,
la collection de tableaux qu'il avait commencée , il y a près de
dix ans , et dans laquelle il s'était proposé de représenter les prin-
cipales scènes de la vie du Tasse. Ces tableaux , au nombre de
quatre , foi-ment une sorte de drame en quatre parties , qui réunit
le double mérite de l'unité d'intérêt , puisqu'il s'agit du même
personnage considéré dans quatre époques difierentes , et d'une
grande variété , puisque les divers événemens, ainsi rapprochés,
offrent souvent des contrastes remarquables.
La première de ces compositions nous montre le Tasse lisant à
la princesse Léonore , qu'il aime , un épisode de la Jérusalem dé-
livrée, où elle est représentée sous les traits de Sophronie. La
physionomie du poète brille alors de tout l'éclat de la jeunesse ,
de l'espérance, de l'amour et du bonheur.
Le sujet du second tableau est la captivité du Tasse , et l'état
de démence et d'abandon où le trouve Michel Montaigne, en
passant à Ferrare. Les yeux et les traits du chantre d'Armide
peignent à la fois le génie et la folie. Ses yeux égarés , qui lancent
des éclairs et semblent trahir les secrets de son ame , font ressor-
tir davantage la figure calme et froide du philosophe , qui vient
observer le poète dans ce cruel état de dégraJation et d'infortune.
Dans le troisième tableau , le Tasse , après avoir brisé ses fers ,
est parvenu, couvert des lambeaux de la misère , jusqu'à Sor-
rento , sa patrie , dans la maison de sa sœur aînée Cornélia. Vou-
4,6 Ja'ROPK.
laut i;j)rouvcr si In tems it. W- uialhem ne lui ont point enlève son
afl'ection, il évite d'abord de se faire connaître à elle , et s'annoncf
r.omiuf un inessaf;<-r charge de lui lenietlie une lettre du Tasx-
Kmu de la duiilcur où lu |ilon{;c la Ic-rturc de cette lettre, qui
contient le récit des infortunes de son frère, celui-ci ne peut s<-
«:ontrain«lre iilu-i lonj^-lems, et on le voit au moment de se jeter
dans les bras de celte tendre soeur.
L,a mort du Tasse eut. le sujet du quatrième tableau. Le peint ii-
nous ofl're sa pompe funéraire ce'lébree au couvent de Saint -
Onuplire , le jour même où se prèjiarait pour lui au Capiiole une
jnuiii>c ti'iompliale. Ce contracte tlouloureux des p;ilnies de la
gloire destinées au j)oète, et des lu^nbr<;s c\]>rès qui les rempla-
cent, réveille dans Pâme des réflexions i-t des souvenirs mélanco-
liques , et font mieux ajiprécier la vanité de nos désirs et de n«>>
esi)érances.
Tous les suflVages se sont réunis pour louer la manière dont
^I. Ducis a traité son sujet, eu se pliant avec un art et une {;iriee
toute j)articulièrc ans dillérens tons projjres à chacune ties scènes
«ju'il a choisies. Ou a surtout admiré ce caractère de vérité locale
qu'il a su conserver, sans nuire à l'intérêt dramatique , ni à l'ellét
général de ses compositions.
Les (juatre tableaux sont maintenant réunis dans le salon de
madame la princesse douairière de Talmont, qui en a fait l'ac-
«juisition. M. A. JLCMt^f.
Théâtres. — Odeon. — Phocion , tragétlie en cintj actes do
^I. C RoTou. — Cette jnèce, (pii avait déjà oldenu un >uc<-è>
«l'estime au premier Théâtre- rran(ais, vient d'en avoir un du
même genre au second. 11 ne faut y chercher ni des caractères
vraiment dramatiques, ni des situations très attachantes. Le pcr-
.sonnage principal , Phocion, dont on prévoit la mort dès le com-
mencement de la pièce , se trouve toujours dans la même situa-
lioii, opposant à une fortune ennemie cette stoiquc vertu, ce
courage inébranlable (jui sans doiiti- excitent l'admiration, mais
([ui émeuvent diiiicilement li)rs(pi il ne s'y mêle pas quelques-unes
de ces faiblesses qui doivent rapprocher les héros tragiques de»
autres hommes, et augmenter ainsi l'intérêt qu'on leur jwrte. Ce-
])endant, nous devons citer comme une scène d'un tics grand
ellèt celle où Phocion , après avoir ordonné «ju un ouvre les portos
EUROPE. 447
aux furieux qui viennent l'immoler , les désamie en leur racon-
tant sa vie , et en leur montrant les cicatrices dont sa poitrine est
«■ouverte. Les autres personnages sont très secondaires et n'inté-
ressent que faiblement j ainsi que Phocion, ils n'éprouvent au-
cun de ces changeniens de fortune qui font passer les spectateurs
alternativement de la crainte à l'espérance. Le style fait le prin-
cipal mérite de cet ouvrage j il annonce un homme qui a long-
tems étudié les anciens. Peut-être même est-ce à im trop grand
désir de les imiter, qu'il faut attribuer un certain nombre de ti-
rades (pii laissent voir le rhéteur, et refroidissent encore une pièce
déjà froide par elle-même.
— DAcc'ulenl en voycii^e , ou les llenconlres de f^alognes , co-
médie en trois actes et en prose , de M, Georges Dcval. — Cette
pièce n'a eu que deux représentations. Quelques mots spirituels
n'ont pas paru au public une compensation suffisante des invrai-
semblances, des scènes d'un comique faux ou forcé, et des ex-
pressions triviales qu'on trouve dans cet ouvrage, où l'on n'a
pas reconnu le talent dont l'auteur a fait preuve dans la Journée
k f^ersallles.
NÉCROLOGIE. — français - Laurent LamakdÉ , inspecteur-géné-
ral du corps royal des ponts-et-chaussées, officier de la Légion
d'honneur, chevalier de l'ordre du Roi, membre de l'Académie
royale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, ne' à Dinan,
en Bretagne, le 1 5 avril 1735, est mort à la Flèche, le i5 mai
1819 , à r^ge de 84 ans. Les ports de Rouen, Dieppe, Fécamp,
Saint-Valery et Honfleur lui ont dù successivement de nom-
breuses améliorations j mais c'est surtout au Havre qu'il a dé-
ployé ses grands talcns et ses vastes connaissances, dans le plan
général du port dont on continue aujourd'hui l'exécution , qu'il
avait commencée sous Louis XVL II eut pour maître, dans l'é-
tude des mathématiques, l'abbé de la Caille , et, pour condisci-
ples, l'abbé Marie, Bailly et Bernardin de Saint- Pierre. C'est lui
que ce dernier cite dans ses Harmonies de la nature, comme
ayant sauve une partie delà ville des Sables-d'Olonne de l'enva-
hissement prochain de la raer. C'est à lui qu'un des propriétaires
de cette ville , mourant sans enfant , laissa comme marque de la
■reconnaissance publique, et long - teuis après le service rendu,
i\n legs considérable.
i
Vis riiRoPK.
— Jean- Antoine Macdbi', ancien ev(*qiie de Saint-Dié, tn^
le 5 mai 17 J8, à Adnmp, de|)aif<nicnt des Vosges, est mort à
Rellttville, près Paris, le i3 !>ejitenil)re dernier. « Lor!<(|iriine
re'ftirmo salutaire tenta de ramener en Franre la discipline pri-
mitive. 3M. Matidru , élu par ses compatriotes, fut institué et sa-
cré de la manière que prescrit le quatrième canon du concil»- de
Ricéej de la même manière que le furent tous les grands pontifes
des premiers siècles Fn 1801 , à la demande du clief de
TEglisc, il s"emprcssa de donner sa démission d'ime place ac-
ceptée dans des tems difliciles, et iiniqueraont pour que les fi-
dèles ne fussent pas privcsdesCon<olations de la religion. Descendu
du premier rang, mais pénétré du principe que tout est honorable
dans la maison de Dieu, il accepta la cure de la ville de î^tenaV.
L''invasion du territoire français pat des légions étrangères four-
nit à ses ennemis Foccasion de satisfaire leur animosité Pen-
dant sept mois, une redoutable inquisition le j)oursuivit sans re-
lâche L'ordre arbitraire dun mini-.tre lui enjoignit de se
rendre sur les rives de la Loire \ et , pendant un an , relégué à
Tours dans un galetas, il fut (n proie à toutes les privaticns
LibreenGn de quitter son exil, il vint fixer sa résidence à cinq
lieues de Paris Tendrement attaché au chef de TEglise,
comme catholique, comme évèque; à .sa patrie, à nos libertés
constitutionnelles, comme citoyen , il rendit ii César ce qui est à
César , à Dieu ce qui est a l)wu »
Kous avons extrait ces notes d'un Discours prononcé à Belle-
ville par M. Grégoire , ancien évêque de Blois , lors de l'inbuma-
tion du vénérable M. Maudru, en présence de plusieurs évêques,
prêtres, magistrats et laïques, dont il avait su se concilier l'es-
time et l'aillfclion. Ce discours, qui .se trouve inséré tout entier
dans le tome V de la Chronique relii^ieuse , contient des particu-
larités remai'quables sur le pieux personnage qui en est l'objet.
ERRATA.
Page «29, ^4' ligne « "m lieu de à ligne , lisez à la ligne. — i'^ge
369, ib« ligne, au lieu de et en corps organisé, lisez et corps or-
ganisé. — FageSja, ai' ligne, nu lieu de lu petitesse , /<.<«; les
petitesses. ,
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
ou
ANALYSES ET ANNONCES RAISONN^ES
Des productions les plus remarquables dans la
Littérature , les Sciences et les Arts,
«^V VVVVVV VVVVVV VVV vXfV VVVVVVVVX) VVVV^V iAfVVXVVVVV VVVVV VVV vvv vvv v\v v^
I. MÉMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MELANGES.
EXTRAIT
Du Discours d'ouverture du Cours de Mécanique appli-
quée AUX ARTS , prononcé dans la séance générale
d' ouverture des Cours du Conservatoire des arts et
MÉTIERS , le 1 décembre iS^.o , par M. Chaules Duplv,
membre de V Académie des Sciences (i).
La mécanique , telle que nous devons l'envisager
dans notre cours , a pour objet de considérer les
forces de l'homme et de la nature , dans leur appli-
cation aux usages de la vie , ainsi qu'aux travaux
des arts.
Nous parlerons, en premier lieu, des forces de
(i) C'est le 2 décembre qu'a eu lieu la séance d'ouverture des
trois cours des sciences mécaniques, chimiques et économiques ,
appliquées aux arts, qui composent le nouvel enseignement cre'é
près du Conservatoire des arts et métiers. S. Exe. le comte SI-
TOME VIII. 24' Cahier. 29
I
43o EXTRAIT
l'iiomrue : les unes soni plivsirjnes ou malérielles 5
Jcs adtres , inoral( s on inicllt'tiut'llcs.
•Tusqu'irl, la pliilosopliic rationnelle a fail son
domaine exclusif de l'exanjcn des facullés intellec-
tuelles de l'homme -, et la philosophie naturelle a fait
le sien de toutes les forces physiques des êtres aifi-
mcs ou inaniiiiés.
Pour arrivrr aux applications dont nous devons
exposer les principes, faire connaître iVsprit , et
démontrer l«s résultats, nous emprunteions à ces
deux pliilosophies , tout ce tprelles pourront nous
présenter d'utile. Sans nous égarer en de vaincs
iech(;rches sur des causes premières qui nous sfint
encore et nous seront prohabîement à jamais in-
connues, nous chercherons seulement à bien con-
mcon , minibtrc de 1 inférieur, qui tli'\ait j)r»>iilor la scaurc ,
n'ayant pas pu s'y rendre, M. le duc de la RochefoucauU Lian-
court, pair de France, a tenu la place du minisire , et a porte la
parole, comme président. 11 s'est attaciié à laire appn cier les
ini]>ortans services déjà rendus par Tindustric , et les nouveaux
birnf.iits que la Société a droit ilVn attendre, à mesure que cette
industrie , source de la richesse des n.'ition'^, et non moins bien-
faisante sous le ra|iport du d(!veIoppemcnt moral que sous celui
delà ]>rospérité publique, sera excitée et perfectionnée, au moyen
d^une instruction plus solide , plus généralement répandue et plus
complète. Les trois prof( sseurs du Conservatoire , M.M. Cu. Dt-
ri!v , CrÉMEKT et.SATont ensuite exposé le plan cl 1rs vues générales
de liurs cours- de ni( conique fAo chimie tifp/iqui'c et d't-V o«om/(■•
l/lJ((J/Wc//e. Ces trois discours ont également fixé l'attention et ob- '
tenu Icsapplaiidisscmcns d'un auditoire non)brrux et éclairé. Kciu
croyons faire plaisir ù nos lecteurs, en leur «ifliant ici rexlrait du
discours (|u'a prononcé notre collaborateur M. IJiipin, et <|u'i! a
bien voulu nous communiquer. M- A. J.
DU DISCOURS D'OUVERTURE, etc. 45i
naître et à bien juger des efïëts appréciables. Nous
considérerons, comme autant de faits, tout ce que
nous apprend notre observation, sur les ressources
de nos forces intellectuelles et sur les secours qu'elles
peuvent nous offrir dans la direction de nos forces
physiques.
Il n'existe peut - être aucune espèce de travaux
exécutés par l'homme , où ces deux espèces de forces
ne soient pas combinées pour se prêter un mutuel
secours. Mais , quoiqu'elles soient presque toujours
employées en même tems , elles le soîjt dans des
proportions qui varient à des degrés presque in-
finis.
Tantôt , comme dans les travaux des beaux-arts ,
tels que le dessin, la peinture, la gravure, il faut
faire un très grand emploi de la force intellec-
tuelle, et un emploi très médiocre de la force cor-
porelle ; dans quelques arts, tels que la sculpture,
et certaines constructions d'architecture , il faut faire
un grand emploi des deux forces ; enfin , dans beau-
coup d'autres, il faut principalement se servir de
ses facultés physiques.
fe A mesure que ces métiers ou ces arts ont été
créés et développés , ils ont pris un rang plus ou
moins élevé dans l'opinion des hommes. On a géué-
lement placé plus haut ceux qui demandaient les
plus grandes actions de la force intellectuelle.
Ainsi, les travaux d'invention ont été regardés
» comme supérieurs aux travaux d'imiiation. Aiitisi ,
■l'on à mis tous ceux qui demandaient une plus
I
43a EXTRAIT
grande puissance d'attenlion , de mémoire, de ju-
gcmcMit et d'itiiaginalion , au-dessus de ceux (jni ne
demandent (jn'tni t;rand eHorl pour tirer, jjrr'ssor,
pousser ou fia[>per j en un mol , pour agir njalé-
rie'.lement.
Cependant , quelques philosophes entraînés par
une vainc manie du paradoxe , et par le désir de
renverser toutes les idées reçues, ont voulu nous
persuader qu'il fallait au contraire accorder le plus
d'estime aux travaux qui demandent le plus grand
emploi de nos forces phvsi(|ues.
Si Ton veut réduire cette discussion à des préé-
minences fondées sur des considéraiious plus ou
moins vagues , plus ou moins ingénieuses, avec un
génie subtil et des formes entraînantes, on pourra
rendre la dernière opinion aussi plausible que la
première. Mais, dans l'esprit d'application qui doit
nous diriger , nous n'envisagerons pas une telle
discussion sous le point de vue d'une vainc piéé-
minence entre les oeuvres de la main «>u du
cerveau , de la matière ou de la pensée. ?vous ra-
mènerons la question à des élémens beaucoup plus
simples.
Que serait l'homme , et que pourrait-il faire, s'il
était réduit à ses simples facultés instinctives et
physiques ? qu'esl-il, et que penl-il faire, en ajou-
tatJt à ces facultés toutes celles de son intelligence.»^
('est l'histoire de l'industrie qui doit notis fournir
dès îi présent la réponse à ces questions inq>(>r-
tanles. LLnsuite, l'ensemble même des connaisianccs
DU DISCOURS D'OUVERTURE, etc. 453
qui seront développées dans ce cours , fera con-
naître , dans ses principaux résultats , ce concours
de toutes nos facultés pour augmenter notre bien
être , nos plaisirs et notre puissance.
S'il fallait en croire les historiens de l'âge d'or, les
hommes des tems héroïques auraient été beaucoup
plus forts que les hommes des premiers tems ul-
térieurs 5 et ceux-ci, néanmoins, plus forts encore
que les hommes des tems civilisés. Ainsi , les pro-
grès de la société n'auraient eu d'autre résultat
que de faire dégénérer l'espèce humaine.
C'était aussi l'opinion de quelques philosophes
modernes , qui , se formant des idées chimériques
sur l'état de nature , se sont plus à douer l'homme
qui vit dans la liberté des sauvages , d'une force
plus grande que celui dont tous les mouvemens sont
gênés par des entraves sociales , depuis le maillot
et le berceau jusqu'au linceul et à la tombe.
Mais , depuis qu'on sait mesurer des .eilorts mé-
caniques par des instrumens exacts , l'expérience a
prouvé que la force physique des sauvages est sen^
siblement moins grande que celle des hommes ci-
vilisés.
Ainsi , l'expérience nous confirme dans cette idée
que la raison seule aurait dû faire adopter : la force
corporelle de l'homme , au lieu de décroître par les
effets de la civilisation , s'accroît au contraire par
l'exercice d'un travail que la raison dirige et modère;
et par les effets d'un genre d'existence , où , grâce
à notre prévoyance , à notre expérience , nos bc-
454 ' EXTRAIT
soins sont satisfaits avec régularité, nos maux guéris
(1ns leur naissance , et nos infirmités soulagées ou
prévenues.
Ce n'est pas qu'on puisse espérer, par tous ces
moyens réunis , d'amener un très grand change-
ment dans la force matérielle absolue dont l'homme
est susceptible : c'est à l'aide de nos facultés intel-
lectuelles qu'on peut faire produire à cette même
force des effets incomparablement supérieurs , non-
seulement chex quelques hommes privilégiés de la
naline; mais chez des peuples entiers, dont la raison
très cultivée s'applique à développer à la fois toutes
les facultés qifî peuvent nous élever au-dessus de
nous-mêmes : c'est ce dont l'éducation de quelques
peuples de l'antiquité nous oflrira l'exemple.
Sans remonter maintenant à des époques éloignées,
jetons les regards autour de nous : nous verrons
dans les actions les plus communes de la vie , et
dans tous les travaux des arts, que, sans accroître
sa force absolue , l'homme peut en augmenter sin-
gulièrement les effets , par l'emploi que sait en faire
une heureuse intelligence.
Ijorsqu'on observe avec soin les travaux d'un ate-
lier nombreux , on est frappé de la différence des
résultats obtenus par les divers ouvriers dont il se
compose. On voit les uns, doués par la nature d'une
1res grande force matérielle , s'épuiser en efforts pro-
digieux , et néanmoins produire un travail également
médiocre , soit pour la quantité du produit , soit
pour la qualité de l'exécution.
DU DISCOURS D'OUVERTURE, etc. 455
On en voit d'autres dont le corps grêle ou la com-
'plexion délicate ne promet guère de grands efforts
physiques ; mais ils compensent ce défaut par une
rare intelligence , et par rha])itude d'observer, de
comparer et de réfléchir. Ils ne perdent pas un seul
mouvement j ils n'appliquent à la production de
chaque effet particulier , que la portion de forces
strictement nécessaires pour le produire ; ils évi-
tent et les faux coups , et les pressions superflues
et les frottemens inutiles ou contraires; et, par cette
économie de leurs moyens , ils font plus vite , plus
parfaitement et avec peu de fatigue , ce que les
hommes les plus robustes s'épuisent à produire.
Des dispositions naturelles à l'observation, une dex-
térité dont la source est dans la flexibilité de certaines
articulations , dans la souplesse et l'agilité de cer-
tains mouvemeus , doivent rendre moins long et
moins imparfait l'apprentissage de chaque art mé-
canique. Mais , dans cet apprentissage même où ,
trop souvent, on confie tout au hasard , au tems ,
à la routine , la science peut offrir d'utiles enseigne-
mcns , pour atteindre , par une voie plus sûre ,
plus directe et plus facile , au but dont sans elle
on ne peut approcher que par des à peu près et des
latonnemens.
C'est au directeur d'ateliers et de manufactures à
faire , au moyen de la mécanique appliquée , une
étude spéciale de tous les moyens d'économiser les
forces de ses ouvriers : il y gagnera doublement. Il pro-
duira ée plus grands résultats, avec un même nombre
456 EXTRAIT
d'homrru's -, il pourra les l;uii;ucr moins, et pour-
taiil vu obunir tla\anlage. Eux-nir'iiu's apj)rcii(!ronl,
dans un tenis donné, non-seulement à faire plus,
mais à f;iire mieux.
Ainsi, la main-d'œuvre deviendra , dans l'indus-
trie française , de plus en plus économicjue \ et, cha-
que jour, elle approchera davantage de la perfection.
Les produits de nos arts , mieux ;>ppropriés à nos
■besoins , accroîtront les jouissances de la vie ; et ces
produits , livrés à la société , pour des valeurs moins
élevées, multiplieront le nombre des hommes qui
peuvent se procurer ces jouissances. Par ces moyens
divers , tantôt balançant l'industrie étrangère , tan-
tôt remportant la palme , les produits perfectionnés
de notre industrie, toujours croissante, iront ap-
picnJrc nos titres de gloire dans les bienfaisans
travaux de la paix , aux peuples qui tant de f(tis ont
vu noi litres à la gloire dans les travaux de la
guerre.
Pour atteindre ce but, il faut inspirer, dès l'en-
fance, aux jeunes ouvriers, l'amour de la raison, de
l'ordre et de l'activité 5 il faut de bonne heure les fa-
çonner aux dures habitudes du travail. Mais, gardons-
nous d'imiter certains manufacturiers d'une contrée
voiïinc , qui , pour assouvir leur avarice, ont fait
travailler de malheureux eufans de huit à dix ans ,
jusqu'à douze cl quatorze heures par jour. Abus
crucîl , prolongé jusqu'au moment où la législature
indignée a créé des comités d'entjuéte , pour ron-
naiirc à quel point la cupidité des fabricans abusait
DU DISCOURS D'OUVERTURE , etc. ,',57
de l'indigence des parens , et tarissait ainsi dans sa
source l'espoir et l'aliment des pauvres familles.
N'exigeons de ces enfans qu un travail plutôt un
peu au-dessous qu'au-dessus de leurs forces crois-
santes-, divisons , allégeons ce travail , par des inter-
valles de repos et de récréation, pendant lesquels,
sortant des salles et des réduits renfermés des fabri-
ques et des ateliers , ils aillent prendre le grand air,
s'abandonner à cet essor, à cette gaieté du jeune âge
qui donnent du ton à toutes les fibres, excitent l'éner-
gie des moyens intellectuels , et mettent l'adolescence
en état de reprendre ses travaux avec une vigueur
nouvelle.
En vous parlant du développeraeut des forces pliy-
siqiies de la classe ouvrière , je ne dois pas oublier
ce qui regarde le développement des mêmes forces
dans les autres classes de la société.
A cet égard, Messieurs, les anciens l'emportaient
de beaucoup sur les modernes. La 1 )rce corporelle
était chez eux d'une extrême importance. Comme
elle décidait du sort des combats, elle était l'égide
de la patrie pour les peuples justes , et le véhicule de
l'ambition pour les peuples usurpateurs. On apportait
donc un soin extrême au développementde cette force
et à son application intelligente ; c'est-à-dire , à l'a-
dresse. Non-seulement on exerçait les enfans de tou-
tes les classes de l'État, à la lutte, au pugilat, à la
course , soit à pied , soit à cheval , soit sur un char 5
mais on récompensait les talens acquis dans ces exer-
cices , par dos prix si grands et si beaux, <[u'ils
45S EXTRAIT
faisaient l'ambition des citoyens de tous les rangs.
C'est dans les vastes assemblées de l'élite des na-
tions , en présence des premiers magistrats , qu'on
établissait des concours pour ces di/Térens exercices :
les vaiiujueurs recevaient, pour récompenses, des
palm«s et des couronnes; les poètes les plus illus-
tres chantaient leurs combats et leur gloire ; et les
villes , enorgueillies d'avoir donné le jour à des hom-
mes qui l'emportaient ainsi sur les autres , leur éri-
geaient des monumcns et des statues.
Les Grecs en lésistant aux forces de l'Asie qu'ils
ont ensuite conquise , et les Romains en devenant
les maîtres du monde, ont montré combi<'n ces ins-
titutions , qui nous semblent aujourd Imi frivoles,
étaient alors sages et profondes.
Depin's l'adoption des machines où la poudre en-
flammée sert de moteur, nos forces corporelles ont
cessé d'être le principal élément des victoires ; mais
il ne faut pas croire que cette force et la santé dont
elle est le fruit soient, aujourd'hui même, d'un
faible avantage , et dans la guerre et dans la paix.
11 faut , dans nos armées , que le soldai puisse au
besoin élever des retranchemens , creuser des fossés ,
des sapes et des raines 11 faut que l'oflicier , aussi
bien que le soldat , soit assez, robuste pour siq'jporter
des marches forcées ; soufliir la faim , la soif, le
froid, le chaud , et toutes les intempéries des saisons
et des climats. Or , tout cela ne peut se faire que
par une éducation >igf)ureusc, qui développe bien
nos moyens physiques , et qui rende nos organes
DU DISCOURS D'OUVERTURE, etc. 4^9
aussi peu sensibles que le permet noire nature , aux
privations de toute espèce ainsi qu'à des efibrts puis-
sans et prolongés.
Puisque les enfans du riche , comme les enfans
du pauvre, peuvent être appelés à la défense de
l'Etat , ce serait une précaution pleine de sagesse que
1 de combiner, dans toutes les classes de la société,
Texercice et le développement des facultés physiques
et morales. Sans doute , avec de l'opulence , on se
rachète des périls et des fatigues de la guerre *, mais ,
comment se racheter des revers mêmes de la fortune?
et , dans le dénuement de toutes choses , suflPire en-
core au souiien de sa propre existence ?
Je n'irai pas , pour cela , jusqu'à prétendre que
les enfans du riche doivent tous , comme l'Emile de
Rousseau, se faire menuisiers ou charpentiers, uni-
quement pour savoir un art manuel , quoique tout
nous démontre la prudence d'une telle précaution ,
dans le cours incertain de la vie et des révolutions.
On peut présumer, par exemple, que, dans les
vicissitudes de l'émigration et de l'exil , sur les pon-
tons d'Angleterre , ou^ dans les déserts de la Russie,
une foule de Français élevés dans l'opulence et dans
l'indolence, auraient rendu grâce au ciel et à leurs
parens, s'ils avaient, dans leur jeune âge, appris quel-
qu'une de ces professions modestes qui, partout,
font vivre honnêtement celui qui sait les pratiquer.
Ainsi , les sévères leçons du passé semblent élever
leur voix , pour commander aux hommes, dans tous
les rangs de la société, de cultiver, au moins d'une
46o EXTRAIT DU DISCOURS D'OUVERTURE, etc.
manière générale rt simullnnée, les facilités physi-
(jiu'S et morales de leurs enfans 5 de leur faire ap-
prendre , avec la théorie , quelques moyens-prati-
ques cl quelques ressources des arts utiles : afin qu'au
moniitil lia besoin , ils ne soient pas entièrement
étrangers à des travaux qui pourront les sauver de
la misère , ou de l'aumône , ou du déshonneur. Eh
Lien ! ces moyens d'application , cet art d'utiliser
nos forces et celles de la nature , voilà l'objet de notre
enseignement.
Quant à la jeunesse, aussi nombreuse qu'intéres-
sante, qui se destine à la direction des ateliers et
des manufactures , jeunesse à laquelle nos leçons
seront plus spécialement destinées , elle ne saurait
rester étrangère à la pratique, non plus (ju'à la théorie
des arts qu'elle est appelée à diriger. Il faut qu'au
besoin, un directeur de travaux puisse mettre la
main à l'œuvre, non pas pour la quantité absolue
d'ouvrage qu'il pourra faire, mais pour l'exemple
et pour l'instruction qu'il lui importe si fort de don-
ner, en beaucoup de cas , h ses ouvriers : d'ailleurs,
il n'est qu'un moyen de n'être jamais trompé sur
l'exécution des travaux qu'on dirige ^ c'est d'en con-
nailre à fond la pratique.
11 faut seulement (jue , potir l'homme appelé à en
diriger l)eauconp d'autres, le travail de sa main n'ait
qu'une importance secondaire : c'est à sa force in-
tellectuelle qu'il doit accorder le premier rang , et
c'est dans un enseignement tel que celui du Conser-
vatoire des arts et métiers , qu'il doit la cultiver
46 r
/W\(W\lW\iW\'VV\'WVW\iVV\'VV\W\'VW'W»W\
NOTICE
Sur les Découvertes philologiques de l'abbé Angelo
Majo.
Les Annales de littérature , publiées à Vienne ( Fahr^
bûcher der Literatur) , l'un des meilleurs, et, sous
quelques rapports, le plus soigné des nombreux recueils
littéraires qui paraissent en Allemagne, contiennent ,
dans ]eur cinçuicme volume, un aperçu des découvertes
philologiques du savant abbé Majo à Milan , et des édi-
tions qu'il en a publiées. Plus d'une fois, la Revue En-
cyclopédique a fait mention de cet illustre savant (i) ,
et nous croyons satisfaire la curiosité de nos lecteurs
en leur donnant ici, d'ajDrès le recueil que nous avons
cité , l'énumération chronologique de ses importans
travaux. Ils sont au nombre de vingt-deux.
C'est dans la bibliothèque Ambroisienne de Milan ,
que notre philologue a fait tant de découvertes. Cette
bibliothèque et le collège Ambroisien furent fondés, il
y a deux cents ans, par Frédéric Borromée, cardinal
et archevêque de Milan, cousin de Saint-Charles Eor-
roinée. L'institution reçut le nom de Saint-Ambroise ,
patron de la ville. Rien ne fut épargné pour enrichir
la bibliothèque , qui renferme actuellement , outre
quinze mille manuscrits d'une haute antiquité, envi-
ron soixante mille ouvrages irhprimcs. La première
partie de ce trésor a été considérablement augmentée
par les manuscrits du couvent de Bobbio , fondé dans
les Apennins , en 6i2 , par saint Columban , et dirigé ,
dans le dixième siècle , par le célèbre Gerbert. Les ri-
(i) Vol. I,369,3;6iVol. II, 175 j Vol V, 38G.
/,62 NOTICE SUR LES DÉCOLVEKTES PHILOLOG.
clicsses que roriffriuail la hihliotlièqtie de ce couvent
attirèrent l'altontion du fondateur de la hibliolhèque
Ambrolsienue , eu sorte que tout ce qui s'est trouvé de
précieux dans la première , a passé successivement dans
l'autre. C'est dans celle-ci, que ]\J. Majo occupait d'a-
bord la place de scrilore di lingue oricnlal , et il en
était dernièrement l'un des seize dollori. 11 a été de-
puis appelé à la bibliothèque du \atican, ce qui le
met en état de consacrer tout son lenis à ses études
chéries. Il est membre de l'Académie de Munich, de
l'Institut des Pays-Bas , et correspondant de l'Académie
des Inscriptions et Relies-Lettres de Paris.
La première publication de ses travaux philolo-
giques fut Isocralis oralio de pirmutatione , cujiis j)ars
ingens priwitni grœce edila ah y^ndrca Mui<toxjde ,
mine priiviiin latine cxhiùelur al/ anonjnio inttvprele ^
qui (t notas cl appendices adjunxit. ]\Iediolani , tjpis
Jo. Piioiœ , i8i3 ; in-R" ; i4<S pag.
André Musloxidi ( Mo-uçoçxior.ç) , natif des Iles louicn-
nps , mais élevé eu Italie, avait découvert, dans la
bibliotliè(jue I.aurentienne de Florence, un manuscrit
contenant le discours d'Isocrale ttcoi àvrio'&o-cM; , plus
complet qu'il ne se trouvait dans aucune édition ]ui-
bliée jusf|u'alors. Cette découverte détermina ]\lus-
toxidi à faire d'autres recherches, et la bibliothlcjue
Ambroisieniie lui ofïrit un manuscrit qui contenait le
méinc discours non moins cc)m]>]el. Étant ainsi con-
\aincu (jue le surcroît de <e qui nous reste du cé-
lèbre rhéteur d'Atliènrs, n'était point une interj)0-
lation , il publia le discours , à INIilan, dans la langue
originale. C'est de ce discours dont l'abbé Majo qui ,
en cette occasion , garda l'anonynie, a donu«' 'a tra-
duction complète, en adoptant pour la partie (|iu
DE L'ABBE AWGELO MAJO. 463
était déjà connue, celle d'Auger , préférablement à
celle de Wolf. Les appendices ont pour sujet les lettres
d'Isocrate , l'explication d'un passage obscur dans un
autre discours, et des remarques sur le manuscrit de
la bibliothèque Ambroisienne, qui se trouve être celui
de Michel Sophianos , dont P. Veltori a fait mention ,
il y a plus de deux siècles, comme contenant un
fragment consid*^rab!e encore inconnu. Ce même frag-
ment a été retrouvé, depuis, dans deux autres manus-
crits d*; la bibliothèque du Vatican.
II. 31. Tullii Ciceronis irnim orationiim.,pro Scaiiro ,
pro TulliOypro Flacco , partes ineditœ , citm autiqno
scoliaste item inedilo ad orationem pro Scaitro. In-
venit , recensuit , nou's illustravit Angeliis Maius ^ bi-
bliothecœ Ambrosiance à linguis orientalibus. Medio-
lani , tj'pis Jo. Pirolce. i8i4, in-S*", 5i p.
Averti par ce premier succès , M. Majo prît la
résolution de poursuivre ses recherches , et bientôt il
tomba sur un manuscrit du couvent de Bobbio , con-
tenant les productions du poète chrétien Sedulius.
Mais le parchemin avait servi antérieurement à d'au-
tres écrits, dont une partie s'était presque effacée, et
l'autre avait été grattée j ce qui est arrivé souvent pour
les anciens manuscrits que l'on appelle, à cause de
cela, rescripti , palimjj.sesli {nyH[i-^yi7ot). En l'exami-
nant attentivement, il découvrit, dans cet écrit anté-
rieur, de» discours perdus de Cicéron. O Deus imfnor-
talis ! s'écrie M. Majo , au sujet de cette découverte ,
avec l'aimable enthousiasme qui caractérise sa nation,
o Deus immortalis , quid dcmitm video I en Ciceronem,
; en lumen romanœ facundiœ indignissimis tencbris
\ circumsepliim ! Agnosco dcperditas Tullii oraliones ,
s^ntio ejus eloquentiam dii'ind quiidam vi Jluere , etc.
464 KOTICK SUR LES DÉCOLVEKTES PHILOLOG
Le luaniiscrit, actnclIrniPiit ployé iu-8°, l'avait étc
(iriginaiiemrnt iii-î", et les discours de Cicnron y
étaient écrits en trois colonnes. 1/éiliteur croit «in'à
en j«ig«'r par récriture, le texte de Cicéron date du
second ou du troisième siècle , et il pl.'icc dans le hui-
tième celui de Sedulius. Les scolies lui paraissent être
de lexcellent commentateur Asconius Pedianus,de
Padoue , qui avait personnellement connu son com-
patriote Tite-Lîve et \ irgile.
III. Jf. ^fu/lii Occronts irium orationum^ in Clodiiwi
ri Curiom-tn , de cerc alicno Milonis , de rege Alcxan-
drino , fragmenta inédit a y ilctn ad 1res prœdictas ora-
tioncs , et ad alias 7iitliana.<; qntituor éditas , eovinien-
tarius antiquiis incditns , fjni vidilur Asconii P< diani ,
scolia insttper anliqna et incdita , quœ videntitr cx-
cerptn comvientario deperdilo ejusdeni ylsconii Pediani
ad alias rursiis qnatuor Ciceronis éditas oratwncs.
Oivnia ex antiquissimis MSS tuw critieis notis edebat
Ang'Aits Mains, etc. Mediolani, tjpisJo. Pirotœ. i8i4»
iri-S°, 171) p.
31. Majo avait continué ses re( Iicrclies avec plus
d'ardeur; et votis iteritm Forluna resj)ondit. Il s'offrit à
sa vue un beau manuscrit en parciiemin de la biblio-
ihèquc d;i couvent de Tobbio, ijui contenait la tra-
«luction latine des actes du concile de Calcédoine.
Mais ce manuscrit était aussi un palimpseste , dont le
texte oflVait cncorcdcs fragmens de discoursdeCicéron.
Peu de mois suffirent à l'ardeur de M. Majo pour dé-
( liiffrer et pour copier tous ces fragmens ; mais il lui
en coula davantage pour les mettre en ordre , car
Valfsurdissimns codicis cornijttor, se souciant fort ])eu
de (licéron , en cousant ensemble les feuilles pour y
écrire ses actes du concile, les avait euticremcnt em-
DE L'ABBÉ ANGELO IMAJO. 465
brouillées. Malgré ces difficultés, M. Majo parvint à
mettre au jour le trésor que ce dédale renfermait.
IV. M. Comelii Frontonis opéra inedita , cum epi's-
tolis item ineditis Antonii PU , M. Aurelii , L. T'^eri ^
et Appiani , nec non alionini velerum fragmeniis .
ïnvenit et commentario prcevio , notisque ilhtslrai'it A.
Maius, etc. Mediolani ,regiis tjpis. i8i5, 2 vol. iu-8*,
678 P-
Avec ce quatrième ouvrage, les éditions commencent
à être plus belles. Toutes sortent des presses de l'im-
primerie royale , sont embellies de gravures , et offrent
à l'œil cette élégance typographique dont elles sont si
dignes. Il s'agit ici , encore une fois , (ii un palimpseste
originairement de la bibliothèque de Bobbio. L'auteur,
Fronton , était natif de Cirta , en Afrique, et précep-
teur de Marc-Aurèle. Les lettres que renferme cet
ouvrage sont adressées à Antonin le pieux , à Marc-
Aurèle le philosophe , à son épouse la belle impératrice
Faustine , à sou collègue L. Verus , à l'historien Appien ;
d'autres lettres sont écrites par ces illustres person-
nages qui tous chérissaient l'auteur. L'intérêt qu'elles
offrent est d'autant plus grand , que les traces histori-
ques qui nous restent de ces tems sont presque effa-
cées.
V. Ç. Aurelii Summachi V. C. octo oralionum l'ne-
ditarum parles. Invenil notisque declaravit A. Maius.
, Mediolani , regiis tjpis , i8i5 ; in-8° ; 84 pages.
Syramaque était , vers la fin du quatrième siècle, le
plus illustre sénateur païen de l'ancienne Rome , sous
des empereurs chrétiens. Les pères de l'église, Ara-
broise, Augustin, Jérôme, Grégoire, Chrysoslôme , etc. ,
étaient ses contemporains. Tout ce qui date de cette
époque de l'histoire romaine est important pour nous.
TOME VIII. 3o
.iGG ISOTICE SLR LES DECOLVERTES PHILOLOG.
Le tronc iiupcrial était IraiislVré à Constantinoplp ; l.i
majorité du peuple et des soldats avaient quitté leurs
pénates , et les grandes familles avaient déjà commencé
à en faire autant. Les additions que le titre de cet ou-
vrage annonce , «ont des variantes du panégyrique de
Pline , qui se trouvaient dans le même manuscrit.
VL M. u4ccii Plauti Fragmenta ineiiita, ùcm ad
P. Terenliuni comwenlaliones et j)icturœ incdilœ. Jn-
wnlore A. Maio , bibliolhecce Anihrosianœ a LL. Or.
Alediolani , regiis typis^ in-8° ; 67 pages.
Encore uu ralimpscste , comme le précédent : il
contient une partie de la traduction latine de l'ancien
Testament, apparemment du septième siècle; elle se
trouvait écrite sur un manuscrit de seize comédies de
Plante déjà connues, et d'un fragment de deux feuilles
de la pièce perdue , la Valise ( T'idularia ). M. Majo pu-
blie provisoirement cette découverte avec quelques au-
tres fragmens et variantes; mais , il fait espérer qu'avec
le tems , il pourra donner, à l'aide de ce manuscrit ,
une nouvelle édition de Piaule , entièren)ent refondue.
VIL io-ato'j ).ôyoç r.ia\ toû K).swvv|xou x),r,|5oy. — Isaëi
oralio de hereditate Cltonynt/, mine priwuw dupla aur'
iior^ inventorc et interprète A. Maio. 3Jediolani, regiis
tj'pis , 181 5 ; in-S" ; 67 pages.
Isaéus , l'un des dix rhéteurs d'Athènes, était dis-
ciple d'Isocrate, et le maître de Déjnosthènes. l n de
ses discours , de Meneclis hereditate , fut uïis au jour,
il y a trente ans, en Angleterre M. Majo l'a trouve
aussi dans la ])ibliothèque Anibroisienne ; mais, il n'en
a publié que les meilleures variantes. Le discours de
Cleotiyvii hereditate est de la moitié jilus considé-
rable <|ue celui que nous connaissons déj.'i. D'après le
cjlulogue de Baudini , M. Majo présume «[uo le ma-
DE hWHBt ANGELO MAJO. 467
nuscril de ce discours , qui se trouve à Florence, et le
manuscrit N° 2989 de la bibliothèque de Paris, doivent
être également complets. N'est-il pas impardonnable
que , pendant les trois siècles et demi qui se sont écou-
lés depuis l'invention de l'imprimerie, les éditeurs des
anciens n'aient pas encore mis à profit toutes les res-
sources que leur offrent les bibliothèques , pour rendre
plus complets .ces modèles immortels de la pensée et
du goût? M. Majo , en faisant cette remarque, re-
commande à ses compatriotes l'étude des auteurs grecs ;
et le critique judicieux de Vienne observe, à celte oc-
casion , que, s'il est vrai que les écoles des pays pro-
testans en Allemagne, en Hollande et en Angleterre ,
soient supérieures à celles des pays catholiques , il faut
l'attribuer à ce que les derniers attachent beaucoup
moins d'importance aux études philologiqnes.
VIII. Qîui^i'jTj (jiikr/ijOfO'j "kô'/a; T^po; T'-ù; air'aTî^p./vov;
ènï Tw âéqotaâxt tmv dp^ri^t. — Themistii philoAPfjhi oratio
in eos a qidbus ob prœfecliiram susceplaiv fueral tïIu-
peratus. Invenlore et inler/>rete A. Maio. Mcdiolatii ,
regiis tjpis ^ 1816; in-8° , 75 pages.
Themistius était contemporain deSymmariue , dont
il a été question plus haut, et, comme celui-ci, il
était payen. Le père de l'église, Grégoire de Nazianze,
était son condisciple ,son correspondant , et son admi-
rateur. Il jouissait de l'estime des empereurs chrétiens ,
sous lesquels il occupait des places, et qui ne s'offen-
saient pas qu'un païen les exhortât à la tolérance. Dans
le neuvième siècle, on connaissait de lui trente-six dis-
cours , dont trois ont été perdus. M. Majo eu a retrouvé
un, qu'il communique ici avec un préambule inédit du
vingtième discours, et des fragmens qui rcnj plissent deux
lacunes daps les vingt-neuvième et trente-troiàèmc.
3o*
I.
^G» KOTICE SUR LES DÉCOUVERTES PHILOLOG
IX. Ar.vuctou A).iza/3vaa(T£<wç Pwpatitf.; A/Jjravoio'/tat; ri
M.-;^oi Toû Je zïhi:TOjrx. — Diovj.sii Halicarnassei Roma-
norum anliquitattmi pars hactenùs daiderala , intnc
denique ope codicwn Ambivsianortmi ub A. Maio ,
quantum licuit , restituta. Opus Francisco T. Auguslo
sacrum. Mcdiolani , rcgiis tjpis ; 181G; 21g pages.
Denys d'Halicarnasse vivait au siècle d'Auguste. Il
s'était établi dans la capitale, pour donner à son ta-
lent une sphère plus étendue. Connue Polybe , il vou-
lait faire concevoir aux Romains qu'ils n'étaient rede-
vables de l'empire du monde qu'à leurs institutions. Il
avait tracé leur histoire , depuis la fondation de Rome,
sous le titre 6! Antiquités romaines. De ces ouvrages , en
vingt livres , nous ne connaissons même pas entière-
ment les onze premiers. Quelques fragmens des autres
seulement , nous ont été conservés dans les extraits de
l'empereur Constantin, de p'^irlulibus et Vitiis ^ etc.
Mais Klienne de Bjfzance, qui écrivait dans le cin-
quième siècle , fait mention d'un abrégé de cet ouvrage;
et, dans le neuvième siècle, Photius l'avait lu en cin<{
livres. Ces indices déterminèrent M. Majo à faire dr$
recherches dans la bibliothèque Ambroisienne , pour
trouver cet abrégé. Il en découvrit deux manuscrits
du quatorzième et du quinzième siècles , tous les deu\
sur du papier, mal conservés et remplis de lacunes. Il
en donne, dans le présent ouvrage en neuf livres, la
partie qui commence là oii finit le livre onzième du
prand onvrage ; il y intercale les extraits de Constan-
tin. De cette manière, nous possédons aujourd'hui tous
les vingt livres de Denys, quoique dans un état tri»
défectueux.
yctwv. — Philonis Judtvi de virlule ejusque pckrlibus. Il,-
DE L'ABBÉ AIVGELO MAJO. 4G9
venu et interprelatus est A. Mains ; preponitur disser-
tatio cum descriptione librorum aliquot incognitoriim
Philonis , curnque partibus nonnullis chronici inediti
Eiisebii Pawphili , et aliorum operiim notitia è codi-
cibus armeniacis petila. Mediolani , regiis tjpis^ 1816;
ia-S" ; 108 pages.
Il s'est trouvé plus tard que, dans le titre du manus-
crit, l'ouvrage TTjjOt à|5îT/ic avait été faussement attri-
bué à Philon , et que le même ouvrage était déjà pu-
blié, d'après un autre manuscrit, comme une produc-
tion de George Gemistus. Quant aux manuscrits ar-
méniens , dont le titre fait mention , ils méritent une
attention particulière.
Il existe , à Venise , une congrégation d'ecclésiasti-
ques arméniens, qui, sous la protection des lois du
pays , et à la portée des moyens de civilisation qu'ils
trouvent en Europe , cherchent â contribuer aux pro-
grès intellectuels de leur nation, en faisant imprimer
pour elle des livres utiles, et en donnant une instruc-
tion soignée à des jeunes gens destines à l'état ecclé-
siastique. M. Majo savait que ces ecclésiastiques étaient
en possession de plusieurs ouvrages inédits de Philon ,
traduits en leur langue; et, n'étant pas encore dé-
trompé alors à l'égard du Traité jrspt àoîT^ç, il crut de-
voir s'adressera eux pour en obtenir des éclaircissemens.
I/un de ces savans arméniens , Jean Zohrab , se rendit
en personne à Milan , portant avec lui tous ses trésors
philologiques. M. Majo y trouva , en effet, beaucoup
d'ouvrages inédits de Philon , mais non pas celui qu'il
cherchait. Il y trouva aussi la traduction de la Chro-
nique d'Eusèbe, et d'autres ouvrages grecs que nous
ne connaissons pas en l'original. Ces traductions da-
tent , la plupart , du ciaquièrae siècle, particulièrement
470 NOTICE SDR LES DÉCOi: VERTES PHILOLOG.
du règne de Théodose, el lorsque r^rménie, sous le
patriarche îsaar et '^OIl digne soutien Mesrob , l'inven-
teur des caracti'r»^'^ arméniens , avait drvant elle la pers-
pective d'une ci\iIisalion graduelle. Des hommes qui
chérissaient les lettres, avaient été envoyés à Athènes,
à Alexandrie, à (lonslantinople , pour agrandir la
sphère de leurs conna'ssances , et c'est par eux que les
traductions dont il s'agit ici ont été faites. Vers ce
même tcms , l'auteur arménien, Moise de Chorène ,
écrivait, dans sa langue maternelle, les ouvrages (|n'ea
1-36 les deux frères ^Vliislon ont fait connaître en An-
gleterre , et dont Zohrah fera incessamment paraître
Tine édition pins complète , d'après un manuscrit ar-
ïiîénien , qu'il découvrit, en 1791 , à Lemberg, oii ré-
side un archevêque de sa nation. Il obtint la permis-
sion de prendre ce manuscrit avec lui, à A cnise , pour
le copier à son aise. Les lacunes qui s'y trouvaient ont
été remplies ensuite, d'après un autre manuscrit de
Constantinoplc. Celui-ci date de i?.58, tandis (jue le
manuscrit de Lemberg est de I2()G. La traduction même
paraît avoir été faite dans le cinquième siècle , et peut-
être ne rattribuerait-on pas à tort au célèbre Moïse
de Chorène. Elle fait connaître treize ouvrages de
Philon. De huit de ces ouvrages, les originaux grecs
sont perdiis. On sait, au reste, que Philon était juif,
et vivait, dans le premier siècle, à Alexandrie. Ses ou-
trages sont très im|)ortans pour les théologiens. Quant
à la Chrouique d'Kusèbe, nous en parlerons plus bas.
XL ï\fjpf'jpio-j ytXoTÔ'-oy TTûô^ Maoy.A).av. — Porph") ni
phi/osojiJii ad Mnrct lln-f}. Invcnit , intirprctalionc no-
ti'sqiir d< clartun't A. Malus, jiccedil rjusthm Porphjrii
porticiim fragwcnUnu. Mcdiolani ^ rogiis tj'pis. 181 G ;
in-S" , "jCt page».
DE L'ABBÉ ATNGELO MAJO. 471
Le philosophe Porphyre , natif de Syrie , était disci-
ple d'Origène, chrétien, et de Longin et Plolin, païens.
Peu de ses nombreux écrits nous sont connus. On sait
que l'empereur Cotistanlin a fait détruire son ouvrage
■contra les chrétiens , ouvrage important pour l'histoire
ecclésiastique. Le présent fragment d'un Discours ou
Traité, que Porphyre adresse à sa femme Marcella , se
trouvait dans un des manuscrits qui ont fourni , à
M. Majo , les fragmens de Denys d'Halicarnasse. Le
fragment poétique que l'éditeur joint ici, est du
dixième livre d'un poëme sur la philosophie des ora-
cles , du même auteur.
Xn. 'ï.'^Qlr.z lôyoç t'J. — Sibj'llœ lihri XîV^editore
et interprète A. Maio. Additur sextus liber et pars oc-
tavi , cuni multà vocum et versuum varietale. Medio-
lani , regiis typis. 1817 ; in-S", 54 pages.
Dans l'avant-propos de cette publication , M. Majo
expose , en peu de mots, toutes les recherches qui ont
été faites au sujet des livres des sibylles. Selon le gram-
mairien Servius, les oracles sibyllins, au nombre de
deux mille, furent brûlés pat- Auguste, lorsqu'il était
grand pontife. Une centaine de ces oracles avaient été
conservés ; on en connaît huit imprimes. M. Majo a
joint ici , à l'original du quatorzième , une élégante
traduction latine, dans la même mesure. Le manuscrit
sur lequel ce livre a été transcrit, renfermait en outre
tout le sixième livre , et la partie du huitième qui con-
tient les acrostiches sur le Christ. Et, comme le texte
du manuscrit diffère beaucoup du texte imprimé,
M. Majo communique ici l'cM-iginal, sans y ajouter de
version.
XIIL Ttinerarium Alexandri , ad Constantin^? Aii-
gnstum , Constantini M. Filiiim , edente nunc primum
47a NOTICE SUR LES DÉCOUVERTES PHILOLOG.
cum nctis A. Maio. Mediolani y regiis tfpis. 1817
in-S". 100 pages.
XIV. Juin Valerii , res gestee Alexandri Macedo-
nis , translaiœ ex AEsopo Grœco y prodeunt nunc pri-
mutn edentc , iwlisque illustrante A. Maio. Mediolani,
regiis typis , 1817. in-8°. 270 pages.
Ces deux ouvrages se trouvaient dans un même ma-
nuscrit du cinquième siècle. Selon la dédicace du pre-
mier , l'auteur anonyme avait fait des recherches sur
les campagnes d'Alexandre et de Trajan dans l'Orient,
à l'occasion des préparatifs de guerre de l'empereur
Constantin contre les Perses. La partie qui traite de la
campagne de Trajan , est apparemment perdue pour
toujours. Le présent ouvrage ne contient que la cam-
pagne d'Alexandre. L'autrur païen paraît avoir été
contemporain de Symmaque et d'Aramien Marcellin ;
et, quoifju'il se rencontre souvent avec Arrien, plusieurs
des faits qu'il rapporte ont un caractère d'originalité.
L'autre ouvrage doit être très ancien , puisqu'il
parle du temple de Sérapis à Alexandrie , et du tom-
beau d'Alexandre, comme de choses existantes. L'au-
teur et le traducteur, tous les deux païens , étaient , à
ce qu'il paraît, originaires d'Afrique, le premier, vrai-
semblablement d'Alexandrie. Au reste, cet ouvrage
ressemble beaucoup à la traduction connue de l'his-
toire romanesque de pra^iis magni Alexandri Mace-
donis ; mais le latin de Julius Valerius est meilleur , et
c'est pour cela que M. Majo a jugé cet ouvrage digue
d'être imprimé.
XV. M. Tullii Ciccronis sex orationum parles ante
nosiram œtatem ineditœ ; cum antiquo interprète antc
nosiram item ivlatein incdilo , f/ui vidctur Asconius
Pcdianus , ad 7'ullianas septent oraiiones. Acc^dunt
DE L'ABBÉ ATVGELO MAJO. 4;3
scolia minora vetera. Ediiio allt-ra ^ qiiam ad codices
Ambrosianos recensuit, eniendavit, et an vit , ac des-
criptione Codicinn CXLIX^ vilâCiceronis aliisque ad-
ditamentis instnixit A. Maius. Mediolani , regiis typis.
1817. 372 pages.
C'est la deuxième édition corrigée et augmentée des
deux ouvrages II et III, ci-dessus indiqués. M. Majo,
après avoir de nouveau comparé les manuscrits , a
rétabli plus de cent passages, tant dans le texte de
( .icéron , que dans le commentaire , et il a entièrement
refondu ses notes. Il ne croit pas que les lacunes qui
restent dans le texte puissent jamais être remplies,
puisque les recherches qu'il a faites à cet égard sur les
cent quarante-neuf manuscrits de la bibliothèque Am-
broisienne , ont été infructueuses.
XVI. Philonis Jiidœi de cophini festo , et de colcti-
dis parenlibus cuni brevi scriplo de Jonu. Editove ac
interprète A. Maio. Mediolani , regiis tjpis. 1 8 1 8. in-S".
56 pages. ""
M. Majo , en faisant une excursion à Florence, con-
féra, dans la bibliothèque Médicis , un manuscrit de
Philon , du douzième siècle, avec l'édition publiée en
Angleterre par Mange}--. Quoique cette édition soit la
plus complète des oeuvres de ce philosophe juif, elle ne
renferme pas deux ouvrages qui se trouvent dans le
manuscrit , l'un de colendis parenlibus , faisant partie
de son grand commentaire sur le décalogue, l'autre
de cophini Jesto ( offrande des prémices des fruits de
la terre), dont aucune mention n'est faite dans le
traité de fcstis Hebrœorum. M. Majo donne ici ces
deux ouvrages inédits , selon sa coutume , en l'ori-
ginal grec, accompagné d'une version latine et de
notes critiques. Il ajoute à la fin un fragment du ma-
4:4 NOTICE SUR LES DÉCOUVERTES PIULOLOG.
nuscrit arménien de Philon , traduit en latin par
Zohrab.
X\'II. T'ir^iUi Maronis intc>2>retes vetcres : Asper^
Cornulus , llalcrianus , Longits , Nisus , Probus , Scan-
niSj Siil/jiciits et anonj-mus. Edenie notisqiie illustrante
A. Mdio. 3'L^dioIani , regiis tjpis. 1818, in-8° , 124 P-
M. ]Majo fit cette découverte à Vérone , dans un ma-
nuscrit palimpseste du neuvième siècle , oii l'on a
transcrit les œuvres de (irégoirc- le-Grand sur un
Virgile, avec des scolies du quatrième siècle. L'éditeur
ne donne ici que les scolies inconnues, en y ajoutant
des notices littéraires, des notes critiques , etc.
XVII I. Eitscbii Pawphili chronicorum vanomun li-
bri filin. Ojyns ex Haicano codice a doc ter' Johanne
Z.ohiabo , collcgii armenioci VenetiGnim aîimino , di'
ligcnlrr expressiim et castlgaliini Angrlus Mains cl Job.
Zolirabus mine prinmni conjunclis ciiris Intinilalc do'
natiim iwtisqin' illusiratiim , additis grœcis reliqitiis ,
edidcnint. Mcdiolani , regiis typis. 1818' liber prier) ^
in-4°, 218 p.
XIX. Eitsebii chronicorum canotiiim liber aflcr; etc.
Au dixième article, en parlant d'un ouvrage de
Philon , nous avons donné quelques détails sur la
congrégation d'ecclésiasti(pies arméniens à ^ enise ,
sur les manuscrits précieux que cette congrégalion
possède, et sur les liaisons intimes que le même ou-
vrage de Philon a fait naître entre les deux, sa vans
philolognes Majo et Zohrab. C'est à cotte heureuse
rencontre (jne le monde littéraire doit la publication
de cet ouvrage, si iniporlant pour l'histoire en gi-néral,
mais plus particulièrement pour l'histoire ecclésias-
ti({iie. Eusèbe était le favori du premier empereur
chrélif'n, et il rhévi^sait tellempnl le-; srienres, qu'iî
DE LV\RBE ANGELO MAJO. 4;5
demanda à Constantin , pour toute grâce , le libre
wsage des archives de l'empire. La célèbre chronique
de ce savant arche\èque , résultat de ses immenses tra-
vaux , est en deux livres dont le premier était perdu,
et le second ne nous était connu qu'imparfaitement, par
une traduction interpolée de saint Jérôme, et par
quelques fraginens de l'original grec , qui ont été
conservés dans la chronique du Syncelle de Byzance.
Ce fut en 1792 qu'un Arménien, nomme Giorgio di
Giovanni ^ découvrit, à Constantinople, un manuscrit
en langue arménienne de ce trésor perdu. Zohrab , en
étant prévenu , engage aussitôt le même George à lui
copier le manuscrit qui, écrit sur parchemin, pa-
raissait rtre du onzième ou du do ;zième siècle. Le
cachet du manuscrit porte le nom d'un patriarche
Grégoire : Gregorius calholicus nrnieniornn?. On sait
que l'Arménie a eu plusieurs patriarches de ce nom.
La publication de celte découverte en langue armé-
nienne, avait rencontré bien des diflicultés, et peut-
être fût -elle encore restée long-tetns ignorée, si Zoh-
rab n'avait pas pris la résolution d'aller trouver ,
avec son manuscrit, le philologue Majo , à Milan.
Nous avons déjà annoncé, dans le second volume de
la Revue E/}cj'cloj)('diqiic (p i'^5), la publication, en
langne latirie, du premier volume de celle chronique,
et nous attendons que le second volume nous soit aussi
parvenu, pour rendre à la fois compte de tout l'ouvrage.
Les autres ouvrages que nous devrons aux recherches
assidues de M. Majo, et qui vont successivement pa-
raître, sont :
XX. Didj-mi Alexandrini , mnrn7orum cl lingrrum
qitorumvis men^iirœ , grœce ex Ambrosiano codive ,
eiirn lalind cditoris intcrprctalionc et notis.
4:6 NOTICE SUR LES DÉCOUVERTES, etc.
XXI. Des fragmens d'Homère , avec cinquante-
huit images d'après ua ancien manuscrit du cinquième
siècle.
XXII. Enfin, le complément de la traduction go-
ibique de la Bible d'Llfilas, du quatrième siècle,
d'après un msinuscrit palimpseste de la bibliothèque
Ambroisienne. Les caractères gothiques pour cette édi-
tion sont nouvellement fondus.
Nous terminerons cet article en rappelant que
M. Majo a exprimé le désir que la langue arménienne
devînt l'objet des études de nos orientalistes , non
moins que les langues arabe, pcrsanne , cophte , sy-
riaque et autres. Le critique de Vienne applaudit à
cette idée, et ajoute que la France possède le moyeu
le plus heureux de la réaliser, en mettant à profit les
ressources de sa belle bibliothèque et les lumières de
ses savans orientalistes (i). Hemiichs.
(i) Ceci s'adresse naliirollement à M. Cerbicd , professeur d'ar-
inenien à TEcole des langues orientales , cJablie pr«s la bibliothè-
que du roi. Ce savant professeur ne nc'glige rien de ce qui jjcuI
contribuer à l'illustration de son idiome paternel. Nous avons
sous les yeux un travail étendu qu il a fait sur la grammaire ar-
ménienne. Kous regrettons que les bornes et la nature de notre
recueil ne nous permettent pas d'y insérer l'ouvrage de M. Ccr-
bied, qui ne pourrait être justement apprécii? qne par les orien-
talistes. ( TS. D. R. )
4;:
««VV»IVV\*V»A/V»«AIWVWV«AIWV»AVV* iw we
NOTICE NÉCROLOGIQUE
Sur M. Loms de Brème , de Turin.
Aomomentoù l'aurore d'un jour glorieux allait com-
mencer à luire pour l'Italie, un des hommes les plus
faits pour honorer sa patrie renaissante, pour servir
ses concitoyens, pour les éclairer, pour s'associer à
tous les triomphes de la cause commune , de la liberté ,
de la morale et de la vertu , Louis Arborio Gatlinara
de Brème, a cessé d'exister. Issu d'une des familles
les plus illustres du Piémont, d'une famille qui joignait
à tout l'éclat d'un grand nom, tout le crédit de l'opu-
lence, tout le pouvoir attaché aux faveurs des cours,
au ministère qu'avait exercé son père, aux ambassades
remplies par son frère; engagé lui-même dans les
ordres sacrés , et assuré , s'il faisait usage de tous ses
avantages, qu'il parviendrait un jour à la pourpre
romaine, jamais il ne se ralentit dans la noble carrière
des défenseurs du peuple ; jamais il n'hésita à recher-
cher, de toute sa puissance, l'émancipation de l'esprit
humain , l'affranchissement de sa patrie ; jamais ,
comme homme de qualité, il ne se crut d'un autre
sang que le commun des hommes ; jamais , comme
homme en place, il ne crut que les lois étaient faites
pour lui contre les autres ; jamais, comme prêtre, il ne
voulut faire de la morale un monopole, et de la re-
ligion un tarif pour racheter le vice.
Quoique doué par la fortune de tous les biens aux-
quels le vulgaire porte le plus d'euvie , l'abbé de Brème
fut constamment malheureux. Jeune encore, il perdit
ta mère , aux leçons et à l'exempiç de laquelle il avait
4'S KOriCIi NÉCIlOLOGIQLh
dû et cette élévatiou de caractère, et cette sensi-
l)ilité profonde, et cette délicatesse de goût, (jui le
rendaient lui-inêuie si cher à ses amis. 11 commençait à
peine à recouvrer ses forces après celte douloureuse
épreuve, lorsqu'un autre chagrin, d'une nature plus
secrète, le plongea de nouveau dans le désespoir. Il
perdit, j'ignore par (juelle circonslaiice , tout espoir
de s'unir à la personne f|u'il aimait. T'est alors, que
pour se dérober à de nouveaux orages du cœur, il se
fit prêtre : il voulut se faire moine, et, par des vcpux
irrévocables, il condamna sa vie à un irrévocable mal-
heur. Il étaitsincèrement allaclié à une religion douce,
philosophique, éclairée; mais l'état de prêlre ne lui
convenait pas. Aucun homme n'avait un cœur plus
aimant , aucun homme n'avait plus besoin de toutes
les alToctions de famille. S'il avait pu prévoir que les
passions les plus orageuses se calment , que les douleurs
les plus déchirantes s'assoupissent , il aurait attendu ,
il aurait recueilli !e bénéfice du tems , et il aurait un
jour trouvé dans le mariage le bonheur dont il était
digne.
L'abbc de Brème fut nommé aumôni^'r de la cour
de Milan. Ramené alors , après quelques années de re-
traite , au sein d'une société brillante, il s'y fit dis-
tinguer par son esprit, par l'aménité de son caractère,
par son goAt pour les lettres, par son talent pour la
poésie. Au milieu des courtisans qui ne songt aient qu'à
s'élever, il aima et se fit aimer; et, lors(|ue le boule-
versement de l'Europe eut précipité dans le malheur
ceux qu'il avait vus long-lems au-dessus de lui , il saisit
avec empressement l'occasion de rendre un hommage
public à ceux que la foule abandonnait. Ce fut le but
principal du livre qu'il publia en français, sous le litre
SL'K M. DE BREME. 4;<j
rie Grand Commentaire sur un petit article. M. de
JBrême, qui n'avait jamais vu la France, ne maniait
qu'avec effort une langue étrangère pour lui , et l'on
doit chercher dans son livre bien plutôt ses nobles
sentiniens que ses titres littéraires.
M. de Brème avait étudié la plupart des langues de
l'Europe : il connaissait très bien, outre sa propre
littérature et celle de l'antiquité, la française, l'an-
glaise, l'allemande et l'espagnole. Il s'était adonné
avec ardeur à l'étude de l'arménien , dans l'espérance
de retrouver, dans cette langue, des traductions et quel-
ques-uns des chefs-d'œuvre perdus de la Grèce. Son
amour pour la liberté , se portant sur la littérature
comme sur les sciences sociales, lui avait fait adopter
les systèmes nouveaux que les Allemands eut opposé.?
aux enseignemens plus précis de l'école. Il aimait le
genre romantique , et en attendant qu'il pût attaquer
d'autres dominations non moins absolues, il faisait la
guerre à l'orthodoxie pédantesque de quelques poé-
tiques. Ce fut le sujet de plusieurs ouvrages qu'il pu-
blia à Milan, et, en particulier, d'un journal qu'il
entreprit avec quelques amis , sous le titre de Concilia-
tore. Il croyait qu'il aurait beaucoup fait s'il ramenait
ses compatriotes à l'habitude de penser, de juger d'a-
près eux-mêmes, n'importe sur quel sujet. La critique
littéraire lui paraissait un acheminement vers l'examen
de tous les principes sociaux , et il sentait dans son
cœur que la poésie, la littérature, l'humanité, la
morale, la liberté , sont toutes sœurs, et qu'elles
s'appellent l'une l'autre. Cette même liaison enire
toutes les jouissances libérales fut également sentie par
ses adversaires, et il fut attaqué avec ce débordement
d'injures, avec cette amertume de zèle, avec cetarro-
I
48o KOTICE JNÉCKOLOGIQLE SLR M. DE liHÈME.
gant mépris pour tout ce qui n'est pas eux-mêmes,
auxquels on reconnaît ceux qui se disent aujourd'hui
les champions de l'autel et du trône. Dans son pays,
la presse est asservie , en sorte que l'outrage datis les
journaux y a toujours la sanction de l'autorité. En
effet, on lâcha contre lui tous les dogues littéraires
qu'on a soin de gardera l'attache , dans la cour du
maître, et de nourrir sur son fumier. La défense lui
fut interdite ; on lui supprima enfin son journal.
M. de Brème était en butte à toutes ces petite»
Tcxations , à toutes ces petites persécutions, lorsqu'un
affreux malheur plongea sa famille dans le deuil. Son
frère aîné et son meilleur ami , le warqiiis de Sarti-
rano , fut noyé dans le Tesin , avec Vin médecin qu'il
conduisait à son père alors malade ; son second frère ,
enveloppé dans la même catastrophe , fut rappelé à la
vie par les soins de ceux qui le retirèrent de l'eau. Cette
nouvelle frappa au cœur d'un coup mortel M. Louis
de Brème : il se rendit aussitôt à Turin pour prendre
soin des enfansd'un frère chéri; mais, quelque effort
qu'il fît pour vivre, pour se conserver comme un second
père à ces enfans auxquels il se consacrait sans partage,
sa force était brisée et son tempérament de'lruit par
la douleur : il a langui quelques mois encore au milieu
d'eux , cl il a enfin succombé au chagrin.
.T. C. L. DE SlSMOXDI.
VVXV\\VVl'V^*VV\l\VtVV\V\V\\lVVVVVV\'VVVVV\VVV\'\\%VVVV\VVVV\,VVV\\\\^VVV^VVVVVVV\V'V^
IL ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
NaTURAL HISTOUY OF THE . nSHES OF THE OhIO
RivEii and Us tributary streams , etc \
Histoire naturelle des poissons de la rivière
Onio et des jleuves ses tributaires ; par C. S. Ra-
finesque , professeur de botanique et d'histoire
naturelle à l'Université de Pensylvanic (i).
Cet ouvrage, dont nous ne possédons encore que
l'introduction et les premières feuilles, paraît une
acquisition importante pour l'histoire naturelle, tant
par les observations intéressantes qu'il renferme, que
par le talent distingué du savant naturaliste qui le
publie. Nous allons en extraire quelques passages :
« Aucun naturaliste n'avait encore décrit les pois-
sons de rOhio , ni ceux de l'immense bassin qui dé-
charge ses eaux dans le IVlississipi ; à peine en connais-
sait-on douze espèces , lorsque j'entrepris , en 1818 et
en i8ig, de les observer et de les décrire. Je parvins,
la première année, à découvrir près de quatre-vingts
espèces , et , celte année, j'en ajoutai vingt autres,
formant en tout une collection de cent espèces de pois-
sons, dont les neuf dixièmes sont nouvelles , et n'ont
jamais été décrites. »
« La science de l'ichtyologie a été considérable-
ment augmentée dans les États-Unis. Catesbj, Kalm ,
Forster, Garden, Linné, Schoepf , Castiglione, Bloch ,
(i) New-York, 1820. 2 vol. in-8°.
TOME Via. 3l
48a SCIOCKS PHÏSIQLKS.
Bosc et Laccpède ont donne l'énumcration de quelques-
uns des poissons atlantiques ; mais le docicnr Sanuiel
rslitcbell a enrichi cette branche d'histoire naturelle
de cent nouvelles espèces , sur lesquelles il a publié des
observations dans deux Mémoires sur les poissons de
JScn'-Yorh. Le premier a été publié, en i8i4, dans
les Transactions de la Sociclé jthilosojthiffue et litlcrairc
de New- York , et, le second , en 1819, dans le journal
américain qui a pour titre : the American Monlhly
magazine. M. Lesueurfut le premier naturaliste qui vi-
sita les lacs Krié et Ontario, où il découvrit un grand
nombre de nouvelles espèces. Il a déjà parlé de quel-
ques-unes , dans le journal de V Académie des scie]icc\
de Philadelphie ) ci il les fera toutes connaître dans
son Histoire générale des poissons de l'Amérique , ou-
vrage rédigé sur le plan de V Ornithologie de Tf'ilson ,
auquel il travaille depuis long-tems. »
On connaît mainleuant environ cinq cents espèces
de poissons de l'Amérique du nord, tandis qu'il v a
di\ ans , l'on en comptait k peine cent vingt.
« Il est probable que quelques-uns des poissons qu'on
trouve dans le Mississipi , sortent tous les ans du golfe
d\i Mexique, et viennent déposer leur frai dans ce
lleuvc et dans ses branches inférieures ; mais ceux de
rOhio l'habitent conliiiuellenjent , ou ne descendent,
en hiver, que jusqu'au Mississipi : le plus grand nombre
se réfugie , pendant cette saison, dans les profondeurs
de rOhio, et on les voit reparaître au commencement
i\vi ]irinlems. Les poissons abondent dans cette rivière ;
on les y pêche par milliers à la senne. Il y en a pru
qui aient le goût salé ; mais ils n'ont pas un goût f.ule,
comme le poisson d'eau douce en Europe. La chair en
est ordinairement ferme cl blanche. Les plus rcchcr-
SCIENCES PHYSIQUES. 483
elles sont la perche saumonée , le poisson-tufïïe ( buf-
faloe-Hsli), l'cslurgeon , le chat marin , etc. Il n'est
pas rare d'en pêcher, de ces espèces, qui pèsent depuis
trente jusqu'à cent livres , et l'on en prend parfois de
monstrueux qui ont le double de ce poids. Les pêches
de rOhio se font habituellement à la senne, ou avec
des harpons, la nuit, dans les endroits oii l'eau a moins
de profondeur ; enfin , avec des hameçons, des lignes,
et même des paniers.
L'Ohio est formé par le confluent des rivières AI-
legany et Monongahela , dans la Pensylvanie , à
Pittsbourg , près le quarantième et demi degré de la-
titude nord. Quoique son cours soit plein de sinuosi-
tés , sa direction générale est sud-est, et ouest-sud-
ouest. Il prend toutes les autres directions, mais coule
rarement du côté tout-à-fait opposé. 11 se décharge
dans le Mississipi , près du trente-septième degré de
latitude , et sépare l'État de Kentuckey de celui des
Illinois qui est au nord. De Pittsbourg jusqu'à son
embouchure, il a 5oo milles géographiques ( soixante
au degré ) de cours direct, et g6o de cours régulier.
Sa largeur est communément d'un demi-mille, ou de
deux mille cinq cents pieds. Ses eaux sont un peu
troubles , ce qu'on attribue à de petites particules de
matière terreuse qui s'y dissolvent ; mais elles sont ce-
pendant fort salubres. L'Ohio coule dans une étroite
vallée jusqu'à Utiquc , au-dessus de Louisville. Cette
vallée a environ un mille de largeur, et trois cents
pieds de profondeur ; dans quelques endroits , sa pro-
fondeur est d'environ cinq cents pieds. On a des preuves
évidentes qu'elle formait autrefois le lit de la rivière
qui la remplissait entièrement. L'Ohio a plusieurs îles :
on en compte jusqu'à cent trente; elles sont la plupart
3i*
4^} scœtn<:ks physiques.
ôtrnilcs et longues. Quelques-uns rlrs b.jucs «le s.ihie
«mi se trouvent au milieu de la rivitîre , deviennent
f^raduclleinrnt des îles, qiii sont inondi'es , lors des
grandes eaux. I-a navigation de l'Ohio est dilllcile , à
cause des bancs de sable dont il est rempli : on les
trouve surtout dans le voisinage des îles, lis produisent
des bouillonnemens et des remoux ; qupl(|urs-uns ont
à peine six pouces d'eau , à la baisse ilei eaux. Les bords
<le la rivière sont tous formés par les alluvions, ou
terres que les eaux ont rejelées en se retirant et eu
changeant leur cours. Le sol en est riche et fertile. Il
V a dans plusieurs fonds dexix et trois rives , tontes
très escarpées, et de dix à quarante pieds de haut. La
prenjière est entièrement couverte , à marée haute ; la
seconde ne l'est jamais. Ou nomme bajoiib , d'étroits
canaux dans lesquels l'eau coule à une certaine époque
de la crue de la rivière, et entoure des parties de terre
dont elle fait des îles. Le plus long de ces canaux est
situé au-dessous d'Evansville , et coupe en deux une
vallée qui forme alors une grande île. ^ is-à-vis llen-
dersonville, l'Ohio est sujet à des crui's périodiiiuf^s,
et à plusieurs autres qui sont accidentelles. La plus
haute arrive au printemps , quand la neige se fond
dans les montagnes d'.\llegany ; on l'a vu s'élever
jusqu'à quinze pieds au-dessus du cours ordinaire,
couvrir toutes les îles , et inonder les villes bâties sur
ses rives , telles que Marietta , Sliippingporl , etc. , à
une profondeur de plus de dix pieds, lue autre a lieu
à la chute des premièies pluies ; toutes deux s'écoulent
])romplenienl. Les inondations ne montent pas si haut
diitis les vallées basses ; mais elles s'élendenl partout,
et laissent, en se retirant, des étangs et <les marécages.
Les lournans oLi l'eau s'cngouflVe avec bruit sont com-
SCIE^^CES PHYSIQLiES. 483
niuns dans l'Ohio, mais n'y sont pas dangereux. La
vallée est presque toujours couverte, en hiver et au
printemps , d'épais brouillards qui se rassemblent dès
le matin, et durent jusqu'à ce que le soleil les dis-
sipe. Ils garantissent cette contrée des fortes gelées ,
et rendent son climat plus doux que celui du pays qui
l'avoisine. Les orages sont fréquens en été , et amènent
quelquefois des ouragans qui rendent la navigation
dangereuse, à cause des vagues qui s'élèvent contre le
courant. Après les inondations, il règne souvent des
fièvres internaittentes , particulièrement dans les bas-
fonds ; mais elles durent peu , et le climat est en géné-
ral salubre. Les rives et les collines qui bordent l'Ohio,
ainsi que ses îles, sont presque partout couvertes
d'arbres, parmi lesquels on distingue \e platanus occi'-
detitalis ^ le svcomore , \c populus anguîala^ le collon-
nier , et le salix iiigra (le saule). Les paysages sont
variés ; les sites romantiques et la culture augmentent
encore ces beautés naturelles, surtout près de Cincin-
nati, de Maysville, de Pittsbourg, etc. La rivière est
navigable pour les bateaux à vapeur, les grandes
barques, les petites goélettes , les bateaux à rames, les
bateaux plats, les pirogues, les radeaux, etc., dont
plusieurs mille descendent l'Ohio tous les ans. Le nombre
de eux qui le remontent n'est guère moins grand ; on
(>a compte plusieurs centaines, entre autres plus de
.soixante bateaux à vapeur, de i5o tonneaux chacun.
Outre la vapeur, on s'aide, pour voguer contre le cou-
rant, de voiles , de rames , de cordes , etc. La princi-
])ale difficulté de la navigation consiste à éviter les
écueils , les bois flottans , le moment de la crue des
eaux ou de leur baisse, les eaux basses, les tournans,les
rcmoux , etc. Au printcms , l'eau s'élève à une telle
486 SCIEINCES TIIYSIQUES.
liautrur , que les vaisseaux do 5oo tonneaux y sont à
flot. Plusieurs grands navires furent construits à Pills-
Lourget à Marietta, et gagnèrent la mer sans acciJent ;
mais , depuis l'iulroduclion des bateaux à vapeur , on
a cessé de faire usage des vaisseaux pour naviguer sur
les riviL'rcs. Il y a déjà plus de cent vingt-cinq villes et
villages bâtis sur les bords de l'Oliio. Piltsbourg , située
à la source de ce fleuve, contient près de quinze mille
liabitaus ; la population de Cincinnati est de plus d«;
dix mille âmes. Les autres villes principales, sont:
Louisville, dans le Kentuckey, cinq mille amcs; Sten-
benville , environ trois mille ; Maysville, dans le Ken-
tucliey, deux mille; Beavertovvu , dans la Pensylvauic;
A\heeling, dans la Virginie; Marietta , à remboucliuro
du Muskingum ; Gallipolis; Portsmoulli, à l'enibou-
cbure du Scioto ; Augusta, dans le Kentuckey ; iNew-
Port , à l'embouchure de la rivière Licking ; Oweus-
borough, Hendersonville , Vevay, dans l'Indiana , etc.
L Ohio reçoit à peu près quatre cents rivières , dont
vingt ont plus de cent milles de longueur. Los autres
ne sont que des torrens ou des ruisseaux grossis par les
pluies. Beaucoup prennent leurs sources dans les monts
Allegany.
Il y a trente - quatre espèces de poissons décrites
dans les feuilles que nous possédons. La plupart sont
thoracliiques (on nomme ainsi Tordre de poissons dont
les nageoires sont situées un peu en arrière des pecto-
rales ), <'t semblent appartenir exclusivement aux ri-
vières qu'ils habitent.
L'intéressant travail de M. Rafincsque doit être
maintenant terminé, et les naturalistes pourront jouir
du fruit de ses recherches et de ses savantes observa-
lions, déjà connues en France par uu Mémoire (ju'il
SCIEKCES PHYSIQUES. ' 487
envoya , il 3' a un an , à M. de Blainville de Paris, pour
être publié dans son Journal de phj'-sique ^ sous le
litre de Prodrome de soixante-dix nouvelles espèces
d'animaux ^ et cinquante nouvelles espèces de plantes
de l'Amérique septentrionale. L. S.
vwvwwvwvwvwvwvvwvwwwwvwwv
Traité de topographie, d'arpentage et de ni-
vellement ; par h. Puissant, officier supérieur
aucorps royaldes ingénieurs-géograpïies, etc. ( i).
La science qui enseigne à mesurer et à partager la
terre , est cultivée depuis des tems si reculés , qu'on la
regarde comme l'origine de la géométrie, cette base
de toutes les sciences. Ce qui est certain , c'est qu'elle
se lie à tous nos besoins, à toutes nos jouissances, et
même à notre système social , par la navigation , le
commerce et la division des propriétés territoriales ,
auxquelles sont attachés les droits politiques. Enfin,
de nos jours, cette science a été l'objet des médita-
tions des géomètres les plus profonds; et les travaux des
Borda, Laplace, Delambre et Le Gendre l'ont élevée
au plus haut degré de perfection.
On la divise en deux parties : l'une traite les questions
relatives à la figure du globe terrestre , et se rattache
à l'astronomie; elle se nomme géode'sie. L'autre partie,
moins élevée et présentant des difficultés beaucoup
moindres, est la topographie , quis'occupede la forma-
I tion des cartes et de la levée des plans de détail. Pour
\ former la carte d'un grand État , on distingue d'abord
les points les plus remarquables , à la distance de G à
10 lieues, d'oii les lunettes des instrumens les font
(1) Paris, 1820. 1 vol. \n-\°. Scconile etlition. Miidame veuve
Courcier, libraire, nie du Jardinet-Saint- Aadré-dcs-Arcs.
4SS SCIl-NClîS PHYSIQUES,
aperrevoir. (^es points, joints trois à trois par des li-
gnes droites, constituent un réseau de grands trian-
gles qui s'encliaînenl. (i'est la géodésie qui montre à
trouver les diincnsions de ces triangles de premier
ordre, à cm déterminer les dispositions mutuelles, ù
assigner les longitudes et latitudes de leurs sommets,
ainsi ([ue leurs élévations au-dessus du niveau dos mers.
Ce travail, diflicile et long , a été fait pour plusieurs
royaumes, avec un talent supérieur, cl les ingénieurs
du dépôt de la guerre ont acquis en Bavière , en France,
en Italie, et dans les montagnes alpines, une renom-
mée de savoir, égale à celle de valeur qu'ils avaient
méritée sur les champs de bataille.
Ces grands triangles déterminés , il reste U combler
leurs vastes surfaces, en y rapportant les points moins
importans qu'on y remarque. C'est ici que la topogra-
phie reçoit ses applications.
M. Puissant, officier supérieur au corps des ingé-
nieurs-géographes, chargé spécialement de l'ensei-
gnement des élèves reçus dans ce corps, a publié deux
éditions de ses Traités de Géodésie et de Topographie.
Ces deux ouvrages, également distingués sous le double
point de vue de la pratique et de la théorie, sont dicnes
de faire suite l'un à l'autre. Le premier a paru il y a
deux ans, et nous en avons rendu compte (voyez 7."
vol. , pag. 24. Avril 1819 ). C'est de la seconde édition
de la Topographie ([ue nous devons parler ici.
Après avoir montré, par des exemples convenable-
ment choisis, comment on peut lier un plan par-
liciilirr à l'un des grands triangles donnés par une
opération générale et préliminaire, l'auteur résout plu-
sieurs problèmes de géométrie pratique, et donne les
principales règles de l'arpentage. Il expose avec soin
la construcliou et l'usage des divers inslruiiicns, tels qu e
SCIEÎNCES PHYSIQUES. ^Sg
]a plauclielte, la boussole, le cercle répétiteur, le tliéo-
dolite , le sextant et le cercle de réflexion, dont l'emploi
doit désormais être répandu à raison des facilites c[u'ou
trouve à s'en servir, et de la rapidité avec laquelle ou
peut opérer. M. Puissant montre les avantages propres à
chacun de ces instruniens , et indique les cas oii il doit
être préféré. Il décrit aussi ceux qui servent à trans-
porter les observations sur le papier , tels que le com-
pas de proportion, le pantographe, etc.
Un chapitre entier est destiné à traiter du nivelle-
ment et du calcul des terrasses , avec des applications
d'une utilité journalière dans les travaux des ponts et
chaussées et du génie militaire. Un autre chapitre a
pour objet l'art de construire les cartes et de les dessi-
ner. Ce dernier sujet nous a semblé digne d'attirer l'at-
tention d'une manière particulière.
Autrefois, le dessinateur croyait que , dans le figuré
d'un terrain, il pouvait se livrer à ses inspirations , et
que son but é-tait rempli lorsque la carte était présen-
tée d'une manière agréable et pittoresque. On a même
j des cartes où les objets sont dessinés en perspective :
mais, le plus souvent, on préférait donner aux mon-
tagnes , aux coteaux , une sorte de saillie , à l'aide du
jeu des ombres. On faisait venir le rayon de lumière
de l'angle supérieur à gauche , et l'ombre se dirigeait
vers la région opposée. On a reconnu, depuis, qu'outre
le grave inconvénient d'employer deux sortes de pro-
jections pour désigner ixn même objet , l'épaisseur des
ombres dérobait aux yeux les détails intéressans à
conserver. Il est indispensable qu'une carte permette
l'évaluation des distances et des hauteurs , ainsi que
les plis du terrain et les accidens variés du sol , avec
la précision géométrique.
490 SCIENCES PHYSIQUES.
Maintenant les ingénieurs sont convenus de couper
les montagnes par une suite de plans horizontaux
équidistans , qui y forment des sections curvilignes,
qu'on projette sur la carte. En nombrant ces lignes, il
est clair que, d'après l'intervalle convenu des plans , il
est aisé d'évaluer exactement la hauteur des sommets ,
comme avec un compas on peut évaluer les distances
d'après l'échelle du plan. Il y a plus , ces courbes étant
d'autant plus rapprochées que la pente a plus de ra-
pidité , on peut , d'un coup-d'œil , juger de la déclivité
des plans, et prendre une idée vraie et générale du
terrain qui y est dessiné. Des ligues dirigées selon la
plus grande pente en ind'icjuent les diverses directions.
Lorsque le plan est construit sur une petite échelle , ou
se borne à la simple indication de ces lignes de pente ,
qui suHlsent à l'objet qu'on a en vue : on reconnaît de
suite les mouvemens du terrain , par les oppositions
de clair et d'ombre, puisque les traits sont plus serrés
et les hachures plus courtes et plus denses lorsque la
pente est plus rapide.
La manière d'éclairer le terrain est un sujet de con-
troverse entre les gens de l'art. Le système des Alle-
mands , qui a pour défenseur M. le colonel Bonne , veut
que le soleil soit toujours supposé au zénith , en sorle
que le sol est éclairé comme sons la Zone-Torridc. Le
fond d'une vallée, le plateau ou aboutit une chaîne de
montagnes , sont marqués d'une teinte également
claire : c'est le blanc même du papier. Diverses teintes,
de pure convention, indiquent ensuite les degrés de
pente. L'arbitraire qui règne dans cette distribution
des ombres , la difficulté d'exercer son œil à reconnaître
le degré d'une pente à la teinte (ju'elle a reçue, la né-
cessité de figurer de la même uiauièrc un cône et w.
SCIENCES PHYSIQUES. 491
creux conique, donnent aux opposansde ce système des
armes bien fortes (i). A la tète de ceux-ci, on voit
MM. Puissant, Chrétien de la Croix, et la plupart des
ingénieurs français. C'est dans le Traité deTopographie
qu'on peut voir et juger l'état de cette question devenue
très importante dans la circonstance actuelle , ou le
Gouvernement se dispose à faire , sur une grande
échelle, une nouvelle carte de France, qui devra être
dessinée d'après l'un ou l'autre des systèmes que nous
venons d'exposer.
M. Puissant résout les nombreux pi'oblèmcs du vaste
sujet qu'il embrasse, au moyen d'une analyse savantCj
genre dans lequel il a donné des preuves nombreuses
d'habileté. C'est par ces applications des sciences du
calcul et de la géométrie, que l'art, et je dirais presque
le métier de l'arpenteur et du niveleur, s'est élevé sur
la même ligne que le inathénialiciea et l'astronome ,
f" dans les recherches et les travaux des grandes mesures
'• de la terre et de ses contrées.
D'après l'exposé que nous venons d'offrir, on recon-
naît que le Traité de Topographie de M. Puissant est
digne et de l'habile professeur qui le publie, et des
savans ingénieurs auxquels il est destiné. Le succès en
sera sans doute aussi assuré que celui de la première
édition, à laquelle on remarque de nombreux chan-
gemcns, que l'expérience a indiqués à l'auteur, et qui
ajoutent un nouveau prix à son travail. Francoedr.
(f) Les personnes qui voudront juger des effets de ce système,
n'ont qu'à jeter les yeux sur les cartes de l'ouvrage de M. dellum-
boldt. La difficulté de faire sentir les pentes, quand l'e'chclle est
très petite , a conduit M. Brué à se conformer '* ce genre dans
son Atlas ( Voyez la Rci'iie , ci-dessus, page 162), et dans sa
grande Mappemonde. Ces belles cartes étant a point très petit , cet
habile géographe a cru devoir prcfcrcr le système allemand.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
De l'Eco>omie ruBLiQt.'E r/r Rur.ALE des Perses et
DES Phémcie>s , par L. Reymek (i).
Ce volume, dont nous avons à rendre compte de-
puis long-tems, est le second du grand ouvrage entre-
pris , il y a deux ans (2) , par le savant !M. Rcynicr, sur
W'conowic politique et rurale des plus anciens peuples
comvis. Il embrasse non-seulcmcut les Perses et les
Phéniciens , mais encore les nations qui ont fleuri, sous
différcMs noms, dans les contrées renfermées entre
PEuplirate et l'indus, la mer Caspienne et le golfe Per-
sique. Le travail de l'auteur a , dans cette circonstance,
été d'autant plus épineux, qu'il avait moins de sources
à consulter, et qu'il devait parler des Assyriens et des
Mèdes qui ont précédé les anciens Perses. « Les ouvra-
ges de la plupart des historiens grecs qui ont écrit sur
ces peuples, comme il le dit lui-même, ne sont point
parvenus jusqu'à nous; ce(Jx dont les écrits subsistent, en
ont plutôt donné des épisodes qu'une histoire réelle ; et
encore ces épisodes ont la plupart un coloris fabuleux
<jui détruit la confiance. Les historiens orientaux , (jui
auraient pu fournir d'autres rcnseignemcns , sont pos-
térieurs à ri'.iIrodiH lion de l'islamisme , et leurs ouvra-
ges fourmillent de fables sur les é-pociues antérieures
il ce culte. Ces deux sources où il ('lail possible de pui-
ser, présentent de telles di/Ticnltés, (ju'cUes pourraient
décourager l'écrivain le moins susceptible de l'être. »
(i) Ijaiisannn, it<i()- 1 vol. in-S*^ ilc xx cl \\(i pag. Se trouve à
P.iii'!, clu-/. rrtsr.lioiid, lil). Prix, 7 fr. .'io c. , et 9 fr. fmnc déport.
y-x) Vnyi'z Pan.ilyse qiir nous avons donnée <le Vllistoiir tirs
ÇcUtii cl tl'i G. rinauii , «lu luêmc uulciir, T. 111, p. aji cl miLv.
SCIE^'CKS MORALES ET POLITIQUES. 493
Dans cet état de choses, il fallait plus que du zèle
pour remplir la lâche difficile, mais honorable, que
M. R. s'est imposée , en publiant sori premier volume.
Comment s'en est-il acquitté? Quel parti a-t-ilsu tirer
des évéuemens romanesques , des rêveries mythologi-
ques racontées par les auteurs grecs, et desmonumens
en très petit nombre qui ont survécu à ces âges reculés?
Comment est-il parvenu à concilier des traditions épar-
ses et trop souvent défigurées , avec quelques usages
populaires conservés jusqu'à nos jours? L'examen at-
tentif de son livre nous a prouvé que M. R. a surmonté
toutes les difficultés : en critique habile, il a pénétré
dans la nuit des lems ; il s'est frayé une large route,
que son lecteur parcourt avec plaisir, avec un intérêt
toujours croissant.
L'ouvrage consacré aux Perses et aux Phéniciens est
divisé en trois parties. Dans la première, l'auteur jette
un coup-d'œil rapide sur les antiquités de l'Asie, an-
térieures aux tems historiques, duquel il résulte que
les connaissances astr.'tnomiques y étaient très éten-
dues , et qu'une période de lumières , dont le souvenir
se perd au-delà descippes de l'histoire, a précédé l'état
de décadence oii nous trouvons aujourd'hui presque
tous les peuples des contrées asiatiques. Dans la seconde
partie, M. Rev.mer s'occupe des Perses sous le rapport
de leur organisation politique et de leurs institutions
religieuses , des finances, du commerce, de l'industrie
et de l'agriculture. La troisième partie traite des Phé-
niciens , considérés dans leur origine, dans leur exis-
tence politique , dans leurs travaux industriels et agri-
coles.
Le vaste onpire auquel Zoroaslre donna des lois, a
succçssxYçaieat et*; le théâtre oii les Assyriens, les
49', SCIFJVŒS MOKALKS
Mbdc'S, les Perses, los Paithes el les Persans ont déve-
lojipc leur j)iiissance. Celle coiiliiiullé tle révolulions
])liis ou moins (k'saslreiises , ces phases de grandeur et
de calaujiles, ces niulatioiis subites de dynasties et
incnjc «le langages, de lois el de coutumes diUiMenles ,
n)onlrenl la dislocalion d'un ancien e;i-aijj Kiat fr'dr-
ralif, dont chacun de ces peuples faisait partie; o.Wi .
font voir d'antiques prétentions à la domination gén< -
raie, cl en mcnne teins l'impossibilité d'en retrouver les
premiers liens, d'en coordonner l'histoire, d'en re-
connaître les iustituliuns. Cependant , les recherches
i)rofondes de M. Rcj/iitr répandent sur ces points éloi-
gnés une lumière assez grande, pour nous faire accuser
la puissance extraordinaire inijinulemmeiil accordée
aux prêtres chaldéens , les rigueurs du de.-polisme qui
si long-tenis désolèrent l'antique berceau de la civilisa-
tion. L'époque de Cyrns fut celle de la discipline mi-
litaire; celle d'Alexandre, celle des plus gran<lps divi-
sions d'inlérrls el d'opinions entre les nombreuses
pro\inces de l'empire perse. Sans trop rappelisser le
héros de la Cj'ropcclic ^ sans trop vanter ce soldat auda-
cieux qui détruisit les inslilulions les plus respectées de
sa patrie, qui substitua au gouvcrnenien l représenta-
tif, seule sauvegarde des lois el de la liberté, le des-
potisme d'un seul, le droit du sabre et de l'hérédité de»
premières places de l'Klat, M. Jleynier nous le repré-
sente tel qu'il fut; el , lorsqu'il arrive à l'époque
d'Alexandre , il arrache la brillante couronne di?
radulatton, que de serviles écrivains placèrent sur sa
tt'te, pour légitimer les monstrueuses entreprises des
conquérans. Ollr partie de son ouvrage appelle la mé-
ditation des personnes vouées aux sciences politiques.
En traitant de la religion , nous voyous avec j)eine
ET POLITIQL^ES. 495
que notre savant auteur adopte le système absurde de
l'astrolhéologie , et qu'il su\trop complaisainraent les
opinions de Dupuis, à qui cejDCudant nous sommes bien
loin de refuser de vastes connaissances, une critique
peu commune , et un talent remarquable. M. Reynier
s'appuie, il est vrai, du témoignage de Strabon , qui
nous assure (i) que les disciple? de Zoroastre adoraient
le soleil. Mais , en ouvrant les livres attribués à ce ré-
formateur de la religion persanne , on ne trouve nulle
part le culte des astres; partout il parle, au contraire,
d'un Dieu, maître de toutes choses, dontHÉoMo, le
législateur de l'antique Asie , avait long-tems avant
lui proclamé la puissance et publié les bienfaits. Mitbra,
que le père de l'histoire grecque (2) compare à la ^ énus
de Guide , et que Xénophon (3) , qui vécut à peine un
demi-siècle après lui, nous peint comme un dieu, n'est
point le symbole du soleil, ainsi que Hyde (4) et Mos-
hemius (5) l'ont fort bien démontré. Les monumens qui
avaient servi de preuves à cette opinion, appartiennent
à des ciseaux grecs ou romains que l'imagination ou
les croyances du tems ont égarés. La religion primi-
tive des Perses était purement théocratique ; et , si elle
admettait deux sortes de génies, les uns bons (ceux de
Ehoromez-duo), les autres mauvais (ceux de Ahriman)^
elle les regardait plutôt comme des agens intermé-
(i) Géogr. , lib. XV, pag. 106'^.
{2) HÉRODOTE, lib. I , cap. i3i.
(3) Cjroped. , lib- VII. 16. OEconom. IV. Son opinion a étv
adoptée par tous les e'crivains grecs et latins; le seul Ambrosids
(contra iSfrnmdchiun, pag. 8.^0 ) a juivi Hérodote.
(j) Ulsloria religionis velerum Persarum , cap. IV , pag. to4 à
122.
(5) Au rapport-d«^RDCK.EU , fiist. philos. , lom. I, pag. 169.
.\i)G SCll'^CES MORAÎ.F.S
tîiaiios cuire la diviiiilè cl !cs liouiines, qtic connue do^
«lieux toul-piiissans. ICn c(u»t , les livres Zcnd nous le
prouvent dans la distribution qu'ils font , et les préro-
gatives qu'ils atlrihuent à ces differens génies. Les bons
génies smit divisés en quatre classes: les .'Imscluipand.^,
ou les exccllens , qui sont au nombre de six , iuspirenl
les vertus publiques et privées; les Jczd ,au nombre de
vingl-(juatre, sont leurs ministres directs auprès des
Iioiujues ; les Ilavihars sont chargés des biens de la
terre, et les (jahsUn cours r''gulier des astres. Les niati-
vais génies sont divisés en trois ni.'isses : \cs Dconanvi , an
nombre de six, qui luttent sans cesse contre les am>-
cltapauds ; les Dhvrs , dont le nombre s'élive à qua-
rante , et les D(ircu(fj qui promènent ])artnnt les
maladies, enveuiinenl les passions et niullij)lient les
accidens fâcheux autour des hommes qu'ils travaillent
en tous sous. Milhra appartient à la classe des jezd et
occupe parmi eux le septième rang : son nom en zend
signifie justice et bonld ; comme bon, il préside à la
fertilité de la terre; le livre de VJzcschnc lui donne
)nille oreilles et dix mille yeux pour entendre et exau-
cer les vœux des hommes. Comn;c juste, il est placé
sur le jiont Tchénoùéto, qui sépare le ciel de la terre,
ci là, il pèse les actions des morts: il est secondé, dans
cette fonction, ])ar un autre génie bienfaisant appelé
Raschiu'-rasl. Il est impossible , à mou sens, de trouver
ici de quoi justiiier une religion astrothéologiqne.
Lcsysième des finances a beaucoup varié ;il a suivi les
vicissitudes politiques de l'État. Sous le gouvern- ment
absolu des .Assyriens , tous les tributs arrivaient à un
seul centre, après avoir été* prélevés au milieu dos ex-
torsions de tous les genres. Sous la domiriafion militaire
des Mèdcs, les Salrajies , inamovibles dans leurs cliar-
ET POLITIQUES. 497
ges , dévoraient tous les revenus publics et ceux des
malheureux qu'ils accablaient. Sous les Perses, le gou-
vernement ayant commence par avoir les formes mili-
taires , d'oii il a passé au despotisme qui en est la suite
naturelle, l'obéissance passive étant la base de la dis-
cipline , les vices antérieurs de l'administration se sont
conservés, ou, pour mieux dire , légitimés. Les trésors
des rois de Perse étaient entre leurs mains des masses
stériles , que la circulation aurait transformées en ri-
chesses productives, et que leur stagnation a rendues
inutiles à la nation , et fatales à Xercès , à Darius et à
leurs successeurs.
Quant à l'agriculture , elle était sacrée ; les lois veil-
kiient à ses travaux et à la conservation de ses produits,
même pendant la guerre. C'est à tort que Xénophon
fait honneur de celte loi à Cyrus ; elle lui était anté-
rieure de plusieurs siècles. En effet , la grande fertilité
des terres dans ce pays , la richesse et la variété des
cultures qui firent l'admiration des Grecs , dont le terri-
toire exigu était loin d'offrir les mêmes avantages, en un
3mot, l'état florissant du premier des arts , se rattachent
aux plus vieilles institutions de la civilisation asiatique.
L'agriculture et la procréation de nombreux enfans
étaient spécialement recommandées par les premiers
législateurs de la Perse ; on retrouve encore le même
précepte dans le Zend-Avesta , qui doit avoir été écrit
plus de deux mille ans avant l'ère actuelle. Cette leçon
des âges les plus reculés s'est conservée au milieu de
toutes les vicissitudes ; elle est tellement enracinée dans
les têtes persanes, qu'aujourd'hui, malgré le change*
meut de culte, le bien labourer, le soin de semer de
bons grains , d'ouvrir partout des canaux d'irrigation ,
de creuser des réservoirs d'eaux dans les régions mon-
ToMK vin. 32
498 SCIENCES MORALES
tagneuses , le dessccliemenl des sols trop humides , etc. ,
sont encore regardés comme des actes de piété , comme
les plus utiles de toutes les occupations.
Le soin des bestiaux et l'importance de leur multi-
plication bien entendue furent, après la culture des
terres , au nombre des préceptes les plus recommandés
par le culte des Perses; aussi , nulle part on ne vit des
bètes à cornes aussi belles que dans le pays des Aspiens :
ils réservaient le bœuf, uniquement pour les rustiques
travaux; le cheval, pour la monture des guerriers
et des hommes investis du pouvoir. Les bêles à laine ,
dont le nombre était considérable, se faisaient re-
marquer par leurs riches toisons; les chèvres jouissaient
surtout d'une haute faveur ; ce sont elles que nous con-
naissons maintenant sous le nom de chèvres (V Angora.
Dans les basses-cours, on nourrissait beaucoup de vola-
tiles , surtout des poules et des coqs ; c'était une obli-
gation religieuse d'avoir un coq dans son habitation.
L'Europe a beaucoup emprunté à l'agriculture per-
sane. Nous lui devons plusieurs céréales : l'orge nue de
la Cappadoce, le riz, la luzerne, appelée long-tems herbe
de Mt'die ; le raisin qu'on cultive, de nos jours, dans
les îles Ioniennes, sous le nom de raisin de Corin-
the , etc.; plusieurs arbres , le citronnier , le noyer, le
pistachier originaire de la Bactriaiie , le pêcher et le
jujubier. On joignait naguères encore le cerisier à cette
liste assez nombreuse, sans songerque cet arbre de nos
forêts était cité ])ar les naturalistes grecs et latins ,
comme indigène, long-tems avant que Lucullus eût
rapporté de Cérasonte la guig-ne ou le bigarreau.
D'après Hérodote et Strabon , il paraît (jue l'olivier
n'entra point dans la culture des Perses ; cette particu-
larité frappa les Grecs , qui considéraient son huilt
ET POLITIQUES. 499
comme un objet de pren.ière nécessité ; mais c'est à
tort que M. Rejnier eu infère que le climat de ce pays
ne convenait pas à l'arbre de Minerve , puisqu'au rap-
port d'Olivier, qui a long-tems habité la Perse et visité
les diverses contrées de cette partie de l'Asie , avec les
yeux d'un naturaliste profond , on y trouve partout
cet arbre dans l'état sauvage (i) ; on assure même que
c'est de l'Asie occidentale qu'il s'est répandu dans l'Eu-
rope, et qu'il passa sur les côtes autrefois habitées par
les Phéniciens et leurs colonies, oii son huile était une
branche de commerce très considérable.
C'est aussi des contrées asiatiques que nous est venu
le maïs, long-tems regardé comme originaire du Nou-
veau-Monde ; il était cuUivé dans la Natolie , bien avant
le douzième siècle de l'ère vulgaire, puisque c'est de-là
qu'il fut apporté en Italie l'an iso^ (2). I-e père de la
poésie italienne en parle comme d'une plante fort con-
nue , et Dante (lorissait avant la découverte de l'Amé-
rique. M. Reyiiier ne parle pas du maïs ; i! l'a sans doute
confondu avec le sorgho , holcus bicolor, qui se cultive
depuis plusieurs siècles en Italie ; mais c'est une erreur
qu'il partage avec beaucoup d'autres.
Lorsque notre savant auteur cite les palmiers qui oc-
cupaient , chez les Perses et les plus anciens peuples
de l'Asie, le premier rang parmi les arbres utiles, il lui
échappe quelques erreurs relativement à la connais-
sance des sexes, dans les fleurs de tous les végétaux,
(i) Et plus particulièrement dans Tanciennc Mésopotamie, au
bas des montagnes qui rendent si pittoresques les environs de
Merdin ou Mardë.
(2) J'ai publié à ce sujet un excellent Mémoire de M. Caffa-
RELU dans le VI<= volume, pag. a34 et suir. de ma Bibliothèqu
physico-économique.
3a*
5oo SCIENCES MORALES
«ju'il refuse aux anciens ; il va même plus loin : il accuse
'J'iiéophraste d'un défaut d'atlcnlion à cet égard. Je lui
demande la permission dépenser tout autrement, et
de voir , au contraire, dans rilluslrê élève et successeur
d'Aristole, l'auteur de la grande découverte des sexes
dans les plantes (i); découverte que Zaluziansky a rap-
pelée le premier en i5<p, fjue Grew et Malpighi prou-
vèrent en i(j'6, et que Linnée fixa d'une manière irré-
vocable en 1737. Théopbraste nous apprend positi-
vement que la reproduction des végétaux a lieu, comme
chez les animaux, par l'union des sexes (2) ; ce sont ,
di(-il , les corpuscules pulvérulens xovt'ooToç qu'on re-
marque dans les fleurs mâles aoôy.varç , sous l'aspect
d'un léger duvet , qui fécondent les fleurs femelles
5/,).:iaç , leur font porter des fruits , et les amènent à
une parfaite maturité (3). Jamais ces dernières ne pro-
duiraient sans le secours des fleurs mâles. L'hymen
s'accomplit par le ministère des vents, ou par la main
des hommes , dans les palmiers , dans les arbres et les
herbes dioiques (4) , dans le genévrier et toutes les
plantes sinoïques ; soit qti'elles habitent les eaux , ou
qu'elles couvrent le sol , les organes sexuels sont réunis
(i) M. 'iHirnALT DE Bebneaid prépare sur ce naturaliste un
grand travail , qui a déjà fixe l'attention de l'Institut de France et
de plusieurs autres corps savans fie l'Europe. Ce {|ue.MM. Civier
et DR MinBET. CD ont dit, i^un dans son rapport .Mur les travaux de
l'Académie des Sciences, année 181^, l'autre dans ses E/imens
de /ihyiiotoffie végétale et de botanique, en fait désirer la pu-
blication. (]N. n. H.)
(a) Jlisloirt; des plantes , liv. III, <h. 9.
(3) //ùt. Plant. , lib. Il, cap. 8 et g.
(4) De Couiis, lib. 1, cap. 7 j lib. II, cap. \i,ti Jiiit- Plaint.,
lib. II , cap. 8.
ET POLITIQUES. 5o*
sur le même individu , et sout placés de manière â pou-
voir également payer le tribut conjugal (i). D'après ce
peu de faits que je jjourrais étendre davantage, et que
chacun est en mesure de vérifier aisément , il n'est point
possible de refuser à Théophraste la parfaite connais-
sance des sexes chez les végétaux , et d'avoir donné à
cette découverte tout le développement dont elle était
susceptible, en un siècle oii l'œil n'avait point, dans les
verres, le puissant auxiliaire qu'ils nous fournissent au-
jourd'hui ; en un siècle où l'on était plus occupé à ras-
sembler des observations en tout genre , que de les
coordonner méthodiquement.
Une loi remarquable des Perses défendait d'aug-
menter les impôts, sous le prétexte des améliora-
tions qu'une bonne culture avait produites ; une autre
ordonnait aux hommes chargés du pouvoir, de ne faire
usage que des productions agricoles et industrielles du
pays. Dictées par la justice et la raison, ces lois font
l'éloge de leurs auteurs et des peuples qui les conser-
vent encore. La première est une critique amère des
gouvernemens trop fiscaux de notre Europe ; la der-
nière est la base^d'une prospérité durable, et le motif
constant d'une perfection certaine.
Nous avons fort peu de choses à dire de la troisième
partie de l'ouvrage que nous examinons. Les Phéni-
ciens , qui élevèrent les murs de Tyr et ceux de Sidon ,
n'étaient point un peuple autochtone, mais une famille
de coinmerçans , occupée du soin de s'enrichir et de
former des colonies partout où les relations commer-
ciales pouvaient leur assurer tous les genres de spécu-
lations. Ils avaient des lois affreuses ; leur culte exigeait
(i) Hist. Plant. , lib. 111 , cap. 6.
5o9 SCIENCES MORALES
que les autels fussent arrosés de sang humain ; leurs prê-
tres et leurs magistrats étaient sans pitié ; l'oligarchie
écrasait le pauvre : il était voué au plus dur esclavage.
Les peuples sans agriculture ne font que passer ; le
commerce entasse l'or, et, lors(|u'il en est gorgé, il
s'endort dans les hras du despotisme , sans laisser d'au-
tres souvenirs (jue ceux de la haine et d'un luxe lévol-
tant. On altrihuc ordinairement aux Phéniciens une
découverte importante, la fabrication du verre ; mais
M. Reynier nous apprend que c'est sans raison , puis-
qu'ils en ont emprunté les procédés aux éthiopiens, chez
qui cette industrie était très anciennement connue , et
que les Égyptiens avaient déjà perfectionnée avant l'ar-
rivée des colonies phéniciennes sur les côtes de la Mé-
diterranée.
Quoi qu'il en soit des observations critiques auxquelles
nous nous sommes livrés dans cet article, nous devons de
très grands éloges au savant qui nous prépare, sur les
plus anciens peuples , un corps d'histoire politique et
morale , uni({ue en son genre ; il mérite les encoura-
gemens de tous les amis des sciences , et la reconnais-
sance de tous les hommes appelés à l'administration.
Les leçons du passé doivent servir au présent.
TeiÉBAUT DE Berneaud.
ET POLITIQUES. 5o3
VWWW'W'VW'VVW VW WX/WV^- WV'VWXX'VX'W w
L'EuEOPE AU MOYEN AGE , traduit de V anglais de
M. Hekry Hallam, par MM. P. Dudouit,
avocat à la Cour royale de Paris, et A. R. Borg-
HERS. Tome P' , contenant, i° l'histoire de France,
depuis Clovis jusqu'à l'invasion de Naples par
Charles VIII ; 2° l'exposition du système féodal -,
3° l'histoire d'Espagne, jusqu'à la conquête de
Grenade (i).
Cet ouvrage , remarquable à tous égards , sera lu avec
un grand intérêt par tous les homcnes qui ,enétudiant
l'histoire , ont un autre but que celui de surcharger
leur mémoire d'une série fastidieuse de noms et de dates ,
ou d'une suite monotone de villes prises , de jîays ra-
vagés , de batailles gagnées ou perdues. "
Ce qui est réellement singulier, c'est de voir que les
mêmes personnes qui se plaignent de l'ennui attaché k
la lecture de la plupart des histoires modernes, se mon-
trent en même tems ennemies opiniâtres de la seule
science qui pourrait faire disparaître cet ennui, rendre
la vie à l'histoire, expliquer les causes desévénemens, et
connaître les principes qui élèvent , soutiennent ou rui-
nent lesEtats.
L'histoire séparée de la philosophie n'est qu'un froid
squelette qui attriste les regards et glace le cœur. La phi-
losophie seule peutressusciter et ranimer cette foule de
morts, dont la nomenclature n'est que fatigante lors-
qu'on ne fait pas revivre leurs passions , et lorsqu'on
(1) Paris, 1820. I vol. in-8°. Delestre-Boiilage , libraire âo.
l'École de Droit, rue dts Mathurins-Saiot-Jacques, xi"> i. Prix,
5 fr. et 8 fr. 5o c. franc de port.
So4 SCIKNCKS MORALES
n'explique point leurs actions, en retraçant leurs lois
et en peignant leurs minurs.
C'est l'influence réciproque des lois sur les mœurs et
des mœurs sur les lois, qui seule, lorsqu'elle est ob-
servée avec sagacité, éclaire la nuit des lenis , allume
le flambeau de la vérité, éclaircit tous les mystères de la
politique, fait pour nous de l'histoire, la plusmorale,
la plus attachante, la plus utile desétudes , etnousaido
surtout à nous préserver, pour l'avenir, des erreurs dont
le passé nous retrace le tableau.
Personne ne veut assurément ni son propre malheur
ni celui de sa patrie, et l'on verrait probablement dispa-
raître une grande partie des passions qui nous divisent ,
et des semences de discorde qui fermentent aujour-
d'hui parmi nous , si l'on parvenait à dissiper cette
ignorance plus générale , plus profonde, et plus gros-
sière qu'on ne le croit, cette ignorance inconcevable de
nos premiers tems , de nos premières lois , et des varia-
tions successives introduitesdansnos institutions etdans
nos mœurs.
Rien n'est si commun que d'entendre partout une
jeunesse passionnée, une vieillesse mal instruite, des
femmes irrr.scibles et frivoles, des militaires tranchans
et de prétendus hommes d'Etat, répéter avec ineptie
leurs latnentations sur la chute d'un ordre de choses
qui , pendant (|uatorze siècles, disent-ils , a fait la gloire
et le bonheur de la France.
On voit par- là qu'ils ignorent complètement les
premiers élémens de leur propre histoire; ils ne con-
naissent ni la (h'mocratie des premiers Francs y m la
servitude des Romains-Gaulois , ni les limites él«roites
de l'ancien jionvoir royal, ni les progrès rapides d'une
aristocratie belliqurnsc , mais qui, pendant plusieurs
ET POLITIQUES. 5o5
siècles, n'eut aucun rapport avecl'aristocratie de nais-
sance, ni la conslilution presque représentative ressus-
. citée et orgnnisée par Charlemagne, ni le chaos dans
lequel les successeurs de ce monar.^ue laissèrent tomber
la France, envahie par une foule innombrable de grands
et de petits usurpateurs seigneuriaux, ni la régulari-
sation quele système féodal parvint à porter dans cette
anarchie , aux dépens de la liberté des peuples et du
pouvoir des rois.
Ils ignorent également toutes les révolutions succes-
sives qui rompirent et détruisirent cette chaîne féodale ,
par des conquêtes, par des successions, par des confis-
cations , et qui, sans donner une base légale au pou-
voir concentré du roi, ci-devant électif, fit seulement
de lui un seigneur féodal , absorbant les droits de tous
les autres.
Ils ne savent pas davantage par quels degrés le peuple
a passé de l'indépendance à l'asservissement , et de l'es-
clavage à la franchise ; la formation des parlemens
pour remplacer les barons, ennemis du travail et des lois,
leur origine , la variété, le peu de fondement de leurs
prétentions ; l'institution irrégulière des états -géné-
raux, privés de toute part à la législation et revêtus
d'un seul droit, celui de consentir l'impôt; l'absence
de toute fixation dans les limites des différens pouvoirs ;
la forccet la fortune, tantôt soutenant les prétentions
des plus petits gentilshommes, autorisés légalement à
guerroyer contre le roi, tantôt soumettant le trône au
clergé, tantôt appuyant les empiétemens du sceptre,
qui brisait à son gré les liens féodaux; enfin , les efforts
lents et graduels de la raison humaine , depuis la re-
naissance des lettres , et la découverte de l'imprimerie ,
pour sortir des décojtibres de cette longue barbarie : ce
5./i SCIENCES MORALES
sont toutes choses qui semblent aussi étrangères au plus
grand nombre de nos politiques modernes, que si elles
avaient existé dans quelques peuplades obscures, aux
extrémités de l'Asie.
Mais, si qncl(|ues-uns d'entre eux veulent prendre la
sage résolution de lire avant de parler, et deconnaître
avant de juger, d'autres écueils les attendent sur leur
route. Ils y rencontrent des auteurs dominés par l'esprit
de système et de parti, plus propres à égarer leurs pas
qu'à diriger leur marche; chacun d'eux vient , avec des
lunettes arrangées poiîr son système, observer et pein-
dre , à sa manière, le berceau de notre monarchie.
Aussi , un homme de bonne foi , qui veut s'enfoncer
dans les ténèbres du moyen dge , se trouve dans une in-
certitude et dans un embarras extrêmes, lorsqu'il en-
tend des hommes tels que Mably , Dnhos , Daniel ^ Mé-
zeray , Vélj , Mondaiisicr , Boulaim'illii'rs , Rohertson,
Montesquieu y IJcnauty se contredire , se choquer, et ex-
pliquer les faits, les écrits, les lois , suivant les doctrines
différentes qu'ils ont professées.
Tous ces phares differens ne présentent que des clartés
douteuses; ils ne laissent point distinguer avec certi-
tude le chemin qu'on doit suivre ; et dahs ce laby-
rinthe, le fil d'Ariane est encore attendu.
Il me paraît que M. Ilallam réunit toute la sagacité
et toute la sagesse nécessaires pour le trouver. Il a
étudié tous les systèmes , et n'en a embrassé aucun en
particulier. C'est la raison , et non l'esprit de parti ,
qu'il a prise pour guide dans ses laborieuses recher-
ches : aussi , loin d'appuyer son opinion , comme
d'autres, sur quelques faits isolés, il les compare , il
les rassemble tous en faisceaux pour eu faire jaillir la
lumière.
ET POLITIQUES. 607
Les vieilles chroniques, les longs commentaires , les
histoires des provinces , les capitulaires , les recueils
d'ordonnances, les procès-verbaux des états, les cou»
tûmes diverses ont été explorés par lui avec un soin
sévère , et c'est le fruit de ses études longues et péni-
bles qu'il nous présente aujourd'hui.
Les épines de ce travail nous sont épargnées, il ne
nous en fait cueillir que la fleur ; son ouvrage est com-
posé dans une forme si neuve, qu'il serait embarrassant
de lui trouver un nom : ce n'est point une dissertation,
car on n'y voit ni pesanteur, ni aridité ; ce n'est pas
non plus une histoire ordinaire, car on n'y trouve que
des faits principaux , point de détails militaires ; les
événemens n'y servent qu'à l'éclaircissement de la lé-
gislation, à l'explicat on de la politique, et à la mora-
lité de la narration.
« Lorsque j'ai traité ( dit l'auteur) des tems les plus
intéressans et les plus instructifs de ce période, je me
suis efforcé de ne point offrir une aride série d'annales.
Voulant tracer une esquisse fidèle, et, autant qu'il
m'était possible, hardie et animée, plutôt que de
peindre une miniature, j'ai dû supprimer tous les
faits qui ne se lient pas essentiellement à d'autres ,
ou qui ne sont point propres à jeter du jour sur des
résultats iraportans. »
Un autre caractère qui surprend dans ce livre , c'est
son plan. Le sujet, c'est-à-dire, le tableau de l'Europe
au moje.n dge , excluait nécessairement l'unité d'inté-
rêt. L'auteur est forcé de passer sans cesse d'un pays
qu'il décrit à une contrée différente , et d'une législa-
tion expliquée à une autre qu'il doit aussi faire con-
naître ; mais , cette unité , qui ne peut pas exister dans
la division de son ouvrage, existe dans la moralité de
son but. Par-là, il crée un ordre réel au milieu d'un
5o8 SCIENCES ISfOUALF.S
désordre apparent; cl cette variété de inaticres repose,
au lieu de fatiguer.
"Ce plan (continue M. Hallam) dilTere probable-
ment de celui dos revues hislori([ues qui existent déjà.
Chaque cliapilrc a son sujet pjrticulier, et peut être
considéré coniino iudépendanl du res'e ; aussi l'ordre
dans lequel on les lira est à pou près indifférent. Cette
division par rliapitre, à laquelle j'avoue que je tiens
assez , m'a été sugg.-rée par le désir d'éviter les transi-
tions continuelles , et de laisser subsister la liaison na-
turelle des faits. J'ai trouvé dans cet arrangement si
peu d'inconvéniens pour la composition , c|ue je ne
puis penser qu'il doive occasionner beaucoup d'em-
barras aux lecteurs. » M. Hallam a raison; ces cha-
pitres séparés gagnent en clarté ce qu'ils semblent
perdre en suite méthodique d'événemens ; on l'accom-
pagne toujours dans sa marche avec le même intérêt ,
parce que l'étude du cœur humain est son grand but ;
la recherche impartiale de la vérité, son moyen ; et
que toutes les pièces ou les faits ([u'il cite, sont autant
de preuves sur lesquelles il s'appuie, pour s'assurer de
ses découvertes.
Nous donnerons , dans un autre cahier, une courte
analyse des différens chapitres que contient ce volume :
elle prouvera , j'espère, à nos lecteurs , que , s'ils veu-
lent percer les ténèbres de notre origine et de nos
tems semi-barbares, que, s'ils cherchent la clé de nos
révolutions successives et de notre situation actuelle ,
ils trouveront , en suivant AT. Hallam, un conseil im-
partial , un guide sage et un éloquent interprèle.
La noble simplicité , la clarté et quelquefois l'élo-
«jneiice du style doivent faire partager aux traducteurs
l'honneur du succès dont jouit déjà cet ouvrage.
Le comte de Segur.
ET POmiQUES. 5o9
VW V\\> WWW wvwv wvwv wvvw w ww vw
Essai sur l'Histoire awcienpe et moderne de
LA NouVKLLE-RussiE : Statistique des provinces
qui ta cowposejit. Fondation d^ Odessa; ses pro-
grès , son état actuel; détails sur son commerce.
J^ojage en Crimée dans Vintérét de ï agriculture
et du commxij'ce\ avec cartes , vues , plans , etc. 5
dédié à S. M. l'empereur Alexandre I^r (;).
M. DE CASTEL^fAU a fait un séjour de quinze ans dans
le pays dont il écrit l'histoire; il a employé la plus
grande partie de ce tems à recueillir les matériaux de
son important ouvrage.
L'histoire de la nouvelle Russie présentait plus de
difficultés que celle d'aucun autre peuple de l'Europe.
Cette portion de l'empire russe, nouvellement réunie,
fut tour à tour possédée , conquise et ravagée par plus
de soixante et dix nations différentes , depuis le teras
d'Hérodote. Au milieu de tant de changemens et de
dévastations , ses annales devaient offrir de fréquentes
lacunes. A force de soins, de travaux et de recherches,
M. de Casteinau est parvenu à nous offrir un corps
complet d'histoire, auquel il donne modestement le
titre à^ Essai.
L'ouvrage est divisé en trois époques principales : la
première commence à l'antiquité la plus reculée , et
finit à la conquête de la Tauride par Mahomet H,
en 1475, douze ans après la prise de Constantinople.
Dans cette première partie,, l'auteur s'appuie sur
(i) Paris, i8ao. 3 vol. in-S". Key et Gravier, libraires, quai
<ic3 Augustiiis, n'' 55. Prix, i5 fr- , et 18 fr. franc de poft.
5.0 SCIEIVCKS IVIOR ALES
lléroilote et sur It-s auteurs grecs et latins qui ont
parlé des Scvtlies. 11 fait preuve d'une vaste érudition
et d'une saine critique, en rapportant les notions que
les anciens nous ont transmises touchant les moeurs,
les mif;ralioiis, les guerres, les institutions des peuples
indigènes ou conquérans de laTauride, et des contrées
qui forniaient l'ancienne Scythie ; il rectifie plusieurs
opinions erronées , et rétablit quelquefois le texte des
auteurs d'une manière heureuse, et qui s'accorde mieux
avec les faits et les localités ; il rend tompte des rap-
ports de politique , de colonisation et de commerce
que ce pays eut successivement avec les Perses . les ré-
publiqnes de la Grèce, les rois du Bosphore, les Ro-
mains, les Grecs du Bas-Empire et les Sarmates ; il
parle ensuite des éinblissemens des Génois en Tauride,
de la conquête qu'ils y firent de l'ancienne Cherson ,
des progrès des Vénitiens, leurs rivanx , qui , par leur
colonie de Tana , s'emparèrent d'une partie du com-
merce de l'Orient, dont ils jouirent concurremment
avec les (iénois , juscju'à ce que les uns et les autres
furent chassés par les Turcs de tous les ports de la mer
Noire et de la mer d'AzolT.
Cette première partie est terminée par la descrip-
tion de ([uelques restes d'antiquités, et par celle des
])rincipales méd.-iilles trouvées dans les ruines d'an-
ciennes villes et dans les fouilles des Kourgaties ^ ce
sont des monticules de terre , comme on en trouve dans
tout le nord, dont on surmontait le tombeau des chefs
de hordes et des guerriers distingués. Les médailles
représentent, d'une manière allégorique, plusieurs
villes de la Tauride, et les traits de quelques rois du
Bosphore.
La seconde (époque o/Tre plus de certitude, sous le
ET POLIOQUES. Si i
rapport des faits historiques. Elle comprend un espace
de trois siècles, depuis la conquête de la Crimée par
les Turcs , jusqu'à la cession qu'ils en firent à la Russie,
en 1784 ; ce fut alors qu'elle reprit son ancien nom de
Taiiride. Pour faire passer sous nos yeux les événe-
mens de cette époque , l'auteur ne s'est pas contenté
de puiser les détails les plus authentiques dans les écri-
vains russes et polonais ; nous savons qu'il a encore
entrepris à ses frais , et par le seul amour de la vérité,
des Voyages importans en Pologne et dans les diffé-
rentes parties de la Russie ; il a visité les champs de
Pultawa et les bords du Pruth, si différemment célèbres
dans l'histoire de Pierre I". Il a eu entre les mains les
Mémoires manuscrits les plus intéressans; il a profité
des richesses de ce genre accumulées pendant des siècles,
dans plusieurs couvens ; et ses heureuses investigations,
secondées par les autorités publiques, se sont étendues
dans la plupart des contrées du vaste empire auquel la
nouvelIeRussie venait d'être agrégée. Au moyen de tant
de secours , de recherches laborieuses, de traditions et
de communications soumises à un jugement éclairé ,
M. de Castelnau a pu nous donner le premier une his-
toire complète et impartiale de peuples jusqu'à ce jour
peu connus en Europe ; de ces Tartares belliqueux, si
souvent révoltés contre la Porte, et presque toujours
en guerre avec les Polonais et les Russes, affranchis du
joug ottoman par le secours de ceux-ci dont ils sont
enfin devenus les sujets; de ces Kozaks Zaporogues ,
alliés peu sûrs, ennemis terribles, qui présentèrent
la triple singularité d'avoir existé Iqng-tems en corps
d'état sans femmes, de s'être fixés sur ces mêmes
bords oïl les anciens avaient placé de fières amazones,
bannissant les hommes de leur république j et d'avoir
5ii sciEKŒs :moralks
enfin t'iti tlélruils sans retour par une femme. Celttf
mesure (|u'oi<loniia ( allierluc l'ut geuéralement blâ-
mée en lîurojjc ; l'auteur cherche à Ja justifier par des
motifs de haute politique. L'Hetinan Climeluiski, parmi
ces kcizaks ; le Klian Selim-Gherai , eu Crimée , grands
tous les deux par leurs \ertus giicrrit'res et civiques,
méritaient également d'être célébrés. Voici comment
l'auteur s'txj)rime en parlant de ce dernier :
« Parmi tant de souverains , déshonorant cet au-
guste nom, on distinguera ce brave Sélim-Gheraï ,
l'honneur de son pays , peut-être même de son siècle,
si les belles actions qui illustrèrent sa carrière eussent
été développées sur un plus vaste théâtre. La vie de
ce prince ignoré se composerait d'un hommage perpé-
tuel rendu à la vraie gloire, à la vertu éprouvée;
mais Sélim n'a pas eu d'historien ; sou nom , resté
confondu avec celui des princes qui l'ont obscurément
précédé ou suivi , n'a point été accompagné de la cé-
lébrité qu'il a si bien méritée —
» Cet homme extraordinaire , supérieur à la fortune
et bien digne de la fixer, mourut après avoir laissé les
plus beaux exemples de valeur, de constance , de mo-
destie, de patience , de fidélité , de justice dans l'ad-
juinistration ; de prudence et de savoir dans les con-
seils ; de piété et d'amour ])aternel. Sélim! ailleurs
ton nom etît passé à la postérité sur les ailes de la
reconnaissance et de la gloire; mais , chez une nation
peu connue , peu éc'airée , peu estimée surtout , il est
resté dans l'oubli. Puisse un jour un historien digne de
loi , p'eindre avec énergie des vertus que je n'ai su
qu'esquisser î Puisse- 1- il rendre à l'immortalité un
prince fait pour elle , et ajouter à la liste des grands,
des bons souverains , un nom d'autant plus glorieux ,
ET POLITIQUES. 5i3
que celui qui l'a illustré naquit au milieu des Talars,
qu'il eut à vaincre l'ignorance d'une éducation vi-
cieuse et n'enseignant aux chefs que le parjure et le
pillage ! »
Le règne des prédécesseurs de Sélim et de ceux qui
lui succédèrent fournit au contraire un continuel exem-
ple des vices les plus odieux. Mahomet II , en se réser-
vant la suzeraineté de la Crimée, s'était engagé à ne
placer sur le trône qu'un prince de la famille de Gen-
gis-Khan. Il avait juré solennellement que ni lui, ni
ses successeurs, ne pourraient condamner à mort un.
prince de cette race. Aussi, les Khans, appelés au
pouvoir , déposés , rétablis sur le trône , suivant le ca-
price de la Porte , se hâtaient-ils de dévorer leur règne
d'un moment , sûrs que la perfidie , l'oppression et les
massacres des sujets , l'incendie des villes, la désola-
tion des campagnes, la révolte envers le suzerain,
n'auraient d'autre punition que l'exil en Romélie, ou
bien leur rappel à Constantinople. Là, souvent, au
milieu d'une intrigue de sérail, ils parvenaient à se
faire investir d'un pouvoir, et à se venger d'un visir
ennemi.
Dewlet-Gheraï , comptant sur un butin considérable,
s'était vivement opposé à la suspension d'armes que le
grand visir Mehemet accorda au czar sur les bords du
Prulh. Il s'emporta jusqu'à provoquer ce premier mi-
nistre avec violence, et soutint que le traité ne pou-
vait avoir lieu qu'après la ratification du g'rand sei-
gneur. Un ami du visir , présent à cette altercation ,
s'écria : « IMe permet-on de faire voler d'un seul coup
la tête du khan ? » Cet argument le calma ; la paix fut
signée.
Bientôt après, Dewlet-Gheraï est déposé ; il se rend
TOME viir. 33
5:4 SCIENCES MORALES
à Constnnlinoplc et obtioiil de nouveau la souverai-
neté. .« Il existait dans ( etle ville un usage bien si.igu-
lier, qui prouvait à la fois le crédit d'un khan de(;ri-
inée et la faiblesse du gonvrrnenicnt turc. Lorsqu'un
d'entre eux prenait congé du grand seigneur, aprèj
avoir été loroiinu et nistallé khan, il montait à cheval,
à l'issue de l'audience; el , s'il avait une demande à
faire, il niottait un pied à l'étrier et retenait l'antre
sur la pierre du niontoir ; cela voulait dire : Je suis
prêt à nie rendre à mon poste, oii mon zèle égalera ma
fidélité ; mais je suis retenu par un empêchement que
vous seul pouvez lever. Le grand seigneur fit demander
à Dewiflt ce qu'il désirait de lui ; le khan répondit (|u'il
re pouvait partir jusqu'à ce qu'on lui eût cnvové la
tête du grand visir Mehemet , qui avait tiahi la Porie
par le traité du Prulh : on envoie aussitôt con])er celte
tête , et, par la mc:i:e occasion , celles du reys-enendi et
de l'aga des janissaires, dont le khan était mécontent.
Celte opération faite, Dewlel acheva de se mettre eu
selle cl partit pour la Crimée. »
L'auteur ne nous porle pas de la triste fin du dcr*
nier de ces souverains. Chaim-Gheraï qui , avant cédé
à la Ri:ssie ses droits et ses possessions , en i7»>4 ? P'^ssa
dans une province de cet empire, v vécut obscuré-
ment jus(ju'en i^bt) , et obtint alors l'agrément de Ca-
therine pour se ren.'ire <^n Turquie ; le grand seigneur
l'y avait autorisé; mais à ]>eine v fut-il entré, <|u"il
s'aperçut du ressentiment qii'inspir.nl encore sa con-
duite p.TSséc ; exilé à Rhodes , il v f 'l étranglé , en 1 787.
Ainsi , la Porte qui av;;it , trop religieusement pf'uf-ctrr,
observé pendant trois siècles le serment de Mahomet 11,
en «'•paignanl la vie do ces khans, souvent rebelles et
toujours barbares , le >iole pour la première fois, en
ET POLITIQUES. 5i5
faisant mettre à mort celui tjni avait cessé d'être soa
sujet. Ce fait, et les réflexions qu'il entraîne , méri-
taient peut-être une mention dans l'ouvrage de M. de
CasteUiau.
La troisième époque de l'histoire de la Nouvelle-Russie
est la partie de l'ouvrage qui offre le plus d'intérêt aux
amis de l'humanité, à ceux qui jiréfèrent les conquêtes
de la civilisation, les progrès de l'agriculture, du
commerce et des arts , l'établissement des canaux et
des ports de mer, à l'invasion des provinces, à la fon-
/dation et à la destruction des pjaccs fortes, aux triom-
phes sanglans des armées.
Ces contrées, si long-tems désolées, présentent au-
jourd'hui l'aspect d'une félicité générale. Leur situation
sur les bords de la Mer Noire, plusieurs fleuves navi-
gables, la fertilité des terres, l'appel fait à de nom-
breux colons protégés et secourus par le gouvernement,
une ville nouvelle et déj.i considérable, centre de riches
capitaux et d'un grand commerce , ont fait de la Nou-
velle-Russie un des pays les plus heureux de l'Europe.
L'auteur traite en détail ces différens points; il s'é-
tend principalement sur Odessa ; il dit ce qu'elle était
avant la conquête, ce qu'elle est devenue jusqu'en i8o3,
ce qu'elle est actuellement , et quelles brillantes desti-
nées lui paraissent réserves. Au milieu de tant d'avan-
tages , un fléau destructeur infesta cette ville en 1812.
M. de Castelnau fait connaître les mesures prises pour
arrêter les développemens de la peste ; elles eurent pour
résultat des succès étonna ns.Ce fléau, ajoute l'auteur, ne
peut être promptement et sûrement arrêté, que lorsque
celui qui romm.^nde ne le craint pas. On sait qu'à cette
époque, un homme gouvernait à Odessa, qui soutint
honorablement le titre de Français. Parmi les traits
33*
fil 6 SaE^CES MORALES
cités dans cet ouvrage, noi)s en ferons connaître un
seul, parce qu'il sera toujours be lU, iudépendaninient
des lieux , des Imis, des opinions : « Pour inspirer du
courage aux Labilans de Pelri-Kowka, qui se refusaient
à ensevelir les hommes morts de la poste, M. le duc de
Richelieu prit une bêche, et leur donna un exemple
auquel on ne put résister. »
Nous ne devons pas laisser ignorer une circonstance
que, par modestie," M. de Caslelnau a passée sous si-
lence ; c'est que lui-même a prodigué les plus géné-
reux secours aux malades, tant qu'a duré la contagion,
et qu'il a partagé les soins et les veilles de son noble
ami.
Après avoir dépeint les funestes effets de la peste ,
dans cette occasion , l'auteur cherche à prouver (jue le
fléau ne se propage que par le contact ; il a rattaché à
son opinion le système des animalcules do Lœuenhœk.
C'est aux physiologistes et aux physiciens à juger du
mérite de cette hypothèse.
L'ouvrage est terminé par la relation d'un voyage
que M. de Castelnnu a fait en Crimée. Géologie, his-
toire naturelle, numismali<|uc , position des anciennes
villes , slalisll {ne , agriculture, commerce etna\iga-
lion , tout paraît avoir été embrassé et traité par fau-
teur d'une manière .satisfaiiÉnle , dans cette partie,
comme dans les précédentes. De beHes caries de la
rsDuvelIe-Russie en général , et de la (,'rimée en parti-
culier, accompagnent le premier et le second volume,
et tous les trois sont enrichis de gravures à Vncf/i/a-
tinla , qui représentent les sites les ])!us ])illoresqucs fie
la presqu'île.
Cet ouvrage, vraiment estimable, ne peut.m.in-
qucr de plaire et d'instruire. Apres l'avoir lu, on for-
ET POLITIQUES. 517
niera comme nous un vœu, ou l'on éprouvera peut-
être un regret : que ne fut-il donné à ceux que les dis-
cordes civiles éloignèrent de leur patrie, de pouvoir,
en rentrant dans son sein, lui faire hommage de vues
aussi philanthropiques, et de tant de richesses morales,
acquises par l'étude, la philosophie pratique et un
travail honorable I D. de Gavedell-Geaxny.
fVVWW V V\ 'W\'W\'VV\ W\'W\'VVVVV\ VV\ 'V\^ ^^"^
NOTICIA DE LOS PRINCIPALES SUCCESSOS OCCURIDOS
EN EL GOBiERNO DE EspANA , etc. — Le même
ouvrage , en français , sous le titre d'ApERçu des
RÉVOLUTIONS SURVENUES DANS LE GOUVERNEMENT
d'Espagne, depuis le preniierinomeal de T insur-
rection , en 1808 , jusquà la dissolution des cor"
tes ordinaires , en i8i4, traduit sur V original ,
écrit, par un Espagnol à Paris (1).
Tout le monde connaît les événemens qui out donné
lieu à la révolution d'Espagne en 1808. On sait que
Bonaparte , en vertu d'un acte de cession signé par le
roi, prétendit avoir le droit de souveraineté sur ce
royaume, l'envahit, lui donna des lois, et imposa à
la nation un roi de sa famille. Il est évident que cet
acte de cession n'avait aucune valeur. Bonaparte avait
beau faire des proclamations et des décrets ; cela ne lui
donnait pas le moindre droit sur l'Espagne, et la na-
tion restait eutièreuicut libre dans le choix de ses
moyens de salut. Elle fit tout ce que prescrivaient les
circonstances extraordinaires oii elle se trouvait. Pri-
vées d'un gouvernement central , les provinces s'insur-
(1) Paris, 1830; iu-S**. Gorrt'ard, libraire.
5i8 SCIENCES MORALES
gèrent isoléincnl , et se donnaient des juntes: ces insur-
rect oas partielles se lièrent peu à jieii ; les juntes
s'associèrent; le systèiue fédéral nuit de nouveau le»
pays que la rhiile du trône avait séparés. Dans ce iiio-
ment, les juntes étaient le véritable gouvernement.
Créées par la volonté nationale, elles agirent dans un
esprit vraiment espagnol , et furent le seul organe de
la nation.
Cet esprit public ([ui les animait, leur fit promptc-
ment sentir le besoin de substituer un centre de gsu-
vernemcnt à celui que l'usurpation venait de détruire ;
mais, pour que ce centre conservât le véritable esprit
de son institution, les juntes résolurent do le composer
de députés des juntes provinciales : la junle centrale
fut une véritable émanation des juntes de province ,
qui, par un généreux sacrifice, digne de l'élan gé-
néral, se démirent de leur pouvoir dés qu'elles eurent
douné un gouvernement à l'Espagne. Cependant, ce
nouveau gouvernement ne fut créé que provisoirement ,
et avec la mission expresse de préparer la convocation
des corlës , qui seuls pouvaient fonder un ordre de
choses durable.
La junte centrale , composée de trenle-six députés
des juntes provinciales, se réunit en i8o8,àAran-
jucz, au [uilieu des progrès de l'invasion. Fidèle à sa
mission , quoique errante de ville en ville, elle s'occupa
de la convocati:)n des corlès; mais, comme les circons-
tances impérieuses d'à lors exigeaient une grande promp-
titude dans les mesure- de salut public, elle se subs-
titua une régenre composée de cinq meridjres, et plus
pr(q)re à gouvei uer d.ins des momeris aussi difïlciles. La
régence riecf'da point en pat riotisme à ses commollans ;
réfugiée ù l'exlréuiité de l'Kspagne, dans l'îlcde Léon,
ET POLITIQUES. 5 19
elle convoqua , en 1810, les certes généraux et extraor-
dinaires. Les provinces encore libres se lialèrent d'en-
voyer à Léon leurs députés ; celles que l'ennemi oppri-
mait nommèrent spontanément leurs représentans ,
dès qu'elles purent s'affranchir du joug étranger.
Cadix devint, en 181 1, le siège de cette assemblée
auguste, appelée à la grande mission de donner un
nouveau gouvernement à l'Espagne. C'est alors qu'oa
vit le singulier spectacle d'une assemblée constituante
délibérant avec un calme admirable, et avec la sagesse
d'un sénat antique, sur tous les articles de la nouvelle
constitution, tandis que les bombes ennemies volaient
au-dessus de la salle des séances. Profondément péné-
trée de l'obligation d'assurer le bonheur, non -seule-
ment des conleiTiporains , mais aussi de la postérité,
elle créa ce code constitutionnel célèbre sous le iiom
de Conslitiilion des cortes de Cadix.
Tous les souverains qui ne se croyaient pas forcés de
céder à l'influence de Bonaparte, s'empressèrent de re-
connaître l'ouvrage des cortès. De ce nombre furent
l'infante de Portugal , les rois d'Angleterre, de Prusse et
de Suède. L'empereur de Russie déclara en propres
termes, par l'article 3 du traité de Weliki-Louki ,
qu'il reconnaissait /;oi^r légitimes les corlès généraux et
extraordinaires , ainsi que la constitution décrétée cl
sanctionnée par celtt: assenillée. Ceci se passa peu de
tems après que les souverains eurent tous reconnu la
libre élection d'un autre souverain, dans un j^ays du
Nord.
Faite et sanctionnée par les représentans légitimes
de la nation espagnole , acceptée par le peuple , re-
connue comme acte fondamental par les puissances
élraugcrcs, la constitution de 1812 était obligatoire
5io SCIENCES MORALES
pour tout Espagnol. Le loi rentra en l'Espagne avec
riiitciitioii , à ce ^u'il paraît, d'accepter la constilu-
lion ; mais, à \alcnce, l'intrigue réussit à le tromper,
et à l'eiigagor à servir les projets «l'un parti. L'auteur
de l'ouvrogo (|iie nous annonçons met à découvert les
ressorts de celle intrigue anti-nationale, (jui a fait gé-
mir l'Espagne pendant six ans sous le despotisme d'une
faction. Il faut nous arrêter quelques instans avec lui
aux. causes qui produisirent cette espèce d'interrègne.
Par un excès de prudence patriotique, l'assemblée
constituante avait décrété qu'aucun député ne pour-
rait être élu deux fois de suite. 11 en résulta qu'aucun
membre de celte assemblée n'étant éligible aux pre-
miers cortèsordinairesqui furent convoqués , l'Espagne
fut restreinte dans ses choix, et qu'elle envoya aux cor tes
ordinaires des députés dont les opinions étaient en partie
équivoques. Les.«7v/A'.y qui avaient été déjoués, lors des
premières élections , eurent le tems d'intriguer, et de
faire entrer dans la représentation nationale beaucoup
d'hommes qui leur étaient dévoués. L^ne assemblée
ainsi mêlée n'inspira plus la même confiance que la
précédente, ri n'eut pas le même ascendant sur l'es-
prit public : lo parti servile en profita pour atla«jiier
et ruiner les libéraux. Ce (|ue le machiavélisme des
ministres les plusconompns a jamais inventé de plus
])uissanl pour perdre ses adversaires, fut ernplové par
ce parti; des jdans de conspiration furent artificicu-
scinent ourdis, et attribués à des hommes connus
jiar leur patriotisme. On mit en avant un Eranrais se
disant le général Audinot , arrêté comme agent secret
de r)Oiiaparte , pour déclarer qu'Arguelles , homme
probe et incorruptible, s'était vendu à lui. (.e ]»arli
formidable se grossissait de tous ceux qui s'claiont
ET POLITIQUES. Sii
nourris des abus de l'ancien régime ; il se précipita au-
devant du roi , le circonvint, et l'obséda pour eu ob-
tenir le rétablissement de toutes les vieilles institutions.
Il ne fut pas possible au roi de sortir du cercle que
la faction servile avait tracé autour de lui à Valence :
tous ceux qu'il consultait , s'accordaient à lui répéter
que l'Espagne soupirait après le rétablissement de l'an-
cien régime. Il restait une inquiétude à la faction ; elle
craignait les dispositions de l'armée : le général Elio ,
qui commandait dans l'est , fut gagné; dès-lors elle ne
ruasqua plus son audace. Des troupes furent envoyées
contre la capitale pour disperser les cortès et arrêter
tous les libéraux. Le décret ordonnant le renversement
de la constitution fut signé et promulgué , et tous les
députés serviles coururent souscrire une protestation
contre les cortès , dès qu'ils surent que cet acte de bas-
sesse leur vaudrait des pensions , des places et des déco-
rations. Les mesures de despotisme se succédèrent en-
siiite avec une telle rapidité, que les libéraux, loin de
résister à tant de violence , ne purent songer qu'à
sauver leur vie , et que la plupart furent saisis et jetés
dans les cachots.
Il restait à notre auteur à combattre une objection
dont quelques hommes se sont servis pour infirmer la
validité des actes des cortès : ils ont prétendu que les
cortès étaient gagnés par l'Angleterre, et agissaient sous
son influence. Ce serait la première assemblée nationale
que le ministère anglais aurait soudovée; il est d'ailleurs
un peu difficile d'acheter une réunion de quelques
centaines de membres. Si l'on disait que le ministère
anglais s'est contenté d'acheter les personnages les plus
marquans , on ferait une injure gratuite à des hommes
qui jouissent de l'estime générale, et de plus , on serait
522 SCIENCES MORALES
obligé de convenir ([ue ces iioin mes ont bien mal gagné
l'argent qu'ils auraient consenti à recevoir. « Ln c(lVt ,
dit l'auteur, le niiiii>(t-re anglais, qui a été et qui est
encore l'un «les nieuibrcs les plus distingués des corlès ,
entama auprès de cette assemblée trois négociations '
importantes. Il demandait, dans la première, a faculté
de ci.^umercer librement avec les posseS'»ions des Espa-
gnols en Amérique; dans lai seconde, il oilrait la mé-
diation de son gouvernement pour la pacification de»
provinces américaines qui s'étaient soulevées; enfin,
l'objet de lai troisième était de faire conférer au duc de
Wellington le commandement des armées d'Esj)agnc.
Les deux prenjiers points lui furent refusés ; il oldin! le
troisième quand il ne !e demandait plus. » Ainsi, l'on
trouve toujours les corlès sur la ligue de la légalité et
de riionneur ; et , queUjue chose que fasse le parti scr-
vile pour attaquer !a légitimité des actes de celle assem-
blée, il restera prouvé aux yeux de l'Europe que les
coriès de 181?. ont élevé un inonument national, seul
moyen de salut et vrai palladium de leur patrie.
Depping.
(wvw^x ww%\w\ x^^*w<vv\'V\^'V\,^'V\^^^^^v^
Choix de IIavports, Opimo>s f.t Discoifs pro-
voJiC(k à la tiibtinn nationale , recueillis dans
un. ordre his!uri(jue , et imprimt's diaprés les
pièces originales. SESS10^ dk iSij) (i).
L'niSToiRKde la «essionde iBiopourrail offrir un texte
fécond à cette poléniitjne , iiioilié politique et moitié
(i) Paris, i.'Sao. i \ol. in-8° il'eiiviroQ 8uo pa^cs. Alexis Ey-
rrury, rue iM'-zar ne , n» "in. l'rix , ■; fr .*i oiir les soiiscripteiiri, vt
9 f r .iV'C t iiortrail; 10 fr. j'Our ks noii-5oUicri|)ltiirs, ff 12 fr.
avec iut> iiorlrsitts.
ET POLITIQUES. SaS
personnelle , que l'on désigne communément sous le
noai i^Q politique spéciale^ à celte critique Je circons-
tance et de détail, c^ui, toujours à l'afTât des faits,
attend au passage, pour les traduire au tribunal de
l'opinion , les opérations d'un congrès , les actes d'un
ministère, les paroles d'un orateur. Mais, quels que
soient les avantages de cette censure journalière qui
forme la raison publi(jue, éclaire les citoyens, dé-
masque les intérêts illégitimes , évente les projets cou-
pables ou dangereux, elle ne saurait convenir à la T{.evue
Encjclopcdique . La politique spéciale , avec quelque
modératioa qu'elle soit traitée, a toujours quelque
chose d'hostile , peu conforme à l'esprit qui préside à
la composition de cet ouvrage. L'objet de la Revue est
plus grave, ainsi que son caractère. Reconnaître l'état
et les progrès de l'esprit humain ; tracer l'inventaire
périodique de la civilisation : tel est le but de ses au-
teurs. Ils cherchent dans l'histoire contemporaine , non
des argumens en faveur de leur opinion personnelle,
mais ie tableau exact des faits, celui de l'état social et
de ses vicissitudes, des institulions, de l'esprit d'un peu-
ple ou d'une époque. Il ne faut donc s'allendre à trou-
ver ici qu'une simple analyse , destinée surtout à faire
connaître la Fi ance, et sa situation politique intérieure,
à ceux de nos lecteurs qui habitent les contrées étran-
gères , et , peut-élre aussi , à plusieurs de nos compa-
triotes, qui manquent des données nécessaires pour la
bien apprécier. jN'ous exposerons quelle était cette si-
tuation , à rentrée de- la session de 1819 ; nous trace-
rons ensuite , en résumant l'ouvrage que nous avons
sous les yeux , un rapide exposé des événemens de la
session. Jaloux de conserver à celte analyse le carac-
tère philosophique qui doit toujours distinguer les ar-
5a4 SCIEISCES MORALES
ticics de la Rei'ue , nous écarterons avec soin tous les
dclaiis qui n'ont trait qu'à des hommes ou qu'à des
circonstances fugitives : nous raconterons plus quenous
ne jugerons; ou si , quelquefois , il devient nécessaire,
pour l'intelligence des faits , d'en indiquer la couleur
et la physionomie, nous nous efforcerons de porter
dans nos jugemens, non'la chaleur du citoyen qui
débat des intérêts présens, mais la circonspection et
la gravité de l'historien ([ui raconte des événemens
passés.
La session de 18 rç) ne présente point le même aspect
général que les trois sessions précédentes. Celles-ci '
avaient été productives d'institutions , et ce caractère
était naturel chez un peuple qui, possesseur d'une
constitution récente , devait s'empresser d'assortir toute
son organisation sociale à l'esprit de cette constitution.
Ainsi , la session de 1816 avait produit une loi d'élec-
tions ; la session de 1817 , une loi sur le recrutement de
l'armée; la session de 1818, une loi sur les délits de la
presse. Ces lois n'étaient point parfaites, sans doute;
mais, du moins, elles reposaient sur Ips véritables prin-
cipes ; elles avançaient l'état social. Le progrès était
lent; mais il y avait un progrès. En i8iq, la scène
change; l'établissement constilutioimel est interrompu:
l'Assemblée représentative, jusqu'alors partagée en trois
sections à peu près égales , se divise en deux partis qui
se précipitent avec violence l'un contre l'autre. Le pou-
voir renonce à la neutralité, et se mêle aux combat-
tans. D'oli sont venus ces changemens soudains? Pour
en expliquer la cause, quelques détails sont nécessaires :
il faut rcmor»ter un peu plus haut.
Dès les premiers jours de la révolution , la nation
française s'est divisée en deux partis; l'un favorable,
l
ET POLITIQUES. SaS
l'autre opposé à ses résultats. Ce dernier tend à rame-
ner l'ordre ancien ; le premier tend à consolider l'or-
dre nouveau. L'un invoque l'inégalité et les croyances;
l'autre, l'égalité et les doctrines. En i8i5, l'invasion
de l'étranger donna l'avantage au parti de l'ordre an-
cien : la session eut lieu sous son influence : l'ordon-
nance du 5 septembre 1816 arrêta ses progrès : la loi
du 5 février 181^ , sur les élections , lui enleva la supé-
riorité : dès-lors, toutes les chances de l'avenir furent
en faveur de ses adversaires : dès-lors aussi , tous ses
efforts se dirigèrent contre la loi du 5 février.
Le système politique du ministère , à cotnpter du 5
septembre 1816 jusqu'à la fin de 1819, fut de mar-
cher entre les deux partis, à distance plus ou moins
égale , de s'unir alternativement à l'un ou à l'autre ,
selon le besoin du moment , sans pourtant rompre avec
celui dont il s'éloignait. L'esprit de cette politique était
de fortifier la prérogative ministérielle , en se servant
tour à tour de chaque parti contre les prétentions du
parti opposé. L'ordre ancien réclamait-il des conces-
sions ; le ministère s'appuyait contre lui des partisans
de l'ordre nouveau : l'ordre nouveau invoquait-il des
garanties; le ministère les repoussait, à l'aide des par-
tisans de l'ordre ancien. C'est ainsi qu'il marchait cons-
tamment vers la fin naturelle de tous les dépositaires
du pouvoir, qui est de faire la part du pouvoir la plus
large possible.
.Pour y réussir, le ministère dut s'assurer une masse
de suffrages dont il put toujours disposer, non comme
représentant de telle opinion , de tel intérêt ; mais,
comme pouvoir. Ce fut là le noyau du parti ministé-
riel ^ auquel se réunirent un certain nombre d'hommes
modérés des deux autres partis , que l'amour de la
'i-ffi SCIENCES MORALES
paix disposait à des concessions. Par-là , la cliamljre
et la nation nièrup se trouvèrent divisées en trois pnrli«.
Le parti de l'ordre ancien se composait de la no-
blesse anti-rien re à la révolution, d'une portion delà
noblesse ncuvclle, créée sous le régime impérial, du
clergé, d'un grand nonibre de fonctionnaires publics,
et de la plupart des grands propriétaires territoriaux.
Sa force consistait dans les nouibreux emplois qu'il
occupait , dans sa prépondérance à la cour, dans ses
relations diplomatiques , dans sa richesse territoriale ,
dans la puissance des traditions, des habitudes, de><
croyances. Ses représentans siégeaient dans la Chambre,
à la droite du président : dc-là , le nom de côl(' droit ,
qu'on lui avait donné (i).
Le parti de l'ordre nouveau , 1 raucoup plus nom-
breux , comptait dans ses rangs presque toutes les for-
tunes mobiliaires et industrielles , les petits proprié-
taires de terres , les acquéreurs de domaines nationaux,
les commerçans , les manufacturiers, les gens de lettres
et les savans , les hommes de loi , les médecins , les mi-
litaires. Des capitaux ,*<les denrées, l'industrie et le
travail étaient les élémens de sa richesse ; sa corres-
pondance avec les inlércls et les liesoins du corps so-
cial , l'assentiment du plus grand nombre, étaient les
élémens de sa force morale. La place de ses d('putés
dans la Chambre l'avait fait nommer le côlc i^auche.
Le parti du ministère, plus nombreux dans la'
(i) Kous conscrvfroiis , «tans le cours de cet art irlc , ors de-no-
minations , indidvrcnlcs t-n «-lles-nièmes, et nous les étendrons,
non-sciiîcraent. à la fraction «Je la Cliiiml)re qu'elles i]<-'si;;neiit ,
lu.tis encoie à la partie de la nation <juc ces fiactions repi(-scn-
tent. l\ir-là, nous éviterons de rappeler les dénominations sou-
vent injustes , toujours désobligeantes, que les partis se donneit
mutuellement.
ET POLITIQUES. 527
chamlire que dans la nation , était principalement
forme d'une portion des fonctionnaires publics , de
ceux qui aspiraient à le devenir, et d'un certain nom-
bre d'iiommes de toutes les classes , qtii regardent une"
déférence absolue pour le pouvoir comme un gage
d'ordre et de stabilité. La force intrinsèque de ce parti
était peu considérable ; rrais, il avait cette force de
position que donnent le pouvoir, l'initiative des me-
sures, une organisation régulière , la disposition de la
richesse publique et des récompenses sociales. Sa place
à la Chambre était entre les deux autres ; aussi le dé-
sigoait-on sous le nom de centre.
Lne conséquence du système mixte adopté par le mi-
nistère, était de le mctire aux prises avec deux opposi-
tions. Nous avons vu comment il les combattait l'une
par l'autre. Tant que leur fonce respective -dans la
Chambre fut à peu près égale, cette manœuvre lui
réussit. Mais les élections produites par !a loi du 5 fé-
vrier fortifiaient périodiquement le côté gauche : on
prévoj'ait le moment oti celui-ci formerait seul la ma-
jorité. Dans (ette expectative, deux partis s'offraient
au ministère : s'unir au cÔLé gauche , gouverner selon
ses principes et avec son appui ; ou bien , profiter sans
délai d'une majorité fngil:ive pour l'écraser et changer
le svslème électoral. Le gouvernement parut d'abord
pencher pour le premier p.irti ; le rejet de la propo-
sition de M. Barthélémy et les lois sur la presse fu-
rent les fruits de cette disposition. Mais, vers la fin de
la session , l'accord fut troublé. Dans une occasion so-
lennelle , le ministère eut le malheur de combattre
contre le texte précisde la loi fondamenta'e , dont i! ne
parut pas tenir assez décompte , et d'ejilever de vive
force une délibération contraire aux expressions fpr-
I
5a8 SCFENCES IMORALtS
racllcsdela constilulioii. Les reproches à\\ lôlé g;auche
furent extrêmement sévères. On s'aigrit de part et
d'autre : de nouvelles discussions augmentèrent la dis-
corde, et ceux qui s'étaient approchés presque alliés
se séparèrent presque ennemis.
Celle rupture, en retirant au ministère la popularité
qu'il avait acquise , lui devint nuisihle dans les élec-
tions suivantes. Au sortir de !a discussion des lois sur /«
presse, les élections eussent été ministérielles: après
les débats sur la Charte , la confiance s'éloigna : elles
prirent un caractère prononcé d'opposition. Le minis-
tère en fut alarmé ; il revint au second parti dont nous
parlions tout à l'heure, se rapprocha du côté droit , et
résolut le changement du svstème électoral.
Tel était l'état des choses, à l'ouverture de la session
de i8ir). Les divers partis s'efforçaient , au moven de
la presse , de se rendre l'opinion favorable. La loi
des élections était devenue très populaire, et l'an-
nonce de son changement avait ])roduit une assez
grande fermentation. Leministère, dans ses journaux,
cherchait à changer celle disposition des esprits. 11
représentait (jue la loi du 5 février réduisait presqu'à
rien l'influence du gouvernement sur les élections ;
que , cependant , il n'était pas possible de gouverner
sans l'appui de la majorité : il attribuait à plusieurs
membres du calé ^nuchc des intentions hr.sliles : il
craignait, ou feigiiait de craindre, que la dynastie elle-
même no fi\t menacée , et son principal arguraenl, h
cet égard, était la nomination du quatrième député
de l'Isère.
Le (Ole gauche, répondait (jue la Chambre élective ,
destinée à contrebalancer le jiouvoir, ne peut dès-lors
être formée sous l'influence du pouvoir ; que c'csL aux
ET POLITIQUES. Saj
ministres d'aller trouver la majorité , et iion à la ma-
jorité d'aller trouver les ministres: il traitait de calom-
nies les insinuations dirigées contre quelques-uns de
ses membres: il reprochait au ministère son peu d'é-
gard pour la Charte, sa lenteur à fonder des institu-
tions nécessaires, telles que le jury, le système muni-
cipal : il attribuait au mécontentement excité par
cette conduite, la tendance prononcée de l'opinion
électorale et les choix qui avaient blessé le ministère.
Le côté droit cependant manœuvrait avec beaucoup
d'habileté. Sans s'attacher à combattre ses adversaires
par le raisonnement, il s'adressait aux imaginations :
il enchérissait sur les alarmes du minislère : il attri-
buait à l'un des nouveaux élus un vote funeste; et,
sans vouloir écouter les preuves négatives , il était par-
venu, à force de l'affirmer, à le persuader à beaucoup
de personnes, et peut-être à se le persuader à lui-
même.
Le ministère avait laissé percer l'intention de réviser,
non-seulement la loi des élections, mais plusieurs ar-
ticles de la Charte constitutionnelle. Ses adversaires
se hâtèrent de l'attaquer dans cette position défavo-
rable ; ils démontrèrent aisément qu'une loi consti-
tutionnelle, étant une loi extraordinaire , ne peut être
modifiée ni dans les mêmes formes, ni par le même
pouvoir qu'une loi ordinaire ; qu'un caradère plus
grave, qu'une sanction plus puissante, conmiandaient
d'autres précautions èl d'autres solennités. Ce fut un
des principaux avantages du côté gauche ^ d'être placé
sur ce terrain.
C'est ainsi que, de part et d'autre, on se préparait
au combat. Le champ de bataille était la loi des
élections: le résultat de la lutte devait être le triomphe
TOME vai. S-î
\
53o SCIENCES MOKALLS
ou (le l'ordre ancien, ou de l'ordre nouveau^oudu pou-
voir luiuistériel. Les forces étaient égales , le succès
douteux, l'opinion inquicle, la nation attentive
Enfîn, ajirès de longs délais, la session s'ouvrit, le 2q no-
vembre 1819.
Ici commence plus spécialement le résumé que
nous devons offrir, et dont l'exposé qui précède n'est
que l'introduction nécessaire.
Le récit de la séance royale et le discours du mo-
narque ouvrent le volume. Ce discours fut écouté avec
une avide sollicitude: on y cherchait la confirmation
ou le démenti des bruits qui circulaient. On remarqua
aussi l'absence du quatrième député de l'Isère, et
l'omission de son nom dans l'appel des députés invités
à prêter serment. On savait que le côté droit se disposait
à demander son exclusion , pour raison d'indignité; et
l'on s'attendait, dès les premiers jours, à une séance
orageuse. Cependant, le parti ministériel , également
opposé à l'admission de ce député , mais désirant éviter
l'éclat d'une discussion qui ne j)Ouvait cire que très
violente, avait proposé, comme moyen concilialoire,
Yannulation de l'élection pour ■? '/ce </e /ôrwr .• le côlc
ffattche avait accepté cette voie de pacification ; mais
le côlt^ droit ne voulut point abandonner le moyen
d'indignitt'. Le rapport n'en fut pas moins fait dans le
sens du jiarli ministériel. A peine fut-il terminé, que
des orateurs du iôlt'- droit demandorcnt la parole ; le
centre et le côlt' gauche demandèrent à grands cris la
mise aux iwix. Long tumulte, suspension de la séance.
A la reprise , M. Laine obtient du silence , raj)j)elle le
vole imputé au député de l'Isère , et demande que
Yexclu.sion soit motivée sur l'indignilé (|ui en résulte.
Le côté gauche ojipose que le vole allégué n'a réelle-
ET POLITIQUES. 53 1
Hnent pas été émis ; que d'ailleurs la Charte prononce
(art. II ) l'oubli des opinions et des voles; que la
Chambre ne peut ni s'attribuer un droit dépiration
qu'aucune loi ne lui confère, ni la motiver sur une
cause qui n'est non pl.:s déterminée par aucune loi ;
qu'admettre en principe le droit d'épuration , ce se-
rait consacrer le despotisme de la majorité, etc.. Il
demande , en conséquence, que l'on vote simplement
sur la validité àe l'élection , et que la questionde !'/«-
dignité soit écartée, comme inconstitutionnelle. Cette
question importante ne put recevoir de solution. Après
une discussion vive et prolongée , un membre, M. Ra-
yez, propose de voter seulement sur l'admission, sans
exprimer de motif. La Chambre, fatiguée, adopta
cette proposition, et la non-admission fut prononcée
purement et simplement.
La nomination d'un président, la rédaction d'une
adresse en réponse au discours du roi , occupèrent
quelques séances. Bientôt , la demande faite par les
ministres de six douzièmes provisoires des contribu-
tions fit naître un nouveau débat. L'état des esprits
imprimait un caractère politique à des questions jus-
qu'alors purement financières. L'opposition soutenait
que les contributions provisoires étant votées de con-
fiance, et les ministres n'ayant pas la confiance, on
ne devait accorder que deux ou trois douzièmes. La
commission, adoptant un terme moyen, proposait
quatre douzièmes. Le côté droit se réunit au ministère,
et les six douzièmes furent accordés, à la majorité de
187 voix contre 7g.
Cet avantage était pourtant loin d'être décisif. Des
députés encore unis au ministère, les uns avaient dé-
claré l'intention de l'abandonner, si la Charte ou la
34*
53a saKISCF:S MORALES
loi des élections ctail attat|U('o ; d'autres balauçaient.
Les deux partis se toinjUaient ; la iiiajorilé éla.l dou-
teuse. On attendait avec anxiété la première occasion
de connaître les forces respectives. Cette occasion se
présenta bientôt.
Environ cent mille pétitions, adressées à la Chambre,
sollicitaient le luaintien int« gral de la Charte et de la
loi des élections. Le jour du rapport arri\a ; la com-
luissiou proposa Voiilie ilu jour. La discussion se pro-
longea pendant deux séances: dans la seconde, l'un
des principaux orateurs du côte droit , M. de\illèle,
écartant les questions de forme auxquelles s'étaient
attachés les premiers orateurs, attaqua franchement
la question fondamentale , celle de la loi des élections.
M. Manuel lui répliqua. On vit, dès-lors, ce qu'un
avait déjà pressenti, que le résultat de la délibération
allait préjuger Je résultat de la session entière. Uordre
du j(<iir , malgré la présence de plusieurs ministres dé-
putés , ne passa qu'à la majorité de cincj voix.
Ainsi, le déplacement de //'o/.s suffrages pouvait dé-
placer la majorité. Cette perspective était peu rassu-
rante. D'autres causes encore entretenaient l'iiésilalion
du ministère. Pour réformer le système électoral ,
l'appui du côté divil lui était nécessaire : mais le tâir
droit voulait une loi favorable à la grande propriété
territoriale ; le ministère voulait une loi favorable au
pouvoir: on négociait, et rirn encore nétait arrêté.
D'ailleurs, la position du ministère était délicate:
en 1818, il avait défendu la loi des élections; il s'agis-
sait de l'attaquer: en i8j8, il avait combattu le to/*"'
droit ; il s'agissait de s'unir à lui. De ces variations , de-
vait résulter une attitude pénible ; les dépositaires i\u
pouvoir répugnaient à s'y placer. L'incertitude conti-
ET POLITIQUES. 533
miait ; la session traînait en longueur ; la Chambre
était inactive ou ne s'occupait qu'à délibérer , en co-
mité secret , sur les propositions de quelques orateurs.
C'est ainsi que le général Demarçai , membre du côté
gauche, proposa de réclamer la convocation de quatre
collèges électoraux, dont la députation se trouvait in-
complète : nous n'avons pas bien pu nous rendre
compte des motifs qui firent rejeter cette proposition.
C'est encore ainsi que M. de Lafayelte proposa de sol-
liciter une organisation générale de la garde nationale :
l'ordre du jour fut également prononcé.
L'attentat du i3 février, qui consterna toute la
France, vint mettre un terme aux irrésolutions. Le
côté droit saisit cette occasion pour accuser le système
suivi par le ministère depuis le 5 septembre i8i4;
redoubla ses attaques contre les élections , contre le
président du conseil des ministres (M. Decazes). L'un
de ses orateurs alla jusqu'à dénoncer celui-ci à la tri-
bune , comme complice de l'assassinat. Cette dénon-
ciation, qui fut repoussée par la majorité, fit cepen-
dant son effet. Le ministère , effrayé de l'orage , voulut
le conjurer ; il crut ne pouvoir mieux réfuter les accu-
sations dont il était l'objet, qu'en proposant de grandes
inesures de sûreté générale. Trois projets de loi furent
présentés: l'un, suspensif de la liberté individuelle ;
le second, suspensif de la liberté de la presse ; le troi-
sième , constitutif d'un nouveau système électoral.
Les atlafjues dirigées contre le chef du ministère
n'en furent point ralenties. Il dut enfin leur céder.
Un nouveau ministère se forma : cependant, les lois
proposées restèrent»
Cette révolution fut le signal de la dissolution du
parti ministériel. Presque tous les luembr'îs du centre ,
534 scie\ct:.s imoralfs
voyant le pouvoir se déclarer onverlenienl en faveur
du côte droit, refluèrent vers ce côté ou vers le coté
opposé. II ne resta pins (ju'im petit iioniKr^ de uionibres
plus spécialcmeiil dévoués au ininistére. Toulefo'S, ce
petit nombre conserva de linfluenro : grâce à l'éga-
lité des forces opposées, ce fut encore lui qui décida
la majorité.
La loi sur la liberté individuelle fut mise la première
en délibération. I/o|)position fut vive, la discussion
éloquente. Les défenseurs du projet uno(|uaient les
circonstances; ses adversaires, niant les rirconslanccs ,
in\o(|iiaient les principes. Les orateurs du coté foiu hc
reprochaient vivement aux nionibres du côté liroit
d'appuyer des lois d'exception , qu'ils avaient éiiergi-
queinent réprouvées, en i8inct 1817; ils fondaient sur
cette conduite des accusations ({ue nous n'entendons
ni reproduire ni juger, et que nous ne rapportons que
comme un fait caractéristique cle la discussion. La
clôture prononcée, le combat recommença sur les ar-
ticles du projet. Le coté gauche présenta un grand
nombre d'amendemens , tendant à l'adoucissement de
la loi : son but, à ce qu'd ])arall, était, ou d'obtenir
des garanties, ou de forcer ses adversaires à prendre
sur eux l'odieux d'un refus formel. Tous les amende-
mens furent repousses : le projet, légèrement amendé
par la commission, obtint une majorité de dix-neuf
voix.
La même chaleur, le même talcut, des incidens de
même nature signalèrent la discussion de la loi sur hi
censure des journaux. Le système des amcndemens se
reproduisit; mais, ce qui est remarquable , c'est qu'ils
ne furent point discutés: le vote négatif fut constam-
ment muet : singularité dont les sessions précédentes
Er POLITIQUES. 535
navaient point offert d'exemple. Le projet fut adopte
à une majorité de vingt-sept voix.
Quoique ces résultats semblassent présager celui de
la lutte sur les élections, ce succès n'était pas égale-
ment certain. Le projet, conçu dans l'intérêt du pou-
voir, plutôt que dans l'intérêt du côté droit , convenait
peu à celui-ci : on ne pouvait cependant se passer de
cet appui. On savait d'ailleurs que la commission
chargée d'examiner ce projet ne lui était point favo-
rable. Dans cette situation, le gouvernement crut de-
voir déférer aux vœux du côté droit : il apporta un
projet nouveau , fondé sur le principe de Vélection à
deux degrés , principe conforme aux vœux des parti-
sans de Vordre ancien. Un incident s'éleva sur cette
présentation. L'opposition contestait au gouvernement
le droit de retirer un projet soumis à la délibération
des Chambres : il s'opposait donc à ce qu'il fût donné
acte de la présentation. Ses orateurs s'efforçaient de
saisir la parole qu'on leur refusait. La séance entière
se passa dans le tumulte , et l'incident n'eut pas de
suite.
Nous passons rapidement sur quelqxies faits acces-
soires, quoiqu'ils ne soient pas sans intérêt. Le plus
remarquable , fut la pétition de M. Madier de Montjau,
conseiller à la cour royale de Nîmes. Il dénonçait un
gouvernement occulte, différent du gouvernement royal.
Cette pétition fut renvoyée au conseil des ministres et
déposée au bureau des renseignemens.
Un membre du côté gauche ., M. Manuel, proposa,
dans un comité secret, un projet d'adresse contre les
ministres. Le débat fut animé. La Chambre déclara
qu'i/ nj avait pas lieu de prendre en considération.
Bientôt arriva le rapport de la commission sur le
536 ' SCIENCES MORALES
nouveau projet électoral. Le rapporteur, M. Laine,
proposa l'adopliou avec de l«'-gers aiueiideiueus. Alors,
s'ouvrit uue tliscussion aussi mémorable par sou im-
portance, que par la supériorité de vues et par l'élo-
quence que déployèrent une foule d'or.ileurs. Kous ne
pouvons qu'indiquer sommairement les principales
considérations invoquées de part et d'autre, et c'est
avec un vif regret que nous nous interdisons les déve-
lopnemens sur une dos plus brillantes époques de la
Tribune française. <■ Les deux degrés d'élections , di-
saient les partisans du projet , sont un moyen d'affer-
inîr l'ordre social ; ils opposent un obstacle aux in-
trigues des factions ; ils feront cesser l'interdiction
politique dont la défiance des petits propriétaires a
frappé les hommes de la grande propriété ; ils rendront
à ceux-ci l'influence naturelle et salutaire que leur
promet l'état qu'ils tiennent dans la société. Par-là ,
les électeurs du premier degré, réunis dans les cliofs-
IJeux d'arrondissement, seront plus rapprochés de leur
domicile; par-là, ils échapperont à l'iullucnce, quel-
quefois dangereuse, du chef-lieu de département. "
— << L'élection à deux degrés , répondaient les adver-
saires de la loi, n'est point une élection, puisque m
les premiers, ni les seconds électeurs n'élisent; les uns
ne font que proposer des candidats , les autres ne font
que choisir entre ces candidats, et tous deux peuvent
cire fjustrés dans leurs intentions: toute inégalité
que la Charte n'a point élablje est, par-là nièiue ,
frappée d'illégitimité. Les colh'gcs de déparlcniens se
défendent y;ar /<t/r rwa^if contre les influences étran-
g^rpj., tandis que les électeurs, dissémiliés dons les col-
lèges d'arrondissement, seront sons la main de l'auto-
rité. Si la grande propriété a peu d'in/li^encc, c'est par
ET POLITIQUES 5'Î7
sa faute ; elle se montre hostile envers les intérêts na-
tionaux , et la nation s'éloigne d'elle ; mais , toutes les
fois qu'elle s'est montrée nationale , elle n'a point eu à
se plaindre de la disposition des électeurs. Ce sont ces
intérêts nationaux que la loi du 5 février avait garan-
tis , et qui se trouvent compromis par la loi nouvelle.
Le procès est entre Vordre ancien et V ordre nouveau ,
entre V égalité et le privilège, entre le droit comm^un
et le droit exceptionnel. » La délibération durait de-
puis plusie^irs jours: l'intérêt, la curiosité publique
croissaient de moment en moment; lorsqu'un événe-
ment, grave dans son origine, grave dans ses résultats,
vint lui imprimer un caractère plus sérieux encore.
Un amendement proposé par M. Camille- Jordan
apportait à la loi proposée une modification impor-
tante. Il s'agissait de délibérer sur la /;r/c»r//^. Pour la
première fois, l'opposition obtint la majorité: elle
dépendait d'une seule voix, et cette voix était celle
d'un député qui, malgré de vives souffrances, s'était
fait transporter à la Chambre pour donner son suffrage.
Le lendemain, ce député avant été insulté au sortir
de la séance, ainsi que plusieurs de ses collègues, des
mouvemens eurent lieu dans la capitale pendant plu-
sieurs jours, et la tribune de la Chambre retentit de
débats très orageux. Nous en supprimons ici le détail,
par des motifs qu'il est aisé d'apprécier.
Les esprits s'animaient de plus en plus: la nécessité
d'une transaction se faisait impérieusement sentir :
elle fut pioposée par M. Boin, dont l'amendement
adopté changea, sur quelques points importans, le
caractère de la loi. Le ministère abandonna les deux
degrés d'élections : il obtint les doubles collèges , les
éleciioDS d'arrondissement, et quelques concessions de
638 SCIENCES MORALES
détail. Le nombre des députés fut porté de 258 a 43o.
Ainsi se termina ce p;rand débat, qui, pendant plu-
sieurs mois, a\ait occupé l'Europe et agité la France
C'est à l'avenir à nous éclairer sur l'avantage ou sur
l'inconvénient des cbangemens opérés. Pour nous, sur
des événeinens qui nous touchent de si près encore,
nous nous abstiendrons de porter un jugement. Nous
eussions pu, dans le cours de cet article, donner notre
opinion personnelle , discuter les questions qui s'of-
fraient en foule , tirer nous-mêmes la conséquence des
faits : mais ce n'est point un morceau de politique ,
c'est un morceau d'histoire que nous avons voulu faire,
et nous avons dû, en l'écrivant, nous imposer d'au-
tant plus de circonspection , que les événcmens sont
plus présens, les acteurs plus rapprochés , les passions
plus émues. St. A. Berville.
WVWSaWK^'V
FouuTEEWTH Report qf the Directors of tue
African Ikstitition , read at the annual gêne-
rai meeting , lield on the 17 ofniay 189,0-,
Q^jATonziÊME happout des divecteurs de TInstitu-
ïioN africaine, lu devant l'assemblée générale
annuelle du ly mai 1820 (i).
Dans l'adresse présentée au congrès d'Aix-la-Cha-
pelle par lord Ca>llereagh , il fut proposé aux souve-
rains assemblés, comme moyen aussi simple et facile
qu'indispensable, pour abolir la traite des noirs d'A-
frique, de déclarer qu'elle était une infraction à la loi
générale des nations, et «jue le marchand d'esclaves
(1) Londres, iS^io. Hatciiard «lUIs, Piccadill}.
I
ET POLITIQUES. 539
serait assimilé au pirate ,et encourrait les mêmes peines
que les autres pirates.
Cette proposition ne fut point alors adoptée ; mais
il y fut reconnu , en principe, que la traite des noirs
était une violation de la morale universelle, un crime
odieux, la honte des peuples civilisés; qu'il était ur-
gent de mettre fin à jamais à ce fléau qui avait si long-
tems désolé V Afrique , dégradé V Europe et affligé
Vhuwaniié.
En conséquence de cette déclaration, la plupart
des souverains prirent l'engagement d'interdire en
tiërement à leurs sujets la traite des noirs sur la cote
d'Afrique, au nord de l'équaleur. L'Espagne demanda
vin délai, qui vient d'expirer le 3o mai 1820. Le Portu-
gal , seul, ne voulut pas fixer l'époque de l'abolition
de cet odieux trafic. Les Etats-Unis de l'Amérique
septentrionale s'empressèrent de promulguer des lois
sévères de prohibition , et même, postérieurement , une
Société Africaine de colonisai! on ^\l les frais d'une expé-
dition dont l'objet était de former un établissement
sur les côtes d'Afrique, ou elle pourrait réexporter les
Nègres et les hommes de couleur libres qui voudraient,
en retournant dans leur patrie, s'y livrer aux travaux
de l'agriculture et au commerce.
La France ne fut pas moins empressée de prendre
l'engagement d'abolir la traite dans toutes ses colonies ,
et annonça même au congrès son intention d'adopter
les mesures que l'Angleterre avait elle-même adoptées,
entre autres le bill d'enregistrement des esclaves exis-
tans, lors de la publication qui serait faite des lois
prohibitives. Ce bill d'enregistrement était regardé
comme le moyen le plus sûr de prévenir l'introduction
frauduleuse de nouveaux esclaves, et de s'assurer de
54o SCIETvCES MORALES
ceux qui auraient été clandestinement introduits (i).
Dè's le mois dr juillet i8i5, observe le rapporteur
d'une commission spéciale de la Chambre des dépu-
tés (2) , par suite des ordonnances du roi , des instruc-
tions furent Irausmiscs aux colonies et dans les ])orts
de France, pour qu'aucune expédition ne fût autorisée
et aucun trafic toléré désormais, et que tout bâtiment
pris en contravention fût confisqué, et le capitaine
interdit. Ces mesurps étaient nécessaires ; car, à peine
la pnix avail-elle été proclamée , que les traficans du
sang humain de tous les pays arrivèrent en foule sur
les côtes d'Afrique, et se livrèrent de nouveau à leurs
anciens crimes , avec une cupidité d'autant plus active
qu'elle avait été long-tems réprimée. Parmi eux , les
Français qui , depuis plus de vingt ans, n'avaient pu
prendre aucune part directe à cet infâme commerce,
avaient recommencé avec une ardeur qui , pour avoir
••Le momentanément suspendue par l'occupation , n'en
fut que plus dévorante, et qui eut les suites les plus
désastreuses (3).
Les ordonnances du roi se trouvant insufiisantcs ,
une circulaire du 3o janvier 1818, prescrivit aux ad-
ministrateurs des ports une vigilance exacte sur les
navires, les équipages, les capitaines et les circons-
tances des voyages. — La loi du i5 avril 1818 vint
confirmer ces mesures. — Une ordonnance du ?,| juin ,
même année, établit une croisière sur les côtes de nos
(1) Rapport spécial de la Socicti^ y^fricftinc , dont nous avoni
rendu compte, ci-dcssiis, pag. îG/î.
(a) Rapport à la Chambre des députes, dans la sc'ancc du iq
juin 18-io.
{i) yl dresse au Cnri^i\>.
ET POLITIQUES. 54 1
possessions d'Afrique. — Une nouvelle circulaire du
département de la marine, du 27 novembre, ordonne
une inspection détaillée de la distribution des navires
qui se dirigent vers les côtes d'Afrique, du nombre
d'hommes d'équipage, de la nature de la cargaison,
de la quantité et de l'espèce de vivres, des objets et
des ustensiles d'aménagement et de cuisine , pour s'as-
surer que rien n'indique une opération destinée à la
traite. — Le 3o décembre , même année , des instruc-
lions transmises au gouverneur du Sénégal, défendent
le transport à Saint-Louis, ou ailleurs, de tout indi-
gène engagé à la culture comme captif. — En 1819,
un commissaire-inspecteur (le baron Mackau) est en-
voyé au Sénégal ; une commission est établie en France
pour jnger les contraventions à la traite, et cette
commission est composée de membres qui doivent
tous inspirer la confiance. — Enfin, on assure que,
dès le mois de mars 1820, le ministère s'occupe d'un
projet de loi (1) qui ajoute aux dispositions prohibitives
et pénales dont on reconnaît aujourd'hui l'insuffisance
pour arrêter le mal. En attendant cette nouvelle loi,
que la Société Africaine sollicite aussi de son gouverne-
ment (2j,queM. Mackau juge lui-même être nécessaire,
(il aurait dû dire indispensable) , qui ne peut être
remplacée par aucune disposition administrative, le
Gouvernement français a renforcé la croisière, armé
une ilotille pour garder ce fleuve ; et si, malgré ces
sages précautions , il ne peut pas encore assurer que la
traite a cessé au Sénégal , il peut dire, du moins,
comme l'observe le député rapporteur, qiiil na rien
(1) Rapport fait ;i la Chambre des dr'piitcs.
(2) Quatorziè'iie liappoit de la Soc'u.té yifricaiite.
p
54 î SCItNCrS IMOHALES
négligé. Il aurait pu ajouter, connue une nouvelle
preuve de sa vive sollicilude , qu'il vient de rappeler un
gouverneur accusé par la voix publique d'une tolé-
rance coup^ible , et d'une négligence marquée dans
l'exercice de ses pouvoirs.
Comment, après toutes ces preuves de la bonne foi
du (jouverneinent français, que l'Institution Africaine
a reconnue, dans son i3' rapport, vir'ut-elle, dans
son 14* , annoncer à l'Europe entière que , si la traite
des noirs continue ses ravages en Afrique, c'est à la
négligence du Goitvcrnenicnt français , ou à \a conni-
vence de ses cmjjloj es dans ses ports et dans ses colonies,
qu'on doit les attribuer? Voici, en effet, dans (juels
termes elle s'exprime , soit dans son rapport, soit dans
les pièces qu'elle y joint à l'appui de ses assertions, et
qu'elle paraît approuver par le seul fait de leur publi-
cation :
« 11 est de notoriété publique , et les preuves en sont
nombreuses , que le trafic illicite en esclaves se fait par
les Français, auSénégal et à Goréc, avec une incroyable
activité , et en grand ; et, dans plusieurs cas, presque
sous les jeux , sin< n avec la participation des fonc-
tionnaires publics (i). » Le rapporteur renvoie, pour
le détail des preuves nombreuses dont il parle, à nu
3/f^m<'//r transmis à l'Institution par un corresj)ondant
qui était au Sénégal en i8ig , et dont le caractère res-
pectable est pour lui une garantie de l'exactitude des
faits allégués. (Ces faits sont à peu près les mêmes que
ceux que l'on trouve cités dans tine pétition adressée
par M. Morenas à la Chambre des députés. ) Le rap-
porteur ajoute : « Ces fail.s représentent fidèlement
(i) Quatorzième Rapport-
KT POLITIQUES. 543
l'état déplorable du commerce français en esclaves
sur la côte d'Afrique , et le peu de soin que les autori-
tés françaises apportent à eu poursuivre l'abolition. Les
directeurs espéraient, l'année dernière , que la France
prendrait des mesures plus efficaces pour remplir les
engagemens qu'elle avait contractés avec l'Angleterre.
Ces espérances ne se sont point réalisées. Les rapports
que la Société a reçus des îles françaises, des Indes-Occi-
dentales ( la Guadeloupe elXai Martinique) , confirment
ceux qu'elle a reçus delà côte d'Afrique, et démontrent
que, sans un système d'enregistrement vigoureusement
suivi , il est impossible de prévenir l'importation d'es-
claves dans nos propres colonies, tant qu'elle conti-
nuera dans les colonies voisines des autres états. »
Le rapporteur, pour justifier cette dernière assertion,
renvoie à un appendice contenant une lettre datée de
la Guadeloupe , le 24 février 1820, adressée au secré-
taire de la Société par un de ses correspondans ( r ).
« On ne doit pas être étonné, dit ce correspondant à la
fin de sa lettre, des succès des entrepreneurs de ce
coupaWe trafic à la Guadeloupe , lorsqu'on le voit
autorisé par les autorités qui devraient le supprimer.
L'abolition du commerce des esclaves par la France ,
est une pure moquerie , et les choses continueront sur
le même pied, tant qu'on ne prendra pas, dans cette île,
des mesures préventives des achats d'esclaves , et qu'on
TLaura pas renvojé des places , des fonctionnaires sans
conscience. Le collecteur des douanes ne peut prétexter
cause d'ignorance de ce qui se passe publiquement; le
gouverneur lui-même doit savoir qu'on trouve presque
(i) y'ippendlce D. Extract of a letter to the secretary, dated
Guadeloupe , i4 ^'^^''"'^''y i^^o-
I
5ii SCILIXCES MOKALES
dans chaque maison , Jes Africains uouveilcuieiit im-
portes , et qu'il V a peu de plaiilalious ou l'on ne puisse
aisément en découvrir plusieurs. Ou compte que , de-
puis la remise de l'île à la France , il en a été importé
i)lus de vingt mille. » — " Le (iouxerncnicnl français
a beaucoup fait valoir, dans le tems , la prise et la con-
damnation du uaviie négrier le PoahIIou , comme nnr
])reuve de sa bonne foi (i) et de sa feruje xolonté de
remplir ses engageraens; mais, les nombreuses contra-
ventions subséquentes sehiblent indicjner que cette me-
sure isolée avait été calculée plutôt pour servir d'ar-
gument dans les discussions avec l'Angleterre, que
pour arrêter le commerce français de la traite. » —
« Tandis que l'Amérique septentrionale (2), l'Espagne,
]a Hollande et le Portugal s'empressent de seconder les
mesures du gouvernement anglais, relatives à la traite
des noirs , en autorisant l'escadre anglaise en croisière
le long des côtes d'Afrique à visiter les navires qui lui
jiaraisscnt supects , la France seule desai'Otic , par sa
conduite, l'engagement qu'elle a pris d'anéantir, dans
ses établissemens , ce trafic aussi injuste qu'inhumain. »
Sir George Collier, qui commande l'escadre d'obser-
vation le long des côtes d'Afrique, dans son dernier
rapport ofliciel à l'amirauté , et dans un rapport dont
la Chambre des Communes a ordonné l'impression le
20 mars, déclare : « Que, pendant les six premiers mois
de cette année, 1820, il a rencontré aS à 3o bàtimcns
négriers actuellement employés à charger des esclaves
sous pui'illon français ; qu'il en a arrêté deux qu'il s'est
cru autorisé à saisir; qu'il n'a point rru devoir arrêter
(i) ISole à l'Appenùice U.
(a) Ga/.ctle de berra -Leone, du 1- juiu iSao.
ET POLITIQUES. 515
les autres , parce que les capitaines lui avaient montré
des papiers français et un pavillon français. Sir George
Collier étant ensuite allé à la Havane, j avait trouvé
plus de 3o navires négriers sous pavillon Jrançai.s, dont
les lins avaient encore leurs cargaisons à bord ; les an-
tres les débarquaient, ou les avaient débarquées, et se
préparaient à de nouveaux voyages. Il ajoute que les
marchands d'esclaves de toutes les nations, pour cou-
vrir leurs pirateries , cherchaient à se procurer des cer-
tificats français , afin de justifier l'usage d'un pavillon
qui était seul respecté des croisières anglaises. Enfin,
sir George Collier croit que , dans les quatorze derniers
mois , il a été exporté de quarante à cinquante mille
Nègres 1 a côte d'Afrique sous payiîlon français.
M. Macarty , gouverneur de Serra- Leone, confirme
ce rapport du commodore (i). »
Tel est l'acte d'accusation contre le Gouvornement
français , que l'Institution Africaine s'e?t permis Je
consigner dans son i4* rapport du l'j mai 1820. Quand
tous les faits qu'elle signale seraient vrais, il nous
semble que plusieurs considérations générales auraient
dû adoucir la sévérité de celle censure. Nous conve-
nons , pour me servir des expressions de l'adresse au
Congrès (2), « qu'en dépit des déclarations par les-
quelles le Roi de France a interdit le commerce d'es-
claves à ses sujets, ce trafic s'est renouvelé, depuis
janvier 1817, avec une ardeur extraordinaire ; qu'il est
souvent accompagné de circonstances déshonorantes.
(1) Correspondance particulière de Londres; et y4ppendice H,
du Quatorzième Rapport.
(2) Adresse au Congrès d'Aix-la-Chapelle , présentée par lord
Casllcreagh.
TOME VIU. 35
54G SCJF^CKb MOH.\LF.S
de cruautés pffroyabîps ; (ju'il a n'priiirlu la désolatinii
et la misère dans les étal)lis^eIllPns du Séfiéga! pI de
Corée, réveillé les f^uerres des chefs Maures contre
les peuplades paisibles de P^ègre^i; que l'itifatigable
et insatiable cupidité des traficaris de sarig humait) a
trioinplié de toutes les déclarations cl ordonnances du
Gouverneiuent français. »
Mais , comme l'observe la même adresse, << cet épou-
vantable fléau ne s'est pas appesanti sur l'Afrique,
seulement par la nvain d' s Français. Des armateurs
portugais , espagnols , aiuf-ricains, hollandais , anpinis
mcmc ( ieinari|UO!is cet aveu ) , ont pris une part rlcn-
duc à ces entreprises criminelles, sc)il sous b-nr propre
pavi'lon , iinaud ils ont pu le fairo ini|iunénient , soit
sous r. n autre (;). »
Lors<j'.:e, par une convMition jiosU'rieure, la croisii-re
anglaise sur les côtes d'Afrii|i;e a été .mtorisée par
l'I'.spagne , la Hollande, le Portugal ei l'Amérii]ue, à
vis ter les navires de ces nations (|n'«>Ile y renco?itrerait,
et à détenir cciir-h'i .sfïtltnvcvt à bord des(|nrlsse trou-
veraient des esclaves, les hommes sordides (|ni se li-
vrent à ce trafic ont dû redoubler d'activité , en
voyant approcher l'époque de son abolition définitive,
et ne pas se faire scrupule d'arborer un pavillon «'-tran-
ger qui pourrait les mettre à l'abri de toute recherche.
Cette perspective de la cessation til-s prochaine d'un
commerce qui les enrichissait, puis(|n'uiie seule en-
treprise ijui réussit est un ample dédommagement des
perles qu'on peut éprouver, a du aussi leur faire braver
tous lis risques des amendes et des confisf ations.
^O ./Jrrsic au CoHgici d'^Iix-lu-ChaiJcllc, prJseuféc par lonl
(iasllcrcM'ih.
ET POLITIQUES. 547
Si l'on considère encore la vaste e'tendue des côtes
d'Afrique, l'impossibilité de lesgarder sur tous lespoints,
on n'est plus surpris que tant de navires négriers aient
pu se soustraire à la surveillance et éviter la capture.
Ces contraventions n'accusent point de négligence ou
de tolérance les autorités et les agens des gouverne-
mens ; elles ne prouvent que l'impuissance des lois ré-
pressives , et la nécessité d'adopter un meilleur système
de police maritime. Jusqu'à ce que les puissances de
l'Europe qui ont un pavillon , l'aient rédigé et adopté ,
ou ne peut, sans injustice, déverser particulièrement
sur le gouvernement français , des infractions que les
lois existantes ne peuvent prévenir ni empêcher.
Mais il est à remarquer que l'Angleterre , qui nous
accuse, n'a pas encore pu parvenir elle-même à l'abo-
lition totale de la traite , dans ses propres colonies des
Indes occidentales. Le bill d'enregistrement , qu'elle
regarde comme une mesure infaillible contre l'intro-
duction frauduleuse de nouveaux esclaves, a éprouvé
de la part des autorités coloniales une résistance dont
elle n'a pas encore triomphé (i). Le gouvernement et
le parlement , pour en forcer l'exécution , ont été obli-
gés de recourir , dans la dernière session , à un nouveau
bill qui annule , à partir du i*' janvier i8?-0, toute
vente de propriété avec des esclaves , lorsque ces escla-
ves n'auraient pas été dûment enregistrés. Cette me-
sure sévère et contraire aux intérêts des colons , les di-
recteurs de la Société Africaine la regardent encore
comme insuffisante ( inadéquate) , et proposent au gou-
(i) Bei'lew nf ihe colonial sliife regislralion acls , etc. aa d. of
feliruary, i8'20.
s jS SUhNCKS MORALES
vernciiiciit de dcclarer acte de piraterie, crime de fé-
lonie, tout trafic d'esclaves, et de mettre les délinquans
hors de la loi des nations.
Assurément, il serait très injusle d'inipulcr au gou-
vernement anglais la non-exécution pleine et entière
de ses lois prohibitives dans ses propres colonies. Il a
cru devoir respecter l'autorité législative des colonies ,
en lui laissant l'application locale des mesures qu'il
avait adoptées. Cependant, il devait connaître asse»
l'esprit et les intérêts de ces colonies , pour prévoir ,
comme l'avait prévu la Société Africaine, que , siVexé-
culion leur était conjîtc , elle n aurait ccrlainetnent au-
cun rcsullat. ( The work, iflcft lo ihem, ccrtainlj- would
not be done. )
Du moins, devait- on s'attendre à voir la traite abo-
lie partout où le gouvernement anglais ne peut Irouxcr
([ue des autorités soumises, empressées, intéressées à
faire exécuter ses ordres! Cependant, là même, il ne
peut se flatter d'un succès complet. Il est vrai qu'il a
aboli la traite dans l'île de la Trinité et dans tous se*
élablissemens d'Afrique, depuis le Cap-Vcrd jusqu'au
Cap-de-Bonnc-Espérauce, même au Capc-Coa.st-Ca:<t!e ,
que, dans toutes les possessions anglaises , comme dans
la mère-patrie, la loi ne reconnaît aucun esclave. On
doit même avouer que l'Angleterre a fuit plus que d*a-
holir l'esclavage en Afrique ; elle s'est occupée parlicu-
lièremenl et avec succès, dajis des vues d'humanité,
aussi bien que de comuierce, de la civilisation des peu-
ples qui environnent ses élablissemens- Applaudi.ssou»
surtout au zèle bienfaisant de ces sociétés jibilautliro-
piques et chrétiennes de Londres , auxquelles l'Afrique
de\ra un jour l'adoucissement de ses mœurs, les bien-
ET POLITIQUES. 549
faits cle la vraie religion , elles connaissances de la vie
civilisée (1).
Mais le commerce d'esclaves, gêné par les croi-
sières anglaises sur les côtes occidentales de l'Afrique ,
s'est transporté presque en entier sur la rive orientale,
au Mozambique, à Madagascar; c'est l'île Maiirùiiis
( naguëres Ile de France ) , qui l'entretient, et cette
île est sous la juridiction sévère de TAngleterre. \ oici
comme s'^exprime le rapport dontnous offrons l'analyse:
X La traite entre Vile Maurice et Madagascar, Mo-
zambique et d'autres points , a repris la plus grande
activité, depuis le départ du major-général Hall qui
avait su la réprimer par des mesures sévères. Plusieurs
petits bâtimens , écrit-on en date du mois de juillet
1819, ont depuis fait plusieurs voyages à la côte orien-
tale d'Afrique , en ont importé des esclaves dont le
nombre , seulement dans le cours de juin dernier, était
de plus de sept cents. Les habitans, en général , pro-
tègent les contrebandiers : on les a vus attaquer un
détachement militaire qui avait arrêté une cargaison
de nègres au moment du débarquement, s'emparer
des nègres après un combat sanglant, et les emmener
dans les bois et les plantations. » Le même rapport
cite plusieurs autres faits du même genre , et les me-
sures prises par le général Darling pour arrêter de
pareils désordres, les tribunaux de l'île étant toujours '
disposés à une molle indulgence pour les coupables.
Si le gouvernement anglais trouve tant de difficultés à
faire exécuter ses propres lois, et s'il ne peut triompher
des obstacles que lui oppose l'appât d'un gain immense ,
(i) Chiirch /Hiiiionary Society to yljrica. — Bible Society.
55o SCIENCES MORALES
pf»ur<[Uoi reprocher an gouvenicinenl franrais de n'a-
\oir pas encore fait ce (ju'il n'a ])ii faire encore Iiii-
ïiiêiTie? On ne révoqne pas en donlc sa bonne foi;
pourquoi donc lui aUril)uer la iié^li^MMice ou la con-
nivence (s'il en existe réelleuient) des autorités établies
dans ses colonies ? La vigilance la plus sévère peut-elle
toujours surprendre les niantr-uvres secrètes de ces êtres
dénaturés, à qui la soif dévorante de l'or fait braver
tons les dangers et mépriser toutes les lois?
Dans une vaste administration, il est inévitable qu'il
ji'y ait pas quelques mauvais choix , quelques fonc-
tionnaires plus attentifs à leurs intérêts personnels
qu'à ceux du gouvernement qui les emploie. Tous les
])réfets n'exécutent pas avec la même exactitude les
ordres du ministre. La garde qui veille sur le trésor
roval n'empêche pas toujours qu'il ne soit volé. Le
ministre de la marine peut n'être pas secondé par tous
les employés qu'il a placés ; il suffit , pour que sa con-
duite soit exempte de blâme , <jn'il remplace ceux dont
îa négligence lui est démontrée.
Mais, si nous repoussons les inculpations de la Société
Africaine et des correspondans <|u'elle entrelient ."i
grands frais dans nos colonies, nous ne pouvons lui
savoir mauvais gré de recueillir les faits (jui échappent
à la surveillance du Gouvernement, de signaler les
coupables, d'appeler la réforme d'abus qu'il con-
damne, et de provoquer la jiromulgation des lois pro-
hibitives plus propres à obtenir l'abolition désirée. Elle
en reconnaît elle-même le besoin ; l'inimanité les ré-
clauie.
Kn attendant, il importe à l'honueur de la France
et du (iouvcrncment de mettre au grand jour les for-
ET POLITIQUES. 5.^r
faits des marchands de chair humaine : cette accusa-
i lion publique peut devenir un moyen de réprimer leur
audace. Le soin qu'ils prennent de se dérober aux re-
gards du public , annonce que , s'ils bravent les cris de
l'humanité et de leur conscience , ils redoutent encore
la honte et l'infamie. Ce sont ces grands coupa!)les que
les amis de l'humanité doivent appeler en jugement.
C'est par ce motif, que nous ne saurions approuver
le soin qu'a pris l'honorable rapporteur déjà cité de
notre Chanibre des Députés ( dont nous estimons par-
ticulièrement le caractère et les talens), dans son rap-
port du ?,t) juin sur l'importante pétition de M More-
nas , de justifier l'administralion elle-même, comme
si elle se trouvait inculpée. Deux fonctionnaires publics
rapportent des faits, et vôusdiseut: Voilà ce qiie nous
savons de science certaine, ce que nous avons entendu,
ce que nous avons vu de nos prop'es yeux, étant sur
les lieux, et pendant tout le teins que nous y avons
été (i). On peut blâmer la forme sous laquelle ces dé-
nonciations sont présentées ; mais il nous semble (|ue
ce n'est pas y répondre d'une manière satisfaisante ,
que de dire, à chaque allégation : « Cette assortioa
est inexacte : au surplus , on attend une réponse de
M. Schmaitz. — On a demandé des renseignemens ; on
attend les réponses du Sénégal et de la Guadeloupe. —
Cette affaire se fait; on attend les réponses. — M. Mac-
kau n'a aucune connaissance du fait : au surplus, on
a demandé sur ce grief un rapport à l'administration
du Sénégal, etc. » Le rapporteur doit lui-même sen-
(i) Pétition contre la Traite des noirs , par J. Morenas. Obser^
valions sur la Traite dts noirs ^ par i.M. l'abbe Giudicelli.
r
5J)2 SCIENCES MOKA LES
tir que les réponses denjandees à des fonctionnaires in-
culpés , ne soiil j)as elles-inênies très péreiii])loircs. il y
a eiirore dans c»: r.ipporl une plirase (jue nous ne pou-,
vous nous enipt't lier de leiever. Pour jusiifier l'achat et
la vente des esclaves dans l'intérieur de la colonie, le
rapporteur s'exprime ainsi : « Les lois ne prohibent
point !a vente des noirs dans l'intérieur de la colonie :
on les vend , on les achète, sans violer aucune loi ; les
nrgrerics de Saint-Louis ne sont pas détruites. » M. C. ,
en écrivant cette phrase, n'a pas fait attention que le
Roi avait pris l'engagement d'aAo///' la Iraitc partout ^
dans les colonies françaises, etjwur toujours, et que l'on
ne devait plus parler de ventes, d'achats, de captifs.
D'ailleurs, on n'a pas besoin, à Saint-Louis ni à Oorée,
d'une surabondante provision d'esclaves pour la cul-
ture. Si les marchands qui y sont en rassemblent dans
leurs négreries , ce n'est pas probablement pour les y
garder. Nous nous permettons ces observations dans
l'inlérét du Gouvernement et de l'humanité.
Au lieu de justifier des faits aussi criminels, il vaut
mieux, pour l'honneur de la nation française, les
désavouer hautement, livrer les coupables à l'indigna-^
tion publique et aux tribunaux. On connaît les ports
de France d'où s'élancent ces prisons obscures qui vont
chercher à pleines voiles leurs victimes ; on connaît
les armateurs et les négocians qui font les frais de ces
cxpé<litions coupables ; les vils agens qui vont arracher
à leurs f.iyers de paisibles habifans, les chargent de
chaînes et les entassent au fond décale des négriers;
on connaît les ports, les baies , les anses oii ils déposent
leurs infâmes pirnteries; les forets et les plantations oii
ils les cachcul ; les consignataires qui président à la
ET POLITIQUES. 553
Tente , et les prix coiirans de cet horrible commerce.
Quel intérêt le peuple français et son Gouvernement
peuvent -ils prendre à quelques centaines d'individus
qui ne respectent ni les lois de leur pays , ni les ordres
de leur souverain , ni les droits sacrés de l'humanité?
Qu'ils deviennent l'objet de l'exécration publique, ces
marchands de chair humaine qui jettent à la mer, par
douzaines , des. malheureux qui ont perdu la vue au
fond de la cale infecte de leurs vaisseaux ; qui renfer-
ment dans des tonneaux les esclaves qu'ils veulent sous-
traire aux recherches ; qui font pendre ou fusiller ceux
qui, dans le désespoir d'avoir été arrachés à leurs amis,
à leurs parens , à leur patrie, voudraient se précipiter
dans les flots pour se soustraire aux souffrances qu'on
I leur prépare sous le fouet de leurs bourreaux.
i L'exposé afTligeant de ces cruautés sera peut-être
le sujet d'un second article. IS'ous ne citerons que les
faits les plus récens que nous trouvons dans le rapport
de la Société Africaine , ou ceux qui nous ont été trans-
mis par des correspondans bien informés. C'est servir
la cause de l'humanité, que de mettre au grand jour
tant d'horreurs , et notre recueil, consacré aux progrès
de la civilisation, doit épouser et défendre celte cause
sacrée. Babey.
LITTÉRATURE.
(loo KJUn ET P II I Lor.OCIF.. )
Mi^:TiionE T'oiu L'h>sEir.»KMi:>T DES i.Kî<GVV.s . par
j\[. .T. -T. Or, 1)1 ^ A IRE, recteur de V Académie de
Besançon. Pieniière partie (i).
C'est par les progrès des connaissances, e1 par ceux
de la civilisation qui en sont la suite, que l'espèce hu-
maine peut obtenir un Jour la plus grande somme de
félicité à laquelle sa nature lui permette d'aspirer. Le
perfectionnement des méthodes, pour rendre moins
diilîcilfset plus solides les diverses études, mérite donc
un intérêt égal à son extrême importance.
Les hommes qui reçoivent l'enseignement public, se
divisent en trois classes. La plus nombreuse, obligée
de se livrer à des travaux pénibles pour subvenir à ses
besoins journaliers, ayant peu de tems pour cultiver
ses facultés intellectuelles, se borne à prendre dans les
écoles primaires des notions utiles au développement
de so[i industrie et à l'accomplissement de ses devoirs,
lue autre classe est celle des élèves qui suivent les col-
lèges, sans avoir le dessein de porter fort loin leur ins-
truction, les états qu'ils doivent exercer ne demandant
des connaissances étendues ni dans les Sf'iences , ni dans
la littérature. La troisième classe , enfin , se compose :
i" des jeunes gens (|ui , nés sans fortune ou avec une
fortune njédiocre , veulent fonder leur existence ou
levr gloire sur leurs lalens, en embrassant les profes-
(•) Paris, i8.iO. Inlroiluctinn et AJnitiifl, i vol. in-ia, Prix ,
2 ti. ; i3o tabl>>aiix in-folio, prix on friiilli-s, 3j fr. Livrets in-i ,
rnntin:inl la ri'péliii'iti «les l;iMiatix ; l'iix, i li . 5o c. Colas, inipii-
racur-libijiic, rue Dauplàuc, n" ii.
LITTÉRATURE. 555
sions qui exigent le plus de savoir, telles que la méde-
cine, l'instruction publique, la jurisprudence, etc.;
2° de ceux qui , nés dans une position brillante , croient
avec raison qu'ils ne sauraient acquérir trop d'instruc-
tion pour exercer dignement les emplois auxquels ils
aspirent, ou pour devenir les bienfaiteurs de l'huma-
nité, en répandant les lumières et les richesses sur ceux
que le sort en a privés. Cette troisième classe doit par-
courir tous les degrés de l'enseignement, et trouve dans
lesjaciiltés les moyens de compléter l'instruction qu'elle
a déjà reçue dans les écoles primaires el^ans \es col-
lèges.
D'après cette division , qui est généralement adoptée,
-il est facile de déterminer quelles sont les connaissances
que chaque espèce d'école doit donner. Dans les écoles
primaires ^ les enfans doivent apprend» e les principes
de la religion et de la morale à la portée de leur âge,
la lecture, l'écriture, les élémens de* l'arithmétique ,
de la géométrie, du dessin linéaire, et même ceux de
la musique , dont l'étude répandue dans le peuple adou-
cirait les moeurs, en même tems qu'elle donnerait les
moyens d'augmenter l'éclat de nos cérémonies reli-
gieuses. Je pense qu'il conviendrait d'y ajouter les pre-
miers exercices de la gymnastique , de cet art si propre
à conserver la santé et les bonnes mœurs. L'enseigne-
ment des collèges , qui suppose que l'enseignement pri-
maire a produit tous ses résultats dans l'esprit des en-
fans, doit comprendre les langues latine, grecque,
française ; les mathématiques pures , le dessin, les élé-
mens de la physique , de la chimie, de l'histoire natu-
relle, de la géographie, de l'histoire, de la jihiloso-
phie, dans laquelle je comprends la religion; il serait
utile d'y joindre la jnusiqueet la gymnastique. Enfin,
55G LITTÉKATURE.
\esfucul(vs présentrronl aux jpiines p;ens des cours com-
plets , non-seulpmeiit des sciences dont ils ont dû ap-
prendre les élémens dans les collèges, mais encore de
celles d'un ordre plus élevé, qui, s'appuyant sur les
premières , doivent mettre chacun des élevés en état de
parcourir avec honneur la carrière dans laquelle il
veut entrer.
11 est nécessaire non-seulement que clia{|ue espèce
d'écoles offre les différens genres de leçons dont je viens
de parler, mais encore qu'on ait la garantie que l'en-
seignement est donné de la manière la plus propre à
communiquer les idées que les maîtres sont char-
gés de transmettre aux élèves. Cette garantie, déjà
très importante pour ceux qui ne parcourent qu'un
ou deux degrés de l'instruction publique , l'est encore
plus pour ceux qui les parcourent tous les trois. Il ne
faut pas que les élèves des collèges soient obligés d'y
apprendre ce qu'on a dû leur enseigner dans les écoles
primaires; et il est essentiel qu'ils arrivent dans les
facultés, avec toutes les idées et toutes les notions,
qui forment les bases de renseignement supérieur qu'on
y donne. Toutes ces conditions sont-elles aujourd'hui
remplies?
Grâce aux efforts réunis du gouvernement cl de la
Société pour l'instruction élémentaire, l'enseignement
primaire ne laissera bientôt plus rien à désirer aux
amis de l'enfance. Il offre toutes les garanties possibles
quand il est donné, soit par la méthode simultanée,
spécialement en usage chez les frères de la doctrine
chrétienne, soit parla méthode mutnelie, qui est la
plus rapide cl la ])lu.s sûre de toutes. Mais l'enseigne-
Hieul des collèges ne s'offre pas sous un aspect aussi
salis(\iisan(. D'al»ord , quoiqu'on l'ait auginc'nli.'dej)uis
\
LITTÉRATURE. 55^
«juelqucs années , il est loin d'être complet et d'être
en rapport avec les besoins de la civilisation , qui se
sont accrus depuis trente ans avec le nombre et l'éten-
due des sciences. Je puis citer, à l'appui de cette asser-
tion , nue brochure publiée par l'uu des membres les
plus distingués de l'instruction publique, M. Rendu,
oii il prouve la néceisité de faire marclier de front
l'étude des sciences et celle des langues. Pour atteindre
ce but , il ne suffirait pas de créer des cbaites; il fau-
drait encore que les élèves trouvassent le leuis néces-
saire pour en profiter ; et le nombre des heures consa-
crées au travail ne pouvant augmenter à volonté , on se-
rait forcé, avantd'établirde nouveaux cours, de réduire
le tenis occupé par l'étude des langues mortes; étude qui
emploie près des trois quarts des dix ou douze anriées -
passées dans les collèges. Ainsi , on rendrait déjà un
service très important à une portion considérable de
la société , en trouvant une méthode qui abrégeât
l'enseignement du latin et du grec, auquel celui des
autres sciences est évidemment sacrifié.
Quelque grand que soit un tel sacrifice , on le sup-
porterait encore avec quelque résignation , s'il était
compensé par la certitude qu'après avoir aclievé leurs
classes, les jeunes gens posséderont ces langues dont
l'étude leur a coûté tant de travail et causé tant de
dégoûts.
Ici , j'en appelle à tous les. hommes de bonne foi , et
surtout aux pères de famille. En est-il beaucoup qui
puissent affirmer qu'au sortir du collège, ils savaient,
je ne dirai pas les principes du latin et du grec qui se
rapportent à la grammaire générale , mais seulement
les mots de ces deux langues, de manière à pouvoir
traduire un auteur quelconque sans dictionnaire et
558 litt^:ratuke.
sans grammaire? La rc'poii^e du plus granu nombre
sérail négative; l'expérimce est là j)our le prouver. Lt
n'est-ce pas nue preuve bien forte du j)eii de succès de
renseignement ne luel , (jue tous ces ouvrages publiés
depuis ciin(uante ans sur cette uiatière, par des
liuuiMies du plus grand nn-rite, et <jui conunenceut
tous par déclarer que ce ^ont les tri^tes effets de la
méthode suivie ius(|u'à ce jour pour les langues, qui
leur ont fait prendre la plume? Cette méthode est donc
vicieuse : i" parce qu'elle emploie un teius beaucouj)
trop considérable, et dont une grande ])arlie devrait
être consacrée à d'autres ol)jets ; :>.° parce (jirelle est
insurtisante pour ap|)rcndre le latin et le grec, pour
transmettre les notions capitales sans lesfjuelles on ne
peut s'élever jns(|u'aux principes de ces langues, et
qu'elle ])orle dans l'esprit des jeunes gens, un désordre
dont se resseulent les travaux de tonte leur vie. On
doit même regarder comme un bonheur (pie cette pré-
tendue méthode n'ote pas it tous ce goût du travail ,
qui leur est si nécessaire pour recommencer leurs étu-
des après avoir fini leurs classes.
M. Ordinaire, recteur de l'académie de Besançon,
frappé de ce double inconvénient, a long-tems o\<-
servé.et réfléchi pour en découvrir la cause et le re-
mède. Ce n'est ni aux maîtres , qui sont pour la plupart
pleins de zèle, ni aux élèves, (|ui, en général, ont de
la bonne volonté, qu'il a pu attribuer les tristes résul-
tats des éludes; c'est dans les vices de la méthode qu'il
en a \n la source. Vn examen long et approfondi lui a
prouvé que le peu de succès de celle méthode provieiiL
de ce qu'elle veut transmettre à la fois des idées de na-
ture différente, ()ui, étant ainsi présentées intenipesti-
vemenlel sans ordre, jettent dans l'inlelligcnce la cou-
fuiiou , cl le dégoût qui eu est la suite.
LITTÉRATURE. Sôg
M. Orflinnire ne trouve dans ]es langues, comme
dans toutes les sciences, que deux espèces d'idées qui
se distinguent prirlaileineul les unes des autres par le
innde el l'époque de leur formation. La première espèce
est composée des idées que l'esprit reçoit immédiate-
ment du dehors , et qui ne sont (|ue des représentations
plus ou moins cosformes aux objets extérieurs, ou aux
signes par les;|uels ou désigne ces objets ; elles sont le
résultat direct des sensations produites dans notre in-
telligence par les fa!ts extérieurs : c'est jiar cette raison
que l'auteur les appelle iflécs defnit.
Les i<1ées de la deuxième espèce ne peuvent plus,
comme celles de la première , être formées ou réveillées
immédiatement dans l'esprit parles objets ou les signes
extérieurs; elles ne se forment qu'à la suite des idées
de fait, les suppose an té rie a rement acjuises et classées ;
elles sont ce produit d'un acte spontané de l'esprit,
d'u!ie opération particulière que l'intelligence oxécutç
par sa propre puissance sur les idées de fait d'une
même classe, et par laquelle elle les compare pour
saisir le lien qui les enchaîne , pour di'dnireXz rapport
qui les lie. L'auteur donne à cette seconde espèce d'idées
le nom aidées de déduclion.
Voulant déterminer d'une manière encore plus pré-
cise, s'il est possible, la nature de ces deux espèces
d'idées, fixer la limite qui les sépare et le point intel-
lectuel oii commencent les idées déductives, M. Ordi-
iia re eut recours à l'expérience et à l'observation, ces
deux guides sûrs que l'homme ne doit jamais aban-
donner dans ses travaux. 11 essaya de réveiller en lui-
même le souvenir du développement de ses premières
connaissances classiques, et s'assura bientôt qu'il avait
eu lieu sous rinjQ.uence de deux facultés capitales, et
IGo lATltWAïVhK.
dont les protliiils pcuvriil rire consitlôrcs comme for-
mant deux brandies distinctes de l'intelligence. I,a jire-
mière , Vattcnlion , conformément à l'étymologie de son
nom , Icnderc ad , porte les forces de l'anie sur les ob-
jets extérieurs qui frappent les sens; elle préside à la
formation des images : toutes les idées de fait naissent
et restent sons son empire. Les connaissances qui sont
du ressort de l'usage dans les langues , con:me les faits
qui sont la base do toutes les sciences , n'ont pas d'autre
origine. La deuxième faculté , la riflvxion {Jlcclrrv
relrà), qui suppose que l'exercice de l'attention est trè-s
familier, replie les forces de la pensée sur la pensée
même , et lui fait connaître ses propres actes ; elle pro-
duit les déductions , les rzo/Zon^, qu'on peut encore appe.
]er idées rrjieclu'cs. La connaissance des principes dans
une science quelconque, et spt'cialement en gram-
maire, suppose l'emploi antérieur et l'excicicc de la
réflexion.
L.n séparation des idées en deux espèces, dont chacune
csldu ressort d'une faculté différente , demande (|ue ren-
seignement des langTies soit divisé en deux parties bien
distinctes. La première , consacrée à renseignement des
idf'cs de fait, n'exige (|ne l'exercice de l'ntlention, de
cette faculté qui , chez les enfans , est en même teins si
forte et si mobile; tandis (pie la seconde partie, qni
donne les moyens de traiismeltre aux élèves les déduc-
tions , nécessite de plus l'exer* ice de la réflexion , dont
les opérations, d'abord Irl'S lentes chez ces niêmes en-
fins, deviennent de plus en ]>lus rapides h mesure
cju'ils avancent en âge. I,a réflexion ne peut s'exercer
fju'après l'attention, puisque c'e»l celle-ci qui rav-
senilile d.tns l'intelligence les collections d'idées de faits,
dont la !« flexion, si j'ose ni'exprimer ainsi , fait jaillir.
LITTÉRATURE. 56 1
en les pressant les unes contre les antres, l'idée de dé-
duction. La réflexion agit en quelque sorte sur les idées
de fait, comme une lentille de cristal sur les rayons
solaires, lorsqu'elle les rassemble en un seul point , en
lin foyer unique, oii réunis , ils déterminent une roui,-
bustion qu'ils n'avaient pu produire isolément.
Il devient désormais très facile de reconnaître à
quelle espèce appartient une idée quelconque; car il
sufEt pour cela de déterminer qnel est l'acte de l'intel-
ligence qui préside à la formation de cette idée. Si ou
applique cette règle aux dénominations grammaticales,
on verra qu'elles sont toutes mixtes, c'est-à-dire, qu'elles
renferment à la fois des idées de fait et une idée de
déduction. Par exemple, le nom A' ablat(f donné au
sixième cas, convient à toutes les terminaisons, qui le
marquent dans les déclinaisons différentes : ce sont-lk
les idées de fait; mais il exprime aussi le rapport d'ex-
tracUoni[ne désigne ce cas, et voilà l'idée de déduction.
Celle-ci ne pouvant résulter que de la connaissance des
premières, si le maître commence par présenter l'idée
de déduction à son élève, celui-ci répétera les mots qui
la composent, mais il n'y attachera point un sens ré-
gulier. Ainsi, malgré les effoits du maître et la bonne
volonté de l'élève, ils arriveront tous les deux à la fin d'un
cours, ayant parlé chacun une langue différente avec
les mêmes mots. Cet exemple prouve à la fois l'existence
des deux espèces d'idées , l'avantage de leur séparation ,
de l'ordre établi dans leur présentation successive à
l'esprit, et enfin les inconvéniens qui résultent du dé-
rangement de cet ordre-
Dans toute méthode, soit pour les sciences, soit pour
les langues , on doit donc éviter avec le plus grand soin
d'exciter en même tems les deux espèces d'idées; et k
TOME YUI. 36
:Gi LU TtRArUR}..
plus forte raison de conimpncer l'enseignement de^ dé-
duclions, avant d'axoir transmis les idres de fait <|ui
seules peuvent les luire naître. C'est à ce mélange, ou
à ce renversement de l'ordre naturel , «jui afleclent
plus ou moins toutes nos grammaires, r|u'i] faut attri-
buer le trouble, le dégoût el tous les autres iiicouvéuiens
qui s'attachent à l'emploi des procédés que leurs au-
teurs indiquent. Eu eftet , lorsqu'on présente à l'esprit
des eufans les déductions avant les idées de fait , il est
impossible que les premières aient un sens pour lui ,
puisqu'il ne connaît pas les faits dont elles expriment
les rapports. Sa mémoire ne recevra donc qu'une suite
de mots, ou qu'elle ne conservera pas, ou qui seront
pour elle un fardeau aussi pesant qu'inutile. Car, de
deux choses l'une : , ou l'enfant ne recueille jamais
les collections de faits auxquelles se rapportent les dé-
ductions, et alors l'inutilité de leur expression est in-
contestable ; ou le hasard , qui préside seul à l'enseigne-
ment actuel , lui fournira ces collections d'idées dont
les déductions expriment les rapports ; mais , dans ce
dernier cas, qui est le plus favorable , on n'avait pas
besoin de charger sa mémoire d'une formule insigni-
fiante , qu'il est obligé de retrouver à «ne épo([UP
éloignée par le secours de la réflexion. Loin de lui
épargner aucune peine, on l'a inutilement fatigué,
tandis qti'on aurait dû l'exercer sur les faits qui seul-,
étaient à sa portée.
Maintenant , si nous considérons lesré^u!tals du mé-
lange des deux espèces d'i'ées , nous les trouverons non
moins déplorables. Lorsqu'elles sont offertes sans ordre,
et c'est ce (jui arrive par nos prétendues niClhodes, il est
évident ([ue les déductions ne naissent pas plus <|iie
dans le cas examiné précédemment, et qu'elles sont de
LlTTÉRATUnE. 563
mèrBe un fardeau inutile pour la mémoire , qui ne re-
tiendra qu'un petit nombre d'idées de fait sans liaison.
Chacun se convaincra de là justesse de ces observations,
s'il veut examiner de bonne foi quels ont été les ré-
sultats de ses études collégiales. 11 reconnaîtra qu'à
l'exception des idées de fait, dont, avec le teras , il a
acquis ''usage , et au moyen desquelles il compose par
routine des thèmes et des versions, soit en latin, soit
en grec, il ne trouve dans son intelligence que des
notions vagues , incomplètes et sans enchaînement.
Quel nom donner à la méthode qui , en intervertis-
sant ainsi l'ordre qu'appelle le développement naturel
de nos facultés , porte la confusion et le trouble dans
les idées de fait , sans parvenir à exciter nettement les
déductions , ni à transmettre 1« principes dont elles
sont la source , et à la recherche desquels dix. années de
la jeunesse sont cependant consacrées? Si l'on considère
les suites d'une tellte lacune , dans les classes où l'en-
seignement s'élève jusqu'à la littérature et à la philo-
sophie, aperçoit-on, dans un tel état de choses, quelque
possibilité de succès? Ces sciences supposent la connais-
sance des faits classiques et des notions qui doivent en
être déduites ; si ces notions n'existent pas, à quoi le
professeur rattachera-t-il le développement des hautes
considérations, qu'il est chargé de présentera ses élèves?
Telle est la véritable raison qui fait regarder comme
inutile , à quelques bons esprits , l'étude du latin et du
grec. Ils n'v voient qu'une étude de mots; tandis que
si ces langues étaient bien enseignées , ils recon-
naîtraient qu'eu les apprenant aux jeunes gens , on a un
puissant moyen d'exercer leur réflexion, de leur former
un jugement droit et sûr, qui ne leur sera pas moins
utile dans leur conduite morale, que dans leurs tra
36*
Mv'j LITTÉKATURli:.
vaux intellccluols. Telle est encore la vi\'iie cause du
discrédit oii est tombé l'etiseiguenient de la ])liiloso-
phie , de celle science qui doit coordonner toutes nos
connaissances, et réveiller les rapports qui les eu-
chaîncnt.
D'après ce qui a été dit précédemment des deux es-
jîèces d'idées et de l'ordre de leur présentation à l'es-
prit, il est évident qu'elles ne peuvent être ni transmises,
ni excitées par les mêmes procédés, et que M. Ordinaire
a dû d'abord diriger ses recherches vers ceux dont on
doit se servir, pour enseigner les idées de fait. Il réflé-
chissait sur cet important sujet, à l'époque où rensei-
gnement mutuel se répandit en France. Alors il étudia
avec le plus grand soin cette méthode , ainsi que celle
de l'enseignement simultané : il vit bientôt qu'elles doi-
vent leur succès à ce que les idées qii'elles embrassent
sont toutes de même nature, sont toutes des idées de
fait ; en même lems il reconnut que l'enseignement
mutuel est supérieur à tous les autres , par la rapidité
et la sûreté des moyens de transmission qu'il emploie.
Cette méthode présente à l'esprit des enfans les signes
excitateurs des idées de fait que renferment la lecture
et l'écriture, dans l'ordre le plus propre à rendre ce"»
signes familiers, à les faire reconnaître aussi facilement
dans les combinaisons qu'ils afl'ectent, que dans leur
isolement élémentaire. De plus , les connaissances de
ce genre se rangent dans l'esprit , et se manifestent en-
suite conformément à l'ordre selon leciuel elles ont
été excitées. Ainsi, toute celte méthode repose sur la
classification extérieure des signes dont les idées de
fa il sont les images. Renia rq non s aussi qu'elle a le grand
avaiit.ige de commander et d'obtenir l'emploi le j)lui
complet de l'allenlion dei élève».
LITTÉRATUKE. 5.î>
Si M. Ordinaire a des obligations à l'enseignement
mutuel, cette méthode ne lui eu aura pas moins : d'a-
bord , parce que son ouvrage donne les bases d'après
lesquelles ou doit appliquer les procédés de cet ensei-
gnement; ensuite, parce qu'il prouve que, si les ap-
plications qu'on en a faites à diverses sciences n'ont:
pas réussi , c'est non à la méthode qu'il faut s'en pren-
dre , mais bien à ceux qui l'ont employée mal à propos.
En effet , ces applications ne peuvent avoir aucun suc-
cès , si l'on n'a séparé préliminairement les idées de
déduction des idées de fait, qui sont les seules pour les-
quelles les procédés de l'enseignement mutuel puissent
être fructueux. Les tableaux synoptiques qu'on forme
avec les notions et les principes d'une science quelcon-
que , ne peuvent donner immédiatement des connais-
sances qui ne s'acquièrent que par un acte intérieur de
l'intelligence, par la réflexion; ils ne servent qu'à
maintenir dans l'esprit l'ordre qui doit exister entre
les différentes parties d'une science, et à donner les
moyens de classer les nouvelles idées qui se rattachent
à l'une de ces parties.
M. Ordinaire ayant ainsi trouvé les bases de l'en-
seignement des idées de fuit, pour quelque science que
ce soit, chercha à découvrir quelles sont dans les lan-
gues les connaissances de ce genre, afin d'y appliquer
les procédés de l'enseignement mutuel , qui rem-
plissent toutes les conditions nécessaires pour opérer
la transmission de cette espèce d'idées. Considérant
la langue latine sous ce point de vue, il vit bientôt
que les significations , les désinences et les formules
énouciatives des règles , sont les idées de fait de celte
langue , et qu'elles en constituent la partie positive et
malcricUe. Eu effet , les connaissances lelalives à la
I
C66 LIÏTKRATL'RE-
signification s'ocquièreiit par l'usage, comme colles
qui soal rcialivrs aux Icllres et aux syllabes : il en est
de même des désinences. Je fais observer ici que le mot
latin, déclinable . présente deux choses bien différentes :
le radical ijui, diargé seul de la signification , demeure
invariable comme elle ; et la désinence qui éprouve di-
vers cliangemeiis, suivant le nombre de rapports ({u'elle
doit in(]i([iur entre les significations : l'un et l'autre
son! encore des faits comme les lettres , les syllabes et
les significations. Ne considérant d'abord la règle que
relativement à l'acte de l'intelligence nécessaire pour
en connaître la valeur et en généraliser l'emploi , l'au-
teur perdait de vue l'expression matérielle destinée à
la manifester. Il ne tarda pas à la regarder comme une
formule palpable , qui offre le modèle des désinences
précises et des formes déterminées qu'on doit em-
ployer pour exprimer correctement sa pensée, dans
toutes les circonstances intellectuelles semblables. Sous
ce point de vue, les règles peuvent être classées, comme
les significations et les désinences; elles doivent l'être,
pour qi:e ! 'esprit sache nii les prendre dans la mémoire.
Après avoir dégagé les idées de fait relatives à la
langi'c lafinr* , des idées de déduction qui en fout éga-
lenienl partir, bien certain que les preniiires , comme
celles que tratiNtuet l'enseignement mutuel , sont im-
méd:;it( inrul excitées par les objets (qu'elles représen-
tent, «f ré\ei!lées par les signes qui remplacent ces
objets , M. Oi l'inaire sentit le besoin de placer sur des
tableaux distincts, et dans l'ordre le p'us favorable à
leur excitation et à leur reproduction , tous les faits
relatifs aux signilications, aux désinences et aux règles.
Trois espèces de tableaux coutiennrnt dnn<: , dans sa
méthode , le genre entier des faits de la langue latine :
LlTl'ERATURE. S67
i". Tableaux de nomenclature ou de radicaux , pour
donner la connaissance des significations. Ces tableaux
sont destinés à remplacer le dictionnaire , dans l'em-
ploi duquel l'auteur a reconnu de graves inconveniens.
Il a jugé au moins inutile de faire connaître , par an-
ticipation , aux élèves, des significations, dont la plu-
part ne leur serviraient que plusieurs années après.
Les premières qu'il leur importe d'apprendre sont
celles des mots employés dans le premier ouvrage qu'ils
auront à expliquer, c'est-à-dire , dans VEpitome Hïs-
torice Sacrœ. Ce livre étant dans les mains de tous les
élèves des classes élémentaires, M. Ordinaire n'a jias
cru avoir à examiner s'il est bien ou mal choisi sous le
rapport de la pureté du style ; il a pensé qu'en lui en
substituant un autre, quelque bon qu'il fût, il com-
promettrait l'amélioration importante qui est le but
iinmédiat de sa méthode , et empêcherait qu'elle ne fût
profitable au nombre immense d'élèves qui fréquentent
les institutions publiques. C'est donc du texte de V Epi-
tome que M. Ordinaire a extrait les premiers mots ,
dont la signification doit être apprise aux enfans. Après
les avoir séparés par espèces , et rapprochés dans
chacune d'elles par familles, il les a places sur des ta-
bleaux distincts , vis-à-vis des mots français qui en ex-
priment le sens.
2°. Tableaux de désinences. Ces tableaux présentfnt
toutes les terminaisons tant régulières qu'irrégulières
que les mots variables peuvent recevoir, et les termi-
naisons fixes que les mots invariables affectent. Ils com-
prennent ainsi l'ensemble des parties, du discours.
Chacun d'eux porte un numéro de rappel ; ce numéro
est répété au-dessus de chaque famille de mots, ren-
fermée dans les tableaux de nomenclature, et réveille
568 LITTMRATURE.
ainsi les désinences du lablcau-niodèle, auquel cette
fiiiiiillc se rajiporlc.
3". Tableaux dérègles. Ils no doivent être présentés
à l'élève <|uc loixjue les pr<''cédcns lui sont parfiiite-
ïneul familiers. A cette époqne du cours , l'ordic dans
lequel les cas se succèdent clant invariablement fixé
dans la ]iicii!oire des enfans, Tautenr a choisi cet onlre
pour la classification des règles. Dix tableaux con-
tiennent la totalité des règles épar>es dans le rudiment
de Lhomond : ctiacujie d'elles , ])lacée sous renoncia-
tion du cas précis qu'elle gouverne, réveille l'espîce de
désinence particulière à ce cas , et se trouve à son tour
réveillée par la désinence qu'elle déîerniiue. (!e pro-
cédé a l'avantage d'exiger de l'élève des analyses ré-
gulières , jusque dans les moindres détails , et de le
familiariser parfaitement avec la syntaxe purement
pratique.
Les tableaux de désinences et de ri-gles sont destinés
à remplacer le rudiment de Lhomond , dans lequel
i'auteur en a puisé les élémens. M. Ordinaire, sans
regarder ce livre comme digue de toute la confiance
qu'on lui accorde, l'a employé parce qu'il est, comme
YEphonui IliAton'œ Sacrai , entre les mains de tous les
éludians ; et que, dans ce moment, il est plus important
de réformer le mode d'enseignement (jue la juatièi-c
enseignée.
Je n'entrerai pas dans tous les détails (\uo l'auteur
donne sur la formaliou et l'emploi des tableaux. Pour
rire bien compris, ces détails doivent être étudiés dans
l'ouvrage même. Je renvoie donc les lecteurs de la Revue
à la ]>rcmière jiartie do la Méthode pour l'enscigncnwnl
des Ioniques.
Cette ])reiuicrc partie, la seule (jui .s<jit encore pu-
littératurt:. 569
blide, contient, i" une Introduction où l'auteur expose
ses principes; 2° un Manuel qui explique la manière
d'employer les tableaux et d'enchaîner les exercices
relatifs à leur emploi ; 3° cent trente tableaux in-folio ,
qui sont, comme je l'ai déjà dit, de trois espèces;
4° enfin des livrets in-12 , qui sont la répétition des ta-
bleaux. L'Introduction et le Manuel forment un vo-
lume qui peut être acheté séparément.
La deuxième partie, dont on doit désirer la prompte
publication, traitera de la formation des idées réflec-
tiresou déductives, de leur classification, et des moyens
de les exciter en présence des chaînes d'idées de fait
auxquelles elles correspondent. Elle renfermera les prin-
cipes de \sl grammaire générale , ainsi que les élémens
de la philosophie.
Pour faire encore mieux apprécier l'importance du
service que M. Ordinaire a rendu à l'enseignement en
publiant la première partie de son ouvrage, j'indiquerai
rapidement ici les principaux avantages que doit pro-
duire l'adoption de sa Méthode.
L'emploi des tableaux donne tous les moyens de
mettre l'élève en état de traduire spontanément, à la
fin d'une année d'étude, V Epilomc Historice Sacrœ.
Ainsi , à cette époque, il pourrait enirer en sixième ,
résultat qu'on n'obtient pas en deux ou trois ans , par
la Méthode en usage aujourd'hui.
Le dictionnaire, qui fait perdre un tems considé-
rable , est remplacé, delà manière la plus avantageuse,
par les tableaux de nomenclature. Les excrrices , qui
y sont relatifs , n'exigent pas dans la première année ,
ûii ils emploient plus de tems, la vingtième partie de
celui qui serait consacré à la recîierche des mots dans
ie dictionnaire. Ils n'en exigent pas ensuite la centième,
\
5:o LITTÉRATURE.
puisqu'à mesure qu'on avance dans l'étude du latin ,
les nonienclalures deviennent moins considcrablcs.
Ajoutons que celte Méthode donne aux élèves tant de
facilité pour traduire , (^u'au lieu de se borner, comme
dans nos écoles, à expliquer (juclques pages d'un au-
teur, ils l'expliquent en entier.
Au moven des livrets qui offrent la représentation
exacte des grands tableaux, et que chaque élève em-
porte chez lui, il emploie utilement, etd'aprcs les ordres
du maître, le tems qui s'écoule entre les leçons. Les
parens peuvent être eux-mêmes les répétiteurs de leurs
enfans, s'assurer chaque jour de leurs progrès, sans
que pour ceja l'uniformité de l'enseignement soit dé-
truite.
La nouvelle Méthode, quoiqu'elle exige toute l'at-
tention des élèves, loin de les ennuyer, les captive, les
intéresse, et influe ainsi de la manière la plus favo-
rable sur leur caractère et sur leur santé, trop souvent
altérés par l'ennui.
Il paraît qu'en suivant les procédés de M. Ordinaire,
les élèves pourront, en trois ans , dans une école bien
dirigée, être mis en état d'expliquer Tite-Live et Tacite.
Les avantages de la nouvelle Méthode sont déjà
prouvés par la pratique. M. Ordinaire établit, il y a
quelques années, une école à Besançon. Lorsque
MM. les inspecteurs généraux des études, Rendu et
Ampère, la visitèrent, elle n'avait encore que quatre
mois et demi d'existence. Ils reconnurent, dans un
premier examen, que les élèves de la division la ])!us
avancée reproduisaient, avec une imperturbable faci-
lité, i" toutes les désinences, tant régulières qu'irré-
gulières , que les substantifs, ])ronoms , adjcclif> et
>erbcs peuvent alïcclcr; 2" (qu'ils savaient la signilica-
LITTÉRATURE. 571
lion de 1,200 à i,3oo mots latins, malgré les chan-
ceinens faits aux tableaux , pendant la durée du cours ;
3° que l'un d'eux, plus précoce, avait appris, en
outre , les premiers tableaux de règles , et qu'il expli-
quait correctement, et à livre ouvert, les passages de
VEpitome Historiée Sacrœ , toutes les fois que ces pas-
sages n'offraient pas des inversions et des combinaisons
de phrases étrangères au génie de la langue française ;
4" que les élèves du deuxième groupe suivaient ceux
du premier à une assez petite distance. Dans un second
examen , MM. les inspecteurs généraux cherchèrent à
recouuaitre jusqu'à quel poiat l'emploi des tableaux ,
qui avait si bien développé la mémoire , avait mis eu
jeu le jugement: ce second essai ne les satisfit pas
moins que le premier. Ils applaudirent aux travaux de
M. Ordinaire, à ses vues pour l'avenir, et l'engagè-
rent , avec la plus grande chaleur , à persévérer dans
cette belle entreprise qu'il avait si bien commencée ,
et dont ils rendirent le compte le plus favorable à la
commission d'instmclion publique.
Je ne puis mieux faire l'éloge de la théorie de
M. Ordinaire, qu'en disant qu'elle me semble avoir la
plus grande analogie avec la méthode expérimentale,
ressuscitée par l'immorlel Bacon , long-tems étouffée
par les faux systèmes et par les misérables arguties de
l'école; et qui, reparaissant au dix-huitième siècle
avec une nouvelle vie, a imprimé, aux sciences phy-
si([ues et aux arts qui en dépendent, ce mouvement
rapide , auquel ils doivent les immenses progrès qu'ils
ont faits depuis trente ans.
Tous les amis des progrès des bonnes études forme-
ront , sans doute , avec moi des vœux , pour que les
chefs de l'instruction publique examinent attentive-
5:1 UTTKHATliRE.
nipnt , et fassent recevoir, dans les écoles, une inr^hode
dont la direction logique a de si f^randà résultats.
Il est à désirer que les pères de fainiile, les institu-
teurs et tous les amis de la jeunesse, pienneiit c.on-
nai'^sancc de cotte méthode. En l'étudiant avec soin ,
qu'ils écartent surtout de leur esprit les idées poli-
tiques qui, dans répo([ue oii nous vivons, se luélent
trop souvent à des objets qui leur sont absolument
étrangers, et enipêclient de les considérer sons leur
véritable point de vue. 1/auteur ne demande l'appui
d'aucun parti ; il désire siraplemefit iju'on décide s'il
est avantageux pour les jeunes gens de leur faire ajv
jirendre plus promptemenl et plus sûrement les lan-
gues anciennes , à l'étude desquelles ils consacrent la
plus grande partie du tenis destiné aux études, et de
leur permettre par-là d'avoir une éducation plus com-
plète. C'est une question qu'on peut examiner avec
impartialité dans tous les i)ays et sous tous lesgouver-
nemens.
Au milieu de l'agitation qui se manifeste parmi lea
hommes, rien n'est plus utile que de les occuper des
améliorations paisibles qu'appelle la ]ihilanthropie.
.l'emprunte à l'Introduction de ]M. Ordinaire , ce pas-
sage, qui me paraît digne de l'attention des hommes
il'Ktat : « La tendance des esprits vers les recherches
qui peuvent améliorer les nn'lhodes , est la suite lu'-
cessairc du progrès des lumières. L'homme réiléchi,
loin de s'en effrayer, doit y voir le germe du repos de
iKurope. Ce mouvement, facile à régler, ne peut jiro-
•^luire que d'utiles n-sultats; il fait naturellement di-
rersion à d'autres impulsions contemporaines , dont il
prévient les excJ'S , dont il éloigne le danger; mais,
s'il était muladroitonicut compriiiu; , si on ôlait ini-
LITTÉRATURE. 5;3
prudemment à la prodigieuse activité des esprits les
moyens raisonnables de s'exercer et de se satisfaire,
il serait à craindre qu'elle ne prît des routes moins
innocentes , et qu'elle ne fût comme reToulee vers de
redoutables aberrations. »
M. Ordinaire a dédié son ouvrage à son plus an-
cien . à son ineilleur ami, M. Droz, auteur de VJEssai
sur l'art cVêlre. heureux , et des Études sur le beau dans
les arts.
Les rédacteurs de la Revue invitent les instituteurs
français et étrangers qui adopteront la nouvelle Mé-
thode , à leur faire connaître les succès qu'ils auront
obtenus. Nous entretiendrons nos lecteurs de la propa-
gation d'une méthode qui peut produire, dans l'en-
seignement public , des améliorations de la plus haute
importance.
A. MiCHEI.OT ,
ancien élève de l'École Polytechnique.
A%^\VvX\\\\\\%\\\V\\V\V\\VVV\\\\\\V.\\\\W\VV\'\\\\V\\VVV\\X\\\\VVv\VV^\>\V\\\ \v%
m. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMERIQUE.
ÉTÀTS-UMS.
nf). — j4 geolf)s;ical setlinn of l/ie \ycst banh nf thf Utuhon
ruii: — Coupe giiologiijuc <lc la rive occiilcnlalc du IIliivc
ilHuilson. ]Ntw-York.
if)-. — .7 x-oynge to South- ytiiicrlca , performcd by nrdcrnf lin.
auicrican goi-emmeiit , in i8i^ nnd 1818. — Voyage dansTAme'
ricpie me'ridionaîe, entrepris par ordre Au gcHvernement dci
Etals-Unis, en 1817 et )8i8. Par H.-ÎM. Bn/rKE>Rini.F. , secrclairt
de la mission. Ballioiore, i8ig. 2 vol. in-S".
198. — Travtls through the ff'^esterti country y etc. — ^ oyage
par les contrées de l'Ouest (de.s Etats-Unis) , contenant des no
fices snr l'iiistoire naturelle, la topographie, les antiquités, Ta-
grirnltiire , le commerce et les manufacturesj }iar Datul 'J'homas
Pliiladelpliie , i8mj.
199. — u4 Mcmnir on the commerce and nai'igntion of tht
DlackSea , etc. — Mémoire sur le commerce et la navigatioi
de (a Mer- Noire, sur le trafic et sur la gi'Ograpliie maritime de 1;
Turquie et de PEgypte j avec un Tolume de c.tries. Par Jleiir
Yir.KV.nory. •>. vol. in-S". Boston, 1819.
C'est seulement en 1800 que, pour la prrmièi'c fois, le ])a\i!lo]
americiin parut dans le poit de Constantinople. Les 'Pures de-
mandèrent avec etonnement (jui'ilc c'tail la nation :'i laf(uellt; l<
vaisseau appartenait , et si elle était siiluec dans ce qu'on appelai!
le Nouveau-Monde. Les fonctionnaires turcs firent des politesse;
au capitaine, et on lui donna à entendre <pie le goiiverneincDt ver-
(0 Nous indiquerons, par un;-.^^l•risq^le (*) place à rùte ilii litre
d<' cliaqiic ouvr.ige , Ci'ux dvs livres etr.mgers ou franrai»; (|u
j>ara!tr<ipt tli^m ;> «l'une attention j)inticuliére , et dont non.
rendrons quelquefois compte dans la section des analyses.
LIVRES ETRAÎNGERS. 5^5
rait avec plaisir que les Atnéricains envoyassent un ambassadeur
à Constantinople, et entamassent une ne'gociation pour conclure
un traite' de commerce.
La guerre, qui éclata bientôt, ne permit pas aux États-Unis
de donnor suite à ces avances. Mais, en 1810, deux bAtitai-us
ni'ircliands de ces Etats , voulant p;isser par le de'lroit des Dar-
danelles, ne purent continuer leur roule, et Tordre fut donne',
par le gouvernement turc, de ne laisser passer aucun bâiiment
américain. Les Etats-Unis attribuent cette défense aux intrigues
"de l'ambassadeur britannique, près la Sublime-Porte. La Russie,
qui trouverait de l'avantage à faciliter au commerce nmericaia
faccès de ses ports de la Mer-lVoire , a fait d'inutiles dc'ma-.ches
a Constantinople , pour obtenir qu'un aml)as«adeur des Etats-
Unis fût accre'difé , et que ces Etats eussent la fà-ulté de navi-
guer et de trafiquer sur la Mer-Koire. On prétend que l'Angle-
terre empêche constammeut que ces de'marohes aient du succès.
M. Dearborn , auteur du Mémoire que nous annonçons, fait sen-
tir les grands avantages qui résulteraient, pour l'Amérique, du
commerce avec la Turquie et la Mer-iNoire. 11 se flatte qu'après
avoir surmonté tant d'autres obstacles, les Etats-Unis réussiront
aussi à écarter ceux qui s'opposent à l'extension de leur com-
merce, et que la jalousie mutuelle des puissances d'Europe finira
par procurer à ceux-ci des avantages que chacune en par-
ticulier ne se soucierait peut-être pas de leur faire obtenir.
200. — The Exiles return , a. taie in 3 cantos; witfi other
pièces^ hy a South Carolinian. — Le retour de l'exilé , conte ca
3 chants ; suivi d'autres pièces. Par un liabilant de la Caroline
méridionale. Charles-ïown , i8iy.
EUROPE.
ANGLETERRE.
201. — The theoryand praclice oj'gas lightiii^ , etc. — Théorie
et pratique de l'éclairage parle gaz hydio^ène : avec un aperçu
hislori(jue sur la naissance et les progrès de cette découverte ;
des théories sur la lumière, la combustion et la formatiou du
charbon ; et, enfin , une description claire et dét .illée du meilleur
appareil à employer i>our produire, 1 assembler et distribuer le
676 LIVRES ETRA?s'CERS.
gaz destiné à rdclairagc; orne tic quatorze planches. Par
T. -S. PEcii.sojr. LuiuUes, 1820. Colburn. 1 vol iu-b" ùe .ptj pag.
Cot ouvrage est un manuel pratique d'une grande utilité pour
les fondafours ou iHrecleurs des ctaljlis.semcns d éclairage par le
gaz. Li's deux preniiors ciiapilrt-s sont consacres à <ievcloj>pcr K»
avantages de celle nouvelle uiclliode sur lancienne. On liouve
ensuite des remarques sur les qualités du charbon, sur la ma-
nière d'en tirer une plus grande quantité de gaz , etc. Le reste de
Pouvrage consiste en observa lions pratiques sur l'usage des re-
fortes, des cuves dans lesquelles le gaz se purifie , des gazomè-
tre», des vases destinés -à recevoir la substance liquide, qui de'-
charge le j;az ; en sortant du fourneau, elle est noire, épaisse , ré-
sineuse, et les Anglais la nomment far ^goudron). On trouve en-
core, dans cet ouvrage, des rcnscigncmcns sur les réservoirs,
les vases oîi , après la première purification, le gaz dépose l'huile
cmpvreumatique j sur les siphons des priucipaux tuyaux j sur
les becs par oîi sVchappe le gaz cntlammé, avec des détails
exacts sur leur construction, la dimension qu'ils doivent avoir.
L'auteur donne des calculs étendus sur la dépense de ces (-lablis-
semens , et la valeur de leurs produits j savoir : le gaz , le charbon
brlMé, le gcudron et Ihuilc erapyreumalique. il recommande le
rce^lateur de M. Clegg, pour la répartition égale du gaz dans les
tuvaux. 11 indique la manière de purifier le gaz, en le distillant ,
des matières étrangères qui s'y mêlent ({uelquefois ; il donne aus>i
la méthode à suivre pour extraire du gaz hydrogène carboné de
diUércntcs substances , telles que le papier et plusieurs sortes <le
bois, et fait connaître le résultat (|u'ou en peut obtenir par la
quantité de gaz qu'elles produisent. M. Pfclv.'on a joint à sou
travail des notes intéressantes sur les usages auxquels on peut
api)liquerlcsproJuitsdc la distillation du gaz. (Voyez ci-dessus,
202. — Th<- F.niigronU Ctiùli; tn f /per Ciinadn , etc. — L"
(iuidcdes Emiurans dans le Haut-Canada, ou Esquisses de rd.il
présent de cette jirovince, tracées durant les années 1817, iS
«t 19^ par C. Stuart, capitaim- retiré, un des juges de paix du
district occidental du Haut-Canada. Londres, i8jo. i vol. in-ia.
8 hhel. cartonné.
aoj. — The Emigranli' truc guide lo the lirilit/t scllleiiicnls m
LIVRES ETRANGERS. 577
Vpper Canada , etc. — Le véritable guide des e'migrans aux éta-
blissemens anglais du Haut-Canada, par un fermier de Lancastre,
y résidant, précède de remarques sur l'émigration, qui démon-
trent les avantages que les établissemens anglais , dans les
deux Canadas, ont sur ceux du Cap de Bonne -Espérance.
Londres, 1820.
204. — IVotes on Rio Janeiro , and the soiithern parts oflirazil.
— Notes sur Rio Janeiro, et sur les parties sud du Brésil , prises
pendant un séjour de. dix années dans ce pays , depuis 1808 jus-
qu'à 1818, avec un appendice où sont décrits les signaux néces-
saires aux vaisseaux pour entrer dans le port de Rio Grande du
Suij avec de nombreuses tables de commerce, des cartes et un
plan, etc. j par John Lcccock.. Londres, 1820. Colburn. i vol.
in-40 , 639 pages.
Ces Notes manquent d'ordre; l'auteur a rassemblé toutes ses
observations et tous les faits dont il a été témoin. Auprès de
quelques détails puérils ou déjà connus , on en rencontre de fort
intéressans ; mais le cadre de l'ouvrage est vicieux.
205. — Rides proposed for the gouernement ofgaoh, ftouses of
correction , etc. — Réglcmens proposés pour le régime intérieur
des prisons, maisons de correction, tle pénitence, etc., suivis de
plans pour la construction des prisons , et d'une description d'uu
moulin à blé et d'un moulin à eau pour employer les prisonniers.
Londres, 1820. Hatchard. i vol. in-8° de 65 pages , orné de plu-
sieurs planches. Prix, 9 shellings.
Cet ouvrage, publié par une association éminemment utile et
philanthropique ( la Société pour F amélioration des prisons et
la reformation des jeunes malfaiteurs) , renferme tous les actes
du Parlement d'Angleterre, relatifs aux prisons et à leur dis-
cipline. La plupart de ces réglemens n'étaient plus en vigueur
depuis long-tems, et l'humanité, ainsi que la morale publique,
avaient également à souffrir de l'état de misère et de dépravation
où languissaient les prisonniers. Les membres de cette respectable
Société ont rassemblé ici tous les documens qui leur sont parvenus
sur l'intérieur des prisons ; ils y ont joint des remarques fort jut
dicieuses sur la nécessité d'introduire des travaux réguliers dans
les maisons de détention; d'assainir et de diviser le local de ma-
nière à éviter les communications entre les prisonniers des deux
TOMR VIII. 37
5;8 IJVRES ÉTRAlVGtRS.
scsfs, et à classer les Diairiiilcui s suivant leurs degrcs Jç crimi-
uulKe. On trouve diins l'aj^pcudire, iildcc à la fin de Touvrage,
tinc indication lies travuu& (jui conviennent ])aiticuliireni(iit aux
détenus j ainsi (jue les modèles d'tin niouiin :i blii et il'un mou-
lin à eau, jirojins à ( niplojer jihisieurs personnes et à leur don-
ner un e>crcice utile ù leur saute: on y a joint plusieurs plans
proposes ]:our la construction des prisons, qui se recommandent
par di's vues sages, morales et philanthropiques. La publication
de cet ouvrage est un nouveau bienfait de la bociete britannique,
rjiii ne se borne pas ù remédier aux maux de l'Angleterre, mais
qui étend sa sollicitude sur riiumimile en gênerai.
aoG. — A Si item oj'cducatinn Jbr the injanl K'mg of Rome ,
and other Jic/ich juillets oj thc btood , etc. — Plan d'éducation
pour le Roi de Rome et les autres princes du sang, dresse par le
tJonseil-d'Efat impeiial, sous rin-'^peclion personm Ile de l'em-
pereur INajioWon. Londres, iSao. Lon^raan. i vol. in-b". Piix ,
8 shellings. ^Voj-. lieu. Z./ifjt/., tome VI, pag. 0\i.)
207. — Oisetvations on the poliliccl, moral, etc. — ^ Observa-
tions sur Telat moial , politique et ri'ligieux du monde civilise ,
au comraenceipent du dix-neuvième siècle; par H. ('•. .Maoah,
D. M., etc. Londres, îSîo, A Paris, chez Galignaui, rue ^ i-
•vicnne , n° 18.
208. — AIcmoirs nf Granville Sharp, esq. — ?7t'a)oircs dr
Granvilie Sharp csq. , rëdipi's d''ajirès ses manuscrits originaH.T
et d'après les dorumens authentiques qui sont en la possession
de sa famille eldeTinstitution africaine; par Piu^ceIIoare, accom-
pagnes d'observations sur les écrits de critique biblique de
M.Sharp, parle très re'vei end lord, evt^que de S.-David. Lon-
don, printed for Henry Colburn ;uid co. i8io. In-4*'-
I\l. Cranvillc Sharp, un des philaiilhiopes les plus distingues
de l'Angleterre, homme relij;ieux et ami de la liberté, a publie sur
ces deux obj^s une foule d'ccrils iul(fi°q.>san8; mais il s'est distin-
gue spécialement par son zèle àdefendre les malheurcu.\ Africains.
D'après ses efforts, fut adoptée delînitivemcnt la maxime qu'en
mettant le pici) sur le sol de la Gramle-Brefagne les noirs sont
lil-res. Quand on ajfjuit qu'un iulUme ncgricr ( L'ollingwooJ ),
vojanl la maladie sur son biUimcul charge d'csclavçs, en avait
LIVRES ÉTRANGERS. 5:ç)
fait jeter i32 à la mer, M.Granville Sharp fit retentir dans toute
l'Europe un crid'horreur, etcefut pour lui une occ.isionnouvelie
de déployer ses talenset son activité en faveur dus noirs. Il fut ua
des principaux coopërateurs delà fondation de la colonie de Serra-
Leone, Cet homme de bien est mort à Londres, en i8i3, à ^8 ans.
La société intitule'e I m litution africaine lui a érige, en iSifi, un
monument à Westminster. Ses Me'moires , publies par Prince
Hoare, sont un peu difl'us, c'est le défaut de la plupait des bio-
graphies anglaises j jnais en général ils sont très curieux, et riches
en documens.
2og. — iVotices iliusiratifeofthedrn'^'ings. — Notices servant à
expliquer les dessins et les esquisses de quelques-uns des maîtres
les plus distingue's de toutes les principales écoles de dessin 5 par
feu Henry Reyelet. Londres , 1820. Longraan j i vol. iu-S».
378 pages.
Cet ouvrage a ete' laissé imparfait par l'auteur dont la mort est
venue arrêter les travaux Son fils , M. Reveley, cédant aux solli-
citations des amis des beaux-arts, a consenti à faire paraître le
manuscritqueluiavaitlégué son père j mais ce n'est qu'après l'avoir
fait retoucher par un littérateur connu, et versé dans l'étude de
la peinture. Il existait déjà, en Angleterre , plusieurs ouvrages
remarquables sur cet art, et sur celui de la gravure 5 mais, per-
sonne n'avait encore pensé à offrir au public des recherches et
des remarques sur les dessins et les esquisses des grands naaîtres.
Quoique ces ébauches soient souvent imparfaites , elles ne peu-
vent manquer d'intéresser les artistes, en leur montrant, pour
ainsi dire, le premier jet de la pensée du peintre. Toute l'inten-
tion , toute l'énergie du génie se retrouve presque toujours dans
l'esquisse d'un tableau, où le fini de la composition n'affaiblit pas
l'expression première. On regrette que l'auteur n'ait pas eu le
ttms ou le talent de développer les idées que nous venons d'ex-
primer. Il s'est trop souvent borné à des détails arid< s, mais qui
sont encore précieux pour. les peintres. Le nombre de ces notices
comprend les œuvres de près de 3oo artistes célèbres. Elles sont
classées dans l'ordre suivant: 1° peintres d'histoire j 2" peintres
de portraits; 'Jo peintres d'animaux ; j" pnysagistes; 5o peintres
de marines. Cha([i:c classe est rangée rhronol(>gif|ncment; et un
index alphabétique aide les rcrhcrchcs. TNous citerons une de ces
58o LIVKES LTKANGERS.
Dotires, pour donner à nos lecteurs une iJee du sljlc et du mé-
rite de l'ouvrage.
(( Jî^illiam Un^crth s'acquit une réputation immortelle, non-
sculcment en .An};leterrc, mais dans toute ll'uropc, par la ma-
nière dont il exécuta Dicureuse et originale id(5e d'instruire et de
corriger avec son pinceau , en représentant les incidens gais ou
tristes qui composent Ja vie , et en les rattachant à un but moral.
Il adoptait un sujet qu'il dirisait en scènes dramatiques , et
conduisait par dogre's les spectateurs à un dénouement lialiile-
«icnt prépare. Les dessins qui nous restent de ce grand maître
«ont en petit nombre et à peine ébauchés. Ce sont presque tou«
des figures détachées, choisies çà et là dans le monde, et desti-
nées à faire partie de quelques-uns de ses tableaux. A l'exposition
des dessins appartenant à M. Millington , à Haymarket, en 1784,
on remarquait trois dessins historiques de cet artiste : une cs-
(juisse satirique sur les arts , une autre sur le théâtre, et une
troisième représentant l'apprenti de Londres. La première était
composée de ligures grotesques, esquissées à l'encre de Chine, et
fort remarquables par une expression iine et plaisante. La seconde
était exécutée au crayon noir, sur du papier bleu \ mais, il était
presque impossiltle de découvrir ce qu'elle devait représenter.
Sur la troisième, dessinée avec de la mine de plomb , on voyait
l'apprenti attaché à une croix. »
Sans être aussi étendues et aussi complètes qu'on pouvait le
désirer, ces notices contiennent des faits intéressans, et seront aj)-
préciées par les artistes.
P OLOGNE.
210. — Potlroz do fVloih, etc. — Voyage en Italie dans les
années i8i5 et 1816 , par le Comte Stanislas DtM> Borkowsri,
I vol. in- 8°. Varsovie, K. Gliicksberg, 1820.
Malgré le grand nombre d'ouvrages qui existent sur l'Italie,
on lit encore celui-ci avec intérêt. L'auteur donne souvent du
neuf, et montre qu'il est aussi profond observateur que savant
philologue et connaisseur dans les arts.
9.Ï I . — i P'u-l^zym w Dobromilu, etc. — Le Pèlerin ù Dobro-
mil, ou Leçons champêtres, suivies de Nouvelles j troisicma
LIVRES ÉTRANGERS. 58r
édition, i vol. in-12, orne de fi ligures litliographie'es. Var-
sovie, j\. Gliicksberg. 1820.
Cet ouvrage, destine à servir de lecture au peuple des cam-
pagnes, est de la princesse Isabelle Czartoryska. Il contient
un abre'ge' de l'Histoire de Pologne , avec quelques contes mo-
raux. Le style de ce livre est simple, à la porte'e des lecteurs
auxquels il est destiné. Un second volume dans lequel seront
exposés sous une forme agréable, les principes de la morale, est
déjà sous presse, et paraîtra incessamment.
212. — Marzenia Tassa, etc, — Les veillées du Tasse, traduites
de ritalicn par Adam Kasperowski, i vol. in-8°, Varsovie, im-
primerie de Kowolipie, 1820.
Le traducteur a rend u un gra nd service à la littérature polonaise, en
l'enrichissant d'une des productions de l'immortel poète deFerrare.
2i3. — Dziela dramatyczne Bogusla%vskiego , etc. — OEuvres
dramatiques de Boguslawski , i5 vol. in-S", avec figures et por-
traits. Varsovie, imprimerie de IN. Gliicksberg. 1820 .
Cet ouvrage est une dos plus belles entreprises littéraires qui
aient été faites en Pologne j il paraît par livraisons de trois vo-
lumes accompagnés de gravures. La première est déjà en vente ;
les autres paraîtront successivement de trois mois en trois mois.
Le nom de l'auteur se recommande principalement par les ser-
vices qu'il a rendus à la nation polonaise. Ci -devant directeur du
théâtre national, il en est aussi le fondateur, et ce sont ses ou-
vrages qui ont servi de base à ce monument de sa gloire. Le prin-
cipal mérite de ses pièces consiste dans leur originalité et dans
les caractères bien tracés des personnages qu'il met en scène.
Beaucoup sont traduites du français , de l'italien , de l'anglais et
de l'allemand, et ces dernières sont principalement remarquables
par la vérité avec laquelle elles sont rendues. Chacune d'elles est
précédée d'une notice biographique sur leur auteur original ,
d'une analyse de la pièce traduite, et d'une critique des autres
productions du même auteur. Dans le premier volume se trouve
l'histoire de la fondation et des progrès du Théâtre polonais , et à '
la fin de chacun , une biographie d'un des principaux acteurs de
ce théiltre, mort ou retiré de la scène.
L'auteur n'a rien négligé pour rendre l'édition qu'il donne de
fies œuvres digne de l'intérêt du public. L'impression surtout est
5S3 LIVRES ÉTRAINGERS.
exlrêmcmcnt soi{;nee , et prouve que lart de rimprimerie ipii
avait été si long-ti ms m-glige en Pologne , a fait aujourd'iiui des
progrîs qui rendent, nos presses dignes de rivaliser avec, celles
des antres pays de l'Europe. Cette amélioration est duc surtout à
IM. Gliick^bcrg, qui , secondé d'un prête qui a Iravaiile à Paris ,
chez lirniin Didot, est parvenu à égaler presque la lèauliide
rextcution des livres qui sortent des presses de ce célèbre typo-
graphe.
21 4- — Syiwan, dziennïh nauk Icsnyck , etc. — Sylvain, jour-
nal des Forêts. Varsovie, K. Gliicksberg, 1820.
Cet ouvrage, qui paraît par trimestre, et dont il a ctc déjà publié
trois r.uni('ros accompagnés d'un grand nombre de planches, est
rcdif;é par plu.sieurs savans, et par les principaux professeurs de
rLniversilc de Varsovie. Il traite de la zoologie, de l'arpentage ,
«le la botanique, de re'conomie rurale, de l'administration des
for«îts , etc. Il suffira, pour le recommander, de nommer son
principal rédacteur , M. le comte Louis Plater , déjà connu par
ses vastes connaissances et sa profonde érudition.
2i5. — Portrely wstawlonych Polatiow, efc. — Portraits des
célèbres Polonais. Livraison; i"^', i' et 3', grand in-folio, pap-
Tel. Varsovie, imprimerie de N. Giiicksberg , 1820. — Ouvrage
rédigé par M. le comte Cuodriewicz et M. l'abbé Czarmeckt.
On a fait de ce recueil un ouvrage de luxe par les soins qui ont
été donnés à son impression , ainsi qu'aux portraits lithographies
qui renrichissent. Les derniers sont dune ressemblance parfaite,
et approchent pour le Gni de la taille-douce. Ils ont clé exécutés
par M. SUwicki.
ALLEMAGNE
21G. — yllgœ aqunticœ. — Herbes aquatiques qui se trouvent
surles côtes du pays de Jcver , et de la Frise orientale, recueil-
lies et sécliees par O. H. B. JrRCK>s, de Jevor. i — i() cahiers ,
181G— 1819. 21 pa,;es de texte in-folio, et 1 00 algues sécliées.
Prix, 20 fr. Hanovre, Ham.
M. Jurgens mérite la reconnaissance de tous les amateurs de
la botanique, surtout de ceux c|ui demeurent à une grande dis-
tance (le la mer, puisqu'il leur ofl're le moyen de renqilir, à peu
de frais , une lacune ituportanle qui se trouve dans la plupart
LIVRES ETRANGERS. 583
des herbiers. Pour former la collection d'une si grande quantité
de plantes, il avait plus d'une difilculté à vaincre, surtout en les
préparant pour être conservées. Elles sont sécbées avec un soin
extrême, et se trouvent placées dans les cahiers, entre deux
feuilles blanches, accompagnées de leur description en langue
latine. Les plus fragiles de ces algues sont collées sur une feuille
de paj/ter détachée, et les plus tendres des coaserves sur une
feuille de verre de Moscovie.
215. — Syntbolik und Mythologik — Symbolique, et My-
thologique des anciens peuples, et principalement des Grecs, par
frédéiich Creutzer, professeur de littérature ancienne, à Hei-
dclberg. Tom. Il, 1' édition. Leipsick, 1820.
jM. Creutzer, justement célèbre par les leçons qu'il donne à
l'Université de Heidelberg, a créé pour la ^Mythologie une ère
nouvelle : ce n'est plus une série incohérente de fables ingé-
nieuses, c'est un système complet de fictions utiles, dont la base
repose toujours sur des notions d'agriculture, ou sur des pré-
ceptes de morale, c'est la philosophie elle-même rendue sensible
par des images , parlant quelquefois un langage intelligible au
vulgaire, mais conservant toujours toute sa majesté. Plus
d'une fois, INI. Creutzer, en développant cette science.nouvcllc
qui lui appartient, a excité l'enthousiasme et l'étonnement de
ses nombreux auditeurs. C'est pour eux qu'il a publié sa première
édition. Il voulait, à ce qu'il nous apprend modestement, leur
donner un <;uide pour l'étude de la mythologie ; mais ils s'a-
perçurent promptement que ces premièi'es esquisses étaient un
traité complet sur la matière. L'Allemagne y reconnut partout
la main du maître. De toutes parts on demandait une seconde
édition; M. Creutzer la donna, et ce fut vraiment un ouvrage
' nouveau. L'Inde , la Perse , l'Egypte , remplirent le premier vo-
birne. L'examen que l'auteur fait des religions de ces contrées,
familiarise son lecteuravec l'état des beaux-arts, chez les peuples
fjui les habitaient : les monumens de l'archilecture sont décrits 5
ceux de la littérature sont analysés. Tout ce qu'on a publié ré-
cemment, tant en Angleterre qu'en France, sur les régions orien-
tales , a été soigneusement mis à profit. M. Creutzer ne dit rien
qui ne soit fondé en fait : il a pour garans les auteurs les plus
estimés , tels que le président Jones , Klonker , Heercn , Hammcr ,
584 LIVRES ÉTRATVGERS.
Policr, Gœrrcs, la commission d'Kgypte, etc., etc. Toutes leur»
rcclicrchcs lui appartiennent^ car il en a fait une étude profonde,
el en a compose nn corps de doctrine qui. jusqu'à ce jour, man-
quait aux sciences.
Dans le second volume, l'auteur s'arrête encore un moment
aux religions de l'Asie. Il y trouve Vénas , Cybile , Adonis.
Aite'mise, Priape , etc., etc. De-là il nous conduit à Cartliiipe ;
puis il nous fait aborder à Lemuos , et nous entretient du culte
des anciens Pelai;es. Deux grands poètes paraissent ensuite sur
la scène myfliolo{];ique ; ce sont Homère et Hésiode. M. Creuizer
examine surtout les changemens que la Mythologie a subis de leur
tems. fcnfin il passe en revue toutes les Divinités grecques , el
celles qui appartiennent à la vieilK- Italie. L'on s'occupe de tra-
duire cet ouvrage en français. Ce sera un véritable service rendu
à notre littc'ralrre; peut-être conviendra-t-il de faire d'assez
nombreux rctraDcbcmens: si les lont^ucurs ne déplaisent pas aux
Allemands, elles rebutent les lecteurs français. Ph. Gomîf.ry.
218 — Inhrbuch dcr h'àuslichen Andacht, etc. — Annuaire
de. la dévotion domestique et de l'clc'vation du coeur, ))ublie par
F. S. \atlr, pour l'année i8jo. » vol. in-S" de .'i'\^ pages, avec
gravures e\i planches de musique. Gotha, Beckcr.
Presqu'un huitième des productions littéraires, qui paraissent
en Allemagne, sont des livres thëolo^^iqucs et ascétiques j il
n'est donc jioint étonnant que l'on ait adepte aussi jiour eux l.i
forme de publication p<-riodique, par mois, j)ar trimestre ou j>:ii
anne'e. L'ouvrage que nous annonçons paraît depuis 1819, et sci.i
continue, les années suivantes. L'éditeur et le plus grand nombre
des collaborateurs occupent de hautes dignités ecclésiastiques el
jouissent d'une grande réputation littéraire. Parmi les ilivers
morc<-aux qui composent cet ouvrage, nous avons remarque deux
traites de la ])riére , l'un par Demme et l'autre par Neilloiltcr;
plusieurs méilitations de l'iedge et de ÎNIunter ; un cantique
admirable par Rosenmùller; et plusieurs prières sublimes par
madame de Reck , nce comtesse de INIedem , «lont le nom n'est pas
inconnu en France.
■J19. — l'.ncyrlopnethe Jer gesammten trcyinum-rey. — Knri
clopédiv de loulc la franc-maçonucric i.t des autres sociotc» ic-
LIVRES ETRANGEUS. 585
nèfes qui s'y rattachent; par G. Lenning. 2 vol. in-8°- Leipsick,
i8io Cliez Brorkhans.
Depuis que le rite de la franc-maçonnerie n'est plus un mys-
tère, les livres qui divulguent tout ce qui se passe dans le sanc-
tuaire des loges sont en si grand nombre, qu'ils forment une
brandie de la littérature allemande, et que M. Lenning a lîte' à
même d'y recurillir environ 4ooo articles qui, rangc's par ordre
alphabétique, font connaître l'origine, Thistoire, la ge'ographie ,
la statistique, le systime, les sectes, les grades, la hiérarchie,
les hiéroglyphes , les symboles, les usages, la terminologie , la
bibliographie et la biographie de la fraiic-maconnerie. Comme
IVl. Lennmg est lui-même membre de cette société, comme il a
beaucoup voyagé, et possède les nombreux ouvrages qui traitent,
dans toutes les langues, de la franc-maçonnerie, il est à présu-
mer que son encyclopédie offre un ensemble complet.
220. — * Der t'tldherr nach f^orbildern der Allen. — Le Chef
d'armée, d'après le modèle des anciens^ par le i^ en é ml comte du
Bismark, au service de Wurtemberg. 1 vol. in-8". Carlsrhuc,
chez Millier. <82o.
L'auteur, hanovrien de naissance, et ofilcier dans l'armée d'un
Etat constitutionnel , se montre dans cet ouvrage en penseur
profond , foulant aux pieds les préjugés de la noblesse de son
pays natal. Animé de principes véritablement nobles, il marche
avec son siècle , professe les maximes de la véritable indépen-
dance, et rapporte toutes ses pensées, toutes ses actions, au
bien-être général de la société. Pour ne pas heurter de front des
préjugés qui ne sont encore qu'à peine éteints, et des pas.sions
rjui , dans ces derniers tems , se sont rallumées avec assez de vi-
vacité, M. de Bismark a eu le bon esprit de développer ses idées
par des exemples tirés de l'histoire ancienne , en leur laissant ce-
pendant toute leur fraîcheur , et en mettant le lecteur à même
d'en faire aisément l'application au besoin actuel. 11 considère le
chef d'une armée comme le garant de la sûreté du citoyen et de la
liberté de la nation dont il est le serviteur jtrincipal , et qui lui a
confié ce qu'elle a de plus cher et de plus sacré; il le considère
comme l'organe de la divinité qui veut incontestablement que les
hommes, tant dans leurs rapports individuels que nationaux,
soient en tout tcms protégés, libres et heureux» Il s'ensuit qu'im
58G LIVRES ETRANGERS.
gênerai ne saurait cire l'inslriimcnt de l'oppression, sans déroger
à ses dignitc's, sans flétrir son lionneur.
321. — JoaniiU Jxiiy IClemcnta ararnaicœ linguœ. — Ele'mens
de la langue clialilao- syrienne par J. Jaun, traduits de l'alle-
mand en latin par A. OberlIeuneb. Vienne, i8jo. ScLmid.
I Toi. in-8°.
Déjà, en 1793, feu le professeur Jalin fit paraître en langue alle-
mande la première édition de cette grammaire. Le professeur
Obcrlt'ilner, en publiant cette même grammaire en langue latine,
la entii'roment refondue, d'après les reclierclics des philologues
modernes les plus estimes. Plusieurs ctioses superflues ont ctd
supprimées, et l'ensemble a ète mis au niveau de l'état actuel de
la science.
223. — Mof/z^oi/ Ç/;.03-o4'Ct/ TTif-t KXTXfxûv rcccnsuil , et cum an-
notationibus crilicis edidit Eduardus Cjeuhardics. Lipsiae. i8ai.
Maximus était contemporain de l'empereur Julien , qui fut son
élève. Il nous reste de lui un poëtnc astrologique. Just|u"ici ce
pociac n'avait pas été imprimé s('parément j on le trouvait dans la
hibiiothèque grecque de Fabricius, accompagné d'une détestable
version latine. Le texte est fort altéré , sans qu'on puisse y remédier
par la comparaison des manuscrits, attendu que jusqu'à ce jour on
n'en connaît qu'un seul, celui de Médicis. Les imprimeurs même
avaient conspiré contre cet auteur, en ajoutant leurs fautes à
celles des copistes et des traducteurs. C'est dans cet état déplo-
rable que Ma&imus fut réimprimé dans la seconde é<!ifiondeIa
Biblioiheca grceca, publiée par Harles. Toutefois ^Vesseliug et
Dorviilc avaient signale un grand nombre d'incorrections. Sans
doute IVIaximus est un auteur bien médioci e j mais , il y aurai) eu
de la part d'un éditeur quelque mérite à proliler des remarques
de ses devanciers, en y ajoutant les siennes : il nous aurait du
moins donné un texte lisible et quelques notes utiles. C'est ce que
n'a point fait M. Gcbliard , <jui d'ailleurs laisse apercevoir une né-
gligence impardonnable. Il n'a jias même jugé à propos de faire
une introduction : il a lancé son Maximus dans le monde comme
s'il était connu de tous , et que sa renommée le dispcnsïltde tout
avertissement préalable. Cependant, l'on peut être fort instruit
sans connaître IMaximus; les savans même sont divisés sur lajjues-
tion de savoir si le poème qu'on lui attribue est cflectivcmcnt do
LIVRES ÉTRANGERS. 58?
lui, ou si Ton doit le donner à quel((ue jiocte plus ancien du
tenns de Callitnyqut; ou d'Apollonius. C'est un point qu'il impor-
tait d'examiner. Autre question : Les fragmens du poème des
Travaux et des Jours, attribue faussement à Orplie'e, concor.'.ent
))arfois mot pour mot avec les vers de Maximus. Wcsseling et
'J'yrwhitt en concluent que ces fraginens appai'tiennent eilcctive-
ment au même poëmc. Lcnz conteste celte conclusion. Que dé-
cider? M. Gebhard se tait... Il ne s'occupe, dans le cours de ces
notes, qu'à enseigner à Maximus les rcj;les de la grammaire de
Buttmann. Après cela, il s'inquiète peu de de'ûgurer son auteur^
et de lui enlever la seule chose qui le caractérise. Je veux parler
de la division du poème en chapitres : c'est une didormitc' en
poe'sie, sans doute j mais, il s'agit bien de poésie dans l'ouvrage
de Maximus. Il n'a de prix que pour l'histoire littéraire : il ne fal-
lait donc pas en ôler ce qui fait le cachet des poèmes didactiques
du même tems. On sait que le poème des Pierres, attribue' à Or-
phée j celui des Plantes, dont l'auteur est inconnu j enfin, un
fragment de Marcellus Sidetes , sont pareillement divise's en cha-
pitres. Cette division était à l'écrit ce qu'est une inscription à un
monument de mauvais goût, et M. Gebhard a arraché l'inscrip-
tion sans réparer le monument. Pour conclure , Maximus n'a pas
L encore reçu les honneurs d'une édition ; et M. Gebhard , en pu •
bliant sou opuscule , n'a fait que l'indiquer à des hommes plus
habiles. Ph. GolbÉry.
2-23. — Pindanis ff^erhe. — OEuvres de PinJare ; l'original et
la traduction métri<{ue| avec des notes. Par T. Tuierscu. 2 vol.
grand in-S". Leipsik, 1820. Chez llilscher. Prix, 22 fr.
C'est pour la première fois quç les œuvres du plus dUficlle des
poètes grecs ont été complètement traduites, même avec lesfrag-
mons, en vers allemands du même mètre que l'original. M. 'i'hiersch
s'est acquitté dii;ncm('nt de cette entre|)rise hardie. La traduction
est fidèle; elle rend vers par vers l'original, et cependant rien
n'y paraît forcé. Le texte grec est conforme aux meilleures édi-
tions. L'introduction traite «le la musique grecque et de l'haruio-
nie rhythmique, relativement à Pindarc; elle fait connaître le su-
jet et l'occasion de chaque ode. On y traite en généraLdc l'origine
de la poésie dramatique à Athènes. L'ouvrage est terminé par un
tableau chronologique des poésies de Pindarc.
588 LIVRES ÉTRANGERS.
ii\.-^ 'Meisls Thealmlisches Quodtibet. — Collection de toutes
les piLCCs cnmiqiics ou burlcsqurs, c'critcs pour le théâtre de
Leopoldstadt à Vicunej ^ar Charles Meislj 6 vol. in-8°. Pe stli ,
Hartloben, itiao.
L'auteur est Tun des poètes populaires les plus en voque de
Vienne. Ses proiluc'ions consistent pour la plupart en mc'lodra-
mes, parodies et farces. Ce sont les trois derniers volumes de la
collection que nous annonçons comme venant de paraître : la pu-
blication des trois premiers date d'urc t^poque anlérit-ure.
225. — Eheits a/fi^emi inrs biilio^rapltisches I.exic^n. — Dic-
tionnaire gcneral de bibliographie^ par Ebert; 3* li> raison j in-4*^
de 2^6 pages. Leipsik, 1820. Brockhaus.
Kous avons déjà fait connaître {Rei>. Eiicycl. , vol. V, pag. 3.38;
et vol. \I1, pag. I 17) la belle entreprise de M. Rrockliaus, <le
Dresde, qui publie le dictionnaire bibliographique le plus correct
qui soit connu. L'auteur a trouve pour ce vaste travail une assis-
tance unique, tant dans la riche collerljon de la bibliothèque de
Dresde, dont il est le directeur, que dans le zèle de l'éditeur à
lui fournir, au moyen de sa correspondance dans tous le.s pays
civilises, les matériaux les plus précieux. La troisième livraison
<[ue nous venons de recevoir, s'étend depuis CUL, juMpi'à
F A H R. A mesure que les livraisons se succèdent , Tèdileur
en fait préparer à Paris une édition française, revue par l'auteur.
He>bicus.
SUISSE.
•216. — Essai sur la péritonite aiguë ; par Jean-JVicnfas-J'ncin-
ihe DcPRÉ , de Gruyères, au canton de Fribourg, i8ao. Brochure
de a4 P^o^^s j in-S". Piller.
Cet ouvrage, qui est le coup d'essai d'un jeune mi-decin , fait
bien augurer de ses talens. La doctrine de 1 inflam'iiatinn tlu pé-
ritoine y est développée avec ordre et méthode, cl d'ime manière
claire et précise, d'après les meilleurs auteurs. M. Diipré y a
joint des observations intéressantes , fruits de ses propres lu-
mières et de sa pratique.
ii-j. — Lettres tcrites d'Italie, en 1813 et i8i.3, à M CliarlcsPic-
tet, l'im des rédacteurs de la Bibliothèque biitann-<|'ie; par t'rv-
.h'ric Lci.i.iN d<i CuiTtxcviECx ; seconde édition , corrigée et
LIVRES EÏRAIN'GERS. SSg
augmentée. Genève , 1820. Jn-80 de 3o feuilles un quart. Prix,
6 francs.
228. — ^Mémorial pnur les travaux de guerre , par G. H. Dofodr ,
lieutenant -colonel du génie, meoibre de la le'gion- d'honneur;
I vol. in-8° de \u et 3^9 pag. 1820. Genève,chez J. J. Paschoud,
imp.-lib. j et à Paris, même maison de commerce, rue de Seine,
n<>48.
L'auteur, charge' par la commission militaire féde'rale d'ensei-
gner la fortification passagère à l'Ecole centrale de Thoune , ou-
verte l'anne'e dernière, a cru devoir publier le texte de ses leçons ,
pour faciliter aux jeunes officiers suisses l'e'tude de cette branche
si importante de l'état de la guerre, et pour leur rappeler, dans
le cours de leurs services, les diflerens objets sur lesquels aurait
roule' l'instruction qui leur est donne'e. Il n'a point eu la préten-
tion de faire un ouvrage meilleur que ceux déjà connus; il a seu-
lement cherché à rassembler, dans un volume portatif, tout ce
qui est strictement nécessaire à l'oflicier du génie ou de l'état-
major , lorsqu'il est en campagne. Pour diminuer un peu la sé-
cheresse du sujet, il a joint quelques citations à l'appui des pré-
ceptes qu'il développe; il a tracé rapidement l'attaque et la
.défense des retraochemens; il a mis les troupes en action, et a
saisi avec empressement toutes les occasions de développer quel-
ques principes de tactique générale. La marche qu'il a suivie a
l'avantage de faire sentir qu'il ne peut y avoir de bon officier que
celui qui n'est point exclusif, et qui ne reste point étranger aux
services ditiérens du sien.
L'ouvrage est divisé en quatorze chapitres, subdivisés en sec-
tions , qui le sont, à leur tour , en paragraphes. L'auteur, ci-de-
vant commandant de son arme à Corfou, et qui a reçu , cette
année , le brevet de lieutenant- colonel-fédéral du génie, juste ré-
compense de ses travaux, termine l'avertissement qui précède
son ouvrage d'une manière qui fait l'éloge de son rœur, et atteste
sa modestie. « Si j'atteins , dit il, le but que je me propose 5 si mes
faibles connaissances me permettent de rendre quelques services à
ma patrie; c'est aux précieuses communications de mes anciens
camarades et de mes chefs , que je le dois , bien plus qu'à ma pro-
pre expérience et à mes moyens personnels. Qu'ils sachent donc ,
&i jamais ils lisent cette pa^e, que leur ancien frère d'armes n'a
Tgo LIVRES ETKANGERS.
point oiil)(it' leurs bons oflicfs j (jit'il porte un cœur rcconnaissynt,
et qu'il se glorifiera toujours de partager avec eux le litre d'iin-
cicn e'icvc de l'Ecole polytechnique. »
L'ouvrage est iircomp;tgno de sept planclies j on les doit au bu-
rin de M.M. Drville et A. Bouvier, eit ves distingues de l'Ecole de
gravure, institut'c par les soins de la Société pour rijvur)c>.'mcut
des arts, sous la direction du celtbre graveur INicolas hclicnker.
Ces jeunes artistes ont ete couronnes tous deux au concours de
celle anne'e. Ce n'est assurément pas un des nnoindrcs services
rendus à Genève, depuis sa restauration, que rétiibli«scmcnt
dans ses mur s , d'une école de cette espèce ; en eflet , dans un pay s
où Ton cultive , avec autant de succès et un zèle aussi soutenu ,
les arts et les sciences, il était plus qu'extraordinaire de ne pas trou-
ver un seul artiste en elal de graver convenablement les jiianchts
des ouvrages scientifiques ou autres qui sortent journelltment de
nos presses, et d'être, sous ce rapport , tributaires de pays étran-
gers que nous sommes accoutumés à en\isag(r conmic les noires,
en matière d'objet d'art. Grâce à l'intéièl i)icnveillant que !■ gou-
vernement et la hocictc des Arts témoignent à cette nouvelle ins-
titution j grâce à l'babileté du maître, it à l'émulation desélcvcs,
il y a lieu d'espérer que sous très peu d'années nous posséderons
plusieurs bons artistes dans le genre de la gravure. A.
22g. — Le Lac de (Jcncue, imitation libre de l'allemand ; avec
celle épigraphe: xt/on lac est le premier — Voltaire. Brocluirc
in-S" de 3J pages. Genève, au magasin de Tiiùtel du Musée, itij-».
Prix, 1 fr.
La présence récente de M. Matihisson, à Genève, a fait relire,
au traducteur, la charmante pièce de vers que notic lac a inspirée
à cet aimable poète 5 regreltant qu'un si petit nombre des habi-
tans de ses rives fût à même d'en jouir, il a essa3é de leur en
donner une idée. Sachons d<inc gré au spirituel traducteur d'avoir
fait connaître aux lecleiu-s franr;;iis cette jolie production, qui ,
f|uolcjuc composée par IM. Malthisson , pres«|ue au commence-
ment de sa carrière poétique , n'en passe pas moins , avec raison,
pour un de ses chefs-d'oeuvre. Les poésies de IM. Matihisson ont
clé réimprimées à plusieurs reprises; la pièce dont nous nous oc-
cupons aujourd'hui, n'avait, dans le piinci]>c, que trrutc-six
strophes; l'auteur la augmentée, depuis, de sept autres, qui
LIVRES ÉTRANGERS. 091
ne sont pas les moins intéressantes de l'ouvrage. Ce sont les j" ,
5"=, 6', 32^, 33», 34' et 35'^ des dernières éditions. Les notes se
sont aussi accrues à proportion. Ce n'est pas, comme on sait ,
le seul poème dans lequel M. Matlbisson ait consacre' ses ac-
cens à décrire notre belle contrée. Le recueil de ses poésies est
parsemé de plusieurs autres pièces de vers, qui célèbrent soit
notre lac, soit des villes ou villages situés sur ses bords. Rare-
ment sa muse entreprend des travaux d'une si longue haleine que
le petit poème dont nous rendons compte; le plus souvent, elle
se plait à briller dans ce genre vague et gracieux, dans lequel les
Allemands excellent, et sont si riches; dans ce genre, en un mot,
dont les productions exhalées au moment d'une émotion un peu
vive, semblent ne pas devoir dépasser la durée du soupir qui les
a fait naître. Les morceaux enchanteurs des lances de renfonce
et de VElysf-'e , sont des modèles de grâce et de naïveté. L'n sa-
vant allemand , Hcinsius, en donnant à M. 3Iatthisson une place
distinguée , parmi ses rivaux , dans Tode, l'élégie et la chanson ,
le place à leur tète dans la partie de la poésie descriptive qu'il ap-
pelle poésie du pay.sage.
L'imitation, dont nous avons à rendre compte, n'est pas très
riclie de poésie \ cependant, elle n'est pas sans mérite , quoiqu'on
y rencontre plusieurs négligences et quelques expressions pro-
saïques. Le traducteur ayant écrit son poè'me en strophes de sis:
vers, tandis que celles de son auteur n'en onl([ue quatre, il s'est
vu tics souvent dans la nécessité d'ajouter au texte. Au reste, ces
additions ne déparent nullement l'ouvrage , puisque le traducteur
a su y faire contribuer les diverses autres pièces de l'auteur
sur le même sujet. 11 a le mérite d'avoir enrichi sa traduction
de notes intéressantes , et dune espèce de nomenclature assez
agréable des écrivains qui, soit en prose , soit en vers, ont cé-
lébré le lac de Genève, ou ses environs. Une jolie vignette , due
à M. Ansparh, jeune graveur qui donne beaucoup d'espérarice ,
orne le titre de l'ouvrage ; elle représente le lac de Genève, et la
chaîne des Alpes, vus du joli village de Pregny, près Genève.
ITALIE.
aSo. — L'electrornotoie perpeluo , etc. — L'élcctromotcur per-
pe'tuel. Traité de l'abbé G JHie/^pe Zamboki, professeur de physique
Sgi LIVRES ETRANGERS.
;iu lycée Imp. Roy. di; Vérone. \'cioDe, 1820. In-S*" avec des
planclies.
L'ouvrage est divise en deux parties, dont il n'a paru jusque
pjésent que la première. L'auteur est avantageusement connu par
ses découvertes, et par sa pila elettrica secco , qu'on voudrait
ait^^clcr c'iectroinoteur perpcluel. 11 avait publie, dès 1812, une
dissertation sur ce sujet i il l'a reproduite , en y joignant tout ce
qu'il y a de favorable à sa découverte jusqu'à présent. On lui
impute un peu de redondance et quelques superfluilés j c'est
qu'en s'adressant aux professeurs de la science, il n'a pas oublie
les élèves. Au reste, on ne pourra lui refuser le mérite d'avoir
exposé les idées d'autrui avec assez de précision , et d'y avoir
ajouté plusieurs observations toutes neuves et très curieuses.
23i . — Deir emanazione dei fluidi aerijormi dalla terra , etc. —
Des fluides aériformes qui émanent de la terre , et de leur analogie
avec la matière rayonnante qui émane des astres d.iués d'une lu-
mière propre 5 théorie d'y/(/o/^/je ConTi. Venise, 1820. In-S".
L'auteur, s'appuyant sur l'élasticité parfaite de l'air, et sur
son extrême raréfaction vers sa circonférence, prétend que le
mouvement le plus léger, communiqué aux parties inférieures de
l'air, doit devenir excessif dans les parties supérieures. De-là ,
il déduit, avec un peu trop de conûance, qu'une quantité d'air
est continûment lancée au-delà de l'atmosphère , et assez loin
pour qu'attirée par des globes voisins, elle ne retourne plus au
nôtre. Quelleque soit la probabilité de sa théorie, ÏNl.Corti ne rend
pas raison pourquoi notre atmosphère n'a pas été , depuis long-
tcms, épuisé. 11 n'a ni calculé ni déterminé le tems qui serait né-
cessaire pour apercevoir une sensible diminution de l'atmosphère.
•ïii. — De contagi et dclla cura de' lori efft^tù , etc. — Des
contagions et du traitement de leurs eflefs : leçons médicales
pratiques, par I\l. f'aleriano-Luigi BnERi, professeur dans l'Uni-
versité L R. de Fadoue, etc. Padoue, 1818. i''' vol. in-8''.
On distingue, dans ce Traite, l'esprit de sagesse et de prudence
de l'auteur. Il suit toujours les faits et les observations^ mais,
parfois , il avance quelque théorie que ne sauraient adopter ses
collègues. Malgré f[uelqucs ide'es hypothétiques , les praticiens
pourront puiser, dans cet ouvrage , des leçons fort utiles.
333. — Huila rcitituzione dcL naio, etc. — Sur la reproduction
LIVRES ÉTRANGERS. SgS
du liez. Rapport fait par M. Albert de Schowberg. Naples, 1819 ;
avec des planches.
Cette opération chirurgicale e'tait jadis connue et pratique'e,
dès le seizième siècle , dans la Sicile, par les deux Branca , père
et fils 5 et, dans la Calabre, par les familles Vianco et Rojano.
Ensuite, Ci.ispare Taghacozzi la pi'atiqua à Bologne , et Cortesi ,
après lui, vers la moitié du dix-septième siècle {voy- Portai,
Histoire de la chirurgie). Une méthode difte'rente, pour parvenir
au même but, est usitée, dit-on, dans les Indes, et vient d'être
introduite en Europe par M. Carpue, At;glais; elle a été beau-
coup perfectionnée par Graéfe, chirurgien prussien. M. de Schon-
berg a préféré, à la méthode indienne , malgré les améliorations
qu'elle a subies , la méthode ancienne des Italiens 5 il en donne les
motifs dans son opuscule.
234. — Sulla nécessita di proibire le cii.azioni degV interprcti , etc.
— Sur la nécessité de prohiber les citations des interprètes et des
docteurs, dans les allégations et dans les sentences. Réflexions
logiques et légales de l'avocat Odoardo-Miclieli Pellegrini, etc.
Lucques, 1820. ln-8°.
La prohibition que réclame l'auteur, d'après plusieurs législa-
teurs anciens, a été renouvelée, parmi les modernes , par Fré-
déric II, et surtout par le roi de Napies , au tems du marquis
ïanucci, son ministre. Ce fut alors que le cc'èbre Filangieri sou-
tînt la nouvelle ordonnance du roi, contre les tumultueuses dé-
clamations des avocats napolitains. On a depuis proclamé Ja
même règle , pour les États de l'Autriche et pour le Piémont.
M. Pellegrini, comme jadis Filangieri, s'étudie à démontrer le
nouveau la nécessité de cette règle, et à en inculquer la pratique j
ce qui montre combien l'état de la jurisprudeuce a besoin d'être
réformé en Italie.
235. — Délie rivotuzioni d''Italia , etc. — Des révolutions
(l'Italie , par Carlo Dekina j avec des additions et des corrections
inédites de l'auteur. Milan, 1820. 3 vol. in-8".
La continuation des réuolulions d'Italie, depuis i^i3 jusqu'à
i'j92, sous le titre d'/ta/i'e moJeme , avait paru pleine d'erreurs.
L'auteur entreprit de les corriger sur un exemplaire de l'édition
faite à Venise, en 1793. A cette occasion, il retoucha l'ouvraqe
«ntier des iîeVo/wtj'o/M. Après sa mort, cet exemplaire, corrigé
[ TOME VIII. 38
594 LIVKKS ÉIKAINGKUS.
tl amcllorc , tomba entre les mains de Giusf)ipe Micali, connu
par son Histoire (V Italie m-aiil la domination des Humains. La
Société typographique des classiques italiens a eu le bonheur
d'acquérir ce précieux travail, et Ta bienlôt publié avec assez
d'exactitude et de correction.
236. — ylbrégé de r Histoire de Sai'oie , depuis les Romains
jusqu'à 1.1 restitution du" duché, à S. M. le roi i!e SarJiiigne. An-
necy, 1820. Petit vol. in-iijde 107 pages. Alexis Bnrdet, im-
primeur; et se trouve à Chambéry , chez Puthod, libraire.
Ij'auleurn'a eu probablement en vue que le premier d» gré «le
l'instruction ('lémentairc. 11 commence par un précis de l'Histoire
de Savoie avant Tcrold ; c'e.st-à-dire , depuis répor|ue où les peu-
ples de iavoie furent soumis aux Romains , jiist|u':i l'an 998. En
suite, il divise son Abrège' historique en trois parties, dont la
première contient les comtes de Savoie, la seconde les ducs , et
la troisième, les rois. La première période est de 418 ans ; la se
condc, de 3o2 ans j et la dernière, de 97 ans. L'antenr a consacré
six chapitres à l'état de la religion, du gouvciuement , de lad
mini s t rat ion de la justice ,des revenus publics, de la force -ai mee,
de l'industrie, du commeico, de la liltéralin-e et de rinsfruetion
publique, aux diverses époques de Ihistoire du pays; et huit
chapitres aux évtuemens de la révolution, depuis l'entrée des
Français en Savoie. Il est présumable que cette dernière parti»
n'obtiendra pas l'approbation de toutes les classes de lecteurs
Cet Abrégé, tout resserré qu'il est d.-ins ses étroites limites, peut
donner une preraièn; idée de l'Histoire de Savoie, et inspirer le
désir de connaître plu< amplement les annales de ce pays tt de
la maison f|ui y règne.
237. — Mcuiorie délia R. ylcademia délie Scienze di 7 orino.
— ^Mémoires de l'Académie royale do Turin, tom. XXIV. Tu-
rin , 1820. In-/}».
La section des sciences physiques et mathématiques contient
les .Mémoires suivans: 1° sur l'époque du retour au périhélie de
la comète de l'an ly'ig, par M. Damoiseau ; 2° sur les formules
de M. Causs pour déterminer lo jour de Pâques suivant les deux
calendriers, julien et grégorien , par M. de Grésy; 30 sur l'éler- ,
tririlé du sangdans les maladies, par M. Be'.lingcri ; 4" ^u"" l i^l'JC
tùcité des riiuéraux liquides, par M. Bellingcri; 5" ^ur des m3-
LIVRES ETRAÏNGERS. 693
choires et des dcots fossiles du mastodoule ou mamnioutb ,
trouvées en Piémont, par M. Borson^ 6" sur les ailes des hj-me-
noplères, par M. Jurine; ^" sur le pe'ritoioe et sur laplcutire,
par M. Rolando ; 8" sur la ratite'orologie de Turin, de î^S^ à i8t^,
par 31. Yassali-Landi ; 9° sur les transcendantes elliptiques, par
M. Bidone j 100 sur la monographie iclineumonique du Piémont ,
par M. Gravenhorst; iio sur la solution des differens proi)lêmes
relatifs à la loi re'sultànte de rattraction exercée sur un point ma-
te'riel par le cercle, les couches cylindriques et quelques autres
corps qui en de'pendent par la forme de leurs elëmens, par
M. Plana j 12° e'Ioge du professeur Brugnonc , par M. Caréna ;
ij" sur rc'lectricite' de l'urine, par M. Bellingeri; i4° sur les pro-
duits du prunus lauro-cerasus de Linnée, par M. Lavinij
i5° sur une nouvelle espèce de poissons de la Méditerranée, ap-
partenant au genre trachyptère, par M. Bonelli j iG" sur le mou-
vement de rotation , par M. Cisa de Grésy j 1 7° sur la description
à'nnPhjteuma Charmelioides , T^&rlSl. Biroli. — La section des
sciences morales , historiques et philologiques contient trois Mc'-
moires. Le i"^ est de INL le G. G. F. Galcani Napione, et roule
iur l'examen critique du premier voyage d'Ame'ric Vespuce au
Nouveau Monde. Le a"" traite d« la fertilité du Piémont j il
st de M. C. P. Balbo. Le 3" est de M. G. Grassi, sur un ou-
rrage inédit du prince Raimond Montecuccoli. M. le C. iNfaj)ione,
^ui s'était étudié à prouver, dans une brochure , que Christophe
jolomb n'était pas Génois , cherche, dans le Mémoire que nous
irenons de citer, à revendiquer pour lui la gloire de la décou-
verte du Nouveau Monde, contre le P. Canovai, quia voulu,
omrae quelques autres, l'attribuer à Améric Vespuce. Les ob-
ervations que présente M. le C. Napione semblent très solides et
tes justes, et l'on ne devrait plus insister sur une question qui
)ourrait faire plus de tort que d'honneur à la mémoire de Ves-
)uce lui-même. S.
ESPAGNE.
238. — Arle de pensary ohrar bien. — L'art de bien penser et
\c bien agir, ou philosophie rationnelle et morale. 6 volumes in-8°-
4adrid , 1820. Chez Qiiiros. Prix, afi sols.
L'auteur anonyme pubhc actuellement son second volume par
38*
59e LIVRES ETRANGERS.
souscription. I^ expose brièvement et simplement l'ordre des
idées et des actions , d'accord avec le droit naturel, le droit des
gens et le droit civil.
aSg. — Ulemoria premiada por la Junta suprenui de caridad,
etc. — Mc'moire sur le traitement à domicile des pauvres malades,
qui a remporte', le 3o mai 1819, le prix proposé par le suprême
comité de charité de Madrid , en faveur du meilleur ouvrage sur
ce sujet; par dom Joseph Antoine Piquer , médecin de la famille
royale. 1 vol. in-S". IMadrid, 1820. Cliez Bailo.
L'auteur a dédié son livre au souverain congrès des Cortès; il
y a joint i" l'analyse de onze Mémoires qui avaient été présentés
au comité de charité pour obtenir le prix ; 1° la réponse aux ob-
jections publiées par J. V. C. en 1819. L'avis du docteur Piquei
est que les malades pauvres sont traités dans leur domicile 01
dans une autre maison particulière, beaucoup plus avantageuse-
ment que dans les hôpitaux, même les mieux dirigés et ailminis-
très, ce qu'il prouve non-seulement par l'autorité des écrivains
mais par l'expérience commencée à Madrid le 1" janvier i8it
«t suivie dans plusieurs villes de la monarchie, comme elle de
vrait l'être dans toutes.
a4o. — Arte natiiial de escribir curswn y libéral. — L'ar
naturel d'écrire couramment et vite ; par dom l^inccnl Naharro
I vol. in-8°. Madrid , 1820. Chez Ramos.
L'auteur a présenté cet ouvrage aux Cortês d'I'lspagne , en as
burant que chaque père de famille, pourra apprendre lui-même
ses enfans à bien écrire, d'après la méthode qu'il explique. Pou
moi, je pense que son idée n'a rien de nouveau , ni (jni soit capa
blc de produire de grands avantages. Un très grand nombre d
pères de famille a rempli le même objet par la méthode simpl
de faire copier de bons modèles. L'auteur veut persuader (|uc
par sa méthode, l'on ajiprcndra à écrire dans la moitié du tcro
que Tony emploie ordinairement. Il me semble que cela dépendr
de l'application de l'enfant au travail, du zèle de son père, e
de bcaucouj» d'autres circonstances réunies. D'ailleurs, il y a bie
pou d'hommes qui soient assez libres pour se consacrer peiiclan
tout le jour à diriger les éludes tie leurs (Ils; et c'est pourcjuoi il
•nt coutume de les envoyer aux écoles publiques.
J. A. LLor.EnrE.
LIVRES ÉTRANGERS. 597
ROYAUME DES PAYS-BAS.
241- — Letlieuallen en vroegere zeereison. — Aventures et pre-
mitre navigation de J. Haafner. Amsterdam. C. Vander Hej,
1820. In-80.
Feu M. Jansen a fait connaître, par une traduction française,
les f^oyages dans la Péninsule occidentale de l'Inde , et dans l'île
de Ceylan, du même auteur ( 2 vol. in-80. Paris, 181 1 ). La vie
passablement aventurière, et les navigations antérieures de Z/(2«/^
/îer, publiées d'après ses papiers par C. M. Haajner, son fils, font
le sujet du volume que nous annonçons , qui offre une lecture
plutôt attachante qu'instructive.
242. — Eerznil, etc. — Monument ea l'honneur du second ju-
bile' du Synode de Dordrecht , par Nicolas Schotsman, pasteur à
Leyde. 2'édit. Leyde, chez J. VanThoir; 1819; in-80 de ii5pag.
Le silence sur ce trop fameux Synode eût mieux valu, selon
nous, dans la conjoncture actuelle, que le monument qu'a ima-
giné de lui ériger M. Schotsman. Il n'y a peut-être que lui qui
ait songé à célébrer le jubilé. Quelques journalistes avaient mal-
traité son ouvrage dans sa nouveauté : il en fait , dans cette se-
conde édition un terrible exemple :
Discite conscriptos , moniti, non temne repaires!
Nous croyons que l'auteur aurait mieux fait de prendre cette de-
vise que celle inscrite sur le frontispice de son prétendu monu-
ment pyramidal ;
IVon ego sum veterum , non assecla , crede , novorum :
Seu vêtus est , verum diligo, si^e nowuni.
243. — Redevoering ouer het oogpunt, etc. — Discours sur lo
point de vue, sous lequel, dans les circonstances où nous vivons,
il faut considérer l'histoire de la patrie 5 par Jean-PierreVAix Cap-
PELLE , prononcé à Amsterdam , le 12 novembre i8rg , à sa prise
de possession de sa chaire de professeur de l'histoire de la patrie.
Amsterdam, imprimerie de la ville, 1819. In-4*' de 5^ pages.
Il paraît que M. Van Cappelle vient d'être appelé à réunir la
chaire d'histoire nationale à celle de la langue et de la littérature
hollandaise, pour laquelle son discours inaugural a été publié
dans le même format, en i8i6j il traite des nu'riles distingués des
Amsierdamois dans la fixation et le perfectionnement de la langue
fîpg LIVRES ÉTHAINGERS.
hollandaise. Les deux discours font également honneur à Irur
savant auteur, que l'on auniit cru trouver dans une autre car-
rière , à en juger par sa prcmitre production , publiée à Amster-
dam, en i8i3, smif ce iUrc : yîristotelis (/ufvstionrs mrcfu'iiiciv ,
Chez Pierre l)en Ilcnj^sf et fils j in-8°.
2Jj. — Disse rtalio historico^politica inauguralis, — Thèse his-
torico-politique de droit public sur Guillaume III, prince d'O-
range , vengeur de la libeité de l'Europe contre le despotisme \
par (l uillaume Van Hocr.>Dor,p , pour sa promotion publique au
doctorat en droit à l'Universitc de Leyde, le 27 mai 18 19. Ltyde,
Hazenberg jeune. 1819; in-8° de a36 pag.
M. de Hogendorp, llls de celui qui a si honorablement contri-
bué au dernier affranchissement de sa patrie, a eu le bonheur
d'échîipper aux dangers de cette gnrde d'honneur, dans laquelle ,
en i8ia , il ne s'eniùla pas plus librement <jue ses autres jeunes
concitoyens. Sous d'autres auspices, il n'a rien eu de plus presse
que (le retourner à des études auxquelles il n'avait étéarrachc que
par la violence. Quoi que l'on puisse penser de son système poli-
tique, on doit rendre justice à l'étendue des connaissances l:is>
toriques du jeune publiciste, et reconnaître qu'il s'est applique à
les puiser aux meilleures sources. Après une introduction, où il
est principalement question du fameux système de la balance de
l'Europe , M. de II. fait, pour ainsi dire, trois comparlimens de
l'époque qu'il a pris à tâche de décrire. Son premier chapitre va
de 1668 à 1678 ; le second , de iCj8 à 1697; le troisième, de 1C97
à 171 3; et il termine son ouvrage par quelques corollaires, qui
tendent essentiellement à l'apothéose de son héros, que tous les
historiens n'ont pas jugé avec la même faveur.
2'|5. — Perihlcs van ylUicnc, parC J. Vas Asse;»', docteur en
droit. La Haye. Veuve Ailart et compagnie; 1819; in-B^de 95 pag.
M. Van Assen , qui , en prenant ses degrés en droit à l'Univer-
RJté de Leyde , commença à se faire connaître avantagetisemcnt ,
en 1809, par sa Disputnlinjuridiro-litleroria de RI. Tullli Cice-
roms nrntione pro yliiht Clurntin ^uilo, nous offre ici une monogra-
phie très intéressante pour riii-.loire de l'ancienne Grèce. Ce sont
deux Mémoires présentés, en 1816 et en 1818, à la Société phi-
lologique hollandaise de Leyde , et dont la lecture y produisit un
^raod intérêt. Le premier nou.src] résente Pcriclès, à l'époque me-
LIVRES FRANÇAIS. 599
morable où il parut j pendant ses études, avec ses grands falens
et ses e'minentes qualités, dans sa carrière politique, dans ses
relationsavccAspasie, dans sa mort véritablement philosophique.
Le second est un plaidoyer supposé prononcé par Périclès lui-
même, contre les accusations qui lui étaient intentées par Lacré-
tidès; et nous ne ferons pas un trop grand éloge de ce morceau, en le
déclarant digne du grand personnage auquel il est attribué; per-
sonnage à la fois si remarquable par l'élévation de son caractère
et par son rare talent pour l'éloquence. M.
LIVRES FRANÇAIS.
246. — jinnuaire présente au roi par le bureau des longitudes ,
pour l'an i8ai. Paris, 1820. In-i8de cinq feuilles, (^hez madame
veuve Courcier. Prix, i fr.
245. — Mémoire sur la conservation des blés -^ par M. d'ARTiGCEs,
membre du conseil général des manufactures et propriétaire de
diflérentes fabriques; lu à la séance de la Société royale et cen-
trale d'agriculture, le i5 décembre 1819, et imprimé par ses or-
dres. A Paris , chez madame Huzard.
248. — Le Guide du cultivateur et du fleuriste , annuaire de la
Société linnéennè d'émulation de Bordeaux, pour l'an de grâce
1821. In- 12 de cinq feuilles. Bordeaux, 1821. Brossier.
249. — Mémoires sur le Brésil-^ pour servir de guide à ceux qui
désirent s'y établir. Par M. le chnvaîier G. de Laivgsdorf, con-
sul-général de Russie au Brésil. Paris, 1820. In-4° de deux feuilles
et demie. Imprimerie de Denugon , à Paris.
aSo. — Histoire des vampires et des spectres malfaisans :, avec un
examen du vampirisme. Paris , 1820. Chez Masson, libraire, quai
des Augustins, n» 19. 1 vol. in-12. Prix, 3 fr.
Après les romans et les pièces de théâtre sur les vampires, il
est juste que l'on fasse aussi leur histoire et leur bibliograpliie.
C'est à quoi est destiné ce petit volume, extrait en grande partie
de la compilation de dom Calmet. On a fait suivre cet abrégé de
l'article spirituel de Voltaire sur le vampirisme , qui vaut les
deux volumes du compilateur bénédictin; et d'une notice sur les
ouvrages que la vogue des vampires a fait naître , ou qui en ont
parlé précédemment. L'auteur aurait pu pousser ses recherches
plus loin; peut-être aurail-il alors approché davantage de l'ori-
6oo LIVRES FRANÇAIS.
ginc des usages barbares jiar lescjULls on a prétendu prévenir
l'état de vampirisme chez les morts. 11 a négligé , entre autres
pays, la Scandiuavie, qui pourtant offre des exemples plus an-
ciens de cette supcr:,tilion que d'autres contrées. JV-n citerai deux
qui sont remarquables jiar les circonstances qui les ont accompa-
gnées j ils jtoiuroiil servir de suppli-iuent à l'article du / am-
pirisme ius('ré dans la Revue, tom. VII , pag. aaS (i).
Le premier de ces exemples remonte jusqu'au sixième siècle.
Deux jeunes princes danois, compagnons d'armes , Asmond et
Asuite, s'f'taient juié une amitié éternelle. Dans l'enthousiasme
de leur attachement, ils s'étaient même promis de se faire ense-
velir ensemble. Asuite étant mort, on le déposa dans une
de ces tomlielles communes dans le nord, et percées fréquem-
ment d iinr chambre ou caverne sépulcrale, Asmond se fit enfer-
mer dans ce tombeau auprès du corps di- son ami, après s'être
muni de provisions qui ne devaient servir qu'à prolonger sa
vie de quelques semaines, ou peut-être de quelques jours. Ce
fut alors que la superstition engagea le jeune guerrier à empê-
cher son défunt ami de devenir vampire. 11 lui coupa la tète, lui
perça le coi'ps d'un pieu et attendit lui-même patiemment la fin
de ses tristes jours. Quelque tems après, des Suédois ayant débar-
qué sur la côte, et a-, ant aperçu la tombelle, pensèrent qu'elle
pourrait renfermer un trésor, parce que les anciens Scandinaves
ensevelissaient souvent avec le mort les effets les plus précieux
qu'il avait possétlés. Ils résolurent en conséquence d'ouvrir le
tombeau. Ils pratiquèrent, dans le haut, une ouverture par la-
quelle ils firent descendre, le long tl'nnc corde , un des leurs. As-
mond vivait encore. Quand un rayon de jour vint luire dans
cette caverne affreuse, l'amour de la vie se ranima dans son amcj
il repousse le Suédois, s'empare de la corde, et se fait hisser
jusqu'au haut de la butte. A la vue de cet homme inconnu, plus
semblable à un spectre qu'à un être vivant, (|ui remonte au lieu
du compagnon qu'ils ont fait descendre, les Suédois sont saisis
de frayeur \ s'imaginant que c'est le mort qui les poursuit pour
avoir violé sa tombe, ils prennent la fuite. Asmond les rappelle et
fi) Cet article a été traduit et inséré depuis dans des journaux
allemands et anglais; mais aucun d'eux n'a cité ni l'auteur, ni la
Revue F.nry-i^lopéJique, d'où ils l'ont tiré.
LIVRES FKANCAIS. 60 1
ne parvient qiravec beaucoup de peine à leur persuader qu'il est
un être vivantcommc eux, et à leur expliquer son aventure.
L'autre exemple est du treizième siècle, et n'est remarquable
que par le haut rang du personnage que l'on voulut empêcher de
devenir un des vampires, appelés daiigen, dans le langage du
INord. Ce fut le roi Abel, odieux par l'assassinat de son frère
Eric , à ({ui , après la mort , on coupa la tête , et dont on attacha
le corps à la terre par un pieu, pour qu'il ne pût point tourmenter
ses sujets. 11 fallait que la superstition fût bienforlc pour qu'on osât
proce'der à une paieille opération sur les restes d'un souverain.
On voit, par ces deux exemples, que les habitans du Nord prati-
quaient dès le ([iiatrième siècle les mêmes usages barbares qui
firent tant de bruit, pendant le dix-septième, en Hongrie et en
Moravie. Comment cette superstition absurde s'est-clle n-jiandue
dans des pays qui n'ont point entre eux de communication i'
Voilà une question qu'il ne serait pas facile de re'soudre.
Deppikg.
aSi. — De r Influence de F instruction élémentaire du peuple sur
sa manière d''elre , et sur les institutions politiques j discours qui a
remporte le prix à la Société' royale d'Arras, en i8jîo; par
F. -A. Bérel-Desforges, avocat à Saint-Malo. In-S" de 4 feuilles.
Paris, 1820, A.-A. Kenouard,.
a52. — Cours de Lecture Alnémonique , ou l'art d'apprendre à
lire les mots, les syllabes et les sons par soixante-(juatrc gravures,
et l'histoire des objets qui y sont figurés, à l'usage du pensionnat
de l'Abbaye-Saint-Germain 5 par M. Euscbe Gorgehet, chevalier
de la légion-d'honneur, bachelier ès-lettres, chef d'institution.
Paris, 1820. I vol. in-S" de 162 pag. Chez l'auteur , en sou pen-
sionnat, rue de l'Abbaye-Saint-Germain , jiaiais Abbatial , n" 3 ;
etEymery, libr;iire, rue Mazarine, n" 3o.
253. — Conseils a mon amie, sur l'éducation physique et mo-
rale des enfans; par Madame Fabre d'Olivet. Paris, 1820. i vol.
in-i2 de 3o3 p. Cliez Delaunay ,Eymery et Bossange, libraires.
•î\^\. — L'Aimable Enfant, ou Conversations d'Edouard^ imité
àeV Education pratujne lia missEdgewortb; par madame A7/s«Z;e//i
de Bo!». Paris, 1820J 2 vol. in-12 ; avec gravures. Grandin, li-
braire, Palais-Royal, galerie de bois , d° 235. Prix , fi fr. , <:\ 7 fr.
5o cent, franc de port.
6oa LIVRES FKAKÇAIS.
Cet ouvrage offre une leclnre très instructive, utile et aiuii
sanle pour les enfans.
•ï55. — Agenda cÉ^ÉnAL, ou Mémorial portatif uniuersel pour
Tannée 18... Livret pratique d'emploi du tcms, compose de
tablettes utiles it commodes, d'un usage journalier; par M. M. A.
Jl'li.ie>, auteur de l'Hissai sur l'cmploidu tems. i vol. in- 12. Avec
tablettes pour les six principales divisions de la vie. Ilelie. l'rix,5fr.
aSn. — MÉMORIAL HORAïKE, OU TliemioincUe fFeniploi du tenu ,
soit Biomètre, instrument pour mesurer la vie, compose de ta-
blettes destinées à procurer le moyen de recueillir, en une minute
et sur une seule ligne, pour chaque intervalle de vingt-quatre
heures, les divers emplois et les principaux résultats de la vie,
pendant le même intervalle de tems. i vol. in-12, relié. Prix, 5 fr.
^ubureau de la Revue Encyclopcdiqun', rue d'Enfer-Saint-Michel,
no 18, et chez J.-J. Paschoud, libraire, rue de Seine, n" 48-
Au renouvellement de Tannée, il paraît utile de rappeîer deux
livrets specialementdestinés aux jeunes gens, qui ont pour objet de
leur procurer un moyen facile de se rendre compte, jour par jour,
des principaux résultats de leur vie; d'avoir ainsi, ù mesure qu'ils
avancent dans Tannée, un recueil intéressant et instructif de sou-
venirs, d'expériences, d'observations. Ces deux livrets, dont on
se borne à donner ici les titres et la destination , fournissent des
instrumens pratiques pour l'application d'une méthode qui se
trouve développée dans l'ouvrage du même auteur intitulé :
Essai sur remploi du tems, etc., dont il a paru trois éditions,
deux en France et une en Allemagne, et que Ton trouve aux
adresses déjà indi(|uées.
(*) 257. — Guide aux droitscifilselcommerciiiur des étrangers en
Espaf^ne f ou Recueil chronologique des traités, pactes , con-
ventions et autres actes royaux et des cortès, émanés du cabinet
de Madrid, depuis le commencement du dix-sepli«iue siècle
jusqu'à la fin du mois d'octobre i^^ig; par M. Cuiltaumc LonÉ ,
consul de S. M. le roi des Pays-Bas à Cadix. Paris, i8ao. Un gros
vol. in-S". Prix , 7 fr. Tto c. , à Paris. Chez Hodriguez, à la librairie
espagnole , cour des Fontaines, n" 4-
(*) a58. — Science du publiciste, ouTrarilé des principes élémen-
taires du droit, considéré dans ses principales divisions, etc.
Tixf M. A. Fritot, avocat; tom. III, in-8". Paris , Bossap.ge.
LIVRES FRANÇAIS. 6o3
Nous avons donne, depuis peu, dans la Pievue, une ide'e de
ce volume, en fiiisant l'annonce du tome second.
(*) 259. — De r Organisation Je ta puissance ciuiledans l'intérêt
monurchique, ou de la nécessite d'instituer les administrations
departeinenfales et municipales en agences collectives. Paris, i8'2o.
In-S", 38o p. \
En vain un génie malfaisant paraît nous agiter, au dehors etau-de-
dans : l'amour de la justice et de la liberté' soutient le courage «les
bons citoyens, etdo.uble, en quelque sorte, leurs forces intellectuel-
les et morales. Nos patriotes, très royalistes, puisqu'ils sontles amis
de la Charte, obtiennent des succès dans toutes les branches du
savoir et de l'industrie; ils publient d'utiles ouvrages , ils culti-
vent glorieusement toutes les parties de la politique. Envisagé
sous ce point de vue , l'ouvrage que nous annonçons sur Torga-
ni.sation de Tadministration et de la justice dans l'intérêt des mo-
narques, est une production très remarquable. Ce livre est subs-
tantiel, bien écrit, bien conçu, exécute sur un bon plan; il
abonde en recherches savantes et en vues administratives les plus
sages. — Dans son premier livre , l'auteur établit, par la nature des
choses, par le raisonnement, enfin, par l'autorité de plusieurs
grands ministres , que, dans les monarchies, les magistratures
collectives, administratives et judiciaires, sont les sculis conve-
nables aux intérêts du prince et du peuple; en un mot, qu'elles sont
des instrumens fidèles, énergiques, et les plus faciles à manier.
— Dans les livres second et troisième, il trace l'histoire de nos
établissemens judiciaires et administratifs. Les principaux incon-
véniens inséparables des agences simples , qui ruinent le pouvoir
monarchique, sont exposés dans le quatrième livre. Le cinquième
ds'crit, en opposition , les avantages des agences composées. En-
fin , dans le sixième livre , l'auteur tire ses consé(| uences ; et , après
avoir rappelé les réformes qu'il croit désirables, il propose un
plan d'organisation administrative complet, depuis le Conseil
d'État jusqu'aux mairies. Il insiste, dans plusieurs chapitres, sur
la nécessité de rédiger un Code administratif, et d'en rendre l'é-
tude obligatoire.
Nous croyons cet ouvrage digne d'être lu et médité par tous
li3S hommes d'Etat. L'auteur dit que la dernière loi sur les élec-
tions , en date du 29 juin 1820 , est la première et la seule loi qui
6o4 LIVRES FRANÇAIS.
mentionne notre Conseil d'État : c'est une erreur. 11 a e'te men-
tionne, sans discussion, dans la mémorable loi du 5te'vricr 18175
mais cela ne suflit point pour lui communiquer une existence
constitutionnelle. Làxjl'i>ais.
260. — ■ f^ues politiques sur les chanqemens afiire h la Consti-
tution de r F.sjiagne , afin de la consolider, spécialement dans le
royaume di-s Dcux-Siciles 5 par M. LA.^JCISAIs, pair de France.
Paris, i8io. Brocliure in-8° de 72 pages. Baudouin frères, impri-
meurs-libraires, rue de Vaiij^irard, ri° 36.
Cet ouvrage est d'un grand intérêt dans les circonstances ac-
tuelles. La constitution des Cortès de 1812 , si admirable au fond,
présente une foule d'imperfections dans la rédaction , qui pro-
viennent de ce que la philosophie du langage, l'analyse delà parole
n'avaient pas été encore suffisamment approfondies t-n Kspagne.
Tout ce qui concerne cette partie est traité par M. Lanjuinais,
avec cette supériorité qu'on devait attendre dnn aussi célèbre
légiste. Quant à certaines questions politiques, elles seraient
susceptibles de contestation. Ce n'est point ici le lieu d'en élever
aucune. On cite avec éloge un écrit sur le même sujet , par le cé^
lèbre publiciste Bentham. M.
(*; aGi. — Du gouvernement lie la France depuis la restauration ,
et du ministère actuel^ par F. Glizot. Troisième éiUtion, in-S"*.
I vol. 382 pag. Paris, chez Ladvocat. Prix, 5 fr.
Cet ouvrage, très remarquable , et qui honore son auteur, est
écrit avec élégance, et renferme des idées quelquefois plus
utiles qu'exactes, et des choses présentées d'une manière plus
adroite qu'ingénue. L.
262. — Lettres de M. Grégoire, ancien évéque de Blois, adressées,
Tune à tous les journalistes, l'autre à M. de Richelieu ; précédées
et suivies de considérations sur l'ouvrage de M. Gtiizot , intitulé :
Du gouvernement de la France depuis la restauration , etc. ; par
BenjaminhjLtiOCHZ. Troisième édition. ln-8ode/(fouil. Paris, i8ao.
263. — De la liberté des 'J'héâlivs , dans ses rapports avec la
liberté de la presse, à l'occasion de l'analyse de Lt Démence de
C/ta; /e5 A^/, tragédie de ]M. Lemorcicr. Paris, 1820. Brochure
in-8" de 28 pages.
L'auteur recherche la cause, la nature et les effets des obstacles
qu'éprouve, sous une monarchie constitutionuelie, 1 auteur d'une
LIVRES FRANÇAIS. 6o5
tragédie « où se montre la hardiesse du génie, et pleine d'un in-
térêt pathétique, de retours sinistres et amers sur le cœur hu-
main, mais surtout de sentimcns profonds sur l'amour de la pa-
trie, et sur la haine de la domination étrangère, w II s'agit ici
d'une question de législation qui navait e'té traitée nulle part,
bien qu'elle intéresse les auteurs, les ihéûtres, la patrie et les
princes. La discussion de cette question doit fixer Taltention des
Chambres et du gouvernement.
264. — Calendrier jiuhi'Ujue pour Pan du monde 558 1. Paris, 1820.
Chez Sétier , rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts , no j j et
D. Drach, rue des Singes, no 3. In-i8.
265. — JYotice et dissertation sur Provins. — Est - il V^gendi~
cum des Commentaires de César? Question de point de fait his-
torique , proposée pour prix par la Société libre d'Agriculture ,
Sciences et Arts de Provins , à sa séance publique du 2G juin 1820;
par le secrétaire perpétuel de la Société bibliothécaire de la ville.
Provins, 1820. ln-8° de i5 feuilles et demie. A Paris , chez Ma-
dame Huzard.
2G6. — IVotice sur la constitution de Sicile de fannce 1812 , et
sur l'acte d'union donné à Caserte, en l'année 181G , par S. M. le
roi des Deux-Siciles. Paria.,.. 1820. ln-8° de 2 feuilles trois quarts.
Chez Rousseau et Ponthieu. Prix, i fr. 5o cenlimcs. ^
(*) 26^ — Histoire physique , ciuile et morale de Paris, depuis les
premiers tems historiques iusqu'"a nos jours ; contenant, par ordre
chronologique, la description des accroissemens successifs de
cette ville et de ses raonumens anciens et modernes j la notice de
toutes ses institutions, tant civiles que religieuses; et, à chaque
période, le tableau des mœurs, des usages el des progrès de la
civilisation j ornée de gravures représentant divers plans de Pa-
ris, et ses monumens et édifices principaux; par J. A. Dulacre,
de la Société royale des antiquaires de France. ïomel", in-S" de
32 feuilles , plus dos planches. A Paris , chez Guillaume et com-
pagnie. Prix , 8 fr.
L'ouvr.Tge formera G vol. iu-S" , et ne dépassera pas le prix de
48 fr. pour les souscripteurs, qui paieront un tiers de moins que
les non-souscripteurs. On paiera d'avance 5 fr. , dont Usera tenu
compte sur le prix du dernier volume, et ensuite chaque volume,
aussitôt qu'il paraîtra.
6o6 LfN'RES FRAiVrAlS.
Il a été publié de gros ouvrages sur l'iiistoiip il'uiie capital'
quiassurénii-nt ofl're assez tic maticres ;i un historien j mais ces ou -
•vmgcs ont cte écrits dans un tems où une critique judicieuse n-*
présidait pas encore au travail ties savans, où Ton admettait
beaucoup de fables sur la foi des traditions, et où d'ailleurs il
était imprudent, même dangereux de dire toujours la vérité,
surtout si l'historien appartenait à quelque corporation. Il en ré-
sultait que bi'aucoup défaits restaient mal écluircis, et que la
Terilé se trouvait toujours mêlée au mensonge , tantôt ofllciel ,
tantôt gratuit. C'était donc une entreprise méritoire que d'i'rrir*
de nouveau pour des lecteurs éclairés l'histoire de la métropole
de la France, l'histoire d'une ville qui a toujours été féconde en
événemens, et dont le sort a plusieurs fois décidé celui de tout
le royaume. IM.Dulaure, qui a voué toute sa vie à l'étude de l'his-
toire et des antiquités de sa patrie, a commencé à remplir cette
tâche , d'une manière qui ne pourra que lui mériter Tapprobalion
de tous les hommes de bonne foi. Appuyé fur les monumens iiis-
toriques qu'il cite toujours fidèlement , le nouvel historien de
Paris s'est proposé de retracer sans déguisement tous les faits qui
tiennent à l'histoire civile et morale de cette capitale. Son his-
toire est divisée en autant de chapitres qu'il y a d'époques mé-
morables, et ces chapitres sont subdivisés en sections analogues
aux règnes des rois. (Chacun des cliaj^ilres est terminé par uu
aperçu de l'état phjsiquc, civil cl moral de Paris, pendant l.i
même époque. Ces aperçus sont généralement remplis de faits
curieux, tous appuyés de preuves. Ils ne nous persuadent pas que ce
qu'on veut bleu aj^peler le bon vieux tems a'iiiiXc un tems heureux,
ri pour le peuple, ni pour les gouvernrmen*.
Le premier volume de cet ouvrage important, qui vient de
paraître, conduit Thistoire de Paris jus(ju'au règne de Philippe
Auguste. Il est divisé en six chapitres intitulés: statLlitjue phy-
sique (dénomination qui n'est pas très exacte, puisqu'il s'agit
dans ce chapitre seulement de l'état physique de Paris), Ont^ine
de In nation parisienne , les Parisiens sons la domination irjm.^inr ,
Paris sons la première race des rois francs, Paris sous la sccoiuJe
race, Paris depuis Hugues Capel jusqtia Philippe Au:;uslc. On
f ensc bien (jue l'auteur n'adopte pas les rêveries qu'on a détiitres
long-tems ^iir l'origine de Parisj on croyait autrefois que des in*
LIVRES FRANÇAIS. 607
dividus et des lieux, illustres gagnaient à une origine merveil-
leuse. M. Dulaure fait voir que Jes Parisiens n^étaient qu'une très
faible peuplade, quand Cësar , « le fléau de son siècle , dévoré
par la soif du pouvoir et des richesses, malheureusement doué
du génie et des lalens propres à satisfaire ces passions funesles, »
conquit la Gaule sous les Romains j Paris obtint peu d'importance
sous les empereurs, elle eut pourtant un palais, celui des Ther-
mes , dont iM. Dulaure , dans une savante discussion, attribue îa
construction à Constance Chlore, et non à Julien, à qui en effet
aucun auteur ancien ne l'a attribuée. Il y avait un grand autel,
situé à Texlrémité orientale de l'île Notre-Dame , et dont les bas-
reliefs, retrouvés sur l'emplacement de la cathédrale actuelle,
existent au musée ; il y avait un camp romain qui , selon M. Du-
laure, occupait la terrasse orientale du jardin du Luxembourg ,
où l'on a retrouvé dans ce siècle beaucoup d'objets antiques pa-
raissant avoir appartenu à des militaires. On a trouvé aussi des
antiquités romaines dans la rue Vivienne, des restes d'un aque-
duc qui aboutissait au jardin du Palais-Royal. Tout le quartier de
la Montagne de Sainte-Geneviève paraît avoir été un cimetière
antique, puisqu'on y a trouvé , dans diverses fouilles, un grand
nombre de tombeaux. IMais nulle part on n'a vu les traces du
prétendu temple dTsis , dont on a voulu faire dériver le nom de
Parisiens. M. Dulaure présume qu'ils s'appelaient d'abord IJarisii
ou habitans de la Barre , ou frontière de la Gaule du côté de la
Belgique. Il y a plusieurs peuplades limitrophes qui avaient une
dénomination dans laquelle était exprimé le mot de Bar. Paris
devenue chrétienne donne à l'historien l'occasion de discuter la
prétendue histoire de la dJcapifalion de «aint Denis, que les
moines de l'abbaje de ce nom s'étaient donné beaucoup de peine
pour accréditer, malgré son absurdité. On a écrit une soixantaine
d'ouvraj;es sur ce sujet 5 il est probable qu'on aimei-a mieux lire
le résumé de M. Dulaure que cette collection volumineuse, pres-
que oubliée aujourd'hui comme tant d'autres querelles ecclésias-
tiques ou monacales. On vénérait , avant la révolution, en sept
lieux ditlérens le chei véritabfe de saint Denis j mais, depuis ce
tems , on croit s'être assuré que le culte de saint Denis, en grec
Dtonyslos , n'a été institué que pour remplacer le culte de 13ac-
chus qui portait le nicmc nom, et dont la fêle se célébrait, .1 la
Go8 LlVm-S FRANÇAIS,
même époque de ranncV, c*est-ù-<1ire, au tems des vendanges. On
vunciait aussi dans Tr^^lise de Saint-lienoît un saint Bacclnis ,
dont l'iiistoire ecclésiastique et même les légendes ne parlent
pas j il est à pre'sumer que c'est tout simplement le Racchus de
Tantiquitë; en cHet, Téglise de Saint-Renoîl avait ete fondée sur
l'emplacement d'un ancien vignoble.
Paris, sous la première race des Francs, n'offrit qu'une seine
de meurtres, de pillages, doppression. Les chefs de tribus
Francs, leurs Icudes, ou compagnons d'armes, et les eM'ques
gaulois , dont la tiabison avait appel»; ces étrangers dans la Gaule ,
exerçaient, chaque classe de son cott-, une autorite presque illi-
mitée sur les malheureux hahitans. Aussi, quand le peuple trou-
vait quelque encouragement , il secouait avec fureur le joug in-
supportable qu'on lui avait imposé , et rien n'était plus commun
<j!ie les guerres civiles. Cependant, on Itlllissait beaiicou|) d'églises;
c'était une manière d'expier des forfaits , et de gaj;ner le ciel ,
jualgvé la vie la plus infectée de vices. IM. Dulaurc fait connaître
tous les ëtablisseraens religieux dont Paris , fut orné, à celte épo-
«jue désastreuse.
Sous la seconde race, les IN'ormantls viennent infester les envi-
rons de la capitale , et y mettre le siège. Les Carlovingiens mon-
tri'rent qu'ils étaient incapables de tenir le sceptre j et un usur-
pateur heureux , Hugues Capet , prit leiu" place. Dès-lors , le
royaume ne fut plus partagé entre plusieurs (ils; et c'est en
grande partie à cette politique que M. Dulaure attribue la lon-
gue durée de la troisième l'ace. Toutes ces épotjues tirent naîtro
<lans Paris une foule; d'édilices religieux, et l'on commiiua aussi
.1 l'cndiellir sous d'autres rapports. IMais, le régime féodal déso-
lait encore la cai)italc et la monarchie; les nobles infestaient les
grands chemins; les prêtres se livraient à des fraudes pieuses;
les rois souffraient de l'ari^ogance des uns et des autres, et n'a-
vaient pas assez de lumièreâk pour rechercher l'appui du peuple
contre ce double Oèau. Des famines et des pestes ajoutaient fré-
quemuu'nt à la misère géniirale.
ÎNous nous arrêtons ici avec l'auteur, pour rfpremlrc son récit,
à la publication prochaine de son second volume. IVous ajoute-
rons seulement que le premier est orné d'un plan de Paris dans
les tems anciens, et de gravures qui ont le méiilc de r'préseuler
\
LIVRES FRANÇAIS. 609
lus (iilèlement les monumens dos premières époques qui existent
encore. Depping.
(■•') 268. — Biographie nouvelle des Contemporains , ou Diction-
naire historique et raisonné de tous les hommes qui , depuis la
re'volution française, ont acquis de la célébrité par leurs actions ,
leurs écrits, leurs erreurs ou leurs crimes, soit en France soit
dans les pays étrangers; précédée d'un tableau, par ordre chronolo-
gique, des époques célèbres et des événemens remarquables, tant
en France qu'à l'étranger , depuis 1587 jusqu'à ce jour , et d'une
table alpliabétique des assemblées législatives, à partir de l'As-
semblée constituante jusqu'aux dernières chambres des pairs et
des députés. Par MM. A.-V. Arnaci-t, ancien membre de l'Insti-
tut j A. Jay j E. Jout, de l'Académie française ; J. NoRvms , et
autres hommes de lettres, magistrats et militaires. Orné de
240 portraits au burin, d'après les plus célèbres artistes. Paris,
1820. Tome 1" (A). In-S" de 33 feuilles et demie; plus, des por-
traits. A la librairie historique, rue Saint-Honoré. n" i23.
Cet ouvrage, si les auteurs continuent à remplir exactement
leurs promesses, paraît appelé à réparer de grandes injustices,
et à substituer un monument véritablement Ixistorique aux ré-
pertoires de diffamations et de calomnies, publiés jusquici, et
voués au mépris de tous les hommes de bien.
269. — Épître a M. Grégoire, ancien évêque de Blois ; par Au-
DiGDiER. In-8°. Paris, 1820. Delaunay et Mongie.
270. — La f^accine , poè'me, par Anttielme Petsson, médecin de
l'hôpital militaire de Cannbray, lu le i5 août à la séance de la
Société d'émulation de cette ville. Cambray. 1820. in-8'', 23 pag
A. F. Hurez. — M. Alexandre Soumet a déjà remporté un prix pour
un poè'mesurladécouvertedela vaccine, sujet proposé, il y a quel-
ques années, par l'Académie française. M. Peysson a fait preuve de
talent poétique , en traitant le même sujet. Les notes révèlent un
médecin philosophe et plein d'enthousiasme pour son art.
271. — fragment tT un poënie imilédu Tasse; in-80 d'une demi-
feuille. Imprimerie de A. F. Hurez. Cambray, 1820.
272. — L'Homme heureux dans toutes les situations de la vie ,
ou les Aventures de Missétio; poème portugais, du P.Théodore
de Almeyda; traduit par l'abbé Jamet. Cacn , 1820; 2 vol in-i-i.
V. Poisson. Prix, 5 fr.
TOME VIH. 39
Gio LIVRES FRANÇAIS.
Ce poème, écrit en prose et d'une morale sublime, a quelques
traits de ressemblance avec le IVlt-'mafjuc , dont il est une iieurcuse
imitation. Des Iraguiens «le la traduction , lus à rAcademie de
Caen, y ont obtenu des éloges et des applaudisscmens.
2^3. — Don Carlos , infant d' Espagne , tragédie en cinq actes.
Paris, 1820. In-8° de 4 feuilles un buitièmc. Imprimerie de Vic-
tor Mangin , à INantes. Paris, Ladvocat, libraire, Palais-Rojal.
2^4- *"■ Uy-fiine a trois voix , en vers rh} ihmiques latins et ita-
liens, sur la naissance de monseigneur le duc de Rordeaux j pa-
roles et musique de IM. Gérard , professeur à lEcole royale de
musique , et membre de la Socie'té d'émulation de Liège. Paris ,
1810. Klefl'er, libraire, rue d'Enfer, n° a. Prix, 3 fr.
Cet bymne se vend au proGt du noviciat des sœurs de Saint-
André, établi à Issy, sous la protection spéciale de S. A. R. Ma-
dame la duchesse de Rerry.
2ij5. — Recueil de vers lutins, composés par les élèves du col-
lège de Meaux, dans le courant de l'année 1820. IMeaux, 1820.
Brochure in-8° de 85 pages. A Meaux, Dubois-Bcrthault, im-
primeur.
Trois recueils de vers latins, composés par les élèves, ont suc-
cessivement paru, depuis le rétablissement du collège de Meaux,
et le public a applaudi au zèle éclairé des professeurs, comme
aux heureuses dispositions des élèves. INul doute que le qua-
trième recueil ne soit également bien apprécie' par toutes les
personnes qui s'intéressent aux progrès des études classiques.
276. — Cent fables de quatre vers cJiacune ; par M. Mollevact,
de l'Institut de France. Paris, 1820. t vol. in-i8, sur papier vé-
lin, imprimerie de Didot aîné; orné de quatre jolies figures en
taille doXicc et d'un frontispice gravé avec une (igurc allégorique.
Arthus-Bertrand, libraire, rue Hautefeuille , u" 23. Prix, 3 fr. ,
et 3 fr. 5o c.
Nottï. On trouve à la même adresse les autres ouvrages de
M. MoUevaut, dont Catulle, Tibulle, Properce, V Enéide, en
prose, les E leurs, poème, avec des figures en couleurs.
a^y. — Le comte de SaintHéreni , ou Ala cinquantième anni'c ,
suivi des /y/cmoircs de la comtesse d"" yl Ibcstrophc , mère de la du-
chesse d'Albany {Charlotte Htuart)., orne Uunc gravure; par
LIVRES FK ANC Aïs. 6it
madame la comtesse A. de Macheco. Paris,' 1820. n vol. in-12.
Kleffer, libraire, rue d'Eufer-Saiot-Michcl , n° a. Pris, 5 fr.
278. — Les Missionnaires , ou la t'amille Dujtlcssi.s ; par M. de
RouGEMONT. 2 vol. iu-i2, ornës de deux jolies gravures. Pris, 5 fr.
et 6 fr. 5o c. franc de port.
279. — fiaphaë!. d\JguUnr , on les Moines portugais ; histoire
véritable du dii-huitième siècle, publiée par M. de Rougemoxt
(ouvrage faisant suite aux ^hssionnaires). 2 vol. in-ia. Prix, 5 fr.,
et C) fr. 5o c. par la poste.
Ces deux ouvrages, qui sont d'un grand intérêt , se trouvent à
Paris, cbez Th. Grandin, libraire , Palais-Koyal , galerie de bois,
n" 235.
280. — Lord Ruthwen, ou les varapires. Roman de C. B. (^v-
prien BÉRARn\ publie' par l'auteur de Jean Sbogard et de 'J'hèrèse
Hubert. Deuxième éditioti , augmenle'e de notes sur le vampi-
risme. Pa:is, i8ao. 2 vol. in- 12. Ladvocat, libraire, Palais-Royal,
galerie de bois , nos jg^ — itj8. Prix, 5fr. , et 6 fr. franc de port.
« Nous sommes trop loin , dit M. Charles Nodier dans ses ob-
servalioDS préliminaires, des ide'es naïves du premier âge, pour
prendre plaisir aux pastorales amours des he'ros de Longus, ail-
leurs que dans cette histoire délicieuse de Dciphnis et Ckloé , qui
a perdu chez nous toutefois sa vraisemblance avec .ses modèles.
Grâce au perfectionnement de nos mœur.s , le grand nombre des
lecteurs ordinaires de romans repousseraient les peintures cyni-
ques des imitateurs les plus élégans de Lucien ou de Pétrone. Si
l'un de ces genres a cessé depuis lon,"-tems d'être classique, parce
qu'il a crssé d'être vrai; si l'autre n'a jamais été classique pour
les honnêtes gens, parce qu'il n'a jamais été moral, il faut cher-
cher au roman moderne un autre type dans le caractère actuel de
notre civilisation , et une autre source d'inspiration dans nos sen-
timens les plus habituels , dans nos passions les plus prononcées ,
dans nos superstitions le. plus poétiques. »
« Je suis loin, dit-il ailleurs, de considérer comme un thème bien
favorable à rima;^inationetau goût, celles de ces superstitions qui,
admises comme à regret par les peuples, n'od'rent à la pens«"'e qu«
des scènes de terreur. De tels sujets ne peuvent et*, e abordés sans
doute qu'avec une timide sobriété C'est peut-être assez
qu'elles aient fourni une composition développée à notre raoycnnt
39*
Gia LiVRKS FRANÇAIS.
littérature, et la cirrouspcclion délicate qui distingue l'esprit
fiançais prescrira ncccssairenicnl à nos ccrivains d'être avares ;i
l'avenir de cette ressource téme'raire, utile tout au plus pour
«■mouvoir une sensibilité blasée , ou pour irriter une curiosité
difficile en sensations. » M. Charles Nodier prouict une suite de
lord Rutbwen , sous le titre d' Histoire de ma pre-.ièiv lie.
281. — Rappcrls sur les concours tTcloiiutncc el Je poésie, à la
Socicté d'émulation de Cambrai, le 16 août 1820- suivis des mo-
tifs qui ont détermine la Société dans le choix des sujets de prix
proposés pour l'année 1821 ; par !M. F. Delcroix, membre de la
Société. In-S" de deux feuilles et demie. Cambray , 1820. impri-
merie de A. F. Hurcz.
•2^1.^ JYouv eaux mélanges de littérature Jiançnise , à l'usagi*
du gymnase de Strasbourg j par J\T. Drunner. T. le'. Strasbojrg,
Hcitz, 1821. In-i2.
Familiariser les élèves avec la langue française , leur faire con-
naître la noblesse et la variété des expressions, former leur gciM
en leur ofl'rant à la fois le vrai et le beau, enrichir leur esprit
de connaissances utiles, les aider à se faciliter les moyens de
raisonner juste, leur inspirer des sentimens élevés, leur faire
chérir la vertu par les leçons et par l'exemple d'hommes géné-
reux, telle est la tâche que l'auteur s'est prescrite dans son tra-
vail, et il Ta parfaitement remplie. M. Brunnerne s'est pas borne
à mettre sous les yeux du lecteur de simples fuigmens délo-
qurnre; il s'est encore appliqué à lui montrer les tons oratoires
au milieu de l'enchaînement des idées qui concourent avec ces
derniers à former un tout, et il a préféré, à une multitude de traits
saillans, un nombre moins grand de passages qui, par la force des
preuves autant que par le charme de la diction , tendent à con-
vaincre et à persuader. On n'a pas besoin de dire que, pour at-
teindre à son but, il a été souvent réduit à faire de nombreux ex-
traits de plusieurs ouvrages très voluminciux j cependant , eu re-
trancliant toutes les discussions arides et tout ce qui peut efl'a-
roucher la décence, il a eu soin de lit-r les pensées de chaque au-
teur par ses propres expressions. 11 s'agissait enfla de fixer l'ortho-
graphe que l'on devait suivre dans cet ouvrage ; connaissant 1rs
titres de l'ancienne et de la nouvelle, et regarilanf l'orlhograplie
de chaque auteur comme sa propritté, M. Brunner a fait iuni
LIVRES FRAISTAIS. fii3
mer chaque extrait avec celle qui liii est particulière, sans crain-
dre de jeter la confusioD dans l'esprit des élèves, puisqu'à chaque
instaut ils lisent des livres français diversement orthographiés. K.
283. — Rappori sur les fouilles exécutées dans Celé de 1S19 , sur
le plateau du Alont-^'iuxois , par .M. GirAdlt , président de la
commission permanente établie pour la recherche des antiquités
du départcmeut de la Cote-d'Or. In-8" de deux feuilles. Dijon,
iî<20. Imprimerie dé Franlin.
284. — Lettre h M. le baron Sili^estre de Sacy^ par M. Ci.bbé
Reiitadd , sur la Collection des monumens orientaux de M. le
comte de Blacas. Paris, 1820. In-8° de iG pages. Firmin Didot.
Cette lettre a pour but de faire connaître au public les travaux
que prépare M. l'abbé Keinaud. Il a été chargé par M. le comte
,de Blacas, de la publication de son riche cabinet, dans lequel sont
réunis des cylindres persépolitains , des pierres et des médailles
sassanides, coutlques , arabes, arméniennes et persanes moder-
nes. Cette collection renferme un grand nombre de variétés dans
toutes les branches de la numismatique couûquc , depuis l'Espa-
gne jusqu'aux extrémités orientales de l'empire des premiers
Khaiyfes. Plusieurs sont inédites. Ce sera rendre un grand ser-
vice à la littérature orientale que d'attirer l'attention des savacs
pur ce genre de monumens. M. l'abbc Reinaud , qui se prépare à
cet important travail, a obtenu de M.M. les conservateurs du ca •
binet des médailles de la Bibliothèque du roi, toutes les facilités
pour étudier la suite des médailles coufiques, que possède cet éta-
blissement. 11 se propose d'étudier encore pendant deux ans les
livres et les monumens qui peuvent augmenter ses connaissances
déjà étendues dans cette partie, avant de commencer la publica-
tion de son ouvrage sur la collection dont il s'occupe. Il annonce
qu'aucune dépense ne sera épargnée pour que les monumens les
plus intéressans de celte collection soient gravés, et mis par ce
moyen sous les yeux des savaiis. Cette lettre, qui est une espèce
de prospectus de l'ouvrage, annonce d.ms M. l'abbé Keinaud,
élève de IN!, de Sacy, les talens nécessaires pour donner à sou en-
treprise tout l'intérêt dont elle est susceptible. DuMERSitr.
285. — •liunahefli le runic rimstoh , ou Calendrier runique , avec
l'explication des divers caractères, fêtes, etc., qui sont gravés
sur ces anciens l)âtons. auquel est ajoutée une ode tirée de l'Ed'Ia
6t4 livres français.
sœmundar, appelée Thryms-Quifla , ou le rapt du marteau du
Tljof, composée dans le ony.'u'nie siècle; traduit' en francai? de la
langue islaudaise; suivie d^ fjiielqups remarques sur la mvlliologie
du ISord. Ou y a joiut quelques j.|.:nrhi;s reprcspulant ilcsmonn-
mens runi<|ucs dont on donne rex|'lif:afion ; par Jf.jis AVolff, ci-
devant consul de Dariemarck, etc. ln-8o de qu;itre fcuillrs et
demie, plus les (.lanches. Paris, iSao. Imprimerie de Kou/.ou.
a86. — Calendrier des J'emnies ce/èAre*, impiimé sur papier jesiis
■véliii. Taris, 1820. Caillot, lihraire, rue Saiiit-Andre-<1es-Arcs,
no 5'j. Prix . cartonne' et borde en j apier iilacë , tï fr. ; idem, avec
bordure dentelle or . 2 fr. 5o c. ; idem , avre !arî;c dorure , 3 fr.
287. — Deux f'ict'jir.':s par Jour, almanach militaire deilie aux
braves, par Ladvocat. Tabbau in-folio oblong. Paris, 1820. 3'
édition. Ladvocat , libraire, éditeur des I^'nstes de la Gloire , Pa-
lais-Ro^ial, galerie de bois, n°' 197 et 198.
Ouvrages périodiques .
288 — Recueil agronomique , public par les soins de la Société
des sciences, agriculture et belles-lettres du département de
Tam-et-Garonne.Tome 1", n° 1 (septembre 1820). In-S" d'une
feui'le et demie , plus une planche. Blontauban, 1820. Foutancl
et chez Lafargue.
(■•') 289. — Bibliothèque physico -économique , instructive et
amusante , ou Recueil périodique de tout ce que l'agriculture , les
sciences et les arts qui s'y rapportent , offrent de plus intéres-
sant; par une société de savans et de propriétaires, et rédigée
par A. THiÉBAUT-nE-BERrrEAUD , membre de plusieurs Sociétés
savantes et d'agriculture, nationales et étrangères.
La Bibliotlièq-,ie jihysico-économique paraît exactement tous
les mois. A la fin fie Tannée, les douze cahiers forment deux vo-
limies iivec des planches, (chaque volume contient une table sys-
tématique des matières qui y sont contenues. L'abonnement est
de 12 fr. pour les douze cahiers, que l'on reçoit, francs de port,
parla poste. La lettre d'avis et l'argcut que l'on enverra par les
directeurs des postes, doivent être all'ranchis et adressés à Paris,
à ]M. Arthus-Rerlrand, libraire, rue Hautefcuille, n° 23. On peut
encore, pour éviter les frais, envoyer l'argent put un mandat sur
Paris.
LIVRES FRANÇAIS. GiS
(*) ago. — Journal des cours publics tic jurispruelence , histoire
et belles-lettres.
Les rédacteurs de ce Recueil s'engagent à présenter à leurs lec-
teurs une anal3'se complète et misonnée des huit cours suivans :
Faculté de droit. Droit naturel, droit des gens et droit public
général. Professeur, M. de Poutets. — Histoire du droit romain
et du droit français, M. Poncelet. — Droit administratif, M. dr
GÉRANDo. Collège de France. De la manière d'écrire l'histoire,
M. Daunou. — Poésie latine , M. Ïissot. Faculté des lettres.
Histoire ancienne, M. Lacretelle jeunej — histoire du gouverne-
ment représentatif, M. Guizot.
La plupart des professeurs ont bien -voulu promettre au Jour-
nal des Cours publics des notes et communications qui contribue-
ront à la fidélité des analyses.
L'ouvrage formera huit volumes, format in-8°. Chaque Cours
paraîtra en douze livraisons, qui feront ensemble un volume d'en-
viron 4^0 pages , de telle sorte que chaque volume se trouvera
compléta la fin de l'année. Le prix de l'abonnement total pour
l'année classique, c'est-à-dire, pour la collection des huit Cours ,
est de 4» fi'. , et de 49 fr- Go c. , franc de port.
Pour une collection de sept cours, Sj fr. et 45 fr- 4*^ ^'i ^^
six, 33 fr. et 4o fr. 20 c.j de cinq, ag fr. et 34 fr.; de quatre, 24 fr.
et 28 fi'. 80 c. ; de trois , 19 fr. et 22 fr. 60 c. ; de deux, i4 fr. et
i6 fr. 40 c. 5 et pour chaque cours séparément, 8 fr. et 9 fr. 20 c.
Les abonnemens peuvent être faits par semestre.
On s'abonne à Paris, au bureau du Journa(, rue Saint-Jacques,
n° 5i , et dans les départemens, chez tous les libraires des aca-
démies et des cqWéges. ^ l'étranger. A Edimbourg, chez Cons-
table et chez Manners et Millers. A Londres, au dépôt du Jour-
nal, chez A. Roi, Dean-street, n° 35, Soho sq.
En annonçant dans le dernier cahier, pag. 36i , art. iSgdu
Bulletin Bibliographicjue , la nouvelle et magnifique édition des
OEu^res de Pétrarque, on a oublié d'ajouter qu'elle se vend chez
Debure frères, libraires, rue Serpente, n° 7, au prix de i5ofr.,
sur très be^xi papier ; çt de aSo fr. , sur grand papier vélin.
% v\ v^vxvvx vvxvv v\\ v\*\\v ^\\ \^^ v\v vvv v\\'\>'v v-x v\\\ v\NA^\*\X' vw www w vv\v vvv \ v\v\%
IV. NOUVELLES LITTERAIRES
ET SCIENTIFIQUES.
AMÉRIQUE.
ÉTATS-UNIS.
Washinctom. — Statistique politique (les Etats-Unis, — Deux
mois avant rclection d'un nouveau président et d'un nouveau
vice-pre'sident du gouvernement général des Etals-Unis , chaque
État doit avoir choisi le nombre délecleurs détermine par la loi
j)our procéder à celte nomination. Ce nombre est, pour tous les
Etats cnsimblc, de 23a. Dans la plupart des États, ils sonl nom-
més par le peuple réuni en districts ; dans d'autres , il n'y a qu'un
seul scrutin , et , dans deux seulement {New-Yorh et la Caroline
du Sud) , la nomination de ces électeurs est dévolue à la législa-
ture locale. iVew-i o;A en fournit vingt-neuf; la Pensyhanic ,
vingt-cinq; la /^iromj'e, vingt-cinq; \a. Caroline septentrionale,
quinze; le Jilai,s/iisuchets, vingt-((uatre; le Maine , vingt-quatre;
le A'e/i/ncAfV, 'iouze; le JfJaryland , onze; la Caroline méridionale,
onze ; le Connecticul , neuf; \e j\ew-Hanipshire , f^ermont, A'^cw-
Jersey, Tennessee el la Gcoigie , chacun huit ; IV/e de lihodeet la
Uelawarc , chacun quatre ; et l'^//nia/wa, V Illinois, Vlndiana ,
la Lnuiii ne et le âJissi!>sipi , chacun trois. Le Ji'/issouri n'a pas en-
core de voix, parce que ni sa constitulion , ni la forme de son
gouvernement ne sont encore apjirouvées par le Congrès.
— Quatre nouveaux États ont été ajoutés à l'union pendant la
dernière session du congrès, savoir : Illinois , Alubama , Maine
et Missouri, qui, avec les territoires de Michigan et Arhanson,
qui auront bientôt assez de population pour devenir litats indé-
pendans, doubleront le nombre des Litats qui se sont déchirés in-
dépendans de la Graiidc-Firetagne le i\ juillet 1776. Ils n'étaient
alors qu'au nombre de treize; ils sont maintenant vingt- quatre ,
et, avec le nouvel accroissement , ils seront vingt-six.
AMÉRIQUE DU SUD.
RiENOs-ArnES. — Botanique. — M. ISonpIand, naturaliste dis-
tingue, et compagnon de voyage de M. de llumboldt, s'est établi
AMERIQUE. — ASIE. — AFTJQLIE. 617
avec sa famille dans cette ville, où il ,s\)ccup(; de former im jar-
din compose' de plantes rares et curieuses. Il en a déjà réuni un
grand noiubre : ses recherches lui ont fait découvrir une pLmte
qui croît dans Teau , et qui contient une grande quanfitti de
tannin ; il se propose d'eu proUler pour former une tannerie sur
la Purana.
ASIE.
ILES DE LA SONDE.
Java. — antiquités. — Depuis que les Anglais ont rendu Tîle
de Java aux Hollandais , ces derniers se sont occupés à rassem-
bler toutes les antiquités (fu'iis ont pu découvrir dans le pays j et
ils ont fait des préparatifs pour le^ transporter en Europe. Parmi
ce.s restes précieux, sont quatre statues en pierre, de grandeur
naturelle ; elles ont été trouvées au milieu d -s ruines de Malang,
où elles avaient probablement servi à orner quelque édifice con-
sidérable. Trois sont déjà en route pour Amsterdam. La pre-
mière, qu'on suppose représenter la divinité' Z)w/rfl, a huit mains;
elle est assise sur un bufle qui foule aux pieds une figure du
vice; la seconde, appelée par les Javanais Gana Singa Jaga,
est la Genesa de la mythologie des Indous; elle a la tête d'un élé-
phant. La troisième divinité lYamli est ici»ri'sen'ée sous la (orme
tTun taureau. Le travail de cette dernière statue est, iiil-on,d'uu
fiai admirable.
RUSSIE ASIATIQUE.
Oreseocrg. — f^nyaqe commercial. — I/exji>;ditioa destinée
pour la Bucharie s'est mise en roule, le 10 octobre 1820; elle
est escortée de deux cents cosaques et de deux pièces d'artillerie
légère, et -dirigée par le conseiller Negri, homme versé dans les
' langues orientales et distingué par ses connaissances. Elle a pour
objet d'établir des relations commerciales sûres et avantageuses,
et de prendre des connaissances plus détaillées sur un pays inté-
ressant et voisin , mais séparé de nous par des déserts de saijlc.
AFRIQUE.
EGYPTE.
y oyage scientifique de M. l'rcd. CaiUiaiul , en Nulie. (Voy.
T. 1,' pag. 347; T. IV, pag. 37. ; T. V, pag. 372 ; T. VI, pag.
(îiS AFRIQUE.
3y6; T. VIII, pag. 169. — Des lettres d'Eléphantine , du 23
août, nous annoncent que cinq mille liniumes étaient rassemblé^ ,
dans les environs, pour remonter le Kil , sous la conduite d^Is-
raail Paoha et d'Alnîy Bey. M. Freil. Cuilliaud, qui acconipagno
Texpcdilion pour se rendre au Dongolali et sur les bords de
la Mer Rouge , a profite de son séjour à Tlièbes, pour faire cxe'-
culer de nouvelles fouilles. Ce voyage à Tbèbes est le septième.
Il vient d'y faire, le 17 du mois d'août dernier, une découverte
d'un grand intérêt pour l'bistoire de l'Egypte. Dans un des
hypogées de cette ancienne capitale , il a trouve une momie
du tcms des Grecs j le personnage embaumé a sur la tête une
couronne dorée en forme de lotus ; le corps est enveloppé de
ban.lcle'.les à la mani;;re égyptienne j sur la caisse du sarco-
phage, dans lequel est renfermé la momie , sont tracées des ins-
criptions en grec , et d'autres en hiéroglyphes. A la partie droite ,
est attaché, avec des bandelettes , un manuscrit sur papyrus j et
ce manuscrit est encore en langue grecque. La toile qui recouvre
la morai'î, est couvtrte de sujets ég} ptiens et de signes hiéro-
glyphiques. Dans'l'intérieur de la caisse, on a représenté les li-
gures du Zodiaque.
Ce monument précieux est heureusement bien conservé; mais,
le dessin , les ornrmens et les couleurs ne sont pas aussi parfaits
que dans les ouvrages plus anciens. Cette perfection de travail
est précisément le cachet de la haute antiquité égyptienne. C'est
ce que les voyageurs français ont reconnu et constaté, pendant
l'expédition.
il paraît démontré, par cette découverte de M. Cailliaud,
qu'on avait encore sous les Grecs une certaine intelligence des
hiéroglyphes. La fameuse pierre de Rosette l'avait prouvé déjà
pour l'époque de Ptolémée Kpipliane, et les inscriptions trouvées
récemment au pied du Sphinx, dans les fouilles qu'on doit à la
persévérance et au dévouement du capitaine Cuviglia , autorisent
à penser que , sous les Romains même, on avait conservé, jus-
qu'à un certain point , l'art d'écrire ces hiéroglyphes. Toutefois,
je suis loin de conclure de ces faits, que les notions des Rouiains
ou des Grecs, sur les hiéroglyphes, pourraient, si nous les possé-
ilions aujourd'Imi au même tiégré qu'eux , nous sudire pour com-
prendre les inscriptions de Thèbcs et des tombeaux des Rois, ou
AFRIQUE. 619
celles des obe'lisques; mais, il n'en est pas moins extrêmement
curieux de trouver réunis , sur un monument poste'rieur à Farri-
ve'e des Grecs en Egypte, ou peut-être beaucoup plus récent,
des inscriptions de deux espèces , dont les unes sont jusqu'à pré-
sent restées indeciiiflVables , et les autres peuvent être lues sans
difficulté'.
On pourrait pre'senter ici des conjectures qui viennent aisément
à l'esprit 5 mais elles seraient prémature'es, et il est préférable d'at-
tendre l'arrivée du monument. 11 est à croire que le possesseur
prendra tous les moyens pour en assurer la conservation et le
transport à Paris.
jNI. Cailliaud a encore trouvé dans les catacombes de Thèbes ,
quantité d'objets qui jettent un nouveau jour sur les mœurs et les
usages des anciens, tels que des meubles, des chaussures, des
ornemens de toilette , et jusqu'à du pain antique conservé. Le ca-
binet de M. Drovetti , fruit de quinze années de recherches , ren-
ferme un grand nomI>re de ces objets curieux, qui ajoutent en-
core du prix à la plus belle et à la plus riche collection qu'on ait
jamais formée en antiquités égyptiennes; collection digne d'orner
le premier musée de l'Europe, et qui est ardemment convoitée
par plusieurs puissances.
M. Cailliaud et son compagnon de voyage M. Letorzec conti-
nuent de se livrer avec zèle aux recherches géographiques. Tous
les points qu'ils ont visités ont été déterminés en longitude et
en latitude, par une grande quantité d'observations célestes, qui
ne diffèrent l'une de l'autre que dans les secondes. C'est par les
distances qu'ils prennent les longitudes , et non avec le chrono-
mètre, dont ils ne peuvent plus se servir utilement dans des
températures a«issi élevées et aussi variables.
Les nouveaux fîrmans que M. Cailiiaud a obtenus dn pacha , lui
assurent les escortes et les ouvriers dont il aura besoin pour cou-
rir le pays qui sépare la Mer Ronge du ]\il supérieur, et pour
explorer les métalliques que les anciens auteurs assurent avoir
existé dans l'île de Méroë. Jomard, de l'Institut.
— Le pacha vient de faire présent au roi d'Angleterre de la
fameuse colonne d'Alexandrie, connue sous le nom A'aiguille Je
Cléopdlrc. Le poids de cette colonne est de 200 tonneaux (quatre
eents milliers) ; son diamètre, près de la base, est de sept pieds.
620 IX'KOPE.
Ce mominicnt sera place en face du palais Je Carlton-House, à
Londres.
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
Médecine.— RcmcJc contre F cnij^oisonnement par le dcuio-mu-
riate fie mercure. — Un enfant de deux ans ayant avale une dissolu-
lion de siddiiuc rnrrnsij, dont on comptait se servir pour détruire
les rats, fut pris instantane'meut de voniissemens. On lui Gt boire
de riiuile d'olive en grande quantité'. M. John 3Iortimer , chirur-
giou, le voit au hou l de six heures; le vomissement ne s'arrêtait point,
le pouls était accéle're , la peau devenait froide , la soif excessive ;
il fit dissoudre un gros de sulfure de potasse dans une pinte et
tlemie d'eau sucrée litde qu'il fit boire au malade alternativement
avec douze blancs d'œufs lialtus ; il prescrivit aussi les lavemens
d'eau de savon. Dans l'espace de vingt-quatre heures environ,
l'enfant avala soixante-sept blancs d'œufs et but toute la disso-
lution de sulfure de potasse : dès le troisième jour, il était pres-
que dans sou état !ial)itucl de santé.
Wor.AviCH. — Cnnsirwtious navales. — On a construit dernière-
ment, dans notre chantier, trois corvettes de 20 canons, a^atit
exactement les mêmes dimensions , et bâties , la première eu
chêne, la seconde en sapin cie Higa, et la troisii'me en sajiin tiré
d'une forêt qui fait partie du domaine du duc d'Athol, en Pcrts-
hire. Le premier de ces bâtimer.s, nommé YJ'Anile du JS'ord ,
sera rais à l'eau très incessamment; le second, nomme le Niciimn ,
a été lancé lundi dernier, cl le troisième, nommé l'^ltliol, mer-
credi. Le but du gouvernement est de déterminer, d'une manière
précise , le rapport entre la force et la durée des navires cons-
truits avec ces trois esiièces ce bois, ainsi que les dépenses qu'exi-
gent leur construction et leur entrcfiin.
Londres — Sociitc roya'e. — Le 3o novembre dernier, jour
de St.-André , cette Société a tenu sa séance annuelle , à Som-
nier>et-Placc. La médaille d'or a été «lécernée au professeur J<nn
Chrétien Ocrsled , pour ses découvertes clectro- magnétiques
(voyez ci-dessus page i80- La Société a procédé ensuite à la
nomination du président , en rrmi>lacement de feu Sir Joseph
Banhs ; tous les sutliages se sont réunis sur le célèbre chimiste
Sir llnnij'hry Dayy.
EUROPE. 6îï
EniMBOCRG. — Société royale d'Ecosse. — JVomination. — Sii"
Jaiiies tiall, ayant donné sa démission des fonctions de président
tk" cette Société , les membres qui la composent ont choisi pour
le remplacer Sir Jf^alter Scott. Ce chois honorable est la digne
récompense des travaux littéraires du peintre célèbre des mœurs
écossaises.
POLOGNE.
Cracovie. — Monument en Vlionneurde Kosciusho. — Le iG no-
vembre dernier , le monument élevé aux mânes de Rosciusko , a
été consacré sur la montagne de Bronislnra , voisine de cette
ville. On ne pouvait choisir un emplacement plus convenable
pour déposer les restes du héros défenseur et victime de la cause
de la liberté polonaise. Cette cérémonie avait réuni plus de
13,000 personnes de fout sexe et de tout état. On y voyait les
fonctionnaires publics à côté des citoyens, les moines parmi les
soldats, et partout le même esprit, le même enthousiasme. —
Après le discours funèbre , prononcé par le général Paskowski,
le président du sénat, Stanislas Wodiski , a déposé le procès-
verbal et autres documens dans un vase de terre renfermé dans
une boîte d'étain j le tout, placé dans une urne de pierre, a été
mis dans le caveau préparé à cet effet. En ce moment, la multi-
tude des assistans , cédant à la vivacité des sentimens dont elle
était pénétrée , s'est élancée vers le monument; chacun voulait
remplir le devoir pieux de jeter une poignée de terre pour re-
couvrir Turne du héros polonais. Alors la musique a fait entendre
les airs nationaux : la Polonaise de Rosciusko , la marche de
Dombrowski , aux armes , mes frères ! A l'entrée de la nuit , les
I hauteurs voisines étaient couvertes de feux. Au théâtre , une pièce
analogue à la circonstance a terminé cette journée vraiment pa-
triotique.
Varsovie. — Société royale littéraire. — Extrait d'un rapport
dé 31. le conseiller d'Etat Stanislas Staszie, président, sur les
travaux de la Société pendant huit années. — Cet exposé donne
l'idée la plus avantageuse du but que s'est proposé cette réimion
de savans, et de l'activité déployée i)ar la plupart d'entre eux
pour ralteindre. Fondée en 1800, sous le gouvernement dti roi
de Prusse, encouragée par le roi de Saxe, et protégée mainte-
rvîi i:uROPK.
n:mt jmr rempireur de Russie, elle a pour objet « tle fixer ot
dépurer la lan'^iie nationale, de conserver et de perfectionner
rhistoire du pays, de Tétudier à fond sous le rapport de la tojio-
graphie , de la statistique , de l'histoire naturelle et du commerce j
et enlin de répandre parmi les Polonais les arts et les ctmnais-
sances nécessaires au bonheur et à la prospérité de la nation. »
— Les ti'avaux de la Société, relatifs à la langue nationale, ont
tendu principalement à faire adopter un même système d'orlo-
graphe et de prononciation : elle a charge' un de ses membres
de la confection d'une grammaire qui pût servir de règle ,
et se propose de donner elle-même à la nation un diction-
naii'e comj>let de la langue polonaise. Relativement à Thistoire
nationale, les travaux ont été repartis entre plusieurs membres,
qui se sont chargés chacun d'une époque ou d un point particu-
lier j on a fait fouiller dans les archives du pays et dans celles
des pays voisins ; on a consulté les anciens monuraens , les mé-
moires de familles, les médailles , etc. ; rien n'a été négligé pour
se procurer un corps complet de documens historiques. La So-
ciété a de plus fait publier , à l'usage de la jeunesse , un abrégé
de rhistoire de Pologne, et à l'imitation de Lavât er en Suisse,
a répandu parmi le peuple un recueil de chansons nationales où
sont retracés les hauts faits et les belles actions des Polonais. —
La section des sciences s'est principalement occupée de recher-
ches utiles au pays ] il a été ptiblié divers mémoires sur la nature
du sol et sur les diilércntcs mines de cette contrée : on s'occupe
en ce moment d'une carte géognosfique de la Pologne : on a
donné une attention particulière à la cochenille quittait autre-
fois un objet important pour le commerce extérieur, et qui main-
tenant sert encore à la teinture des étofTes grossières j plusieurs
membres de la Société pensent que cette branche pourrait être ra-
nimi-cau moyen de soins et d'encouragemcns. L'ambrejaune, dont
la formation est encore un proiilêmc, aaussi occujiéla Société. Ln
de ses membres, ])Ossesseur dimc mine considérable de celte
substance, a proiivé qu'elle n'était qu'une résine fossile découlant
dune espèce d'arbre dont le fruit ressemble à une pomme de ]>in ,
et que l'ambre en grande masse se trouvait ordinairement près
des troncs de ces arbres. — La section d'agriculture a mis le plus
grand soin à faire connaître les nouvelles niclhodes de culture , et
EUKOÎ^E. G23
tes instrumens aratoires que l'expe'rience a juge's propres à rem-
placer les anciens avec avantage. Elle a cherche' à bien de'termi-
ner les causes et les symptômes des epizooties si fre'quentes en
Pologne, et les moyens les plus efficaces pour les faire cesser. —
Enfin la section de médecine a dirigé ses travaux sur les maladies
propres au pays, et en particulier sur la plique. — Telle est Tes-
quisse rapide des travaux nombreux et variés de cette Société
savante, qui paraît animée du patriotisme le plus pur, et du
zèle le plus ardent pour l'avancement des arts et des sciences.
Indépenilamment de l'impulsion saiutairequ'une telle Société doit
donner aux esprits, par sa seule existence, les moyens auxiliaires
pour atteindre le but qu'elle s'est proposé, sont i°des médailles et
des prix destinés à ceux qui ont présenté les meilleurs Mémoires
sur des questions proposées j 2° une bibliothèque publique ou-
verte à toutes les personnes qui désirent y puiser de l'instruction^
3" un cabinet d'histoire naturelle ; \° enfin, plus que tout cela ,
le soin d'entourer d'honneurs et de gloire les noms de ceux qui
ont illustré leur pays par leurs talens et leurs grandes décou-
vertes. C'est dans ce but que la Société vient de faire un appel à
la nation pour l'érection d'un monument à l'honneur de Coper-
nic ( né à Thorn ). Cut appel ne peut être fait en vain , lorsqu'il
est adressé à un tel peuple , et pour un tel génie. — INous donne-
rons dans un prochain numéro l'extrait d'un discours fait à ce
sujet.
DANEMARCK.
Médecine. — Progrès de la vacciiialion. — La vaccine produit
dans ce pays les plus heureux résultats. D'après un rapport de la
commission nommée par le gouvernement , en 1818 , pour sur-
veiller cette branche de la médecine, il paraît que le nombre des
cnfans vaccinés s'élevait, dans cette seule année, à 2^,09^ , dont
22,638 avaient été vaccinés par des hommes de l'art; 3,688, par
des ecclésiastiques, et i,j68 par diflérens individus. Suivant un
calcul approximatif , le pays avait perdu par la petite vérole,
dans l'espace de cinquante ans, depuis i;;jg jusqu'à 1798,
3,100,000 personnes: Ainsi ^a vaccine, qui y a été introduite
en 1802 , aurait conservé la vie à 78,000 créatures humaines.
Islande. — Littérature Islandaise. — D'après un rapport de la
Cl \ EUROPE.
Société lilU'rnire iVIsIande , il paraît que le grand ouvragp isl.m-
dais , nommé Sturùrin^a sega , et formiint cent vingt feuilles
d'impression , vient d être achevé. On a aussi publié , depuis peu ,
iiDe Géographie générale de l'Islande, et on imprime dans ce
moment une collection des OEuvres des poètes qui ont illustré
ce pays.
A LLEMAGNE.
AVrRTznocRG. — Programme îles cours oui'erls , à rtinifersilé (Jç
celle ville, le 2 novembre. — Trois professeurs enseignent la phi-
losophie ; sept cours sont destinés aux sciences exactes et natu-
relles. Parmi les cours d'histoire , au nombre de dix , on.en remar-
que un, dont runi([ue but est de développer le sjrslèmc actuel
des États de l'Europe, surtout en ce qui concerne ririfliience de
la révolution française. Les piofesseurs , Hlum et IMathias, don-
neront des détails sur l'Histoire littéraire des Grecs et des Romains.
Enfin, les matliématiques elles-mêmes auront leur historien. Le
programme annonce de plus deux cours de philologie; neuf de
ihéologie j quinze de droit. Quatorze cours sont compris sous la
dénomination de sUiats vijsen Schail (sciences des Etats^ , quoi-
(|ue, paruii ces derniers, huit seulement aient pour but le.s
sciences politiques, et que les autres s'occupent de choses qui y
ont un rapport moins direct; par exemple, des mines, des foiêts,
de réconomie rurale. Enfin, dix-sept cours sont ouverts aux
élèves en médecine. Des maîtres particuliers enseignent l'ai t du
graveur, le dessin, la musique, etc., etc.
rÎERi.i\. — n l f nii'ersilé a repris ses exercices dès le iG octobre.
A'oici le détail des leçons qu'on y donne : il y a dix cours de théo-
logie; dix -huit de droit; soixante de médecine; onze de philoso-
pfile; Seize de matliématiques ; ([uinzede sciences naturelles ; six
de sciences économi(jues et politiques; deux de beaux-aits ; dis
d'histoire ; vingt de philologie. La bihliolhè(|ue royale, le mnsét;
et le jardin botanique sont à la ilisposilion tli's él» vos. Parmi les
noms des professeurs de cette Dniversilé, on cite ceux d«;
>1M. de Sauigny , Hufet<ind, Fichle et Osnnn. < je dernier a ré-
cemment publié des idées neuves sur la tragédie d'Ajax , assez
mal jugée jusqu'à ce jour. M. Osann Ta vengée à la fois des iu-
justici.'s de ses détracteurs et des nuladresie^ de ses dcfcnseuis.
EUROPE. 625
Ainsi, dans le même tems, Ja France et l'Allemagne ont vu re-
mettre, à la place qu'ils doivent occufer, deux, chefs-d'œuvre
anciens. Qui ne se rappelle , avec plaisir, le charmant morceau
lu par M. Andrieux à l'Acade'mie ? Il appartenait à celui quia
«nrichi la scène française d'ouvrages classiques, de faire rendre
justice au Prome'the'e d'Eschjle. Ph. Goleért.
Munich. — Société pour Pimilation des manuscrits orientaux.
— Il s'est formé dans cette ville une Société' qui va faire lithogra-
phier, sur les meilleurs manuscrits, les ouvrages les plus estimés
qui existent en turc, en arabe , en persan et en langue tartare ,
pour les répandre dans tout l'Orient , par la voie de ïrieste. Ce
qui s'est opposé à l'introduction de limprimerie, chez les orien-
taux, ce sont d'abord les cabales des copistes de profession;
mais bien plus encore l'impossibilité pu l'on est de rendre, au
moyen de caractères fondus, les divers ornemens que les Turcs
et les Arabes sont habitués à voir accompagner chacun des ca-
ractères écrits. La lithographie oflre de grandes ressources à cet
e'gard, et l'on va s'appliquer à imiter parfaitement, tant la cal-
ligraphie, que la reliure des manuscrits. Il y a tout lieu de
croire que le prix modique, auquel on pourra fournir les exem-
plaires lithographies, leur procurera un grand débit, et que
le nouvel établissement contribuera beaucoup à répandre les
lumières dans l'Orient.
Publications nouvelles. — Tubingew. — Traduction d''un ou-
trage français. — M. Jean Charles Hoeck, conseiller aulique de
régence à Gaildorf, a publié à Tubingen, chez le libraire Hopfer
de l'Orme, une traductionallemande de l'ouvrage de^. M.A.Jul-
lien, de Paris, intitulé : Agenda général , ou Mémorial portatif
universel, dont la troisième édition a été imprimée à Paris , en
181 5. Le traducteur a adapté son ouvrage à l'année 1821 , et y a
ajoute quelques observations , ainsi qu'un supplément.
Leipsick. — Poésie. — L'Allemagne continue à s'enrichir de
traductions des grands poètes de l'antiquité : les comédies de
Plante, les fables de Phèdre, les odes de Pindare et celles d'Ho-
race ont été récemment mises envers allemands, et les auteurs
de ces traductions ont partout conservé le mérite de l'original.
C^et avantage de lallemand sur les antres langues est inappié-
fiable. Les Français n'ont pas réellement une seule traduction
TOME viir. 4o
626 EUROPE.
des poètes anciens : ]a prose ne leur en a donné que des copies
de'colorees, la poésie ne nous les a montre's (|ue dans des imita-
tions quelquefois cic'gantes , mais toujours iuliiltles. Chez les
Allemands, au contraire, quand on fait parler Pindare ou Ho-
race, c'est lui-même qui parle. Le traducteur n'est là que pour
substituer au\ mots grecs ou latins des mots allemands de même
mesure : son mérite consiste dans l'tle'gance et la iidélité de ce
choix , et la difiicultc de ce travail est encore fort grande , puis-
qu'il faut, pour la vaincre, que le traducteur soit poète lui-
même. Aussi voit-on que les hommes qui se sont distingués par des
ouvrages d'imagination, sont précisément ceux qui ont le mieux
traduit les anciens. Pour le prouver, il suffirait de nommer f^oss,
et de rappeler que l'auteur de Louise a été l'interprète d'un grand
nombre de chefs-d'œuvre. Phèdre vient d'être traduit par M. Vo-
gelsang Son style est en général facile et élégant. Quant à Pin-
dare , c'est la première fois que ses odes ont été rendues en vers
de la même mesure. M. Tiersch n'a pas craint de faire imprimer
en regard le texte grec, il y a joint un Traité sur les vers de Pin-
dare, et plusieurs savantes dissertations non moins intéres-
santes. M. 'liersch a été plus que traducteur : il s'est montré
poète , de telle sorte que les chants de Pindare sont natura-
lisés en Allemagne. L'interprète d'Horace a suivi deux fois pour
une le précepte nonum prematur in annuin, car c'est depuis i8o3
({ue M. KJammer Scbmidt est occupé à polir son livre. II n'en
fallait pas moins pour entrer en lice avec Hammler , Eschon et
Voss. Le dernier surfont est un terrible adversaire, devant lequel
M. Si'hmidt paraît avoir s^uccombé. On lui fait aussi le reproche
d'avoir dénaturé son auteur par un excès de scrupule , et d'avoir
substitué des noms de filles ù ceux de garçons, partout où il
était question d'une espèce d'amour que la nature réprouve.
M. Voss, cet infatigable traducteur des chefs-d'œuvre anciens,
vient d'être rais lui-même en vers latins. I\I. Fischer a publié sa
Ionise, avec le texte allemand. INous recommandons cet opus-
cule aux français <pii veulent connaître Louise : aucune tra-
duction française ne pourrait mieux les satisfaire. M. \ oss tra-
vaille aussi à une tiaduclion importantcjil ne s'agitdenen moins
que de faire parler Shakespeare en vers allemands.
—M. Buttmann s'occupceu ce moment de i»ul)lier un recueil d«
EUROPE. 6*7
Scolies d^ Homère. S'in but est tle rassembler tout ce que Jes
grammnii itns , autres (\w' Eusthathe , ont dit sur ce prince des
poètes. En s'aidant des travaux de ses devanciers, >I. Buttaiann
donnera beaucoup de scolies inédites, tirées d'un manuscrit de
Heidelberg. Ce manuscrit avait déjà été indiqué par le savant
professeur Creutzer, qui en parle dans ses â/eletemata d^ anti~
quilale. M. Bultmann rend un véritable service aux amis des
lettres qui pourront, en joignant Z^u5{/i</t/ie à sa collection , se
procurer facilement un cours complet d'érudition sur les poésies
d'Homère.
— M. Muller a publié un petit écrit intitulé : Car i.-inuni nec
latinorum spécimen. Les journaux allemands prétendent qu'il
s'est servi avec succès des vers employés par Horace. Us louent
surtout les stropnes sur le voyage du prince de Hardemberg
à Karlsbad; cependant ces strophes nous ont paru prosaïques.
Veut-on savoir comment l'auteur désigne le wist et le vin de l?
comète:
Gœna nos simplex variusque pictis
Regibus lusus tacitos habebat ,
£t JVotœ undenœ pia testajundens
Pocula Rheni.
Va. G.
\ikv.yi%T: kviT .—Archéologie. — M. Moller fait paraître une collec-
tion de dessins des mnnumens du moyen âge. Les 9^ et loe cahiers
représentent le couvent de Lorsch , que l'on dit être du temps de
Charlemagne; on y voit aussi le clottre ilu chapitre d'Aschaffen-
burg, le dôme de AVorms, l'hôtel de ville d'Hanovre, etc. , etc.
Berlin. — Bennx-Arts. — fondation d^ua musée. — On a
fondé dans cette ville un musée, où Ton doit réunir les sta-
tues les plus remarquables, les médailles les plus curieuses et les
plus beaux tableaux , dispersés dans difTérens édifices. Le roi pro-
tège cet établissement, et a nommé M. le conseiller Hirt pour
présider au choix et au placement des divers objets qui doivent
composer cette collection.
"ViEKNE. — Architecture. — Erection d'un temple. — L'empe-
reur d'Autriche a donné de» ordres pour faire construire dans
eette ville un temple, qui doit être en tout semblable à celui de
4o*
GiS EUROPE.
Thésée érige à At!iènp<!. Le célèbre j^roupe de Thésée, par Ca-
nova , doit orner rinlerieiir de cet édifice.
Leipsick. — J'/iedlre. — Colitçny. — M. Marschncr vient de
donner une tragédie de Coligny , que l'on dit écrite avec bea»i-
coup de force. L'auteur s'est attache à peindre dans toute leur
horreur les exccs du fanatisme religieux. On assure que cet ou-
vrage est surtout remarquable par la fidélité historique des ca-
ractères , parla vérité des images, et par la chaleur toujours
soutenue ihi dialogue.
Munich. — Nécrologie. — Le lo avril nous a enlevé deux
hommes distingués. — Le premier, M. de liitlershausen, rédi-
geait autrefois un journal intitulé : /Jie Pfalzhaicrische muse;
plus récemment (de 1804 a 1808), il en avait public un autre
sous le titre de Deulschlands-ylujhlarung. — Le savant qui est
mort le même jour est M. Sebastien Gûnther, connu par d'excel-
Icns travaux historiques sur la Bavière.
AuGSBOURG. — Charles ylrbuthnoth , Ecossai» de naissance , et
prélat du chapitre écossais de Saint- Jacob , est mort le 19 avril ,
à l'âge de 84 ans. Dans le cours de sa longue et honorable car-
rière , il avait cueilli plusieurs palmes académiques. Il était fort
jeune encore lorsqu'il entra au chapitre écossais , dont il fut en-
suite le directeur pendant dix-sept ans. "yi. Arbuthnoth était
membre de l'Académie des sciences de ]Munich.
Ph. Golbért.
SUISSE.
Gei»Ève. — Iflalson Je force péiûtenliaire . — Le conseil d'Etat m
prolongé de deux moi» le terme dans lequel devaient être déposés
Ifes plans et devis d'Hwc maison dejbrce pcnitenliairc , au sujet de
laquelle il a été publié des progianmies dans le commencement
de cette année. Par le premier , on oflTrait un prix d'environ
Goo fr. à l'auteur du meilleur projet d'une maison de détention
pour 45 à 5o criminels, jirojet qui devait être adapté à un édifice
déjà existant. Les auteurs, disposés à se servir des prisons actuelles,
étaient avertis qu'ils devaient y eonserver uneplacesuflisante j>our
pouvoir vrenfenner, indépendamment des 45 à 5o malfaiteurs ci-
dessus, un nombre à peu près égal de prévenus, de détenus pour
dettes ou d individus condamnés à l'emprisonnement, et qu'ils de-
EUROPE. 629
yaient , en outre, pourvoir, autant qu'il serait possible , à la sépa-
ration de ces diverses classes de prisonniers, en ayant e'gard à leur
sexe. Par le second programme , on mettait aussi au concours un
prix d'environ 5oo fr. pour l'auteur du meilleur projet d'une mai-
son du même genre à construire à neuf pour une cinquantaine de
criminels. Quatorze conditions princij)ales devaient être rem-
plies indispensablement par ces deux programmes. On exigeait,
entre autres, au moins deux grandes salles de travail, suscepti-
bles d'être divisées' en cas de besoin 5 un réfectoire j une chapelle ,
commune aux deux cultes j une chambre de bain, etc., etc. On
recommandait surtout aux concurrens qui n'adopteraient pas le
système panoptique, ou tout autre analogue , de disposer les
chambres des guichetiers et des inspecteurs du travail, de ma-
nière à faciliter la surveillance des diflérentes parties de l'admi-
nistration. Tous les renseignemens de quelque utihté, ainsi que
les meilleurs ouvrages publiés, sur ce sujet, tant en France que
dans d'autres pays , avaient été mis à la disposition des personnes
qui étaient dans l'intention de disputer les prix. Un assez grand
nombre de projets ont été envoyés au concours , et, quoiqu'il
soit fermé depuis le i^'' novembre dernier, on n'en connaît pas
encore le résultat.
Publications nouvelles. — Glaris. — Le docteur Hegets-
chweiler vient de faire paraître une notice intéressante sur la
composition , l'usage et les facultés de l'eau minérale qu'on trouve
près de Linthlhal, dans notre canton.
— Histoire de la Suisse. — MM. I iissli et compagnie viennent
de publier le cinquième cahier des principales scènes de l'Histoire
des Suisses j le sixième et dernier cahier paraîtra incessamment.
Cet ouvrage soutient la réputation qu'il s'est acquise.
— Zurich. — Traduction d'un ouvrage Jrancais. — Les li-
braires , Orell , Fiissli et compagnie , annoncent une traduction
allemande de l'ouvrage que IM. le docteur Joseph Coullon a
publié, à Paris, en 1819, sous le titre de Recherches et considé-
rations médicales sur Cacide hydrncyiinujuc, son radical, ses
composés et ses anlidoles.
— Bersce. — La publication de la Chronique suisse de Jultin-
ger a été si bien accueillie , que les éditeurs se sont déterminés à
faire imprimer les écrits historiques des autres chroniqueurs du
63o EUROPE.
tems, Tschachtiau, Scftilsin^ et f^alerius Anshc/m. L'ouvrag*
de Tscbacliilau est di-jà sous presse.
ITALIE.
Pavie. — Bateau a vapeur. — Lne Société de Milanais a fait
venir à Pavie, un bateau à vapeur, construit dans les chantiers
de Gênes. La machine a été faite par M. Botton de Birmingham.
— Vekisk. — Le bateau à vapeur de M. Fs. .\llen, qui va de
Venise à Trieste, ne paraît pas d'une bonne construction; il a
même éprouve' un accident assez grave cette année.
Progrès de renseignement mutuel en Italie et h Af aile. — La
méthode de renseignement mutuel fait chaque jour de nouveaux
progrès en Italie. Une école, où Ton suit ce .système d'instruc-
tion , vient de s'ouvrir à Malte , sous la surveillance de Joseph
Standi, qui a fait un voyage en Angleterre, afin d'acquérir une
connaissance plus approfondie de la méthode de Lancastre. Une
autre s"e.-.t formée près de La Valette par les soins d'un ecclésias-
titjue nommé Don Luigi, qui se montre très empressé à seconder
ce plan d'éducation. A Kaples , le nouveau système a reçu les
plus grands encouragemens de la noblesse, des hommes de
lettres, et des individus de presque toutes les classes. D y a, dans
«ette ville, une école d'enseignement mutuel, où trois cent*
enfans pauvres sont instruits aux frais du gouvernement. Plu-
sieurs ctablissemens du même genre vont, dit-on, s'ouvrira
Rome et .'i Gènes : IMilsn, Brcscia , Florence, en possèdent déjà.
Dans cette dernière ville, l'institution est encouragée par des
personnes d'une grande distinction. M. Gallini, qui a parcouru
la France et l'Angleterre dans la vue de s'instruire des procédés
de la méthode , vient de fonder une de ces écoles à Voghera, en
Piémont. Le prince Carignano en avait déjà établi cinq dans le
même pays, où elles prosjièrent d'une manière suqirenante, et
où le clergé se plait à les encourager. D'autres viennent de se
former à Nice et dans ses environs, grâces au rèle de MM. l'abbé
Cessola , et Caupin.
FI,oRE^cE. — Instiliit d'' enseigne ment public. — C'est une réu-
nion de plusieurs écoles destinées à l'instruction de la jeunesse.
M. Attilio Ziuccagni Orlandini ert à la tête de cet établissement ,
dont il a conçu le projet; il » pour collègues Luigi Borrini,
EUROPE. fj3t
Giuseppa Pierottiniet AgostinoGiuliani, tous jeunes gens e'gale-
inent anime's de l'amour de la gloire et de la patrie. Les écoles
qu'embrasse cet Institut, sont : 1° celle de préparation; 2° de
calligraphie et d'arithmétique e'iëmpntairc; 3" de dessin; 4° ^t
5" de géographie; 6° d'histoire sacrée; ^° d'histoire civile;
8** d'histoire littéraire; 9° de grammaire générale appliquée à la
langue italienne; lo* de langue française; 11" et 12° écoles infé-
rieures de littérature; i3**de littérature supérieure; 14" de logi-
que et de géométrie; i5° d'élémens d'histoire naturelle et de
physique. Cet établissement a mérité la protection du gouverne-
ment. Les fondateurs ont encore établi , à peu de distance , un
pensionnat qui s'ouvrira au mois de janvier 1821 , pour les jeunes
gens , surtout pour les étrangers qui désireront profiter des cours
de l'Institut Florentin. On a publié à Florence, les Constitutions
t:t réglemens de l'Institut florentin.
Rome. — Découverte bibliographique. — On a annoncé au
monde savant des découvertes assez importantes, faites dans un
manuscrit du onzième siècle, de la bibliothèque du Vatican. Il
contient des morceaux inconnus de Polybe , de Diodore de
Sicile , de Dion Cassius et autres. C'est le fruit des soins et des
connaissances de l'estimable conservateur de cette bibliothèque,
auquel on doit encore des morceaux d'Eusèbe et de Philon , sept
livres du médecin Oribaze : des extraits des pères grecs et la-
tins, antérieurs à saint Jérôme , et dont on n'avait point recueilli
les ouvrages, et plusieurs autres fragmens de l'antiquité.
Hommages rendus a la mémoire de f'isronti. — A Icxcmpie
de la France (i) , l'Italie croit ne pouvoir trop honorer la mé-
moire de Visconti. M. Gherardo de Rossi a prononcé son éloge
â l'Académie d'archéologie de Rome. Les artistes romains ont
consacré au même sujet une de leur réunion dans lAcadémie de
Saint- Luc. — Dans une séance publique, tenue à Bologne,
IVl. Dionigi Strocohi a lu un Éloge du célèbre antiquaire,
écrit avec son élégance ordinaire , et qui a été publié, en 1819,
avec une Canzone, de G. Marchctti. Des hommages semblables
ont été rendus à la mémoire de Visconti, dans la plupart des
(i) Voy. ci-dessus, pag. 206 et ci-apvès, l'art. Paris.
I
GJ2 EUROPE.
villes savantes dltalie. Parmi tous ces ouvrages, on dislingue
]a N otlce bioi^raphique . par INI. J. Labey, qui a e'te traduite de
l'italien par M. Sergent Marceau. Cette notice, qui a devancé
presque toutes les autres, est très étendue : c'est Jà qu'ont puisé
tous les autres biographes de Visconti.
Royaume de INaples. — Académie des Beaux-Arts. — Celte
Académie propose , pour sujet du prix de peinture à dc'cerner
en 1821 , J\J tdée Jlottanl entre la pitié et la rage, au moment où
elle me'dite la mort de ses enfans. Le tableau devra avoir quatre
pieds de haut sur trois de large , et le prix sera une médaille d'or
de la valeur de 600 ducats.
Rome. — Sculpture. — Giovanni Ccccarini, jeune sculpteur
lomain , élève de Canova , a témoigne sa reconnaissance à ce
grand maître, en exécutant sa statue. Elle est de grandeur colos-
sale : Canova est assis devant un torse de Jupiter, dont il paraît
admirer le travail. On a beaucoup vante dans ce groupe la dignité
de l'expression , son originalité, et lart avec lequel les drape-
ries sont disposées.
TURQUIE d'eUROPE.
Valachie. — Ijckarest. — Instruction publique. — Le grand
collège de celte ville vient d'éprouver une amélioration sensible,
sous la protection du prince actuel, Alcxandros Soulzos , natif
de Conslantinople, et qui se propose, dit-on, de civiliser
toute la Valachie, pays très fertile, en y faisant propager
les lumières de l'iustruction. On assure aussi que ce prince va
donner aux Valaques un code de lois , et qu'il contribuera puis-
samment à l'abolition de la féodalité, institution monstrueuse,
qui a toujours écrasé les paisibles paysans. Cequ'ily a decertain,
c'est qu'on vient d'établir, dans ce même collège , une école d'en-
seignement mutuel, et que le fils aîné du prince, <jui se nomme
JYicolaos Soutzos , et qui est un jeune homme plein de mérite , a
dernièrement assisté à l'ouverture du cours , pour encourager les
élèves au nom de son père. Le jeune prince a prononcé, après
le directeur, !M. Vardalachos , un discours simple et naif, dans
l((|ii<l on a surtout remarque le passage suivant: « (Jhcrs élèves,
il n'appartient à mon Agv de vous donner des conseils; mais,
j'adresse du fonJ de mon cœur des vœux ardens au père des lu-
EUROPE. 633
mières et(îe la vérité, pour qu'il vous conduise dans le sentier
de la vraie philosophie et de la vertu , sans lesquelles toutes les
institutions humaines finissent par s'écrouler, etc., etc. w Le
discours du jeune Soutzos a fait beaucoup de sensation sur Tau-
ditoire, et a été couvert d'applaudissemcns. Il est question d'éta-
blir aussi à Bukarest une bibliothèque publique bien composée.
Ce grand bienfait, qu'on attend de la puissante énergie du nou-
veau prince , ne peut qu'ajouter à sa gloire, d'autant plus que les
livres utiles sont très rares en Valachie. Le prince est aidé dans
ses grands projets par INI. Spiridioa Valétas, homme plein de
savoir et de vertus, et que tous les habitans regardent comme le
plus bel oraement de la cour. C'est lui qui, sous le nom d'Aris-
tomènes , a publié, il y a deux ans, une élégante traduction , en
grec moderne, du célèbre discours de Rousseau, sur F Inégalité
des conditions. Cette traduction passe dans toute la Grèce pour
un modèle de style. IM. Valétas est nalif d'ios , l'une des îles cy-
clades de l'Archipel , et appartient à une des familles les plus
distinguées.
— Le théâtre, établi depuis peu à Bukarest, sous la direction de
M. Jean INicolo-Poulo , l'un des plus riches négocians grecs,
fait toujours des progrès 5 on vient d'y ajouter une troupe de mu-
siciens italiens ; et tout fait espérer que le goût de la bonne
musique se propagera bientôt dans toute la Valachie, ainsi que
dans toute la Grèce. 11 viendra peut être ce teras heureux , où l'on
entendra de jeunes Grecs chanter avec enthousiasme les chœurs
sublimes d'Eschyle , d'Euripide et de Sophocle !!.' C. N.
G n È C E .
Iles Iosiesnes. — Sainte-Maure. — Enseignement mutuel. —
Circulaire adressée , en 1 820 , aux habitans de celte île, par M. Ma-
carius , ci-devant évêque de Bogous , coadjuteur de P archevêque
de Corcyre. — « Il est notoire que beaucoup de savans, frappés
des obstacles qui s'opposent à l'instruction de la jeunesse, dans
le mode actuel d'enseignement, et prenant en considération la
perle de tems , le dégoût de l'étude , et tous les maux qui en sont
la suite , se sont occupés sérieusement des moyens de remédier à
ces graves inconvéniens. Déjà ces savans voient leurs nobles ef-
forts couronnés de succès, par l'introduction de la précieuse
G34 EUROPE.
mëtliode de V enseignement mutuel, dont la découverte a fait
radmiralion de l'Europe civilisée , et qui a été accueillie avec
transport partout où elle a pénétré. Elle vient de vous être
oflérte par M. Atlianasc Politc , votre compatriote, aussi recom-
mandahle par ses lumières que par le désintéressement avec le-
quel il a sacrifié ses intérêts pour être utile aux jeunes gens «V
votre pays. Cependant , comme la jalousie s^attachc à toutt-
innovation, quelque utile qu'elle %o'\t ,V enseignement mutuel. \ àtk
rencontrer de l'opposition. Des personnes ignorantes, ou enne-
mies du progrès des lumières , ont représenté la nouvelle méthode
comme incompatible avec les sentimens religieux^ et chaque jour,
on les voit détourner les jeunes gens de fréquenter les écoles , et
dissuader leurs parens de les y envoyer.
V Pour dissiper ces fâcheuses préventions , ou en neutraliseï'
l'cflet , il est de notre devoir de déclarer que cette précieuse in-
novation doit être embrassée avec zèle et reconnaissance i°i)arcc
que, loin d'être contraire à la religion, elle facilite à la Jeunesse
la connaissance de ses devoirs envers Dieu , et envers les hommes j
'.«» parce qu'elle épargne beaucoup de tems, que Tancienne mé-
thode faisait perdre aux jeunes gens, en leur causant inutilement
des peines et de l'ennui j et (ju'ainsi ils apprendront plus promp-.
tement, plus sûrement, et d'une manière plus agréable, à lire, à
écrire, à orthographier, etc., etc. INou» vous conseillons donc
paternellement de vous rassurer, à cet égard, et de ne tenir nul
compte des insinuations perfides des ennemis de l'enseignement
mutuel. Croyez-nous, ce n'est pas par zèle pour la religion, mais
par ignorance et par jalo»isie , qu'ils veulent vous éloigner de la
seule méthode qui puisse instruire facilement vos enfans de leurs
devoirs religieux et moraux. Suivez les conseils de votre arche-
vêque, et t[ue chacun di; vous s'empresse d'envoyer ses enfans
aux nouvelles écoles. Vous ne sauriez leur rendre un plus grand
service , et donner un exemple plus louable aux habitans des
autres îles , qui s'empressent déjà d'adopter la nouvelle mé-
thode.
"Faites ce que je vous conseille, et la grâce de Dieu sera
avec vous. »
EUROPE. 635
ESPAGNE.
Enseignement mutuel. — Au commencement de iSt^, lorsque
M. de Pizarro était ministre des affaires e'trangères, un officier
espagnol (ne en Irlande), M. Kerney, fut envoyé en Angleterre
pour y apprendre les méthodes de Bell et Lancaster. Cet officier,
en retournant à Madrid , s'arrêta quelque tems à Paris et y prit
connaissance de la nouvelle méthode perfectionnée; méthode
qu'il préféri pour l'école espagnole.
A son arrivée à Madrid , on nomma un comité (junta ) protec-
teur, dont M. le duc de V Injantado fut le président, et dont le
marquis de Santa-Cruz, actuellement ambassadeur, et plusieurs
autres grands d'Espagne, furent membres. L'enseignement mu-
tuel trouva peu d'opposition en Espagne. Quelques maîtres
d'école se déclarèrent contre; et les escolupios (ordre religieux
particulièrement dévoué à l'instruction primaire , et qui , par
son excellent esprit, a mérité d'être exempté de la mesure d'abo-
lition récemment adoptée par le gouvernement) firent quelques
démarches j;our décréditer le nouvel élablissement; mais bientôt
ils prirent le parti de l'adopter pour rarithmétique et la lecture ,
mais non pas pour l'écriture, parce qu'ils prétendaient que la
méthode d'enseignement mutuel n'était pas assez brilUtnte. Cette
faible opposition ne put par conséquent arrêter les progrès de la
nouvelle méthode : l'école compta bientôt plus de trois cents
élèves , et en 1819 de nouvelles écoles furent ouvertes à Barce-
lone, Cadix, Valence, Valladolid, la Corogne et quelques au-
tres endroits. Au commencement de cette année 1820, le corps
royal du génie a établi la première école régiinentaire à Alcala ;
au mois de juin , le roi a voulu répandre et multiplier ces établis-
t eemens militaires , et si ce projet ne s'est pas encore exécuté, ce
n'est point par l'opposition d'un parti, mais par la suite de chan-
gemens qui obligent à créer de nouvelles bases d'organisation
militaire. Cependant le régiment de Cordoue, en garnison à Bar-
celone , a une école d'enseignement mutuel : et je crois que le
régiment de Lorraine, et deux autres quifircnt partie de la petite
armée du général Quiroga , en ont aussi. Le comte de l'Abisbal
avait eu l'idée d'établir à l'île de Léon (quartier général de l'ar-
mée expéditionnaire en 1818 et 1819) des écoles régimentairf);
636 FUROPE.
et avait déjà créé une école normale. J'ai lu le Mémoire écrit û
ce sujet par Tofficier directeur. L'n professeur de grammaire,
près de Madrid, fait des essais pour enseigner les principes de la
grammaire espagnole et latine d'après la nouvelle méthode. Le
gouvernement espagnol fait imprimer en ce moment une instruc-
tion destinée à répandre la méthode générale et uniforme en Es-
pagne. ]VT. le marquis de Santa-Cruz a bien voulu promettre , à
l'auteur de cet article, de lui donner un exemplaire de cet intéres-
sant ouvrage , aussitôt qu'il aura paru. B. Appert.
Cadix. — Instructinn publique. — La constitution est l'objet de
l'instruction publique dans toutes les écoles primaires. Dans les
couvens de Saint-Dominique et de Saint-François, les religieux
servent de professeurs et y mettent beaucoup de zèle. Les capu-
cins ne veulent pas encore imiter cet exemple.
PORTUGAL.
Lisbonne. — Enseignement mutuel. — Le directeur général des
écoles portugaises, M. de Conto-e-âJelo , a envoyé à la Société
de Paris, une collection de petits ouvrages élémentaires qu'il a
composes à l'usage des écoles , accompagnés de tableaux de lec-
ture et de calcul j l'ordre et la méthode se font remarquer dans
ces écrits, et les matières y sont assujellies à une marche analy-
tique.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
Bruxelles. — Chimie. — Wonuelle préparation des animaux. —
M. Drapiez, professeur de chimie et d'histoire naturelle, l'un
des rédacteurs dfs Annales générales des sciences physiques , a
substitué avec succès, aux matières vénéneuses, dont Teniploi e.<t
si souvent dangereux dans la préparation des animaux pour la
collection d'histoire naturelle , un savon composé de potasse et
d'huile de poisson. Il dissout une partie de potasse caustique
dans une suffisante quantité d'eau j il ajoute à cette dissolution
une partie d'huile de poisson 5 il triture le mélange jusqu'à ce
qu'il en résulte une masse assez ferme. ()uand ce savon est à un
<|pgré complet de dessication, il le réduit en poudre au moyen
d'une râpe; une partie de celte jiouihe est employée à former
une pûte molle ou savon liquide , au mo}'Vn duuc quantité éguU
EUROPE. 637
de camphre dissoute dans l'alcool musqué. Ce savon liquide sert
à enduire la peau bien de'graissee de l'oiseau, et l'autre partie du
savon en poudre est parsemée entre les plumes de Toiseau en la
plus fjrande quantité' possible. Lorsque l'oiseau est ainsi pre'pare ,
On le porte dans un lieu humide , afin que les particules de savon
venant à se ramollir, se collent parfaitement contre les parois
des plumes, du duvet et de la peau : on le met ensuite sécher. Par
ce moyen, il résiste, complètement aux attaques des larves, et
n'oflVe point les dangers ni les inconveniens des })re'parations
arsenicales, qui, comme l'on sait, salissent les extrémités des
plumes et des poils.
Publication nouvelle. — Législation — Le quatrième volume de
l'ouvrage intitulé: Esprit, origine et progrès des institutions judi-
ciaires , va paraître. Il traite des Institutions judiciaires des Pays-
Bas. Cet ouvrage, écrit en langue française, est également impor-
tant pour l'histoire , pour la politique et pour la législation. Son
auteur, M. Meyer, n'est point Allemand, comme on l'a dit dans
plusieurs journaux étrangers; il est d'origine juive et ré à Ar-
nheim en 1786. La plupart de ses ouvrages sont écrits en français
comme celui-ci.
Amsterdam. — Théâtre. — Don Carlos , tragédie. — Le journal
hollandais, intitulé Le Censeur, même des censeurs ( De Recen-
sent, von der recensenten) (tome XIII, n° 8 , p. ^■2'^ — 4^*^) >
nous apprend que la tragédie de la mort de dpn Carlos , dont
nous avons rendu compte dans la dix-septième livraison de la
Revue, et qui a paru anonyme , est de M. Jï^iselius , dont nous
nous proposons de faire connaître incessamment les Poésies mê-
lées et dramatiques (Mengel en tooncel-poézy^ , publiées à Ams-
terdam, chez Gartman et Van der Hey, 1818. /f vol. in-8". La
Mort de don Carlos n'en fait point partie, et elle a été, depuis
notre article, représentée avec un grand succès sur le théâtre
d'Amsterdam. Le journal cité censure les journalistes hollandais
de s'être laisse prévenir par un journaliste étranger, dans Tan-
nonce de celte pièce, et il nous fuit l'honneur d'adopter notre
analyse en entier, en l'accompagnant seulement de quelques
•bscrvations, et de la citation de quelques scènes de l'original.
M.
638 EUROPE.
FRANCE.
Calvados. — Caen. — Modèle anatoviique le/'icscnuint parti'
culière/iienl lu myologie humaine. — M. Auieline , professeur
d'anatomie à l'Ecole d'instruction de cette ville , vient d'inventer
et de composer un modèle anatomique représentant un corps hu-
main de grandeur naturelle. Ce modèle e.st forme lo d'os véri-
tables (jui en constituent le squelette ; i° de muscles faits avec du
carton qui, après avoir éle' ramolli et modelé d'après nature, est
recouvert de brins de chanvre lin , destinés à imiter les libres
musculaires , et peint ensuite de couleur naturelle j o» de fils et de
cordes à boyau , enduits dun vernis coloré, et qui simulent les ar-
tères , les veines et les nerfs; 4° enfin, de poUs véritables pour
les parties qui doivent en être jMJurvues.
Au moyen de cette image exacte de la structure et de la cou-
leur des organes qui composent le corps humain , on peut étudier
avec facilité des parties qu'on a beaucoup de peine à bien observer
sur un cadavre. Ce modèle présente les parties sous toutes les
faces, permet qu'on les touche , qu'on les détache, et qu'on les
étudie séparément, sans altérer leurs formes naturelles j il peut
seivir aux di monstrations , dans des tems où la chaleiur est un
obstacle aux dissections et surtout pour les personnes à qui ces
opérations causent de la répugnance.
Moselle. — f-^'acci, e. — Malgré les mesures prises par l'auto-
rité , dans ce département , j>our détruire la petite vérole par le
moyen de la vaccine, cette cruelle maladie n"a pas laissé d'y
exercer cette année ses ravages dans plusieuis communes. Rencon-
trant sans cesse de funestes préventions , le zèle des vaccinateurs
a besoin d'être plus fortement soutenu et encouragé par l'admi-
nistration. Pour parvenir à ce but, M. le préfet vient de prendre
un arrêté fort sage , qui divise son département , pour la pratique
de la vaccination , en arrondissemens, à chacun desquels il sera
attaché un vaccinateur cantonnai, choisi parmi les docteurs en
médecine ou en chirurgie, les ofiiciers de santé et les sages-
femmes qui se livrent avec le plus de zèle et de succès à la vacci-
nation. Les vaccinateurs cantonnaux se rendront , deux fois par
an, dans chacune des communes de leur arrondissement, et ils
recevront pour honoraires une indemuité de cinquante centime*
EUROPE. 639
par chaque individu vacciné , laquelle dépense sera à la charge de
la commune , et acquittée sur le fonds de charité ou des dépenses
imprévues. Les personnes qui auront refusé de faire vacciner leurs
enfans , ne seront point admises à profiter des secours accordés
aux indigens.
Metz. — Instruction des Israélites. — L'Ecole israélite ouverte,
depuis deux ans, dans cette ville , aux enfans peu aisés qui pro-
fessent cette religion , ofl're aujourd hui de tels résultats, qu'on a la
certitudede voir un jour les anciennes habitudes de ces enfans entiè-
rement changées, et tout-à-fait conformes aux mœurs de la France ,
depuis sa régénération politique. ( Voy. ci-après l'art. Paris. )
Loire -LïFÉRiECRE. — Enseignement mutuel. — L'Ecole de
KERVALETCst destinée à recevoir les enfans des paludiers du. pays,
ouvriers occupés des travaux des marais salans. Il est encore plus
nécessaire aux paludiers de savoir bien lire, écrire et compter, et
même d'avoir quelques notions du dessin linéaire, qu'à toute
autre classe du peuple, et le gouvernement, qui en a senti l'im-
portance , accorde sa protection à l'école de Kervalet , forte de
soixante élèves, pendant la saison d'hiver. M. le curé de Batz en
n. aussi reconnu toute l'utilité , et il se fait compter parmi ceux
qui l'encouragent hautement.
Seixe-Inférieure. — D'après le tableau présenté à la Société
d'encouragement pour l'enseignement mutuel dans ce départe-
ment, il y a maintenant 3o écoles en pleine activité, et 2,000
enfans y reçoivent le bienfait de l'instruction primaire. Ces éta-
blissemens se subdivisent ainsi qu'il suit : Arrondissement de
Rouen , 8 écoles , dont une de Glles. — Arrondissement de INeuf-
châtel, 5 écoles j — d'Yvetot, 3j — de DMppe, 4> — du Ha-
vre , y. C'est au zèle et à la protection de mT le baron Malouet ,
à qui l'administration de ce département était précédemment
conliée, que ces progrès sont particulièrement dus. M, JJamel,
qui parcourt l'Europe avec une mission de l'empereur de Russie
pour examiner toutes les écoles d'enseignement mutuel, a consigné
sur les registres de celle de Rouen, qu'elle était une des plus
belles et des mieux tenues qu'il eût encore visitées.
IJouBs. — Maxdeube. — Antiquitcs. — Mandeure, appelée
Epamnnihnduruni dans l'itinéraire d'Antonin , était une ville
considérable de la. Gaule«celtique , sur le Dulns fie Doubs), à
G/fO EUROPE.
quelque distance au nonl-est de f^esontio (Besanron). Julcs-
Ce'sar j>arle souvent dans ses Commentaires des >Iandubicns, ha-
h\\.M\%àl:]tanianilondurnm, qui fut successivement nomrae'e Man-
duùia, AJaiuluzin , et enfin Mandeure. Cette ville était très consi-
dérable dans la Gaule celtique, puisqu'on y remarquait des palais,
des temples, des bains, et un beau jiont sur le Doubs : on croit
qu'elle fui détruite par Attila.
D'après cela, il n'est pas étonnant qu'on découvre aujourd'hni
un monument considérable sur l'antique emplacement d'Kpa-
mandondurum , dans le voisinage de Mandeure. Celui dont une
partie vient d être débla^ ée par les soins de M. le sous-préfet de
Montbeillard , n'est ni un cirque, ni un amphithéâtre , mais un
beau et vaste théâtre. Les immenses débris de ce théâtre ont été
successivement recouveits, non parla culture (la main de 1 homme
ne travaille pas ainsi en grand), mais par la marche lente, uni-
forme et constante du tenis, qui a entraîné les terres de la partie
supérieure de la raonta;;ne sur les restes de cet édiflce, échappés
à la baibarie et au vandalisme des siècles précédens.
Les princes de Montbeillard avaient fait exécuter, de 1780
à 1789, quelques fouilles, mais irrégulières et incomplètes, et qui
leur avaient seulement procuré diflérens ol)jcts d'arts en usaçe
chez les Romains, et plusieurs médailles. C'est à M. de Villiers
du Terrage, préfet du département du Doubs en 1818, parfaite-
ment secondé par M. de Montrond, sous-préfet de Montbeillard,
que Ion doit les premières recherches régulières qui ont mis sur
la voie de la découverte actuelle. Le conseil général du départe-
ment du Doubs, dans sa session de 1820, a voté une somme de
1200 fr. pour contÏJMier ces fouilles, et a témoigné le désir ((ue
5o,ooo fr. provenant de recouvremens arriérés du département
fussent employés au même objet. Espérons que ces belles ruines
seront entièrement mises à découvert. Cette opération doit pro-
duire des résultats précieux sous le rapport des arts , soit en iso-
lant toutes ces constructions antiques pour faire juger de leur
ensemble; soit en exhumant des statues, des marbres précieux et
des inscriptions qui ornaient toujours les théâtres des peuples de
l'antiquité. Mais pour obtenir de pareils résultats, il faut que les
fonds soient proportionnés à l'entreprise ; et le gouvernement ,
instruit de Timportancc de cette rech«-che , ne manquera sans
EUROPE. 641
doute pas de consacrer la somme que le conseil général du dépai-
teiasnt du Doùbs a désigne'e à cet effet. Nous instruirons nos lec-
teurs des re'sultat s ultérieurs de ces recherches, en leur donnant
quelques détails sur les dimensions du bel édifice dont nous ve-
nons de parler.
SOCIÉTÉS SA.YA.VTES ET d'uTILITÉ PUBLIQUE.
Besancom {Doubs). — La Société royale (Tngriculture , dont
les séances avaient été interrompues pendant plusieurs années,
les a reprises depuis 1819, avec une activité nouvelle. Cotre So-
ciété , composée comme elle l'est aujourd'hui , ayant reçu une
somme de i,ooo francs du gouvernement, et soutenue par le
conseil général du département du Doubs qui présag»* toute son
utilité, ne peat manquer d'obtenir d'heureux résultats. Elle est
présidée par INl. Girod de Chantrans , membre associé de l'Insti-
tut , savant aussi distingué que modeste.
Cette Société, désirant ofi'rir des exemples pratiques, des amé-
liorations , et des assolemens qu'il importe le plus de propager
dans les campagnes , et n'ayant pas des fonds assez considérables
pour créer et entretenir à ses frais une ferme expérimentale , est
parvenue à en recueillir cependant tous les résultats par une
conception simple et ingénieuse, qui mérite de trouver des imi-
tateurs. M. Bruand , l'un de^ n^embres de la Société , et proprié-
taire d'un domaine à Woironte, viila;^p près de Besançon, se
contentant de retirer de son domaine l'ancien prix d'amodia-
tion , a laissé, à la Société d'.i^riculture, la tâche de régler
toutes les conditions de culture d'un nouveau bail. L'ancien
"ermier, instruit par elle , s'est chargé d'exécuter les conditions
prescrites^ de cette manière, la Société, seule régulatrice de Tasso-
ement et de toutes les conditions du bail, en surveille et en
onstate les résultats. Le fermier en solde le prix au pro}.ii ;taire,
!;t la S jciété, qui se charge d'indemnistr le fermier , dans le cai
)ù il serait en perte par l'effet seul des assolemeris et des procé-
iés le culture qu'elle lui rend obligatoires , oiire par ce moyen
une ferme d'expériences agricoles, qui réunit tous les avantages
pratiques à toute l'économie possible de l'administration et des
Mpitaux.
Prix proposés pour 1821 et 1822. — 1°. La Société décernera ,
TOME VIII. 4'
I
ÏS4a EUROPE.
dans la séance du qi décembre 1821, des me'daillcs d'honneur
aux cultivateurs les plus ncnmmandablcs du depai tement j
a° en décembre iSui , ttne mtdiiit/e tfor, de deux cenU francs , au
cultivatiur piopi ie'taire du departerainl , qui, à dater de la pu-
blication du j)r<ij;ramiTie, se sera occupe, avec le plus dr succès,
des irrii^ntiorfs de pm ou de terres en culture , sur une etenduo de
deux hectares au moins; des médailles dVnc;ourageaienl seront
accordées aux diflérens accessits. Les Me'moires descriptifs des
travaux pxccut(:s, devront être adresse's au secrétariat de la So-
ciété, avant le i"" novembre 1822, au plus tard; 3° dans la
se'auce publique de di'ccndire 1822, une médaille d'or de la valeui
de 3ooJrancs , à l'agricuileur qui aura le mieux décrit , dans un
IVlemoire, les eflets que produisent sur la végétation du froment
les engrais suivans : 1° les recolles enterrées en vert; i°lesj'iunieri
de basse-cour-^ 3" le parcage des moutons j 4° '^* composta
anglais ; 5° la gadoue; 6° Curine liquide ou Curale calcaire ; -^o lei
tourteaux qui restent après Vexlraclion de Vlmilc des dij^'érentet
graines; bo les engrais animaux solides, tels que rapurrs de cor-
nes,d^os, poils, elc Ceux qui ne concourront que pour une parti»
de ces engrais , recevront , s'il y a lieu , des médailles d'encoura-
gement. Les Mémoires devront être adressés à la Société , a van
le i5 novembre 182a.
— u4cadémie des sciences , belles-lettres et arts. — Prix proposi
pour le i\ août 1821 . — Sujet du discours : n Quelle a été , sous h
rapport des arts , des sciences et des lettres, dans le comté dt
Bourgogne, linfluence de la réunion de cette province à li
France? »
L'étendue de chaque discours devra ne pas excéder trois (juarti
d'heure de lecture, non compris les notes. Le prix consiste et
imemédailled'or , delavaleurde200 francs. Lesouvrages devron
être adressés à M. le secrétaire perpétuel , avant le i"" juin 1S21
Caen (Cali'ados). — académie royale des sciences , arts e
belles -lettres. — Séance du 10 no^'embre. — Extrait d'une note
lue par M. Pattu , sur un nouveau procédé pour imprimer des des
sins avec des planches de porcelaine. — La lithographie oflVc auj
dessinateurs les moyens de multiplier à leur gré les dessins origi-
naux , mais elle entraîne ilc grandes difiJculfés pour le tirage. S
les pierres sont défectueuses, si rouvricr n'a pas une grande in-
EUROPE. 643
telligcnce et une longue pratique, les dessins sont promptement
aite'rës. Aussi les directeurs des premières imprimeries lithogra-
phiques de Paris sont-ils oblige's de veiller avec le plus grand soin
aux tirages , et n'emploient -ils pour les dessins précieux que des
pierres d^\llem;îgne. On désire donc gene'ralement que la litho-
graphie soit rendue plus simple , que les traits ne puissent s'élar-
gir , et qu'il soit facile de nettoyer les parties de la pierre non oc«-
cupe'es par le dessin. On a lieu de croire que M. Lnnglois , fa-
bricant de porcelaine à Bayeux, a résolu ce problême qui lui a été
proposé par M. Paltii , membre de l'Académie , après plusieurs en-
tretiensque celui -ci a eus avec ses confrères, ^I'* Thierry et Hérault.
M. Langlois a découvertune compositionparticulièrequiluidonne
le moyen de tracer avec le pinceau , et de tixer par une seconde cuis-
son , des dessins sur les planches de porcelaine couvertes d'émail ,
et de rendre les traits assez rudes , pour qu'ils retiennent l'encre
d impression dans le tirage , pendant qu'on nettoie l'émail qui les
entoure. Par ce moyen , on peut multiplier les épreuves à l'infini ,
sans altérer les dessins. Ceux que M. Paltu a piésentés à l'Aca-
démie ont prouvé qu'on obtient par ce procédé des traits extrê-
■ mement déliés , des graines fins et même des teintes plates.
I M. Langlois , dont les talens sont connus , poursuit ses recher-
ches, et on a lieu d'espérer qu'il portera ce nouvel art à un degr«
( de perfection, qui le rendra extrêmement utile atix artistes.
Maco.\ [Saône -et- Loire). — La Société des sciences, arts et
I belles-lettres avait proposé, en 1830, un prix pour la meilleure
I ode sur ce sujet : Louis XI f^ vengé de ses détracteurs ; elle n'a
pu accorder c{ue deux mentions honorables ; la première à l'od«
ayant pour épigraphe : Heupielasl heu prisai Jîdes ! la seconde à
\ l'ode dont l'épigraphe commence par ces mots : J« ne considèr»
1 pas seulement Louis XIV , etc.
La même Société met au concours cette question : « L'éduca-
1 tion publique ofl're-t-elle assez de garantie, lorsqu'elle n'est pas
î confiée Ji un ou plusieurs corps qui tiennent de la loi une indé-
! pendance suffisante , qui aient un pouvoir spécial sur leurs mem-
1 bres, et qui soient dépositaires des doctrines religieuses, morales
t et politiques ? » Le prix sera uni; médaille d'or de la valeur de
! 3oo francs. Les M<;mnires doivent être remis, avant la fin du mois
de juillet 1821 , à M. le secrétaire perpétuel à Afâcon.
644 FrnoPE.
PARIS.
Socicté d'encouragement de rinilustrie nationale. — t'abricallnn
des rasoirs. — Plus cette Soci(*té se raontre difficile pour accor-
der son approl'ation aux inventions des arts , plus son siifTragc
nie'rite d'in'^pircr la con.'iance. Célr.i qu'elle vient de donner aur
rasoirs de M. Prcdier (rue Bourg-rAi^be', n" 9.-ï) e.-t fonde' sur les
considérations suivantiS. (RiiU« tin de la Socie'îe, no d'août 1820,
page '^o.) La bonté d'un rasoir ne dépend pas seulement de la
qualité deTacier dont il e^t fait et de sa trempe : il y a des rela-
tions nécessaires entre la largeur de la lame et l'épaisseur du dos.
L'ouvrier qui pas?e le rasoir sur la raeule , la pose à plat et l'use
également sur toute sa surface. Si li dos est trop épais, le biseau
du (ninchant sera court, et le tube do la barbe pliera sans être
coupé : si le dos est trop mince, le biseau sera long et faible, il
pliera ef s'émoussera. M. Pradicr fait faire tous ses rasoirs sur
des modèles de mêmes dimensions, il les trempe lui- même : et
comme il assure qu'il a des movins d'obtenir un degré constant
de clialeur et de refroidi--sement , on voit que ses lames sont
toutes identiques, et qu'il lui est aussi impossible d'en donner
une moins bonne, qu'une meilleure. M. Pradier, déjà honoré du
suffrage de la Société d'encouragement pour sa belle fabriqiie de
nacre de perle, fait encore des cuirs à rasoirs, ainsi qu'une
poudre propre à rendre à ces instrumens leur ardeur lorsque l'u-
sage l'a afl'aiblie. Le Comité des arts mécaniques a propose' de ré-
compenser cet artiste par une médaille d'or, à raison de l'excel-
lente qualité de ses lames, et de la grande extension qu'il a donnée
à celte branche d'industrie : il en fabrique plus de trois mille
par mois , qu'il livre au commerce à des prix très modérés.
— C'est ici le lieu de parler d'un IVouveau procedt- pouradcucir
le tranchant des n soirs , trouvé par M. .l/é/7//ni' , et bien sup»'-
rieur au rouge à polir, à l'émeri , à la plombagine, etc. 11 con-
siste dans l'emploi d'un Iriloxide dvj'er cristallise, appelé par les
minéralogistes, yéi" oligiste Sfcciilaire:, il se trouve dans les mines
On en prépare d'artificief de la manière suivante : on prend
parties égales de sulfate de fer (couperose verte) et d'hydrochlo-
rate de soude (sel commun)^ on les broie légèrt nient ensemble
pour les mêler, et l'on en remplit un creuset que i'«n rlianlV.' ji-
qu'au j'ougc. Quand il ne s'élève plus de vapeurs de la matici ■
EUROPE, 645
on la laisse [refroidir , on la lave ensuite pour enlever les sels , et
on recueille les paillettes biillantes , violettes et micacées qui
tombent au fond, les premières ; ce sont elles qui , e'tendues sur
un cuir , adoucissent le tranchant du rasoir et le font couper par-
faitement. On trouve de cette [poudre préparée chez ]M. Cur-
deilhai ,couteher, rue du Roule, no 4, à Paris.
— La Société biblique protestante s'est réunie, le 4 décembre,
en assemblée générale, sous la présidence de M. le marquis de
Jaucourt, pair de France, dans les salons qui avaient été mis à
sa disposition par la Société d'encouragement de l'industrie na-
tionale. On y a entendu , avec le plus grand intérêt , un rapport
sur les travaux du comité, par M. Vincent Saint-Laurent,
secrétaire en fonction , et im morceau sur les bienfaits de la lec-
ture intégrale des livres saints, par M. Stapfer.
Société pour l'enseignement élémentaire. — Cahiers lithogra-
phies. — Les six premiers numéros des cahiers lithographies, des-
tinés à apprendre à lire dans l'éciiture, ont été adressés au con-
seil de la Société par M. Selves fils, qui a exécuté l'heureuse
idée de composer ces lectures de manière à donner en même tems
des notions utiles, tel que l'arpentage et l'art de lever les plans j
les élémens de l'agriculture, la connaissance des céréales et l'amé-
nagement des terres. Ces cahiers sont déjà en usage dans les école»
fondées par M. le préfet de la Seine. Ils vont être essayés dans
celles de la Société.
Instruction publique. — Ecoles israélites. — Les écoles élé-
mentaires , pour la jeunesse israélite , continuent de s'établir sur
tous les points du royaume où cette classe de citoyens est répan-
due. Une distribution solennelle de prix a eu lieu , pour la pre-
mière fois, à Paris, le 3i octobre, à l'école israélite de la rue Av%
Singes. M. le chevalier Japhé, maire-adjoint du 7= arrondisse-
ment, a prononcé, dans cette cérémonie intéressante par sa nou-
veauté, un discours plein de sagesse et de philanthropie. M. le
chevalier Cologna, grand-rabbin, président de la CommissioH
consistoriale de surveillance et d'administration de cette école,
( commission dans laquelle siègent plusieurs des israélites les plus
éclairés de la capitale, tels que MM. A. Cerfberr , Michel Berr ,
E. Halévy, etc.), et M. B. Rodrigues, membre laïque du con..i^-
646 EUROPE.
toire départemental , ont aussi prononce des discours dans les-
quels ils ont fait sentir avec force combien les israelitcs français
doivent de rcconnaissiinre à ceux qui , les premiers , réclamèrent
en leui- faveur ces ))rincipes de tolérance et de justice universelle
dont Tapplication leur est maintenant assurée par le bienfait com-
mun à tous les Français, celui de la Charte conslilutii>nnclle.
M. Cologna a payé aussi un juste tribut d'éloges au professeur de
l'école, 31. D. Drach; ce jeune rabbin vient de publier, eu hébreu
et en franL;ais, YOdc qu'il a eu Ihonncur de })résenler à S. IM. le
roi, sur la naissance de S. A. R. Mgr. le duc de Bordeaux. Il
marche honorablement sur les traces de ceux de ses co-religion-
naires, qui, de nos jours, en France et en Allemagne, ont culti>é
aTec succès, et dans leur pureté, la langue et la littérature hé-
braïque. 11 vient de pubUer aussi un Almanach Israélite, en fran-
çais, le premier qui parait dans cette langue, avec un avertisse-
ment fort curieux pour ceux qui aiment à connaître les dilierentes
manières de mesurer le tems, usitées chez les diverses nations et à
diverses époques. 11 s'était fait connaître précédemment par une
traduction complète des prières juiwes. Tous ces ouvrages ont été
imprimés, et se trouvent chez Sétier, imprimeur des langues
orientales, rue Cimetière Saint-André-des-Arts, n" ^. Les élèves
ont récité en fi-ançais , comme synibufe de la foi juii'e , l'extrait
des treize articles fondamentaux, rédigés par le célèbre Maï-
monide, rabbin du \i' siècle. Ces articles étaient originairement
destinés à cet usage, et commencent à y être consacrés dans le»
synagogues les plus éclairées.
A Metz et à Nancy, les élèves israelitcs des écoles des deux
sexes ont reçu dans les distributions de prix, et pour la seconde
fois, Vabrcgé (le la Bible, avec un choir de morceaux de pieté et
de morale , pulilié à l^usage des Israélites français, ]>ar INI. Michel
Eerr, et dont nous avons déjà eu occasion de parler. Une école
9 été instituée aussi à Strasbourg, par les soins du consistoire
israélite du Bas- Rhin , pour les Israélites de cette contrée où le
besoin d'un établissement semblable se fai-ait jiarticulièrement
sentir. — L'école israélite de Bordeaux, inslitiu-e la première,
continue aussi de prosjiérer. On assure qu'une école semblable est
établie à Marseille. L'heureuse amélioialion qui s'opère ainsi dans
l'éduc.ilion de la jeunesse Israélite, assure, à cette classe de reli-
j^ionnaires, si long -tems jiersécutéi- , les bienfaits qui résultent
ELiROPE. 647
«l'une des plus utiles conquêtes du siècle de la philosophie.
Publications nouvelles. — Bibliothèque de famille , ou Choix
d'instriicHons faniilicres sur la religion , la morale , les e'iémens
des connaissances les plus essentielles , et sur l'industrie et les
arts. — i Recueil périodique, public par livraisons mensuelles,
'\n-\i de 73 pa;;es; à compter du premier janvier 1821. Prix de
l'abonnement pour l'année , 13 fr. pour Paris , i4 fr. pour les de'-
parfemcn!!.
De'sirant combiner dans un même plan Tessentiel , l'utile et
l'agre'abie, les rêJacleurs ont classe leurs sujets dafts l'ordre sui-
vant : t" Iteliginn et morale. — Cette première partie se compo-
sera de fragmens tirés des ouvrages religieux et moraux les plus
estimés , de notices sur des hommes hienfaisans dont les vertus
honorent l'humanité ; on y trouvera le re'cit de quelques bellesac-
tions, recueillies surtout dansles classes industrieuses; en un mot,
tout ce qui peut tendre à élever l'ame et à faire aimer le bien.
20 La seconde partie, consacrée dux arts mécaniques et indus-
triels, présentera des extraits des meilleurs journaux écrits sur
ces matières , et les observations des bommes instruits , des mé-
caniciens , des artistes qui voudront bien donner leurs conseils.
3o. Mélanges. — Cette troisième et dernière partie compren-
dra tour à tour des contes ou des anecdotes tirés des meilleurs
ouvrages populaires de la France et des pays étrangers , et les
principaux actes de l'autorité qui auront pour objet le soulage-
ment des classes pauvres et laborieuses : on annoncera aussi avee
soin les ouvrages du même genre, propres à intércs'îer les lecteurs.
On invite toutes les personnes qui désireraient concourir à
cette entreprise, à s'adresser directement , par lettres_/iv7ncAe5 de
port, à la direction de la Bibliothèque de famille, cliez Artuus Ber-
trand , libraire , rue Hautefeiiille,n° 2.>, où l'on souscrit, ainsiqu*
chez Colas, libraire de la Société d'éducation, rue Dauphine, n°3a.
Nota. On accordera une remise particulière aux chefs d'insti-
tutions , aux Sociétés d'éducation, et aux personnes (jui souscri-
ront, à la fois , pour cinquante exemplaires.
. — Les f^auT-de-f^ire d'Olivier Basselin, poète normand du
coratnencement du xv« siècle, suivis d'un c^0(a:(^'(ï/2C(c/j/iesCAa«-
$ons normandes inédites, publiées avec des dissertations et de»
notes, par il/. Louis Du «01 s , ancien bibliothécaire, membre d«
plusieurs académi«s. — Ce recueil intéressiint , dont une grande
G48 EUROPE.
partie n'a jamais tu le jour, est ilcstim'e à faire suite à celte belle
Colieclioa de nos a ieux poètes français, dont lJarl)azan , Levesque
de la Havallicre, M. de Roquefort, etc., ont enrichi notre litté-
rature. L'édition, impriméeavcc beaucoup de soin sur beau papier,
paraîtra, d'ici à 3 mois, en un volume in-8", dont le prix, pour
Jes souscripteurs, sera de5 fr., et, pour les personnes quin'aurout
pas souscrit, de ^ fr. La liste des souscripteurs sera imprimée, à
la fia de Touvragc. On souscrit: ù Paris, chez M. Pluquet, li-
br.iire, rue de 'l'ournon , n° 4 j ^ Caen, chvï 'S\. Poisson, rue
Froide; à Lisieux, chez madame Du Bois du Désert, libraire, rue
des Boucheries.
IVota. Les personnes qui auraient ([uelques renseigncmens sur
Basselin et les Vaux-de-Vire, sont priées de les faire déposer,
sans frais, pour M. Louis Dubois, à Tune des trois adresses in-
di<fuées ci-dessus.
ylrchéologie et beaiix-arts. — Hommages rendus à yisconti. —
En honorant la mémoire de ce célèbre antiquaire, rifalie n'a fait
que suivre l'exemple de la France, dont Visconti avait fait sa
patrie adoptive. Wous avons déjà parlé ci-dessus, pag. 2o5, du
bel éloge que IM. Quatremère de Qnincy a prononcé à Tlnstitut.
Deux bustes en marbre ont été commandés par le ministre de
rinlcrieur, l'un à M. Farini, pour la ville de Dinan; l'autre à M.
David, pour la bibliolhèquedu roi. Une médaille a été frappée par
M. Durand, éditeur d'une collection de médailles d'hommes cé-
lèbres; INI. Donadio, artiste piémontais , eu a fait une autre, qui
a été achetée pour la collecliou mclallicjue des grand> hounnes
français. — Lu beau monument a été érigé au cimetière du P. La-
chaise , par la familleVisconti.il représente un autel antique,
surmonté d'un hémicj'cle dans l'enfoncement duquel se voit le
buste sculpté d'après celui de M. David , avec une inscription
latine. ( Voir ci-dessus, p. Gjc )
— Beaux-^rls. — Icnnographle de V Institut royal de France,
ou collection des portraits des membres qui composent les qua-
tre Académies , dessinés et publiés par M. Jules Bnilty jils.
Tous ces dessins seront lithO',ra|iliiés avec le plus grand soin
par l'auteur lui-même ; ce qui garantit une égalité de travail peu
comtmme dans les ouvrages de ce genre. Au tas de chaque por-
trait, sciont iiidif(iiés avec exactitude les noms etjjrcnomsde laca-
démiciea, lu lieu el la date de sa auissance, l'époquede sOQelecliou.
EUROPE. ^^()
La collection entière sera composée de deux cents portraits
environ, qui seront publie's par livraisons ou cahiers de huit por-
traits. Il paraîtra un cahier tous les mois. Le nombre des cahiers
sera de 24 ou de aS au plus. Chaque livraison est du prix de
12 francs. On ne peut souscrire que pour l'ouvrage entier.
Le bureau de souscription est chez l'auteur, M. Boilly, rue
Mesle'e, n" 12, et chez M. Bénard, marchand d'estampes, boule-
vard des Italiens, Hq h. Le tirage des épreuves est confié aux
presses lithographiques de M. Viliain, rue de Sèvres, n° 11.
Théâtres. — TlLécitre-t^rancais. — Le Duc de Bourgogne , tra-
gédie en cinq actes de M. de Formont (i). — Ala première repré-
sentation de cette pièce, les quatre premiers actes ont complète-
ment réussi ; au cinquième, quelques scènes trop longues, qui
semblaient former le commencement d'une seconde action et
qui ont été retranchées aux représentations suivantes, ont fait
naître une opposition qui a troublé un moment le triomphe dei'au-
teur. M. de Forment avait attendu pendant quatorze ans que les
comédiens voulussent bien lui accorder un tour de faveur. C'est
donc à un poète dramatique de vingt ans que j'attribue la viola-
tion des règles fondamentales de la tragédie française, qui, dans
la pièce nouvelle, n'ont pas été plus respectées que la vérité histo-
rique. Ainsi, sans être accusé d'ans i\s,\xe\\v ultt a- classique , je
crois pouvoir dire que M. de Formont a plutôt présenté un ta-
bleau animé des événemens qui remplissent les dix années les plus
désastreuses de notre histoire, qu'il n'a fait une véritable tragédie.
Pour rendre moins sensible le défaut d'unité de tems et d'u-
nité de lieu, il a été obligé de remplir les deux actes , qui se pas-
sent entre le départ du dauphin et l'assassinat du duc de Bour-
gogne , par des scènes épisoJiques , que la présence de Valentine
de Milan rend intéressantes, mais qui ne ralentissent pas moins
la marche de l'action principale. Après ces reproches, peut-être
sévères , je reconnais que le caractère donné par l'auteur au duo
de Bourgogne est vraiment tragique, et que Tanneguy Duchâtel,
Valcntme de Milan, le Dauphin et le chancelier de Marie qui ,
dans la pièce, sont des personnages secondaires, ont chacun dan.s
(0 Cette tragédie vient d'être imprimée , et se trouve au cabi-
net littéraire de madame Ccllis, libraire-éditeur, rucduCherche-
Midi , no 1, où l'on trouve aussi toutes les nouveautés politiques
et littéraires.
TOME Ylir. 4 2
65o KlIKOPE.
leur rôle des parties remarquables. Le style a parfois de la force
et de l'ëclat ^ mais il manque presque toujours de naturel j je ferai
aussi observer que le premier hémistiche d'un vers très applaudi :
<t Le trône est déserté, jy monte, je suis roi » , est incorrect , et
que M. de Forment doit se défier d'applaudissemens obtenus aux
dépens de la pureté du langage. J'avoue qu'en sortant de la re-
présentation du duc de Bourgogne, je n'ai pu m'empi^eher de me
demander : Pourquoi a-t-on défendu à M. Lemcrcier de faire
jouer la Démence de Charles f^l ?
— TJ Amour et le Procès , comédie en un acte et en vers par
M. Kanteuil. — L'auteur de cette pièce semblait avoir renoncé
au tliéûtre. Ilv a reparu, le même jour où ISI. de Formont s'y est
montré pour la première fois. Je ne pense pas que son nouvel
ouvrage ajoute à sa réputation : le fond en est très léger; le style
est prétentieux, et rappelle trop l'école de Dorât; cependant ,
quelfjues jolis mots dits par une excellente actrice , ont déterminé
le succès de cet acte, qui n'aura probablement que très peu de
représentations.
— Odéon. — Eugène et Guillaume ou /e5 Amis d^ enfance , co-
médie en quatre actes et en prose. Cette pièce est tirée de l'ou-
vrage de M. Picard, qui porte le même titre. La conception du
roman est fort heureuse , mais c'était une entreprise impru-
dente que de vouloir la resserrer dans les bornes étroites de la
comédie. Il faut dire cependant que la punition a surpassé la
faute ; et que la prévention défavorable , dont une partie du pu-
blic paraissait animée, n'aurait pas dA la rendre sévère et même
injuste , au point de refuser d'entendre deux actes entiers. Il y
avait de la gaieté et de l'esprit , dans le premier acte j et si dans
le second quelques scènes longues et froides ont indispose les
spectateurs , l'auteur pouvait les dédommager dans les actes sui-
vans. D'ailleurs, il me semble qu'on devrait témoigner j^ltis d'é-
gard» et plus de bienveillance à ceux qui travaillent pour nos
plaisirs et qu'il faudrait écouter leurs ouvrages, ou au moins les
laisser écouler à ceux qui veulent juger d'une manière équitable.
— Don Carlos , tragédie en cinq actes , par feu Lcfèvre , auteur
de Zuina. — Cette pièce , reçue il y a trente-sept ans au premier
Thé;Ure-Francais , et imprimée depuis long-t(-ms , vient d'être
jouée avec succès à l'Odéon. Le sujet a été traité si souvent et il
est si coDDu, qu'il serait inutile d'en faire l'analyse. Les deux
EUROPE. 65 1
premiers actes sont intéressans, et renferment des vers remar-
quables ; l'intérêt diminue déjà au troisième ^ le quatrième est un
peu obscur j et le cinquième a excité quelques marques d'im-
probatioQ : mais de légers changemens ont suffi pour qu'à la
deuxième représentation la pièce n'ait reçu que des applaudisse-
meus. Il y a un grand charme dans le rôle de la reine, beaucoup
de noblesse et de sensibilité dans celui de dnn Carlos. Le style est
facile , quelquefois recherché, ce qui tient au tems où l'ouvrage
a été écrit; mais on y trouve beaucoup de vers de sentiment, et
plusieurs morceaux pleins de force et de noblesse. Jl serait inté-
ressant de comparer cette pièce avec celles qu'Alûéri, Schiller
et Chénier ont faites sur le même sujet. On sait que M. Ray-
nouard a dans son porte-feuille une tragédie de Philippe II : tous
les amis de l'art dramatique désirent vivement qu'il se détermine
« la donner au théâtre. (Voir ci-dessus , pag. Cil']. )
Nécrologie. — Petersen. — La ville de Stiasbourg a perdu,
il y a quelque tems, un de ses citoyens les plus distingués , l'E-
glise réformée un de ses plus dignes pasteurs , les sciences physi-
ques et naturelles, un des hommes qui les cultivaient avec le
plus de succès, dans la personne de M. H. Petersen, prési-
dent du consistoire calviniste de cette ville , et professeur de phy-
sique. L'éloquence de M. Petersen, dont les discours étaient
écrits ou prononcés en allemand, était douce, onctueuse , per-
suasive ; son style plein d'élégance et de simplicité. Sa charité
était ardente , ingénieuse , infatigable. Son zèle philanthropique
à multiplier les témoignages de son amitié envers les hommes
vertueux de toutes les croyances , était au-dessus de tout éloge.
Celui qui trace à la hâte cette faible expression des regrets pu-
blics et des siens, peut l'attester par son pi-opre exemple : disci-
ple de la loi de Moïse, il a i-eçu les preuves de l'amitié la plus
sincère de ce digne ministre de la loi de Luther et de Calvin ; et
il lui doit , en partie , les relations les plus chères à son esprit et
à son cœur.
A l'époque où nous vivons, la reconnaissance des contempo-
rains doit surtout s'adresser aux hommes qui , satisfaisant au vé-
ritable besoin du siècle , cimentent l'union de la tolérance la plus
imiverselle, et des vertus sociales avec toutes les croyances et les
vertus religieuses : H. Petersen a occupé une place distinguée
parmi ces hommes. Le Recueil de ses terrnons et de ses travaux
652 EUROPE.
religieux mérite dètre recherché avec empressement par les amis
des lettres , de l'histoire et de la religion ; les amis des science»
physiques et naturelles accueilleraient , on peut le croire , avec
intérêt , le Recueil de ses principales observations sur le ^aluanis-
me, dont il s'est particulièrement occupé. Né en Suisse, où,
dans ses premières années, il avait connu Lavatcr, dont le
caractère avait quelque analogie avec le sien , il était venu de
bonne heure à Strasbourg s'instruire dans les institutions savan-
tes, et sous les auspices des hommes célèbres dont cette ville
peut s'enorgueillir. Il était âgé d'environ 55 ans , il laisse une
Teuve inconsolable et des enfans pour qui le nom et le souvenir
de leur père sont , dès ce moment , dans les contrées qu'il a ha-
bitées, la recommandation la plus honorable.
Michel Bebr, de Turlque.
— Saint-Aci!!!*. — Cet écrivain politique est mort, le 8 dé-
cembre , âgé de G8 ans. Il était né aux Deux-Ponts. Il vint en
France , avant la révolution j et il établit à Sens, pour les lan-
gues vivantes, im lycée où il commença sa réputation. Amené
dans les prisons de Paris, par les persécutions révolutionnaires ,
il se fixa dans cette ville, lorsqu'il fut rendu à la liberté. Il s'y fit
d'abord connaître par une petite brochure pleine de sel et d'ori-
ginalité , intitulée : De l'expcilition Je U. Quichotte contre les
moulins à vent, ou des causes de Vagiotage et de F inutilité des
poursuites contre les agioteurs. Cet opuscule ayant attiré Tatten-
tion de quelques hommes d'État , ils cherchèrent à se lier avec
l'auteur, qui, peu de teras après , publia, sous ce titre: Donnons
notre bilan, un écrit excellent , sur la situation financière de la
France. Sa réputation croissant tous les jours, les créanciers de
l'Etat recherchèrent sa plume. Il plaida leur cause avec énergie
et persévérance , dans une foule de pamphlets tous remarqua-
bles par un ton d'originalité et de plaisanterie dont ces mafièrcs
ne paraissaient guères susceptibles. A l'époque du Consulat,
M. de Saint- Aubin fut nommé tribun; mais, ayant pris rang
dans l'opposition, avec AIM. 13. Constant, Andrieux, Chénier,
Ginguené, etc. , il fut éliminé comme eux. Depuis, il ne remplit
plus aucune fonction publique; mais, il continua d'exercer fiucl-
qu'influence par ses écrits.
Fl.if DU UDITlÈMr. von ME.
9i5 4
AP
20
R53'
t.8
Revue encyclopédique
1
PLEASE DO NOT REMOVE
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET
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